‹ Nouvelle biographie générale depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours, avec les renseignements bibliographiques et l'indication des sources à consulter; (volume 2)Chapitre 107 sur 110 · ION · texte numérisé non relu

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Le 3 septembre 1826, Temperear Nicolas célébra à Moscou la cérémonie de son couroonement; les fêtes furent magnifiques. Les ambassadeurs extraordinaires de toutes les puissances assistaient à cette solennité. Immédiatement après le sacre, l'empereur descendit du trône, et s*avauça vers sa mère , qui se présentait avec toute la famille impériale pour lui rendre hommage. Il voulait lui baiser la main ; Timpératrice le serra dans ses bras, émue jusqu'aux larmes, ainsi que lui. Constantin, venu exprès de Varsovie, assistait à cette solennité.

Un traité conclu en 1813, par la médiation de FAngleterre, entre la Russie et la Perse avait laissé indéterminée la frontière qui devait être tracée par des commissaires de ces puissances ; on n'était pas encore parvenu à s'accorder lorsque l'empereur Nicolas, pour notifier son avènement et régler la question des limites, envoya le prince Mentchikoff, le même dont la mission à Constantinople décida vingt-cinq ans après la rupture et la guerre de la Russie avec la Porte Ottomane. Sa mission en Perse eut la guerre pour résulUt; elle fut favorable et glorieuse pour l'armée russe; elle dura plus d'une année, et se termina par un traité qui donna à la Russie les provinces d'Èrivan et de Nakitdiévan. La protection que l'Angleterre accordait à la Perse n'avait point décidé Tempereur Nicolas à accepter sa médiation. Il avait voulu imposer la paix , et non l'obtenir; elle lui valut la province d^Érivan et toute la rive gauche de l'Araxe.

Au moment où commençait la guerre de Perse, le traite d'Akermann avait mis un terme aux dissentiments qui troublaient les relations de la Porte Ottomane avec la cour de Russie. Voyant que l'armée russe avait constamment l'avantage sur les Persans, que l'Autriche et même l'Angleterre ne lui étaient pas assez favorables pour se compromettre avec la Russie, que l'insurrection grecque, encouragée et secourue par la France et l'Angleterre, faisait des progrès menaçants, le divan se résigna : ses plénipotentiaires signèrent un traite conforme aux propositions de la Russie.

Au moment même où ce traité était conclu, il était évident qu'une nouvelle guerre allait éclater. D'après les articles qui avaient été convenus dans les conférences tenues à Pétersbourg, lors de la mission du duc de Wellington, les puissances devaient interposer leur médiation entre la Porte Ottomane et les Grecs. Il n'était pas vraisemblable que les conditions qui lui étaient présentées . fussent acceptées. — La Grèce devait être un État distinct et séparé de l'empire Ottoman ; la seule dépendance et obligation maintenues devaient consister en un tribu annuel. — Le divan se refusa absolument aux propositions qui lui étaient faites par l'Angleterre, la France et la Russie. £n même temps. le Grand Seigneur semblait se préparer à la guerre. Il venait de licencier les janissaires et de réprimer, avec une énergie

cruelle, leur désobéissance et leur moite.

Cependant, les démonstrations des trois psis* sauces se bornaient à l'enToi des flottes, on étaient d'abord chargées d'empêcher Tanns égyptienne de débarquer dans la Morée, oiiMtmet- Ali l'envoyait au secours des Turcs-, ik escadre russe avait été envoyée de la BaltiqK dans les ports d'Angleterre, puis s'était retJit dans la Méditerranée. Ibrahim Pacha etaii dcja entré en Morée, et il attendait un renfort <|k devait lui amener une flotte turque. Les amtnsx anglais et français lui signifièrent de ne U ^^ recevoir. De son refus résulta la bataille de» varin, où la flotte turque fut détniile par le escadres des puissances alliées. Pois la Franc, épousant manifestement la cause des Grec», & voya une expédition en Morée, d'où Ibnhiiiist retira.

L'empereur Nicolas prévoyait et soahiitaH peut-être la guerre avec la Turquie. Le sma de ses armes dans la guerre de Perse reBcoer» geait. D'ailleurs en montant sur le trtoe il $'^ tait proposé avant tout d'avoir une belle et mbreuse armée. Son goAt, ses soins, la peos» que tel était le premier devoir d'un sooTenii le portaient à en faire sa principale ocarpati» Les levées qu'il avait ordonnées i&<]oiétai^ l'Europe. L'Angleterre et snrtoot l'Aotriebe auraient voulu prévenir la guerre; la FT»itci,a contraire, sans la désirer, s'applaudissait (if ^ ses relations avec la Russie devenir plosiotin;» et concevait quelque espérance d'un dédomm^ ment des sacrifices qui lui avaient été impo»^ par les traités de 1815. M. de La FemHiay^ (^ avait été longtemps ambassadeur à Pétersboi»? et qui avait gagné la confiance bienveilbote (if l'empereur, venait d'être nommé ministrp ** affaires étrangères. M. Pozzo di BoTjp), »^^^ sadeur de Russie, était fort mêlé m affa'r^ intérieures de la France. Ainsi toatcwtribos't* donner une sorte de popolarite à la guerre qo allait commencer; plusieurs officiers fraura* furent même autorisés à servir dans Tarn* russe.

Le manifeste, qui ne laissait aocon espoir f»commodément, fut notifié à toutes les poissaiee^ de l'Europe au mois d'avril 1828. La ^ commença aussitôt, et l'empereur partit on »^ après. La Mbldavie et la Valachie forent fahort occupées; la gauche de l'armée se porta sof"* bouches du Danube, dans le dessein de s'mp»rer du littoral de la mer Noire. ^*^V^V\ rendit pour presser le siège de Varna, p^^*" que la principale force de l'armée assiégeait Si* trie, et trouvait une résistonce puissante, éprouvant même quelques échecs. Le siège <J«Jf fut (fifficile et coûta cher à l'armée rosse, l empereur, sans être général en chef, dirigeait tflo»^ fois les opérations et n'était pas toajoun^ même avis que les généraux. Il en ^^^^^\.t mouvement qu'il avait ordonné cot on résuma regrettable. Il comprit que la présence do wo"-

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rain à une armée qu'il ne commande pas n*est pas utile pour le ftoccès. Aussitôt après la prise de Varna, il s'embarqua pour Odessa. Une tempête terrible, telle qu'il s'en élève qoelquefois dans la nier Noire, le mit en grand danger pendant plusieurs heures. Aussitôt après avoir débarqué, il retourna à Pétersbourg.

La campagne de 183S n'avait pas en le succès qu'avait espéré l'empereur. L'armée russe avait rencontré partout nne résistance qu'elle n'avait pu vaincre; elle avait même éprouvé quelques échecs. La prise de Varna était le seul résultat dont on pouvait se féliciter. L'Europe attentive à cette guerre avait reconnu que la puissance militaire de la Russie n'était réellement pas telle qu'elle le paraissait. L'Autriche, qui prenait un i;rand intérêt à l'Empire Ottoman, avait laissé voir la satisfaction que lui donnait sa résistance à l'invasion des armées russes. L'empereur Nicolas ne prit point part à la campagne de 1829. Il se rendit dans le mois de mai à Varsovie, où il fut couronné roi de Pologne. Son frère Constantin était resté commandant de l'armée polonaise et chef du conseil d'administration. Les cérémonies furent pompeuses; l'empereur fut accueilli avec enthousiasme par la ftopulation; mais il ne fit point cesser le régime dictatorial qui supprimait provisoirement les garanties constitutionnelles. Il ne voulut pas convoquer la diète, et l'arm^^e polonaise, toute brillante qu'elle était, n'obtint pas, comme elle le désirût, de prendre part à la guerre contre les Turcs.

La campagne de 1829 fut une série de victoires , soit en Asie, soit en Europe. Le général Diebitsch, qui avait été appelé au commande^ ment de l'armée de Bulgarie, passa les Balkans par les défilés voisins de la mer Noire. Des renforts lui furent envoyés par mer. Le théâtre de la guerre fut donc transporté en arrière de l'armée turque , qui défendait les passages des Balkans. Après quelques combats le général Diebitsch s'empara d'Andrinuple. Constantinople était menacé de près. Mais la principale armée turque était en arrière de l'armée de Diebitsch. La position était donc dangereuse; heureusement le divan, cmignant de voir les Russes entrer à Constantinople, envoya des négociateurs pour proposer la paix. L'empereur avait aussi donné l'ordre de traiter aussitôt que des propositions seraient faites. Ses instructions n'étaient pas exigeantes : la fortune de la (;uiTre pouvait changer; ses armées étaient décimées par la peste; il lui importait de ne pas aui;menter la malveillance et l'inquiétude, des puissances européennes et surtout de l'Autriche, qui ne voulaient pas que l'empire Ottoman fût conquis ou mis sous le joug de la Russie. Les plénipotentiaires russes ne demandèrent pas d'autre accroissement de teiritoire qnele littoral oriental de la mer Noire et les forteresses qui le défendent Ils stipulèrent que les Dardanelles se^ raient ouvertes aux bâtiments de commerce de

toutes les nations. Les garanties données par les traités précédents, à la Servie et aux principautés danubiennes, furent confirmées. Cette modération du vainqueur était plus apparente qne réelle; il était évident que la Turquie n'était plus en état de résister à la puissance russe « qu'elle allait passer presque à un état de vassalité et que désormais la Russie aurait la prétention d'exercer une influence prépondérante sur la Porte Ottomane, et d'écarter l'intervention des puissances européennes dans toutes les questions qni intéresseraient la Turquie. Les relations de la Russie avec la France restaient les mêmes, et la paix d'Andrinople n'y causait ni regrets ni inquiétudes. L'expédition d'Alger avait été annoncée d'avance à l'empereur Nicolas , et il avait proposé d'y coopérer.

Mais bientôt tout changea et l'Europe n'eut d'autre préoccupation qne la révolution qui avait élevé le duc d'Orléans sur le trône de France. Tous les souverains, sans retard ni hésitation, reconnurent le roi>Lonis-Philippe; ils comprirent que c'était le seul moyen de maintenir l'ordre public en France, de garantir l'Europe de la propagande révolutionnaire et peut-être de la préserver d'une guerre formidable. Telle ne fut pas la pensée de l'empereur Nicolas. Son ambassadeur, Pozzo di Borgo, avait le premier, dans le corps diplomatique, regardé comme indispensable et urgente une démarche qui indiquerait l'assentiment des souverains. Il ne fut pas désavoué par sa cour ; mais de ce jour il perdit tonte la confiance de son empereur. Le souvenir tonjonrs présent de la sédition qui, lors de son avènement , avait mis en péril sa couronne et sa Tie, lui rendait odieuse toute révolution ; d'ailleurs il n'avait jamais ces^é de s'applaudir de la preuve qu'il avait donnée de son respect pour la légitimité, et ne voulait pas voir que lut aussi régnait par la nécessité des circonstances et non pas par la stricte observance de la loi de succession. Il répondit à la lettre par laquelle le roi Louis- Philippe lui annonçait son avènement, en ne lui donnant pas le titre de frère ; il ne lui communiqua jamais les événements de famille, ainsi que cela se pratique entre souverains.

Bientôt après, l'insurrection des Polonais vint accroître encore son horreur des révolutions. Ce fut l'époque la plus affligeante de sa vie. Les succès qu'obtinrent d'abord les Pololouais, l'intérêt qne leur témoignait la France l'irritèrent et parfois le mirent en doute sur l'issue définitive de celte guerre. Lorsqu'il apprit la victoire du prince Paskewitch et la prise de Varsovie, il se jeta à genoux pour remercier Dieu. Dès lors il soumit la Pologne à un gouvernement absolu et arbitraire, supprima toutes les garanties qu'avait accordées la constitution donnée par l'empereur Alexandre , et se prit de- liaine contre les Polonais.

Les séquestres, les confiscations , les déporta-

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tioas CD Sibérie, les dégradations de noblesse et fout lin régime de terreur pesèrent sur la Po- Jogne.

Pendant les derniers mois de 1830 le cboléru se répandit en Russie; Moscou fut enrabi par le fléau. Au mois de juin 1831 il sévit avec furearà Pétersbourg; il y eat des jours où suceorobèrent plus de deux cents malades. La populace, se voyant en proie à un mal qui attei- .gnalt beaucoup moins les riches que les pauvres, s'imagina qne la classe supérieure empoison- >oait les vivres ; les esprits s'exaltèrent; une foide séditieuse se livra à d'alTreux désordres; des malades furent arrachés de leurs lits, des médecins massacrés. Toutefois, au milieu de leur fureur, ils invoquaient l'empereur, quils regardaient comme leur père. Il se rendit sur la place ^n marché, parmi les séditieux ; et, du haut de sa calèche, il leur paria avec cette éloquence naturelle dont il était doué, leur montra plus de Couleur et de pitié que de courroux, leur disant de se mettre à genoux pour implorer la bonté de Dieu. Ces paroles firent une vive impression, et l'ordre tut rétabli.

Quelle que fût l'idée que l'empereur Nicolas s'était faite de la révolution qui avait appelé atr •tréne le roi Louis-Philippe, et la malveillance qu'il avait conçue contre ce prince, il ne cessa point de se maintennr en relations convenables -et faciles avec la France. Aucune difficulté ne s'éleva entre les deux puissances ; mais il continua de croire que cette révolution était destinée à trouliier l'Europe, et qu'il convenait de maintenir une coaUtion des grandes puissances de r£urope, qui encore une fois seraient appelées à envahir la France. Mais il ne pouvait persuader l'Autriche ni la Prusse, et encore moins l'Angleterre. On entrevoyait dans les conseils qu'il donnait le désir de devenir, comme son frère Alexandre, le clief d'une croisade ^»ntre la France. D'ailleurs ses conseils n» témoignaient pas mémequ*il eût un véritable désir de la guerre. H connaissait mal l'état de la France et de l'Europe, et ses inquiétudes étaient plus irnsf* ghialres que réelles. C'était seulement matière de conversation dans les voyages assez fréquents qu'il faisait en Allemagne et pendant les grandes revues oà il conviait les princes étrangers. 11 leur {)arlait des craintes que devait inspirer la France, des dangers qui menaçaient l'Europe, de la nécessité de se tenir prêt à la guérie ; il avait, disait-il , «c moins que tout autre à s'en inquiéter. Mais on pouvait compter sur lui ; il était le oorps de réserve de la bonne cause ».

Sans avoir aucun projet arrêté, prévoyant plutôt une guerre dans l'Orient qu'une guerre européenne, la principale occupation de l'empereur Nicolas était d'avoir une armée nombreuse et redoutable. C'était sa pensée dominante ; il en augmentait sans cesse le nombre ; il veillait avec soin à la discipline et à l'exercice de ses troupes. Il avait renoncé au système des colo-

nies militaires, dont son piédéceMear avait Un un essai malheureux. Dès la première année «la nouveau règne une révolte territile avait echht dans une de ces colonies; remperear aviA même couru un graod danger, lorsqu'il s'éiat présenté, pour rappeler les soldats à leur devoir. Elles avaient donc été supprimées, bomûa pour la cavalerie. — Chaque année, pendant deox à trois mois, la phis grande partie de l'armée était rassemblée non loin de Pétersbonrg, et l'empereur ordonnait lui-même les manœuvres, ks mouvements, les plans de bataille ; c'était l'enploî de son temps qui lui plaisait le pins ; i exeellait dans ce commandement, sans tonfeluii montrer aucune prétention à être un grand ^ néral. Il avait voulu avoir aussi une belle armée navale, et faisait construire on ^jaaà nombre de vaisseaux dans les ports de Gromtadt et de Sébastopol. C'était surtout vers k mer Noire et la Turquie qu'il portait son atlotion, sachant bien que c'était de ce oMé qaû lui convenait d'être fort et puissant. — Ce n'était pas la Porte Ottootane qui pouvait Tiw^ieter, il avait éprouvé qu'elle n^étaît plus de furee à lui résister ; mais les puissances de r£urope se tenaient en garde contre les conquêtes ou b domination de la Russie. C'est ce qui futévidoi en 1833. MéhémetAli, pacha d'Égjple, s'était rendu indépendant; il s'était mis en rapports habituels avec rEnrope et surtout avec la France. Il avait emprunté à la civilisation Tart miliiasie et le mécanisme de l'administratioo ; il avait une flotte et une armée. Pour étendre aa puissance, il s'était emparé de la Syrie, sons prétexte d'y réprimer des désordres. 11 voulait que ces vastes provinces fussent réunies -à aoo pachalik d'Egypte, et il exigeait que sa vassalité fût aussi indépeiidante que l'avait été la r^nee d'Alger. Pendant cette négociation, l'année égyptienne, commandée par Ibrahim, fila du pacha, s'avançait dans l'Asie Mineure , menaçant d'arriver devant C^mstantinople; car la Porte n'avait plus d'armée à lui opposer. La France s'employait d'une part à arrêter cette invasion d d'autre part à obtenir du divan de lar^ concessions en faveur de Méhémet-Ali. Le divM espérait phis d'aopiii dans la protection des Russes; il hnplorait des secours ou ptolàt acceptait ceux qui lui étaient offerts. Cefieodant une escadre française s'était mentiée. Ilvahin avait évacué l'Asie Mmeure et la Porte Ottomane avait consenti à presque toutes les prétentions de Méhémet-All. Mais pendant ces négociations le divan avait accepté les offres de la Russie, et au moment où il consentait aux conditions proposées par la France, une escadre, sortie de Sébastopol, entrait dans le Bosphore et débarquait un corps de cinq mille hsasmes. Le comte Orloff, qui les commandait, étail muai de pouvoirs pour négocier un tnilé, par lequel l'empereur de Russie s'engageait à nne allisaoa défensive contre toute attaque eatérioure os

intérieure, qui menaoeniifc TEmpire Ottoman. Par un autre artkde, la Porte s'engageait à fer mer le détroit des Dardanelles à tirai Taisaeau étranger quand elle en serait requise par ta Russie. — Ce traité d'UnkiarSkeUessi ne (M pas rendu public ; la France et l'Angleterre adressèrent des représentations au gouvernement rus6e; elles n'eurent aucun effet , mais la France déclara qu'elle ne reconnaissait point l'existence de ce traité. Les efforts sincères des puissances européennes pour raftermir TEropire Ottoman n'eurent pas de résultats. L'ordre dans Tadministration, la justice dans l'exercice du pouvoir, la sécurité assurée aux populations chrétiennes, furent vainement promises, et le mal ne cessa d'empirer. La paix ne fut point établie entre le Grand-Seigneur et le pacha d'Egypte. En 1838 la guerre recommença en Syrie ; on pouvait prévoir que l'armée égyptienne , commandée par Ibrahim-Pacha, menacerait bientôt Constantinople et mdtrait en danger l'existence de l'Empire Ottoman* L'Angleterre et la France étaient encore d'accord pour le préserver ; mais il y avait dissentiment dans les concessions qui devaient être accordées À Méhémet-Àli. L'opinion française* s'était prise d'une bienveillance passionnée pour le pacha d'Égy pie; en voyait en lui le conservateur de l'islamisme , et en même temps on regardait son pouvoir comme compatible avec l'esprit européen , comme destiné à civiliser l'Orient. 11 y avait aussi beaucoup d'illusiomi sur la forcç de son armée et sur l'habileté de son fils. En Angleterre on en jugeait autrement, et on ne voûtait pas le rendre si puissant. Le prince de Mettemich proposa de traiter la question d'Orient dans une conférence à Vienne. Il fut diMcile de décider Tempereur Nicolas à prendre part à cette négoctation ; car il avait toujours voulu traiter seul à seul avec la Turquie et ne pas mêler les autres puissances dans la dédnon du sort de Constantinople ; toutefois il consentit à envoyer un plénipotentiaire à Vienne. Mais le lendemain du jour oà il avait annoncé cette intention on apprit que le sultan Mahmoud venait de mourir. Dès lors il faUait absolument savoir si son fils Abdul-Mejid lui succéderait tranquillement et se trouverait en position de continuer sans trouble le gouvernement de son père. Ainsi il ne fht plus question de la conférence de Vienne. Quelques mois après, une nouvelle conférence fht ouverte à Londres. Il s'agissait seulement de savoir quelle portion de la Syrie serait ajoutée à la souveraineté de KÉgypte , qui deviendrait vassale héréditaire du Grand -Seigneur. La France voûtait que la Syrie ne fût point partagée et fM attribuée tout entière an pacha d'Egypte. L'Angleterre faisait la part du pacha l>eaaeoup moins grande. C'était une question très-indifférente à l'empereur Nicolas, et il le disait luimême ; mais complaire à l'Angleterre, qu'il ménageait twavceufs et procurer un échec à la po-

litique françatae était une satisfaction pour luL Ainsi la convention fut signée par les plénipotentiaires d'Angleterre, d'Autriche , de Russie et de Prusse sans que le plénipotentiaire de France y prtt part. L'Europe put craindre que ce dissenthnent entre la France et l'Angleterre ne troublât la paix ; mais l'événement montra bientôt que le pacha d'Egypte n'avait pas autant de puissance qu'on l'avait supposé en France. Ses armées furent obligées de revenir en Egypte et avec l'aide d'une escadre anglaise la Syrie ren* tra sous l'obéissance de ta Porte Ottomane. Alors les négociations de la conférence de Londres re^ commencèrent. Lorsque le sort du pacha eut été û\é par la Porte Ottomane, l'empereur de Russie, qui ne souhaitait pas encore la guerre, ne fit aucune difficulté à consentir ta nouvelle convention, qui fut signée en 1841, et cette fota avec te concours de ]a France.

Cet acte plaçait l'empire turc sons la protection commune des grandes puissances; il était donc contraire à la politique et aux desseins de l'empereur Nicolas , qui avait toujours voulu que personne n'eftt à se mêler des relations et des différends qu'il pouvait avoir avec la Porte Ottomane ; c'était sa mal vetHance envers la France qui l'avait conduit à signer la première conveihtion qui semblait l'isoler et la mettre en opposition avec l'Europe entière. L'entente cordiale de la France et de l'Angleterre était pour lui un mécompte affligeant. Le roi Louis-Philippe avait fait une visite k la reine d'Angleterre et avait éte accueilli avec amitié et empressement. L'empereur Nicolas fit aussi en 1844 un voyage à Londres. Une notedu comte de Nesseirode, qui plus tard fut rendue publique, a fait connaître dans quelles vues il était alors venu en Angleterre. Ce mémorandum se rapporte à l'état où se trouvait alors la Turquie. Après avoir insisté sur la nécessité de conserver l'existence de l'Empire Ottoman, le comte de Nesselrode ajoutait : — n On ne peut se dissimuler combien cet empire renferme d'éléments de dissolution. Des circouatances imprévues peuvent hftter sa chute. » — Aucun engagement positif n'était résulté de celte communication. Mais l'empereur Nicolas retourna à Pétersbouiig persuadé que s'il survenait quel(|ue dfcottstance extraordinaire, la Russie et l'Angleterre se concerteraient sur ce qu'il conviendrait de faire.

Pendant les quatre années qui suivirent ce voyage en Angleterre, l'empereur continua de s'occuper avec le même soin de la formation de son armée; mais l'administration du département de ta guerre n'était pas l'unique objet de ses soins. 11 savait que le devoir d'un souverain consiste surtout à veiHer aux interêta de son peuple, à l'administration de la justice, à la sécurité de ses sujeto, au développement de l'industrie et du commerce, à l'instruction publique. Son atten« tion s'était toujours portée sur toutes les obligations que lui imposait la royauté ; d'autant plut

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qu*ayaDt un pouvoir absola, aocune in&titatioa ne venait à son aide, puisque tout fonctionnaire poblic n'avait d*autre devoir que d'obéir à l'autorité suprême. L'empereur Alexandre avait plus qu'aucun souverain pris à cœur le bonheur de ses sujets. Il avait voulu leur donner des garanties et renoncer à une large part du pouvoir absolu. Il était monté sur le trône lorsque, jeune encore, il venait de recevoir les enseignements philosophiques et libéraux du colonel La Harpe. Il songeait à donner une constitution, à réformer les codes, à octroyer des garanties et des libeHés ; mais les événements de la guerre et la politique intérieure l'avaient détourné de la tâche qu'il s'était donnée. Ses idées avaient changé ; les révolutions qui troublaient l'Europe lui avaient inspiré des doutes sur les idées de son jeune âge ; à ses opinions philosophiques avaient succédé des pensées religieuses mêlées des rêveriesderilluminisme. Son gouvernement s'était ressenti de ces variations, et les règles de l'administration avaient souvent changé. Les Russes se félicitèrent d'abord de la disposition (l'esprit de leur nouvel empereur, dont les décisions étaient absolues et les opinions invariables. — Au lieu de rédiger un nouveau code, il fit rassembler tous les ukases qui étaient en usage et qui avaient force de loi. Le conseil de l'empire semblait être d'avis qu'il convenait de réformer les dispositions reconnues pour défectueuses et de donner à ce travail un caractère d'ensemble, de manière à former un code. L'empereur, qui assistait rarement au conseil , prit la parole pour motiver un avis contraire. 11 croyait qu'après avoir porté remède à la confusion séculaire des ukases et classé ceux qui avaient réellement autorité, il était sage de mettre à l'épreuve cette législation et d'apprendre par l*expérience quelles réformes et quels changements étaient nécessaires. Cet avis prévalut et fut généralement approuvé.

Personne n'était plus persuadé que l'empereur de la nécessité d'une réforme efficace dans l'administration de la justice, de la police et des finances; la vénalité des juges et l'improbité des employés de toutes les administrations étaient pour lui un continuel chagrin ; il eût bien voulu, et il le disait quelquefois, nettoyer les étables d'Augias. Mais son système de gouvernement, sa conviction de la nécessité du pouvoir absolu l'arrêtaient dans tous les projets de réforme. Il ne voulait pas voir que la surveillance la plus clairvoyante des fonctionnaires et des employés, c'est la liberté de l'opinion et de la presse, et que l'administration doit être soumise au contrôle et à l'examen de corps délibérants et indépendants. L'idée que le pouvoir absolu est insuffisant et Impuissant à maintenir l'ordre dans la gestion des intérêts publics était bien loin de sa pensée.

Il n'ignorait pas que le servage des paysans devait nécessairement être réformé et que de

cette question fondamentale dépendait Vi de la Russie; il aurait voulu la résoudre , le sisrt des cultivateurs Tintéressait; il songeait à aiDé> liorer leur situation , à les protéger contre les propriétaires, mais prononcer leur affranchîese» ment était une pensée qui n'entrait pas dans son esprit.

L'empereur Nicolas avait aussi la volonté de donner un grand développement au et à l'industrie, qui firent en effet de progrès sous son règne. Il témoignait beaocoop de bienveillance et de considération aax riches négociants de Moscou ; mais il ne songeait pas à changer leur situation civile, à lever rmterdictîoB qui leur défendait de posséder des paysans cultivateurs, de sorte qu'ils' ne pouvaient pas tee propriétaires, et formaient une classe oompiélement distincte de la noblesse. 11 n'aurait |as aimé à les voir quitter leurs robes et couper leurs longues barbes. Si leurs affaires de commerce ou le désir d'étudier, pour les inaiter, les établissements et les fabriques 'de France ou d'Angleterre, les engageait à quitter la Russie . ces voyages déplaisaient à l'empereur, il aurait voulu que la Russie rivalisât par l'industrie, par la richesse, par les arts, par le développement de l'esprit, avec les États de l'Europe occidentale ; son amour-propre en eût été flatte. En même temps il cherdiait à se garantir des influences extérieures, et parfois il lui venait dans la pensée de regretter que la grande muraille de la Chine ne séparât pas la Russie de l'Europe. Pendant plusieurs années il fut interdit aux RusseK de venir en France, et plus tard les passe -ports furent soumis à une taie onéreuse.

L'empereur Nicolas s'occupa aussi de l'instruction publique; les universités étatities par son prédécesseur furent l'objet de ses soins. iJ j eut des professeurs français ou allemands. Le ministère de l'instruction publique fut confié à des hommes distingués, entre autres à M. Oovarof. A la cour de Catherine, on parlait peu la langue russe ; il n'en fut pas ainsi sous le règne d'Alexandre et encore moins sous celui de son successeur. Ils favorisèrent les écrivains et les poètes qui honoraient la langue nationale. L'empereur appela à sa cour Pouschkin, qui avart été presque compromis dans la conspirati<m de 1826, et après sa mort il ordonna des obsèques solennelles. Les collèges fondés par Peropereor Nicolas étaient tenus sous une disdidtne militaire. Dans sa pensée, tout noble russe devait suivre la carrière des armes. Il ne concevait pas qu'il en fût autrement. C'était le fond de rédocation. Un jeune homme placé dans un emploi civil était un officier à qui on donnait une mission.

Dans un pays ainsi réglementé la police devait avoir un grand rôle, et devenait d'autant ph» redoutable qu'elle agissait avec un arbitraire tout puissant. Aussi l'emperenr était plntâC craint

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et admiré, qu'aimé et apprécié. Contraireraent à i'esprit de la société russe, la conversation était devenue très-prudente.

£n somme, le règne de Tempereur Nicolas avait rendu la Russie puissante et formidable ; elle avait un premier rôle en Europe; passé le premier moment. Tordre et le calme avaient donné à Tempire une prospérité croissante, et la civilisation européenne y avait fait des progrès. Mais de tristes revers étaient réservés à ses derniers jours.

La révolution de 1848, qui avait accompli les présages malveillants de l'empereur Nicolas , ne changea pas d'abord ses relations avec la France. Seulement il put alors, reconnaître que l'Europe avait été pendant dix-sept ans garantie de la guerre et des révolutions par le règne de Louis- PhiJippe. L'Allemagne et l'Italie se ressentirent cruellement de sa chute, mais elle n'eut aucune influence directe sur la Russie. L'empereur vint en aide à rAotriche, pour réprimer à main armée la révolution de Hongrie, qui aurait pu se propager en Pologne; et lorsque l'avènement de l'empereur Napoléon III lui fut notifiée, il n'hésita pas à le reconnaître, en continuant toutefois à ne pas employer la formule, « Monsieur mon frère », dont il ne s'était pas servi en écrivant au roi Louis-Philippe. En ce moment, l'Empire Ottoman était dans l'état critique , qui avait été prévu depuis plusieurs années, et dont l'Empereur Nicolas avait entretenu le cabinet anglais en 1844. Des révoltes avaient éclaté dans plusieurs provinces ; les chrétiens grecs réclamaient hautement la protection de la Russie; les finances étaient dans un tel désordre que les services publics ne pouvaient être payés. La Porte Ottomane venait de donner satisfaction aux plaintes de la France, qui avait réclamé pour les Pères de Terre Sainte les privilèges et les usages qui leur étaient assurés par les anciens traités. La Russie avait réclamé en même temps , et le divan lui accordait une satisfaction inconciliable avec ce qui venait d'être accordé aux catholiques. L'Autriche avait aussi des plaintes à adresser- au gouvernement turc. Le moment prévu et annoncé par l'empereur Nicolas dans les conversations du voyage de 1844 en Angleterre semblait arriver. 11 voulut s'assurer la coopération ou du moins le consentement de l'Angleterre, pour les projets qu'il avait conçus. Sans aucune communication officielle et diplomatique, il eut plusieurs conversations avec rambasvsadenr d'Angleterre, sir Hamilton Seymour. Il désavoua les révea de l'impératrice Catlierine ; il ne voulait pas agrandir le territoire, déjà trop vaste, de la Russie. — « Mais dans cet empire turc, dont je ne veux, disait-il ni la conquête ni la destruction, il y a plusieurs millions de chrétiens. Mon devoir est de les protéger. Je ne saurais perdre de vue cette obligation . kl Turquie est tombée dans un tel état de décrépitude y que le malade, malgré nos

soins et nos ménagements, peut mourir subitement et nous rester sur les bras; nous ne pourrions pas ressusciter le mort. Si nous ne sommes pas préparés à cet événement , nous serons exposés au chaos et à une guerre européenne. Il faut donc convenir d'avance d'un projet. Je' vous parle en ami et eu gentleman. Si nous arrivons à nous entendre sur cette affaire , l'Angleterre et moi, le reste ne m'importe guère ; je tiens pour indifférent ce que font et pensent les

antres Si l'Angleterre songe à s'établira Cons-

tantinople, je ne le permettrai point. De mon cdté je m'engage à ne pas l'occuper : du moins comme propriétaire. Comme dépositaire , je ne dis pas. »

Lord John Russell était alors ministre. Il répondit à sir Hamilton qu'il y avait lieu, non pas à partager la succession du malade, mais à tâcher de le faire vivre. L'empereur persista à dire que la catastrophe était imminente, et il annonça d'avance qu'il n'accorderait jamais que Constantinopie fût occupé par les Français ni les Anglais. — « Je ne permettrai point la reconstruction d'un empire byzantin, moins encore le partage de la Turquie en petites républiques, asiles ouverts aux Mazzini et aux Kossuth. Plutôt que de me soumettre à aucune de ces éventualités , je ferais la guerre et je la continuerais tant qu'il me resterait un homme et un fusil. )' — Il parla de la France, qu'il soupçonnait de vouloir profiter de l'occasion pour brouiller les grandes puissances , ajoutant qn'il avait déjà offert ses secours au sultan contre la France. Conformément à ses instructions, sir Hamilton indiqua, dans toutes ces conversations, que son gouvernement ne se laisserait pas tenter .par la part qu'on pourrait lui offrir dans la distribution du territoire turc. « Je ne demande pas un engagement, disait l'empereur ; c'est un libre échange d'idées ; j'ai confiance dans le gouvernement anglais. »

Le ministère anglais fut. changé , et lord Clarendon insista plus encore que lord John Russell pour qu'on s'occupât non pas de partager l'Empire Ottoman , mais de le préserver de sa ruine. Une note russe déclara que l'empereur adoptait le même plan de conduite que l'Angleterre.

Cependant l'empereur avait envoyé une ambassade extraordinaire à Constantinopie. Le prince Mentchikoff y arriva avec une suite nombreuse ; et tout aussitôt son langage impérieux , son attitude hautaine et impolie, contraii-e à tous les usages diplomatiques, témoignèrent du caractère que l'empereur de Russie avait voulu donner à cette mission. Cependant la France et l'Angleterre vinrent en aide au sultan; les ambassadeurs , qui étaient en congé, se hâtèrent de revenir à Constantinopie; les escadres s'approchèrent. Le prince Mentchikoff ne parla d'abord que de la question des lieux saints , qui fut réglée à la satisfaction de la France, mais sans priver les Grecs des garanties qu'ils avaient

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