NICOLAY — NICOLE
lillerie et travaillait à la description générale du [ royaume de France lorsqu'il mourut. Il fut enterré à Saint-Sulpice. Nicolay parlait presque toutes les langues de TËurope et dessinait bien. Il a fourni les dessins des gravures et plans qui ornent ses livres , ce qui les rend curieux au double point de vue de Vart et de la géographie. L'exactitude n'en peut être contestée; mais il n*en est pas ainsi du texte, qui manque de critique. On a de Nicolay : Discours de la guerre faite par le roi Henry 11^ Van 1549, pour le recouvrement du pays de Bollongnois sur la mer; Lyon, 1550; — L'Art de naviguer, trad. de l'espagnol de don Pèdre de Médina, avec observations et gravures; Lyon, 1554 et 1576; Rouen, 1577, in-4o;— les quatre premiers livres des Navigations et Pérégrinations orientales, avec les figures et les habillements au naturel, tant dés hommes que des femmes; Lyon, 1668, in-fol., avec 60 6g. (très-rare); réimprimé sous le titre de Navigations et Pérégrinations de Nicolas de Nicolay, contenant pltuieurs singularités que routeur a veues et observées, etc. ; Anvers, 1576, In-fol. (très-rare); et Anvers, 15*76, 1577 et 1586, in-4^ Les gravures des éditions in-fol. sont de Louis Danet ; celles des in-4o d*Ahasverus de Laudfeld ; l'exécution en est remarquable. Les Pérégrinations de Nicolay ont été trad. en allemand., Nuremberg, 1572, in-fol., fig. ; Anvers, 1576, in-4*; en italien, par Francesco Flori , Anvers, 1576, in-4°, fig. ; Venise, 1580, in-fol., fig.; en flamand, Anvers, 1576, in-4" ; -^Navigation du roi d'Ecosse Jacques K, autour de son royaume et isles Hébrides et Orchades, recueillie et rédigée en forme de description hydrographique, avec les additions dudit Nicolay touchant Vart de naviger; Paris, 1583, in-4«, fig. Nicolay a laissé en manuscrit plusieurs descriptions de pays, avec plans et cartes, entre antres celle du Berry. A. de L.
Parchai, Hit, PUgrims, etc. |1M7, tii-8»). — T. 0«b«rne, Fiage ( Undres, 1745. In-foL ). — U Croix du Kàlne, BiàHotMçtte/rançoiit, 1. 11, p. 174-llB.
KiGOLAT ( LouiS' Henri, baron), poëte allemand, né le 29 décembre 1737, à Strasbourg, mort en 1820, à Saint-Pétersbourg. Sans avoir un talent de premier ordre, il peut être compté parmi les plus agréables poëtes de l'Allemagne. Son style est naturel, sa versification coulante, son récit rempli d'intérêt. Toutes ces qualités se rencontrent dans ses Contes romanesques, qui, quoique tirés en grande partie de l'Ariostc et du Bojardo, sont traités avec beaucoup d'originalité et témoignent d'autant de goût que de verve. Il a imité, dans ses Épîtres poétiques, la grâce et Tenjouement de Wieland. Quant aux Fables et aux petits Contes, ce sont des œuvres légères d'une lecture agréable. Nicolay passa la plus grande partie de sa vie à Pétersbourg : chargé en 1769 de l'éducation du grand-
duc Paul, depuis empereur, il remplit de 1798 à 1801 les fonctions de directeur de f Académie des sciences, et devint à cette dernière date conseiller privé. Plusieurs de ses enfants occupent aujourd'hui des emplois élevés. K.
Mcosel, Lêxikon.
NICOLE (Jean ), avocat français, né en octobre 1600, à Chartres, où il est mort, en 1678. 11 était d'une famille ancienne dans la bourgeoisie chartraine. Après avoir reçu une bonne éducation au collège de La Marche, il étudia le droit, fut admis au barreau, et devint juge chambrier de Tévèque de Chartres. « Il était bon harangueur, mais mauvais avocat, dit Moréri. Plein d'enthousiasme, il donnait dans un phébus insupportable et semait ses plaidoyers d'assez mauvais vers ou traits de romans. On en trouva une grande quantité après sa mort dans son cabinet. » On a prétendu qu'il n'avait rien publié : cependant l'abbé de Marolles dit expressément que Jean Nicole lui a fait présent des Déclamations de Quintilien, qu'il avait traduites en français. P. L.
UroD, BibL Chartraine. — Morért, Diet. Alit. — Marolles, D&nombrement det auteurt.
NiGOLB ( Pierre), écrivain religieux, oontroversiste et moraliste français, fils du précédent, né à Chartres, le 19 octobre 1625, mort à Paris, le 16 novembre 1695. Sa famille occupait un rang des plus honorables dans sa province. Son père lui inspira un goût précoce pour les lettres et pour Tantiqûité grecque et latine. Nicole montra de bonne heure pour la lecture une véritable passion, qu'il conserva toujours, et même plus tard, devenu l'un des solitaires de Port-Royal, et au fort de sa polémique contre les Jésuites ou les protestants ; moins rigide que la plupart de ses amis, il ne cessait de se tenir curieusement au courant de tout ce que publiaient Quinet et Barbin. A dix'sept ans, il vint faire sa philosophie à Paris, au collège d'Harconrt ; puis il étudia la théologie, et se mit à l'hébreu, auquel le força de renoncer la faiblesse de sa vue, aggravée par l'excès du travail. Il entra ensuite à Port-Royal, où sa tante, la célèbre mère Marie-des-Anges Suireau, était religieuse ; y fut chargé de l'enseignement des belles-lettres et de la philosophie, et cpmpta Tiliemont parmi ses élèves. Il avait résolu d'entrer daus les ordres et de prendre les grades théologiques ; mais il s'arrêta, par prudence et pour ne pas attirer l'attention sur lui, au simple titre de bachelier lorsqu'il eut vu les troubles que suscita au sein de la Faculté la dénonciation des cinq propositions de Jansenius (1649). De même, comme après lui Rollin, il resta clerc tonsuré toute sa vie. Pins tard, sur les instances de ses amis, il songea, assure-t-on, à devenir prêtre, et demanda l'autorisation de l'évêque de Chartres, dans le diocèse duquel il était né, mais sans l'obtenir, peut-être à cause de ses opinions jansénistes.
Nicou;
Nicole ae tarda pas à m lier parUcttKèremeBf aTec Àmaiiid, qvi avait deviné facHaneot font ee qtt*on peuvait attendre de cet esprit aet et sensé, ardent à Tétude, et en qui retendue de Ténidition se joignait à la solidité du jugement. Ce fut surtout à partir de Tannée 1654 qu'il l'associa à ses travaux. Nicole concourut avec lui à lacompoàitioii de la Logique de Port-Royal, et aux Méthodes grecque et latine. On lui attriboe aussi an choix d'épfgraimnes latines ( à l'usage des élèves de la maison), en tète duquel il a mis du moins une importante préface écrite dans la même langue. En même temps, il fournissait à Pascal des matériaux pour ses Pro vinciales, et même, si Ton en croit son biographe, l'abbé Goojet, il l'aidait dans la cora|M)sition de cet ouvrage, en loi donnant le plan de qneiqoesHinea de ses Petites lettres, en revoyant et en corrigeant plusieurs autres.
En 1658, Nicole fit on voyage en Allemagne. Ce fut là qu'il écrivit et publia, sous le nom de WendrockiuSf une traduction en latin élégant des Provinciales, avec des notes et nn commentaire fort vifs. C'est le coup le plus signalé et le plus bardi de toote sa vie, et encore fautil remarquer qu'il avait eu la triple précanton de publier cet ouvrage à l'étranger, dans une langue morte, quoiqoefort répandue alors, et sous le voile du pseudonyme, autant de boucliers derrière lesquels il se jugeait, sans doute, suffisamment à couvert. Nicole, en effet, autant par la modération naturelle de son esprit que par celle do son caractère , avait pris dès l'abord une place un peu à port dans ia secte janséniste, dont il ne partageait pas les opinions extïémes. Anssi él«Mgné du dogmatisme rigide de Saint- Cyran et de l'implacable austérité de De Saci que des audaces de conduite do P. Qneanel, qui avait en lui autant de l'homme de parti que du théologien, tout le prédisposait au rôle de modérateur, et sa raison était d'accord avec ses penchants pour le pousser dans celte voie. Malgré quelques démentis apparenta qui lui furent Imposés par les circonstances; malgré quelques contratlictions où il se laissa entraîner par la force des événements, tel est le caractère qui domine l'ensemble de sa vie ; eHe se marquera de plus en pins dans ce seus, et c'est avec cette rectriction , toujours sous-entendue , qu'il Aut apprécier sa conduite et ses écrits. Nicole est nn janséniste moyen et mitigé, porté à la conciliation, ennemi de tout ce qui est excessif, et pour qui Rossnet loi-mèmc pourra professer one haute estime. En 1657 il montra bien ces sen- Umeots dans ses Disquixition^s sex Pauli irenxi^ «ù. sons prétexte d'expliquer (e jansénisme, en réalité il l'amoindrit et cherche à démontrer qui] n'existe paci, qutt le débat n'est que sur la fonne et sur les mots. Il le montra mieux enrore, ti\ïH\ ans après, en prenant une part activée l'iuu > tlie tentative d'accom mollement faite par M. de Cominingcs avec Rome. Mais cepni*iaut, il faut
dire que, en dépit de ces fiahr de et demitigationnn <ledana,il n'enKrvait pas I bravement la canae an dehors, oonuBe on taine qui, api-ès -avoir cherché à tempérer les aivi» violents et les déterminations extrtoies dnas os conseil de guerre, ne pense qn'à faire quand la résolotion.combattoepar loi « été j tée. NaturedélicaAeetrésenrée, ayant besoin d'appui, très-propre à lutter en auxiliaire, analsB^élaBt pas née pour les premiers r61es et ne poÊ^éémî rien, ou presse rien, de ce qui fait les cbeCi de parti, il avait trouvé ce qu'il lui inllait <■ se constituant l'aide de camp dé^ ooé de l'intrépide Amauid. Avant consme après la condnmBatisn de celai'Ci, il partagea sa retraite, et demesra ensuite caché en sa compagnie , aeit à Paris, soit à ChfltilkMi près Paris, sons des iionisd'anprunt, le secondant de sa plome et de son éradition dans toutes ses batailles, se eomiamoant. par affection pour Amauld et par dévoaenent pour la canse, à prendre sa pùrt de celte latte incessante, dont semblaient devoir le deloamer également sa santé délicate, son Ame ioqaiète, tourmentée de scrupules et de troublée secret», son caractère réservé^ timide, ami do calme et do silence, qu'il peint d'après nature et sans y peoser en plusieurs passages de son traité sur les i#ojienf de conserver la paix avec les homwies. Il a expliqué lui-même, d'ailleurs, coonnent al Avait élê engagé pins à fond et entrabié plus avant qoll re voulait. Eo 1667, une sévère ooodaranatîQo qu'il avait portée coutre le théâtre dans ses Visionnaires, excita la colère de Ricioe, son ancien élève, qoi vonlot y voir une sorte de personnalité, et répliqua par une lèttie fort piquante : ce coup, venu de la main d'oo «w, fut sensible à Nicole ; mais on sait que Radae reconnut ses torts et se réosneilia avec loi. Ce petit orage était calmé quand il en ranima tofméme on plus gros sur sa tête en écrivant, à la soHiciUtion des évèqoes d'Arras et de Sairt- Pons, nne lettre contre la doctrine rdàcbée des casuistes ( 1677), et la tempête devint si forte qu'il s'y déroba prudemment en quittant d'eboni Paris, ensuite la France même , après la mort de la duchesse de Longueville, protectrice des jansénistes, qui l'avait caché avec Arnaold p»dant quelque temps dans son lidtel. Il se léfugia à Bruxelles, puis à l'abbaye dOnral, pnis h Liège, et en d'antres endroits encore. Dans les moments où il se croyait en danger, le craintif Nicole nuiitipliait tes changenienls d'asiie comme les changements de nom : il serait Isog et difficile de compter les oi» ou les autres dans sa vie. il n'est peut-être pas un homme qui se soit plus souvent caché et tpii ait plus usé du pseudonyme (I) que cet écrivain doot la
(1) Il «'nppria miecesslTcrecnt de notntr, de Reeomrt, de Betincùurt^ de JBerctf^ et, rn léte de «ei Rvm, frenérock , DamvtUèeri ^ Sarlkclem^, MM6rM»ff, de Chauteresnr, etc. Quaat au chap.tre de «e* Jo^«f»t» dlverx, c'rit io«Jr nor géoçraphîV, cl nous ne puatofls tnèiut son^'rr a Taborder.
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plume de moraliste et de théologien ne semble pns aujoiinrhui avoir pu ôtre bien dangereuse. Mai» toutes ses fuites et tous ses combats ravaiont latigué, et quand Arnauld, qu'il avait rejoint à Bruxelles, voulut ^entraîner avec lui iiii^qo'en Hollande, pour de là recommencer la lijlte, en lui disant « qu'il avait rétemitépoor se reposer «, le pauvre Nicole, âgé de cinquantequatre ans, malade d'un astlHOfie, à bout de courage et de force, avide de tranquillité , résolut de ne pas attendre l'échéance k laquelle son indomptable ami fixait le commencement do repos. 11 se décida donc à se séparer de lui pour négocier son accommoden^nt particulier par une lettre à M. de Harlay, archevêque de Paris, qui contenait un humble ex|K>6é de sa conduite. Cette démarche souleva dans le parti de vives récriminalions, contre lesquelles il se défendit avec beaucoup de modération , de patience et souvent d'esprit. Il devint un objet de scandale pour les plus ardents, et les moindres de la secte se crurent obli{;és de déplorer sa faiblesse. Mais du moins Arnanid, bien qu'il n'approuvât pas sa (iémarciie près de l'archevêque cl qu'il le trouvât trop pusillanime, lui resta lidèle au milieu de ce soulèvement général, et le protégea lui-même contre ceux qui l'attaquaient en son nom. Grâce à la protection de M. de Harlay, qui s entremit en sa faveur, Nicole , qui était déjà rentré en France et séjournait à Cliarlres depuis la fin de 1681, revint a Paris dans le courant du mois de mai 1683. A partir de cette date, il put enfin rcfHvndre le cours de ses occupations ordinaires, et se remettre à ses travaux favoris. Apiè!i avoir écrit, par manière d'action de grâces ou de rançon, deux livres contre les protestants^ qui devaient, dit M. Sainle-Beuve, s'accoutumer à payer les frais de tout raccom* modcraent jani^éniste, il s'occupa à loisir de ses Essais de morale , le plus célèbre et le plus important de ses ouvrages, celui qui convenait lé mieux à la nature de son talent, celui où il a le plus mis de son Ame et de son esprit. Ëniin, dans les dernières aanées de fa vie, il se reprit à deux controverses, l'une avec ses amis sur la question de la Grâce, qui était tout le jansénisme; l'autre avec le quiétisme naissant, contre lequel Bossuet le poussa à écrire. Mais cette dernière ne fut rien au prix de la précédente , où Nicole, pour ^voir essayé d'atténuer et de rendre acceptable ta cruelle doctrine janséniste »ur la prédestination, en imaginant la théorie d'une grâce générale, sufDsante en puissance, quoique presque toujours insuffisante en réalité, départie à tous les hommes, souleva contre lui de nouvelles contestations dans le parti, et eut à soutenir, surtout contre Arnauli), le père Que.<^ael, l'abbé du Guet et dom Hilariou, le poid.s d'une disuiRsion serrée, d'où il ne se tira t^ue par des merveilles de subtilité et d'adre.Nse. Toutefois, cette dispute se fit par corp'spon(iance,et resta uianiii^crite : ce ne fut qu'après la inurl de
I Nicole que léspièoes principales du procès furent ' publiées. Ces luttes et ces travaux, trop rudes I pour sa santé aCEaifaKe, achevèrent de l'épuiser. I Frappé dans son cabinet d'une attaque «rapoj plexie, il fut soigné avec empressement par Do- { dart et Hecquet, qoi étaient ses médecins en 1 même temps que ses amis. Racùe accourut, et lui administra des gouttes d'Angleterre qui parurent d'abord devoir le sauver. Un grand concours de visiteurs se porta vers ia maison appartenant au oouvent des religieuses de la Crèche (près le Jardin du Roi ), où il demeurait alors, et l'on vit bien, par Tempresseneat de ses amis, toute l'estime et toute raflectioB qu'ils avaient gardée pour lui, en dépit des dissentiments de conduite et de doctrine. Une seconde attaque survint quelques jours après, et l'emporta, à l'âge de soixante dix ans (1696). Malgré le désir qu'il avait témoigné dans son testament, on lui fit des funérailles magnifiques, avec exposition solennelle du corps et convoi aux flambeaux. Le sculpteur Coysevox vint modeler sa figure après sa mort.
De tout ce que nous avons dit ressort la véritable situation «le Nicole dans le parti janséniste, et la manière dont il faut l'aiipréder. Il lient plus à Port-Royal par des liens personnels et matérielle que par des liens «oraux. Ce ne fut jamais un janséni.ste |>tir, entier, sans concession; et ^isil va. plus sa séparation se marque, sinon bien nette et bien déclarée , du moins bien sensible, sur les (Miints particuliers et accentués de la doctrine. C'était un esprit modéré en somme, impartial et, pour ainsi dire, éclectique, quoiqu'il ait dépassé plus d'une fois, sous des impulsions diverses, la ligne centrale an delà de laquelle il avouait volontiers ne voir place que pour des opinions libres, sans intérêt essentiel, et, comme il le disait lui-même, des différends spéculatifs . Les caractères de son talent sont la justesse d'esprit, la réflexion qui creuse un sujet, l'ordre et la métho<le qoi en éhicident les diverses parties, une dialecHqoe ferme et serrée, un style clair et pur, mais qoi , ne s'attachant qu'à rendre la pensée et à exposer les preuves, tombe aisément dans la sécheresse et surtout dans la monofonie. Ses contemporains du grand siècle l'-aimaient et l'estimaient fort, même comme écrivain, non-seulement pour la finesse ou la profondeur de l'idée, pour la vigueur ou lingénieuse habileté du raisonnement, mais aussi pour des mérites de forme et des bonheurs d'expression qui ne nous frappent plus guère aujourd'iuii. La brillante marquise deSévigné s'arrache aux grands coups d'épée des romans de La Calprenède, pour lire et relire Nicole, sur le compte «luquel elle ne tarit pas, dans ses lettres, en éloges enthousiastes, et qu'elfe met avec Courdaloue, un esprit de la niême trempe et de la même famille, au premier rang de ses admirations les plus chaleureuses. Elle y revient en cent endroits, et dès qu elle en parle elle ne se peut plus contenir. Bos-
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6uet, Fléchicr, Racine, Botleao et bien d^autres, professaient la pios haute estime pour son talent. An siècle suivant, Voltaire i*a fort loué dans son catalogue des écrivains du siècle de Louis XIV, où il ne loue pas tout le monde. A notre époque, où Nicole est peu lu et serait généralement peu goûté, il a cependant encore trouvé de déterminés partisans : Joubert a proclamé l'élévation de sa doctrine et de sa pensée , et M. Silvestrede Sacy a écrit, en quelques lignes, son apologie avec une effusion de louanges qu'on pourra tempérer par l'appréciation beaucoup plus réservée, quoique très-favorable sur beaucoup de points, de M. Sainte-Beuve.
Nicole était un homme d'une grande simplicité de mœurs, naïf, mais d'une naïveté fine et aimable, timide, « naturellement inquiet et empressé, aisé à troubler et à confondre, » comme il a dit lui-même. On connaît de sa timidité des preuves singulières et à peine croyables : il ne passait pas une rivière dans nn bateau sans être armé d*nne ceinture dé sûreté, en cas de naufrage; il n'osait sortir par le vent, de crainte de recevoir une tuile sur la tête ; il prenait toutes sortes de précautions mystérieuses pour cacher les travaux dont il s'occupait, jusqu'à faire fabriquer des trappes par où, au besoin, disparaissait la table sur laquelle il était en train d'écrire. Avec tout cela, vif, actif, aimant la controverse et la discussion polies, parlant volontiers, de façon agréable et divertissante, parfois même un peu satirique, mais facilement démonté par une objection sérieuse, et moins fait, tant à cause de sa timidité que par crainte de déplaire, pour y répondre de vive voix que la plume à la main. C'était une sorte de sage, et, comme Ta dit M. Sainte-Beuve, qu'il faut citer encore, « il représente , dans une parfaite et juste modération de régime, l'homme de let' très chrétien «.
Il serait presque impossible d'énuroérer ici tous les écrits de Nicole, qui, d'ailleurs, a été souvent mêlé , pour une part indéterminée, aux productions de tous genres sorties du sein de Port -Royal. De si près qu'on s'attachât à le suivre en sa carrière , on ne saurait se flatter de retrouver la trace de tout ce qu'il a laissé, préfaces, brochures, œuvres de circonstance, polémique du moment, etc. Nous renvoyons au tome XXIX du père Niceron ceux qui voudront avoir la liste complète de ses ouvrages connus, et nous nous bornerons à indiquer les principaux : Epigrammatum delectus ex omnibuSy tum veteris tum recentioHbus, poetis , cum dissertatione de vera pulchritudine ; Paris, 1659, in- 12. La dissertation de Nicole, écrite en latin élégant, a été traiuite plusieurs fois en français. Le père Vavassenr la réfuta très-vivement et très-solidement dans son traité De Epi' grammate, qu'on peut le soupçonner, sans jugement téméraire, d'avoir composé tout exprès dans ce but; — £a Perpétuité de la M de
l'Eglise catholique touchant V Eucharistie; Paris, 1664, in- 12, sous le nom de Barthélémy. C^est Ce qu'on nomme ordinairement la petite Perpétuité, L'ouvrage eut beaiiooop de succès, et quelques années plus tard, Nicole le reprit sur une plus large échelle pour eo faire La Perpétuité de la Foi ^ etc., contre le livre du ministre Claude, 1669, 1672, 1676, 3 vol. in-4^. Quoique ce livre soit signé d'Arnauld , c'est Nicole qui en est le principal et presque le seul auteur; seulement il avait pensé qu'il lui donnerait une autorité plus grande en le présentant avec la signature de son illustre ami, et peut-être aussi avait-il obéi à son iasa, en cette circonstance, à sa prudence naturelie. Le 1**^ volume fut revêtu des approbations de vingt- sept évêques et de plus de vingt docteurs, parmi lesquels on distingue Bossnet. On assure qu'il ne fut pas sans une forte influence sur la conversion de Turenne et de plusieurs autres grands personnages. Cet ouvrage fut continué par l'abbé Renaudot, qui y ajouta deux Tolonses, 1711 et 1713; ^ Tiaité de la foi humaine, 1664, in-4o, dirigé contre nn système produit par l'aixbevêque de Paris dans nn de ses mandements ; — Nicole a pris part avec Arnauld, Lemaistre de Sacy, etc., à la traduction du Noo- Teau Testament , connue sous le nom de Aottveau Testament de Mans, et il en a publié, avec Arnauld, la Déjense contre les sermons du P, Maimbourg, 1 668, in-8°. Cette traduction devint le point de départ d'un long débat dans l'Église; — Les Imagincùres et Les Vistonnaires; Liège, 1667,2 vol. petit in-l2. Jusqu'alors Nicole avait suivi les voies d'Amaold, et avait été pur controversiste ; par cet ouvrage, il commence à se rapprocher de Pascal. On dirait qu'il s'est senti pris d'émulation en lisant Les Provinciales; car ce livre est aussi nn recueil de petites lettres. Il y a dix Imaginaires, destinées à prouver que le jansénisme est nn fantôme sans réalité, une chimère forgée par les ennemis de Port-Royal. Ces dix Imaginaires sont suivies de huit Visionnaires , qui sont dirigées spécialement contre Desmarets de Saint- Sorlin, l'ennemi acharné des solitaires ^ et dont le titre a été emprunté à une comédie de ce même Desmarets. Mais Nicole est resté bien loin, dans cet ouvrage, de l'ironie mordante et légère de Pas* cal, sauf en quelques passages trop rares el trop courts , bientôt gâtés par une prolixité un pea pesante; — Préjugés légitimes contre les calvinistes; Paris, 1671, in-8»; — Us prétendus Réarmés convaincus de schisme; Paris, 1684. Le ministre Claude répondit au premier de ces deux ouvrages, et le ministre Jnrieo au second ; — Essais de morale et Instructions théologiques; Paris, 1671 et années suivantes, 25 vol. in- 12. Cet ouvrage, qui est, comme nous l'avons déjà dit, son principal titre de gloire, se compose de petits traités, de pensées, de méditations, de lettres et d'explications
roulant sur la morale générale et religieuse , et parfois sur la théologie pure. Les élofes qu*ont faits de Nicole comme écrivain les auteurs dont nous avons parié plus haut s'adressent surtout aux Essais de morale. L'un de ces traités, celui qui a pour titre Des moyens de conseiver la paix avec les hommes , a été jugé un chefd'œuvre par Mme de Sévigné et par La Mennais ; Voltaire l'apprécie de même , et ajoute que l'antiquité n'a rien d'égal en ce genre. D'Aguesseau recommandait particulièrement à son lils les auatre premiers roluroes. Cette fois, après avoir suivi de loin, dans ses Imaginaires et ses Visionnaires, les traces des Provinciales, INicole se laissa entraîner, au moins en un certain nombre de pages, dans le courant des Pensées, dont la irc édition venait d^étre publiée en 1670. C'est surtout aux Essais de morale qu'on peut appliquer le mot de Joubert , qui appelait ;Nicole « un Pascal sans style » (sans style est trop sévère , si on le prend en son sens rigoureux et absolu). Cette analogie avait aussi frappé M<nc de Sévigné : « Ne vous avais-je pas dit, écrit-elle à sa fille, le 23 septembre 1671, aussitôt après l'apparition du 1er volume, que c'était de la même étoffe que Pascal ? »
L'étoffe est la même , mais le tailleur est bien différent. Toutefois, çà et là le rapprochement arrive de soi à Pesprit, par exemple dans une bonne partie du petit traité De lafoihlessede Vhomme, lorsqu'il nous démontre, avec tant de force, notre misère et notre néant. C'est tout à fait Vesprit de Pascal, c'est son inspiration ; ce sont même (jiielquefois ses preuves et ses tournures de phrase, mais avec une force plus lente et plus terne (l).'Ce traité, surtout vers la fin, s'élève et touche de près à l'éloquence. Le chapitre Des moyens de conserver la paix, qu'on a vanté davantage, n*a nulle part ces bonheurs d'expression et ce solide éclat ; mais c'est peutêtre le plus complet, celui où le sujet a été le plus profondément fouillé par l'analyse sagace, parfois même subtile et raffinée de l'auteur. Nicole veut être lu avec réflexion , pesé, médité; il ne sacrifie pas aux Grâces , nulle concession à l'effet ; il ne dit que ce qu'il a l'intention de dire ; son style suit et dessine sa pensée, rien de plus; et quand il s'élève, c'est qu'il est naturellement soulevé par elle. Ces rencontres sont rares, mais il y en a, et l'on peut noter au passage des comparaisons ingénieuses et frappantes, quelques images heureuses qui ne servent qu'à mieux accuser IMdée, des expressions vivantes et animées qui viennent moins de l'imagination de récrivain que de la propriété et de la justesse du style avec lequel il exprime ce qu'il sent sérieusement. Toujours grave , sensé, judicieux, il\adu même pas tranquille et lent, n'oubliant rien , n'abrégeant rien, ne laissant pas une réponse, pas un refuge à l'ennemi qu'il combat,
(0 Voir, par exemple, dans l'édlllon de M, S. de Sacy. Chez Techener, p. is.
NODV. BIOCB. CF.NÉB. — T. XXXVII.
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déroulant ses moyens de conviction avec une sagesse méthodique et tranquille, comme un stratégisf e habile, s^adressant toujours à l'esprit, sans surprendre le cœur, et vous pénétrant peu à peu par la force insinuante de son raisonnement. Mais le revers de la médaille, c'est la monotonie, c'est l'aridité, ce sont les obscurités, les répétitions, les longs et inutiles développements, enfin , pour tout dire en un mot, qui est le plus terrible de tous, c^est l'ennui. Il faudrait un esprit bien vaillant, bien possédé de la passion de l'étude ou du désir de s'édifier pour résister à l'influence fastidieuse qui s'exhale à la longue de ces pages, aujourd'hui surtout que nous sommes si loin des graves habitudes littéraires du dix-septième siècle. Les Essais sont suivis de Lettres sur différents sujets, qui sont souvent aussi de petits traités de morale, et d'une forme plus légère et plus fine , d'un ton plus aimable et plus délicat, quelques-unes tout à fait charmantes. Les Essais de morale ont* été réimprimés en 1741 et 1744. On en trouve un choix, en un petit tome, dans les stéréotypes de Didot, et en un tome in-16, assez fort, dans la Bibliothèque spirituelle, publiée par M. de Sacy (1827). Dans l'édition de 1C71, les Essais de morale proprement dits n'occupent que onze volumes, qui réunis à' d'autres ouvrages forment une collection de vingtcinq volumes. Les éditions de 1741 et de 17ôj renferment, outre les petits traités et les Lettres sur différents sujets, les Explications des Epitres et Evangiles, les Instructions sur les Sacrements, Sur le Symbole, Sur le Décalogue , le Traité de la prière , une Vie de Nicole tirée de ses écrits, par l'abhé Goujet, et V Esprit de Nicole par l'abbé Cerveau ; — De Vunité de V Église, ou réfutation du nouveau système de Jurieu; Paris, 1687, in- 12. Cette première édition était anonyme. Jurieu répliqua l'année suivante, mais sans pouvoir balancer la victoire. Bayle, dans ses notes sur l'article de P. Nicole , s'est longuement occupé de cette guerre de notre auteur contre les calvinisteâ ; — Explication des principales erreurs des quïétistes; Paris, 1695, in-12. On a imprimé après sa mort, en 1699, son Traité sur la grâce générale, qui est peu étendu. Du reste, les pièces de la discussion qui s'engagea , au sujet de cette doctrine, entre lui et ses amis de Port-Royal ont été recueillies par le janséniste J. Fouillon, en 1715. Outre V Esprit de Nicole , cité plus haut, on a aussi les Pensées de Nicole, réunies par Mersan; Paris, 1806, in-12, compilation très-médiocre. Victor Fourmel. Loménle de Brienn», Mémoires^ et Le roman véritable, ou l'histoire secrète du Jansénisme. — Bayle. Dictionnaire. — Moréri, id. — L'abbé Goiijet, Fie de Nicole, iTStiinois. — Bélilei, Jugements des'Sçavants. — fliceron. Hommes illustres, t. XXIX. — Besolgne, Fie de Iftcole, daoi le t. JV de son Histoire de Port- Royal. — Saverien, Fies des philosophes modernes, t. 1. — Sainte- Beuve, Port-Royal, t. IV, chap. vu et vin.
I NicoLB {Claude), poète français, ccus'n