PLAN ET OBJET DU TROISIÈME DISCOURS SUR L'ENFER
EXORDE
Mortuus est dives , et supultus est in Inferno. Le riche mourut, el il fut enseveli dans l'Enfer. (Luc. XVI. )
Voilà donc le terme faial où devait aboutir la vie sensuelle du mauvais riche; et c'est dans ce gouffre d'horreurs où il est enseveli depuis tant de siècles, que la foi nous montre encore tous les coupables enlevés de ce monde dans la disgrâce de Dieu et redevables à sa justice. Il y a donc un Enfer, vérité fondamentale de notre religion ; et qu'il est étrange que le plus grand et le plus aimable des Maîtres ait été obligé de creuser un Enfer sous nos pas pour nous faire respecter ses lois , pour mettre ses bienfaits à couvert de notre ingratitude et sa majesté à l'abri de nos outrages !
Il y a un Enfer, et cependant la terre est couverte de pécheurs. Portes des cieux , m'écrierai-je ici avec le Prophète, brisez- vous détonnement et de désolation. Et toi, monument éternel des vengeances du Très-Haut, épouvantable abîme, s'il faut qu'un jour nous augmentions le nombre de tes victimes infortunées; rassasiés de tourniens et transportés de rage, nous nous demanderons à en nous-mêmes où était donc notre foi et notre raison, quand nous osâmes fouler aux pieds la crainte de tes supplices et franchir la plus redoutable barrière que le Tout-Puissant ait pu opposer à la licence du crime ?
Il y a un Enfer. Je prêche cet Enfer à des chrétiens qui le regardent comme un des points essentiels de leur croyance ; et la plupart d'entre eux l'ont déjà mérité, et plusieurs le méritent encore, et tous peuvent le mériter un jour; et nous n'y pensons pas, et nous ne le craignons pas! Eh! à quoi donc réservons-nous nos réflexions et nos frayeurs?
Mon Dieu ! serait-il donc vrai que la crainte des châtimens de l'autre vie, cette crainte, toujours si utile et quelquefois si nécessaire, eût perdu dans nos esprits cette force victorieuse qu'elle
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emprunte de votre grâce pour ébranler les consciences et en faire sortir des prodiges de pénitence et de sainteté ? A des cœurs nobles et purs, il ne faudrait qu'étaler vos bontés et vos charmes pour les faire voler vers vous; mais à des cœurs profondément gâtés et corrompus, roulant sans cesse dans une alternative de bien et de mal , livrés même au crime et insensibles aux merveilles de votre amour, il faut faire gronder le tonnerre de vos vengeances; il faut employer en leur faveur la dernière ressource du salut, et réveiller en eux la crainte de l'Enfer: comment? par l'image de la mort même. Et voilà , mes frères, le dessein que je me propose dans ce discours; je m'attache à deux idées simples, mais d'où je vois sortir tous les traits du plus effrayant tableau que la religion ait à nous présenter: la nature des peines de l'Enfer, l'étendue des peines de l'Enfer ; l'un et Vautre également propres à nous montrer combien l'Enfer est terrible.
Soutenez, Seigneur, ma faible voix, et écoutez une prière que je ne vous adresse ici qu'en tremblant. Arrêtez, suspendez ce sentiment de confiance qui, pour nous rassurer contre les rigueurs de votre justice, va nous chercher un asile dans la bonté de votre cœur; car n'est-ce pas l'idée d'une bonté si facile qui trop souvent nous endort à l'ombre d'une sécurité funeste ? Cacheznous donc le Dieu des miséricordes, et puisque, pour vous faire aimer, il faut d abord que vous vous fassiez craindre, ne nous laissez voir, au fond d'un nuage sombre et menaçant, que le Dieu armé d'anathèmes, assis sur un trône de flammes , et fixant sur nous un œil terrible ; que le Dieu dont le bras infatigable épuise sur les pécheurs tous les traits de son courroux; que le Dieu des réprouvés et des démons. (L'abbé Richard , Sur F Enfer.)
Supplices des méchans dans l'Enfer après la mort.
Je ne l'ignore pas; on trouve des hommes qui, sentant au fond de leur conscience de quel sort ils se sont rendus dignes, souhaitent encore plus qu'ils ne le croient que tout finisse pour eux avec leur corps; ils aiment mieux périr tout entiers que de renaître pour subir la peine qu'ils ont méritée. Leur erreur s'accroît encore, quand ils voient la liberté dont ils jouissent en cette vie, et la patience incomparable de Dieu, dont toutefois le jugement est d'autant plus juste qu'il a été plus long-temps différé. Et pourtant ils ne peuvent ouvrir les livres de tout ce qu'il y a eu d'hommes éclairés , ils ne peuvent parcourir les ouvrages même des
poètes, sans y trouver à cet égard de salutaires avertissemens : tant c'est une pensée gravée au fond des cœurs de tous les hommes, qu'un jour viendra où le désordre apparent qui règne dans le monde sera réparé, et où la justice divine paiera à l'homme vertueux la récompense de ses bonnes œuvres, et au méchant la peine de ses crimes.
Si la félicité du juste doit être immense, le châtiment du pécheur ne sera pas moindre. Les supplices dont il sera la proie ne connaîtront ni mesure ni terme. Là un feu qui semble en quelque sorte doué d'intelligence brûle tout à la fois et entretient les corps. Il les dévore et les nourrit, semblable à ces feux du ciel qui frappent et affectent les objets sans les consumer; et ainsi ces flammes vengeresses ne s'alimentent point au détriment des corps qui leur sont livrés, et même au milieu de leur action ils demeurent tout entiers.
Mettrons-nous en question s'il est juste que ceux qui ne veulent pas reconnaître Dieu, que des impies, des hommes livrés à toute espèce d'injustices, soient punis de cette manière par la main toute-puissante de Dieu ? Ce serait être impie comme eux que d'en douter. Ne point vouloir adorer le Père et le Seigneur commun de toutes choses, n'est-ce pas l'insulter autant qu'il est au pouvoir d'une créature de le faire? (Minucius Félix, Octave.)
Ce que c'est que le feu de l'Enfer.
Après que le Sauveur aura fait placer à sa droite tous ses élus , et leur aura adressé ces consolantes paroles : « Venez les bénis de mon Père, » prenant tout à coup l'accent d'un juge qui porte une sentence de mort, il dira aux méchans : « Retirez-vous de moi. »
Or, vous le savez, mes frères, ils ne se retireront de Jésus-Christ que pour aller au feu éternel de l'Enfer, qui est dune nature tout autre que celui dont nous faisons usage sur la terre : car parmi les hommes il n'est point de feu éternel; mais le prophète Isaïe nous dit formellement que < le feu de l'Enfer ne s'éteindra jamais. » Peut-être est-ce un feu invisible, puisqu'il brûle des choses invisibles, et puisque tout ce qui tombe sous nos sens est nécessairement temporel , et « qu'il n'y a d éternel que ce que nos sens ne « peuvent atteindre. » Il faut de deux choses l'une : ou que, si ce feu est visible, il ne soit pas éternel; ou que, s'il est éternel, il ne soit pas visible. Or, le Prophète nous fait bien assez entendre que ce serait se tromper que d'attribuer à ce feu la même nature qu'à celui dont nous nous servons, puisqu'il nous est dit encore
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que c est un feu qui ne s'allume point. « Il sera dévoré, dit Job , « d'un feu qui ne s'allume point. »
Et ne vous étonnez point si fort de ce que, tout invisible qu'il est, ce feu agit néanmoins sur les hommes coupables pour les punir, puisque vous voyez tous les jours le feu matériel affecter les corps, les décomposer, les consumer, sans que la chaleur ellemême frappe vos yeux.
Ecoutons maintenant le juste juge expliquer les raisons dune si sévère sentence : « J'ai eu faim, dit-il, et vous ne m'avez pas «donné à manger; j'ai eu soif, et vous ne m'avez pas donné à « boire. » Ainsi le Sauveur nous enseigne qu'il souffre lui-même tout ce que souffre son Eglise, quoiqu'il soit impassible sous le rapport de sa divinité. C'est lui-même qui a faim, quand les saints ont besoin de nourriture ; c'est lui-même qui a soif, quand ils sont altérés. Si quelques-uns de ses membres sont affligés de quelque maladie, c'est lui-même qui souffre en eux. S'il, en est qui cherchent un asile pour se mettre à l'abri contre les injures du temps, c'est encore le Fils de l'Homme qui n'a pas même où reposer sa tête; il souffre le froid clans ceux qui sont nus, il est revêtu luimême, lorsque quelque chrétien charitable prend soin de les vêtir: voilà ce que Jésus-Christ a pris soin de nous apprendre en nous disant : « Ce que vous ferez à quelqu'un de ces petits, je me le « tiendrai fait à moi-même. * (Origene, Comin. sur saint Matthieu),
Même sujet.
Ah ! mes frères , combien de réprouvés dans les flammes ont moins péché que vous ! combien donc le feu qui les brûle vous tourmentera-t il plus qu'eux, si votre nom est écrit dans le livre de mort ! Intetrogabit ossa et medullas^ et cogitationes nostras. Plus perçant qu'un glaive à deux tranchans , ce feu pénétrera jusqu'au fond du cœur, et en démêlera les replis les plus cachés, les intentions les plus secrètes. Il interrogera toutes les puissances de l'âme, tous les membres du corps. Il interrogera tant de pensées, tant de sentimens, tant de paroles, tant d'actions criminelles. Il les interrogera, il les comptera, il les dévorera. Il s'élancera sur sa tremblante victime; et, le nombre de ses iniquités surpassât-il celui des cheveux de sa tête, tout sera puni, tout sera la proie des flammes. Et que deviendrez-vous alors, vous, qui déjà redevables à la justice divine, au lieu d'expier vos péchés anciens, ne faites chaque jour qu'y en ajouter de nouveaux , et préparer des alimens à ces flammes vengeresses PPour redoubler contre vous leurs atteintes furieuses, il
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faudra donc que le Tout-Puissant tire des trésors de sa colère les plus affreux miracles, et, dans ces gouffres brûlans, la rigueur de votre supplice sera la marque funeste à laquelle on vous distinguera du peuple des réprouvés : Interrogabit ossa et medullas , et cogitationes nostras. ( L'abbé Richard.)
Feu de l'Enfer, feu vérilable.
La religion nous montre les réprouvés plongés dans des brasiers ardens, livrés aux plus cuisantes atteintes d'un feu qui leur sert de vêtement embrasé, qui s'attache avec fureur à toutes les puissances de leur ame, qui exercera son activité sur toutes les parties de leur corps, et qu'à cette vue , armé d'un glaive menaçant, elle dit aux pécheurs : voilà votre place. Dieu a choisi parmi tous les êtres créés le plus majestueux et le plus cruel, pour en faire l'instrument de ses vengeances, le plus digne de sa grandeur et de sa colère. Faibles hommes, qui succombez à la douleur que vous cause une étincelle de feu , dites-moi comment vous pourrez soutenir l'ardeur de ces flammes dévorantes ?
Non , mes frères , ce n'est point ici un épouvantait fait pour alarmer la simplicité des enfans et la crédulité des peuples : c'est une vérité qui a fait trembler les héros de la foi , les anges du désert , les plus grands personnages qui aient paru dans l'Eglise de Jésus- Christ; et la réalité du feu de l'Enfer est unanimement reconnue par tous les docteurs catholiques , parce qu'elle est évidemment appuyée sur les oracles divins; parce que les Prophètes et les Apôtres nous offrent en mille endroits de leurs écrits , et sous les traits les plus naturels et les plus frappans , limage du feu mêlée aux menaces de la colère céleste, parce que Jésus-Christ lui-même nous montre le mauvais riche enseveli dans les flammes; et , pour prévenir dans nos esprits jusqu'au moindre doute, il nous a laissé dans l'Evangile le précis de ce foudroyant arrêt, qui condamnera les pécheurs au feu. Après cela, malheur à quiconque refuserait de croire ! Malheur à nous si nous ne saisissons pas avec les plus sages et les plus éclairés des hommes tous les moyens d'échapper à ce feu, qui dévore les réprouvés dans l'enfer : Devorabit eosignis.
Feu de l'Enfer, feu épouvantable; car, dit saint Augustin, c'est la toute puissance de Dieu qui le met en œuvre, et, dans la main d'un Dieu vengeur de ses lois , quelle doit être la vivacité de ce feu miraculeux et immortel ! Eh quoi ! tous les feux de la terre n'en sont qu'une ombre, dit saint Bernard : quoi ! ces fournaises
embrasées qui fondent les métaux, calcinent les corps les plus durs, et dont on ne peut soutenir l'approche sans un secret frémissement; ces montagnes fumantes qui, du fond de leurs noirs abîmes, vomissent des torrens de flammes, et re'pandent la consternation dans les champs qui les environnent; ces nuages enflammes, qui portent la foudre dans leur sein, l'envoient avec fracas jeter parmi les pâles mortels la terreur et la mort; ce déluge de feu, qui tomba sur des villes coupables, et changea leur infâme re'gion en un vaste brasier; ce feu plus terrible encore, qui doit à la fin des temps causer un incendie général , et faire du monde entier un affreux monceau de cendres : quoi ! tout cela, tous ces feux jetés et réunis dans les prisons de l'Enfer ne seraient que quelques traits échappés de ses flammes : Ignis œterni mlssUia surit P Que l'épouvante les saisisse, disait Moïse, en parlant des ennemis de son peuple ; qu'elle leur glace le sang dans les veines, et les rende immobiles comme des pierres : Fiant immobiles quasi lapis. Grand Dieu! et n'expirerions-nous pas de frayeur, si vous nous montriez ces feux allumés par votre colère dans les sombres profondeurs de l'avenir ?
O flammes infernales, qu'anime le souffle du Tout-Puissant! ô tempêtes de feu, qui jamais ne s'apaisent! pluie brûlante, qui tombe à torrens précipités! tonnerres effroyables, qui éclatent de toutes parts, du milieu de cette mer de soufre embrasé, où la justice de Dieu se promène avec fureur, écrasant sous ses coups des milliers de criminels , que l'Ecriture et les Pères nous représentent chargés de chaînes de feu, abîmés dans des flots de feu, transformés eux-mêmes en feu; et dans ce feu, dont la violence surpasse toutes les forces de la nature, parvenus, ce semble, au dernier période de la douleur! car, quelle est l'étrange impression de ce feu sur ses victimes? J'essaierais en vain de vous le faire comprendre, et j'abandonne à vos réflexions cette triste vérité qu'un seul instant passé dans les feux de l'Enfer est infiniment plus douloureux que des siècles entiers qui réuniraient sur vous tous les maux imaginables de ce monde : Non modo hase parva suntjsednulla. C'est la pensée de saint Augustin; n'a-t-elle pas de quoi vous frapper et vous consterner? Et cependant ce n'est pas tout : écoutez ce qui me reste à vous dire de ce feu qui dévore les réprouvés dans l'Enfer : Devorabit eos ignis.
Feu de l'Enfer, feu raisonnable, et qui redouble encore l'activité de ses flammes selon le nombre et la grièvecé de ses crimes j Justice suprême , qui punissez les damnés , ,oui ?vous rendez à
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chacun selon ses œuvres ; et c'est dans le séjour de la confusion et du désordre que vous montrez aussi l'ordre équitable de vos châtimens. Hélas ! si une seule offense mortelle nous rend dignes à vos yeux du feu de la réprobation , et si vous ordonnez à ce feu vengeur d'en poursuivre avecune rigueur presque infinie la tache ineffaçable, avec quelle fureur devez-vous donc la déchaîner contre une ame défigurée et noircie par une multitude de crimes! (Le
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Quelles sont les victimes de la colère de Dieu dans l'Enfer?
Là , c'est un pécheur scandaleux dont les exemples et les conseils séduisirent tant dames faibles et innocentes ; artisan de leur malheur, vil suppôt du démon , ennemi déclaré de Jésus-Christ jusque dans l'empire de sa religion, il lui fit une guerre ouverte; il eut voulu anéantir le fruit de sa croix; il lui ravit le prix de son sang ; et il ne serait pas l'objet de toute sa fureur au milieu des flammes vengeresses ! Sanguinem ejus de manu tua requiram.
Là , c'est un grand du monde que la justice et la reconnaissance invitaient à glorifier l'auteur de son élévation par de plus profonds hommages, et qui tira de sa grandeur même mille secours pour outrager avec plus d'audace et plus de succès la main bienfaisante et magnifique qui l'avait élevé au dessus des autres hommes. Puissans dieux de la terre, de quel triste éclat vous brillerez dans les Enfers , quand le Dieu fort et terrible , déployant contre vous toute l'activité d'un feu vengeur de ses droits, ne vous laissera de votre grandeur passée que le funeste privilège de sentir plus que les autres la grandeur et l'excès de ses tourmens : Potentes potenter tormenta patîentur !
Là, c'est un riche du monde; et parce qu'il ne fit entrer pour rien l'obligation de l'aumône dans l'usage de ses richesses, parce qu'il n'eut pour tant d'infortunés Lazares que des entrailles de fer; coupable du crime que l'Evangile reproche au mauvais riche, le voilà, comme lui, plongé dans des feux dont il ressent les plus vives atteintes ; comme lui, se désespérant dans le sein de ses douleurs, et criant plus haut que le reste des damnés : Crucior in hac flamma.
Là, c'est une infinité d'ames sensuelles et voluptueuses, qui expient d'infâmes plaisirs par les plus horribles tortures, Religion sainte, n'est-ce pas surtout aux flammes honteuses de l'impureté que sont réservées les flammes les plus dévorantes de l'Enfer? Oui, vous nous dites que c'est contre ce vice abominable qui aura
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traîné dans la boue d'une satisfaction brutale une chair consacrée par le sceau du baptême, et dont l'opprobre rejaillit en quelque sorte sur l'auguste chef dont nous sommes les membres; que le Dieu de sainteté et de justice éclate dans ces prisons embrasées, et que plus on a goûté de criminelles délices, plus on y est immolé à d'ineffables tourmens : Quantum in deliciis fuU} tantum date Mi tormentum et luctum.
Or, à la vue de ces réprouvés étincelans de feu, dites-moi chrétiens, si l'Enfer n'est pas bien terrible. Région cruelle, s'écriait saint Bernard , du fond de sa solitude; région de feu, que ton souvenir porte d'effroi dans mon ame ! C'était un saint près de recevoir de la main du Seigneur la couronne de gloire, et i tremblait avec ses vertus et ses miracles ! Quelles doivent donc être les frayeurs de ceux qui ne sont pas moins coupables que tant de grands criminels , parmi les réprouvés , et auxquels il ne manque plus qu'un trait de ressemblance avec eux, qu'à l'instant où je parle l'Enfer s'ouvre pour les engloutir? Devorabit eos ignis. Grand Dieu! retenez vos foudres suspendues sur nos têtes, et, pour nous faire opérer notre salut avec crainte et tremblement, laissez-nous contempler encore le théâtre de vos fureurs.
Est-ce la peine du feu qui forme le plus cruel tourment des réprouvés? Non, chrétiens; multipliez mille et mille fois toutes les rigueurs du feu de l'Enfer, dit saint Ghrysostôme, jamais ses impressions les plus douloureuses n'égaleront l'affreux supplice que cause aux réprouvés la perte de Dieu; pourquoi? parce que cette peine de sentiment attachée a l'entière séparation de l'Être suprême, reprend saint Augustin, ne peut se mesurer que sur l'infinité des perfections divines, c'est-à-dire que cette peine est grande et terrible à proportion que Dieu est grand et aimable. Elle est donc un mystère inconcevable d'horreurs, et doit plonger une ame damnée dans un abîme de tristesse et de désespoir crue l'esprit humain ne saurait approfondir : Separari a Deo tanta pœna quantus ipso.
Peine étrange qui semble nous crier du milieu des flammes immortelles de ne plus mettre de bornes à nos frayeurs. Oui, c'est elle surtout qui m'épouvante. Et qu'importe q^e je ne la conçoive pas, ou plutôt n'est-ce pas l'impuissance où l'homme est pendant la vie de s'en former une juste idée, qui doit me la faire envisager sous les traits les plus effra^ans ? Et, puisque tous les Docteurs et les Pères de l'Eglise me la représentent comme l'enfer de l'Enfer; puisqu'elle surpasse tellement la peine du feu, que celle-ci n'est rien
comparée à celle-là ; puisqu'on ne la conçoit qu'après la mort et dans l'état désespéré de la réprobation, ah! je fatiguerai le ciel de mes cris et de mes larmes, pour qu'il me soit donné de ne la concevoir jamais. Je dirai : Seigneur, ne me damnez pas. J'ai vu votre bras, armé de feux dévorans, me menacer d'un supplice qui m'a fait pâlir d'effroi. Hélas ! en voilà un autre qui se montre de loin, sous l'aspect le plus horrible : tous mes sens frissonnent, et je me jette à vos pieds. O mon Dieu ! que votre justice ne livre point mon ame à cette bête féroce , dont les morsures épouvantables font souffrir un tourment incompréhensible comme vous-même : Separari a Dco tanta pcena quantus ipse. (Le même.)
Preuves de l'éternilé des preuves de l'Enfer.
Ne nous dites pas, comme le font de prétendus philosophes, (rue tout ce que nous disons des supplices éternels qu'endurent les médians dans l'Enfer n'est rien qu'un amas de fictions et un vain épouvantail pour les faibles , et que notre but , en l'accréditant, est de déterminer les hommes par la crainte à la pratique de lavertu, au lieu d'essayer de les y déterminer en leur en faisant voir la beauté et les attraits. A ceux qui tiendraient un pareil langage, je leur répondrai en peu de mots que si ce que nous soutenons n'était pas, il faudrait nécessairement, ou que Dieu lui-même ne fût qu'une fiction sans réalité, ou que, s'il existe, il ne s'occupât aucunement de ce qui se passe parmi les hommes ; que le vice , la vertu , le bien, le mal , ne fussent que des noms, et que c'est à tort que les législateurs décernent deschâtimens contre ceux qui transpressent les lois les plus sages. (Saint Justin, IIe Apologie, n° 9.)
Tourmens de l'Enfer, tourmens universels, tourmens éternels.
Quel nom le mauvais riche donne-t-il à l'Enfer ? C'est le lieu des tourmens, s'écrie-t-il , locum tormentorum ; paroles énergiques qui renferment l'universalité des peines qu'on y souffre. Oui, mes frères, dans les douleurs inexprimables que cause aux réprouvés un déluge de feu, dans l'état de souveraine misère où les jette l'abandon, la malédiction de Dieu, bien loin que rien adoucisse leurs maux, tout les irrite, tout les multiplie; les objets qui les environnent, les pensées qui les occupent, les remords qui les chirent,le ciel, la terre, leur séjour, leur cœur , le passé, l'avenir, tous les temps, toutes les créatures, tous les fléaux réunis et déchaînés contre eux» Donnez l'essor à votre imagination , laissez-
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la s'égarer et se perdre dans une foule de maux les plus affreux à la nature, et dont la seule idée vous glace d'effroi : la religion vous dit que cet étrange amas de peines se trouve dans l'Enfer, que c'est dans l'Enfer que s'accomplit celte menace du Tout-Puissant, dont les pécheurs n'éprouvent point ici-bas les effets. Je rassemblerai sui eux tous les maux : Congregabo super eos mala. Encore tous les maux de la vie présente ne sont, dans le langage des livres saints , que quelques gouttes de sa colère ; et c'est comme un torrent qu'elle tombe sur les réprouvés. La multitude et l'excès de leurs souffrances demandent des forces surnaturelles: présent fatal que leur fait la justice divine , afin d'épuiser sur eux tous ses coups. Justice infinie, vous régnez seule dans l'Enfer : hélas! voyezvous ici quelque coupable qui doive augmenter le nombre de vos victimes , et que vous attendiez sur ce théâtre de vos vengeances ? C'est le lieu des tourmens , sombre et lugubre cachot dont Dieu lui- même nous offre une image dans l'Ecriture. Cette nuit profonde qui enveloppa les Egyptiens et les tenait comme enchaînés par des liens de ténèbres, ces spectres hideux et menaçans que la pâleur des éclairs présentait à leurs regards , le sifflement des serpens et leurs cruelles morsures , l'aspect soudain et les hurlemens de mille bêtes féroces , le bruit d'une tempêle conti' nuelle; cette nuit, dis-je, sans exemple, et qui les vit tous immobiles et la plupart expirans de frayeur, était sortie, dit l'Esprit- Saint, di fond des Enfers, comme un faible essai des ténèbres qui leur étaient réservées: Noctem. ab altissimis lnjeris supervenientem.... Imago tenebrarum quœ supei ventura illis erat. Combien plus noire et plus terrible est la demeure des réprouvés, cette région couverte des ombres de la mort et le centre de tous les supplices! Etre enseveli dans d'épaisses ténèbres , n'entendre que les cris forcenés des compagnons de son infortune et y mêler les siens ; ne voir dans cette funeste nuit, éclairée par de tristes lueurs, que désordre et confusion, qu'objets d'épouvante et de désespoir, ces grincemens de dents, expression de la rage, ces monstres de scélératesse auxquels on est associé , cet amas de calamités dont on est investi , ces affreux démons , victimes et ministres tout a la fois des vengeances du Très-Haut ; et parce que le péché rend l'homme esclave de Satan, abandonné à la puissance des légions infernales, être le jouet et la proie de toute leur fureur , et sous les coups de ces impitoyables bourreaux , sans cesse au comble de de la douleur et de l'effroi, offrir à tout l'Enfer un modèle accompli du malheur; quelle horrible destinée ! On ne peut y penser
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sans frémir: ah! devons-nous rien épargner pour nous y soustraire ?
C'est le lieu des tourmens. Dans le ciel l'harmonie et l'union des cœurs ajoutent des charmes au bonheur des saints; mais l'Enfer est le règne de la discorde, qui y déploie toutes ses horreurs : Nullus ordo, sed sempiternus horror. Et quel surcroît de disgrâces pour les réprouvés ! ennemis irréconciliables, chacun d'eux a les mains levées contre tous, tous ont les mains levées contre lui, d'autant plus acharnés à se tourmenter mutuellement qu'ils ont contribué mutuellement à se perdre et à se damner : Per quœ peccat quis, per hœc et torquetur. Là , les complices des mêmes crimes , enveloppés dans un même désastre, se regardent d'un œil de courroux. Une haine immortelle a succédé à des liaisons injustes, à des amours profanes ; on se jurait sur la terre un attachement vainqueur des années et de la mort, on n'est réuni dans l'Enfer que pour y accroître réciproquement son supplice. Quels sont les gémissemens et les cris d'un père et d'une mère, doublement malheureux et coupables d'avoir ajouté à leur propre perte celle de leurs enfans ! Hélas î ces enfans trop chéris sont devenus des tigres cruels; la nature est muette dans leur cœur; ils ne la connaissent que pour l'outrager ; ils ne s'attachent aux auteurs de leurs jours que pour les punir de leur fausse tendresse et redoubler leur désespoir: Per quœ peccat quis, per hœc et torquetur. Et ce maître débauché voit à ses côtés les ministres de ses passions irriter ses douleurs, et lui faire payer chèrement leurs funestes services. Et cette femme, si fière d'une vaine beauté,'tidole autrefois rassasiée d'encens et d'hommages , ne trouve plus dans ses anciens adorateurs, que des démons rugissans. Et cet écrivain scandaleux et impie, qui voulut établir la célébrité de son nom sur les ruines de la religion et des mœurs, est livré aux mépris, aux insultes , aux outrages d'une multitude d'infortunés qu'il a entraînés dans l'abîme, pour prix de leurs applaudissemens et de leurs éloges : Per quœ peccat quis, per hœc et torquetur. Que dirai-je de ces vils brigands, de ces cœurs perfides , de ces âmes noires, de ces caractères insociables et féroces dont l'Enfer est plein, et qui en augmentent le trouble ? J\ul/us ordo , sed sempiternus horror. O vases d'iniquité que la colère de Dieu heurte les uns contre les autres, troupe immense remplie d'un esprit d'orage et du fiel du dragon, dit l'Ecriture, eh bien ! tourmentez-vous ; nul repos , nulle paix , guerre éternelle , ami contre ami, frère contre frère, époux contre épouse, réprouvé contre réprouvé ; accablez-vous de sanglans reproches , lancez-
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vous mille imprécations, haïssez, maudissez comme on vous hait et l'on vous maudit, soyez tous ensemble la pâture de vos fureurs réciproques : vous remplissez les vues de cette justice inexorable qui arme contre les pécheurs toutes les créatures et les pécheurs eux-mêmes: Armabit creaturam ad ultionem inimicorum. Et vous! à qui je présente cet odieux tableau , n'entendez - vous pas ce qu'il vous dit ? Voulez-vous paraître sur cette scène abominable pour y jouer aussi le rôle d'un damné ?
C'est le lieu des tourmens. Il les appelle et les attire de toute part, il en va chercher jusque dans le ciel. Les délices ineffables qui comblent les vœux des élus aigrissent les maux des réprouvés, et ensanglantent, pour ainsi dire, toutes leurs plaies. Du fond de ce gouffre, ils lèvent les yeux vers la céleste Jérusalem : Elevans oculos. Et que voient-ils? que verrez-vous vous-même si vos péchés vous associent à leur malheur? Gomme eux, franchissant d'un seul regard le vaste chaos qui vous séparera du séjour de la lumière et de la félicité, vous y verrez de loin Lazare dans le sein d'Abraham, des proches, peut-être, avec qui vous aurez passé vos jours mortels sous un même toit, et qui jouiront d'un sort bien différent du vôtre; tant d'ames dont vous aurez traité la sagesse de folie , qui brilleront alors au dessus de votre tête et feront retentir la sainte Sion de leurs cris d'allégresse. Un bonheur auquel on n'eut jamais de droit, ou dont on écarte le souvenir, touche moins un malheureux qui en est privé : mais le royaume des cieux était à vous, et vous voyez les biens qu'il prodigue à d'autres, tandis que voire partage est dans les ténèbres extérieures et les flammes dévorantes. O violens transports d'une fureur jalouse! vous voudrez vous élancer vers l'heureuse patrie qui vous préparait un trône de gloire et le diadème de l'immortalité : inutiles efforts! retenu par des chaînes pesantes, vous retomberez sur vous-même en frémissant de rage et d'envie; vous serez plus déchiré par l'idée du bonheur que vous aurez perdu que par le sentiment des autres peines que vous souffrirez; et les joies du ciel, dit saint Chrysostôme, vous tourmenteront plus que les supplices de l'Enfer : Plus a cœlo torquentur quam ab Inferno. Oui, mes frères, si le ciel ne nous met pas en possession de tous les biens, il achèvera de nous écraser sous le poids de tous les maux. Il faut qu'il nous rende heureux ou malheureux; et puisqu'il a moins coûté aux saints qui y sont admis qu'il ne coûte aux damnés qui en sont exclus, insensés que nous sommes ! ne vaut-il pas mieux nous en assurer la conquête au prix de quelques violences passagères
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que d'en déplorer la perte par des larmes intarissables et des regrets désespérans? Voilà la leçon que nous donne l'Enfer.
C'est le lieu des tourmens. Sceptre de fer qui frappez les damnés, qu'ajoutez-vous donc encore à leurs souffrances? Ah! chrétiens , la vue de leurs crimes. Leurs crimes n'eurent ici-bas que la durée de l'éclair; mais ils subsisteront toujours dans les abîmes du passé; et , gardien sévère de ce funeste dépôt, le passé le conservera sans cesse pour le leur remettre sans cesse devant les yeux : Recordare. La vérité, dit T ertullicn , peut bien être obscurcie quelque temps, parce qu'elle n'est pas Dieu; mais elle ne saurait être étouffée ni éteinte, parce qu'elle vient de Dieu, et tôt ou tard elle rentre dans ses droits. Le supplice des médians sera de lavoir toujours : Evigilabunt utvideant semper ; àe voir sous leurs traits hideux toutes les iniquités qui ont souillé le cours de leur vie, tous les déréglemens de leur cœur, de leur esprit, de leur imagination ; ces noirceurs delà calomnie, ces bassesses de l'intérêt, ces perfidies de l'ambition , ces emportemens de la vengeance, ces infamies de la volupté, ces ravages du scandale, ces discours licencieux, ces haines cruelles, ces injustices énormes : spectacle qu'ils ne pourront ni écarter ni soutenir, et qui, tout seul, serait un enfer. Car, si l'on a vu des hommes , poursuivis par l'image de leurs crimes, tourner contre eux-mêmes leurs mains désespérées, et se sauver de ces furies domestiques par une mort violente , quel est donc l'état d'une ame réprouvée à qui une clarté vengeresse montre incessamment tousses péchés, tels qu'ils sont aux yeux de Dieu; ces péchés qu'elle ne voyait qu'à travers le nuage de la dissipation et sous des couleurs trompeuses ; ces péchés dissimulés au tribunal de la pénitence ou présentés avec des adoucissemens infidèles; ces péchés effacés de son souvenir et endormis au fond de sa conscience à l'ombre du sacrilège, sortis tout à coup de leur retraite, l'épouvantent, l'investissent et l'accablent, tandis qu'une voix formidable ne cesse de lui redire : Recordare 9 regarde, voilà ton ouvrage et ce que tu as emporté de ton séjour sur la terre. Tu ne te connaissais pas, un voile de malice te cachait la corruption de ton coeur et l'opprobre de tes égaremens ; Dieu l'a déchiré dans sa colère. Vois ces monstres qui t'environnent : tu l'as outragé par eux , c'est par eux aussi qu'il se venge ; tu leur as donné lajne , ils ne te quitteront plus. Porte à jamais la honte et le tourment qu'ils ajoutent à tes maux : Porta confusionem titam, porta tormentum tuicm.
C'est le lieu des tourmens, Gomment peindre ce ver immortel qui
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ronge le cœur du reprouvé, qui lui montre le néant des faux biens dont la poursuite lui a coiAité tant de peines superflues, qui lui retrace les secours de salut que son Dieu lui offrait , et dont l'usage lui eût été si facile, qui lui crie qu'il est l'auteur de sa perte, l'unique auteur de tous les maux où il est plongé? Comment peindre ces mouvemens de dépit, d'indignation et de fureur qui le transportent contre lui-même à la vue de son extrême folie ? Objet de mépris et d'horreur à ses propres yeux, de quels traits il voudrait encore se percer pour ajouter, s'il était possible, à son malheur! Grand Dieu! quel supplice de ne trouver dans les rigueurs d'un sort infiniment cruel rien de si insupportable que soi-même; de se détester plus que tous les maux dont on est la proie; d'être son accusateur, son bourreau, son démon, et de se tourmenter avec plus de rage que ne le font ensemble tous les ministres de votre courroux et toutes les flammes de l'Enfer! O Dieu ! qu'un cœur coupable fournit à votre justice un terrible vengeur de ses crimes !
C'est le lieu des tourmens. Mais que fais-je?et qui peut les compter? les trésors d'une justice infinie sont inépuisables : Quisnow't potestatem irœ tuœ ,et prœ timoré tuo iram tuam dinumerare? Et ces tourmens sans nombre, sans adoucissement, sans relâche, cet effroyable amas de peines et de supplices dont je n'ai fait que vous tracer une ébauche, voilà ce dont la religion menace les hommes faibles , sensibles , délicats, si amateurs d'eux-mêmes , si ennemis des plus légères souffrances, si occupés à écarter d'eux les moindres disgrâces de la vie. Eh! dans quelles alarmes doit donc les jeter la vue de l'Enfer et le péril prochain de tomber dans cet abîme de tous les tourmens! ils sont éternels : dernier trait du tableau de l'Enfer qui doit mettre le comble à nos frayeurs.
En vain , pour nous rassurer , voudrions-nous répandre des nuages sur cette vérité fondamentale de notre foi ; les Prophètes, les Apôtres, Jésus-Christ, toute l'Eglise nous crie que le supplice des pécheurs dans l'Enfer est aussi interminable que la récompense des justes dans le ciel. La mort fixe le cœur de l'homme dans un état immuable soit de haine, soit d'amour pour Dieu; et, toujours coupables à ses yeux, les réprouvés seront toujours l'objet de ses vengeances: ils ont outragé une majesté infinie; leur châtiment ne pouvant être infini dans sa rigueur, il le sera dans sa durée. Ils en furent avertis : qui les a empêchés de se dérober au malheur dont on les menaçait ? pourquoi ont-ils poussé l'extravagance et la fureur jusqu'à vouloir se perdre ? Dieu est-il respon-
sable de leur infortune, et ne sont-ce pas eux qui lui ont arraché la foudre des mains ? Mais regardez le Calvaire , et vous n'aurez pas de peine à croire que l'Enfer est éternel. Ilya, dit saint Bernard, une étroite liaison entre le dogfnie terrible d'une éternité malheureuse et les satisfactions infinies de l'Homme-Dieu. Il n'était pas nécessaire qu'un Dieu mourut; il ne serait donc jamais mort pour l'expiation du péché, si le péché pouvait être expié par le supplice passager de toutes les créatures. Ainsi Jésus-Christ sur la croix nous apprend que le réprouvé sera toujours dans l'Enfer : Si hœc non fuissent ad mortem sempitemam , nunquam Deus moreretur.
Toujours dans l'Enfer ! ô effrayante vérité! toujours être accablé sous le poids de la colère et des malédictions de Dieu ; toujours brûler, blasphémer, se déchirer, se désespérer! et quand on aura s uffert autant de millions d'années, disent les Pères, qu'il y a detoiles qui brillent dans le firmament, d'atomes répandus dans les airs, de gouttes d'eau rassemblées dans le sein de la mer, de grains de sable entassés sur ses rivages, être encore dans le même état, dans la même désolation , dans les mêmes transports de rage; et quand ensuite, en ne versant qu'une larme dans un siècle, on en aurait assez répandu pour former les plus grands fleuves, pour inonder la terre, pour remplir tout cet espace immense qui la sépare du ciel, n'avoir pas avancé d'un moment la fin de ses supplices; et quand, après cette durée prodigieuse on aura souffert encore durant la plus longue révolution de temps que l'esprit humain puisse imaginer, n'avoir pas même fait un pas dans cette carrière interminable de souffrances, s'en occuper sans cesse, souffrir par la pensée tout ce que l'on souffrira en effet, porter à chaque instant , et à jamais , tout le poids de l'éternité malheureuse : ah! chrétiens, nous essaierons en vain de sonder ce terrible mystère de la justice divine.
Prosternons-nous en tremblant devant le grand Dieu, dont le bras s'appesantit avec tant de force sur les réprouvés, et fait monter la fumée de leurs tourmens dans les siècles des siècles : Fiunus tormentorum eorum ascenclet in sœcula sœculorum. La justice des hommes, dit l'éloquent évêquede Meaux, n'est qu'une ombre de celle de Dieu. Si elle laisse un libre cours à la miséricorde dans cette vie , elle reprend ses droits dans l'autre , elle règne dans l'Enfer, C'est là que cette justice, souveraine, inévitable, agit selon sa nature, et qu'étant infinie, elle s'exerce à la fin par des supplices infinis et éternels. ( L'abbé Richard.)
DES PREDICATEURS.
La foi <loil corriger nos erreurs et perfectionner nos lumières sur l'éternité
des peines.
Dieu propose aux hommes une révélation aussi pleine de terreur que cligne de respect, savoir, que tout péché mortel de sa nature mérite d'être puni par un supplice éternel. Dieu , dis-je, nous propose ce point de créance avec tout le poids de son autorité et par- la bouche des Prophètes ; car, leur feu , dit Isaïe, ne s'éteindra jamais; et par la bouche des Apôtres : ceux qui résistent à l'Evangile en souffriront, selon le témoignage de saint Paul, éternellement la peine; et parles oracles delà Sagesse incarnée : Allez, maudits, au feu éternel, qui vous a été préparé depuis le commencement du monde; et par le consentement unanime de toute l'Eglise, laquelle a toujours interprété l'Ecriture en ce sens; et parles dé» cisions des conciles qui nous l'ont expressément déclaré; et parla tradition des deux Lois, l'ancienne et la nouvelle, qui, sur ce dogme important, ont toujours tenu le même langage; enfin, par toutes les maximes de la foi qui nous annonce une peine éternelle dans sa durée, comme due à un seul péché, et même à un péché d'un moment, quand il va jusqu'à nous séparer de Dieu, et à rompre le sacré nœud qui nous doit unir à lui. Est-il donc une vérité plus solidement établie ? Mais sur cette vérité, néanmoins , sur cette révélation si authentiquement proposée, l'esprit de l'homme a souvent formés des difficultés, c'est-à-dire, des erreurs ; et lorsqu'il s'y est soumis, il a voulu chercher des raisons pour se justifier à soi-même cette étonnante proportion dune éternité de peine avec un moment de péché. Or, à quoi nous sert la foi, ou à quoi nous doit-elle servir ? je l'ai dit , et je le répète, à corriger ces erreurs, comme étant opposées à la vérité primitive et infaillible, et à fortifier, à perfectionner les lumières qui nous donnent quelque idée de ce mystère si éloigné de nos vues humaines et de nos connaissances. Voilà le plan de cette première partie, qui renferme sur les jugemens de Dieu les plus grandes instructions. Ecoutez -moi.
Ne parlons point de l'athéisme, qui, niant un Dieu, nie conséquemment l'auteur d'une peine éternelle. Ne nous arrêtons point non plus à l'impiété d'Epicure, qui, faisant mourir l'ame avec le corps , détruit le sujet capable de souffrir une peine éternelle. Voici trois erreurs moins grossières et plus raisonnables en apparence, qui ont attaqué l'éternité des peines dans la proportion qu'elle a avec le péché; caries uns ont prétendu que cette éter-
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nité de supplices pour un péché, quelque énorme qu'il puisse être, répugnait à la bonté de Dieu ; les autres ont cru de plus qu'elle blessait les lois de la justice de Dieu ; et les derniers, enchérissant encore, ont pensé qu' elle était même au dessus de la toute-puissance de Dieu. Dieu est trop bon pour affliger éternellement une ame pécheresse ; Dieu est trop juste pour venger dans des siècles infinis ce qui s'est passé dans un instant; Dieu n'est pas assez puissant pour faire que ,1a créature subsiste une éternité entière dans les souffrances et dans la douleur. Voilà leurs raisonnemens ; mais moi , mes frères , je soutiens que notre foi, dans ses principes, a de quoi nous affermir contre toutes ces erreurs : et comment estce qu'elle y procède? apprenez-le.
Non, répond-elle aux premiers, une peine éternelle pour un péché n'est point incompatible avec la bonté divine; et ce qui vous trompe, c'est la fausse opinion que vous avez conçue de cette bonté souveraine d'un Dieu. Car vous voulez qu'elle consiste dans une molle indulgence à tolérer le mal et à l'autoriser; mais c'est cela même qui la détruirait, puisqu'elle ne serait plus ce qu'elle est dès qu'elle cesserait de haïr le péché autant qu'elle le déteste et qu'elle le hait. Pourquoi disons nous que Dieu est souverainement bon ( c'est la belle remarque de Tertullien), sinon parce qu'il a souverainement le mal en horreur? Et qu'est-ce, à l'égard de Dieu , que d'avoir une souveraine horreur pour le mal , si ce n'est de le poursuivre sans relâche et d'en être l'implacable vengeur ? Quis enim boni auctor, nisi qui inirniciis mail ; et quis inimicus mali\ nisi qui expugnator ; quis autein expugnator, nisi qui et punilor?
Ainsi raisonnait-il contre Marcion. Comprenez donc, ô homme (c'est toujours le même Tertullien qui parle), comprenez ce que c'est qu'un Dieu bon. C'est un Dieu essentiellement opposé au péché, un Dieu toujours ennemi du péché, et par une suite nécessaire, un Dieu persécuteur éternel du péché : tellement qu'il ne serait plus Dieu s'il y avait un instant où il n'agît pas contre le péché pour le condamner et pour le punir, parce que ce ne serait plus un Dieu bon de la manière qu'il lest et qu'il le doit être. Mais que voudrait le pécheur? En se faisant des idées de bonté selon les intérêts de sa passion ,il voudrait un Dieu sous lequel les crimes pussent être quelque jour en paix :Deu;n malles sub quo delicta aliquando gauderent ; et il jugerait ce Dieu bon, qui rendrait l'homme méchant par l'assurance dune rémission future : Et illum honum judicares, qui hominem malum faceret securitate delicti. Delà , poursuit encore Tertullien, vous ne voulez point reconnaître cette
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bonté dont l'essence est de ne vouloir jamais convenir avec le mal, et d'avoir pour lui une haine sans retour. Mais si vous ne la reconnaissez pas, tous les saints et tout ce qu'il y a eu de vrais fidèles versés dans la science de Dieu l'ont reconnue; ils l'ont hautement confessée, ils l'ont publiée et glorifiée, parce que, éclairés d'une sagesse supérieure à la vôtre et toute céleste, ils ont vu que Dieu devait être bon de la sorte, et que selon les règles de sa sainteté il ne le pouvait être autrement.
Pour remonter à la source de l'erreur que je combats, Origène fut le premier qui voulut faire Dieu plus miséricordieux'qu'il n'est en lui-même, ou plutôt, comme dit saint Augustin , qui voulut paraître lui-même plus miséricordieux que Dieu, lorsqu'il avança qu'après un certain temps les peines des âmes réprouvées finiraient .'hérésie dont il se fit le chef, et pour laquelle l'Eglise le frappa de ses anathèmes. Aussi , chrétiens , observez , je vous prie , le prodigieux égarement de l'homme, quand il n'est pas conduit par la foi. Cet Origène, qui, par un sentiment présomptueux de la bonté de Dieu, ne voulait pas que la peine des damnés fût éternelle, par une autre erreur toute contraire, mettant des bornes à la miséricorde de Dieu, s'emporta jusqu'à soutenir que la gloire des bienheureux aurait elle-même son terme, et que comme les réprouvés passeraient de l'état de souffrances à celui de repos, ainsi les saints qui régnent avec Dieu changeraient de temps en temps, par une triste et monstrueuse vicissitude, leur état de repos dans un état de souffrance , pour se purifier toujours davantage, et s'acquitter pleinement des anciennes dettes qu'ils auraient contractées dans la vie. Voilà, reprend saint Augustin , comment cet homme si déclaré, d'une part, en faveur de la divine miséricorde, l'outrageait de l'autre, et perdait l'avantage dont il se prévalait d'en être le plus zélé partisan ; puisque, s'il donnait auxames réprouvées une fausse espérance de la béatitude, il ôtait aux âmes prédestinées la solide assurance de l'éternité de leur bonheur. Mais après tout, pouvait dire Origène, pourquoi donc tant exalter la bonté de notre Dieu , Créateur de l'univers, si de longs siècles de satisfaction et de peine ne suffisent pas pour expier à ses yeux un seul crime, et pour éteindre le feu de sa colère? Ah! s'écrie saint Grégoire, l'homme est toujours subtil à tirer des conséquences de la bonté de Dieu contre Dieu même ! Et moi je réponds : Pourquoi donc l'Ecriture nous fait-elle entendre tant de menaces et tant d'arrêts foudroyans qui condamnent le pécheur à cette éternité de supplices, s'il y a lieu de penser qu'ils ne doivent pas
toujours souffrir? Chose étrange! ajoute ce grand pape; nous nous mettons en peine de garantir la bonté de Dieu, et nous ne craignons pas de le faire auteur du mensonge , pour sauver sa miséricorde, comme s'il était moins véritable dans ses paroles que favorable dans ses jugemens : Deum satagunt perhibere misei^icordejUj et non verentur prœdicare fallacem.
En effet, la même Ecriture qui m'apprend que Dieu a des entrailles de miséricorde pour tous les hommes, me déclare en même temps, et dans les termes les plus formels, qu'il y a des flammes éternelles allumées pour le tourment des pécheurs. Il ne m'est pas plus permis de douter de l'un que de l'autre; mais je dois r>ar l'un rectifier les faux préjugés dont je pourrais me laisser prévenir à l'égard de l'autre; car, au lieu de dire : Dieu est la source de toute bonté, donc il ne punira pas éternellement le péché;je dois dire : Dieu punira éternellement le péché, quoiqu'il soit la source de toute bonté et la bonté même, puisque la foi me l'enseigne de la sorte, et que c'est une vérité fondamentale dans la religion. Ainsi, la bonté de Dieu n'exclut point l'éternité des peines, ni l'éternité des peines n'est point contraire à la bonté de Dieu. Mais comment et par où se concilient dans le même Dieu cette bonté suprême et cette extrême sévérité? c'est ce qu'il ne m'appartient pas de pénétrer, mais c'est ce que je suis obligé de croire. Il me j suffit desavoir l'un et l'autre , et de le savoir comme je le sais , avec j une entière certitude, dès que l'un et l'autre m'est révélé par l'Esprit de Dieu : je me tiens là, et je ne vais pas plus avant. Ce n'est pas que, sans diminuer d'un seul moment les peines de l'Enfer, je ne pusse absolument concevoir tout ce que je sais et tout ce que je crois de la bonté de Dieu ; ce n'est pas qu'il me fut si difficile de comprendre qu'une bonté assez ennemie du péché pour avoir fait descendre un Dieu sur ïa terre, afin de le détruire, pour l'avoir porté à se revêtir de notre chair, à prendre sur soi toutes nos misères, à mourir sur une croix , l'est encore assez pour le déterminer, ce même Dieu si saint et si bon , à ne faire jamais grâce au péché. Mais la voie est plus courte et plus sûre tout ensemble, de respecter ce mystère sans l'examiner , et de me contenter du témoignage de ma foi, que je ne puis démentir. Elle est infaisable dans ses connaissances, et ses connaissances sont au dessus de toutes mes vues. Quand , en me faisant reconnaître dans Dieu une bonté suprême, en voilà plus qu'il ne faut pour résoudre tous mes doutes; et, c'est ainsi, chrétiens, que la foi corrige la première er-
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reur touchant la peine éternelle du pécheur impénitent et réprouve. Passons à la seconde.
C'est qu'une peine éternelle ne peut s'accorder avec la justice de Dieu : pourquoi ? parce que le propre de la justice est de conformer le châtiment à l'offense; en sorte que, ni l'offense, par sa gravité, ne soit point au dessus de la peine, ni la peine, par sa rigueur, au dessus de l'offense. Or, où est cette égalité et cette oroportion entre une éternité de peine et un péché de quelques jours de quelques heures, et même d'un seul moment? Si j'avais, mes chers auditeurs , à justifier cet article de notre foi autrement que par la foi même , je pourrais vous répondre que s'il n'y a pas entre cette éternité et ce péché une proportion de durée, il peut y avoir et il y a en effet une proportion de malice d'une part et, d'autre part, de satisfaction et de punition : de malice dans le péché, et de satisfaction dans le châtiment. Je m'explique ■ car ce qui nous^trompe, c'est de vouloir mesurer la durée de la satisfaction que la justice de Dieu ordonne, par la durée de l'action criminelle dont le pécheur s'est rendu coupahle. Faux principe dit saint Augustin ; et pour en voir sensiblement l'illusion, il n'y a qu'à considérer ce qui se passe tous les jours dans la justice même des hommes. Qu'est-ce que l'ignominie d'un supplice infâme et que la tache qu'il imprime, laquelle ne s'effacera jamais ? quest-ce qu'un état de servitude et qu'un esclavage perpétuel?qu'est-ce une l'ennui d'un bannissement, d'un exil, d'une captivité aussi Jonque que la vie? Tout cela n'est-ce pas, autant qu'il le peut être une espèce d'éternité? Or, nous voyons néanmoins que la justice humaine emploie tout cela contre un attentat presque aussitôt commis et achevé qu'entrepris et commencé. Et quand, pour venger cet attentat si peu médité quelquefois, et si prornptement exécuté, elle fait servir tout cela, nous ne trouvons rien dans la peine qui excède le crime. Elle va plus loin ; et qu'est-ce que la mort? demande encore saint Augustin, cette mort, de toutes les choses terribles, selon la nature, la plus terrible; cette mort qui, de tous les biens temporels, enlève à l'homme, en le détruisant, le plus précieux, qui est la vie; cette mort dont le coup est irrémédiable et dont les suites par là même sont comme éternelles? Toutefois que ce soit le châtiment de certains crimes, quelque subits d'ailleurs et quelque passagers qu'ils aient été, c'est ce que nous approuvons; c'est en quoi nous admirons et la sagesse et l'équité des lois du monde. 11 est vrai , continuel e même Père , et cette observation convient parfaitement à mon sujet, il est vrai que le
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sentiment de celte mort passe, mais l'effet ne passe point; et c'est surtout ce que se propose la loi.
Car prenez garde, s'il vous plaît, que la première et la plus directe intention de la loi n'est pas de tourmenter pour quelque temps le criminel sur qui elle lance son arrêt ; mais que par cet arrêt irrévocable elle pe'nètre jusque dans l'avenir, et que sa vue principale est de le retrancher pour jamais du commerce et de la société des vivans , dont elle l'a jugé indigne : Qui vero morte mulctatur, numquid moram qua occiditur, quœ brevis est , ejus supplicium leges œstimant ; an non potius quod in sempiternum eum auferant de societate viventium? Ce sont les paroles du saint docteur; d'où il s'ensuit que pour mesurer la proportion de la peine et de l'offense, ce n'est donc pas une règle toujours à prendre que la durée de l'un ou de l'autre , et que dans un supplice qui ne finit jamais, pour un péché qui finit si vite, et dont le plaisir est si court, la justice divine peut être à couvert de tout reproche.
Voilà , encore une fois , chrétiens , la réponse que j'aurais à vous faire, et qui serait pour vous, sinon une preuve convaincante, du moins une des plus fortes et des plus sensibles conjectures. Mais ce n'est point là ce que je me suis prescrit ; et sans quitter mon dessein, j'en reviens à la foi.
Que me dit-elle? deux choses : que Dieu est juste, et que ses vengeances sont éternelles. Elle ne me peut tromper sur aucune de ces deux vérités, puisque ce sont autant d'oracles émanés de la première vérité. Par conséquent, ce sont pour moi deux vérités incontestables; par conséquent, ces deux vérités ne se combattent point l'une et l'autre, et concourent parfaitement ensemble ; par conséquent, la peine des damnés subsistant dans toute son éternité, la justice de Dieu subsiste dans toute son intégrité : que dis-je ? c'est dans cette éternité même qu'éclate la justice divine, puisque la peine des damnés n'est éternelle que parce que Dieu est juste, et qu'autant qu'il est juste; par conséquent, lorsqu'on me représente cette peine éternelle, je ne dois pas conclure que Dieu est injuste : car rien d'injuste, dit saint Augustin, quand c'est le juste par excellence qui l'a résolu : Nihil injustum esse potest quod placet justo. Mais la seule conclusion que je dois tirer est celle de saint Ambroise : qu'il faut donc que le péché soit le plus grand de tous les maux, puisqu'un Dieu si juste le punit par la plus grande de toutes les peines; qu'il faut donc que le péché renferme un fonds de malice inépuisable, puisqu'au jugement même de la souveraine justice, il demande pour réparation une
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éternité tout entière; qu'il faut donc que le monde soit bien aveugle, lorsqu'il regarde avec tant d'indifférence le péché, et qu'il en témoigne si peu de crainte, puisqu'un seul péché le conduit dans le plus profond abîme de la misère pour n'en sortir jamais. Tout cela fondé sur les principes indubitables et inébranlables de la religion.
Que lui reste-t-il à cette foi si droite et si éclairée? de corriger la troisième erreur, qui refuse à Dieu le pouvoir d'exercer sur le même sujet une vengeance éternelle, et de lui faire toujours également sentir les cruelles atteintes et les vives impressions du feu qui le brûle. Erreur entre toutes les autres, la plus frivole et la plus vaine, pour quiconque a quelque notion d'un Dieu tout-puissant. Comme si Dieu ne pouvait pas donner au feu, qu'il a choisi pour être l'instrument de sa colère , des qualités propres , et au dessus de l'ordre naturel. Comme si Dieu , qui de rien a tout créé et qui d'un seul acte de sa volonté soutient tout, ainsi que la foi nous le fait connaître, manquait de force et de vertu pour soutenir toute l'activité de ce feu , sans aliment et sans matière. Comme s'il était difficile à Dieu, après avoir formé, et le corps et l'ame, de rendre l'un incorruptible aussi bien que l'autre, sans le rendre, non plus que l'autre, impassible ; et de les conserver dans les flammes, pour en éprouver les plus violentes ardeurs, sans en recevoir la plus légère altération. Comme si c'était là de plus grands miracles pour Dieu, que tant de prodiges éclatans que la loi nous met devant les yeux, et où elle nous donne à entendre qu'il n'a même fallu que le doigt du Seigneur : Digitus Dei est hic i. Qu'est-ce donc quand il déploie tout son bras, et qu'il l'appesantit sur de rebelles créatures frappées de sa haine? Qui le peut savoir et quelle horreur de l'apprendre par soi-même ? Brachium Domini cui revelatum est^? Ah! mes chers auditeurs, ne cherchons point par d'inutiles questions et des recherches dangereuses à diminuer les salutaires frayeurs qu'excite en nous l'esprit chrétien. Croyons, et dans un saint tremblement rendons à la bonté de notre Dieu à la justice de notre Dieu, à la puissance de notre Dieu, tous les hommages qui leur sont dus. N'écoutons point notre cœur qui se trompe et qui voudrait nous tromper. Parce que la vue d'un tourment éternel le trouble, et que ce trouble intérieur l'importune et le gêne dans ses passions déréglées, il lâche par toutes sortes de moyens à rompre ce frein , et devient ingénieux à inventer mille
Exod., 8. - 2 Isaï., 53.
T. III. Ir
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subtilités contre les vérite's les plus essentielles. Ne discourons point tant, mais agissons. Ce ne sera ni notre philosophie, ni tous nos discours qui nous garantiront de ce jugement de Dieu si formidable : mais ce qui nous en préservera , c'est la docilité de notre foi avec la sainteté de nos œuvres ; et voilà sans contredit de tous les partis le plus sage, puisque c'est évidemment le plus sûr.
Je ne prétends pas néanmoins que la raison ne puisse être ici consultée, selon qu'elle est soumise à la foi et qu'elle compatit avec la foi. Je ne craindrai point même de la faire ici parler, et de recueillir tout ce qu'elle a découvert, pour justifier la conduite de Dieu et cet arrêt irrévocable, qui, réprouvant le pécheur, le condamne à une peine éternelle. Car c'est là, chrétiens, le terrible mystère qui de tout temps a exercé les premiers hommes de l'Eglise et les plus versés dans les choses divines. Et quoique les jugemens du Seigneur n'aient pas besoin de la justification des hommes, puisqu'ils se justifient assez par eux-mêmes, comme dit le Prophète : Judicia Domini vera, justificata in semetipsa*', toutefois ces saints docteurs ont pensé que sur l'éternité malheureuse des réprouvés, il était bon de voir toutes les convenances qui s'y rencontrent, et pour cela même d user de toutes les lumières et de toutes les raisons que l'esprit humain, tout borné qu'il est, nous fournit. Peut-être les avez-vous déjà plus d'une fois entendues, ces raisons que j'ai à produire ; mais peut-être aussi vais-je vous les proposer tout autrement qu'on ne vous les a fait concevoir. Car mon dessein , en les produisant , n'est pas tant de vous en faire sentir toute la force, que de vous faire ensuite comprendre comment la foi les perfectionne. C'est à quoi je me suis engagé, et ce qui demande une nouvelle attention.
Or, la première raison est de saint Jérôme et de saint Augustin. Oui , mes frères, dit saint Jérôme, l'homme pécheur doit éternellement satisfaire à Dieu , parce que sa volonté était de résister éternellement à Dieu. Cette pensée est solide et vraie ; mais, pour y bien entrer, écoutons saint Augustin, lequel a pris soin de l'éclaircir et de la mettre dans tout son jour. Car, selon la belle remarque de ce saint docteur, dans une volonté perverse et criminelle , ce n'est point précisément l'effet qu'il faut regarder , mais, encore plus la volonté, l'affection du cœur; et, quoique l'effet manque, parce qu'il ne dépend pas de l'homme, il est juste que la volonté soit punie , et qu'elle le soit d'une peine proportionnée à sa mau-
Ps. 18.
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vaise disposition : Merito malus punitur affectas , etlani quum no>i succedit effectas. Or, j'en appelle au témoignage de la conscienceet n'est-il pas certain que ces amateurs d'eux-mêmes et du monde que ces esclaves du plaisir et de leurs sensuelles cupidités, que tant de pécheurs vendus au péché, se trouvent devant Dieu, scrutateur des âmes et de leurs plus secrètes intentions, tellement disposés, qu'ils voudraient ne quitter jamais cette vie présente dont ils goûtent les faux biens, qu'ils voudraient éternellement y jouir de leurs passions, et que volontiers ils renonceraient à toute autre félicité ? Si donc l'acte du péché ne dure pas, l'amour du péché et l'attachement au péché est en quelque sorte éternel : de manière que dans la disposition du pécheur est renfermée une volonté
secrète, ou pour parler avec l'école, une'volon té interprétative d'être à jamais pécheur, puisqu'il voudrait toujours posséder cequi entretient son péché. Aussi , c'est la réflexion de saint Grégoire , pape à bien considérer les impies et tout ce que nous comprenons sous le nom de pécheurs, il s ne cessent de pécher que parce qu'ils cessent de vivre ; et ils souhaiteraient de ne cesser jamais de vivre , p^ ir ne cesser jamaisde pécher; et s'ils désirentde vivre, ce n'est point proprement pour la vie: car sans le péché cette vie, qui leur est si chère et si précieuse, leur deviendrait insipide et ennuyeuse. Il y a donc toute la proportion nécessaire entre l'éternité de leur peine et la malignité de leur cœur, et l'on ne doit point tant s'é tonner que le châtiment n'ait point de fin, après que la volonté de pécher n'a point eu de terme.
Ce n'est pas assez ; mais à cette raison saint Thomas en ajoute une seconde. C'est, dit ce docteur angélique , qu'en quelque ris* position de volonté que puisse être l'homme quand il pèche , il m'est évident que le péché qu'il commet est irréparable de sa rature; qu'étant irréparable il est en ce sens éternel , et que par là même il mérite un supplice éternel. Appliquons-nous à ceci , chrétiens. Tout péché mortel une fois commis ne peut être aboli qu'en Tune de ces deux manières : ou de la part du pécheur, par une satisfaction digne d'être acceptée; ou de la part de Dieu, par un ^ cession gratuite et absolue de ses intérêts. Que le pécheur, je dis le pécheur réprouvé , satisfasse dignement à Dieu, c'est de vnoi il est incapable dès qu'il est privé de la grâce. Que Dieu cède ses droits, c'est à quoi rien ne l'oblige, et ce qu'on ne peut exiger do lui. Donc à s'en tenir aux termes de la justice, ce péché dans toute l'éternité ne se réparera jamais, et paraîtra toujours aux yeux de Dieu comme péché Or, tandis que le péché demeure sans être effacé
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aar nulle réparation, il doit avoir sa peine, conclut l'ange de l'école et la durée de la peine doit répondre à la durée du péché.
Il y a plus, et cestla troisième raison que les théologiens, après saint Augustin , tirent encore de la nature du péché. Car qu'estce que le péché ? c'est un éloignement volontaire de Dieu, c'est un mépris formel de Dieu, c'est un amour de la créature préférablement à Dieu , c'est une injure , et linjure la plus atroce faite à la majesté de Dieu. Cela posé comme une vérité universellement reconnue mesurons, dit saint Augustin , la grièveté de cette injure par la grandeur du maître qu'elle outrage, et nous trouverons qu'elle est infinie dans son objet, puis qu'elle blesse une grandeur infinie. Or un péché dont la malice est infinie demande une peine infinie : et comment le sera-t-elle ? Sera-ce en elle-même et dans son essence ? c'est ce qui ne se peut, et ce que nul être créé n'est en état de porter. Reste donc que ce soit une peine infinie autant qu'elle le peut être , je veux dire dans son éternité , et qu'elle s'étende jusque dans l'immensité des siècles à venir. Voilà l'unique voie que Dieu ait de se satisfaire soi-même. Sans cette éternité, il y aurait toujours une distance infinie entre l'offense et la peine ; mais par cette éternité , quoique Dieu ne soit jamais pleinement satisfait parce que la peine étant éternelle, n'est jamais entièrement remplie, il y a. néanmoins entre le châtiment et le crime toute l'égalité possible.
Telles ont été , dis-je, mes chers auditeurs , sur le grand sujet de l'éternité malheureuse les productions de l'esprit de l'homme. Voilà où sont parvenus ces esprits sublimes que Dieu avait remplis de sa sagesse et du don d'intelligence. Voilà les découvertes qu'ils ont faites, et les lumières qu'ils ont suivies. Respectons leurs sentimens ; ils sont solidement établis. Prenons bien leurs vues, et elles nous paraîtront justes et toutes saintes. Mais avouons-le, après tout ; il faut que la foi vienne au secours pour les perfection* ner et les confirmer. Vous voulez savoir par où elle les confirme et les perfectionne : ah! chrétiens , c'est un de ces secrets qui ne sont connus qu'aux âmes humbles et aux vrais fidèles. Car si la foi donne à toutes ces connaissances une perfection et une force particulière ce n'est point en élevant nos esprits , mais plutôt en les abaissant ; ce n'est point en leur laissant une liberté présomptueuse d'examiner et déraisonner, mais en les soumettant à l'autorité et à la mystérieuse obscurité de la parole de Dieu; ce n'est point en tirant le voile qu'elle nous met sur les yeux , et en nous présentant la vérité dans un plein jour , mais en nous réduisant, con-
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tre toutes les difficultés et tous les embarras, à cette réponse de saint Paul, qui dans un mot résout tous les doutes et toutes les incertitudes : O altitude* * ! O jugement de mon Dieu ! ô trésors inépuisables et cachés, non seulement de sa sagesse et de sa miséricorde, mais de sa justice! Je puis bien en entrevoir quelques apparences; mais m'appartient-il d'en pénétrer le fond ? Quam incomprehensibilia sunt judicia ejus , et investigabiles vice ejus ! Et qui de nous, en effet, peut lire dans le sein de Dieu tout ce qu'il veut, et pourquoi il le veut ? Qui de nous a-t-il appelé à ses conseils . Quis novit sensum Domini , aut quis consiliarius ejus fuit ? Quand donc j'aurai fait mille efforts pour sonder cet abîme, si je ne veux pas m égarer et me perdre, je dois toujours en revenir au principe fondamental, et m'écrier en m'humiliant : O cdtitudo!
Chose admirable, chrétiens : dès que la foi nous a mis en cette préparation de cœur et dans cette soumission intérieure, c'est alors que, disposés à faire le sacrifice de tous nos raisonnemens et à y renoncer, nous pouvons mieux raisonner que jamais; et en voici 1 évidente démonstration : parce que, n'ayant plus ni préjugés, ni vues propresà quoi nous demeurions opiniâtrement attachés, nous voyons d'un œil plus épuré, et nous jugeons d'un sens beaucoup plus rassis. Ces hautes idées que la foi nous donne de la majesté de Dieu, de la bonté de Dieu, de sa justice et de sa sainteté ; par conséquent, de l'audace de l'homme qui s'élève par le péché contre cette majesté infinie, de l'ingratitude de l'homme qui se tourne par le péché contre cette bonté souveraine, de la malignité et de la corruption du cœur de l'homme qui offense parle péché cette justice inflexible et cette sainteté éternellement et nécessairement ennemie de tout désordre ; ces grands objets n'étant plus affaiblis , ou par les fausses préventions d'un esprit indocile, ou par les aveugles cupidités d'un cœur passionné, se présentent dans toute leur force, et font sans obstacle toute leur impression. On les comprend avec moins de peine , et même à certains momens il semble qu'on en ait une connaissance distincte, et je ne sais quel sentiment actuel qui remplit l'ame et qui la saisit. Il semble qu'on ait devant les yeux l'éternité tout entière , et qu'on en parcoure l'immense étendue. On la voit , autant qu'il est possible à la faiblesse de nos esprits, dans toute son horreur, et au lieu de s'arrêtera de vaines discussions , on ne pense qu'à s'humilier devant la toutepuissance de Dieu, et à prévenir ses redoutables arrêts. On dit
1 Rom., il.
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comme le saint homme Job : Vere scio quod ita sit x ; oui , il en est ainsi ; car c'est ainsi que la parole même de mon Dieu me l'asure : et le plus sage parti pour moi n'est pas d'entrer en de sèches disputes et d'opiniâtres contestations sur la vérité de cette divine parole; mais de prendre de solides mesures pour éviter l'affreux malheur qu'elle m'annonce. Tout ce que j'ai donc à faire est de me p osterner aux pieds de mon juge ,et de me tenir devant lui dans hn saint tremblement, et de le fléchir par l'humilité et par la ferveur ce ma prière. Serais-je le plus juste des hommes, voilà la disposition ou je dois être et où je dois demeurer jusques au dernier soup.r de ma vie : Etiam si habuero quippiam justum^ non responaeboj secl judicem meum deprecabor. C'est là, encore une fois, ce qu on dit , et c'est là qu'on porte toutes ses réflexions. Effet salutaire de la toi , d'une foi prudente, mais du reste docile , et dans sa pieuse docilité mille fois plus éclairée que toute la science et toute la sagesse du monde ; d'une foi soumise que Dieu soutient par certaines touches secrètes, qu'il élève par certaines lumières de sa grâce, et à qui il découvre ses plus impénétrables mystères: tt e a été la foi des saints. Était-ce dans eux petitesse d'esprit? était-ce superstition ? Mais ne savons-nous pas d'ailleurs quels feraient ces rares génies, et ce que toute l'antiquité a pensé de ces grands hommes qu'elle a révérés comme ses maîtres, et que nous nous proposons encore comme nos guides et nos modèles ? Ce quils ont cru, ne pouvons-nous pas bien le croire? et serons-nous bien justifiés au tribunal de Dieu quand nous lui dirons : Seigneur, je n'ai tenu nul compte de cette éternité, je l'ai négligée parce que je ne la croyais pas ? Non, vous ne la croyez pas ; mais pourquoi ? parce que vous ne vouliez pas la croire, parce que vous a'.iectiez de ne pas la croire, afin de n'être point troublé dans vos désordres , car voilà le principe ordinaire de l'incrédulité. Cependant, mon cher auditeur, que vous l'ayez crue, ou que vous ne l ayez pas crue, elle n'en est pas moins réelle; les preuves qui pouvaient vous en convaincre n'en sont pas moins solides , et ce sera votre condamnation. (Bourdaloue, Sur V Éternité malheureuse.)
Péroraison.
Affreuse image des tourmens de l'enfer, retracez-vous avec force à 1 esprit de tous les pécheurs; ils s'arrêteront au milieu de leurs
1 Job,, 9.
courses criminelles; leurs plus fougueuses passions reculeront épouvantées, et obéiront en esclaves à la vue d'une éternité malheureuse. Ils ne la craignent pas, parce qu'ils n'y pensent pas; mais, s'ils en écartent le souvenir, ils n'en détruisent pas la réalité, ils n'en diminuent pas l'horreur. Qu'ils y pensent; et je les défie, pour peu qu'ils s'aiment encore eux-mêmes et que leurs vrais intérêts les touchent, de n'en être pas frappés et consternés. Image terrible, poursuivez-les jusque dans le tumulte du monde et au milieu de leurs fêtes les plus brillantes , elles perdront à leurs yeux tous leurs attraits ; ils ne verront plus que le malheur qui les menace; ils ne songeront plus qu'à s'y dérober et à prévenir par une sincère conversion la perte entière et irréparable d'euxmêmes.
Affreuse image des tourmens de l'enfer, présentez- vous aux chrétiens convertis et pénitens; que les peines de leur nouvelle vie leur paraîtront légères et douces, comparées aux châtimens éternels dont elles sont l'échange ! De quels maux peut-on se plaindre, quand on a mérité ceux de l'enfer? Si Dieu les y eût précipités lorsqu'ils l'outragaient, et qu'ensuite il leur eût été donné de revenir sur la terre pour y expier leurs crimes , avec quel zèle, avec quels transports ils se livreraient à toutes les rigueurs de la plus austère pénitence? Eh quoi! avoir été préservé de l'enfer, est-ce une moindre faveur que d'en avoir été arraché ? Mais dans la cruelle incertitude si leurs péchés ne subsistent plus dans le souvenir de Dieu; s'ils les ont détestés, pleures, expiés, tout ce qui peut calmer leurs frayeurs ne doit-il pas leur être précieux et cher? Ils embrasseront donc avec joie tout ce qui porte l'empreinte de la pénitence, persuadés que plus leurs regrets seront amers et leurs satisfactions continuelles, plus ils auront lieu de se flatter d'une réconciliation sincère avec Dieu. Oui, une vie de contrainte, de violences , de peines et de croix, est ce qu'il y a de plus consolant pour quiconque a mérité l'enfer.
Afreuse image des tourmens de l'enfer , allez réveiller les âmes endormies au sein de la tiédeur; qu'elles apprennent que, s'il est une voie qui paraît droite et qui conduit à la mort, c'est celle où elles marchent avec tant d'indolence et de sécurité. Qu'elles frémissent en voyant qu'elles se jouent sur les bords d'un précipice, où tout les pousse et les entraîne, le monde , le démon , leur propre cœur. Quand il ne serait que douteux si l'enfer sera ou ne sera point leur partage, ne devraient-elles pas tout entreprendre pour mettre du moins les vraisemblances de leur côté? et, dès qu'il
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s'agit du dernier des malheurs, la vraie sagesse ne veut-elle pas que nous mettions entre lui et nous un intervalle immense, qu'on ne risque rien, qu'on ne néglige rien parce que les précautions ne sauraient être excessives, lorsque la peine de la méprise est le comble de l'infortune. Mais leur état n'est pas un problème : lorsqu'il en coûte peu pour se sauver, on doit être assuré que l'on se damne, à moins que ce ne soit une grande ferveur qui facilite l'accomplissement des devoirs du salut. Sainte Thérèse ne vit-elle pas sa place marquée au fond de l'abîme, si elle ne s'élevait pas à la plus haute sainteté? Il est des âmes pour qui la pratique des conseils de l'Evangile est étroitement liée avec l'observation des préceptes les plus essentiels de la loi. ( L'abbé Richard. )