‹ Nouvelle biographie générale depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours, avec les renseignements bibliographiques et l'indication des sources à consulter; (volume 2)Chapitre 15 sur 110 · NAIGEON · texte numérisé non relu

NAIGEON

sens à peu près da libre arbitre : « Libre arbitre, fans lequel les prêtres ne pourraient pas nous damner, et à l'aide duquel nuas jouissons, par-dessus les autres animaux et les plantes, du pouvoir de nous perdre nous-mêmes. » On s'attend bien que les vertus cbrétienoes ne seront pas plus rérérencieusement traitées. S'agit-il, par exemple, de la charité? « C'est (dit Naigeon) la plus importante des vertus, qui consiste à aimer par-dessus tontes choses un Dieu que nous ne connaissons guère , ou ses prêtres, que nous connaissons très-bien; de plus, elle veut que nous aimions notre prochain comme nous- même, pourvu néanmoins qu'il aime Dieu et ses prêtres et qu'il en soit aimé ; sans cela , il est convenable de le tuer par charité. » Quant au prochain, envers qui le devoir de la charité doit s'exercer, voici ce qu'en dit Naigeon : « Un bon chrétien doit aimer son prochain comme lui-même. Or, un bon chrétien doit se haïr soimême. D'où il suit qu*un bon chrétien doit faire enrager son prochain pour gagner h tnis communs le paradis. » Ces extraits donnent une idée de la manière aussi légère qu'inconvenante dont Naigeon parle des plus aimables vertus et des croyances tout à la fois les plus respectables et les plus nécessaires à l'homme. Quand vint la révolution française, Naigeon, qui apparemment regardait la croyance en Dieu comme l'un des abus de l'ancien régime, s'imagina qu'elle allait disparaître avec les parchemin!^ nobiliaires, avec les privilèges féodaux, avec la dîme cléricale; et pour hâter cet heureux moment, il fit une adresse à l'Assemblée nationale, dans laquelle était traitée cette question : « Doit-on parler de Dieu, et en général d'une religion, dans une déclaration des droits de l'homme? » Mais, nonobstant l'adresse de Naigeon , l'Assemblée écrivit en toutes lettres le nom de Dieu dans sa déclaration des droits de l'homme, et l'un de ses organes les plus accrédités, celui de tous en qui s'est personnifié le plus fidèlement l'esprit de 89, Mirabeau, vint prononcer à la tribune ces belles paroles, que >*■ Dieu est aussi nécessah-e à l'homme que la liberté ». Quelques années plus tard, la Convention elle-même, «ur la proposition de Robespierre, qui avait accusé Tathéisme d'être aristocratique, proclamait que le peuple français reconnaissait l'existence de Dieu et l'immortalité de l'âme ; ce qui arrachait à Naigeon cette exclamation : « Ce monstre de Robespierre! » Ayant perdu sa cause^ ou , ce qui est la même chose , la cause de l'athéisme devant la Constituante et devant fa Convention, Naigeon, quf no pouvait comprendre qu'une révolution se fût faite sans supprimer Dieu, essaya de prendre sa revanche dans ses livres. Chargé de la partie philosophique dans V encyclopédie méthodique^ il y prêcha le fatalisme, le matérialisme, l'athéisme, notamment dans les articles consacres à Collins , à Campanclla, à Vanini, et à ce bon curé Mcslier, dont Voltaire avait si complaisamment

prôné et commenté le testament. Et cependant, qui le croirait? l'homme qui avait passé toute sa vie à écrire sous toutes les formes qu'il n'y a pas de Dieu , et à faire de l'impiété pour son propre compte après en avoir fait si longtemps pour le compte de son trop célèbre patron , le baron d'Holbiach, trouva mauvais, à on certain jour, que Sylvain Maréchal etLalande lui eussent donné place dans leur Dictionnairjt des Athées. Il est vrai qu'à cette époque ( ou était alors en 1804) Naigeon voulait devenir membre du Corps législatif, et le titre d'athée était une assez pauvre recommandation pour y parvenir. A défaut du Corps législatif, Naigeon devint membre de Tlnstilut national, section de morale de la classe des sciences morales et politiques. Le rôle qu'il y joua fut entièrement passif. Naigeon mourut à l'âge de soixante-douze ans, h laissant ( dit un historien moderne de la philosophie) (1), comme philosophe, la réputation que l'on sait, mais en même temps, comme homme, des souvenirs de probité, de droiture, de franchise, non. sans grande rudesse, de simplicité de mœurs, dégoûts sérieux et studieux, dont il faut lui tenir compte, afin de décharger sa mémoire, au moins pour une part, de la fâcheuse célébrité qui pèse, pour une autre part, sur elle. » Ses dernières années avaient été tristes et sombres. Il voyait successivement se relever en France tout ce qu'il avait combattu autrefois. Avec l'âge étaient venues la solitude, la maladie , et sinon le dénûment, au moins la gêne, qui le força à se séparer de sa belle et riche bibliothèque, formée par lui avec tant dV mour et de soin.

Kn ce qui concerne lea écrits de Naigeon , H convient d'abord d'écarter ceux qui lui ont à tort été attribués, tels que l'article Ame dan^ V Encyclopédie, et les paroles de l'opéra intitulé Les Chemins, représenté aux Italiens en 1751 (2). 11 faut également écarter de la liste des ouvrages de Naigeon V Examen critique ^ où sont invoqués le spiritualisme et le déisme des païens, et qui parait devoir être attribué à Fréret. Ce» éliminations faites ^ on peut divfeer en trois catégories les publications de Naigeon , à savoir : ses œuvres originales, ses traductions, enfin les éditions qu'il a données des ouvrages d'autres écrivains. Dans la première catégorie se rangent les ouvrages suivants : Le Militaire philosophe^ in-f2 (Londres et Amsterdam), publié sous le pseudonyme du colonel Saint' f/yacfnthe. Il est possible qtie Naigeon n'ait pas composé seul la totalité de cet ouvrage, et il paraît à [)eu près certain que le dernier chapitre a été écrit pard'Uol-

(1) M. Damiron.

{f)ljc* biographex qut lui attrtbaeat ce dernier onvragc ne font pus altentlon que Nalgeoa, nt en I7as, enratt composé irs p.i rôles de cel opéra à l'âge de treize ans. Quant à rarlicle ÂtM de fKncyclnpédie, il est Ac l'abbô Yvon, licencié ea Sorbonne. Cet article, trop splritunlhte pour pouvoir être de Naigeon , IVtnlt peut être bien peu puur être anrti de la plume d'an abbé. Mais nous suromei tel au dlvbuHlèrae sièele, et l'on aalt qoe les abbés de cette époqae étalent auei aujela & cattUon.

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