‹ Nouvelle bibliotheque des predicateurs, ou, Dictionnaire apostoliqueChapitre 30 sur 40 · PLAN ET OBJET DU SECOND DISCOURS SUR L IMMORTALITÉ DE LAME · texte numérisé non relu

PLAN ET OBJET DU SECOND DISCOURS SUR L IMMORTALITÉ DE LAME

EXORDE

Ubi est , mors, vicloria tua?

0 mort! où est la victoire? (I Gorintk., xv, ob\)

Est-ce donc à nous , mes frères , jouets infortunes , tristes victimes du trépas, à faire une pareille demande : O mort ! où est ta victoire ? Hélas! elle est dans ce deuil général qui couvre la terre, clans ces tombeaux pressés qui la surchargent , dans cette foule de générations qui s'écoulent comme un torrent et disparaissent comme un nuage. O mort où est ta victoire ? Ali ! Chrétiens, voyezla dans ces empires qu'elle renverse, dans ces trônes qu'elle abat, ces amis qu'elle nous enlève, ces biens qu'elle nous ravit, dans nos mœurs et nos lois, nos arts et nos sciences qu'elle anéantit tour à tour, dans nous-mêmes enfin qu'elle use et qu'elle détruit. . .Dans nous! qu'ai-je donc avancé? Quoi! serait-il vrai que tout périt dans l'homme ? Non, sans doute ; il est en lui un être pur et respectable, inaccessible aux traits du temps et à l'empire delamort: son ame, cette noble portion de lui-même, doit échapper au grand naufrage delà nature entière. Nous avons donc le droit d'insulter à la mort, et de lui demander avec une sainte fierté: O mort! où est ta victoire : Ubi est, mors , Victoria tua?

Ce cri sublime d'une ame qui se sent plus forte que la terre plus durable que le temps, quelle impression fait-il sur nous?Nous sommes immortels : que nous dit, mes chers frères, celte grande espérance ? Hélas ! elle produit des spéculations vaines, et jamais ces pensées fécondes qui partent du cœur; des rêves philosophiques, et jamais ces héroïques sentimens qui enfantent le salut. C'est en nous une idée, et non une persuasion; tout au plus un désir, et non une espérance. Oh ! que nous faut-il donc pour touchervivement nos âmes? et quelle léthargie est la nôtre, si l'attente d'une autre vie nous laisse froids et insensibles?

53o NOUVELLE BIBLIOTHÈQUE

Non moriar,sed vwaml;')e ne mourrai point, mais je vivrai. C'était le saint transport du Prophète, c'est celui de toute ame que le inonde n'a point enchantée; c'est l'élan généreux du fidèle qui vit de la foi des promesses: je ne mourrai point, mais je vivrai. La terre retourne à la terre, et ï esprit vers le Dieu qui la fait 2. Mon corps doit se dissoudre; mais mon corps n'est pas moi, c'est tout au plus le voile grossier qui cache mon être véritable, et la mort n'est pour moi que le commencement de la vie: Non moriar, sed vivant. Arrêtons-nous à cette idée. Ici-bas les passions grossières nous humilient et nous dégradent; le sentiment de l'immortalité nous élève et nous agrandit; les misères inséparables de notre condition viennent empoisonner nos jours les plus sereins; le sentiment de l'immortalité nous soutient et nous console. En deux mots, l'immortalité de notre aine est la plus glorieuse de nos prérogatives; c'est la plus douce de nos espérances. Jvc3 Maria. ( M. de Boulogne, Immortalité de Vaine.)

1 Psal., cxvn, 47. — * * Eccles., xn, 7.

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