PLAN ET OBJET DU PREMIER DISCOURS SUR L'ENFER
EXORDE
Mortuus est dîves, et sepuhus est in Infcmo. Le riche meurt, et il tombe dans l'Enfer. ( Luc. 1G, 22. )
Quelle effroyable eatastroplie ! quel soudain changement de scène! Cet homme, qui étonnait par le fracas de sa vie fastueuse et mondaine, est arraché tout à coup à ses trésors, à ses délices; et, du sein' de ses vastes palais qu'il occupait sur la terre, il tombe précipité dans les profondeurs de l'abîme, où il n'a plus qu'une place avec les réprouvés. Arraché par la mort à ses voluptés, à ses grandeurs, il passe en un instant de l'excès des plaisirs à l'excès des tournions; et, au lieu de ce cortège fastueux d'esclaves et de serviteurs, de cette cour brillante d'amis et de flatteurs qui l'entouraient, dans le gouffre infernal il ne voit plus autour de lui que les pâles victimes de la mort ; et son corps, pour me servir de l'expression du Prophète, semblable à un tison fumant, n'est plus que le jouet des esprits immondes et des horribles ministres de la vengeance céleste.
En vain , après son trépas, la vanité s'efforcera-t elle encore de charger son sépulcre d'éloges et d'inscriptions flatteuses; voilà qu'une main immortelle vient effacer tous ces monumens d'orgueil et de mensonge, pour y attacher l'arrêt de sa condamnation, prononcé par la vérité même : le riche est mort, et l'Enfer a été son tombeau ; sepuhus in Infcmo.
Quel sujet, chrétiens, plus intéressant pour notre salut, plus nécessaire, relativement à nos mœurs, que celui que nous présente cette parobole ! Prêcher l'Enfer est le devoir de tout ministre de l'Evangile ; mais prêcher l'Enfer dans un siècle aussi corrompu, prê* cher l'Enfer dans un temps où la dépravation générale semble menacer la foi et la religion d'une ruine prochaine, c'est le premier, le plus indispensable de nos devoirs. Une affreuse philosophie se répand de toutes parts; habile à rassembler les nuages sur les vérités les plus éclatantes , elle voudrait s'étourdir sur ce redoutable avenir; #t, pour être plus tranquille dans les plaisirs de la vie présente, elle
affecte de nier ou de méconnaître les peines de la vie future. Le chrétien même, plongé dans le sommeil des passions, ne veut rien entendre de ce qui pourrait le troubler : il n'ose réfléchir sur ces terribles vérités ; flottant et incertain dans sa foi, s'il ne doute point de l'Enfer, il ne le croit que faiblement, et, lorsqu'il jette un coup d'œil sur la religion , ce n'est que pour en voir les vérités consolantes, et n'apercevoir qu'un Dieu miséricordieux.
Arrachons donc le voile qui couvre le Dieu vengeur; tâchons tout à la fois de vaincre l'obstination de l'incrédule et de réveiller la foi du chrétien. Ne séparons point ces deux objets; employons tour à tour, dans ce*discours, la raison et la révélation, pour apprendre à l'incrédule à croire, et au fidèle à penser qu'il y a un Enfer et des peines dans l'autre vie.Yoilà mon dessein ;*voici comme je me propose de le remplir.
Dieu n'existe pour les damnés que par sa justice et son éternité; ses autres attributs ont fini pour eux. Comme juste, Dieu punit le péché par les plus grands châtimens; comme éternel, il les punit par des tournions qui n'auront point de fin. Les peines de l'autre vie ne peuvent donc être envisagées que sous ces deux rapports: elles sont affreuses dans leur nature, éternelles dans leur durée. Je pars de ce principe, et, fondant sur cette proposition le partage de ce discours, je dis : Justice de Dieu dans la rigueur des peines de l'Enfer, première partie: justice de Dieu dans l'éternité des peines de l'enfer, seconde partie.
Ames terrestres et mondaines, âmes faibles et indolentes qui, du sein des plaisirs , demandez sans cesse : Ya-t-il un Enfer? Dieu nous damnera-t-il pour si pou de chose ? Et vous', qui prenez pour certitude qu'il n'y a point d'Enfer le désir et l'intérêt que vous avez qu'il n'y en ait pas ; péeheurs moins incrédules encore que présomptueux, écoutez une fois, et voyez si votre mépris de l'Enfer ne vient pas moins des raisons que vous pouvez avoir de n'y pas croire, que de l'habitude où vous êtes de n'y point penser ( Gambacérès, Sur V Enfer. )
Justice de Dieu dans la rigueur des peines de l'Enfer.
Est-il juste, est-il nécessaire qu'il y ait un Enfer dans l'autre vie ? Pouvons-nous connaître quelle est la nature et la rigueur des peines de l'autre vie? Deux questions qui s'offrent à notre esprit à la seule pensée de l'Enfer, e* dont l'examen mérite toute notre attention.
Est-il juste, est-il nécessaire qu'il y ait] des peines [dans l'autre vie? Première question. Ne serait-il pas, dit-on, plus conforme à la raison , plus digne de l'Etre suprême , de penser qu'il n'a mis au monde des créatures que pour les rendre heureuses après cette vie ? Quel outrage le péché peut-il faire à Dieu ? Il est notre père, notre bienfaiteur; l'idée de vengeance, de colère, de châtiment le dégrade. Il a créé l'homme pour être heureux; quelle apparence qu'il ait creusé un abîme pour l'y précipiter à jamais ? Non, j'adore, je reconnais un Dieu bienfaisant dans le ciel ; je ne le vois plus, je le méconnais dans les horreurs de l'Enfer.
Ainsi raisonne l'impie dans l'orgueilleux délire de ses passions : il consent à croire un Dieu à condition qu'il n'aura point à le craindre; il le désarme avant que de l'adorer; il lui laisse son trône, mais il lui arracha son tonnerre; et, par un artifice digne de l'homme révolté contre Dieu, il {voudrait lui donner une bonté sans bornes, afin de pouvoir l'offenser sans remords , et fermer l'Enfer pour braver impunément le ciel. Or, à ce raisonnement de l'esprit égaré par les passions, je n'oppose d'abord qu'une seule réflexion, et je dis au pécheur : Vous convenez qu'il y a des biens et des récompenses dans l'autre vie; donc il y a aussi des peines et des châtimens ; vous reconnaissez un Dieu rémunérateur; donc il y a aussi un Dieu vengeur. Pourquoi? parce qu'autrement Dieu ne serait ni juste [ni puissant : il récompenserait parce qu'il ne pourrait s'en empêcher; il ne punirait pas parce qu'il n'en aurait pas le pouvoir. Ainsi, bienfaiteur sans mérite, juge sans discernement, maître sans force, aussi méprisé de ses serviteurs que de ses ennemis, ses bienfaits ne feraient que des ingrats, et ses lois que des rebelles. Il faut donc , conclut saint Augustin , ou dépouiller Dieu de ses premiers attributs, de sa justice, de sa liberté, de son autorité, ou admettre en Dieu le pouvoir de punir; dans la religion, une autre vie; dans l'autre vie, des peines. Vérité (prenez garde, je vous prie) si conforme aux lumières de la raison, indépendante des lumières du Christianisme, vérité qu'il est si impossible à l'homme de ne pas apercevoir, qu'elle s'est fait jour même à travers les ténèbres du paganisme. Le dogme d'un Enfer existait avant l'Evangile, comme une de ces vérités premières qui se présentent à nous en même temps que l'existence d'un Dieu , et qui fait partie de la religion naturelle. L'idée d'un Dieu juste et vengeur après la mort subsistait dans les peuples; et les prières, les sacrifices, les expiations sur les tombeaux pour le repos des mânes, ces dieux tonnant sur les têtes des 'coupables, ce Tartare
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ouvert sous leurs pieds, annonçaient une idée confuse d'un avenir et des peines de l'autre vie. Pourquoi ? parce qu'on ne saurait concevoir un Dieu, sans concevoir en même temps qu'il est de sa sainteté de haïr le crime ; de son équité, qu'il y ait nprès cette vie une autre destinée pour le vice que pour la vertu : or, ôtez l'Enfer et ses châtimens, où trouverez-vous la différence entre le bien et le mal , le vice et la vertu ? Le juste expire, le méchant meurt ; quelle sera leur destinée? Si c'est le néant, comme l'impie voudrait se le persuader, voilà Dieu injuste, barbare et cruel; car lesméchans ayant presque toujours dans ce monde plus de prospérité que les gens de bien, ce désordre seul prouve et demande une autre vie où la justice sera rétablie, le scandale réparé, la vertu vengée. Eh! quel ouvrage plus indigne de Dieu qu'un monde où, non seulement l'homme et la bête, mais le vice et la vertu, auraient la même fin? Idem interitus hominum etjumentorum. Par conséquent, lame ne mourant pas, et le néant ne pouvant être notre dernière fin, l'homme de bien et le méchant paraîtront donc également devant Dieu; et^comment, pourquoi y paraîtraient-ils ? S'il n'y a point d'Enfer, il faudra qu'il les admette tous deux dans sa gloire; qu'il place le meurtrier à côté de sa victime , et Caïn sur le même trône qu'Abel. De ce moment je ne ne vois plus ni équité, ni sagesse, ni sainteté; plus même de puissance et de souveraineté dans Dieu. Spectateur oisif de la révolte et du dérèglement de ses créatures, il voit les crimes, et il ne saurait les punir ; des impies qui le blasphèment, et il ne saurait s'en venger. Les rois sur leurs trônes dispensent les peines et les châtimens; tout tremble devant l'appareil formidable de leur justice; et le Roi des rois, désarmé dans sa gloire, serait seul sans force pour se faire craindre, sans autorité pour se faire obéir; le bruit de son tonnerre dans les airs ne serait qu'une vaine pompe, un spectacle de terreur passagère; et le blasphémateur qui le brave n'aurait pas plus à redouter de son courroux, que le juste qui tremble et qui adore n'aurait à espérer de sa bonté : par conséquent, plus de mœurs, plus de lois, plus de religion, plus de Providence, s'il n'y a point de peines dans l'autre vie; et un tel Dieu, loin d'être l'ouvrage de la raison, ne serait que celui de l'ignorance, l'opprobre et la dégradation de la Divinité.
Ne disons donc plus , pour revenir au raisonnement de l'incrédule, et en montrer l'absurdité , ne disons plus : Où est la nécessité que Dieu punisse le péché ? quel outrage le péché peut - il faire à Dieu ? je réponds : Aucun , s'il peut le punir ; tous les
outrages à la fois, s'il ne le peut pas. Il lui ravit en même temps tous ses attributs : sa souveraineté, Dieu n'aurait plus ni empire ni inspection sur les actions de ses créatures ; sa bonté , il n'aurait plus le choix entre la punition et la récompense; sa justice, il traiterait également le juste et l'impie ; sa puissance , elle aurait des bornes que n'a pas celle même des créatures qui savent punir et récompenser ; sa sagesse , il agirait sans distinction , sans discernement entre le bien et le mal, tout serait égal, tout serait vertu à ses yeux, jusqu'au crime même; sa grandeur, il n'aurait plus de quoi se faire craindre et respecter; son culte et ses autels, un Dieu qui ne punit point est un Dieu qu'on n'adore pas , il n'est plus obéi dès qu'il n'est plus redouté; enfin sa divinité , son existence même, parce que loin d'avoir la grandeur et la justice d'un Dieu , il n'aurait pas même la justice des hommes : voilà le crime impuni dans l'autre vie ; voilà ce qui en résulterait , et ce qui a fait dire à saint Justin que , s'il n'y a point d'Enfer, il n'y a point de Dieu, il n'y a ni vice ni vertu , ni de raison pour punir et récompenser. . . .
Par conséquent, ne disons plus que Dieu ne se présente à nous que sous les caractères de père et de bienfaiteur; car, reprend admirablement saint Augustin, quelle idée plus juste pouvons-nous avoir de Dieu que celle qu'il nous a donnée lui - même soit dans sa parole, soit dans ses ouvrages? Notre raison peut se tromper sur les attributs de Dieu qu'elle ne peut ni comprendre , ni concilier ; mais sa parole et ses] ouvrages ne nous trompent pas. Or , interrogeons-les ; qu'y verrons-nous partout , que les traces de la colère et de la vengeance ? Tant s'en faut que Dieu soit jaloux de n'être envisagé par ses créatures que sous l'idée de la clémence et de la bonté, que les premières paroles de Dieu au premier homme renfermaient des menaces et des chàtimens : Vous mourrez, lui dit le Seigneur, au moment où vous me désobéirez, et un déluge de maux fondra sur votre postérité. Dans la suite des temps, quand il a envoyé des Prophètes pour se faire connaître aux hommes, il a mis dans leur bouche des paroles de feu, tous les foudres de l'éloquence pour donner aux hommes une idée de son courroux ; et pour une fois qu'ils ont peint le Dieu de bonté et de douceur, les Ecritures retentissent partout de menaces , d'anathèmes. Enfin , lorsqu'il est venu lui-même converser avec les hommes , quoique dans un ministère de douceur et de charité , il a lancé contre les pécheurs les plus effrayantes malédictions, et lésa menacés de supplice? sans fin après cette vie.
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Dans ses ouvrages, même langage : partout nous voyons l'empreinte de sa colère, partout nous rencontrons la main delà vengeance; et les ravages des élémens , l'intempérie des saisons , les maladies, la mort, annoncent le Dieu vengeur et redoutable. L'homme lui-même porte en naissant les signes de la colère céleste, et les cris dont il fait retentir son berceau, prélude de tant d'autres malheurs, annoncent les peines du péché et la victime de l'Enfer. Tous les maux enfin qui nous affligent dans cette vie, qui inondent ce malheureux univers, que sont-ils? Autant d'étincelles échappées des fournaises éternelles, un épanchement des trésors de sa colère, et comme autant de voix qui nous crient à chaque instant qu'il y a un Enfer dans l'autre vie, puisque celle-ci en est un commencement ; qu'il n'est donc point contraire à l'idée de Dieu, de frapper, de punir, de voir ses créatures malheureuses, puisque nous le sommes en naissant , puisqu'il nous frappe et nous afilige de tant de calamités dès ce monde; et qu'en un mot, si le Seigneur est un Dieu de miséricorde, il est aussi par excellence le Dieu des vengeances, libre et indépendant dans son courroux qu'il n'appartient point à l'homme de combattre ou de mesurer ; Deus ultionum Dominus libère egit. Donc , l'impie qui ne voit en Dieu que clémence et bonté , est non seulement un insensé qui résiste aux lumières de la révélation , à la voix et à la parole de Dieu même, mais un stupide qui n'entend pas la voix de toutes les créatures et résiste au cri de la nature entière. Donc il est aussi vrai qu'il y a un Enfer , qu'il est vrai qu'il y a un Dieu , une religion , une autre vie; aussi vrai qu'il est certain qu'il y a une différence entre le bien et le mal , le juste et l'injuste , le vice et la vertu ; aussi vrai enfin qu'il est vrai qu'il y a une justice primitive et éternelle dont celle des hommes n'est qu'une faible image , et qui attend les coupables , qu'elle épargne dans ce monde , pour les livrer sans miséricorde aux châtimens qui leur sont préparés dans l'autre.
Mais quels sont-ils ces châtimens? qu'est-ce que cet Enfer, cette éternité malheureuse ? comment surtout parvenir à s'en former une idée ? Seconde question à laquelle il suffirait de répondre que l'Enfer est l'ouvrage d'un Dieu et de la colère d'un Dieu; l'homme n'a rien à ajouter à cette parole. Malheur au pécheur qui, pour craindre l'Enfer, attend d'en savoir 'davantage ! Cependant, chrétiens, comme il peut être utile et salutaire d'approfondir ces grandes vérités , que David lui-même demande à Dieu de descendre tout vivant dans l'abîme ; qu'enfin Jésus-Christ a employé une pa-
rabole entière à nous peindre ce lieu de tourmens , il nous est donc "permis, à la faveur de cette lumière, de descendre en esprit dans cet horrible séjour, de dire avec le Prophète : J'irai jusqu'aux portes de l'Enfer et du palais des vengeances , Vadam ad portas lnjeri\ et, sans toutefois m'écarter de l'Ecriture, je tâcherai de m'en former une image, quelque imparfaite qu'elle puisse être.
Et d'abord , chrétiens auditeurs , quel est le premier objet qui s'offre à nos regards? Quelle voix triste et plaintive vient nous frapper de ses lugubres accens? C'est un riche que le Sauveur nous représente au milieu des flammes, et qui demande une goutte d'eau pour calmer l'ardeur qui le dévore: Crucior in hac flamma? Premier supplice des damnés, le supplice du feu.
Je ne sais quelle fausse délicatesse s'est emparée de nos esprits. On nous oblige de prêcher les vérités les plus austères de l'Evangile, on ne nous pardonnerait pas le moindre relâchement dans la doctrine : parlons-nous du feu de l'Enfer, dès ce moment nous ne sommes plus dignes d'attention, et c'est , ce me semble, de notre part abuser de la crédulité de nos auditeurs? Et sur quoi, je vous prie, est fondée notre répugnance ? Serait-ce sur le silencede l'Ecriture? l'un et l'autre Testament en parlent dans les termes les moins obscurs. Un^feu s'est allumé dans ma fureur , dit Moïse aux Israélites, et il brûlera jusqu'au fond des Enfers. Qui de vous, ajoute Isaïe, pourra habiter dans un feu dévorant? Et le Sauveur dans l'Evangile: Allez, maudits, au feu éternel, qui a été préparé à Satan et à ses Anges. Serait-ce que la Divinité vous paraîtrait dégradée d'agir par l'action d'un élément , et de se montrer comme un feu exterminateur? Voyez comme Dieu a agi et parlé dans tous les temps, sous quels emblèmes il s'est montré auxjhommes : à Moïse dans le désert, sous l'image d'un buisson ardent; sur le mont Sinaï, au milieu des feux du tonnerre et des éclairs ; àEzéchiel, sur un char de feu qui, dans son vol rapide, trace mille sillons de lumière; à David , comme un géant qui a placé son trône dans le soleil , au milieu de cette mer de flamme et de lumière. Partout dans l'Ecriture Dieu est un feu dévorant : le feu semble être chargé à lui seul de représenter la Divinité dans tous ses attributs. Dans sa grandeur; ce sont des globes de feu suspendus dans le firmament , le feu de la foudre et des éclairs qui l'annnonce à la terre. Dans ses châtimens; c'est une pluie de feu et de soufre qui dévore deux villes criminelles; des tourbillons de feu qui engloutissent Abiron et ses complices. Dans sa bonté même; c'était le feu qui descendait sur ses autels pour dévorer les holocaustes ; une colonne de feu qui mar-
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chait à la tête île son peuple. Je vois partout le feu annoncer la majesté divine, et à la fin des temps, nous dit l'Apôtre, chargé à lui seul de la vengeance céleste , cet impétueux élément qui nous presse et nous environne de toutes parts, élancé de tous les corps qui l'enferment, embrasera l'univers et détruira la nature. N'y aurait-il donc que l'Enfer où il ne pourrait être sans dégrader l'Etre Suprême? Et après s'en être servi pour exécuter ses volontés dans le temps, pourquoi ne pourrait-il en faire l'instrument de sa justice dans l'éternité ? Serait-ce qu'il nous paraîtrait inutile , et que Dieu pourrait punir autrement le péché? Et moi je demande quelle est la raison pour que Dieu le punisse autrement? Est-ce au coupable à dire à son juge: Pourquoi me punissez-vous ainsi? Etait-ce aux villes criminelles de Sodome et Gomorrhe de se plaindre de ce qu'elles périssaient par le feu plutôt que par les eaux du ciel ? (Lu
MÊME
L'éternité des peines n'est point incompatible avec l'équité de Dieu.
Mais, allez-vous nous dire, comment se persuadera-t-on que ceux qui n'avaient jamais entendu parler de l'Enfer puissent y être condamnés? Ne seraient-ils pas en droit de dire au Seigneur : Si nous en avions été prévenus , la menace de ses feux nous aurait inspiré une salutaire frayeur qui eût réglé notre vie. A la bonne heure , je veux bien le croire. Mais , je dis plus : si la considération des chàtimens inséparables d'une conscience criminelle ne suffit pas pour ramener les coupables, la menace des supplices à venir n'y réussirait pas davantage, et moins encore; car, grossiers et charnels comme nous le sommes, ce qui est sous nos yeux nous affecte toujours plus sensiblement que ce qui s'éloigne dans l'avenir.
N'allez pas dire que Dieu se soit montré moins favorable envers les hommes d'autrefois qu'envers ceux d'aujourd'hui. Ceux-là, il ne leur a pas fait les mêmes révélations , parce qu'il ne leur imposait point d'aussi rigoureux devoirs; mais nous, appelés à une morale bien plus relevée, nous avions besoin de plus de secours; et Dieu nous les a ménagés , en ajoutant à tous les autres moyens de salut la crainte de l'Enfer.
Mais enfin, nous demande-t-on', où est l'équité de Dieu, de punir, tant dans une autre vie que dans celle-ci , ceux qui n'ont péché que dans cette dernière ? Pour répondre à cette difficulté, je n'emprunterai point d'autre raisonnement que celui que je vous entends faire vous-mêmes tous les jours; et c'est à voire propre t. m. 6
jugement que j'en appellerai. Un assassin , un voleur public vont subir sur un échafaud la peine due à leurs nombreux forfaits. Quoi ! vous écriez-vous, une seule mort pour des milliers de crimes! Et vous murmurez contre le peu de proportion entre les délits et la peine. Pourquoi donc prononcez-vous ici d'une manière toute différente? Pourquoi? C'est que la cause est personnelle. L'amourpropre nous aveugle, et nous empêche de voir ce qui est juste. Sévères à l'excès sur le compte des autres, nous nous pardonnons tout à nous-mêmes. Si nous apportions à l'examen de notre conscience le même scrupule qu'à l'égard des autres , nos arrêts seraient plus justes. Combien n'avons-nous pas commis de crimes qui mériteraient, non pas une, mais dix mille morts ! Et pour ne point m'engager dans trop de détails, rappelons-nous combien de fois nous avons indignement participé à la Table sainte, bien que nous n'ignorions pas que quiconque y participe indignement se rend coupable du corps et du sang de Jésus-Christ. Quand donc vous jugez les assassins avec tant de rigueur, faites un retour sur vous-même : ce meurtrier n'a tué qu'un homme; vous, vous vous êtes rendu coupable de la mort d'un Dieu. Que dirai-je encore de ces langues envenimées d'où découle sans cesse un fiel homicide, de ces spoliateurs du bien des pauvres? Si ne pas faire l'aumône de son superflu est un crime égal à celui de dérober au pauvre ce qui lui appartient, y a-t-il vol plus criant que de retenir le bien d'autrui par les frauduleux moyens à quoi l'avarice s'abandonne ? Je parle du crime de retenir le bien d'autrui ; mais lui ravir et son sang et sa vie par des calculs usuraires, dites-moi si le voleur public, si le violateur même des tombeaux est plus punissable.
Non, me dites-vous, non, assurément. — Vous le dites aujourd'hui; mais le direz-vous dans l'occasion ? Le direz-vous alors que, dans l'accès de votre ressentiment contre votre ennemi, vous chercherezle moyen de vous venger de lui? C'est alors qu'il vous faudra vous rappeler ces paroles, si vous voulez éviter les feux auxquels furent condamnés les habitans de Sodome et de Gomorrhe.
Ce sera du moins quelque consolation d'avoir des compagnons d'infortune. — Funeste raisonnement! Souffrirez-vous moins parce que d'autres souffriront avec vous ? Quand le mal est supportable, on peut se consoler par des comparaisons; mais quand il est extrême, où est la consolation de voir souffrir autour de soi ? Dites à un malheureux expirant sous le fouet ou dans les flammes qu'il n'est pas le seul à endurer ce supplice; le croirez- vous bien consolé ? Ne vous abusez pas , mes frères , par de fausses cspé-
ranees ni par de futiles raisonnemens. La seule consolation à quoi nous puissions prétendre, c'est d'échapper, si nous le vou? Ions , à ces feux dévorans. Plus de consolation à attendre là où il n'y a plus qu'un éternel supplice.
N'y a-t-il dans l'Enfer d'autre châtiment que celui d'y brûler éternellement? Il y en a un autre plus désolant encore : c'est d'avoir perdu pour jamais le royaume du ciel; et c'est là un genre de supplice plus rigoureux mille fois que toute l'activité des feux dévorans. Je sais bien qu'il est des hommes qui n'ont peur de l'Enfer que pour l'Enfer lui-même ; je n'en affirme pas moins qu'il y a quelque chose de pire. Que je ne puisse rendre ma pensée par des paroles, n'en soyez point surpris. Pour bien concevoir le malheur qu'il y a de perdre le royaume du ciel, il faudrait pouvoir comprendre le bonheur de ceux qui en jouissent. Un saint Paul, qui, dans son ravissement, avait appris ce que c'était que ce séjour de gloire et de félicité où règne Jésus-Christ, savait bien qu'il n'y a point de tourment égal à celui d'en être loin. Pour nous, nous ne le connaîtrons bien que par notre propre expérience. Mais , ô mon Dieu ! Dieu Sauveur ! ne permettez pas que nous . tombions dans un malheur aussi affreux que l'est celui de vous perdre dans l'autre vie.
Quelque impossible qu'il soit d'en donner une idée bien pré- . cise , je vais toujours essayer d'en approcher par quelque comparaison familière, Je suppose un jeune prince, vraiment accompli, qui réunisse toutes les vertus, qui commande à toute la terre; dont le mérite et les perfections en tous genres soient tellement reconnus qu'il n'y ait point, dans tout son empire, un seul homme qui ne l'aime avec toute la tendresse d'un père pour son. fils. Celui de qui il tient le jour, le père que lui a donné la nature vient tout à coup à être menacé de le perdre. Représentez-vous ses alarmes; que ne donnerait-il point, à quelles souffrances ne consentirait-il point plutôt que de se voir séparé d'un tel fils? quel mal lui semblerait égal à la pensée qu'il ne le verra plus , qu'il sera privé de ses embrassemens ? Ce n'est là qu'une faible image de ce qu'auront à souffrir ceux qui se verront exclus de la présence de Jésus-Christ dans sa gloire. Non, il n'est point de fils, quel qu'il soit, dont l'aspect soit aussi nécessaire, aussi délicieux au cœur du plus tendre père, que la vue et la possession de Jésus» Christ ne l'est au cœur de ses élus.
L'Enfer est sans doute quelque chose d'épouvantable; c'est le composé de tous les maux, on n'en peut supporter l'idée ; toute-
fois dix mille Enfers ensemble ne sont rien auprès de celui de n'avoir plus de droit à la céleste gloire, d'être devenu l'objet de la haine de Jésus-Christ, d'entendre de sa bouebe ces paroles : Je ne vous connais point; vous m'avez vu souffrir la faim , et vous ne ni avez point donné à manger x. Il ne dit pas : N'avoir eu que du mépris pour le Dieu qui t'avait tiré du néant , donné une ame immortelle ; qui t'avait comblé de biens , mettant à ta disposition les productions diverses de la nature ; m' avoir déshonoré , sacrifié au démon , moi , qui n'avais pas dédaigné de m' abaisser pour toi , de souffrir, de mourir pour toi; moi qui te destinais un royaume! Non , le seul crime qu'il reproche est celui de l'insensibilité envers les pauvres. (Saint Ghrysostome 2.)
Dieu punira-t-il un péché d'un moment par un supplice éternel ? — Réponse.
Pour un péché d'un moment, un supplice qui durera autant gué l'éternité! — Mais la justice humaine est-elle moins sévère,' moins inexorable à l'égard de 'certains délits qui furent l'ouvrage d'un moment? Un simple "vol, l'adultère1, sont punis par la prison, par le travail des mines pour toute la vie, par le long supplice de Ja faim, par une mort de tous les momens. Vient-on nous dire que ce soit là une expiation trop rigoureuse, et qu'il n'y a point de proportion entre le délit et la peine : vous répliquez qu'ici la chose est différente ; que la justice humaine est obligée à cet excès de sévérité; mais que rien n'y peut obliger un Dieu essentiellement bon et miséricordieux; mais il n'est point injuste. Et si, dans le magistrat, la justice n'est pas moins dureté, mais bonté, pourquoi , dans le souverain Juge, changerait-elle de nom? Dieu est bon et miséricordieux; et c'est là même ce qui nous rend plus punissables , en aggravant notre iniquité. C'est parce qu'il est bon et miséricordieux que saint Paul s'écriait : 77 est horrible de tomber entre les mains du Dieu vivant^. Souffrez, mes frères, pour quelques momens, la chaleur avec laquelle je vous parle ; peut-être en retirerez-vous quelque 'consolation par la suite. Nous comparons la justice des hommes avec celle de Dieu; mais y a-t-il donc entre Tune et l'autre un légitime rapprochement? Où sont les hommes qui aient le pouvoir de punir comme Dieu l'a fait ? Voyez les eaux du déluge inonder toute la terre, engloutir toute la race humaine; peu de siècles après , des pluies de feu tomber sur des villes criminelles, et en dévorer tous les habitans. Sont-ce là deschâtimens
1 Motlh., x«v, 12, 41. — 2 Ilom. xn , in Math, — ' Hcbr. x, 31.
dont les hommes soient capables? Les ravages du fléau, toujours subsistans, semblent avoir éternisé la vengeance. Ah ! si vous voulez des rapprochemens , cherchez-en , non pas dans la justice des hommes comparée à celle de Dieu, cherchez-les dans Dieu seul. Rien d'égal à sa bonté que sa justice. Oui , certes , Dieu est bon et miséricordieux ; sa loi tout entière nous le témoigne assez. S'iL nous avait^ commandé des préceptes durs, impossibles à exécuter,, peut-être pourrions-nous couvrir de quelque excuse nos manquemens. Mais non. Il n'est pas, dites-vous, en votre pouvoir d'être chaste , de garder le célibat. Dites plutôt que vous ne le voulez pas. La preuve, c'est que tels et tels que vous connaissez obéissent au précepte , et ne s'en plaignent pas. Si vous ne le pouviez point, Dieu ne vous obligerait pas à vous y engager. XI n'en fait pas à tous l'exprès commandement; mais il en a laissé la faculté libre et volontaire. Ce qui dépend de vous, assurément , c'est d'être modéré dans le mariage, tempérant dans vos repas. L'êtesvous ? Vous n'auriez pas la force de vous dépouiller de votre bien j je pourrais vous répondre que la chose n'est pas impossible, puisque d'autres l'ont fait. Non. Je vous dirai seulement que Dieu n'en fait point un ordre absolu. Ce qui vous est ordonné , c'est de ne pas vous enrichir aux dépens d'autrui; c'est départager avec les pauvres. Le faites-vous? Vous auriez trop de violence à vous faire , de vous abstenir de vos emportemens , de Vos blasphèmes % de vos imprécations contre Dieu, contre le prochain. Dites, dites, ô mou frère! qu'il vous en coûterait bien moins pour y renoncer que pour vous y abandonner. Du moins ne vous en prenez qu'à vous, si, infidèle à une loi si facile à observer, vous en êtes puni par la justice sévère du Seigneur. Veillez donc, nous dit à tous l'Apôtre , sur vos actions : Que chacun prenne garde à ce quïl bâtit1 (il compare notre vie à un édifice auquel on peut employer divers matériaux. C'est le choix que l'on en fait qui en asr sure la solidité ou biegi qui en amène la ruine). Les uns emploient dans le bâtiment de lor, de V argent , des pierres précieuses , c'est-àdire les vertus chrétiennes, avec plus ou moins de perfection \ les autres Ji'f apportent que du bois , que du foin /, que de la paille. L'ouvrage de chacun sera manifesté* A celui qui aura bâti solidement , de qui l'édifice spirituel , soutenu et décoré par de précieux matériaux, aura résisté aux assauts des tentations, à celui-là les récompenses immortelles. Mais celui qui n'y aurait fait entrer que
*I. Cor. m. 10 ,elc.
des matières viles, sans consistance, celui-là ensouffrira delà perte» La vie est un fleuve que vous passez à la nage, obligé de combattre contre des ennemis. Si vous avez une armure d'or, vous naviguez avec bien plus d'ardeur; si vous n'avez avec vous pour vous défendre que du foin et de la paille, loin de vous en aider, vous êtes entraîné avec d'aussi faibles instrumens. Il en sera ainsi des œuvres. Bonnes, elles vous soutiendront; mauvaises, elles vous laisseront dans la nudité, elles causeront votre ruine; elles descendront avec vous dans ces flammes dévorantes , pour y subsister éternellement, et alimenter sans cesse les feux auxquels vous serez condamné sans en être consumé. Tel est ici le sens que saint Paul , dans la suite de son allégorie, attache au mot : Celui dont T ouvrage brûlera souffrira de la perte; toutefois il se sauvera, mais en passant par le feu; c'est-à-dire qu'il sera conservé, sauvé de l'anéantissement ; comme dans le langage ordinaire l'on dit : Telle chose a été sauvée de la flamme, parce qu'elle y est restée sans en être à l'instant dévorée et réduite en cendres. L'Apôtre n'entend autre chose que la prolongation et la continuité du supplice. (Saint Chrysostôme 1.)
Certitude de l'Enfer.
11 est parmi nous des hommes qui , abandonnés tout entiers aux impressions de la chair, ne vivent que pour le temps présent, et s'imaginent qu'il n'y a point de vie future. Leur grand argument, c'est que Dieu est trop bon pour qu'il y ait des châtimens à craindre après la mort. Oui, certes, Dieu est bon, mais il est juste; et cela posé, où serait la justice dans Dieu, de permettre qu'on J'outrage, que l'on méconnaisse ses bienfaits, que l'on brave ses menaces ? Offenser quelque homme que ce soit , même un indifférent, c'est un crime punissable aux termes de la justice humaine; mais s'en prendre à son bienfaiteur, au Dieu sans qui l'on n'existerait pas, attrister son cœur paternel par des manquemens journaliers, n'est-ce donc point là un attentat qui repousse toute miséricorde ? Dieu est bon, dites-vous; et parce qu'il est bon, il ne doit pas punir. Insensé qui tenez ce langage, pourquoi cesserait-il d'être bon en vous punissant ? Quoi! vous péchez et ne voulez pas être puni. Mais sa bonté vous en avait prévenu ; elle essaya de vous en détourner par les menaces qu'elle faisait retentir à votre
1 Hom. ix , in i ad Cor.
oreille; elle multiplia autour de vous les secours pour aller au devant de vos chutes; elle s'est épuisée pour votre salut. Mais s'il n'y a point de châtimens à craindre pour les coupables, un autre viendra nous dire qu'il n'y a pas davantage à espérer pour les justes. Et qu'est-ce donc alors que ce que vous appelez la bonté dans Dieu? Qu'est-ce que la justice qui doit présider à ses jugemens? Cessez , ô hommes , de vous abuser; c'est le démon qui vous inspire ces téméraires pensées. Si les magistrats , si les maîtres de la terre ne laissent pas sans récompense ceux qui se dévouent au service de la patrie ou de leurs personnes , ni sans punition ceux qui y manquent , comment supposer raisonnablement que Dieu soit moins juste que les hommes, et qu'il confonde dans la même indifférence les bons et les médians ?
S'il n'y avait rien à craindre après la mort, quel frein resterait-il au pervers? Si la crainte même du châtiment dont il est menacé ne suffit pas toujours pour le détourner du crime, que sera-ce quand il se verra affranchi de cette crainte? Et non seulement vous le débarrasserez de la peur de l'Enfer; mais il faudra de plus lui promettre les félicités du ciel pour récompense de ses forfaits ?
Où est la preuve, nous dit-on, que Dieu, bon et miséricordieux, comme il est, châtie même ceux qui l'ont méconnu? Mais répondez à votre tour, vous qui accusez Dieu de mensonge, répondez : qui est-ce qui, du temps de Noé, châtia l'univers entier parles eaux du déluge, engloutit dans son vaste naufrage toute la race humaine, condamnée à la mort? Qui est-ce qui fit tomber sur l'infâme Sodome des torrens de bitume embrasé, couvrit l'Egypte de fléaux, fit périr dans le désert tant de milliers de raurmurateurs , précipita dans les entrailles de la terre Coré , Datan et Abiron ; envoya, du temps de David, la peste qui dévora en un moment soixante mille de ses sujets; extermina dans une seule nuit les cent quatre-vingt-cinq mille soldats de l'armée de Sédécias, comme il l'avait fait prédire par son prophète Isaïe? Et sans recourir à ces exemples étrangers, pouvez-vous fermer les yeux à l'expérience des calamités que nos crimes à nous-mêmes attirent sur nos têtes? Je vous demande, d'après cela, si la raison seule permet de croire que Dieu punisse une partie des coupables et en laisse une autre impunie. Si la bonté de Dieu s'oppose à ses vengeances, personne ne devrait être puni. Pourquoi donc punit-il quelquefois, dès cette vie même, les blasphémateurs de votre sorte, si ce n'est pour vous forcer à croire à l'expérience quand vous refusez de croire à ces menaces ?Nous vous parlons des feux de l'Enfer; mais
nous ne sommes pas les premiers à les annoncer. Et certes, il faut que la vérité en soit bien incontestable, puisqu'elle s'élait fait sentir au milieu même des ténèbres du paganisme. Qu'ils fussent dans l'erreur sur le caractère des chàtimens et des fautes qui les provoquaient, toujours est-il vrai que les seuls principes de la raison et de la justice naturelle qui avaient cours dans les écoles humaines, les avaient amenés à conclure en faveur de la certitude d'un jugement à subir après la mort. Parcourez les livres des poètes, des philosophes, des orateurs du paganisme, partout vous les entendrez parler d'un séjour de récompenses pour les âmes vertueuses, et d'un lieu de supplices pour les médians après la mort. Inexacts dans les descriptions qu'ils nous en ont laissées, puisqu'ils ne les tenaient que de leur imagination ou de souvenirs recueillis de la lecture de nos livres saints, toujours supposent-elles ce pressentiment d'un jugement à venir. Ils nous parlent dé fleuves infernaux, d'un Tartare et de chàtimens divers, auxquels les médians sont enchaînés ; de Champs-Elysées , où ceux qui ont bien vécu goi\tent après la mort des plaisirs purs, au sein de campagnes riantes, parfumés des plus douces essences, occupés de danses et de chants. C'en est assez pour conclure à la reconnaissance d'un état de bonheur pour les uns, de malheur pour les autres après la mort. Tenez donc pour certain qu'il y a un Enfer. N'y pas croire, c'est s'exposer à l'oubli de tous ses devoirs et au danger inévitable de périr victime de son incrédulité. Aimons à méditer l'Enfer, à nous entretenir de ses feux; c'est un remède amer, mais salutaire, bien propre à nous guérir de tous nos penchans déréglés. Vous sentez-vous enclin à la dureté, à l'insensibilité de cœur à la vue des souffrances étrangères : pensez au châtiment des vierges folles, punies pour n'avoir pas entretenu dans leurs lampes la flamme de la charité ; à l'intempérance : rappelez-vous le mauvais riche, demandant que Lazare lui soit envoyé pour rafraîchir sa langue altérée, et ne l'obtenant pas. Sentez-vous s'allumer dans votre cœur l'étincelle d'une flamme impure : songez à l'enfer. (Saint Ghrysostome , Homélie XXV.)
Le feu de l'Enfer.
Quand nous vous parlons du feu de l'Enfer, ne vous figurez pas un feu tel que celui que nous voyons. Celui-ci , allumé par la main des hommes, s'amortit par degrés, et finit par se consumer et s'éteindre. Le feu de l'Enfer, allumé parle souffle du Tout-Puis-
sant , brûle sans relâche, sans nulle altération , toujours au même degré d'activité , immortel , vraiment inextinguible. Le pécheur, dans les Enfers, est malgré lui-même revêtu de l'immortalité. C'est l'expression de l'Apôtre \ immortalité malheureuse , qui n'est plus pour lui un titre de gloire, mais l'instrument de son éternel supplice et de tortures qu'aucun langage humain ne saurait exprimer. Seulement, pour en concevoir quelque idée, autant que des objets bornés par leur nature peuvent nous tracer l'image de ceux qui ne le sont pas , cherchons dans l'expérience journalière quelques objets de comparaison. Par exemple, que l'on vous plonge dans une eau bouillante, qu'une fièvre ardente se déclare tout à coup dans vos membres, vous frissonnez d'horreur et d'épouvante ; pensez donc au feu de l'Enfer; représentez-vous-en les ardeurs dévorantes. Vous ne supporteriez pas ni ce bain ni cette fièvre brûlante: comment soutiendrez-vous ce torrent de feu qui tombe du haut de ce tribunal vengeur du Juge suprême, et prend sa source dans sa divine toute-puissance ? Alors , frémissemens , grincemens de dents , supplices, angoisses sans consolation ; nul secours, nul adoucissement. Pleur universel, pleur de tous les momens ; montagnes de feu sans cesse appesanties sur la tête des ré~ prouvés. Sous leurs yeux , rien que des compagnons d'infortune , solitude immense, ténèbres effroyables, qui enveloppent [leurs âmes d'une obscurité sombre. Le feu qui règne dans cette horrible enceinte n'en éclaire pas plus l'épaisse nuit qu'il ne détruit les corps qu'il pénètre. Tous les châtimens, toutes les tortures à la fois. Le moyen, dit on, de ne pas mourir avec d'aussi cuisantes souffrances! Vous en jugez par ce qui se passe dans ce monde. Bien que dans ce monde même il ne soit pas rare de voir des malades résister des années entières aux souffrances les plus violentes, et, quand ils viennent à succomber, ce n'est pas que lame cesse d'être, c'est que le corps épuisé n'en a pu supporter plus long-temps la lutte, autrement l'ame se serait conservée toujours dans cet état de souffrance ; mais une fois réunie à ce même corps, devenu par sa résurrection impérissable, rien ne s'oppose désormais à ce que la souffrance ne devienne également interminable. Dans cette vie, plus les peines sont vives, moins elles durent, La faiblesse de nos corps mortels ne permet pas une . ongue continuité de douleurs. Dans l'autre vie, le corps étant associé à l'immortalité de l'ame, les réprouvés deviennent capa- ,0*68 des douleurs les plus aiguës sans que leur excès même en puisse amener le terme , parce que ni le corps n'est épuisé par la
go NOUVELLE BIBLIOTHEQUE
souffrance , ni l'essence de l'ame n'est attaquée par la douleur, et que l'éternité ne connaît point de bornes qui l'arrêtent.
Est-il donc ici-bas des plaisirs qui méritent d'entrer en balance avec la menace d'un Enfer aussi formidable pour sa rigueur et sa durée? Vous en jouiriez cent ans et plus! Qu'est-ce que cela en comparaison d'une infinité de siècles? Les plaisirs de ce monde ne sont , à l'égard des biens éternels , que ce qu'est que le mensonge d'une nuit à l'égard de toute la vie. Qui voudrait , pour un songe agréable, renoncer aux plaisirs d'une vie tout entière? et ne faudrait-il pas être en démence pour consentir à goûter une illusion d'un moment, au prix de souffrances qui dureraient toute la vie ?
Telle est la bienfaisante disposition de la Providence, qu'elle a renfermé le temps de nos combats dans une durée bien courte, et qui se termine en un moment; car voilà ce que c'est que la vie présente comparée à l'éternité. Et c'est là ce qui doit faire l'un des plus cruels supplices des damnés, de penser que les jours de la pénitence allaient sitôt finir, et que, faute d'en avoir profité, ils sont condamnés à des peines qui ne finiront pas. (Saint Chrtsostome.)
[Quand on vit bien on ne doulo point de l'Enfer.
c S'il est indifférent à Dieu que nous vivions bien ou mal, â la bonne heure, niez l'Enfer; mais s'il est impossible de méconnaître l'intérêt que Dieu prend à notre salut, par tous les moyens qu'il a pris pour nous garantir du péché , pour nous attacher à la vertu et à sa religion, il faut nécessairement conclure que les pécheurs seront punis, et que les justes seront récompensés. Etrange contradiction dans nos jugemens humains ! Dune part, on accuse sa patience à l'égard des coupables : pourquoi les laisser vivre? pourquoi ne pas les punir aussitôt? D'autre part, qu'il les menace: on se récrie, on se plaint, on s'emporte. Que l'on s'accorde donc avec soi-même. Si vous lui trouvez trop de bonté, laissez-le donc punir; si vous blâmez sa justice, permettez-lui d'être indulgent. Mais, ô folie! ô aveuglement de qui la source est dans la corruption du cœur et dans le misérable attachement que l'on porte au péché! On ne songerait guère à tous ces raisonnemens, si l'on voulait bien vivre; on ne douterait plus alors qu'il n'y ait un Enfer. ( Saint Chrysostome ].)
1 Hom. xxi , m Epist. ad Rom.
DES PREDICATEURS. 91
Qui est revenu des Enfers pour nous apprendre ee qui s'y passe ?
Que si Ton vous demande : Qui donc est venu de l'autre monde pour nous apprendre ce qui s'y passe ? répondez : Ce n'est pas un homme, on n'aurait ni voulu ni dû croire à ses récits. Tout ce qu'il en aurait dit eût eu l'air d'exagération et d'hyperbole; mais c'est le Seigneur des anges qui est venu en personne nousen donner l'exacte connaissance. Vous faut-il des témoignages humains, après que le Juge lui-même auquel nous aurons tous à rendre compte ne cesse de nous crier qu'il a préparé l'enfer pour les méchans , le ciel pour les bons , et qu'il nous a laissé des preuves constantes de ses paroles ? S'il ne devait pas un jour juger tout le monde, il ne jugerait point par avance quelques personnes qu'il punit dès maintenant d'une manière terrible ;car, pour quelle raison verraiton certains coupables impunis , et d'autres châtiés sévèrement ? Dieu fait-il acception des personnes ? ( Saint Crysostome *, )
On demande si les corps peuvent brûler dans les Enfers sans être consumés.
Que non seulement la mort ne les ait point anéantis ; mais qu'ils vivent sans se détruire, au sein d'une flamme dévorante qui, eller même, ne meurt pas ! ici, l'incrédulité ne veut point admettre la toute-puissance de Dieu, et nous demande des faits qui constatent la possibilité de 1 éternité des peines dans l'autre vie. En supposant, nous dit-on, qu'il y ait des corps d'animaux qui vivent dans le feu, toujours finissent - ils par y mourir. Mais la chose prouvée, lequel est le plus difficile à croire, ou qu'ils puissent y subsister, ou y subsister sans douleur? C'est quelque chose de surprenant, sans doute, que de rester dans le feu sans y mourir ; ce qui l'est bien davantage, c'est d'y vivre sans en souffrir. Si pourtant l'un est croyable, pourquoi l'autre ne le serait-il pas ?
Que les démons subsistent dans les Enfers , et qu'ils y soient en proie à d'horribles tortures , nous le savons par leurs propres aveux. — Oui ; mais ils n'ont point de corps. N'importe de quelle manière; toujours souffrent-ils, et ne meurent pas. Au reste, quelle raison y1 a-t-il de faire de la douleur un argument de mort , puisque c est plutôt une marque de vie, et qu'il est nécessaire que celui qui souffre vive, et qu'il ne l'est pas que la douleur tue ? Ce qui fait aujourd'hui que la douleur amène la mort ,
1 Hom. vin, in Epïst. ad Thess.
t)2 NOUVELLE BIBLIOTHEQUE
c'est que l'ame est tellement unie au corps, qu'elle cède aux grandes douleurs, et se retire, parce que la liaison des membres est si délicate qu'elle ne peut soutenir l'effort de ces deuleurs aiguës; mais alors l'ame sera tellement unie au corps, et le corps doué d'organes, tels que le nœud qui les rassemble ne pourra être délié par aucun espace de temps ni rompu par aucune souffrance. La mort règne dans cet affreux séjour ; mais non telle que celle qui sépare notre ame d'avec le corps. Là, mort éternelle , parce que l'ame séparée de Dieu est privée de son principe de vie , et qu'elle ne pourra être délivrée , par la mort , des douleurs du corps. La première mort cbasse l'ame du corps malgré elle , et la seconde l'y retient malgré elle , ou plutôt, quand nous souffrons ici-bas, c'est l'ame qui souffre, et non pas le corps, alors même que sa douleur lui vient du corps : elle peut donc souffrir indépendamment du corps ; pour le corps il ne souffre point s'il n'est animé , et il ne peut être animé s'il n'a une ame. Si donc la conséquence de la douleur à la mort était valable, ce serait plutôt à l'ame à mourir, puisque c'est principalement elle qui souffre. Puisque celle qui souffre davantage ne peut mourir, pourquoi conclurait-on que les corps des damnés mourront parce qu'ils doivent être tourmentés ? Pourquoi donc serait-il incroyable que ce feu puisse causer de la douleur aux corps des damnés sans leur donner la mort , puisque nous voyons que les corps mêmes font souffrir les âmes sans les tuer? ( Saint Augustin, De la Cité de Dieu , livre XXII.)
Erreur des partisans d'Origcnc sur l'éternité des peines.
Que cette source de bonté s'étende, disaient les partisans d'Origène, jusqu'aux anges réprouvés , pour faire cesser leur supplice au moins après plusieurs siècles de tortures. Leur pitié pourtant n'ose aller plus loin, ni passer jusqu'à délivrer Satan. Cependant, si quelqu'un voulait aller jusque là , sa bonté en serait encore plus grande, mais son erreur n'en serait que plus pernicieuse. . . . S'il en était ainsi, les conjectures des hommes l'emporteraient donc sur la parole de Dieu. Mais comme la chose est impossible, ceux qui veulent être garantis du supplice éternel ne se doivent pas occuper de disputer contre Dieu, mais accomplir ses commandemens tandis qu'il en est temps encore. D'ailleurs quelle apparence y a-t-il d'entendre le supplice éternel d'un feu qui doit durer longtemps, et la vie éternelle dune vie qui doit durer toujours? vu que Jésus-Christ , au même lieu et dans une même période, com-
DES PREDICATEURS. g 3
prenant Tune et l'antre, dit : Ceux-ci iront au supplice éternel, et les justes dans la vie éternelle. Puisque Jésus-Christ déclare l'un et l'autre éternels, certainement on doit entendre, ou que l'un et l'autre dureront long- temps, mais pourront finir; ou que tous deux dureront éternellement, pour ne finir jamais ; car ces deux états sont mis en parallèle : d'un côté le supplice éternel, de l'autre la vie éternelle ; de sorte qu'on ne peut prétendre sans absurdité que dans une seule expression la vie éternelle n'ait point de fin, et le supplice éternel en ait une. (Saint Augustin, De la Cité de Dieu , livre XX IL ).
Où est l'Enfer?
On nous demande où est l'Enfer. Que vous importe en quel lieu il soit, pourvu que vous soyez assuré qu'il y en a un? Cherchez, non pas où il est , mais comment vous y pouvez échapper. Il n'est, dites-vous , que pour les infidèles. Dites plutôt pour le fidèle qui, connaissant Dieu , l'outrage plus criminellement que l'infidèle qui l'ignore. Les démons connaissent Dieu; car ils tremblent à son nom. En sont-ils moins punis ?
I- Où est l'Enfer ? Dans quel endroit du monde?- — Que vous importe le lieu ! Ce qui vous intéresse, c'est de ne pouvoir douter qu'il y ait un Enfer. Où il est? je ne le sais pas plus que vous. Ce que je sais, c'est que nous devons travailler à l'éviter. Dieu nous en menace, et il nous le fait attendre long- temps, parce que sa bonté suspend les rigueurs de sa justice, parce qu'il ne veut point la mort du pécheur ; c'est lui-même qui le déclare dans ces termes ; et s'il n'y avait point de mort à redouter pour le pécheur, le Dieu de vérité n'aurait point employé cette expression. Pensez à l'Enfer. C'est la pensée toujours présente de lEnfer qui nous sauvera de l'Enfer.
Il n'y aurait pas d'Enfer ! Rien à souffrir après la mort pour un Néron ! rien pour cet ennemi de Dieu qui s'élèvera au dessus de tout ce qui est\ appelé Dieu, ou qui est adoré jusqu'à s'asseoir dans le temple de Dieu , voulant lui-même passer pour Dieu ? Rien pour le démon? Eh! n'y aurait-il pas toujours des Nérons? N'y aurait-il pas un antechrist qui viendra consommer le ^mystère de l'iniquité qui commence déjà à s opérer? Le démon peut-il cesser d'être ce qu'il est? Et toujours coupable, toujours impie, ne doit- il pas être toujours puni?
Une fièvre de quelques jours nous cause des douleurs insupportables ; le seul aspect des châtimens dont la justice humaine punit
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les coupables nous glace d'effroi, et, quelque prolonge que puisse être un supplice ordonné par les hommes, il est toujours borné à quelques années ; Jésus-Christ ne punit pas pour un temps, le supplice des réprouvés embrassera toute l'éternité;
Que vous pénétriez au fond d'un cachot pour y voir les malheureux qui y sont détenus : à l'aspect des chaînes dont ils sont garrottés, de la sombre nuit qui y règne, de cette vile paille sur laquelle vous les voyez étendus, en proie à toutes les horreurs de la faim, de la nudité, du désespoir, vous frémissez, les plus vives émotions partagent votre cœur, qui se déchire; vous vous promettez bien de n'être jamais coupable d'aucun des crimes qui ont provoqué contre ces misérables la justice humaine. Mais que la justice divine vienne à prononcer contre vous un semblable arrêt, que ses exécuteurs viennent vous traîner dans ces affreuses prisons des Enfers , que deviendrez-vous ? Là ce ne sont pas seulement des chaînes de fer , mais des liens de feu qui enlacent leurs victimes; là, les vengeances ne sont plus confiées à des hommes tels que nous; ils peuvent à la fin se montrer accessibles à la pitié', mais à des esprits d'une nature immortelle, ministres choisis par la colère céleste, exécuteurs implacables, dont il est impossible de soutenir les regards toujours enflammés; là, plus de cœurs charitables, compatissans, qui viennent soulager l'infortune , l'assister par leurs aumônes, la consoler du moins par des paroles de paix et d'espérance; plus d'intercesseurs, plus d'avocats, plus de pères qui sollicitent en faveur de leurs enfans, ni de fils qui implorent la grâce de leurs pères : abîme immense entre le ciel et l'Enfer. Parce que dans le ciel la joie qui inonde les élus ne doit être troublée par aucun mélange, ils abandonnent à toute la colère céleste ceux de qui ils sont séparés; et, je puis l'affirmer , les justes bienheureux s'unissent à la justice divine pour oublier à jamais ceux qui sont exclus de leur félicité. ( Saint Chrysostomè *.)
Supplice du pécheur dans l'Enfer, la tuo de «on peche et des suileâ de son péché.
Ici, chrétiens, peu s'en faut que je ne rétracte ce que j'ai avancé, qu'il vous est impossible de connaître les peines de l'autre vie. Toujours prêts sur ce sujet à traiter de pieux artifice tous les efforts de notre zèle, vous pensez qu'il est impossible de vous former une idée de l'Enfer. Cependant si , m'attachant à cette idée de
* llom. 2s, in II ad Cor.
l'Evangile, il m'était permis de descendre dans un détail que vous voyez sans doute, mais que la majesté du sanctuaire m'interdit; s'il m'était permis de révéler tous les mystères d'iniquité, de placer chacun vis-à-vis de son péché, je n'aurais besoin, pour vous peindre l'Enfer, que de ces paroles du Prophète :Peccator videbit et irascetur, fremet et tabescet. Le pécheur verra, et il frémira ; et je vous dirais : Quel Enfer pour tant de riches voluptueux, qui n'avaient employé leurs richesses qu'à séduire et à corrompre ; pour tant de riches impitoyables qui, portant une ame d'airain, auront fermé l'oreille aux plaintes des malheureux , employé leur autorité à ravir leurs dépouilles, d'entendre s'élever contre eux le cri de la fureur et du désespoir, et la voix du sang de la veuve et de l'orphelin , ce sang qui avait servi à cimenter leur fortune, et qui servira d'aliment à leur rage et à leur supplice \Videblt et irasceturl Si, poursuivant encore et donnant plus d'étendue à cette pensée, je vous disais : Quel Enfer pour vous, pères et mères, de vous retrouver avec ce fils dont votre ambition a détourné ou forcé la vocation , pour l'engager dans un état où il s'est perdu ; avec ce fils que , par des vues d'intérêt, vous avez engagé dans le sanctuaire, et qui en a fait le scandale,* avec cette fille, grand Dieu! que par les stratagèmes d'une barbare politique vous avez forcée d'entrer dans le cloître, où elle a commencé son enfer : déplorables victimes qui pendant une éternité s'élèveront contre vous, maudissant leur propre existence, et la naissance que vous leur avez donnée, et le jour qui les a vus naître; vases de colère', dit le Prophète, sans cesse en guerre avec eux-mêmes : Vasa irœ debellantia, et qui, ne pouvant s'éviter ni s'éloigner, accompliront la parole de l'Ecriture, qu'un jour on verra le fils s'armer contre le père , la fille contre la mère, l'épouse contre l'époux : Videbit et irasceturl
Quel Enfer pour cet écrivain impie, fléau des mœurs et de la religion , dont la plume empoisonnée avait transmis à tous les siècles et les délires de son esprit et la corruption de son cœur* et pour cette malheureuse, autrefois sur un théâtre profane, l'organe impur des passions, de se voir tous deux abhorrés et maudits de ceux qui les avaient le plus applaudis, de leurs disciples mêmes et de leurs adorateurs, dont ils ont causé la perte et creusé l'enfer: Videbit et irasceturl
Quel Enfer pour vous, hommes de scandales, hommes de tant de crimes et de forfaits, à la vue de tant d'ames que vos discours, vos exemples, vos stratagèmes ont entraînés dans l'abîme! Pour vous, aines vindicatives, à l'aspect de ces rivaux, de ces concur-
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rens dont vous ne pouvez soutenir la pensée, et dont il vous faudra toute l'éternité souffrir et la présence et les fureurs ; pour vous, guerrier intraitable , à la vue de cet ennemi fièrement immolé au faux point d'honneur, à qui votre main parricide a donné du même coup la mort et l'Enfer, et dont le sang criera éternellement vengeance! Et vous, dieux de la terre, qui dans l'ivresse des grandeurs , foulant aux pieds tous les droits de la religion et de l'humanité, bravez également Dieu et les hommes, et le ciel et l'Enfer, quelle sera votre destinée? Quel Enfer pour vous et pour tant de complices de vos désordres, tant de ministres et de victimes de vos passions , dont la seule présence vous reprochera tant d'excès et d'attentats, et leur jeunesse séduite, et leur innocence prostituée, et leur ame que vous avez pervertie! Le crime vous avait unis, l'Enfer vous réunira: des chaînes de feu, selon l'expression de l'Ecriture, pleuvront sur les pécheurs rapprochés malgré eux, brûlans des mêmes feux, déchirés des mêmes remords, l'un à l'autre leur tourment, l'un à l'autre leur enfer : Pluet super peccatores laqueos ignis.
Qu'ajouterai-je encore ? Non , le discours est trop faible pour rendre ces affreuses images. Le Prophète lui-même, ne pouvant suffire à les exprimer, s'est contenté de dire que les réprouvés, dans l'Enfer, seront livrés à l'épée du Seigneur: Tradentur in marins gladii; et c'est sur cette épée qu'Ezéchiel, enchérissant encore sur la pensée de David, s'est écrié : Allez, glaive, à droite et à gauche; poursuivez, frappez, rassemblez vos victimes, comme l'ivraie après la moisson; l'hérésiarque avec ses sectateurs, l'incrédule avec ses disciples , le libertin avec ses complices , le vindicatif avec son ennemi , et tous les pécheurs avec les objets de leur péché, afin que le bras du Seigneur, toujours levé, promenant sur leur tête coupable son épée étincelante, les poursuive sans relâche, et les enchaîne pour jamais à leur crime et à leur supplice: Peccator videbit et irascetur, (Cambacérès.)
Peinture des peines de l'Enfer,
Toutefois, chrétiens, si, pour ne rien omettre dans un si terrible sujet, il faut ajouter un dernier trait à ce tableau, permettezmoi une supposition qui vous surprendra, qui vous révoltera peutêtre; mais qu'importe, pourvu que, ne vous laissant rien à désirer sur ces grandes vérités, elle puisse servir à vous faire comprendre tout ce que nous ne saurions exprimer. le suppose donc qu'à
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tous ces différens tourmens j'entreprisse d'ajouter ce que l'Evangile nous dit des pleurs , des grincemens de dents, des hurlemens affreux, et que, prenant en main le pinceau des Prophètes, je vinsse vous représenter, avec Ezéchiel et Isaïe, le Dieu des vengeances, porté sur le trône de la colère, parcourant cet étang de feu, où nagent les victimes de sa justice, semblable, dans sa marche, au mugissement des mers irritées, tenant d'une main le calice de sa fureur, dont il verse à grands flots sur la tête de ses ennemis la lie enflammée qui ne tarit jamais ; de l'autre, lançant sur eux ses carreaux et tous les traits de sa jalousie et de son indignation ; disons mieux , si , ouvrant tout à coup à vos yeux les portes de l'abîme, il m'était permis de vous en montrer une fois toutes les horreurs, les ténèbres d'une nuit éternelle, les torrens de fumée, les tourbillons de flammes ; et que vous conduisant, pour ainsi dire, dans ces tristes demeures , je vous disse: Voyez couler ces torrens de larmes, écoutez ces voix gémissantes, ces cris, ces sanglots qu'enfante le désespoir; entendez ce tonnerre qui retentit jusque dans toutes les profondeurs de l'abmie; voyez ces éclairs redoublés, dont les sombres clartés poussent un jour affreux, qui renaît et qui fuit sans cesse ; et les ministres cruels des vengeances célestes, acharnés sur leurs victimes; partout l'épouvante, l'effroi, la désolation.
Cette supposition faite, je cherche quel en serait l'effet, ce que produirait ce tableau de l'Enfer, tracé avec le pinceau des Prophètes, avec toutes les couleurs de l'éloquence ; et je trouve qu'il vous révolterait au point que vous crieriez à l'exagération ; vous prendriez cette peinture de l'Enfer pour l'effet du délire d'une imagination échauffée, vous la traiteriez de fiction puérile, de fable ridicule; et moi , loin de m'offenser de ce jugement, je paraîtrais être le premier à le confirmer, je consentirais que vous regardassiez cette peinture comme fantastique et frivole. Mais en même temps je me servirais de ce jugement contre vous-mêmes, et je vous dirais : Hé bien ! cette peinture de l'Enfer, qui vous paraîtrait si révoltante, si incroyable, ne serait cependant qu'une faible ébauche et comme un jeu en comparaison de la réalité ; loin d'ajouter aux grandes vérités que je vous ai annoncées, elle ne ferait, au contraire, que les affaiblir. Pourquoi ? parce qu'en effet, en vous disant que l'Enfer est l'ouvrage d'un Dieu irrité, je vous en ai plus dit que tout ce que l'esprit humain peut imaginer; et que la plus effrayante description de l'Enfer, tracée d'après l'imagination des hommes, n'est qu'une faible image de la colère de t, m, 7
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Dieu, une ombre en comparaison de la réalité ; parce que, ce qu'il y a de plus terrible ici , ce n'est ni tout ce que vous pouvez imaginer, ni tout ce que vous venez d'entendre; mais c'est de penser que tout ce que je viens de vous dire n'est rien encore, et qu'après avoir épuisé tout ce qu'il a plu à Dieu de nous en révéler dans l'Ecriture , il vous reste toujours à dire avec David : Quis novit polestatem irœ tuœ , et prœ timoré tuo iramtuam clinumerare P Seigneur, quel mortel peut mesurer votre colère, et connaître jusqu'où va la force de votre bras étendu sur le pécheur? Vous frappez, nous dit le Prophète, et la terre, ébranlée sur ses pôles, frémit jusque dans ses entrailles; vous soufflez, et la mer mugissante écume et bouillonne; vous regardez, et les montagnes fumantes fondent au feu de vos regards comme la cire à l'approche d'un brasier enflammé. Que sera-ce donc dans ces prisons éternelles, où sans cesse votre bouche enverra la malédiction et l'anathème, vos mains lanceront les flèches de votre colère et feront pleuvoir un déluge de maux ? Congregabo super eos mala , et sagittas meas implebq in eis. Grand Dieu ! votre courroux est un abîme ainsi que votre justice ; ce qu'il vous a plu d'en révéler dans vos Ecritures porte dans nos âmes la terreur; que sera-ce de ce que nous ne connaissons pas : Quis novit? Mais, pour achever de pénétrer nos cœurs de la crainte de ses châtimens , ne nous contentons pas d'avoir contemplé sa justice dans la nature et la ligueur des peines de l'Enfer ; considérons-les encore dans leur durée, et disons: Justice de Dieu dans l'éternité des peines de l'enfer. Renouvelez votre attention. (Le même.)
Elcînite dos peines de l'Enfer.
Je dis que Dieu ne saurait ni abréger, ni révoquer, ni modifier l'éternité des peines de l'autre vie ; et pourquoi ? parce que cette éternité ne nous estpoint annoncée dans l'Ecriture comme une menace qui laisse toujours à celui qui la fait la liberté de se rétracter, mais comme un dogme capital, un des principes fondamentaux delà religion; en un mot, comme un article de notre foi: en sorte que ce dogme une fois ébranlé, tous les autres croulent, et il n'y a plus rien d'assuré dans l'Evangile.En effet, comment et dans quels termes cette éternité nous est-elle annoncée dans l'Ecriture? En même temps que les plus grands événemens , avec la fin des temps , le jugement futur, l'avènement de Jésus-Christ, les récompenses des justes. C'est en parlant de ces grands objets que Jésus -Christ y joint l'Enfer et
l'éternité malheureuse, pour nous apprendre qu'il est aussi certain que les peines de l'Enfer sont éternelles, qu'il est vrai que le monde doit finir, que Jésus-Christ doit venir , qu'il y aura un dernier jugement, que les récompenses desjustes seront éternelles. Ce n'est donc point ici une peine comminatoire, c'est un dogme qui a pour garans tous les autres dogmes de la foi; ce n'est point seulement un maître qui veut épouvanter, c'est un juge qui statue et qui prononce; ce n'est point une menace, une vaine terreur qu'on veut inspirer, mais l'arrêt et la sentence définitive d'un Dieu dont la parole est sacrée et infaillible. Par conséquent, tout s'oppose en Dieu à ce qu'il y porte aucune modification : son immutabilité, parce qu'il n'ajamais varié, surtoutdans ses châtimens; le péché du premier homme allume son tonnerre, il ne s'éteint plus, toute sa postérité est condamnée à la mort et à la douleur, et l'arrêt s'exécute, sans que la suite des siècles change rien à sa volonté suprême : sa vérité s'y oppose, parce qu'il s'y est engagé par serment , et que bien loin délaisser jamais entrevoir dans l'Ecriture qu'il veuille modifier l'éternité des peines, il déclare que tout passera, excepté sa parole; que le ciel et la terre passeront plutôt qu'un seul point de la loi ne s'efface: sa sagesse s'y oppose, parce que si la conjecture et l'interprétation sont permises sur un point de la loi , pourquoi ne l'étendrait-on pas à d'autres ? si c'est pour la durée des peines, c'est aussi pour leur nature; si c'est pour une partie, c'est peut-être aussi pour toutes; dès lors plus de principe, plus de dogme certain, et de toute la parole de Dieu, il ne restera que ce qui plaît au caprice de l'homme : sa sainteté enfin s'y oppose, parce que ceYpie Dieu doit avoir le plus en horreur, c'est le péché, Dieu et le crime, Dieu et le péché étant à jamais incompatibles. Or, ôtez l'éternité des peines, et la haine que Dieu a jurée au péché ne sera plus éternelle; par conséquent il faudra, dit saint Chrysostôme, qu'un jour Dieu place au même rang ceux qui l'ont toujours offensé et ceux qui l'ont toujours aimé, les plus grands saints avec les plus grands scélérats; ceux qui ont établi la religion avec ceux qui l'ont combattue, et qu'un jour on voie dans le ciel les tyrans à côté des martyrs, Néron avec saint Paul, Judas avec Jésus- Christ : Stabit ergo cum Nerone Paulus , imb diabolus cum Christo; blasphème aussi injurieux à Dieu qu'absurde aux yeux de la raison. Concluons donc qu'il est aussi certain que les peines de l'Enfer sont éternelles, qu'il est vrai que Dieu est vrai, sage , saint, immuable; et qu'il n'est pas plus libre de rien changer sur Ce point, qu'il ne l'est de tromper et de manquer à sa parole. Car voilà dit Saint Grégoire, où tendent tous les raisonnemens des pécheurs
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sous prétexte de garantir la bonté ou la grandeur de Dieu , ils ne craignent pas de le faire auteur du mensonge : Dum satagunt perhibere misericordem , non verentur prœdicare fallacem.
Mais où est la justice qu'un péché d'un moment soit puni d'un supplice sans fin ? Seconde difficulté, que notre faible raison nous fait regarder comme le plus fort argument contre la réprobation éternelle, sans penser qu'il est faux, qu'il est même absurde de prétendre qu'il soit contre l'équité de punir un péché d'un moment d'un supplice sans fin. Pourquoi? parce que, dans aucun crime, ce n'est jamais sa durée qu'on punit , mais sa nature, son énormité; et si celui qui a violé les lois et la justice des hommes pour un crime d'un instant est puni d'une mort et d'une infamie éternelles, que doit-ce être de celui qui a outragé la majesté divine, profané les lois les plus saintes?
Et ne dites pas que ce parallèle n'est point juste, que cette sévérité de la justice humaine est nécessaire pour maintenir les droits de la société, la majesté des lois, l'ordre et l'économie politique; je vous répondrai : et le maintien de la religion, des devoirs envers Dieu, de son culte, de ses autels , de- ses lois, que deviendra-til ? comment subsisteront-ils, sans cette éternité de peines? J'en appelle aux libertins eux-mêmes ; qu'ils nous disent par où a commencé le désordre de leur conduite? N'est-ce pas toujours par le doute sur l'éternité malheureuse ? Quand est-ce qu'ils ont commencé à être tranquilles dans le crime et à braver toutes les lois de la religion? N'est-ce pas lorsqu'ils n'ont plus craint, qu'ils n'ont plus vu devant leurs yeux l'éternité malheureuse? Une fois que ce dogme commence à être ébranlé et à s'affaiblir dans une ame, que lui reste-t-il pour l'arrêter dans le torrent de l'iniquité? C'est donc une suite infaillible et nécessaire que, perdant la crainte desjugemens éternels, elle se relâche à proportion de la pratique de tous ses devoirs, qu'elle les abandonne entièrement, et finisse par se perdre elle-même dans les opinions et les systèmes impies ? Il est donc impossible qu'il y ait un Dieu et une religion si vous détruisez l'éternité des peines; ou, pour mieux dire, il y aura un Dieu et point d'adorateurs; des autels et point de culte; une religion et point de disciples ; des lois et point d'obéissance; et ce dogme qui paraît d'abord si incompréhensible, si injuste aux yeux de la raison, devient, à l'examen et à la réflexion, le plus juste et le plus nécessaire, comme la sauve-garde de la religion et le garant de toutes ses lois.
Mais ce qui semble rendre l'éternité évidemment injuste, c'est
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qu'elle mettrait une égalité de peines là où il y aurait inégalité de crimes. Est-il juste, par exemple, que le païen qui a ignoré soit puni comme le chrétien qui a profané; que l'honnête homme qui n'a eu que des faihlesses soit traité comme l'impie qui n'a eu que des vices; l'impie comme l'athée; le débauché comme l'hypocrite; le voluptueux comme le sacrilège ? C'est pourtant ce que produirait cette éternité de peines ; elle est égale pour tous les coupables ; elle confondrait tous les crimes, donc elle est injuste.
Prenez garde, chrétiens, voilà sur ce sujet , le plus grand effort de l'esprit; voilà le raisonnement qui au premier aspect paraît le plus convaincant, le plus invincible, et qui , cependant, un peu approfondi, devient une preuve déplus en faveur de l'éternité des peines ; et comment ? le voici: c'est que l'Ecriture a pris soin de distinguer différens degrés des peines de l'Enfer; elle nous avertit expressément qu'on demandera plus à celui qui aura plus reçu ; qu'au jour des vengeances Tyr et Sidon seront traitées moins sévèrement queBethsaïde; qu'au dernier jour ceux qui viendront des contrées éloignées, c'est-à-dire les plus infidèles , auront un sort plus doux, plus favorable que ceux qui, éclairés des lumières de la foi, les auront méprisées; qu'on éprouvera des souffrances dans la vie future à proportion qu'on aura eu de délices et de voluptés dans la vie présente; que les puissans en iniquités seront puissamment tourmentés : voilà ce que l'Ecriture a eu grand soin de nous apprendre en plusieurs endroits. Or, je demande pourquoi cette attention , si les peines n'avaient pas dû être irrévocablement éternelles ? Si leur durée avait dû être proportionnée au crime, l'Ecriture, par ce seul mot, aurait mis à couvert la justice de Dieu ; et il n'était plus besoin de nous avertir que chacun souffrirait en raison de son péché, ni de distinguer différens degrés de peines dans le royaume de la vengeance , comme différentes demeures dans la maison du Père céleste. La mesure du temps aurait répondu à tout, satisfait à toutes les difficultés, et lEcriture l'aurait expressément déclaré. Au contraire, elle nous assure qu'après ce siècle, il n'y a plus de rémission à espérer ; que dans l'Enfer il n'y a nulle rédemption; que la mort dans le péché nous sépare à jamais de Dieu; donc, encore une fois, l'objection se tourne ici en preuve, et puisqu'il doit y avoir , selon l'Ecriture, inégalité dans les peines de l'autre vie , il n'y en a point dans la durée, et toutes les subtilités de notre raison , loin d'ébranler cette vérité , ne servent qu'à en mieux confirmer la vérité.
Mais venons au point essentiel : Dieu est bon , dit-on , il est
tout amour ; il est le Père, le Sauveur des hommes ; le moyen de penser, de concevoir qu'un père tendre et bienfaisant puisse livrer ses créatures à des tourmens éternels ? Le moyen ? c'est de comparer ses bienfaits avec ses châtimens ; ce que son amour a fait pour vous, avec ce que sa justice vous prépare ; et, par ce parallèle , voyez si la bonté même de Dieu ne devient pas une preuve de plus de l'éternité malheureuse. Oubliez donc, j'y consens, tout ce que vous venez d'entendre ; pour un moment ne pensons plus à l'Enfer, et regardez du coté du Calvaire : voyez-y un Dieu entouré de bourreaux, un Dieu dégradé, anéanti au point d'expirer dans le dernier supplice , un Dieu qui meurt pour vous sur une croix. Retournez maintenant à l'Enfer, et voyez-y le pécheur malheureux pour l'éternité , condamné J\ souffrir une éternité pour avoir rendu inutiles la mort let les souffrances d'un Dieu, pour avoir foulé à ses pieds son corps et son sang. Jésus sur la croix, le pécheur dans l'Enfer Je me tais : prononcez vousmême.
Et, en effet, pour mettre cette preuve dans tout son jour, remarquez, dit saint Bernard, que, quoique cette éternité de peines soit un mystère incompréhensible pour notre raison , sans elle la religion deviendrait presque incroyable , et serait un mystère en quelque sorte plus incompréhensible que cette éternité même. Supposons, en effet, que le péché n'eût point mérité des peines éternelles ; supposons que l'homme coupable envers son Dieu eût été assuré de rentrer en grâce , et d'obtenir son pardon après un certain temps d'expiation dans l'autre vie, que devient alors ce grand bienfait de l'incarnation ? Où était la nécessité qu'un Dieu lui-même quittât le ciel , vînt s'incarner sur la terre , naître, souffrir et mourir pour le genre humain, si le genre humain n'avait point encouru une mort et un anathème éternels ? où serait ici la proportion entre la fin et les moyens, entre la dignité du Rédempteur et le fruit de la rédemption, entre le prix de la victime offerte et celui de la grâce obtenue ? Quoi ! je vois des siècles entiers de miracles, de promesses, d'événemens pour annoncer un Messie; cent Prophètes envoyés aux hommes pour leur faire sentir la grandeur de leur malheur et la nécessité d'un libérateur ; un Dieu enfin qui vient se faire homme pour vaincre et terrasser les puissances de de l'Enfer ; c'est-à-dire tous les miracles à la fois , toutes les lois de la nature forcées, toute la puissance divine épuisée, pour ainsi dire j le ciel et la terre dans l'étonnement, à la vue d'un Dieu réduit à toutes les bassesses de l'humanité; d'un Dieu dans une
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crèche, sur une croix, dans un tombeau ; son sang répandu jusqu'à la dernière goutte pour le salut des hommes , et tant de prodiges sans autre objet que de délivrer l'homme d'une peine temporelle! Quoi ! des mérites infinis de la part d'un Dieu incarné, pour n'effacer qu'une disgrâce et un démérite bornés de la part de l'homme ; des souffrances infinies de la part d'u^i Dieu pour le péché de 1 homme, et l'homme condamné seulement pour son péché à des souffrances passagères et finies ; un sacrifice infini dans sa nature , dans son prix, dans ses effets , tandis que dans l'homme il n'y aurait eu à expier qu'une offense limitée dans sa nature', dans ses suites, dans sa punition! Encore une fois , où serait l'égalité, la proportion , la convenance, j'ai presque dit, la sagesse et la grandeur de Dieu ? Non , reprend saint Bernard, dans cette supposition je ne connais plus rien, ni dans la religion , ni dans lemystère de l'Incarnation; je n'yvoisplusni accord, ni harmonie, je n'y vois que le sang d'un Dieu versé presque inutilement et sans une raison suffisante. Mais lorsque je vois que l'offense que le péché fait à Dieu est infinie , que la haine de Dieu pour le péché est éternelle , qu'il y a entre Dieu outragé et l'homme coupable une séparation, un éloignemont éternel et invincible pour l'homme ; lorsque je vois tout le genre humain enveloppé d'une malédiction éternelle, plongé dans l'abîme d'une éternité malheureuse, des feux, un Enfer, des supplices éternels ; alors je conçois qu'un Dieu peut s'attendrir sur le sort de sa créature , qu'il ne faut rien moins que tout le sang d'un Dieu pour éteindre ces flammes éternelles, ouvrir le ciel, fermer l'Enfer ; en un mot, qu'il faut une grande victime et des mérites infinis pour arracher l'homme à des peines éternelles et infinies. Je comprends enfin que l'homme n'a plus le droit de murmurer , ni d'accuser la bonté divine , s'il retombe dans son premier malheur j qu'après tous ces miracles d'amour , de tendresse, de miséricorde incompréhensible de la part de Dieu dans le temps, sa justice a acquis le droit d'être incompréhensible dans l'éternité. Tout se lie alors , tout s'explique dans la religion ; la justice de Dieu reconnue , sa bonté sauvée, sa grandeur assurée ; et, pour croire l'Enfer il ne faut qu'un coup d'oeil sur le Calvaire. (Le même.)
La colère de Dieu est sans bornes dans les Enfers.
Dieu nous préserve d'avoir à subir jamais tous les maux dont sa puissance est en état de frapper le pécheur ! Dieu a des trésors in-
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épuisables de châtiment et de colère; sa colère est sans bornes comme sa miséricorde. Si nous devons espérer dans l'une, nous devons aussi trembler des rigueurs de l'autre. Combien aujourd'hui disent, comme l'impie Pharaon : Je ne sais pas qui est Dieu , je ne le connais point. Ils apprendront un jour à le connaître. Ce n'est point la mer qui sera leur tombeau, comme elle le tut de ce prince et de toute son armée. C'est un abîme de feu, oui, de feu, à quoi le nôtre n'a rien de comparable; un océan enflammé qui les engloutira ; ce sont des vagues brûlantes qui les envelopperont , semblables à des montagnes élevées sur leurs têtes , et sans cesse retombant sur leurs victimes pour les inonder, les écraser de leur poids , les pénétrer de profondes et cuisantes douleurs. Moins subtiles , moins cruelles sont les blessures du serpent attaché à sa proie. Rappelez-vous avec quelle fureur les feux de la fournaise de Babylone saisirent, pour les absorber, les malheureux que Nabuchodonosor y fit précipiter; ce n'était qu'un feu matériel et sensible;' mais là, feu surnaturel qui brûle sans anéantir, et conserve ceux qu'il dévore. Quand les Prophètes nous parlent de ce jour terrible : Le jour du Seigneur est , disent-ils, un jour inévitable et sans remède, un jour plein de colère et dejureur *, Plus de secours à attendre ; plus d'espérance ni de miséricorde; plus de Jésus-Christ; l'aspect de ce visage auguste et serein est interdit à jamais. De même que ceux qui sont condamnés aux mines se voient livrés à des geôliers impitoyables, qui écartent sévèrement de leur présence toutes les personnes qu'ils aimeraient encore à voir, et dont la vue adoucirait leurs supplices , ainsi les réprouvés n'ont sous leurs yeux que leurs éternels bourreaux. Les infortunés bannis de leur patrie, enchaînés à des travaux cruels, du moins il peut leur rester encore des amis, des proches, qui sollicitent en leur faveur et implorent de la clémence du souverain le terme ou l'allégement de leurs souffrances. Mais là il n'est pas possible : point de trêve, point de fin à des peines dont l'imagination ellemême ne saurait calculer l'énergie. Comment donc pourrionsnous les détruire, quand la parole et la pensée de l'homme ne peuvSfat les atteindre, moins encore les exprimer? Ici le feu anéantit en un moment le corps que Ton y jette; mais, dans les Enfers, on brûle, on souffre immortel et sans cesse se survivant à
soi-même
Que deviendrons-nous donc dans cet épouvantable séjour ? Je
* Is., xni, 7.
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dis nous , car je ne détache pas, mes frères , ma cause de la vôtre. N'abusez pas de mes paroles pour me répondre: Si, vous, qui êtes notre maître, notre guide , vous n'échapperez point à la condamnation , à quoi bon travail lerai-je, moi, à m'en garantir? Ce serait là , mes frères , une stérile et bien dangereuse consolation. L'Ange prévaricateur était d'une nature bien supérieure à la nôtre ; c'était une intelligence spirituelle , son orgueil l'a précipité dans les enfers. Serait-ce, dites-moi, une consolation d'être associé à son châtiment? Le peuple égyptien voyait la main du Seigneur appesantie sur les grands du royaume ; le deuil dans chaque maison , la mort entassant partout les victimes. Parce que la calamité était générale, la sentaient-il moins? Au contraire, fuyant cette épée de feu qui les poursuivait , ils allaient en foule trouver leur Pharaon pour le conjurer de renvoyer les Hébreux. Dites à un homme déchiré par une maladie aiguë que d'autres souffrent encore plus que lui, daignera- t-il seulement écouter une aussi inepte consolation? Occupé qu'il est du mal qui le tourmente il ne pense guère aux autres. Loin donc de votre pensée un aussi futile espoir. On peut bien, dans une légère douleur, chercher quelque adoucissement dans ces sortes de comparaisons; mais, quand le mal est à son comble, la souffrance [absorbe l'ame tout entière , au point qu'elle n'a pas le loisir de se reconnaître elle-même , et devient inaccessible à toute consolation. Alors même l'aspect d'une douleur étrangère ne fait qu'accroître le désespoir ; et c'est ce que témoigne assez ce grincement de dents dont il est parlé dans l'Evangile.
Ce langage vous fait peine; mais que voulez-vous que je fasse? Plût à Dieu que vous et moi nous vécussions de manière à n'obliger pas les prédicateurs de l'Evangile de traiter un semblable sujet! Mais, pécheurs comme nous le sommes, et endurcis dans le péché , il faut bien que nous cherchions à vous réveiller de votre funeste assoupissement, à vous inspirer une terreur et une tristesse salutaires. Et c'est là tout le but de ce discours. Hélas! s'il allait être encore infructueux, vous n'en seriez que plus sévèrement punis. Serviteurs rebelles aux menaces de votre maître , quel rigoureux châtiment n'auriez-vous pas àredouter de son juste'courroux? Toutes les fois que nous vous parlons de l'Enfer, pénétrezvous d'une sainte componction ; bien loin d'en être attristés, vous éprouverez quelque joie à en entendre parler; comment ? parce que l'effroi résultant de la pensée de l'Enfer, de ses feux dévorans, de ses horribles tortures , excitera dans vos cœurs le désir sincère
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de les éviter , en vous tenant clans la défiance de vous-mêmes, en vous détachant de la terre, en vous donnant le courage de triompher de vos criminelles habitudes. (Saint Chrysostome 1.)
S'il n'y avait pas d'Enfer, il n'y aurait point de frein contre le crime.
Nous avons sous les yeux le tableau journalier des plus effroyables calamités : ceux-ci meurent de faim, ceux-là sont consumés par de lentes maladies, d'autres traînent dans la misère leur déplorable existence, en proie à des maux sans consolation et sans remède. Où serait la justice de Dieu de punir ceux-ci, de laisser ceux-là impunis? Pourquoi, vous qui êtes pécheurs, n'ètes-vous pas du nombre des premiers? Si c'est sa bonté qui l'empêche de vous châtier, la même bonté ne devait-elle pas épargner les autres? Pourquoi donc ces châtimens qu'il appesantit sur les uns , quand les autres en sont exempts? Afin que l'aspect des supplices partiels qu'il fait subir à quelques uns apprenne à tous la vérité de ses menaces. Vous résistez à ses menaces tant qu'elles ne sont qu'en paroles; il produit sous vos yeux des témoignages éclatans de ses vengeances, afin que le spectacle des calamités étrangères vous apprenne ce que vous avez à craindre pour vous-mêmes. N étaient-ce que des menaces que ce déluge dont il inonda la terre, que ces feux sous lesquels il engloutit Sodome, que ces eaux de la mer renversées sur l'armée tout entière des Egyptiens pour les ensevelir dans ses abîmes, que ces maux auxquels les Juifs furent livrés en punition de leur déicide? Jésus-Christ s'est vengé comme il l'avait prédit. Pour ce qui est de ceux qui n'ont point 'voulu m* avoir pour roi, amenez-les ici, avait-il dit, et les tuez devant moi 2. Parce que les événemens qui ne sont plus sous nos yeux ne font plus d'impression sur nous, il les renouvelle de siècle en siècle pour inspirer aux générations contemporaines un salutaire effroi, et justifier l'avenir par les leçons du passé.
A la bonne heure, dites-vous, que l'on soit puni; mais par un supplice éternel, quand la faute a été si courte ! Une telle rigueur peut-elle s'allier ave la bonté de Dieu? — Le paralytique de l'Evangile se trouvait perclus de tous ses' membres depuis trente-huit ans. Quel était son crime pour avoir mérité un si long supplice ? Pourtant il n'était pas innocent , puisque le Sauveur , en lui rendant la santé, "t lui dit ; Vous voilà guéri, ne
1 Ilom. xliii, in Matin, — * Luc, xix, 27.
DES PRÉDICATEURS. IOJ
péchez plus1. — Mais à la fin il est guéri, tandis qu'il n'y a point ici, répliquez-vous, de remède à espérer. — Il est vrai , car c'est Jésus-Christ lui-même qui l'affirme : Le ver cjuilcs ronge ne meurt point; le feu qui les brûle ne s' éteindra jamais1"1: et encore: Ceux-ci iront dans une vie éternelle, et ceux-là dans un feu éternel 3. Si donc il y a une vie qui ne doit plus finir, ni le supplice non plus ne peut plus finir, douteriez-vous de la vérité de sa parole ? Mais laquelle de ses prédictions est restée sans etfet? Vous pécheriez sans en être punis! Jésus-Christ vous annonce le contraire; il vous a prédit que l'abus de ses grâces serait châtié par les plus rigoureux supplices. Et quelles grâces ne vous a-t-il pas ménagées pour échapper à ce châtiment terrible dont il vous menace ! Régénération par le baptême, rémission de vos péchés, après le baptême, par la pénitence; facilité dans l'exécution de ses commandemens, pour en prévenir la violation : et quand vous perdez le fruit de son sang, vous vous étonnez d'être punis! Un Enfer éternel pour un crime d'un moment! A vous entendre, le démon lui-même n'aurait donc pas à subir, pour un crime d'un moment, les feux de l'Enfer, contre la parole de Jésus-Christ : Allez au feu éternel qui a été préparé pour le démon P S'il n'y a point d'Enfer avec ses feux dévorans, il n'y a point non plus de châtiment pour le démon. Rebelles comme lui, nous avons donc à craindre d'être châtiés comme lui. Vous m'allez répondre : L'on conçoit un lieu de récompense pour les bons , on ne conçoit pas un lieu de supplices pour les médians. — Voilà donc l'impudique et l'adultère traités de la même manière que celui qui aura vécu dans l'innocence et dans la sainteté! Néron sur la même ligne que.Paul. Je dis plus : Le démon lui-même, insultant l'Apôtre , est mieux traité que lui. Les démons eux-mêmes n'oseraient point tenir un pareil langage; car vous les entendez, dans l'Evangile, dire à Jésus-Christ : Etes-vous venu nous tourmenter avant le temps? Pourquoi publieraient-ils qu'il y a des tourmens s'il n'y en avait point? et comment se fait il que vous ne craigniez pas ce qui fait trembler les démons ?
S'il n'y avait point d'Enfer, quel frein y aurait- il contre le crime ? Si nous voyons aujourd'hui ceux qui croient a la vérité d'un jugement à venir, d'un lieu de supplices éternels pour les méchans, ne renoncer qu'avec peine à leurs criminelles habitudes, que serait-ce s'ils étaient affranchis de cette crainte, lorsque non-seule-
! Jean, v, 14.— 2 Marc, ix, 43. — 3 Matth., xxv, 46.
nient ils n'auraient plus d'inquiétude à cet égard, mais qu'ils auraient droit d'espérer le royaume du ciel pour récompense d'une vie passée dans le crime ? ( Saint Ghrysostôme *. )
Le feu de l'Enfer est éternel.
f Tremblez, mes frères, à la menace de ce mot terrible : Un feu qui ne s éteindra jamais. Un feu, dites-vous, qui ne s'éteindra jamais ! Gomment cela se peut-il faire ? Mais comment se fait-il que le soleil qui est sous vos yeux soit toujours ardent et qu'il ne s'éteigne jamais? Un feu qui brûle sans se dévorer? Rappelez- vous le buisson ardent que Moïse vit sur le mont Sinaï. Si donc vous voulez éviter ce feu si redoutable, faites-vous de sa miséricorde un rempart qui vous défendra contre ses atteintes. Croyez bien ce que nous vous disons, et vous ne serez pas à même de voir la lueur de cet horrible incendie ; mais, si vous vous obstinez dans votre incrédulité , vous n'éviterez pas d'en faire une personnelle expérience. Croyez, et vivez en conséquence; car il ne vous suffirait pas de le croire; les démons eux-mêmes croient et ils tremblent. Ils n'en sont pas moins tourmentés dans ces flammes dévorantes. Vous vous réunissez dans nos églises, n'est-ce que pour y entrer? Si vous n'en rapportez pas quelque fruit, votre assiduité même ne servira de rien. Sont-ce les maîtres qui vous manquent? Vous avez ici et les Prophètes et les Apôtres, et les Patriarches, et tous les Justes, de qui nous vous proposons la vie pour modèle. Mais qu'arrive-t-il ? Après que vous avez chanté machinalement quelques psaumes, récité quelque prière sans piété, et comme au hasard, vous croyez en avoir assez fait pour vous sauver. N'entendez-vous pas ce que dit le Prophète, ou plutôt le Seigneur lui-même par la bouche de son Prophète : Ce peuple m'honore des lèvres, mais son cœur est loin de moi 2 ? Oracle effrayant! voulez- vous y échapper? Effacez de votre esprit ces caractères de mort que le démon y a gravés, ces affections mondaines qui vous assiègent continuellement; apportez ici un cœur libre, dégagé de ces tumultueuses dissipations, afin que j'y puisse imprimer sans obstacle ce dont je demande à le pénétrer. Je n'y vois que des caractères de mort , imprimés par la main de l'ennemi, l'avarice, les rapines, l'artifice, l'envie, les jalousies, tous caractères étrangers et confus qui me sont inconnus, rien de ce que je m'efforce d'y graver par mes
' * Hom., xxv, in Epist. ad Rom. — 9 Is., xxix, 13.
des rnEDicATEuns. 109
exhortations; et quand j'ai pu parvenir à en imprimer de nouveaux, par l'Esprit de Dieu , vous allez bientôt après vous remettre à l'école du démon , afin qu'il y retrace les siens. ( Saint Ghrysostome K )
Péroraisoft.
Ecoutez , ô vous dont le cœur est brûlé par des flammes impures ; écoutez , vous tous qui vivez dans le péché. Toutes les fois qu'une parole obscène ou déshonnête viendra se présenter sur vos lèvres , rappelez- vous ce grincement de dents , dont l'Evangile vous menace ; et la pensée de l'Enfer sera un frein qui vous arrêtera. Montez au Calvaire; voyez tout ce que vous avez coûté à Jésus-Christ, pour vous arracher à la mort éternelle , et pensez aux conséquences terribles qu'entraînerait votre ingratitude. Que la tentation du bien d'autrui vous surprenne : prêtez l'oreille à cette effroyable sentence du juge: Qu'on lui lie les pieds et les mains , qu'on le jette dans les ténèbres extérieures 2 ; et votre avarice s'amortira. Vous êtes livré à l'intempérance ; écoutez le mauvais riche crier des enfers : Père Abraham, envoyez Lazare, afin que du bout du doigt il me rafraîchisse la langue qui brûle dans ces flammes , sans que néanmoins je reçoive cette consolation. Cette salutaire pensée vous ramènera à la sobriété. Vous recherchez les plaisirs et les délicatesses : représentez-vous cette éternité, ces angoisses : et vous renoncerez à vos sensualités. L'amour de l'argent ferme vos mains aux supplications du pauvre : entendez les vierges folles demander vainement qu'on leur ouvre la porte du festin nuptial , et vous apprendrez à être compatissant et libéral envers les pauvres. Vous êtes engourdi dans les langueurs de l'oisiveté : rappelez-vous le serviteur châtié pour avoir enfoui son talent , et une sainte ferveur remplacera votre léthargie accoutumée. Pensez, pensez tous, qui que vous soyez , à ce ver qui ne meurt point, à ce feu qui ne se consumera jamais; et vous ne trouverez plus, ni le péché invincible, ni les commandemens de Dieu si difficiles. Eussiez-vous mille morts à souffrir pour éviter l'Enfer , n'hésitez pas. Point de sacrifice qui doive vous coûter pour mériter un jour de jouir de la gloire de Jésus - Christ. ( Saint Chrysostome 3.)
1 Hom. Xi, fa Malth, — a Matth., xxii. — » 5 Hom. xi, in Epist, ad Cor,