‹ Nouvelle bibliotheque des predicateurs, ou, Dictionnaire apostoliqueChapitre 4 sur 40 · REFLEXIONS PRELIMINAIRES SUR CE SUJET · texte numérisé non relu

REFLEXIONS PRELIMINAIRES SUR CE SUJET

Il existe un Dieu : il y a donc un Enfer. Ces deux dogmes essentiels ont constamment été réunis dans les pensées du genre humain ; et comme il ne fut jamais de nation athée, il ne s'en est jamais vu une seule qui ait révoqué en doute les peines de l'autre vie. Toutes les religions qui ont régi le monde ont eu pour base ce principe fondamental de tout ordre. Elles n'ont pas même cherché à le prouver : elles l'ont supposé comme incontestable. Si dans le cours des siècles il s'est trouvé un petit nombre d'hommes, ceux spécialement qui usurpaient et déshonoraient le titre de philosophe, qui aient osé combattre une vérité aussi généralement reconnue, aussi solidement établie, ils ont été tanlôt méprisés comme des insensés, tantôt rejetés comme des impies. Incrédules de nos jours, qui, marchant sur les traces de ces maîtres d'erreur t venez'nous reporter leurs blasphèmes tant de fois proscrits, tous vos efforts vont se briser contre ce consentement universel de tous les temps et de tous les pays. Quelle cause pouvezvous assigner à cette unanimité de persuasion ? Quel homme eût osé proposer à ses semblables une doctrine aussi contraire aux inclinations, aussi révoltante pour les passions humaines? Quel homme aurait eu le pouvoir de la faire aussi universellement adopter? Prétendrez-vous que la totalité du genre humain ait été assez simple, assez ennemie d'elle-même pour se soumettre, sans d'évidentes démonstrations, à la croyance d'intolérables tourmens après la mort? Cherchez tant qu'il vous plaira; vous ne trouverez jamais, à la réunion de tous les peuples dans le dogme d'un Enfer, d'autres principes que l'un de ces deux, ou plutôt que ces deux réunis : d'une part, l'enseignement primitif donné par la Divinité elle-même, et transmis de génération en génération; et de l'autre, ce raisonnement si simple, qui se présente naturellement à tous les esprits, qu'au moins ils saisissent vivement quand il leur est

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présenté. Sous un Dieu juste les malfaiteurs doivent être punis : ne 1 étant pas dans cette vie, ils le sont indubitablement dans une autre.

Cause de l'incrédulité sur l'Enfer*

Si telles sont les causes de la croyance universelle à la vérité d'un Enfer, quelles peuvent être celles de l'incrédulité de quelques individus? Gomment a-t-il pu se faire qu'un dogme si profondément enraciné dans le cœur humain, qu'une vérité démontrée par de si évidentes raisons, ait éprouvé une seule contradiction ; et que, contre le cri de la nature entière, qui proclame la doctrine d'une autre vie, quelques voix se soient élevées pour la combattre ? Considérez quels sont les téméraires qui osent opposer leur courte raison à la raison de toute la race humaine, et vous aurez la réponse à cette question. Ils nient qu'il y ait un Enfer, ceux-là seuls qui ont intérêt à ce qu'il n'y en ait pas. Ils n'y croient pas, parce qu'ils ne veulent pas y croire, parce qu'ils craignent d'y croire. Que leur cœur soit sans passions , et leur esprit sera sans doutes. Cette pensée de la vie future qui fut salutaire à tant d'autres, ils se la rendent funeste. Elle fit des saints de tous les sages qui sacrifièrent les plaisirs du temps à la crainte d'un malheur éternel. Elle fait des impies de quelques insensés qui , pour s'abandonner à leurs penchans pervers, s'efforcent de l'étouffer, et cherchent une ressource contre la menace de l'Enfer dans l'anéantissement de l'Enfer. Ils répètent, les impies de nos jours, ce que disaient ceux du temps de Salomon , qu'ils n'ont vu personne qui soit revenu de l'Enfer. Mais le divin Maître leur répond : S'ils n'ajoutent pas foi aux oracles sacrés sur l'Enfer, un mort qui en sortirait ne les persuaderait pas. Croit-on l'Enfer ? la résurrection d'un mort est inutile. N'y croit-on pas Pelle ne servirait de rien. Que l'on croie ou que l'on ne croie pas à ces terribles chàûmens, ils n'en sont pas muins réels; et ce que les impies refusent de croire comme hommes, et avec tous les hommes, ils seront un jour forcés de le croire comme les démons, et avec eux.

Révélation du dogme de l'Enfer.

Les oracles divins le déclarent positivement. Ce que la raison découvre, la foi le révèle, le confirme, le développe. Chrétiens, car c'est à vous principalement que s'adressent ces instructions ,

il vous faut ou renoncer à ce caractère sacré que vous reçûtes clans le baptême, ou rejeter avec force les doutes criminels qu'on s'efforce de vous inspirer sur les supplices qui attendent le pécheur dans la région infernale. Gomme il n'y a pas de dogme plus salutaire pour la vie présente que celui d'une vie future, comme il n'y a point de principe qui ait une influence plus active sur les actions humaines que celui du salaire qui leur est réservé après la mort, il n'y a pareillement aucune vérité plus formellement enseignée, plus fréquemment répétée dans les livres sacrés. Dieu a voulu que la doctrine fondamentale de toute morale naturelle et religieuse de la conduite honnête et chrétienne nous fût rendue certaine de toutes les manières. lia voulu qu'on ne pût, sans renoncer à tout sentiment, à tout raisonnement, à toute loi, adopter la pernicieuse maxime qui , brisant la barrière opposée aux désordres , ouvre aux crimes de tout genre l'entrée dans la société humaine.

Incompréhensibilité des peines de l'Eofer.

Mais, en nous révélant les supplices de l'autre vie, en nous imposant l'obligation de les croire, la parole divine ne nous en fait pas connaître toute l'étendue. Dieu lui-même, qui a creusé l'Enfer,]ne nous en fait pas comprendre toute l'horreur. Grand Dieu! s'écrie le roi-prophète , qui est-ce qui connaît toute la puissance de votre colère? Qui peut, dans la terreur qu'inspirent vos vengeances, en calculer les épouvantables effets? Devons-nous être étonnés que les opérations de la justice et celles de la miséricorde soient également admirables; que la miséricorde ayant fait pour nous des choses incompréhensibles , les œuvres de la justice excèdent de même nos faibles conceptions? Et quelles sont-elles donc ces conceptions humaines, pour prétendre embrasser toute l'étendue des châtimens que peut infliger la main divine? Ils sont, comme les appelle Tertullien , le trésor de la colère du Tout-Puissant. Des intelligences bornées, des raisons faibles, des imaginations dissipées comme les nôtres , doivent-elles être capables de s'en former une idée exacte? Il n'appartient, par un funeste privilège, qu'aux infortunés qui y sont livrés de connaître tout leur malheur. Vous ont-elles été ouvertes, dit le Seigneur, les portes de la mort? Votre œila-t-il pénétré dans ces gouffres ténébreux? La raison a pu nous amènera connaître la réalité d'un Enfer. Là elle doit s'arrêter, Si elle entreprend de pénétrer dans

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cet abîme de lourmcns, elle s'égarera infailliblement dans ces immenses profondeurs. Recevons humblement de la foi ce qu'elledaigne nous révéler sur la nature des châtimens divins. La foi, qui ne nous les fait point comprendre, nous découvre ce qu'il nous est utile d'en connaître. Elle nous apprend ce dont nous avons besoin pour en concevoir la juste et salutaire frayeur.

Violence des tourment do l'Enfer.

Nous savons, d'après son enseignement, quel est celui qui a dit : C'est à moi qu'appartient la vengeance; ce sera moi qui jugerai et qui punirai : et par cela seul elle nous enseigne combien il est horrible de tomber entre ses mains. Si nous tremblons devant les supplices que font subir les puissances humaines, de quelle terreur ne devons-nous pas être saisis en contemplant ceux qu'inflige le bras tout-puissant d un Dieu irrité? Il voulait récompenser en Dieu , il punira en Dieu , et il ne fera pas moins éclater ses vengeances dans l'Enfer que sa munificence dans le ciel. Ils porteront, dit un Prophète, tout le poids de la colère du Seigneur, ceux qui auront péché contre lui. Ils seront remplis de sa fureur, dit un autre. Moins nous pouvons nous représenter tout ce que renferment ces menaces , plus nous devons sentir combien elles sont terribles. Des tortures si affreuses qu'elles en sont incompréhensibles; des tourmens d'une telle violence qu'ils excèdent tout sentiment, toute idée; dans quel tremblement ne devons-nous pas être en pensant que nous y sommes exposés , que nous les subirons peut-être, que nous les subirons certainement si nous ne travaillons pas à les éviter ? L'Enfer, nous répète souvent le divin Sauveur, est le séjour des pleurs et des grincemens de dents. Que ceux qui cherchent à s'étourdir sur l'Enfer ne nous accusent donc plus de présenter plus sévères qu'elles ne sont, les peines qu'on y endure. Si nous les exagérons , c'est Dieu qui est l'exagérateur : mais pour les rendre épouvantables, l'exagération n'est pas nécessaire; elle n'est pas même possible, puisqu'aucune langue ne peut en expliquer, ni aucun esprit en comprendre toute la ri* gueur.

Les tourmens de l'Enfer inégaux.

En nous révélant que les supplices des re'prouvés seront d'une inconcevable violence, la foi nous enseigne qu'ils ne seront pas les mêmes pour tous. Ils sont affreux, parce que c'est la colère de

Dieu qui les inflige; ils sont différens parce que c'est la justice qui les ordonne. La majesté divine exige pour toute offense une vengeance éclatante, que l'équité suprême règle selon la nature, de l'offense, Gomme il y a des degrés dans les péchés, il y en a dans les châtimens. Dieu les proportionne d'abord au nombre , au genre, à la gravité des crimes. Redoublez les tourmens de cette ame coupable d'après la dépravation de ses œuvres /'crie une voix céleste; autant elle se livre à l'insolence de son orgueil, autant elle s'abandonne à ses criminelles voluptés, autant donnezlui de lourmens et de douleurs. Une autre mesure des châtimens divins sera l'abus des grâces divines. Il sera , c'est Jésus-Christ qui le déclare, plus redemandé à celui à qui il aura été plus accordé. Le serviteur, qui, connaissant la volonté de son maître, ne l'a pas exécutée, sera puni plus sévèrement que celui qui a manqué sans la connaître. Ce fut un grand bonheur pour nous, dans cette vie, qu'une miséricorde toute gratuite nous fit naître dans lô sein de l'Eglise, et nous investit des lumières de la foi. Dans la vie future, ce sera peut-être un redoublement de malheur. Ce caractère de chrétien que nous reçûmes dans le baptême nous suivra dans l'éternité, pour être, si nous lavons profané, une aggravation de tourmens. Et quand je retourne mes pensées sur moi en particulier, de quelle terreur me saisit la pensée du caractère encore plus sacré qui me fut conféré dans l'ordination. Quand je rapproche les grac©6 dont je fus comblé, de mes manquemens ; le ministère dont je fus honoré, de mes profanations; les obligations qui me furent imposées, de mes transgressions ; le soin des âmes qui me fut confié, dîu peu de soin que j'ai eu de la mienne, je frémis à l'aspect destorrens de colère que fera déborder sur moi cette multitude d'iniquités. J'entends sans cesse retentir à mes oreilles cet épouvantable arrêt : Tu vas connaître incessamment, et d'une terrible manière, que le jugement le plus rigoureux est réservé à ceux qui présidentles autres.

Quatre principaux supplices en Enfer.

Je me figure l'affreux sentiment qui s'empare de l'ame du réprouvé au moment où, du théâtre de ses plaisirs, il se voit transporté dans le séjour des vengeances divines. Jugé, condamné, puni au même instant, il s'est senti précipiter dans l'abîme des douleurs. Il a vu les portes fatales se refermer sur lui pour ne se rouvrir jamais. Toute l'horreur de son sort est déjà présente à son esprit. Tout ce qu'il doit à jamais souffrir, il en a commencé la doulou-

neuse épreuve. Quatre supplées accumules sur lui n'auront désormais ni cessation, ni interruption, ni diminution. Ce sont la séparation de Dieu qui désole, le feu qui tourmente, le remords qui déchire, l'éternité qui désespère.

Séparation de Dieu.

Du moment où l'ame coupable aura entendu le formidable arrêt: Reti/ez-vous de moi , il n'y aura plus pour elle d'union avec Dieu : un intervalle immense va l'en séparer pour jamais. Ses iniquités ont élevé entre elle et lui un mur de séparation impénétrable : elles l'ont forcé à détourner sa face. Elle avait été créée pour le voir éternellement , éternellement elle ne le verra pas. Première et juste punition de son infidélité. Dans le cours de cette vie mortelle , c'était Dieu qui recherchait l'ame, et lame criminelle qui le fuyait. Dans la vie future , ce sera lame réprouvéequi recherchera son Dieu , qui soupirera après lui , et qui en sera repoussée. L'éloignement qui fut le péché sera devenu la peine. L'éloignement volontaire et obstiné sera puni par un éloignement forcé et irréparable.

Pécheurs, cette privation ne vous touche pas, ce châtiment ne vous effraie pas. N'ayant pour Dieu ni amour ni désir, vous n'imaginez pas le malheur d'en être séparés. Détournés, dissipés, absorbés, tyrannisés par vos sens, uniquement occupés des plaisirs qu'ils vous présentent , votre cœur est devenu inaccessible au désir dune félicité spirituelle, et votre esprit incapable d'en former la pensée. Tout ce que vous ambitionnez est la possession des frivolités dans lesquelles vous avez placé votre bonheur; tout ce que vous redoutez, c'est d'en être privé. Et même les personnes religieuses ne peuvent se donner une connaissance exacte et entière du malheur d'être séparé de Dieu. D'une part, enveloppée d'un corps qui ne cesse de lui communiquer ses impressions, appesantie par cette masse qui la rabaisse continuellement vers la terre, l'ame n'a point ici-bas la force de s'élever jusqu'à la compréhension du bonheur d'une telle union , du malheur de cette séparation. De l'autre, comment se former Vidée d une peine qui n'a d'autre mesure que l'infinité de Dieu? Le malheur d'être privé de lui est aussi grand que le bonheur de le posséder ; et l'un et l'autre ont pour étendue la grandeur même de Dieu. Mais lorsque dégagée des liens qui la retenaient , et sortie de la prison qui la renfermait , l'ame aura rendu à la terre cette chair qu'elle en a reçue,

et qu'abandonnant l'habitation passagère de ce monde elle sera devenue citoyenne delà région de l'éternité , ses sens qui la distrayaient, qui l'offusquaient, ses sens dont elle sera délivrée, n'auront plus sur elle d'influence. Plaisirs, honneurs, richesses, affections , jouissances, tous les prétendus biens qui l'attachaient à la terre ont disparu. Le vrai, le seul bien lui apparaît alors. Dieu se fait connaître à elle tel qu'il est, et lui découvre tout le bonheur dont il fait jouir ses élus. Du séjour des douleurs le réprouvé lève les yeux vers le séjour delà gloire, et l'un de ses tourmens est de contempler de loin ce qu'il pouvait acquérir et qu'il a voulu perdre. A travers l'immense chaos qui les sépare, le mauvais riche voit ce Lazare, qui fut sur la terre l'objet de ses mépris, jouissant dans le sein d'Abraham de la félicité qui était destinée à lui-même. L'Esprit-Saint nous représente les pécheurs au fond de l'Enfer, d'abord contemplant avec étonnement et avec admiration ceux qui étaient autrefois l'objet de leurs railleries et de leurs reproches, maintenant placés dans le sein de Dieu, et partageant le sort glorieux des saints, et ensuite retournant sur eux-mêmes leurs pensées , déplorant , dans les regrets du repentir et dans les angoisses du gémissement, les voies d'iniquité et de perdition où ils se sont lassés, et se lamentant de se sentir consumés des suites de leur méchanceté. Ainsi, la justice divine fait servir au supplice de ses victimes la connaissance même qu'elle leur donne de la souveraine félicité. Le désir du bonheur, qui dans cette vie était pour lame le principe de toutes ses affections, le mobile de toutes ses actions , l'a suivi dans l'autre vie. Il y est même devenu plus actif, parce qu'ici-bas il se divisait en plusieurs objets, et que là il est fixé dans la seule possession du bien suprême.. Il était sa consolation, par l'espérance qu'il nourrissait: il est devenu son tourment, par le désespoir qui y est joint. Déplorable condition, déporter dans son cœur, avec le désir le 'plus ardent, l'affreuse certitude de ne pouvoir jamais la satisfaire; de soupirer à chaque instant après ce qu'on est sûr de ne jamais obtenir ; de s'élancer continuellement après ce qui sera éternellement impossible d'atteindre! Malheureuse d'être pour toujours séparée de Dieu , plus malheureuse encore de sentir vivement cette séparation ! Il existe un Dieu; elle le sait: il est le souverain bien, il devait être le sien ; elle le sent ; mais il n'existe plus pour elle , il ne lui est plus , il ne lui sera plus jamais rien.

Je me trompe , et je ne voyais qu'une partie du supplice de cette infortunée. Elle a encore un Dieu; mais ce n'est plus un Dieu pro-

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pice, un Dieu indulgent, un Dieu miséricordieux. C'est un Dieu juge inexorable, implacable ennemi , vengeur impitoyable. Séparée de lui en un sens, elle en est inséparable dans un autre. Elle n'a pas la vision de ses aimables perfections ; elle a la vue continuelle de ses épouvantables vengeances ; elle ne voit plus le bras bienfaisant qui était étendu vers elle pour la retirer de l'abîme ; elle sent le bras terrible qui s'appesantit sur elle pour l'y enfoncer. Je crie vers vous, disait Job dans l'excès de ses souffrances , et le réprouvé le répète avec bien plus de raison : Je crie vers vous , et vous ne m'écoutez pas ; je m'élève vers vous , et vous me rejetez. Vous êtes changé pour moi ; vous êtes devenu cruel , vous m'écrasez de votre dure et impitoyable main. Ainsi une pente insurmontable l'entraîne vers Dieu , une force irrésistible le repousse. Par une cruelle contrariété de sentimens , Dieu est tout à la fois l'objet de ses vœux ardens et de sa violente haine. Il soupire après lui, et l'a en horreur. 11 veut et ne veut pas cesser de vouloir son bien suprême : il déteste nécessairement , et il détestera toujours l'auteur de son mal. L'inclination vers Dieu est la conséquence de sa nature, la détestation de Dieu, la suite de son état. Conflit douloureux d'estime et d'horreur, d'inclination et de haine, de désir et d'aversion, de poursuite et d'éloignementî Barbares affections contraires , qui dans son cœur se réunissent et se combattent, le remplissent et le déchirent.

Peine du feu.

Ce n'est encore là qu'un de ses tourmens. Ce furent des plaisirs sensibles qui causèrent ses crimes ; Dieu, dans son exacte équité , ordonne qu'une peine sensible en soit le châtiment. Un feu allumé par sa colère enflamme jusqu'au fond de l'Enfer, et par une propriété non moins réelle qu'elle est merveilleuse , que nous devons croire quoique nous ne puissions pas la comprendre , se soutient dans toute son activité sans aliment ; fait sentir sa douloureuse impression aux âmes dépouillées de leurs corps , et les brûle continuellement sans jamais les consumer. De tous les supplices que la rigoureuse justice de Dieu inflige à^'ses victimes , il n'en est point dont il soit plus souvent fait mention dans les livres saints que du supplice du feu ; presque jamais le texte sacré ne parle de l'Enfer sans y joindre l'idée de ses flammes vengeresses. Pour révoquer en doute la réalité de ce feu matériel, il faut démentir une multitude d'oracles sacrés j pour les tourner à un sens allégori-

que, il faut contredire la doctrine de tous les saints Pères, l'enseignement constant de la tradition, les décisions nombreuses de l'Eglise, qui a toujours entendu et ordonné d'entendre ce que révèlent les saintes Ecritures sur le feu de l'Enfer, dans le sens strict et naturel.

Quel est-il donc ce feu si extraordinaire dans sa nature , si terrible dans ses effets ? Les expressions manquent pour le dépeindre, parce que les idées sont impuissantes à le concevoir. Tout ce que peut se figurer l'imagination humaine est au dessous de la réalité. La tradition constante, unanime, de l'Eglise enseigne que les supplices les plus cruels , les tortures les plus atroces qu'inventa jamais la rage des hommes , ne sont pas même des tourmens auprès du feu de l'Enfer. Quand ces flammes auxquelles la justice divine dévoue les réprouvés seraient seulement pareilles à celles que nous connaissons, nejugerions-nouspasces malheureux livrés aux plus épouvantables supplices? Quelle différence ne doit-il pas y avoir entre l'élément que Dieu créa pour notre avantage , et celui qu'il fait servir à ses vengeances? C'est le souffle de la colère de Dieu qui a allumé l'Enfer ; il en fait l'instrument de sa fureur. Voilà tout ce qu'il nous est accordé de connaître sur ce terrible feu , et nous ne pouvons former un jugement raisonnable sur son extrême violence, que par l'impossibilité où nous sommes de la comprendre.

Qui de vous , demande le Prophète , pourra demeurer avec un feu dévorant? qui pourra habiter dans les flammes éternelles ? Sera-ce vous , homme voluptueux et faible , qui ne connaissez d'autre bonheur que les plaisirs des sens , d'autre malheur que les sensations douloureuses ? Sera-ce vous , femme délicate et sensuelle , qui recherchez continuellement vos aises, que la plus petite gêne contrarie, que la moindre peine désole, que la plus légère douleur irrite? Mondains, êtres frivoles, uniquement attachés aux délices de cette vie, même les plus criminelles , transportez- vous par la pensée dans cette mer de feu, où sont plongés tant de malheureux parce qu'ils vous ressemblèrent , qui vous attend vous-mêmes si vous continuez de leur ressembler; descendez-y en esprit volontairement , pour ne pas être forcés d'y descendre un jour en réalité, et que votre frayeur de la douleur la plus légère serve au moins à vous garantir des affreuses douleurs qui vous menacent.

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Objections contre le feu de l'Enfer.

Ce dogme si terrible et si certain révolte les libertins , soit de cœur , soit d'esprit. Esclaves de leurs sens } comme ils ne connaissent de jouissances que celles qui sont procurées par les sens, ils ne veulent reconnaître de vérités que celles qui sont transmises par les sens. Ils rejettent avec dédain toute doctrine qui n'est pas d'accord avec leurs sensations accoutumées. Gomment comprendre, disent-ils , un feu matériel qui agit immédiatement sur une substance purement spirituelle ? comment comprendre qu'ensuite , après la révolution des siècles , cette même flamme brûlera continuellement les corps , sans jamais les consumer ? Esprits superbes, c'est ici le mystère de la justice divine ; et votre faible intelligence qui ne s'élève pas même jusqu'aux mystères de la nature, prétendrait le comprendre! Vous ne comprenez pas comment un feu matériel se fait sentir à un pur esprit ; comprenez-vous mieux comment il agit sur lui par l'intermédiaire du corps ? Vous le croyez, mais vous ne pouvez pas l'expliquer : vous sentez l'effet , vous ignorez comment il se produit. Croyez-vous la puissance de Dieu tellement restreinte , qu'il soit au dessus d'elle de faire éprouver à l'ame des sensations autrement que parle corps ? Et la foi ne vous apprend-elle pas que c'est pour les démons , qui sont de purs esprits , que l'Enfer a été allumé ? Vous ne comprenez pas non plus comment le feu brûle un corps sans le détruire. Je vous le demande encore: Comprenez-vous plus clairement comment il le détruit ? Connaissez-vous, savez-vous en quoi consiste cette vertu qu'a le feu de diviser les corps , d'en disperser les parties ? Pensez* vous que le Créateur, qui lui imprima cette propriété, ne puisse pas l'en dépouiller ? Croyez-vous qu'il n'ait pas le pouvoir, en rendant nos corps immortels , de les rendre incorruptibles. Libertins, considérez , et toutes vos vaines difficultés sur le supplice du feu infernal disparaîtront, considérez que c'est la justice divine qui l'ordonne, la Toute-Puissance qui l'exécute, l'infaillible vérité qui le révèle.

Remords.

Et ce qui augmente encore la peine du réprouvé , ce qui rend ses affreux tourmens plus douloureux , c'est l'idée sans cesse présente à son esprit de se les être attirés. Le remords est , dans l'En-

fer, non seulement son supplice, mais l'aggravation de tous ses supplices. Il l'éprouva sur la terre, ce sentiment pénible, aussitôt qu'il eut péché : il la porté en Enfer avec son péché. Mais ici c'était la miséricorde qui le lui inspirait ; là c'est la justice qui le lui fait sentir. Il était un bienfait, il est devenu un châtiment. C'était une voix secrète qui l'avertissait qu'il y a un Enfer, qui l'exhortait à l'éviter; c'est une voix foudroyante qui lui répète sans cesse qu'il s'est plongé volontairement dans ce gouffre de tortures. C'était une anticipation salutaire de l'Enfer ; c'est maintenant l'Enfer même dans son cœur, et un Enfer plus dévorant que celui qui l'environne. Que ne Ta-t-il ménagé comme il le devait, ce sentiment précieux que Dieu lui avait envoyé ! il n'en éprouverait pas l'horreur. Que n'a-t-il obéi aux reproches de sa conscience! il ne subirait pas ses accablantes condamnations. Malheureux égarés dans la route du crime , qui fermez l'oreille à cette voix sévère mais bienfaisante, par laquelle vous êtes rappelés aux sentiers de la vertu, qui repoussez loin de vous ces suggestions d'autant plus utiles qu'elles sont plus dures , qui regardez comme une peine insupportable ce qui est votre ressource , ah ! par la frayeur même que vous inspire le remords quand il est encore un don de Dieu , jugez quelle en sera l'horreur, quand Dieu en aura fait votre supplice. Si cette pointe aiguë vous afflige quand elle ne fait que vous stimuler, combien sera-t-elle plus douloureuse quand elle vous déchirera! Demandez, au contraire, demandez à l'auteur de tout bien, demandez-lui comme la grâce la plus signalée, la plus importante , d'aggraver encore vos remords. Vous parviendrez peutêtre, et ce sera le comble de votre malheur, à les affaiblir, à les éteindre. Sur la terre, les occupations mondaines en distraient, le plaisir les fait oublier, les faux principes d'une morale relâchée les calment. Mais en Enfer l'insatiable ver ne meurt point. Le réprouvé est continuellement et éternellement à lui-même son accusateur, son juge et son bourreau. Accusateur sévère, il voit sans cesse et d'un seul coup d œil tous les biens frivoles auxquels il sacrifia son aine, toutes les grâces qu'il eût pu employer à son salut et qu'il fit servir à sa perte , et surtout tous les crimes dont il se rendit coupable, maintenant dépouillés de la forme agréable qui le séduisait, rendus à leur difformité naturelle, et accumulés sur sa tête pour l'accabler et ne laisser à son cœur aucune paix. Juge inexorable , au sein de ses tortures il ne peut s'empêcher de reconnaître l'équité de l'arrêt que prononça sur lui l'inflexible justice : il se le répète à tous momens. Dieu terrible dans vos ven-

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geances, ne suffisait-il pas à votre majesté outragée de condamner le pécheur aux plus horribles tourmens, sans le forcer encore, par un surcroît de rigueur, à s'y condamner lui-même. Bourreau impitoyable, de ses crimes il fait son supplice. Les démons ne sont pas nécessaires à son châtiment. Il est lui-même son démon. Il se tourmente avec plus de rage que les autres ministres des vengeances divines, du souvenir de ce qu'il fut, du sentiment de ce qu'il est, de la perspective de ce qu'il sera dans toute l'éternité,

L'Élernké.

L'éternité , voilà donc la durée de ses affreuses tortures ; l'éternité , de tous les maux de l'incompréhensible Enfer celui dont nous pouvons le moins nous former une idée; l'éternité, étendue sans horizon, où la vue se prolonge sans découvrir de terme ; l'éternité, abîme sans fond, où plus l'esprit creuse, plus il se perd ; l'éternité, qu'on ne peut calculer, parce que tous les calculs sont des nombres, et que l'éternité n'a pas de nombre ; qu'on ne peut mesurer, parce que toute mesure est limitée, et que l'éternité n'a pas de bornes. En vain mon imagination s'enfonce dans cette immense profondeur , en vain j'ai parcouru en idée des millions d'années et de siècles'; je ne suis pas avancé d'un seul pas : l'éternité tout entière est encore devant moi. Un présent perpétuel et immuable, voilà tout ce que j'en puis concevoir, que je suis bien éloigné de comprendre , et que je dois croire.

Car la foi fait retentir à nos oreilles ce foudroyant arrêt qui condamne le réprouvé à toujours exister, pour toujours souffrir. Elle me révèle cette éternité qui couronne , s'il est permis de s'exprimer ainsi , l'affreux assemblage des tourmens de l'Enfer. Tout est éternel pour le damné ; éternelle la vengeance qui le poursuit * éternel le décret qui le réprouve; éternels les démons qui le tourmentent; éternel le feu qui le dévore ; éternel le ver qui le ronge; éternelle la prison qui le renferme ; éternel le regret qui le consume; éternelle la rage qui le transporte ; éternel lui-même, pour rester éternellement en proie à ses tortures. La même Ecriture, qui nous instruit delà félicité éternelle dont Dieu fait jouir ses élus, nous enseigne dans les mêmes termes les éternels tourmens qu'il fait souffrir aux réprouvés. Nous ne pouvons pas plus douter de l'une de ces vérités que de l'autre. Les oracles divins sur l'éternité malheureuse sont tellement clairs , tellement formels, tellement multipliés , qu'en douter est renoncer au Christianisme. Le tourment des damnés est sans remède : il est perpétuel et immor-

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tel comme la justice qui l'inflige. C'est au supplice éternel, au feu qui ne s'éteint jamais, au ver qui ne meurt point, que Jésus- Christ condamne le pécheur. Si l'Enfer a un terme, la parole de Dieu est fausse. Origène osa combattre ce dogme, et avancer que , après un temps marqué par la justice suprême, lestourmens des damnés arriveraient à leur fin. L'Eglise de tous les pays s'éleva contre son erreur; l'Eglise de tous les siècles Fa constamment condamnée. La raison n'a pas sans doute , seule et sans le secours de la révélation , la force de s'élever à la connaissance de l'éternité des peines; et il serait injuste d'exiger qu'elle démontrât ce qu'elle est incapable de comprendre. Mais , soumise à la foi , elle en reçoit ce terrible dogme ; correspondant à la foi , elle en sent et en rassemble les convenances; éclairée des lumières de la foi, elle en découvre les relations et l'accord avec les autres vérités fondamentales du Christianisme.

Vous ne comprenez pas l'éternité malheureuse : comprenez-vous mieux toute la malice, toute la grièveté du péché? comprenez-vous combien est énorme l'offense à la majesté divine ? Levez les yeux vers la croix de Jésus-Christ ; vous y verrez la solution de votre vaine difficulté. En songeant qu'il a fallu la mort d'un Dieu pour expier dignement le péché , vous serez moins étonnés qu'il faille l'éternité pour le punir suffisamment, et le mystère de l'infinie miséricorde vous rendra plus facile à croire le mystère de la suprême justice. Si des peines temporelles étaient suffisantes pour effacer le péché, une satisfaction d'un prix infini eût été inutile. Le sang divin aurait-il été nécessaire pour éteindre des feux qui se seraient éteints d'eux-mêmes avec le temps ?

Tel a été le décret de la souveraine sagesse , qu'au torrent des passions humaines fut opposée la puissante digue de la terreur des tourmens éternels. En nous imprimant le sentiment, et en nous enseignant le principe de notre immortalité, son intention a été de nous donner pour mobile de nos actions l'espoir d'un bonheur et la crainte d'un malheur qui n'eussent de mesure que l'infinie durée de notre être.

Tel est l'arrêt de l'immuable justice , que le péché ne puisse être effacé que par une pénitence réelle, c'est-à-dire qui soit volontaire, spontanée et libre. En Enfer il n'y a plus de pénitence ; il n'y a qu'un repentir forcé, un repentir sans vertu, sans mérite, sans effet, qui laisse éternellement le péché subsistant et l'ame redevable à Dieu. La justice divine, qui ne perd jamais ses droits, restant toujours créancière , ne cesse de les exercer ; tant qu'elle n'est

pas satisfaite, elle punit; et, comme elle n'est jamais désarmée, elle continue toujours de frapper.

Telle est la nature de l'inaltérable sainteté, d'être nécessairement ennemie du péché , de le haïr souverainement, de le poursuivre sans relâche. La tache du péché, devenue ineffaçable , livre éternellement lame coupable à sa haine et à sa colère. Trouvant toujours le péché présent, elle ne peut cesser d'en faire l'objet de ses vengeances. Dieu ne serait plus saint, il ne serait plus Dieu , s'il pouvait y avoir un moment où il ne détestât pas le péché.

Objections contre 1 éternité' des peines.

Et sur quoi donc ont pu se fonderies difficultés que dans les divers temps on a élevées contre l'éternité des peines? C'est dans Dieu même qu'on est allé chercher des objections contre sa parole expresse. Gomment, ont dit les impies, et même quelques chrétiens faibles , ébranlés par leur sophismes, comment concilier la bonté de Dieu avec ses éternelles vengeances? S'il est infiniment miséricordieux1, pourquoi ne se laisse-t-il jamais fléchir ? et s'il est éternellement inflexible, où est son infinie miséricorde?

Incrédules, nous n'avons pas à répondre à votre question. La même voix divine qui me révèle l'un des dogmes me garantit la vérité de l'autre. Elle ne m'en montre pas l'accord ; mais elle m'en donne la certitude. Dieu a renfermé dans les secrets desa sagesse les moyens dont il concilie sa bonté infinie avec son éternelle sévérité. Sous un Dieu qui ne serait pas bon , l'Enfer ne serait pas un mystère. lime fait connaître sa miséricorde pour que je l'implore ; il m'instruit de l'éternité de ses vengeances, afin que je les évite. Qu'ai-je besoin d'en savoir davantage?

Pécheurs, vous vous formez de la bonté divine des idées conformes à l'intérêt de vos passions. Vous voudriez une bonté molle et facile , comme celle des hommes, qui finît par dégénérer en indulgence; sous l'empire de laquelle les crimes pussent se trouver quelque jour en paix, et leur laissât la certitude d'une rémission future. Vous voudriez un Dieu qui n'eut pas d'autres attributs que sa miséricorde. Il est miséricordieux sans doute , et vous l'éprouvez. C'est sa miséricorde qui est patiente à vous attendre, empressée à vous rechercher ; qui vous invite au repentir, qui vous en présente de si puissans motifs, qui vous en fournit de si abondans moyens. Il est miséricordieux, mais il est saint, non de la manière dont peuvent l'être les hommes enclins à compatir au péché d'autrui, par le sentiment de leur propre faiblesse , obligés souvent de le tolérer,

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par l'impossibilité de l'empêcher, par l'impuissance de le punir. Il est miséricordieux, il est juste; non de cette justice humaine, qui s'use avec le temps, qui, après quelques années, oublie les crimes, ou en est moins touchée, et finit par leur accorder, sinon le pardon formel , au moins l'impunité. Dieu est immuablement juste, comme il l'est éternellement. Mais une miséricorde éternelle répugnerait à ses autres perfections. Elle n'a point de bornes puisquelle pardonne à tous les crimes dont on se repent ; mais elle a un terme qui est celui de l'impénitence finale. Elle ne s'épuise point, mais elle se lasse. Dieu partage son domaine sur ses créatures raisonnables entre sa miséricorde et sa justice. C'est par la miséricorde qu'il régit les siècles; c'est par la justice qu'il règne dans l'éternité.

Mais cette justice même, l'incrédule prétend qu'elle est intéressée à fixer un terme aux châtimens qu'elle inflige. Où est l'équité, demande- t-il , de prolonger éternellement la punition d'un péché qui dura si peu? Entre la faute d'un moment et une éternité de peines, quelle proportion peut-il y avoir?

Pourquoi donc, dans l'ordre de la justice divine, la durée de la faute doit-elle être la mesure de la durée du châtiment? Hommes qui faites ce raisonnement, considérez votre propre justice. Pour des délits qui furent consommés en un instant, ne condamnezvous pas les coupables à des peines qui dureront long-temps, à l'infamie qui suivra partout celui que vous en avez entaché; aux galères, au bannissement, à la mort, dont le coup est irréparable et les suites éternelles? Pour des fautes momentanées, vous infligez des punitions aussi longuement prolongées qu'il est en votre pouvoir , et vous refusez à la justice suprême le droit de punir de même. Les offenses contre la majesté divine seraient-elles donc moins graves que celles qui attaquent la société? Et les juges de la terre, dont la puissance, de même que toute autre, émane du juge céleste, en auraient-ils une plus étendue que la sienne?

Désespoir des damnés.

Tel est donc, malheureux pécheurs, le sort affreux qui vous attend, si vous ne le prévenez par une sainte pénitence. Les maux que l'on éprouve dans cette vie ont toujours un soulagement, c'est l'espoir de leur fin. La perspective del'avenir est l'adoucissement du présent. La pensée que chaque jour de souffrance laisse un jour de moins à souffrir encourage et soutient. En voyant approcher le terme de ses douleurs, on l'attend avec plus de patience. Mais les douleurs

DES PREDICATEURS. 65

qui sont sans terme sont sans consolation, sans soulagement, sans ressource. Dans le gouffre infernal , l'espérance ne pénétrera jamais ; jamais sur aucun damné ne tombera une seule goutte du sang de Jésus-Christ. La miséricorde, si prévenante, si libérale autrefois pour eux, s'est retirée sans retour, et les a abandonnés pour toujours à la justice désormais inexorable.

Et ce qui rend plus horrible encore le sort du réprouvé , c'est qu'il en a la pleine connaissance. Il a la certitude qu'il ne peut affaiblir par aucun doute que la durée de ses tortures est la durée infinie de l'éternité. Du moment où il entre dans l'abîme, l'affreuse assurance de l' irrévocabilité de ses tourmens lui fait déjà Souffrir dans la pensée tout ce qu'il souffrira en réalité. L'éternité , qui est la mesure de son supplice, est aussi son supplice. A chaque instant elle est tout entière présente à son esprit , il en porte continuellement le poids accablant. Souffrir éternellement, éternellement recommencer à souffrir, ne pouvoir rien espérer, et ne jamais cesser de désirer, voilà la destinée dont il a l'accablante perspective. Affreux état de ne pouvoir ni étouffer ses désirs', ni calmer son désespoir! Le pécheur, dit le Prophète, voit et est dans la rage et dans les grincemens de dents , le désir des pécheurs est sans effet. Le malheureux désire la fin gde ses tortures ; une [voix terrible lui répète : Il n'y a 'plus de fin pour toi ; pour toi toute espérance a péri. Il désire au moins quelque soulagement à ses affreux tourmens. Ce que sollicite le mauvais riche est une simple goutte d'eau qui rafraîchisse sa langue. Ce léger adoucissement lui est impitoyablement refusé. Les peines de l'Enfer non seulement sont éternelles, mais elles sont continuelles. La douleur du réprouvé est sans terme, sans espérance, sans relâche, sans diminution : la mort, qui lui était si amère, qu'il n'envisageait qu'avec effroi et avec horreur, est devenue l'objet de ses vœux. Ver cruel qui me rongez, pourquoi ne me dévorez-vous pas ? Cris impuissans , vœux inutiles ; pour les damnés il n'y a pas même de mort. Ils appellent le néant, et sans cesse ils voient devant eux l'éternité.

Conséquences morales du dogme de l'Enfer.

La contemplation des tourmens de l'Enfer ne doit pas être pour nous une stérile spéculation. C'est pour nous en garantir que Dieu nous les révèle. Il veut, dans sa sage et bienfaisante Providence, que l'idée de l'Enfer soit pour nous un préservatif de l'Enfer. Il fait éclater sur nous le bruit de son épouvantable tonnerre, afin

que nous mettions notre tête à l'abri de sa chute, sous le toit tutélairede la justice chrétienne. De la considération de ce gouffre que creusa la vengeance, qu'habite le désespoir, retournons nos regards sur nous-mêmes: examinons les conséquences morales qu'entraîne pour nous ce terrible dogme. Nous en décrirons trois principales : penser à l'Enfer, craindre l'Enfer, éviter l'Enfer.

Penser à l'Enfer.

Des deux principes qui déterminent les actions humaines, l'horreur du mal est sans contredit le plus actif et le plus puissant. Le désir du bonheur, sentiment plus doux, est par là même moins vif et moins fort. Il serait à désirer sans doute que tous les hommes se portassent au service de Dieu , par la pure considération de ses récompenses , par la noble ambition de le posséder un jour. Mais ce motif supérieur, si digne d'une ame chrétienne , est au dessus de la portée du plus grand nombre des mortels. L'homme charnel (et combien d'hommes le sont!) ne s'élève pas, ou ne veut pas s'élever, ou du moins ne s'élève que rarement à des pensées aussi sublimes, aussi pures, aussi dégagées des sens, aussi conformes à l'esprit de Dieu. La pensée d'un Enfer, séjour éternel de ceux qui ont vécu ou qui sont morts dans la haine de Dieu, qui sera le sien , s'il vit et s'il meurt de même, exerce sur lui un empire bien plus absolu. A la lueur de ces flammes vengeresses, il voit toute la difformité du péché qu'elles punissent d'une si terrible manière. La pensée de l'Enfer est le principe fécond de tout bien, le frein puissant de tout mal. Pensez à l'Enfer, hommes de tout état, pensez-y en tout temps; pensez-y dans toutes les circonstances. Pensez-y avant de pécher, et vous vous en abstiendrez; pensez-y après avoir péché, et vous vous en relèverez. Cette grande pensée est et un préservatif et un remède. Pensez à l'Enfer, pécheurs; réfléchissez que les malheureux qui s'y désolent furent ce que vous êtes; que peut-être très prochainement allez-vous être ce qu'ils sont, qu'en continuant de suivre leurs voies, vous arriverez infailliblement à leur terme, et vous vous hâterez de re<?a£ner les sentiers de la justice. Pensez à l'Enfer, âmes vertueuses, pour persévérer dans votre innocence. Continuellement exposées au danger de la perdre, vous puiserez dans cette pensée les moyens de vous y maintenir, les précautions pour n'en pas déchoir. Pensez à l'Enfer, vous qu'affligé l'infortune. Cette méditation vous inspiîera la patience qui adoucit les maux, la résignation qui les rend

DES PREDICATEURS.

méritoires. Pensez à l'Enfer , vous qui jouissez de la prospérité'. En considérant le terme où vous conduirait l'abus des biens terrestres , vous en ferez l'usage pour lequel ils vous furent donnés. Pensez à l'Enfer quand des circonstances impérieuses vous imposent des devoirs pénibles, des restitutions à effectuer, des pardons à accorder ou à demander, des passions à étouffer, des inclinations à réformer, des habitudes à redresser. Cette considération, vous élevant au dessus des répugnances de la nature, vous fera trouver légères les obligations qui vous semblent les plus pénibles. Pensez à l'Enfer au moment où les tentations viennent vous assaillir. Vous y résisterez avec force, en considérant que c'est de là qu'ils viennent, que c'est là qu'elles conduisent. Pensez à l'Enfer, et les sacrifices les plus douloureux , les privations les plus pénibles ,les pénitences les plus sévères, les mortifications les plus austères, n'auront rien de rebutant, seront mômes agréaLles , pour vous soustraire aux peines éternelles. C'est pour éviter le sort des réprouvés que saint Paul châtie son corps, et le réduit en servitude. C'est en rappelant à son esprit les années éternelles que David se soutient dans le service du Seigneur. C'est cette puissante méditation qui a peuplé les échafauds de martyrs, les déserts d'anachorètes, les cloîtres de solitaires et de vierges, le Paradis de saints.

Craindre l'Enfer.

En pensant profondément à l'Enfer, vous le craindrez, et, en le craignant, vous redouterez le péché qui y conduit. Si la perspective d'un malheur passager dont nous pouvons être frappés nous cause de vives frayeurs , de quelle terreur ne devons-nous pas être pénétrés en contemplant un malheur éternel qui nous menace! Nous tremblons devant les hommes médians qui peuvent porter à notre corps des coups mortels. Ce n'est pas là , et le divin Maître nous l'enseigne, ce qui doit être l'objet de notre crainte. Ce que nous devons appréhender souverainement, continuellement, c'est ce suprême et terrible juge qui peut précipiter dans le gouffre infernal notre corps avec notre aine. Il connaissait tout l'avantage de cette salutaire frayeur, le saint Prophète qui demandait instamment au Seigneur de pénétrer ses chairs delà terreur desjugemens éternels. Ils tremblent tous à l'idée de l'Enfer les saints personnages qui semblent avoir moins à le craindre que les autres. Ce n'est qu'avec crainte et tremblement qu'ils opèrent leur salut. Et moi, malheureux pécheur, combien de fois j'ai mérité l'Enfer ! Si

5g NOUVELLE BIBLIOTHÈQUE

Dieu dans sa justice m'eût enlevé de ce monde pendant ces temps affreux à ce moment même où je parle de ces flammes vengeresses, j'y brûlerais dans la désolation , dans la rage et dans le désespoir. Ah! s'il était possible que je pensasse à l'éternité sans trembler! Ce serait le plus fort motif de tremblement. Mais que dis-je? Je parle des temps où j'étais dans les liens du péché, sous l'empire du démon , livré à l'anathème de la réprobation: et suis-je sûr de ne pas être encore sous cette honteuse servitude , dans cette périlleuse existence? L'Esprit-Saint déclare que nul ne sait s'il est digne d'amour ou de haine. Saint Paul lui-même , ce vase d'élection , ne connaissant aucun péché qu'il ait à se reprocher , n'est pas pour cela assuré de sa justification. L'état de sa conscience n'est connu que de celui qui doit en être le juge. Et moi, j'oserais avoir la présomptueuse confiance d'être l'objet, non plus de la colère, mais des complaisances de Dieu. J'ai porté mes péchés dans le tribunal sacré; les y ai-je déposés ? J'en ai sollicité le pardon ; l'ai-je imploré avec un regret suffisant ? J'ai cherché à expier mes crimes ; en ai-je fait une satisfaction proportionnée à leur nombre et à leur énormité ? Le ministre' de Jésus-Christ a prononcé sur moi la sentence de réconciliation : Jésus - Christ l'a-t il ratifiée? Il m'est ordonné d'espérer que la miséricorde suprême a daigné agréer ma pénitence ; mais en même temps je dois trembler, et j'en ai trop de raison, de ne l'avoir pas rendue assez sévère. Il m'est recommandé de ne pas demeurer sans crainte, et même pour Js péché pardonné; et de ne pas tellement compter sur ma grâce, que je ne m'efforce encore de la mériter tous les jours et à tous les momens de ma vie. Peut-être doivent-ils être très peu nombreux. Peut-être déjà la cognée est suspendue sur la racine de l'arbre : et que deviendra-t-il s'il est trouvé dégarni de bons fruits ? Souvienstoi de ma colère, dit le Seigneur, parce qu'elle ne tardera pas à éclater. Hélas ! dans ce moment même il est possible qu'elle foudroie quelque tête criminelle. L'Enfer, dit le Prophète, s'est élargi ; il a ouvert sans mesure son épouvantable bouche. Grands et petits , puissans et peuple, tous y descendent journellement. O vous qui lisez cet écrit, il est peut-être le dernier avertissement sur l'Enfer que vous recevrez, le dernier bienfait de la miséricorde qui vous montre encore une fois l'abîme pour vous en retirer. Elle me charge de faire retentir à vos oreilles la menace qu'elle adressait aux Juifs par le ministère d'Ezéehiel. La fin arrive ; elle arrive sur toi. Le temps fatal s'avance ; le jour de ta destruction est prochain. Je vais incessamment répandre sur toi les torrensdema fu-

DES i>nÈDICATEURS. tfo,

reur. Je te jugerai selon tes voies: je ferai tomber sur ta tête le poids de tous tes crimes. Je mettrai dans toi le souvenir de toutes tes abominations pour que tu t'en fasses l'éternel reproche. Tu n'auras de moi ni pardon ni pitié, et tu reconnaîtras que je suis le Seigneur, aux terribles coups dont je te frapperai.

Eviter l'Enfer.

Pour éviter l'effet de ces épouvantables menaces , le temps est court à la vérité, mais il est suffisant. Tant que Dieu vous l'accorde , |vous pouvez en profiter ; ce n'est que pour que vous en profitiez qu'il vous l'accorde. La même voix qui nous enseigne sur l'Enfer d'effrayantes vérités nous en révèle une bien consolante : c'est que nul n'y est précipité qu'il ne l'ait voulu. Il est au pouvoir de tout homme, et en tout temps, de s'en garantir. Mais il nous est ordonné d'y travailler actuellement, incessamment. Dans l'Enfer vers lequel tu t'avances, nous crie cette voix divine , il n'y aura plus ni travail utile , ni motif profitable , ni pensée salutaire. Si quelques-uns des momens que la bonté divine nous laisse encore étaient accordés aux malheureux que renferme l'abîme infernal, avec quelle ardeur ils embrasseraient les exercices de la plus rigoureuse pénitence. Nous n'avons pas subi leur douloureux sort, mais nous en sommes menacés. Faisons ce qu'ils feraient s'ils le pouvaient, faisons-le pendant que nous le pouvons encore. A quels efforts l'amour inné de nous - mêmes ne doit - il pas nous porter pour éviter le plus affreux des maux que l'esprit humain puisse concevoir! Il n'y a ni attention que nous ne devions apporter, ni précaution que nous ne devions prendre, ni embarras de conscience que nous ne devions éclaircir, ni occasions de péché dont nous ne devions nous [éloigner, ni habitudes mauvaises auxquelles nous ne devions renoncer, ni inclinations dangereuses que nous ne devions réformer , ni privations auxquelles nous ne devions nous dévouer, ni sacrifices que nous ne devions nous imposer, ni mortifications auxquelles nous ne devions nous assujétir. La miséricorde tient encore suspendu sur nos têtes le glaive de la justice ; pendant combien de temps ? nous l'ignorons ; elle seule connaît le terme qu'il lui plaît de mettre à son indulgence. Usons , comme elle le désire, de sa longanimité ; mais n'en abusons pas. Qu'elle nous inspire le désir, qu'elle nous suggère le motif d'expier nos péchés comme elle nous en présente le moyen j mais gardons-nous d'en faire un prétexte à les continuer. Songeons à

ce qu'elle nous apprend , que la justice marche immédiatement à sa suite. Et jetons-nous dans les bras sauveurs de Tune, pour ne pas tomber dans les bras vengeurs de l'autre.

Etonnante insensibilité sur l'Enfer.

Quelle est donc la stupide insensibilité de tant d'hommes que d'aussi frappantes vérités ne frappent pas que , d'aussi épouvantables menaces n'épouvantent pas , et qui aiment mieux , grand Dieu! pourrait-on le croire si on ne le voyait? qui aiment mieux brûler éternellement en Enfer que d abandonner les criminelles pratiques qui y conduisent certainement ! Il n'en est sans doute aucun assez déraisonnable, assez absurde, pour dire formellement qu'il veut être damné ; mais n'est-ce pas vouloir la damnation que .de vouloir ce qui la cause infailliblement ? Retenir le bien d'autrui et ne vouloir pas restituer, avoir des inimitiés et ne vouloir pas se réconcilier, entretenir des liaisons criminelles et ne vouloir pas s'en retirer, n'est-ce pas réellement et évidemment vouloir se damner ?

Malheureux qui courez vous précipiter dans l'Enfer, y croyezvous, ou n'y croyez-vous pas? Dans l'un et dans l'autre cas, vous êtes des êtres insensés , vous renoncez à l'usage de votre raison. Si vous dites que vous n'ajoutez pas foi aux tounnens de l'autre vie, que vous n'en trouvez pas de preuves convaincantes, au moins vous ne pouvez pas prétendre que vous ayez de cette opinion une démonstration positive. Entre la certitude de l'une de ces croyances et la certitude de l'autre, vous êtes tout au plus dans l'état moyen qui constitue le doute. Or, dans cette suspension d'esprit, n'est-ce pas une folie de vouloir y rester , et de demeurer exposé au plus affreux des malheurs. Non, ce n'est pas seulement la foi , c'est le sens que vous avez perdu. Vous prétendez cependant au titre d'esprit fort. Faites donc usage de cette force de raisonnement dont vou» vous piquez. Dans la supposition de votre doute, en vivant comme s'il y a un Enfer, que risquez-vous? Vous conduisant selon les principes d'une saine raison, et de la vraie religion, si vous avez quelques peines, si vous éprouvez quelques privations, si vous souffrez quelques sacrifices, vous jouissez de grands dédommagemens. Vous avez l'approbation de Dieu , du public et de votre conscience. Mais en vivant comme si l'Enfer n'existait pas , vous risquez tout. La terreur de l'Enfer, dont vous ne pouvez vous délivrer entièrement , est pour vous un enfer an-

DES PREDICATEURS. Jl

ticipw; et le véritable Enfer sera ensuite votre partage. L'éternité malheureuse ne fat- elle que possible, c'est une extravagance de s'y exposer.

Et vous qui, persuadés de la vérité de l'Enfer , vivez comme s'il n'existait pas, moins impies que les autres, vous êtes plus inconséquens encore. Votre foi, en opposition à votre conduite, fait de vous des insensés. Vous reconnaissez l'Enfer, et vous vivez sans regret du passé qui vous a mérité l'Enfer; sans inquiétude sur le présent, dans un état qui vous expose à l'Enfer; sans précautions pour l'avenir , toujours prêts de tomber dans l'Enfer. Auxquelles voulez- vous que l'on croie de vos paroles et de vos actions? Y a-t-il quelque proportion entre les plaisirs auxquels vous vous livrez, et les tourmens auxquels vous vous dévouez; entre les sacrifices qu'exige de vous la vertu, et l'affreux sacrifice auquel le vice vous condamne ? Amateur de vos aises, vous redoutez, vous fuyez de tout votre pouvoir les moindres souffrances temporelles , et vous bravez les supplices éternels. Ur.e disgrâce, une humiliation, une perte de biens vous font frémir ; et la formidable union de tous les genres de maux ne vous fait aucune impression. Vous tremblez devant l'inimitié d'un homme puissant , vous vous empressez d'apaiser sa colère : et vous restez tranquille dans l'inimitié de Dieu ! vous entendez de sang froid retentir ses épouvantables menaces! Voudriez -vous goûter un plaisir qui vous causerait la mort? Ceux auxquels vous vous abandonnez ont une suite bien plus funeste encore. Qu'un penchant rapide vous entraîne vers un précipice , vous ferez vos efforts pour le surmonter. Vous savez que vos passions, d'accord avec les puissances des ténèbres, vous entraînent vers !e gouffre infernal; et vous vous laissez aller à leur fatale impulsion , vous ne donnez à votre cœur aucun contre-poids pour le retenir sur le bord de l'abîme! Si vous vous trouviez sur un terrain prêt à s'ébouler sous vos pas, ou dans une maison prête à s'écrouler sur votre tête, avec quelle précipitation vous vous en retireriez! Voyez que vous êtes dans une situation plus périlleuse encore, suspendu sur une fournaise ardente, et songez que, pour vous y précipiter, il suffit que la main qui vous soutient jusqu'à présent, en s'ouvrant, vous y laisse tomber. ( Le C. de La Luzerne, Considt îrat ions sur divers points de la morale chrétienne ■.)

r*3 NOUVELLE BIBLIOTHEQUE

DIVERS PASSAGES DE L'ÉCRITURE SUR L'ENFER ET SUR L'ÉTERNITÉ MALHEUREUSE.

Hoirendum est incidere in ma nus Dei vwentis.

C'est une chose horrible de tomber entre les mains du Dieu vivant. (//<?&., 10, 3i.)

Pœnas dabunt in interitu œternas.

Ils porteront la peine d'une mort éternelle. (//. Thcss.} i, 9.)

Ibunt hi in supplicium œternum.

Ceux-ci iront dans des supplices éternels. (Matth., a5, 4^0

Discedite a me , maledicti , in ignem œternum.

Retirez- vous de moi, maudits, allez au feu éternel. (Idem, iè,, 41.) :

Palœas cumburet igné inextinguibili.

Il brûlera la paille dans un feu qui ne s'éteint point. (Id., ib., 3. ia.)

Creatura jactori deserviens exardescit in tormentum adversus injustes.

La créature soumise à son Créateur redouble ses efforts pour tourmenter les méchans. (Sap.j 16, 24.)

Permis eorum non morietur, et ignis eorum non extinguetur.

Le ver qui les ronge ne mourra jamais , et le feu qui les brûle ne s'éteindra point. . . (/*., a4, 66. Marc, 9. 43 , 4^ , 47«)

Spiritus qui ad vindictam creati sunt.

Il y a des esprits créés pour la vengeance. (Eccli., c. 39, 33.)

Ignis et sulphur et spiritus procellarum pars calicis eorum.

Le feu et le soufre et des vents de tempête seront leur partage. (Ps., 10, 7.)

Per quœ peccat quis , per hœc et torquetur.

Là chacun trouve son supplice dans son péché. (Sap.t 11. 17.)

Personœ tristes illis apparentes.

Des spectres horribles leur apparaissent. (Sap.y 17, 4.)

Eritpro suavi odore fetor.

A de précieux parfums succédera une puanteur infecte. (/?., 3. a4.)

Fel draconum , uinum eorum.

Leur vin sera un fiel de dragon. (Deut., 32. 33.)

Juxta multitudinem adinvintionum suarum sic sustinebit,]

DES PRÉDICATEURS. j"5

C'est ainsi que la multitude de ses maux égalera la multitude de ses crimes. . . (Job., 20. 18.)

Luet . . . ncc tamen consumetur.

Il souffrira, mais il ne sera point consumé. (Idem, ibid.) l Desiderabimt mori, et fugiet mors ab eis.

Ils désireront de mourir, et la mort s'éloignera d'eux. Çipocn 9. 6.)

Hœc est mors secundo, : et qui non est inventus in libro vitœ scriptus , missus est in stagnum ignis»

C'est là la seconde mort; et celui qui ne se trouva point écrit sur le livre de vie fut précipité dans un étang de feu. (7<r/., 20.

Timete eum qui potest et animant et corpus perdere in gehennam. Craignez celui qui peut précipiter dans l'Enfer et l'ame et le corps. . . (Math., 10. 28.)

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