PLAN ET OBJET DU QUATRIEME DISCOURS SUR LA FOI PRATIQUE
EXORDE
Parate viam Domini ; rectas facile semitas ejus. Préparez la voie du Seigneur ; faites-lui des sentiers droits. (Luc, ch. 3.)
Cette préparation de cœur, et cette droiture de démarche que le Sauveur exige des fidèles pour disposition à ses approches , consistent, selon saint Amhroise, à régler sa vie sur sa créance, et à réformer ses mœurs sur sa foi. Car c'est une erreur, dit ce Père, presque aussi ancienne que la religion , de réduire tout le mérite nécessaire au salut, au seul mérite de la foi; et l'exercice de la foi à une simple soumission desentimens, sans une entière conformité de conduite : comme si c'était assez de croire pour se sauver, et d'être intérieurement soumis pour être véritablement fidèle.
Si cette erreur est trop grossière pour trouver aujourd'hui parmi nous des docteurs et des apologistes, le siècle où nous sommes est assez corrompu pour lui fournir encore des sectateurs et des disciples. Quoi, de plus en vogue en effet, de nos jours que ce nombreux parti de prétendus Chrétiens, qui se contentent tout au plus d'une surface et d'une montre de religion dont ils respectent, si vous le voulez, les dehors et les cérémonies, mais dont ils n'ont ni l'intérieur ni l'esprit, et qu'ils démentent à toute heure par leur conduite; qui, dans le sein du Christianisme et de l'Eglise, ne se comportent pas même en philosophes et en sages ; qui se persuadent enfin que, pour être Chrétien, il suffit d'avoir reçu le baptême et de croire l'Evangile , sans en suivre les enseignemens. •et sans en remplir les devoirs par une foi pratique ?
C'est cette prodigieuse multitude de faux Chrétiens et de mauvais Catholiques que j'attaque dans ce discours , et que j'attaque par leur fort même. Car ils se font fort de la foi : et je vais leur montrer qu'ils ont sujet de craindre de n'avoir pas la foi qu'ils professent.
Ils s'assurent sur la foi : et je vais leur prouver que toute l'assurance qu'ils peuvent avoir , c'est que ce qu'ils ont de foi ne sert qu'à les rendre encore plus coupables devant Dieu.
Juste crainte, et funeste assurance: voilà donc le partage de la plupart des Chrétiens d'aujourd'hui. Juste crainte qu'ils n'aient perdu la foi dont ils se flattent : ce sera mon premier point.
Funeste assurance que le peu de foi qui leur reste ne fera que leur attirer un jugement plus rigoureux, et une condamnation plus sévère : ce sera le sujet du second point.
N'entreprenons point de parler de la foi , sans l'assistance spéciale de cette heureuse Vierge que sa foi vive a rendue mère, et mère de Dieu. Ave. ( Le P. Segaud, Sur la Foi pratique.)
Quand on vit mal, la créance est ordinairement conforme à la conduite.
C'est la pensée de saint Chrysostôme, qui ne fait point difficulté de placer les mauvais Chrétiens auprès des hérétiques : Hœreticorum affines dico} qui quasi non crederent sic 'vtiunt. Et la raison qu'en apporte saint Grégoire a de quoi faire trembler tout chrétien dont les mœurs ne répondent point à la foi qu'il professe. C'est, dit ce Père, qu'il n'arrive que trop souvent, soit par un malheureux penchant de la nature corrompue, soit par un redoutable effet desjugemens de Dieu, que de mauvaises mœurs produisent de mauvais sentimens ; que, pour étouffer ses remords, on achète la paix aux dépens de sa foi , et que l'égarement de l'esprit suit de près le dérèglement du cœur. Divino sœpe judicio contingit, ut perhoCs quod quis nequiter vivit , perdat quod salubriter crédit.
Ce sentiment commun parmi les Pères n'est point une de ces décisions sévères échappées à l'ardeur de leur zèle. Celle-ci est fondée sur la doctrine de saint Paul , qui nous avertit en général que la conscience et la foi courent les mêmes dangers, brisent contre les mêmes écueils , et sont souvent ensevelies dans un même naufrage : Bonam conscientiam quidam rcpellentes circa /idem naufragaverunt ; qui nous fait entendre en particulier qu'une personne chrétienne, telle qu'on n'en voit que trop à la honte du Christianisme , qui passe ses jours dans la recherche des plaisirs, dans l'oubli de ses devoirs, dans le mépris des vertus propres de son état , toute vivante qu'elle paraît aux yeux des hommes, est morte devant Dieu: Vivais tnortua est: qu'elle est pire qu'une infidèle : et est infideli deterior. C'est sur ce principe que le grand Apôtre exhorte tous les fidèles à s'examiner, à s'é-
prouver , à s'assurer eux-mêmes , s'ils ont véritablement de la foi, ou si la foi qu'ils ont est une foi véritable: Vosmetipsos tentate si estis injidc. Il est donc à craindre , selon saint Paul , qu'on ne s'abuse sur ce sujet ; l'avis est des plus sérieux et des plus intéressans. Il s'agit de la base de tout le Christianisme, dû fondement de toutes nos espérances, de l'unique ressource de salut qui vous reste, pécheurs, dans le malheureux état où vous êtes,* de la foi, en un mot, que vous vous flattez d'avoir encore, et que peut-être, hélas ! vous n'avez plus. Au reste, je ne prétends point décider , je ne veux rien prononcer : je me contente, avec saint Paul, de vous faire ici juges de votre propre foi. Vosmetipsos tentate si estis in fide. Pour entrer dans cet examen important, rappelez-vous, je vous prie, ce que vous apprennent les premiers élémens de votre foi : que le vrai fidèle est celui qui croit toutes les vérités de Dieu révélées à son Eglise, qui fait profession de les soutenir, s'il le faut, aux dépens de son sang et de sa vie , et qui les croit uniquement par déférence à l'autorité divine. En sorte qu'il y a trois choses à considérer dans tout fidèle : l'objet et la matière de sa foi ; ce sont toutes les vérités révélées ; l'habitude et l'acte de sa foi • c'est cette disposition à donner pour elle son sang et sa vie : le principe et le motif de sa foi ; c'est l'infaillible autorité de Dieu. La véritable foi, la foi catholique, cette foi qui nous distingue des infidèles et des hérétiques , est d'abord universelle et indivisible dans son objet; en second lieu ferme et inébranlable dans ses actes, surnaturelle enfin et divine dans son principe.
Otez une de ces conditions : c'en est fait , ce n'est plus cette foi chrétienne, sans laquelle il est impossible de plaire à Dieu, dit saint Paul : Sine fide impossible est placere Dco , et que le même Apôtre en deux mots a si bien définie une captivité méritoire qui soumet notre esprit tout entier sous son autorité : In captwitatem rédigeas omnem intellectum ; parce que, dit saint Ambroise, elle nous ôte trois funestes libertés que nous prétendons naturellement avoir et retenir en matière de créance : de ne croire que ce que nous voulons , que comme nous le voulons, et parce que nous le voulons croire.
Or, je dis qu'il est bien à craindre que la plupart de ceux qui parmi vous mènent une vie si opposée à la loi divine qu'ils professent ne soient du nombre de ces infidèles, qui ne croient que ce qui leur plaît, que comme il leur plaît, et que parce qu'il leur plaît ; et que par conséquent ils n'aient point une foi véritable. Encore une fois je ne décide point , je ne prononce rien , je ne fais
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que proposer les raisons qu'il y a de clouter ; c'est à vous de ju^er si je suis bien fondé dans mes doutes ; ou plutôt si vous êtes bien fonde's dans votre foi : Vosmeptipsos tentate si estis in fide. . . .
Car, sans vouloir rien décider ici que sur votre témoignage, je vous demande à quel homme de bon sens persuadera-t-on jamais que ces personnes mondaines que vous connaissez chrétiennes par leur baptême, mais païennes par leurs mœurs; curieuses de touteautre science que de celle du salut, occupées de tout autre soin que de celui de servir Dieu, jalouses de toute autre gloire que de celle de plaire à leur Sauveur, et pour qui c'est une simplicité de lui obéir, une faiblesse de le craindre, un déshonneur même de l'imiter et de le suivre; à quel homme raisonnable persuadera-t-on jamais que ces sortes de personnes croient d'esprit et de cœur, sans restriction et sans doute, les sévères maximes de l'Evangile ?
Que ces esclaves , par exemple, de la terre, qui bornent tous leurs empressemens à amasser des richesses, souvent aux dépens de la justice, sont bien persuadés de ces premiers élémens de la foi : heureux les pauvres, et malheureux les riches : Beati paupcres^vœ vobis d'witibusl Que ces idolâtres de la fortune, qui ne cherchent qu'à profiter de la chute des autres, et à s'élever sur leurs ruines, n'importe par quelles intrigues, sont bien convaincus de cet oracle divin: la miséricorde de Dieu est pour les petits, et la sévérité pour les grands : Eœiguo concedtiur misericordia ; potentes potenter tormenta patientur. Que ces heureux du temps qui coulent leurs jours dans l'oisiveté, dans la mollesse, dans les jeux et les divertissemens, sans autre inquiétude que celle de leurs plaisirs, sont bien pénétrés de cet arrêt décisif; autant de sensualité et de délicatesse, autant de supplices et de tourmens : Quantum in deliciis fuit, tantum date illi tormentum. Que ces enfans du siècle, dont les occupations épuisent tout le loisir, qui laissent à ce qu'ils appellent peuple le soin de remplir les devoirs de la religion, qui ne se donnent pas le temps de penser à leur salut, ou qui n'y pensent que pour renvoyer cette affaire capitale à un temps plus incertain, et où l'on est incapable de tout, ont bien gravé dans leur esprit cette grande leçon du Christianisme : Que sert à l'homme de gagner tout l'univers s'il vient a. perdre son ame ? Qidd prodest? Que ces partisans du monde qui ont pour lui de si forts attache mens, qui sont si prévenus en sa faveur, qui applaudissent en toute occasion à ses maximes, qui se font honneur de suivre en tout ses usages, tiennent comme un article de foi cet anathème évangélique : Malheur au monde trompeur et à ses pièges sédui-
sans: Vœmundo ascandalis. Encore une fois , à quel homme sensé persuadera-t-on jamais de si étranges paradoxes ? Eh ! mes frères! si Dieu, par impossihle, changeant tout à coup le plan de la religion, et la morale de l'Evangile, s'il venait à canoniser ce qu'il analhématise, les richesses, les grandeurs, les plaisirs, le monde et ses amusemens; et anathématiser ce qu'il canonise, le désintéressement, l'humilité, la patience, la retraite : croyez-vous de bonne foi que le grand nombre de ces Chrétiens relâchés que j'attaque eût besoin de changer de créance et de conviction ? Je ne parle ici, comme vous le voyez, ni des faibles idées que quelques lins se font exprès de certains péchés griefs pour les commettre sans remords, ni des systèmes outrés de miséricorde que d'autres se forment à leur gré pour s'entretenir de leurs déréglernens. Ce sont là des hérésies visibles et de palpables erreurs, qui combattent directement la foi que nous avons soin de leur reprocher quand l'occasion s'en présente. Je ne parle ici que des premières vérités de la religion, qu'ils font tous profession de croire, mais qu'il est à craindre qu'ils ne croient pas tous
Aussi, lorsque les anciens infidèles objectaient aux premiers Apôtres la disproportion qui se trouvait dès lors entre la créance et les mœurs de plusieurs Chrétiens, que répondaient-ils , je vous prie? qu'ils doutaient fort que ces Chrétiens de nom eussent vériblement la foi. Ils étaient parmi nous, disait saint Jean, mais ils n'étaient pas des nôtres : car tout ce qui s'appelle Chrétien n'est pas pour cela Chrétien : Ex nobis prodierunt, sed non erant ex nobis , quoniam non sunt omnes ex Jiobis.
Ne pourraient-il pas nous faire encore aujourd'hui la même objection? S'ils nous demandaient, par exemple, d'où vient que dans le Christianisme, où l'on reconnaît non pas comme eux des dieux corrompus, mais un. Dieu infiniment saint, on voit cependant régner les mêmes vices que dans le paganisme, où en étant vicieux on ne fait après tout que se conformer à ce que l'on croit et imiter ce que l'on adore ? pourquoi, dans le Christianisme où. l'on croit un œil invisible, toujours ouvert pour observer; une oreille inévitable, toujours attentive pour écouter; une main incorruptible, toujours armée pour punir le mal, on fait , on dit , on pense mille choses en secret dont on ne voudrait pas avoir qui que ce fût pour témoin? comment, dans le Christianisme où l'on tient réellement présent sur les autels son Créateur, son Sauveur et son Juge, les temples sont souvent sans adorateurs, les adorateurs sans respect, et presque toujours sans piété et sans ferveur ? A tous ces dou-
tes et à mille autre pareils, aussi bien fondes, que pourriezvous répondre vous-mêmes? Diriez- vous qu'il ne faut pas juger de la créance par les œuvres; que la spéculation et la pratique sont deux choses bien différentes; que, parmi les païens mêmes, ceux qui pensaient le mieux ne faisaient pas souvent mieux que les autres. Témoin un Sénèque, qui, sur le mépris des richesses, écrivait en Chrétien, et ne vivait pas même en philosophe. Je veux, mes frères, que cela soit vrai des leçons sèches de la philosophie païenne : ceux qui les donnaient sans les suivre pouvaient bien ne les pas croire : il n'en est pas de même des vérités merveilleuses de la religion chrétienne, dont le propre a toujours été d'échauffer les cœurs en éclairant les esprits; en sorte que la grâce qui les fait croire aide aussi à les pratiquer.
Quels changemens ces divines vérités n'ont-elles pas opérés dès les commencemens de l'Eglise naissante? quelques années de Christianisme, dit un saint Père ^firent changer de face à l'univers, mirent au monde un monde tout nouveau, métamorphosèrent des hommes en Anges, et transformèrent des monstres d'iniquité et des suppôts de Satan en autant de modèles de vertu et de ressemblances du Sauveur ! quel amour de préférence pour Dieu dans ces hommes autrefois adorateurs du démon et du monde ! quel généreux dépouillement de tout pour embrasser la pauvreté du Sauveur! quelle étendue de charité pour le prochain dans ces hommes auparavant amateurs d'eux seuls! quelle cordialité pour leurs persécuteurs mêmes qu'ils traitaient en amis, et pour qui ils s'intéressaient comme pour leurs frères à l'exemple du Sauveur ! quelle austérité de vie dans ces anciens idolâtres de leurs corps! quelle force, quel courage dans la violence qu'ils leur faisaient souffrir comme aux ennemis nés de leurs âmes, et dans la croix qu'ils leur faisaient porter comme aux membres adoptés du Sauveur! enfin quelle conformité de créance et de conduite dans ces premiers fidèles, puisqu'un de leurs apologistes, parlant aux tyrans qui voulaient brûler l'Evangile pour abolir le Christianisme, ne faisaient pas difficulté de dire que leur dessein était inutile; parce que les enfans du Christianisme naissant étaient autant d'Evangiles vivans. En pourrait-on bien dire autant de la plupart des Chrétiens du siècle? La défense de l'apologiste serait-elle encore aussi sûre, et l'entreprise du tyran aussi difficile? Hélas, mes frères, vous le savez, l'Evangile aujourd'hui parmi vous ne se trouve presque plus que dans es livres, et ne se lit guère dans les mœurs.
Et vous voulez après cela, Chrétiens indignes de votre nom et de votre origine, que je croie fermement que vous avez la même foi qui, dans vos pères, a produit tant de prodiges? Quoi! cette foi aura pu porter un grand nombre de riches à se dépouiller des biens dont ils étaient les légitimes possesseurs, à vendre leurs héritages, à en déposer le prix aux pieds des Apôtres , et elle ne pourra vous engager à vous dessaisir des biens illicites dont vous êtes les ravisseurs injustes, ou du moins les injustes détenteurs; à payer vos domestiques, à satisfaire vos créanciers, à acquitter ces dettes que vous laissez vieillir par de frauduleuses remises, pour étaler avec plus de pompe, après votre mort, des monumens authentiques de vos artificieux larcins ! Cette foi aura eu la force, dans une infinité de héros chrétiens, de tirer des plus grands maux les plus grands avantages; l'or de la charité, du feu de la tribulation; le germe de la fécondité, du sein de la destruction; l'accroissement de ses forces , du dépérissement de ses membres ; la conquête de ses ennemis, du meurtre de ses enfans; le salut de ses cruels persécuteurs, du sang de ses saints persécutés : et elle n'aura pas le pouvoir de corriger vos emportemens domestiques, de modérer vos ressentimens personnels, d'étouffer vos haines criminelles, d'en arrêter les sombres projets, d'en réprimer les indignes éclats; d'empêcher ces coups de langue meurtrière qui donnent tout à la fois la mort aux présens par la part qu'y prend leur complaisance, et aux absens par le tort qu'en souffre leur honneur! Cette foi aura été assez puissante pour vaincre dans ses premiers élèves toutes les oppositions de la chair à une pureté sans tache, qui défend tout commerce avec les sens, et qui interdit jusqu'à la pensée du mal; qui demande une vigilance continuelle, et une mortification sans relâche; qui embrasse la pénitence et comme la réparation du péché, et comme la sauve-garde de l'innocence; et elle sera trop faible en vous pour finir ces amitiés trop tendres; pour retrancher ces conversations séduisantes; pour faire cesser ces tête-à-tête si funestes à la pudeur; pour rompre ce commerce scandaleux déguisé sous tant de beaux noms, et paré de tant de spécieux prétextes ; pour vous retirer enfin de toute occasion du péché, quelque douceur que vous y trouviez, et quelque intérêt qui vous y attache. (Le Même.)
La foi inutile sang les œuvres.
Ecoutez Jésus , écoutez ses commandemens, Je vous ai dit : Ecoutez, et croyez tout ce qu'il enseigne; je yous parle mainte-
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nant d'une autre manière, et je vous dis: Ecoutez, et faites. Si vous avez créance à sa doctrine , venez à lépreuve des œuvres , « et « montrez votre foi par vos actions *. » Et certainement, Chrétiens, si nous en croyons sa parole, de quelque science que soit éclairé celui qui ne garde point ses préceptes, il ne doit pas se vanter de la connaître. Le disciple bien-aimé le dit nettement en sa première Epître : « Celui qui assure qu'il le connaît, et ne garde pas ses « commandemens, c'est un menteur,, et la vérité n'est point en « lui 2. » Non , il ne connaît pas Jésus-Christ, parce qu'il ne le connaît pas comme il le veut être; il le connaît comme un curieux qui se divertit de sa doctrine et ne songe pas à la pratique, ou qui en fait un sujet de spéculations agréables. Chrétiens, ce n'est pas ainsi que Jésus-Christ veut être connu; au contraire, il nous assure qu'il ne connaît pas ceux qui le connaissent de la sorte. 11 veut des ouvriers tidèles , et non pas des contemplateurs oisifs ; et ce n'est rien de la foi, si elle ne fructifie en bonnes œuvres. Mais afin de nous en convaincre, remarquez, s'il vous plaît, que toute la vie chrétienne nous étant représentée dans les Ecritures comme un édifice spirituel, les mêmes Ecritures nous disent aussi que la foi en est le fondement. C'est pourquoi saint Paul nous enseigne que « nous « sommes fondés en la foi 3. » Or, vous savez que le fondement a deux qualités principales : il est en premier lieu le commencement, et secondement il est le soutien de l'édifice qui se prépare. Donc, pour bien connaître la foi, nous devons juger en premier lieu qu'elle n'est qu'un commencement, et secondement qu'elle n'est destinée que pour être le soutien de quelque chose. L'une et l'autre de ces qualités exigent nécessairement la suite des œuvres , parce que, en qualité de commencement, elle nous oblige à continuer, et, en qualité de soutien, elle nous invite à bâtir dessus; et l'un et l'autre se font pour les œuvres.
Mais découvrons dans un plus grand jour ces deux importantes raisons. Je conclus la première en peu de paroles, et la seconde, qui sera plus de notre sujet, aura une plus grande étendue. Croire, disons-nous, c'est commencer, et il est aisé de l'entendre; car tout le dessein du Christianisme n'étant que de soumettre notre esprit à Dieu, la foi, dit saint Augustin, commence cette œuvre : Fides est prima cpiœ subjugat animam Deo. « La foi est la première qui « soumet l'ame à Dieu. » Et le concile de Trente a défini que « la «foi est le commencement du salut de l'homme : » Fides est hu~
* Jac, u, 18, — MJoan., u, 14. — : Col., i, 23.
manœ salutis inilium. La foi est donc un commencement; c'est la première de ses qualités. Et plût à Dieu que tous les Chrétiens l'eussent bien compris! Car parla ils pourraient connaître que de s'en tenir à la foi , sans s'avancer dans les bonnes œuvres, c'est s'arrêter dès le premier pas, c'est abandonner tout l'ouvrage dès le commencement de l'entreprise, et s'attirer justement ce reproche de 1 Evangile : Hic homo cœpit œdifœare et non potuit consum- « mare l : « voilà ce fou , cet insensé qui avait commencé un beau « bâtiment, et qui ne l'a pas achevé. » Il a fait grand amas de matériaux, il a posé les fondemens d'un grand et superbe édifice, et, le fondement étant mis, tout d'un coup il quitte l'ouvrage. Ole fou ! ô l'extravagant! Hic homo cœpit œdijicare.
Mais éveillez-vous, Chrétien! c'est vous qui êtes cet homme insensé : vous avez commencé un grand bâtiment; vous avez déjà établi la foi , qui en est le fondement immuable. Pour poser ce fondement de la [foi, quels efforts il a fallu faire ! La place destinée pour le bâtiment était plus mouvante que le sable: Chrétien, c'est l'esprit humain toujours chancelant dans ses pensées, il a fallu l'affermir. Que de miracles, que de prophéties, que d'écritures, que d'enseignemens ont été nécessaires pour servir d'appui ! Il y avait d'un côté des précipices , précipices terribles et dangereux de l'erreur et de l'ignorance; il a fallu les combler; et de l'autre, a des hauteurs superbes, qui s'élevaient, dit le saint Apôtre, contre la « science de Dieu2; »il a fallu les abattre et les aplanir. Parlons en termes plus intelligibles: il a fallu s'aveugler soi-même, démentir et débavouer tous ses sens, renoncer à son jugement, se soumettre et se captiver dans la partie la plus libre , qui est la raison. Enfin, que n'a-t-il pas fallu entreprendre pour poser ce fondement de la foi? Et, après de si grands efforts et tant de préparatifs extraordinaires, on laisse l'entreprise imparfaite, et l'on met de beaux fondemens sur lesquels on ne bâtit rien ! Peut-on voir une pareille folie? Et ne vois-tu pas, insensé, que ce fondement attend l'édifice, que ce commencement de la foi demande sa perfection par la bonne vie, et que ces murailles à demi élevées, qui se ruinent, parce qu'on néglige de les achever , rendent hautement témoignage contre ta folle et téméraire conduite? Mais cela paraîtra bien mieux, si, après avoir regardé la foi comme le commencement de l'édifice, nous considérons maintenant qu'elle n'est pas établie pour demeurer s^ule, mais pour servir de soutien à quelque autre chose. Car s'il est
l kuc, «y, 30, — 2 II Cor., x, 5.
ainsi, Chrétiens, quelle ne soit pas établie pour demeurer seule, mais pour servir d'appui à quelque autre chose, je vous laisse à juger en vos consciences quelle injure vous faites au divin Sauveur, si, ayant mis en vos âmes un fondement si inébranlable, vous craignez encore de bâtir dessus: n'est-ce pas lui dire manifestement que vous vous défiez du soutien qu'il vous présente, et que vous n'osez vous appuyer sur sa parole ? c'est-à-dire que sa foi vous paraît douteuse, sa doctrine mal soutenue, ses maximes peu assurées. (Bossuet, Sermon sur la soumission due à la parole de Jésus- Chrit.)
L'indifferencc-pratique est coupable en elle-même.
J'appelle indifférence pratique ce système qui réduit le Christianisme à la simple croyance : comme si l'on était Chrétien ainsi que l'on est philosophe, par de stériles spéculations, qui n'imposent aucun sacrifice aux passions, et qui ne sauraient produire aucune vertu ! Observons d'abord que toute religion impose nécessairement de grands devoirs, par cela seul qu'elle règle les rapports de l'homme avec Dieu, notre premier principe et notre fin dernière. Elle doit lui dévouer la raison , le cœur, les sens même; en un mot, l'homme tout entier : donc retrancher de la religion les pratiques et les devoirs , ce serait la détruire dans ce qui la constitue essentiellement; en réprouvant l'impiété, ce serait en adopter les principes dans toute la conduite de la vie.
De là cette conséquence qu'il suffira de vous développer, pour vous faire comprendre le crime et l'illusion de cet état: U indifférence pratique n'est que U impiété pratique.
Considérez en effet l'impiété, non plus dans le vague de ses systèmes, mais réduite en action, et appliquée à la conduite de la vie : quels seront ses effets? D'abord elle éloigne les hommes des devoirs consacrés pour le culte extérieur qui est comme le corps de la religion. Pénétrant dans le cœur, elle anéantit les sentimens et les vertus d'où résulte leculte intérieur qui en estXame. C'est ainsi qu'effaçant l'image de la Divinité du souvenir des hommes, l'impiété leur apprend à vivre sans religion et sans Dieu. Or, l'indifférence détruit également lareligion , parce qu'elle nousconduit i° à l'abandon des devoirs extérieurs delà religion; 2° à l'oubli des sentimens et des vertus qu'elle nous prescrit.
Elle nous conduit à l'abandon des devoirs extérieurs. L'indifférent se rassure d'ordinaire sur son attachement aux principes de la foi; mais observez-le bien, mes frères, tout se lie et s'enchaîne dans cette religion divine; le Christianisme est tout prati-
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que, et il n'est pas un principe qui ne nous impose un devoir: voyons comment l'homme indifférent les remplit. En vain la religion ramène les temps consacrés à la pénitence et à la prière, en vain ont reparu ces augustes solennités, toujours sanctifiées chez nos pères, par le renouvellement de la foi, f l'amendement des mœurs et la ferveur de la piété ; en vain l'Eglise , dont il se dit enfant soumis, appelle tous les fidèles à se réconcilier à Dieu: lindifférent se sépare, il s'excommunie lui-même : Segregant semetipsos. Si l'on se montre dans le temple à certains jours , on y paraît plus distrait qu'à un spectacle profane. Si on se résigne à remplir quelques observances simples et faciles, c'est que le inonde les a rangées parmi les bienséances; et ces faibles restes d'une foi qui s'éteint sont moins un hommage que l'on rend à Dieu, qu'un tribut de plus que l'on croit devoir à l'opinion ....
L'indifférent ne manque jamais de nous répondre que c'est par le cœur que l'on est Chrétien ; que la religion n'existe que par les sentimens, ne se prouve que par les vertus; montrons-lui donc que, sous le rapport des sentimens et des vertus, son indifférence se confond encore avec l'impiété.
Quelquefois , je le sais, vous le verrez dévoué à ses devoirs envers les hommes, sensible pour les malheureux, fidèle à l'amitié; ajoutez à ces qualités mille autres qualités sociales: n'examinons pas ici la réalité de ses vertus; accordons pour un moment que l'estimable réunion d'une rare droiture d'esprit, d'une extrême bonté de cœur, avec une parfaite modération de caractère, ait été assez favorisée par les circonstances pour que cette vertu , sans boussole et sans guide, ait échappé à tous les écueils du monde, comme à tous les orages des passions; toujours est-il vrai que ces vertus tout humaines n'ont rien de commun avec Jésus- Christ, par qui seul nous serons sauvés. Cherchez dans leur conduite quelles sont les vertus que la foi leur .inspire, ou les actions qu'elle détermine. Observez si elle est jamais le motif qui les anime, ou le frein qui les arrête? Eux-mêmes vous diront qu'ils obéissent à l'honneur, à la droiture naturelle; que, quand ils cesseraient de croire en Dieu, rien ne changerait dans leur conduite. Hélas! nous leur répondrons en gémissant que, loin d'être de vrais chrétiens, ils ne seraient pas même de vertueux païens. Interrogez ces peuples anciens, assis à l'ombre de la mort; apprenez d'eux combien l'homme a besoin de Dieu dans tous les momens de son existence; toutes leurs actions publiques et particulières, leurs délibérations, leurs entreprises, portaient le caractère de la
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religion. Les autels, les sacrifices, les dieux, se trouvaient partout, clans le sénat , dans les armées, dans les places publiques, sur les limites de leurs champs, et jusqu'au sein de leurs foyers. Dans les ténèbres où ils étaient plongés , il semble que leur ame se retournât sans cesse vers la Divinité; ils n'agissaient que sous ses auspices, et n'étaient tranquilles que sous ses regards. Grand Dieu! et les Chrétiens de nos jours vous ont relégué dans vos temples! vous y restez délaissé, solitaire, sans qu'il vous soit permis d'intervenir dans la conduite de leur vie ou le règlement de leur maison ! Non , non , qu'ils interrogent de bonne foi leur conscience : elle leur répondra qu'ils sont aussi éloignés des sentimensque des pratiques. Ils croient en vous, ô mon Dieu! mais ils ne savent pas vous aimer, et ils ne daignent pas vous craindre. Riches des biens dont vous les comblez, les voiton lever les yeux vers la main qui les leur distribue? Frappés par votre justice, ils ont murmuré peut-être, mais ils ne se sont pas repentis; ils confessent votre existence, mais ils ont mis entre eux et vous un immense intervalle que leur ame appesantie ne songe pas même à franchir. Si on les presse de mettre ordre à leur conscience, et de pourvoir à leur éternité, il n'en n'est pas un qui ne vous réponde qu'il est bon fils, bon époux, bon père, et que Dieu n'en demande pas davantage. O triste et scandaleux renversement! les hommes sont tout, Dieu n'est rien ! Si les hommes n'ont pas à se plaindre, Dieu n'a rien à. exiger, pas même la dette sacrée de la reconnaissance et de l'amour! On ne parle parmi nous que de principes et de moralité , et, à la tête de la morale, nous avons placé l'oubli de Dieu!
Eh quoi! les peuples les plus sauvages, les hordes les plus barbares unissent leurs voix pour honorer le Père commun ! Depuis qu'il existe des hommes, la terre entière n'est qu'un temple qui retentit d'un bout à l'autre des accens de la religion, des gémissemens de la prière , des hymnes de la reconnaissance, et des Chrétiens publieront hautement que l'homme a des droits sur l'homme, et que Dieu, le gardien et le vengeur de tous les droits, ne s'est réservé pour lui-même aucun hommage ; aucun tribut! O vous qui reconnaissez dans le ciel un maître, un bienfaiteur, un père, auriez-vous pu penser que que ces titres sacrés ne vous imposent aucun devoir ? Quoi! pourvu que vous remplissiez quelques devoirs envers les hommes, où l'orgueil a peut-être plus de part que la vertu, vous seriez déchargé de toute obligation envers Dieu ! pourvu que vous disiez : Je suis chrétien % le ciel vous laisse» ail le
droit inconcevable de négliger la religion et de la décréditer par vos exemples! Vous vous flattez pourtant de trouver grâce devant Dieu, parce que vous n'en êtes pas venu jusqu'à vous ranger parmi les impies. Ainsi vous vous croyez justifié par cela seul qu'il existe un état plus désespéré que le vôtre. Mais à quoi se réduit la différence? L'impie vit indépendant de la Divinité, parce qu'il a dit dans son cœur: 77 n'y a pas de Dieu. L'indifférent croit à son existence, et vit comme si Dieu n'était pas. L'impie combat des vérités nécessaires ; l'indifférent les néglige en les adorant. L'impie sera quelquefois meilleur que ses principes; l'indifférent se déprave en dépit des siens. L'un est plus insensé dans ses opinions, l'autre plus inconséquent dans sa conduite. L'impiété se termine à la haine de Dieu; l'indifférence à l'oubli, pour ne pas dire au mépris de Dieu. (L'abbé Legris-Duval, Sur l'indifférence pratique.)
L'indifférence pratique est funeste dans ses conséquences.
C'est un préjugé particulier à notre siècle, de croire qu'il suffit de conserver la foi pour s'acquitter envers la religion , pour vivre en paix et mourir tranquille , pour satisfaire enfin à la grande obligation de l'exemple envers la société. Non seulement votre foi ne vous justifiera pas sans les œuvres, mais elle sera votre condamnation; non seulement elle ne vous consolera pas, mais elle doit être votre tourment, et pendant la vie et à la mort; non seulement votre foi n'édifiera pas la société, mais, unie à l'indifférence, elle en deviendra le scandale: telles sont les suites malheureuses de l'indifférence pratique.
Elle sera votre condamnation. Parmi toutes les preuves que nous pourrions vous en donner, nous nous bornerons à cette opposition constante et volontaire que l'indifférence établit entre votre conscience et votre conduite, qui devient une contradiction de tous les momens et une inconséquence de toute la vie. Qu'estce, en effet, qu'un Chrétien qui croit sans pratiquer ? C'est un homme profondément convaincu qu'un Dieu est descendu du ciel pour nous éclairer par l'Evangile, qu'il en a dicté tous les oracles, qu'il l'a consacré par ses exemples, qu'il l'a scellé de son sang; et cet Evangile, il ne le suit pas ! Il croit que l'Eglise tient ici-bas la place de Jésus-Christ même, pour nous diriger et nous instruire; et cette Eglise, il ne l'écoute pas! Il sait, il croit d'une foi ferme que la mort peut le livrer à chaque instant entre les mains de la justice éternelle , et il ne s'y prépare pas ! Mais de tous les mys-
tères que peut renfermer le cœur de l'homme clans l'excès de l'insensibilité, voici le plus effrayant : Vous croyez à un Enfer, et vous ne faites rien pour l'éviter! que dis-je ? vous accumulez chaque jour vos offenses. Courbé sous le poids des iniquités, vous vous jouez en aveugle sur le bord des abîmes éternels, et vous en sondez sans effroi la profondeur ! Ah! laissez à l'incrédule la gloire affreuse de s'endurcir contre son Dieu ! Etes-vous entraîné loin de lui par des passions qui se seraient changées en habitudes , votre foi vous condamne; elle vous dit que, vous exposer à mourir dans cet état, ce serait agir en insensé. Nous direz-vous que nul désordre ne vous accuse, vous prononcez vous-même votre arrêt. Quoi ! il vous serait si facile de consacrer par la foi les vertus qui vous honorent, et vous en voulez perdre le fruit pour l'éternité ! Quoi! sans avoir à redouter ni la rigueur des sacrifices , ni l'humiliation des aveux, vous pourriez vous refuser à des démarches consolantes, que Dieu commande, d'ailleurs, avec une autorité absolue !
En vain dans cet état espérez-vous goûter les consolations de la foi pour avoir part à ses bienfaits; ce n'est pas assez de la connaître , elle veut des âmes aimantes et capables de la sentir profondément. Notre religion n'est point un système ni une opinion religieuse; ainsi que la nomme le monde, la religion est un sentiment , le plus heureux, le plus puissant des sentimens ; elle fait le bonbeur du Juste , elle embellit la prospérité ; mais au jour de l'adversité elle déploie sa vertu divine. Le Juste est grand dans le malheur , il est heureux des biens qu'il attend, heureux des vertus qu'il pratique. Dans le ravissement de l'espérance et de l'amour, il est heureux des maux qu'il souffre , et des larmes qu'ils lui font répandre. Mais vous qui , glacés par l'indifférence, vous contentez de reconnaître la vérité et vous contentez de l'adorer de loin, où puiserez-vous la consolation? Sera-ce dans les vertus touchantes de la foi ? mais vous ne les pratiquez pas ; dans les biens ineffables qu'elle nous présente? vous ne faites rien pour les mériter ; dans la méditation de sa céleste doctrine ? elle vous trouve toujours rebelle. Ah ! lorsque abattu par l'infirmité, abandonné par le monde , frappé peut-être de ces plaies cruelles du cœur qui ne se guérissent jamais, vous reviendrez à la religion, le seul appui de l'homme et sa dernière amie dans le malheur, elle s'attendrira sur vos douleurs , sans doute ; mais que pourra-t-elle pour votre bonheur? Elle ouvre à vos yeux l'Evangile; partout vous y lisez votre arrêt ; partout c'est un Dieu qui punit le servi-
teur inutile, qui condamne l'arbre stérile, qui se plaît à surprendre le pécheur ; un Dieu qui ne récompense que l'amour, et ne fait grâce qu'au repentir. (Le Même.)
I/indifférence-pralique est le scandale de la société.
Ne nous dites pas que vous respectez la religion , que vous la recommandez dans vos familles; un mot suffit pour vous répondre : vos principes sont pour vous seul, vos exemples sont pour les autres; plus même vous leur aurez inspiré de confiance par l'élévation de vos sentimens, plus ils seront portés à juger que les pratiques religieuses sont médiocrement utiles , puisque enfin vous les négligez, et, vous voyantsur tout le reste justes, modérés, fidèles à tous vos devoirs, comment ne penseront-ils pas que la religion n'en est pas un, puisque vous réservez pour elle l'indifférence et l'abandon? Alors, si leurs principes se dépravent, si, négligeant à leur tour le service de Dieu, ils passent rapidement de l'indifférence à l'irréligion, de l'irréligion à l'immoralité profonde; si , jusqu'au sein de vos familles, vous voyez s'établir la licence et le scandale , quels regrets vous vous serez préparés ! O combien de parens verseront des larmes amères, en voyant mettre en principe par leurs enfans ce qu'ils auront eux-mêmes établi dans la pratique! Malheureux! pour n'avoir pas compris que la religion conserve en vain ses temples et ses autels, si on lui ravit les vertus qui répondent de son existence, et qu'après une génération indifférente il ne peut naître qu'une génération incrédule. Le monde a vu plus d'une fois des peuples égarés par le fanatisme religieux quitter la religion de leurs pères, pour passer à des cultes étrangers et à des religions nouvelles; mais à la suite de l'indifférence vient le mépris de toute religion, la nuit profonde de la barbarie; et pour réunir en un seul mot toutes les erreurs, tous les fléaux, tous les forfaits, si nous cessions d'être Chrétiens, il ne nous reste que l'athéisme, athéisme populaire, universel, sans ressource et sans espérance. Repoussée par la persécution, la religion rentre souvent clans les empires, et s'y établit avec gloire; chez un peuple indifférent, elle languit, elle s'éteint comme la dernière étincelle d'un flambeau qui finit, pour ne se rallumer jamais. (Le même.)
La foi des prétendus chrétiens de nos jours ne sert qu'à les rendre plus coupables
devant Dieu.
Que diriez-vous d'un criminel qui sous les yeux de son juge,
prêt à prononcer son arrêt, lui ferait mille outrages ? Que penseriez vous d'un vil sujet, qui, au service d'un puissant roi/ empressé à lui faire du bien, négligerait les moyens de gagner ses bonnes grâces ? Quel nom donneriez vous à un fils, qui, suides bontés de son père, abuserait des faveurs qu'il en reçoit, pour entretenir son libertinage? Ne les mettriez-vous pas au rang des insensés et des fous? Voilà qui vous êtes, vous tous qui pensez bien, et qui vivez mal. Faites un moment avec moi, je vous prie, le parallèle de votre conduite et de votre foi : et voyez si l'une, rapprochée de l'autre, ne forme pas contre vous une évidente conviction de folie.
Je crois, dites-vous, et je crois que Dieu est présent partout; qu il éclaire chacune de mes actions,- que pas une de mes pensées ne lui échappe; qu'il tient la foudre en main pour punir le coupable, et qu'il n'a qu'à la laisser partir pour m'écraser et me perdre au moment où je suis. De si effrayantes vérités devraient bien me retenir dans le devoir, et ni 'empêcher de transgresser ses lois si respectables. N'importe, péchons toujours, quoique en sa présence : violons ses lois, bravons ses menaces ; que ce glaive vengeur, qui pend sur nos têtes , et qui ne tient qu'à un fil, ne nous donne ni inquiétude ni frayeur. Quelle conséquence ! Je crois que Dieu m'a aimé de toute éternité , et qu'il m'a aimé d'un amour de prédilection et de choix; qu'après m'avoir tiré du néant il me conserve encore; qu'il m'a fait naître, non seulement dans la vraie religion, mais aussi dans l'Eglise véritable ; que par là , avant même que je pusse le connaître, il m'a mis en possession du corps, du sang, des mérites de son Fils; de si tendres souvenirs devraient bien confondre mon ingratitude, et me porter à la reconnaissance. Mais non, outrageons ce prodigue bienfaiteur; perçons le sein de ce père des miséricordes ; crucifions de nouveau ce roi de gloire. Si son amour nous importune, éloignons-en la pensée. Si sa grâce nous sollicite, résistons à ses inspirations. Si notre conscience nous trouble , étouffons-en les remords, pour pécher en assurance. Quelle conclusion !
Je crois qu'il y a pour moi un Paradis et un Enfer, c'est-à-dire, une alternative de félicités ou de tortures éternelles; les unes destinées aux bons, et les autres réservées aux méchans. Je vis dans le péché : j'y puis mourir à toute heure. La pénitence seule peut me sauver, et il ne tient qu'à moi d'y avoir recours. De si pressans intérêts méritent bien qu'on y pense. Cependant point de réflexions. Fermons les yeux au ciel. Jetons-nous tête baissée
dans l'abîme. Trésor de récompense! Rassasiement de joies! Couronne d'immortalité! cédez à un moment de plaisir, à un point d'honneur, à un vil intérêt, à un peu de bien mal acquis. Et vous, ver rongeur, flammes dévorantes, éternité de regrets , de désespoir et de fureur, prenez la place d'un léger effort, d'une restitution juste, d'un aveu salutaire, et d'un saint repentir. Quel raisonnement, ou plutôt quel délire!
Et ne me dites pas que ce sont là de fausses suppositions ; que je fais raisonner le pécheur comme il me plaît , afin de le confondre, et que s'il avait les vérités de la foi bien présentes, il ne serait pas assez fou pour les contredire de sang froid. Mais qu'il n'y pense pas, et qu'ainsi il est moins coupable de folie que de négligence. Pitoyable ressource ! comme si la négligence dans une affaire aussi intéressante que le salut n'était pas le comble de la folie, et qu'ici le manque d'attention et de défaut de sens ne fût pas la même chose; mais j'ai des preuves convaincantes que, lors même que les vérités de la religion sont les plus présentes à son esprit, le pécheur ne laisse pas d'en tirer des conclusions contradictoires en pratique.
N'avez-vous jamais vu un de ces heureux du siècle, qui a fait une fortune opulente, et qui conduit au tombeau un autre favori de la fortune, qui a vécu dans la même opulence que lui ? Peut-il ne pas faire de sérieux retours sur lui-même? J'ai déjà tant d'années accomplies; elles ont passé les bornes marquées à la plupart de ceux à qui je survis : et j'assiste aujourd'hui à la pompe funèbre d'un de mes contemporains et de mes amis. Quelle part ai-je à ce spectacle? et quel est ici mon personnage? Assisté-je aux funé» railles d'un autre , ou sont-ce mes propres funérailles que l'on prépare? Si ces restes de vie que je traîne me disent que je suis encore au monde, ce mort qu'on ensevelit à mes yeux me crie que j en dois bientôt sortir. Ces rides qui défigurent mon visage, ce corps qui plie déjà sous le faix des ans , ces infirmités qui de jour en jour minent mes forces; tout seconde sa voix, et m'annonce ma fin prochaine. Cependant que fais-je sur la terre ? J'y amasse du bien ; j'y accumule des trésors; je me réjouis dans la pensée que l'année prochaine verra grossir mes revenus. Fatal aveuglement! folie incurable! Ah! je ne dois plus penser qu'à ta mort. Il faut me préparer à paraître devant Dieu, m'occuper de bonnes oeuvres, et n'avoir d'autre soin que mon salut. Ainsi raisonne-t-d, sans doute, en idée. Qu'en conclut- il en pratique ? Hélas ! ses belles réflexions s'évanouissent avec l'objet qui les a
fait naître. Le défunt dans sa fosse, il oublie qu'il est sur le bord de la sienne; et, au sortir du convoi, il va peut-être signer encore quelque contrat usuraire; ou, s'il a part à l'héritage, disputer à l'Eglise ou aux pauvres quelque legs pieux du mort.
Autre exemple encore plus commun: Voyez un de ces jeunes libertins qui vivent comme s'il n'y avait point pour eux d'autre vie; voyez-le étendu sur un lit de douleur, observez-le, surtout dans ces momens critiques où on lui administre les sacremens : écoutez-le parlera l'assemblée; demander aux assistans pardon de ses scandales; donner des avis de conversion et des leçons de pénitence à ses compagnons de débauche. Tous fondent en larmes plus encore de joie que de douleur. Chacun croit entendre un oracle. Il n'est personne qui ne le canonise par avance. Belles moralités en effet dans la spéculation! Mais quelles en sontles suites pour la conduite? Hélas! à peine est-il hors du péril, qu'il reprend les mêmes habitudes, mêmes excès, mêmes intrigues, mêmes emportemens, mêmes fureurs: et ce pécheur, qui raisonnait il y a peu de jours en vrai saint, aux approches de la mort, agit en vrai libertin, tel après qu'avant sa maladie
Le second chef de l'accusation que la foi produira contre les Chrétiens prévaricateurs ne sera pas moins considérable. Ce sera celui d'infidélité dont ils se seront rendus coupables, en violant les promesses qu'ils lui auront faites si souvent à la face des autels. Saint Chrysostôme expliquant ces terribles paroles de l'Apôtre : Point de miséricorde pour celui qui retient injustement la vérité de Dieu captive , nous représente éloquemment cette foi, s'élevant au jugement dernier contre ces prétendus fidèles; leur reprochant et l'infidélité de leurs promesses, et l'énormité de leurs déréglemens; et demandant vengeance à Dieu de ce qu'ils l'ont retenue asservie et captivée sous les honteuses lois de leurs brutales passions; malgré tous les engagemens qu'ils avaient pris avec elle dans les sacremens : Ira Dei super omnem injustitiam hominum, qui veritatem Del in injustitia detinent.
Justice, Seigneur! s'écriera-t-elle; justice contre ces Chrétiens baptisés , qui m'ont en toute occasion sacrifiée aux suggestions du malin esprit, auxquelles ils avaient solennellement renoncé dans leur baptême, pour suivre uniquement mes leçons. Justice contre ces fidèles confirmés , qui n'ont pas eu honte de me déshonorer pour plaire au monde, dont ils avaient juré dans leur confirmation de mépriser les mépris et les outrages mêmes, plutôt que de rougir jamais de leur religion. Justice contre ces Catholiques profana-
des prédicateurs. 3oi
teurs de la divine Eucharistie , qu'ils ont reçue de moi , et qu'ils ont outragée malgré moi, en abusant d'un corps nourri tant de fois du corps adorable d'un Dieu. Justice contre ces époux séparés et ces épouses désunies, qui m'ont trahie parleur mésintelligence, en rompant une union sainte qu'ils avaient contractée dans mon sein comme la fidèle image de l'union indissoluble de Jésus-Christ et de son Eglise. Justice contre ces indignes ecclésiastiques , qui m'ont scandalisée en scandalisant ceux que je regardais comme mes enfans, et qui m'ont fait tort en mésusant d'un bien que je leur avais confié , comme le patrimoine des pauvres. Justice enfin contre tous ces parjures élèves de mes soins, qui ne m'ont payée que d'ingratitude, qui m'ont défigurée aux yeux de l'univers, et qui m'ont réduite à regretter la différence que l'on faisait autrefois de mes disciples et de ceux du paganisme. J'étais dans l'esprit et dans le cœur de ces pécheurs, comme un flambeau divin, dont ils tâchaient d'obscurcir la lumière; comme un feu sacré dont ils s'efforçaient d'éteindre la flamme, comme un talent précieux dont ils affectaient en toute occasion de ravaler le prix. Arbitre souverain de leur sort, témoin de leurs engagemens, et juge de leur conduite, vengez-moi , vengez ma liberté , mon intérêt et ma gloire : ou plutôt vengez-vous vous-même, Seigneur: c'est de vous qu'ils m'ont reçue. Vengez votre Fils ; c'est son sang qui m'a produite. Vengez votre esprit ; c'est la source qui m'a fait naître ; et ne souffrez pas* qu'impunément ils aient enseveli dans l'horreur de leurs désordres la première des vertus chrétiennes : Ira Dei super omnem injustitiam hominum^ qui verilatem Del in injustitia detinent.
Àdescris si justes, pécheurs, que pourrez-vous répondre ?Vous plaindrez-vous encore, comme vous faites si souvent, de !a sévérité des lois que vous imposait la foi ; mais c'est alors que la foi vous fera mieux sentir que jamais combien vos plaintes étaient injustes. Vous vous plaigniez, vous répondra-t-e!le; de la sévérité de mes lois; aviez- vous raison de vous en plaindre? Qu'exigeaient-elles de vous que vous n'exigiez pas vous-mêmes de vos semblables? Elles vous prescrivaient la charité, la patience, l'humilité, la douceur. Ne souhaitiez-vous pas que l'on fut à votre égard, doux, humble, patient, charitable? Vil vermisseau de la terre, sorti de la même poussière que le reste des hommes, était-il juste que votre prochain fût obligé de se contraindre pour vous , et que vous ne fussiez pas tenu de vous gêner pour lui? qu'il fût chargé de supporter vos défauts , et que vous fussiez exempt de lui pardonner ses offenses ?
que vos besoins devinssent les siens, et que ses intérêts ne fussent pas les vôtres? qu'il fut damné pour vous avoir fait tort, et que vous fussiez sauvé après lui avoir porté tant de fois préjudice ? eu un mot , que vous vécussiez seul privilégié parmi tant d'hommes devenus par ma loi vos redevables et vos tributaires ? Quelle partialité !
Vous vous plaigniez tous les jours de la sévérité de mes lois ; en quoi donc les trouviez-vous si sévères? en ce qu'elles réprimaient tous vos mauvais penchans , l'envie, l'avarice, l'ambition, la sensualité. Fallait-il, pour vous satisfaire, donner libre carrière à des monstres si cruels? Quels ravages n'auraient-ils pas causés dans l'univers? C'eût été bientôt un chaos ou plutôt un Enfer, que la religion chrétienne, semblable au paganisme, aurait peuplé de vices; au lieu d'en faire, comme elle en a fait autrefois dans les premiers siècles de 1 Eglise, un Paradis enrichi de vertus. Quel renversement!
Vous vous plaigniez à toute heure de la sévérité de mes lois ; mais quels efforts faisiez-vous donc pour vous y conformer, et pour les suivre? Demandiez-vous la grâce de les accomplir? évitiez-vous l'occasion de les enfreindre? témoigniez-vous quelque regret de les avoir violés tant de fois? Ah! si vous aviez fait tout ce que vous pouviez , vous auriez bientôt reconnu qu'elles ne demandaient rien d'impossible; rien même de si rebutant et de si dur à la nature. Les douceurs qu'elles vous promettaient ne vous auraient pas manqué dans la suite, si vous n'aviez pas manqué d'abord aux secours qu'elles vous offraient. Un peu de cdurage vous aurait rendu plus fort, et mon joug plus léger. Mais vous cédiez à vos répugnances; vous entreteniez vos révoltes , vous aimiez vos faiblesses, et vous vous plaigniez toujours de la sévérité de mes lois. Quelle iniquité!
Enfin vous vous plaignez sans cesse de la sévérité de mes lois. Mais tant d'honnêtes païens et de mauvais Chrétiens se sont-ils plaints de même des lois autant ou plus sévères encore qu'ils ont reçues du monde ou du démon , en les recevant de leurs propres passions dont ils s'étaient rendus comme vous les malheureux esclaves? Ecoutez, faux fidèles, écoutez ces infidèles oracles étaler leurs succès, et apprenez des hommages qu'on a rendus à leurs trompeuses paroles , les hommages que vous deviez à la véritable foi.
Moi, dira un Pythagore, je portai dans l'Italie grand nombre de jeunes gens à renoncer à leurs plaisirs ; de femmes mondaines à fouler aux pieds leur faste; de personnes de tout âge et de tout
DES pRÉDICATEUHS» 3o3
sexe à aimer le silence, le recueillement, la méditation et la retraite. Cependant l'espérance de l'immortalité que je leur donnais, par la transmigration de leurs âmes, n'était, à proprement parler, qu'une succession de morts.
Moi , dira un Hégésias , je parlai si bien dans la Grèce sur les dégoûts du monde, sur les amertumes de la vie, sur les misères du temps , que l'on en vit plusieurs courir d'eux-mêmes au tombeau et avancer leur trépas. Cependant je n'avais ni Paradis à leur promettre ni Dieu mort pour leur salut à leur proposer pour exemple.
Moi, dira un Zenon, j'élevai l'homme au dessus de l'homme , l'esprit au dessus du corps , et le corps même au dessus des douleurs. Cependant mon stoïque héroïsme n'était au fond qu'un vain orgueil.
Et moi, dira le démon , j'ai pris l'homme par lui-même; je l'ai fait esclave de ses sens, martyr de ses désirs, victime de ses passions; et cependant pour de véritables maux, je ne lui ai jamais offert que des biens apparens.
Ah! Chrétiens! toutes ces comparaisons, hélas! trop sensibles d'école à école, de disciples à disciples, ne vous feront-elles pas rougir de votre indolence à la foi, et convenir de l'injustice que vous lui faisiez, en vous plaignant de la sévérité de ses lois? Seconde accusation.
Enfin le dernier chef d'accusation , et le plus grief de tous ceux que la foi portera contre les Chrétiens de mauvaises mœurs, ce sera celui d'hypocrisie, dans les preuves même les plus éclatantes qu'ils auront données de leur religion, et qui n'auront servi qu'à les faire paraître ce qu'ils n'étaient pas. C'est le sens de ce redoutable arrêt du Sauveur du monde, qui condamne tout méchant serviteur, c'est-à-dire tout mauvais Chrétien, à être mis au rang des hypocrites : Partemque ejus ponet cum hypocritis. (Le P. Segaud.)
Péroraison.
Voilà donc tout ce que produit cette foi morte dont se glorifient tant de mauvais Chrétiens , qui la déshonorent par leur vie. C'est de les rendre certains qu'ils n'en seront que plus punis, plus tourmentés , plus malheureux dans l'autre monde. Triste emploi, d'être réduit à porter partout son arrêt, et à prononcera toute heure sa condamnation! Funeste assurance, de savoir qu'on aggrave de jour en jour sa perte, et qu'on creuse de moment e&
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moment son précipice ! désolante pensée, d'être obligé de se dire : Je suis Chrétien, et Catholique par la grâce de Dieu ; j'en ai le nom, j'en porte le caractère, j'en tiens la foi , quoique je n'en fasse pas les œuvres. Mais cette foi gratuite, que j'ai reçue de la pure miséricorde de mon Dieu , ne servira qu'à me rendre le principal objet de sa haine ; qu'à proportionner ses fureurs à sa bonté, qu'à mesurer sur ses faveurs mon supplice. Ce nom glorieux, qui me distingue des infidèles , me rangera bien au dessous des païens, des athées mêmes, dont j'abhorre les sentimens, et dont je déplore le sort, m'attirera de plus grièves peines que les leurs, quoiqu'elles soient extrêmes ; me plongera dans un abîme de malheurs, qui me fera envier leur malheur même. Ce caractère ineffaçable, qui devait faire ma gloire et mon bonheur , sera comme un signal à toutes les flammes de l'Enfer à se réunir contre moi; à tous les damnés d'insulter à ma misère; à tous les démons mêmes de me charger d'opprobres, et de m'accabler de tourmens pendant l'éternité tout entière.
Ce n'était pas là votre dessein, divin Auteur et redoutable vengeur de la foi ; ce n'était pas voire dessein, en nous la donnant , de nous damner et de nous perdre. Vous vouliez sans doute, en nous mettant au rang de vos disciples, nous mettre au nombre de vos élus ; et si vous nous avertissez tant de fois dans votre Evangile que vous demanderez plus à qui aura plus reçu , que vous nous punirez de nos péchés a proportion de nos lumières, que les domestiques et les enfans de la foi auront à votre tribunal, pour accusateurs et pour juges, les étrangers et les infidèles, ce n'est que pour nous engager, par une crainte salutaire, à faire un bon usage de ce don si précieux , à le conserver et à l'accroître même par une continuelle ferveur, à le faire valoir par une exacte conformité de sentimens de nos paroles et de nos mœurs, et à nous rendre par là dignes de vos récompenses éternelles , etc. ( Le même. )
DES PRÉDICATEURS. 3o5