‹ Nouvelle bibliotheque des predicateurs, ou, Dictionnaire apostoliqueChapitre 14 sur 40 · PLAN ET OBJET DU SECOND DISCOURS SUR LA FOI · texte numérisé non relu

PLAN ET OBJET DU SECOND DISCOURS SUR LA FOI

EXORDE

F ides tua te salvumfecit.

Votre foi vous a sauvé. (Luc, xvm.)

C est ce que Jésus-Christ dit à l'aveugle de Jéricho, attribuant à sa foi le prodige qu'il venait de faire en lui rendant la vue, et f c'est ce qui doit nous faire juger du pouvoir de la foi sur le cœur de Dieu. L'Evangile est plein des miracles opérés en faveur de cette vertu. Jésus-Christ en fait le sujet continuel de ses éloges , quelquefois celui de son admiration, lui qui étant Dieu ne devait, ce me semble, rien admirer.

Mais cette foi, si magnifiquement louée , et récompensée par le Fils de Dieu, quelle estime devons-nous en faire, à la considérer par rapport à notre salut ? Ce que le cœur est dans le corps de l'homme, la foi l'est dans l'ame du chrétien. Ellle est le principe de sa vie surnaturelle, le fondement de la véritable piété, la source de toute justice.

Dans ces temps de nuage et d'obscurcissement, où l'impiété s'efforce de nous ravir ce bienfait inestimable de cette foi divine, oh! redoublons nos soins pour la conserver, la ranimer, la faire croître et fructifier dans nos âmes. Après les preuves si nombreuses et si éclatantes de la révélation, preuves que je ne viens point développer, elles sont le sujet d'un autre discours : celui-ci les suppose; après, dis-je, cette foule de témoignages qui disposent si hautement en faveur de la divinité de notre foi; la raison elle-même conduit à la foi, comme la foi, nous conduit à Dieu. Or, la foi doit exercer sur nous un double empire, l'un sur l'esprit , l'autre sur le cœur; sur l'esprit, en le soumettant aux vérités qu'elle enseigne: sur le cœur, en l'assujettissant aux devoirs qu'elle impose. Il faut croire les vérités de la foi, il faut pratiquer les œuvres de la foi; ces deux obligations renferment tout ce que la foi exige de nous, et sont inséparables l'une de l'autre : Ave, Maria. (J/abbé Richard, Sur la foi.)

Ce que c'est que la foi.

La foi est l'assentiment parfait, et sans aucune hésitation, que nous donnons à ce 'qui nous est annoncé de la part de tDieu , et qui nous en fait confesser la vérité avec une conviction et unepersuasion complètes. Telle était la foi d'Abraham, au témoignage de l'Apôtre.

C'est donc bien évidemment un péché contre la foi que cet orgueil qui fait rejeter quelques uns des articles renfermés dans nos saintes Ecritures , ou qui essaie d'introduire des choses qui ne sont point renfermées dans les livres dépositaires de notre croyance ; tandis que notre Seigneur nous dit: « Mes brebis entendent ma voix , » et que l'Apôtre nous recommande avec tant de soin de ne rien retrancher de ce qui est contenu dans l'Ecriture, et de n'y rien ajouter. ( Saint Basile, Sermon sur la Foi.)

Il faut croire les vérités de la foi.

Croire les vérités qu'il a plu à Dieu de révéler au monde, quelque obscures , quelque incompréhensibles qu'elles puissent être , et les croire sans hésiter, avec une pleine conviction, une persuasion plus forte qu'aucune autre persuasion, parce que la source d'où ces vérités célestes sont émanées les rend plus certaines, plus infaillibles que tout ce que nous pouvons connaître par les lumières de la raison et le témoignage des sens : voilà la foi chrétienne, la foi qui nous sauve. Or, mes frères , cette soumission de notre esprit aux vérités de la foi , tout la justifie , tout la commande. Voyons combien elle est juste et digne de Dieu, combien elle est nécessaire et avantageuse à l'homme , nous en conclurons qu'il est également de notre devoir et de notre intérêt de croire ce que la foi nous enseigne.

Qu'une créature raisonnable humilie sa raison devant la raison souveraine , dont la sienne n'est qu'une faible émanation ; qu'un esprit étroit et borné reconnaisse son impuissance à porter ses vues jusqu'à la hauteur et à l'immensité de celles Dieu , Père et Créateur de tous les esprits, infiniment élevé au dessus d'eux par l'excellence de son être, la profondeur de sa sagesse et l'abondance de ses lumières, quoi de plus juste ? Qu'importe que nous ne comprenions pas ce que nous croyons , dès que nous savons que c'est Dieu , la vérité par essence, qui nous ordonne de le

croire? Le peuple d'Israël n'aperçoit le mont Sinaï qu'environné d'une épaisse fumée ; mais au travers de tous les nuages il entend et reconnaît la voix de Dieu : il ne la respecte pas moins ; il se prosterne et adore. Ah ! si d'un côté il faut fermer les yeux pour croire ce que Dieu nous dit, de l'autre ne faudrait il pas s'aveugler pour ne pas croire un Dieu qui parle ? Où Dieu parle, que l'homme se taise ; que les étoiles s'éclipsent devant le soleil , et toutes les intelligences créées, aux premières lueurs de la vérité éternelle : tel est l'ordre fondé sur la nature même des choses.

La gloire de la foi est de nous y soumettre. Par là elle nous tient dans une juste dépendance à l'égard de Dieu, dont le domaine absolu et universel s'étend sur tout notre être, sur notre entendement comme sur notre volonté. Si notre volonté doit être soumise à ce que Dieu commande, pourquoi notre entendement ne le serait-il pas à ce Dieu révélé , Dieu ne pouvant exercer sur lui son autorité qu'en lui ordonnant de mettre ses lumières aux pieds de celui dont il les tient, et de croire par la foi ce qu'il lui fait connaître par la révélation, sans lui permettre de lever le voile qui couvre les choses révélées, sans laisser à l'esclave la liberté d'attenter aux secrets de son maître ? Il est digne delà souveraineté du premier être , dit le grand Bossuet , de régner ainsi sur l'esprit de l'homme, cet esprit vain et superbe qui s'évanouissait dans ses pensées, qui ambitionnait la science de Dieu même , et voulait être l'égal du Très-Haut. La curiosité et l'orgueil l'ont perdu, voilà ses plus dangereuses passions ; qu'il les enchaîne, qu'il les immole sur l'autel de la foi. Ce sacrifice honorera le Seigneur, lui rendra la gloire qu'une folle présomption lui avait ravie.

Et ce sacrifice ; mes frères, Dieu l'exige. Oui, Dieu a résolu de captiver tout entendement sous le joug de la foi, d'abaisser et de briser toute hauteur qui ose s'élever contre les vérités mystérieuses de la foi. Quiconque ne croit pas , dit l'Evangile, sera condamné: Qui non crediderit, condemnabitur. Eût-il toutes les vertus qui forment la probité mondaine , et dont les sages du siècle aiment à se parer aux yeux des hommes , il n'est aux yeux de Dieu qu'un objet d'anathème, il est déjà jugé : Jam judicatus est. Aussi pourquoi ne pas se soumettre à l'autorité divine ? Pourquoi faire cet outrage au Dieu de vérité , de ne pas le croire sur sa parole, tandis qu'on croit un simple mortel sur la sienne ; d'oser dire au Dieu de grandeur et de majesté : Je n'obéirai pas ? Voilà le crime de l'incrédule ; rebelle à son créateur , il lui refuse l'hommage de cette intelligence qu'il a reçue de lui. Elle est bien faible, bien bor-

DES PREDICATEURS. ?**"

née ; un atome est un abîme où sa raison se perd , et il prétend sonder les profondeurs de sa divinité! Il ne se comprend pas luimême, et il veut comprendre l'infini î Quel aveuglement, quel delire! et c'est le comble de l'impiété , comme de la folie , de s'élever contre la vérité suprême , lorsqu'il est indubitable qu'elle a parlé.

Adorons - la sous le nuage dont elle se couvre : respectons la barrière sacrée qui environne le sanctuaire où elle habite une lamicre inaccessible. Ce n'est pas encore le temps delà voir de près et de contempler toutes ses merveilles; nos yeux ne pourraient en soutenir le vif éclat. Nous marchons ici-bas dans un lieu obscur , où la sombre lueur de la foi doit nous suffire, jusqu'à ce que nous arrivions au grand jour où tout sera manifesté. Sage et admirable économie de la religion ! Elle nous fait acheter les biens du ciel au prix de ceux qui leur répondent sur la terre, et qui n en sont qu'une ombre ; la gloire par l'humiliation , le repos par le travail , la joie par Jes souffrances, et les ravissantes clartés de la foi béatifique par une humble soumission aux dogmes ténébreux de la foi. Il faut que notre esprit subisse la loi commune, qu'il soit exercé, éprouvé par une obéissance aveugle, avant d'être pleinement heureux dans la jouissance delà vérité même. Quoi de plus équitable ? Pour une éternité de splendeurs glorieuses , est-ce trop de quelques momens d'obscurité ? Videmus nunc in œnigmate , tune autemfacie adfaclem. Et voyez , mes frères , combien est agréable à Dieu l'hommage que notre foi lui rend! Par la foi nous honorons sa souveraine véracité , et nous reconnaissons que l'entendement humain doit céder à cet Esprit incréé , éternel, océan sans bornes de sagesse et de lumières : par la foi nous soumettons à Dieu la plus orgueilleuse puissance de notre ame, cet esprit si fier, si indépendant, naturellement porté à ne croire que ce qu'il voit et]ce qu'il comprend; par la foi nous immolons à Dieu cette raison, la plusbrillante prérogative de l'homme, la plus noble portion de son être, et qui en fait le roi de la nature. Ce sacrifice est comparé par les saints Pères à celui d'Abraham; il le surpasse même, puisque, au lieu que ce père des croyans ne fit que prendre le glaive et lever le bras, nous portons le coup, nous frappons la victime, victime d'autant plus glorieuse au Seigneur, à qui elle est offerte , qu'elle est plus précieuse et plus chère à l'homme qui la lui présente : voilà l'excellence et le mérite de la foi. Cette vertu est le triomphe du Souverain dominateur des esprits ; c'est une victoire éclatante que l'homme, aidé de la grâce, remporte sur lui-même, pour

se soumettre à l'autorité du Dieu révélateur qui exige ce tribut d'obéissance.

Tribut légitime sans doute, et de quel prix doit-il être aux yeux de Dieu, puisque c'est le titre que l'Église lui présentera pour nous le rendre propice à l'heure de la mort? Seigneur, dira-t-elle par la bouche de son ministre, jetez un regard miséricordieux sur cette ame prête à paraître au tribunal de votre justice. Elle a bien des sujets de redouter la sévérité de vos jugemens; elle a péché, mais elle n'a pas cessé de croire : Licet peccaverit, tamen credidit. Auguste et ineffable Trinité, Père, Fils, Esprit-Saint, souvenezvous qu'elle a toujours confessé, invoqué, loué votre nom. Elle s'est humiliée, anéantie devant l'obscurité impénétrable de vos mystères, elle les a crus et adorés. Soyez plus touchée de sa foi que de ses égaremcns. Si elle vous a offensée en se soumettant , par un effet de la fragilité humaine, à l'empire^des sens, elle vous a glorifiée en s'élevant, par un généreux effort, au dessus d'eux et d'elle-même, au dessus de ses idées, de ses répugnances, des révoltes de son esprit et de sa raison , pour se soumettre à votre parole et vous rendre par là le culte le plus digne du Dieu de vérité : Licet pccccwerit , tamen credidit. (L'abbé Richard.)

L'hommage de notre raison à Dieu est nécessaire et avantageux à l'homme.

Eh! dans quel abîme de ténèbres et de maux ne serions-nous pas ensevelis sans le bienfait inestimable de la foi ? Privé de sa lumière (car tout n'est pas mystère dans ce que la foi nous révèle : si elle nous propose des vérités obscures, elle nous en montre de lumineuses : la nuit est d'un côté, mais le jour le plus pur est de l'autre); privé, dis-je, de la lumière de la foi, l'homme ne sait plus ce qu'il est, ni d'où il vient, ni où il va, ni ce qu'il doit à Dieu, à ses semblables, à lui-même. Sur tous ces objets d'une si haute importance, sa raison est muette ou ne fait que bégayer. L'insuffisance de la raison humaine en matière de religion et de morale ne s'est que trop manifestée durant une longue suite de siècles : aussi le plus sage philosophe de l'antiquité profane, Socrate, a fait cet aveu bien glorieux à notre foi , que les hommes ne sortiraient jamais de leur ignorance et de leurs égaremens, si un être bienfaisant ne descendait du ciel pour faire luire sur eux un flambeau divin , seul capable de les éclairer et de les guider, et qu'il fallait l'attendre.

Il est venu , Chrétiens ; il luit à nos yeux, ce flambeau allumé

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aux rayons de la Divinité même ; il a chassé devant lui toutes les ombres, il a dissipé tous les prestiges de l'erreur et du mensonge. Par ses divines lumières , la foi nous établit dans la possession tranquille des vérités le plus étroitement liées avec nos devoirs et les plus nécessaires à notre bonheur.

Lumières de la foi, lumières à la portée de tous les esprits, elles se communiquent à tous les âges et à tous les états; elles viennent s'offrir à nous dès notre enfance, et nous accompagnent jusqu'au tombeau. Il ne faut point les acheter par de pénibles discussions, des recherches laborieuses. Elles ne demandent que des âmes attentives et dociles à la voix du ciel, qui les instruit; de sorte que les connaissancees les plus précieuses à l'homme sont encore les plus faciles à acquérir : avantage de la foi chrétienne qui est une des preuves les plus sensibles qu'elle vient de Dieu , puisque si , d'une part, Dieu veut, selon le grand Apôtre, que tous les hommes parviennent à la connaissance de la vérité et au terme du salut, et si, de l'autre, la plupart des hommes n'ont ni la capacité ni le loisir de se livrer à de longues études pour découvrir les vérités qu'il leur importe le plus de connaître, il était de la sagesse de Dieu de leur donner un moyen de s'instruire proportionné et convenable à tous, aux petits comme aux grands , aux pauvres comme aux riches, aux esprits bornés comme aux génies sublimes; et ce moyen ne peut être que la foi fondée sur la révélation. La voie de la discussion et du raisonnement n'est point faite pour la multitude : elle ne ferait que s'y égarer et se perdre. La voie de l'autorité et du précepte est la plus abrégée, et la seule qui réponde à sa situation et à ses besoins. L'incrédule en convient, et avoue que notre religion est bonne pour le peuple : donc elle est la véritable religion , celle que Dieu a donnée aux hommes, puisque le peuple est la totalité morale du genre humain , et que , d'ailleurs , tout homme est peuple dans la science de la religion.

Lumières delà foi , lumières uniformes et invariables. Allez, parcourez toutes les contrées qu'elles éclairent, écoutez la voix de toutes les Églises du monde chrétien, elles vous diront qu'elles ont le même Evangile, qu'elles chantent le même Symbole, qu'elles font profession de la même foi que nous.Pv.emontez de siècle en siècle jusqu'aux Apôtres ; nous croyons ce qu'ils ont cru et enseigné ce qu'ont cru et enseigné après eux les Irénée , les Cyrille , les Ambroise , les Augustin, les Chrysostôme, les Jérôme, les plus beaux génies de l'univers; ce qu'ont cru tant d'autres personnages révérés, princes, pontifes, savans, martyrs, solitaires, justes de tous les états, modèles de

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piété et de sagesse , héros en tout genre de vertu. Leur foi nous a été transmise sans aucune altération. Comme elle n'est pas l'ouvrage des hommes, elle ne se ressent pas de la mutabilité des choses humaines. Elle est la lumière véritable et indéfectible qui nous éclaire dans les voies ténébreuses de cette vie. Elle réprime la légèreté et l'inconstance de notre esprit, qui, sans ce frein salutaire, flotterait d'opinions en opinions sans pouvoir se fixer, se reposer sur aucune, et nous laisserait dans des perplexités cruelles sur nos plus chers intérêts. Voyez les hérétiques qui ont osé se soustraire à l'autorité de la foi; égarés dans des routes diverses, ils ne s'accordent pas entre eux. Quel trouble, quelle confusion , quelle opposition de sentimens ! Combien de fois n'en ont-ils pas changé sur les points les plus essentiels de la religion !des volumes entiers ont à peine suffi à recueillir les variations d'une seule de leurs sectes. L'erreur se reproduit sous mille formes1, c'est une hydre à cent têtes : mais la vérité du Seigneur demeure éternellement la même : Veritas Domine manet in œternum.

Heureux le peuple attaché à cette Eglise où réside la vérité de Dieu , à laquelle Dieu a confié le dépôt de sa parole, qu'il a établie la règle vivante et infaillible de notre croyance, toujours inspirée par son esprit, toujours invincible aux puissances des ténèbres, toujours enseignant la saine doctrine qu'elle puise à la source des oracles divins, dont elle est la gardienne et l'interprète. Nous sommes ce peuple privilégié.

Lumières de la foi, lumières qui nous donnent les connaissances les plus sublimes et les plus intéressantes : la connaissance de Dieu, la connaissance de l'homme; l'une et l'autre si supérieures aux faibles vues de la raison. Que connaissons-nous par la foi? Dieu et ses adorables perfections , les secrets et les profondeurs de son essence infinie, la trinité des personnes dans l'unité de sa nature, les décrets de sa sagesse, les voies de sa providence, les richesses de sa miséricorde, les prodiges de son amour. Combien la foi élève et ennoblit notre esprit en le remplissant de la science des choses de Dieu, en l'approchant et le nourrissant de la vérité suprême, d'où toutes les autres vérités émanent comme de leur source primitive ! De là elle nous fait descendre au dedans de nous-mêmes , et, à la lueur de son flambeau, nous voyons la cause fatale de ce poids de corruption qui nous entraîne vers la terre , de cette guerre intestine dont notre cœur est le théâtre, de Ce mélange d'élévation et de bassesse, d'amour de la vertu et de penchant au vice; de cette tyrannie des passions , qui fait que l'homme est une énigme

impénétrable à ses propres yeux , et qu'aucun des sages du siècle n'a pu éclaireir. Elle nous apprend que l'homme n'est point tel qu'il est sorti des mains du Créateur, que la dégradation de son être est la peine de sa désobéissance; qu'il est un sujet rebelle et disgracié : mais qu'un médiateur lui a été donné pour le réconcilier avec Dieu, guérir tous ses maux et le combler de biens. Dès lors tout s'explique, et les misères de l'homme n'accusent plus la bonté ni la justice de Dieu.

Lumières de la foi, lumières les plus vastes et les plus multipliées. Que de choses la foi nous révèle ! Aussi étendue que l'éternité, dit saint Bernard, elle enferme dans son sein le présent, le passé, l'avenir. Nous fait-elle remonter à la naissance des siècles : elle nous montre l'univers sortant du néant à la voix de Dieu, et nous rend spectateurs des merveilles de la création : cieux, astres, terre, mer, animaux, l'homme , tout reçoit 1 être et la vie des mains du Tout-Puissant, qui consomme son ouvrage dans l'espace de six jours et sanctifie le septième. Ce ne sont pas ici des conjectures hasardées, des suppositions arbitraires, mais des faits certains dont Dieu lui-même est le garant comme il en fut l'auteur. Vains systèmes de la philosophie sur l'origine du monde et des peuples qui l'habitent! Ils sont d'une fausseté, d'une absurdité palpables, dès qu'ils s'écartent de ce que nous en apprend la révélation.

Que de vérités utiles et du plus grand intérêt, dans tout le cours de la vie, la fui nous découvre encore, et que nous n'aurions pu connaître sans elle! La propagation delà tache originelle et le moyen de l'effacer que nous présente la bonté divine, notre impuissance pour le bien, la nécessité de la grâce , l'efficacité de la prière, la vertu inépuisable des sacremens , le culte saint que le Seigneur exige et les hommages qui lui plaisent, le pardon qu'il promet à notre repentir et la piscine salutaire où nous pouvons laver toutes nos offenses, l'usage consolant que nous pouvons faire de nos maux pour augmenter nos mérites , la présence d'un Homme- Dieu sur nos autels, l'excellence et la perpétuité de son sacrifice, les ressources infinies qu'il offre à tous nos besoins.

Que dirai-je encore ? La foi étend nos vues au delà des bornes du temps. Elle nous trace le grand tableau de la vie future; du lieu de notre exil, elle nous fait considérer la gloire et les délices de la Jérusalem céleste, où nous sommes attendus. Nous connaissons les récompenses, les vertus et jusqu'aux noms de ses heureux habitans. Nous entretenons avec eux un commerce de religion , et nous les prions de s'intéresser en notre faveur auprès de Dieu;

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pleins de charité et à la source de toutes les grâces , ils les demandent pour nous, et les obtiennent : c'est la communion des saints. Cependant, quand le nombre des élus sera rempli, ce monde finira. La foi , dépositaire des secrets du Très-Haut , nous instruit des événemens qui signaleront la consommation des siècles. La fin de tout est venue : l'univers en feu s'écroule et tombe en ruines de toute part. Le son de la fatale trompette pénètre jusqu'au fond des sépulcres, et en ranime les cendres : tous les morts ressuscitent; leurs corps se réunissent pour jamais à leurs âmes; toutes les générations humaines sont assemblées. Dieu paraît: il justifie sa providence, et met le dernier sceau à tous les arrêts de sa justice; les médians sont couverts d'opprobre, les bons rayonnans de gloire. Ceux-ci , bénis du Seigneur , retournent triomphans au séjour de la félicité; ceux-là, maudits et poussant des cris de désespoir, rentrent dans le lieu de leurs tourmens. Il n'y aura plus de temps alors , ce sera le règne de l'éternité. (Le même.)

La foi des chrétiens est fondée sur la raison de Dieu.

Celse reproche à notre foi de n'être appuyée sur aucune raison solide. C'est, selon lui, l'esprit de sédition, l'utilité qu'on espérait en retirer, la crainte enfin, qui ont déterminé tant de personnes à embrasser le Christianisme.

Eh quoi! une religion qui a la raison de Dieu même pour fondement ne vous paraît point établie sur une raison solide! Vous ne pensez donc plus que la foi des Chrétiens a pour principe ce même Dieu, qui a daigné instruire les hommes parla bouche de ses Prophètes, et leur promettre tant de siècles auparavant l'avénement de ce Christ qui devait être le Sauveur de tout le genre humain ? Or, ce Christ est venu. Les miracles sans nombre qu'il a opérés nous l'ont montré de manière à ne nous laisser aucun doute; et c'est lui qui a jeté dans le monde les premières semences de la foi divine que nous avons embrassée.

Celse n'a pas plus raison d'avancer que nous cachons les principaux dogmes de notre croyance. Bien loin de les cacher, nous les publions hautement. Dès qu'un païen quitte ses idoles pour venir se joindre à nous, la première chose que nous cherchons à lui inspirer, c'est un mépris profond pour tout ce qui naguère encore était l'objet de son culte. Nous nous efforçons de lui faire comprendre combien il est absurde de prodiguer à des créatures des hommages qui doivent être réservés au seul Créateur.

DES PREDICATEURS. 1^\

Mais où est donc cet esprit de sédition qu'il nous reproche? Quand nous a-t-on vus secouer le joug de l'obéissance ? quand nous a-t-on vus nous révolter contre les autorités et contre les magistrats*1

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L'univers sait que les Chrétiens meurent avec courage pour leur foi ; mais il sait aussi qu'ils meurent quand il le faut pour leurs sermens. Où sont donc ces prétendues terreurs que nous inspirons? Philosophes, à quoi bon des assertions sans preuves? Nous vous sommons de prouver ce que vous avancez, à moins que vous n'entendiez par ces terreurs ridicules ces vérités appuyées sur nos saintes Ecritures : que Dieu est le Juge suprême, et qu'il demande compte à tous les hommes de ce qu'ils ont fait. Que Celse appelle cela, s'il veut, des terreurs ridicules ; mais qu'il sache, après tout, qu'un de ses dogmes aussi enseigne que les hommes injustes seront punis. ( Origène, Contre Celse , liç. III.)

La foi, ayant pour base la parole de Dieu , ne peul nous tromper.

Les Ecritures appellent quelquefois Dieu la raison, non seulement parce qu'il est la source de toute raison, de toute intelligence et de toute sagesse, mais principalement parce que la raison de Dieu est simple comme son essence , et placée bien au dessus de celle de tout ce qu'il y a de plus élevé dans les créatures. Cette raison, c'est la vérité subsistante véritablement en Dieu, el qui, renfermant une idée claire et infaillible de toutes choses , devient le fondement de notre foi, en même temps que cette foi divine ellemême, pour les fidèles, une colonne ferme, inébranlable qui les soutient dans la vérité, et leur donne une connaissance parfaite, simple, immuable, de toutes les vérités qu'ils doivent croire. Je dis immuable : car, s'il est vrai que la connaissance que nous avons des choses unit en quelque sorte ces mêmes choses à notre intelligence qui les comprend, etqu'au contraire l'ignorance est cause de nos fluctuations, de noschangemens, de nos incertitudes, rien ne pourra jamais ébranler dans sa foi l'homme qui croit à la vérité elle-même; et c'est là ce qui lui donnera cette constance, cette immutabilité dont je parle. D'autres auront beau le traiter d'insensé; intimement uni à la souveraine vérité, il sait mieux que personne combien son intelligence est éloignée de toute folie. Les autres ne savent point que c'est à la lumière de la vérité qu'il s'est arraché aux erreurs qui les entraînent eux-mêmes; mais, pour lui, il sait que la sagesse le dirige, et qu'au lieu de ces doutes, de ces opinions incertaines, qui tour à tour se succédaient naguère dans son esprit, grâce à

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la foi que le ciel a fait naître en lui, ses idées ne doivent désormais avoir cette incertitude , cette variabilité qui ne l'ont que trop long-temps dominé.

C'est de la sorte que les fondateurs de notre divine croyance se sont tous laissé massacrer pour rendre témoignage à la vérité; prouvant par là, jusqu'à l'évidence, que les lumières que nous donne la foi chrétienne, en même temps qu'elles sont simples, sont encore marquées du plus frappant caractère de Divinité, ou plutôt que c'est dans notre foi, et dans notre foi seule , que l'homme peut trouver la véritable connaissance de Dieu. (Saint Denis 1 Aréopagite , Des Noms divins. )

La foi des chrétiens est vraisemblable.

Quoi de plus digne d'éloge que cette foi qui nous fait croire aux paroles d'un Dieu créateur, souverain de toutes choses? Que de raisons n'avons-nous pas de rendre des actions de grâces à celui qui nous a conduits à cette foi salutaire, et de confesser que , sans l'aide de Dieu , il n'aurait jamais pu accomplir un si grand œuvre ?

Si, de plus, nous croyons fermement au récit de ceux qui ont écrit les Evangiles; si leur piété, si leur candeur, si la sincérité qui règne dans leur ouvrage, nous entraînent, nous subjuguent et nous empêchent de soupçonner la moindre fraude, la moindre fourberie, la moindre ruse, le moindre détour de leur part, qu'y a-t-il en cela de si surprenant? N'en usons-nous pas de même à l'égard des historiens , de quelque pays qu'ils soient?

Voyez aussi si notre foi ne change pas à leur avantage ceux qui prêtent une oreille docile à nos instructions, précisément par cela seul qu'elle est raisonnable et fondée sur le sens commun. Car, encore que la perversité, renforcée par une éducation vicieuse, ait pu persuader à plusieurs que des images d'or, d'argent, de bois, sont des dieux dignes d'adoration, le bon sens veut cependant que nous ne considérions pas comme des dieux une matière vile et sujette à la corruption , que nous ne prenions point la créature pour celui qui a créé, qui soutient, qui gouverne tout. Il n'y a point d'ame raisonnable qui ne revienne de temps en temps à ces principes delà simple raison , et qui ne découvre par intervalle des absurdités dans une pareille théologie. Tourmentée d'un besoin véritable d'aimer son Créateur , de s'attacher à lui , elle

cherche avec empressement, et gémit parfois de ne trouver dans son culte que des simulacres sourds et impuissans.

Qu'y a-t-il au contraire de semblable dans notre religion ? Elle nous montre Dieu et l'homme tels qu'ils sont; et comme les lumières qu'elle nous communique sur ces deux grands sujets sont pleinement satisfaisantes, notre ame s'en contente, et notre raison se nourrit délicieusement des vérités qu'un Dieu lui-même est venu lui apporter sur la terre. ( Origène , Contre Celse, lw% H.)

La foi nous fait croire ce qui est au dessus de la raison.

Il y a dans la nature de Dieu des choses qui sont au dessus de notre intelligence, mais qui n'en sont pas moins incontestables aux yeux de notre foi; et cela n'arrive pas seulement dans les choses purement spirituelles , niais même dans les choses corporelles. Aux noces de Cana en Galilée, l'eau fut changée en vin. Notre langue peut-elle exprimer, notre intelligence peut-elle comprendre comment les lois de la nature ont pu être ainsi changées; comment l'eau a pu perdre soudain ses qualités pour prendre le goût et la couleur du vin ? Comment cela s'est-il opéré ? C'est ce qui est au dessus de nos sens et de notre intelligence. Cependant, pour cela, doutons-nous de la vérité de ce prodige ? et n'y voyonsnous pas un effet de la toute-puissance de celui à qui toute la nature est soumise? Pareillement, avec cinq pains, le Sauveur rassasia cinq mille personnes et un nombre infini de femmes et d'enfans. Nos yeux sont impuissans, notre esprit est trop; borné pour savoir comment cela s'est fait. Il ne nous reste d'autre parti à prendre que de croire fermement à la toute-puissance de Dieu, qui, n'ayant certainement pas besoin que ces œuvres si incompréhensibles lui conciliassent notre admiration, mais prévoyant cependant que les hommes en viendraient un jour à un tel point d'audace, de témérité et de folie, que de porter un jugement sur la nature la plus secrète et la plus intime de Dieu , a voulu confondre notre orgueil, et réprimer cet essor présomptueux de notre raison, en nous présentant des difficultés inexplicables dans les choses les plus simples et les plus rapprochées de nous. (Saint Hilaire de Poitiers, De la Trinité , liv. III.)

Il faut pratiquer les œuvres de la foi.

C'était un bien absurde novateur que cet hérésiarque des der-

niera siècles, qui, s'ërigeant en réformateur du Christianisme , voulut en réduire tous les devoirs à une foi de pure spéculation, qui justifie indépendamment des œuvres et au milieu de la corruption du vice : l'Eglise l'a frappé de ses an a thème s. La foi ne nous a pas été donnée pour satisfaire la curiosité de notre esprit, ou pour être une riche parure de notre ame, sans aucune conséquence pour nos mœurs. Devenus par elle enfans de Dieu, elle nous impose l'obligation de vivre en enfans de Dieu. La foi est le commencement du salut, les œuvres en sont la consommation :1a foi est le fondement de l'édifice, les œuvres en sont l'élévation et le comble; la foi donc et les œuvres, deux choses absolument nécessaires pour entrer dans le royaume des cieux. Et voici le rapport mutuel entre l'une et l'autre : c'est que la foi est un principe actif et continuel de bonnes œuvres, et que les bonnes œuvres sont la sauve-garde et le mainiien de la foi.

La foi est un principe de bonnes œuvres par sa nature même, qui est d'être agissante et féconde. Si elle reste oisive et stérile, c'est qu'elle est morte : Fides, si non habeat opera, morlua est. Cette foi précieuse est, selon le concile de Trente, une racine surnaturelle, qui, placée dans le cœur de l'homme et nourrie par l'influence de la grâce, produit des fruits de justice et de sainteté. Tous les siècles de la religion nous en offrent la preuve sensible. C'est à la vivacité de la foi que le grand Apôtre attribue les œuvres merveilleuses des Patriarches, des Prophètes, des Justes de l'ancienne alliance; et, pour ne parler que de ceux de la loi de grâce, voyez cette multitude de saints qu'elle a enfantés, et qui régnent aujourd'hui dans le ciel. Retracez-vous l'image brillante de toutes les vertus qu'ils ont pratiquées, de tous les trésors de mérites qu'ils ont amassés, de tous les degrés de perfection où ils se sont élevés, de tout ce qu'ils ont fait de grand et d'admirable pour la gloire de Dieu , pour le bonheur et le soulagement de leurs frères, pour leur propre sanctification : voilà les fruits de la foi dans ces héros de l'Evangile. Plus ils eurent de foi, plus ils firent de progrès dans les voies de la sainteté, et accumulèrent bonnes œuvres sur bonnes œuvres. C'est la foi, dit saint Paul, qui donne la naissance et le mouvement à toutes les autres vertus. Elle influe sur elles, elle agit avec elles, elle va jusqu'à en produire les difrérens actes , ceux mêmes de la charité : Ficles quœ per dilecttonem operatur. O foi! ô principe efficace de toutes les vertus chrétiennes ! pouvons-nous dire , à en juger par nos œuvres , que vous régnez dans notre cœur?

DES PREDICATEURS. ifo

Mais d'où vient à la foi cette fécondité glorieuse, qui; est une propriété de son être et son caractère distinctif ? de la sainteté de sa morale et de la force des motifs dont elle l'appuie pour nous porter à en faire la règle de nos mœurs ? Quelle morale aussi pure, aussi élevée que celle de la foi ? quelle est la vertu qu'elle ne commande pas? quel est le vice qu'elle ne réprouve pas? Elle interdit jusqu'à la pensée du mal ; elle condamne jusqu'à une parole oiseuse! Quels sublimes devoirs elle nous impose, soit envers Dieu, soit à l'égard de nos semblables, soit par rapport à nous-mêmes ? devoirs renaissans chaque jour, et dont l'accomplissement demande une activité continuelle. Ils sont marqués en termes clairs et ineffables dans l'Evangile, répétés mille fois, et développés dans la chaire de vérité.

Amour de Dieu qui ne souffre aucune préférence, et qui purifie, qui sanctifie toutes les inclinations de notre cœur; respect et soumission sans bornes , qui nous dévoue à l'exécution de toutes ses volontés : voir Dieu au dessus de tout, et faire tout pour Dieu; rien pour la cupidité, la vanité, la sensualité, l'amour-propre : avoir pour tous les hommes une charité sincère, prévenante, officieuse, qui ne se permet pas contre eux la moindre aigreur, le plus léger ressentiment : supporter leurs défauts, compatir à leurs peines, soulager leurs besoins, pardonner, oublier leurs offenses; et, plein de douceur, d'indulgence envers les autres, réserver toute sa sévérité pour soi-même : dompter ses passions , réprimer ses penchans, pleurer ses fautes et s'en punir, immoler la nature à la grâce, faire succéder le travail à la prière : haïr le monde, renoncer à ses plaisirs, craindre ses honneurs, souffrir ses mépris, content d'avoir Dieu pour seul juge et pour témoin , et ne pensant qu'à lui plaire : vivre enfin dans la tempérance, dans la justice, dans la piété, dans le détachement de tout ce qui passe, et dans l'attente, le désir des biens futurs , et, à force de combats et de victoires, élever sur les ruines de l'homme terrestre et charnel l'homme spirituel et céleste : tel est le précis des obligations du chrétien.

Ce ne sont pas là de simples conseils, ce sont des préceptes; c'est ce que la foi prescrit à tous ses disciples. Chaque peuple a ses lois : la loi du peuple chrétien est la plus parfaite qui ait pu être donnée aux hommes ; aussi est-elle destinée à former les hommes les plus parfaits qui puissent paraître sous le ciel. Le sage, dont la philosophie païenne a tant parlé , sans en avoir jamais connu que le nom , c'est parmi les enfans de la foi qu'il faut le

chercher. L'honnête homme du siècle n'est qu'une chétive ébauche de l'homme de la foi. La probité mondaine, ou fausse, [ou chancelante, et toujours trop bornée, est infiniment au dessous de la justice chrétienne si vraie, si pleine, si solide, qui règle les sentimens et les actions, qui perfectionne l'homme tout entier, en fait une nouvelle créature en Jésus-Christ; et cette justice, formée de la réunion de toutes les vertus, est l'ouvrage de la foi.

Comment donc opère-t-elle ce prodige dans l'homme qui n'est que misère et faiblesse ? par les puissans motifs qu'elle lui présente pour l'engager à observer ses préceptes.

Tantôt c'est le devoir et l'équité. Quel Dieu plus grand, plus adorable, plus digne qu'on obéisse à ses ordres, qu'on s'immole à sa gloire et à son bon plaisir, que celui que la foi nous découvre ? La raison ne faisait que l'entrevoir dans un jour sombre. Dieu n'est bien connu qu'à la lumière de la foi. Quand cette foi sainte nous le montre dans tout l'éclat de sa majesté , avec toutes les richesses de son être et le magnifique cortège de ses perfections infinies, on est saisi, pénétré d'un respect religieux qui porte à la soumission : on sent tous les droits qu'il a sur ses créatures; on comprend que sa volonté suprême doit être la règle de la leur; on ne balance pas, quoi qu'il en coûte, à lui payer le tribut de son obéissance.

Tantôt c'est la reconnaissance et l'amour : eh! pouvions-nous souhaiter un Dieu plus prodigue de ses dons et de lui-même, un Dieu plus aimant et plus aimable que celui que la foi nous révèle? Pour nous sauver, il descend du trône de sa gloire , il se revêt de notre nature, il se fait notre victime, et, en proie aux plus vives souffrances, il expire sur une croix. Merveille ineffable de l'amour divin! plus on la médite, plus on est touché, ravi, transporté. C'est un abîme où le cœur s'attendrit et s'enflamme. Dieu m'a aimé jusqu'à me sacrifier sa vie; ne dois-je pas au moins vivre pour lui, après qu'il est mort pour moi? et, tout couvert de son sang, me siérait-il de me plaindre de la rigueur de ses lois?

Tantôt c'est le repentir et la douleur. La foi a dissipé les ténèbres qui nous cachaient l'énormité du péché. Elle nous montre, d'une part, l'injure qu'il a faite à Dieu, son autorité foulée aux pieds, sa sainteté outragée , sa bonté méprisée, son amour dédaigné, ses bienfaits oubliés, payés de la plus noire ingratitude; et, de l'autre, la haine que Dieu porte au péché, les foudres qu'il a lancées sur lui dans tout le cours des âges, son indignation , sa fureur, qui n'ont pu être apaisées que par la mort de son Fils. A

cette vue on s'humilie, on se confond, on déteste, on confesse son crime, et on l'expie.

Tantôt enfin c'est la crainte ou l'espérance. Ces deux grands ressorts du cœur humain n'agissent dans toute leur étendue et avec toute leur force qu'entre les mains de la foi. Quel sort plus formidable que celui dont elle nous menace, en nous montrant de loin ces lieux d'horreurs et de désespoir, ces abîmes de feu où la justice de Dieu exerce à jamais les plus terribles vengeances sur ceux qui ont abusé de sa miséricorde? mais quelle plus heureuse destinée que celle que la foi nous promet, en faisant briller à nos yeux la gloire et la magnificence de la céleste Sion , où , dans le sein de la Divinité , ravis de ses charmes et enivrés de son amour, nous puiserons dans leur source des délices pures et inaltérables ? Félicité suprême ! effroyable malheur ! ah ! on est prêt à tout faire pour mériter l'une et se garantir Je l'autre.

C'est ainsi que la foi , par les hautes idées dont elle remplit notre esprit , par les sentimens nobles et généreux qu'elle fait naître dans le cœur, est un principe de sanctification. Elle attaque l'homme par tous ses endroits sensibles, et le mettout entier dans les intérêts du devoir et de la vertu. Un seul des motifs qu'elle lui présente suffirait pour en obtenir les sacrifices les plus douloureux : jugez de leurs impressions victorieuses, lorsqu'ils se réunissent pour concourir au même but et l'élever à la perfection où Dieu l'appelle. (L'abbé Richard. )

Présence el absence de la foi. Leurs effels.

« Je vous l'ai dit : Vous mourrez dans vos péchés. Car si vous « ne croyez pas que c'est moi qui suis le Christ, vous mourrez « dans vos péchés *. » D'où vient donc que les hommes meurent dans leurs péchés, si ce n'est parce qu'ils ne croient point que Jésus est le Christ? Celui donc qui ne meurt point dans ses péchés est celui qui croit au Christ; et celui qui meurt dans ses péche's, quand même il prétendrait avoir la foi au Christ, ne croit réellement point au Christ. II ne suffit pas de dire : J'ai la foi. Sans les œuvres elle est morte , comme parle saint Jacques dans son Epître 2.

Quel est donc celui qui croit véritablement, si ce n'est celui qui en est venu au fpoint de ne plus tomber dans les péchés qui donnent la mort à î'ame , tant sa raison 9 fortifiée par sa foi , a

\ Joan., vm, 24. — 2Jac, \\, 20.

d'empire sur lui? Elle est sa règle; il rejette avee horreur tout ce qui lui est contraire. Il en est de même de celui qui croit à la justice : si sa foi estsincère, il ne fera jamais de tort à qui que ce soir. De même encore de celui qui croit à la sagesse : jamais il ne laissera pénétrer ni dans ses paroles ni dans ses actions rien qui lui soit opposé.

De même aussi celui qui croit à la raison, au Fils de Dieu^ qui était dans Dieu dès le commencement, tant qu'il conserve cette foi , ne fait jamais rien de contraire à la raison ; et comment , s'il est persuadé que Jésus est véritablement notre paix, s'efrorcerait-il , lui disciple de ce même Jésus, d'allumer partout les feux de la discorde et de la haine? Je dis plus : puisque le Christ est non seulement la sagesse de Dieu , mais encore sa puissance , celui qui croit au Christ, en tant qu'il est la puissance de Dieu, doit pouvoir tout lorsqu'il s'agit de quelque belle action , de quelque œuvre éclatante de charité. Si donc nous nous laissons abattre , c'est que nous ne croyons point à Jésus-Christ en tant qu'il est la force, le courage et la puissance. C'est la faiblesse de notre foi qui est la vraie cause de tous nos maux. (Origène, Comment, sur saint Jean, XX.)

Merveilles opérées par la foi.

C'est par la foi d'Àbel que son sacrifice fut agréable à Dieu ; c'est parce que Hénoch avait plu à Dieu par sa foi qu'il ne fit que passer parla mort pour arriver à une vie bienheureuse; c'est par sa foi que Noé mérita d'être seul sauvé du déluge universel ; c'est à cause de sa foi qu'Abraham fut justifié , qu'Isaac fut chéri, et Jacob sauvé; c'est à cause de sa foi que Joseph fut vainqueur de la tentation; c'est par la foi que Moïse opéra tant de prodiges, qu'il frappa l'Egypte de sept plaies cruelles, qu'il partagea les flots de la mer, et qu'il y fit passer son peuple; c'est par la foi qu'il jeta un peu de bois dans une sourceamère, et qu'il la rendit douce ; qu'il fit descendre la manne du ciel; qu'il vainquit Amalec ; qu'il demeura quarante jours sur le mont Sinaï sans prendre aucune nourriture ; qu'il frappa Séon et Og , rois des Amorrhéens. C'est aussi par la foi que Josué , fils de Navé , divisa les eaux du Jourdain, y fît passer les Israélites , fit tomber les murs de Jéricho, fit périr trente et un rois , et fit arrêter le soleil à Gabaon.

Notre Seigneur lui-même disait à tous ceux qui venaient le trouver pour obtenir leur guérison : « Qu'il vous soit fait selon

DES PKÉDICATEUIIS. %/[()

« votre foi K » Ainsi parla-t-il à un aveugle et à ee père dont le fils était malade, et ainsi de plusieurs autres. Et lorsque le Seigneur donna à ses disciples le pouvoir de conférer le baptême, il leur dit: « Quiconque croira, et sera baptisé, sera sauvé; mais « celui qui ne croira pas sera condamné - ; » et ailleurs : « Pourvu « que vous ayez la foi et que le doute ne s'élève point dans votre « ame, il n'est rien que vous ne puissiez faire s. »

Rendons- nous donc à cette foi divine qui en a transporté quelques uns dans les cieux , qui a triomphé des eaux du déluge, qui a rendu mères des femmes long-temps stériles, qui a soustrait des hommes au tranchant du glaive, qui en a tiré d'autres d'une fosse profonde, qui rend les pauvres riches, sauve ceux qui souffrent la persécution, qui a faitdescendre le feu du ciel, a divisé les flots de la mer, a fendu les rochers, rappelé les morts à la vie, a guéri les malades, fermé la gueule des lions, éteint les flammes dévorantes, humilié les superbes, et exalté les humbles : car toutes ces merveilles ont été opérées par la foi. (Saint Jacques de Nisibe, Sermon Ier de la Foi.)

Péroraison.

ODieu! séparez notre cause d'avec celle de ces pécheurs sut qui vous vengerez avec tant de sévérité cette foi dont vous êtes 1 auteur , et qui est le prix de votre sang : Discerne causam mcam de génie non sancta : ne permettez pas que ce qui doit être le principe et le gage de notre salut devienne par notre faute !e sujet de notre réprobation , et que le plus beau don de votre amour ne serve qu'à nous rendre dans l'éternité les plus odieux objets de votre colère et de votre justice. Nous sommes votre peuple; regardez du haut des eieux, et voyez dans le sein de votre Eglise tant de justes vivant de la foi, dont la conduite est conforme à leur croyance, qui vous glorifient par la pureté de leurs mœurs et par des œuvres de lumières : nous ne voulons avoir de part et de ressemblance qu'avec eux; nous voulons marcher sur leurs traces dans les voies du siècle saint, selon l'expression de vos Ecritures: In partes vade sœculi sancîi , cum vivis ctdantibus confesslonern Deo.

Nous l'avons compris, Seigneur, les bonnes œuvres sont les fruits naturels de la foi ; la foi se conserve , se fortifie par les bon-

1 Matth., ix, 29. — * Marc, xvi, 1G. — s Ibid., xi, 22,

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nés œuvres: ce n'est, d'ailleurs, qu'aux bonnes œuvres qu'a été promis l'héritage céleste. Non, ce ne sont pas les grandes lumières, les beaux discours, les sentiniens mêmes et les désirs, mais la vertu et les œuvres que vous couronnez. Inspirez-nous donc plus de zèle et d'ardeur pour toutes les œuvres de salut, ces véritables richesses du chrétien , les seuls biens qui nous suivront au sortir de cette vie. A une forte persuasion des vérités que la foi nous enseigne , faites que nous joignions la pratique constante des devoirs qu'elle nous impose, afin démériter les récompenses qu'elle nous promet dans l'éternité bienheureuse. Ainsi soit-il. (L'abbé Richard.)

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