‹ Nouvelle biographie générale depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours, avec les renseignements bibliographiques et l'indication des sources à consulter; (volume 2)Chapitre 31 sur 110 · N4P0LÉ0N · texte numérisé non relu

N4P0LÉ0N

neotratitë était par là d'avance assurée. L'Italie affranchie de l'Autriche, rendue à elle-même, à la variété de ses éléments, devenait assez forte pour se défendre sans secours étrangers, et ne se trouvait pas assez forte pour être tentée de prendre dans le monde nne grande attitude autrement que par son alliance étroite avec la France.

Mais cette politique ne fut point celle que Napoléon appliqua à Tltatie. Dès les premiers temps rilalie sentit que si elle s'affranchissait de TAutriche, c'était pour passer sous une autre dépendance. A la vérité, la France , plus généreuse, ne l'abaissait pas afin de la dominer ; elle B'apprêtait, au contraire, à la réorg^miser, à la constituer dans sa force, à l'élever, mais à sa manière, en l'assimilant à elle, et non pas en rendant l'Italie à son génie propre. Or, dans la pratique, de pareils desseins irritent d'antant plus que les manifestes et les actes s'y donnent de perpétuels démentis. Appeler an peuple à la liberté et lui imposer de n'être pas lui-même, c'est une trop violente contradiction. L'Italie fut tenue à ce régime, et malgré la raison de ses sages, qui lui représentaient tout ce qu'elle avait à gagner en devenant, au moins pour un temps, une annexe de l'empire français, elle ne pouvait pas se faire à cette souffrance d'avoir à vivre en cessant d'être elle-même.

Dès 1806 Napoléon annonçait ainsi à la France et à l'Europe le résultat de sa politique en Italie : 9 La presqu'île de lltalie tout entière fait partie du grand empire; j'ai garanti, comme chef suprême , les souverains et les constitutions qui en gouvernent les différentes parties... (1) ». II y avait encore en ce moment un roi de Toscane, à qui l'indépendance avait été promise, et un pape, qui se croyait souverain de son petit État (2).

La maison de Savoie, où se tenait la seule épée de la nationalité italienne, ne se releva pas. Napoléon s'opposa toujours à son rétablissement; il se mit à sa place, et ût du Piémont six nouveaux départements français (3).

(1) Discours de l'empereur à l'ouverture dn oorpi Législatif, s mars 1S06.

(I) BtcD qu'au noment de la gfoerre d*Ancmagae de IS05 Napoléon eAt hit occuper Ancftoe, les Marches et CivllA-Vecchla, sans es demander la pemlaslon au pape, et qu*aa commencement de 18M 11 lui eût écrit : a Toute l'Italie «era aoumise sossma loL • Lettre au saintpère, Paris, IS févrlrr 1N6.

(S) Sénatua-consttlte organique du 11 septembre IBOI. — Rien ne prouve llmportanee dr la mabon de .Savoie po«r la garantie de la nationalité Italienne coam« l'obittnntton et llrrttatton avec lesqneUcs Hapoleon a repoussé en iSM le projet de la rétablir.

Lors de la bataille d*Ansterlltz, Alexandre avait denandé pour Caire la paix le rétabllssament de la maison da Savoie avec la Lombardle et Gènes. Napoléon dénonça cette proposition à l*armée et A la France, comme nne Insulte , dans ces termes. « Si la France ne peut arriver à la pals qu'aux conditions que l'aide de camo I>olgolowkl a propoaéea à l'empereur,... la Russie ne les obtiendrait pas, quand même son armée serait campée sur les hauteurs de Montmartre. • SO* butletla de la grande année , s décembre lasi. — « On se convaincra de tout ce qu'a dû souffrir l'empereur quand on saura que, sur la fin de la conversation, Dolgerowkl lui proposa.,, de

Après avoir an moment hésité à placer sur la tête de son frère Joseph la couronne Hu royaume d'Italie , Napoléon se décida à la prendre pour lui-même; et dans l'acte par lequel cette décision fut annoncée au sénat, le 18 mars 1805, Teapereur-roi s'exprime ainsi : « Nous avons accepté et nous placerons sur notre tête cette couronne de fer des anciens Lombards, pour la retremper, pour la raffermir et pour qu'elle ne toit point brisée au milieu des tempêtes qoi la m^ naceront tant qae la Méditerranée ne ser a pi5 rentrée dans son état habituel. Mais nous n'hésitons pas à déclarer que nous transmettrons cette couronne à un de nos enfants ». C'est aiaa que l'Italie apprenait comment un jour elle œ ferait plus partie de la France.

L'État de Gênes cessa de. s'appartenir, et, comme le Piémont, forma de nouveaux départements français (1).

Venise fut enfin arrachée i l'Autriche par le traité de Presbourg (2); Napoléon eut un moment l'idée de la donnei* à la Bavière (3); nais il la rénnit an royaume d'Italie avec b plupart des possessions dont se composait l'ancleoiK république de Saint-Marc (4).

A la date de cette réunion , Napoléon mit an jour un système renouvelé des Carlovîngiens; c'était l'établissement des grands fiefs, transroissibles par voie de primogéniture et de masculinité, avec investiture impériale, vassalité et droit de reversion en cas de lorfaitare ou défaut de hoirs mâles; l'Italie fut choisie pour faire surtout les frais de cette institution; il y eut douze grands fiefs dans le pays vénitien ; il y en eut six dans le royaume de Napl^. et quatre au moms dans les pays de Panne, de

mettre la eoaronae de fer sur U téta des plos l«Pj«^ Mes ennemis de la France m, uiéme baHetln.- * ^^!; voua qu'il (Dolgorowkl) ne propoMlt de mettre nscoii ronne de fer sur ta tête du roi de Sardaignc... *^^ de Napoléon i l'électenr de Wurtemberg (A"*'*^*^ I décembre 1»»). - Le 99* bulletin de U f ^»'**'î ''J^ du 7 décembre iMS, contient une autre pro*****)!^?-» ii lea niéiuea termes contra la proposllion qui ^"^**£^bi fort rempereur des FrançaU. Nous finirons «VJ*"" ^, par CCS moU adreaaés k U grande armée, le KB*fT. de U baUUIed'Ansterllts t «... Et cette m"^^""^^^! eonqube par le sang de tant de Franc>l** ^ ^^!b«> m'obllger k U placer aur la télé de nés P*»* "[^u, nemio. » ProclamaUoa * Tarmée, du camp <l ^>**"''' 8 décembre 1808. ax^^

(n Cette rt'uoloa ftat prononeée par an <r^|« i^g en date de Milan. 4 juin laos . proclamé à ^^^^^^JL^^re même mois, et mis à cxécuUoa aculeaieot en «»

iSOS. 1^ <|p(.

(1) Article 4 dn traité de Presbourg, té ^«"^ ^ Dsus rarilcle S U était ajouté : « ... Les «o«'*7"7, -, France et d'IuUe aeront séparées à perpéiuiiç. vk pourront plus, dans aucun cas , être réunie* ^^ M%yg^\ tête... » Mais tes conditions de cette stlpulanoa ei^ telles qu'elles devaient en ajourner l'effet F»"'; J^ temps; Il s'ngisnit notamment de faire *"^ ,' g^ce terre delà Méditerranée , et e'éUlt ^onjoors uur ^^ franfala, un fils de Napoléon qui lor« de U mV»^ des deux couronnée devait avoir relie <1''^''^ % imp

II) Ultre de Napoléon A Talleyrand, f^P'JÎ'vapOvembre itol it 11 (l'Electeur de Bavière) ^« • ^ léon, pourrait s'appeler, si l'on veut, roi de veni

(4) Un décret fit cette rtunlon, le SO mars i"^

piatsance, de Massa Carrara, de Garfagaano, I dcGuastalla (I). rfapoléon avait dit dans lemes- ! 62;e annonçant au sénat toutes ces érections Maies : « Nous avons été principalen)ent(i^idé par \i graarle pensée de consolider Tordre social et notre trône , qnt en est le fondement et Uba«e, et de donner des centres de corresponànce et d'appui à ce grand empire... (2) ». Ce ((De l'Italie Yoyait de plus clair dans ce réliUhsement féodal , c'e»t qu'elle létait traitée arec méfiance et comme un pays vaincu; dans ki aodenoes guerres barbares, les filles des diefs lomt>és en captinté étaient données en préienls aux chefs vainqueurs , qui se les distriboaient et en ornaient Tintérieur de leurs inahODs; les provinces italiennes n'avaient pas one autre destinée; elles servaient à n^m^iens^ des chefs français qu*elles ne connaissaient pas et qoi leur étaient apportés par la conquête. De U Toscane et des pays voisins , enlevés à la maison d'Espagne ou à leur inolYensive autonomie, on forma des dépendances immédiates de la France, et Ton y tailla, comme on peut faire d'un joyau, des principautés pour des princesses do S3Dg impérial (3).

Qoand ces cliangements s'accomplissaient au Dcrd et au centre de lltalie, le sort du royaume des Deux-Siciles était déjà déci«1é. L'Europe me bot ce qu'elle devait le plus admirer de la violence de l'acte, de sa forme ou du moment qui aTait été choisi pour l'accomplir. C*élait au l^demain de la ()aix de Presbourg , le 27 déconbre 1806 ; presque toutes les questions qui troublaient le monde venaient de se résoudre à l'dTantageet selon la volonté d'nu seul État; la France avait tout obtenu et triomphait; on pou- Tait croire que ]V\tréme limite de5 concessions avait été atteinte pour elle : ce fut alors que Napoléon, sans prendre Tavis de l'Europe, sans même lai faire par déférence une signification quelconque, annonç-a par un simple ordre du jour à la pande année (4), que « les Bourbons de Naples draient cessé de régner ». Depuis qu'il y avait ooe civilisation chrétienne, c'était la première fou que l'on disposait ainsi, au gré du prétendu droit de la force , d'une famHle royale et de la HMiteraineté. L*Europe fut dans la stupeur, ^ recoBuit à ce trait U révolution tout ea-

il) IHenta da 80 mars t8o6.

^1 MesuRp au sénat du 30 nar^ tSOff. — IfapoIéoD ex- Ptiqu alilean cette même pi-nsée dans une lettre i Jotcph.tfo 8 mari 1806.

19} I-a tranAronoattoo de ritalle centrale en duchés, n prtoclpauiés, en départementji français, au (rouver- Beaent ipéciai surmonté de princesses de la (amitié Im- ^ie. a éti l'objet de décrets nombreux, plusieurs ^ modtfl^B, doot U serait Inutile de rapporter Ici le «taiL Crue tran«formatloo commenre le 80 mars tsoe, el^'achè^f i u So de l'année 1807, par la dépoMWilon J« roi d'Étrurie, que remplace ÊUsa . sœur de Napo- «»n. "fc le titre de grande duchesse. Au reste, l'ad- ■BitUttrailoo de cette princesse a été populaire en Tos-

hiS.^*^* proclamallon do «7 décembre tM8 ne fut pti- Wwdiost« Moniteur que deux mol» après, alors qne *"»rope a'eUli plus i temps pour en empêcher 1 effet.

ti^ qui se déguisait mal sous une couronne. Une armée française qui campait dans le royaume de Naples sur la foi des traités mit à exécution au profit de Joseph , frère de Napoléon, le décret de dépossession des Bourbons de Naples. La Sicile, grâce aux vaissaux anglais, échappa à cet envahissement, et la famille royale proscrite y trouva un* refuge.

L'Jtalie ainsi enlevée à elle-même se trouva complètement associée aux destinées du nouvel empire français; mais elle n'eut à partager avec lui que des travaux, des périU et des sacrifices. Une grande fbute, d'ailleurs, dont les événements étaient seuls coupables, pesait sur die tout particulièrement.

Malte est une de 'ces positions dont l'extrême importance exige qu'elles soient neutralisées ou du moins qu'elles n'appartiennent pas à une puissance entreprenante et forte. Celte position avait appartenu à Naples sans danger pour la liberté de la Méditerranée; un hasard avait même mieux arrangé les choses : elle était devenue le siège d'un o^d^e militaire et religieux qui se bornait à faire la police de la mer contre les Barbaresques. Napoléon , en se rendant en Egypte, avait cm pouvoirdéposséder l'ordre de Saint->leande-Jérusalem et s'emparer de l'Ile de Malte \hmt la France, sans trop prévoir qu'il n'anrait pent» être pas la force de se maintenir dans cette occupation. Un seul désastre dans la rade d'Aboukir suffit à détruire la marine du général en chef de l'armée d'Egypte. L'Angleterre, épouvantée d'une conquête qui pouvait un jour annuler Gibraltar et loi fermer la Méditerranée, s'était empressée de reprendre pour son compte Malte et ses dépendances. Depuis, nonobstant les stipulations les plus formelles, elle ne voulut plus se dessaisir de cette position ; ce fbt même là principalement la cause de la rupture de la paix d'Amiens et celle aussi de l'occupation par la Fnmce du royaume des Denx-Siciles. Les excès s'appelaient danscette politique è outrance. Mais en attendant, l'Angleterre tenait en interdit tout le commerce de l'Italie le long de ses côtes depuis Savone jusqu'à Venise , et , sans rien craindre du haut de ses vaisseaux, elle jetait ses intrtgnes, ses faux avis, ses promesses, ses provocations aux souffrances, aux irritations, aux secrètes révoltes qui tourmentaient la Péninsule.

L'impuissance où se trouvait l'empire français de protéger ses alliés sur les mers mettait à ime plus rude épreuve encore la fidélité du Portugal et de TEspagne. Ces deux pays ne pouvaient pas se passer d'une communication continue et sûre avec leurs importantes colonies; ils en tiraient leurs principaux éléments de richesse; leur marine, leur production continentale, leurs échanges, la fortune de leurs grandes faniilles et l'aisance de leurs populations , tout dépendait pour eux de la liberté des mers : et cette liberté, l'Angleterre l'interceptait pour les alliés de la France et même pour les neutres, afin de soa-

lever le monde entier contre ce qoVlIe appelait déjàrambitioQ et la prépotence d'un seul homme. De plus, le Portugal depuis la fin du siècle deruier était dans les liens de la politique anglaise. L'Espagne, moins engagée, ressentait plus vivement l'humiliation que lui infligeait le malheur des temps, en l'obligeant à rester ralliée de l'homme que la révolution avait mis en France à la place des Bourbons. La noblesse des deux pays, quand elle avait des velléités d'ambition , songeait à la constitution aristocratique de TAngleterre. En Portugal et surtout en Espagne la royauté était tombée en une sorte d'aûdoration d'elle-même; pleine de superstitions et d'orgueil j indolente, impuissante, elle n'était mue ^que par des passions étrangères à la politique et par les intrigues des favoris qui se disputaient sous elle, non le pouvoir de gouverner, mais les richesses et les honneurs attachés au pouvoir. Des alliances pareilles avaient l)esoin d'être traitées avec d'extrêmes ménagements; il y fallait de la violence et de l'indulgence comme en veut la faiblesse , en même temps les déférences et les respects que réclame l'orgueil. Cet art des ménagements était d'autant plus nécessaire qu'il ne s'agissait pas seulement de gagner quelques hommes, corrompus et vains, en possession d'une inutile puissance : par delà ces maisons souveraines, si infirmes et si indécises, il y avait, pour les soutenir, une force d'une incalculable profondeur ; c'était d'admirables poimlations, patienter et superbes, ne reconnaissant qu'à Dieu et à eflles-mêmes le droit de corriger leurs maîtres, pouvant oublier leurs intérêts, mais non leur dignité, et conservant toujours dans l'élat d'abaissement politique où les avaient réduites les défaillances de leurs princes l'attitude, le caractère et l'iiumeur des grandes dominations qu'elles avaient exercées.

Napoléon , sans nul doate, vit toutes ces diffieultés ; mais en son génie il y avait encore plus «le volonté que de raison, et il eut le mallieur de croire que toutes ces difficultés il devait les surmonter de haute lutte. Il se mit donc à l'oeuvre, et demanda au Portugal et à l'Espagne, au lieu d'une parfaite neutralité, une active coopération dans les conflits de la France contre l'Angleterre. Or, dans l'état des choses, la neutralité était possible, la coopération ne l'était pas. Toutefois, Napoléon traita les maisons de Portugal et d'Espagne avec tant d'instance passionnée qu'il fut près de réussir; l'Espagne était entraînée (l) ; le Portugal se montrait mieux qu'incertain entre la France et

(1) En annonçant an Oirpa léRtobtif et a a Tribunal la coDcItttlon de la pali de LonévtUe, du 9 février isoi, le premier consul dans son message louait beaucoup la constance de l'amitié de TEftpagae envers la France; c^est en récompenae de cetle fidélité que Ui Toscane était érigée en royaume et donnée au fila du doc de Parme. En mal IMI rEspaitne faisait pour le compte de la France une expédition contre le Portugal; lors de la coalition de 1808 , elle prenait ouvertement parU poor la France.

l'Angleterre (1). Mais celte victoire coatre la force des dioses ne pouvait durer. SeotaDt des défaillances, de secrètes trahisons et beaucoup trop de réserves sous les promesses et les adhésions qui lui étaient faites , Napoléon perdit patience et se résolut à prendre lui-même, par des lieutenanU, la direction des deui gouTememeoU d'Espagne et de Portugal. Ces deux pays depuis les premiers temps de l'histoire moderne nV vaient pas subi de conquête. Pour les réduire, la violence et la ruse n'étaient pas de trop. La ruse fut d'abord employée, et malheureusement avec des procédés inusités dans les annaleâ de la politique française.

Le 12 août 1807, Kapoléon,' d'accord avec l'Espagne, signifia au Portugal d'avoir à se déclarer contre l'Angleterre. Le prince régeot répondit, le 21 septembre, qu'il se soumettait, mettant à son obéissance une seule conditioo, c'est qu'il n'arrêterait pas , comme on le lui commandait, les Anglais venus; et demeurant en Portugal sur la foi de son amilié. Cette simple réserve qu'exigeait la loyauté devint le préteite d'une expédition concertée d'avance avec le projet de partager le Portugal (2). Un corps de 26,000 hommes partit de Bayoone, sous, la conduite de Junot, pour envahir ce pays. L'Europe avait appris par une proclamation adressée à la graode armée qu'il n'y avait plus de Bourbons sur le trône de Naples ; elle apprit par un petit article s<)ns signature inséré dans Lb Moniteur que U maison de Bragance cessait de régner à Lisbonoe. Junot arriva devant cette ville à la fin Je no vembre 1807. Trois jours auparavant le prince régent avait lu le numéro du journal qui portait «oo arrêt de déchéance (3) ; à l'approche des troupes qui Tenaient mettre cet arrêt à exécution, il n'avait pas même songé à lutter; il s'était embarqué avec la famille royale et sa suite sur des navires qui étaient dans le Tage et qui empor-

(1) Le Portugal, contraint par rRspagne, atalt sccardé dés 1S01 que ses ports seraient fermés aux Anglili. traité du 6 Juin isoi; le premier consul ne voulol p*( ratifier ce traité, bien qu'il eût été signé par sun frère Luclea de la part de la France; le Portugal, envalil pr une armée française, signa, le t9 septembre uol, on autre traité, qui accordait de nouveau à la France ta 1ermetnre des ports portogala aux Anglais, plus la cessIoB d'une partie de la Guyane portugaise, et, par un •r-(lcle secret, le payement d'une Indemnité de to million*- E» ISOS. le Portugal, par un traité signé te SO notembrc île cette année, s'obligeait enverw TEspagne et la France à se tenir neutre mtreces deux Etats et la Grande- Brrt^soe.

(I) Traité secret signé à l'onlaincMcau entre l'Ësp^ime et la France, le <7 octobre 1807, aUpulant qui! serait f>|t du Portugal trois parts : une pour Indemniser le roi d'Btrurle de la perte de son royaume rn Italie: une antre pour récompenser lea aerrlcea de Godoy; la troUteine devait rester en dépOt entre les malna de la France iwor en être dIspoaésuWant des combinaisons qu'il conviendrait de faire au moment de la pali générale. Le traité cootenalt d'autres stipula lions.

(S) L'article du Moniteur était ainsi eonça : « Le prince régent de Portugal perd son trône ; U le perd inOaeoe^ par lea Intrigue* des Anglah qui sont k Lisbonne. La chute de la maUon de Bragance restera nne noovrllr preuve que la porte de quiconque s'attacbe aux Aoglali est Inévitable. » Moniteur, 1807, n» 817.

tèrent Ters le Brésil la maison de Bragance. La chate des Bourbons de Madrid ne tarda pas à suivre. Napoléon atait exigé de l'Espagne qu'elle lui cédât la Louisiane, qu'elle ne se pré- Tilôtpas des conditions auxquelles cette cession zmiété faite; qu'elle acquiesçât a Pabandon de U Trinité aux Anglais lors de la paix d'Amiens ; qs'die lui payât un tribut annuel de 50 millions ; 4fa'elle joignît sa marine à la marine française ooBtre l'Angleterre; qu'elle subit le désastre de Trafalgar sans réclamer de dédommagements; qu'elle supportât sans protestation la dc^chéance des Bonrbons de Naples, la perte de ses droits éventuels snr le trdne des Deux-Siciles ; enfin qn'elle ne reculât devant aucune des hontes de sa coopération à la politique de la France contre le Portugal. Napoléon ne s'en tint pas là ; il voulut eoeore punir l'Espagne de ce qu'elle ne faisait pas toQs ces sacrifices avec assez de patience. Pendant la guerre de Prusse, dans Tautomnede 1806, elle avait fait mine de s'allier aux ennemis de la France : il exigea d'elle qu'elle enverrait une armée dans la Baltique contre ceux avec qui elle avait eu la velléité do se coaliser, qu'elle tiendrait ooe flotte à Toulon et qu'elle adhérerait aabloeus continental. L^Ëspagne perdait du coup toutes ses colonie» à la fois ; elle obéit. Cette «trêroe docilité ne fléchit pas le conquérant qui sTail arrêté d'assujettir à une dynastie française iBpagne comme le Portugal, comme Tltalie. Il y avait à la cour de Madrid deux partis : l'un, celai du roi Charles IV, mené par le favori de » femme, cédant tout à la France ; l'autre, celni (it l'héritier présonnptif, le prince des Asturies, Terdinand, assisté de quelques amis qui souffraient des humiliations du trône et du pays esp3SQol, et qui eussent voulu pour le moins la ^ute du favori. Les intrigues de ces deux parl^ étaient sorties des mystères du palais, et dataient au dehors le peuple. La récente expédition française contre le Portugal devint l'occasion tt le moyen d'un événement décisif. Murât entra e& Espagne, en janvier 1808, avec une armée de près de cent mille hommes, destinée, disait-on, à renforcer Junot en Portugal contre les Anglais, l^'importance de cette armée dépassant le chiffre nnvenn ; sa marche, qui ne la rapprochait pas du M annoncé ; ses premières opérations : elle s'emparait des places espagnoles ; tout excita les soup- Wt les alarmes. Il y eut une timide demande d'explications; on n'obtint pas de réponse. Des révéiatioas se produisirent. La cour, épouvantée, forma le projet de s'enfuir en Amérique. Le P^ple s'y opposa; il y eut une émeute. ^Char- ^ IV abdiqua en faveur de son fils Ferdinand, ^ 19 mars 1808. Murât entra k Madrid quatre J|^rs aprfes. Il était nécessaire de prolonger les dissensions de la famille royale pour que la r<)yanté restât sans représentant certain et le ^oaTcrnement sans direction. Murât se comporta en. conséquence. Charics IV, qui se ^jait sontenn depuis l'arrivée de Mural, ré-

tracta son abdication et réclama contre elle, pendant que Ferdinand, de son côté, faisait dea protestations d'attachement à la France. Napoléon se rendit à Bayonne, le 14 avril 1808. Là se termina la tragi-comédie commencée à Madrid. La famille royale vint auprès de Napoléon pour y trouver un juge, un conciliateur de ses différends ; elle y trouva un commun arrêt de déchéance et de captivité. Après des scènes ignobles, où toute majesté souveraine fut abaissée et dont la dignité même de l'empereur eut à souffrir, Charles IV et Ferdinand remirent tous les deux à Napoléon , du 5 au 10 mai 1808 , leur renonciation au trône d'£spagne, et gagnèrent l'un et l'autre les lieux d'exil assignés k chacun d'eux en France. Le 6 juin 1808, Joseph était proclamé roi des Espagnes et des Indes avec une nouvelle constitution.

Les maisons royales écartées, il restait les peuples, soulevés par l'outrage fait à leurs princes et à leur indépendance nationale.

Le Portugal et l'Espagne se hérissèrent de bandes insui^écs, et s'ouvrirent aux armées de l'Angleterre. Napoléon, pour avoir l'eflective coopération des deux pays, avait repoussé leur neutralité ; il eut leur hostilitécombinée avec celle de son plus puissant ennemi. Alors commença une lutte où furent dévorées plusieurs des plus vaillantes armées de l'empire; vétérans et nouvelles recrues, tout s'y abtma; et cette lutte, dont le signe> avant-coureur fut le sinistre événement de Baylen (1), eut ses péripéties de plus en plus menaçantes sur une des frontières de la France. Elle ne se termina qu'en 1813,1e 21 juin, à la bataille de Vittoria, par la cliule de la domination française en Espagne. Le Portug9l avait été perdu plus tôt, dès les premiers mois de 1811, après trois grandes expéditions faites en vain pour le reprendre aux Anglais.

Un grave événement avait dVilleurs aclievé de compliquer et de mettre en péril tout le système de la politique de l'empire dans le midi de l'Europe.

Napoléon n'avait nullement pour les questions religieuses le scepticisme léger de ses contemporains, encore moins les antipathies de ces philosophes qu'il nommait avec dédain et colère des idéologues et des métaphysiciens. Il n'était pas contraire au catholicisme, en particulier; il adhérait à cette organisation du christianisme par toutes ses habitudes d'esprit, de sentiment et d'imagination ; il admirait en elle la religion de l'autorité, du respect et de la discipline (2) ; par là sa raison lui donnait la préférence sur toutes les autres religions, et il tenait à lui assurer une domination à peu près exclusive. Mais en même

(1) Le «f Jnlllet llOB, le surtendemaio de l'entrée de Joseph a Madrid.

(«) « Napoléon ne Toyall pi* dans U religion le mystère de l'Incarnation, malA le mystère de l'ordre social. » Paroles de l'empereur au con<«ell d'État en mal 1806. ThI- Daodeau, Contutat ei Empir», tome V, p. su

temps il ayait de la gonTerainetë an concept I constamment aîosi (I). Cette menaçante profesqai ne lui permettait pas de reconnaître en } sion d iolentione protectrices accompagnait U

dehors d*elle une autorité qui n*ett reicTât pas. La souveraineté était une pour lui et ne pouvait se partager ; or, par i« fait, elle se troarait partagée , ear le pouvoir spirituel appartenait à FÉgiise, et non à TÉtat. Napoléon ne croyait pas ponToir laisser en dehors de TÉtat cette haute ])rééminence de la domination spirituelle. Chariemagne avait résolu le problème de la coexistence de Tempire et dn sacerdoce par raliiance et rindépendance réciproque des deux pouvoirs. Telle avait été l'économie du vieux monde catholique. Ifapotéon en avait conçu une autre, et c'était la sonmissioff du sacerdoce à l'empire. Pour cela il lui était avant tout nécessaire de supprimer ce qu*îl restait encore des derniers vestiges de ce pouvoir temporel par lequel Tindépendance du sacerdoce se défendait depm's Chariemagne. Sa hardiesse était d*aulant plus grande dans cette voie d'innovation qu'en descendant au fond de ses plus secrètes pensées il n*y trouvait que des intentions de respect et d'attachement, ^aucun appel de l'hérésie ou du schisme, rien de réellement contraire aux intérêts religieux. Il n'oubliait que l'intérêt de la liberté de l'esprit.

nous n'avons pas k juger ici celte conception de ta souveraineté ; plus orientale qu'européenne, elle destituait, il est vrai, le saint-siége de son pouvoir théocratiquê, maïs pour introduire la théocratie dans l'Étal loi-roème. Mous no«i9 bornerons k remarquer que les conditions d'existence de la papauté et de l'Égltee ne pouvaient pas changer sans que les sociétés catholiques et latines ne fussent jetées dans une perturbation infinie. La papauté était comme l'âme de ces nations; pour elles la décomposition aUait commencer.

Napoléon, en Italie, avait déjà détruit diverses institutions auxiliaires de la puissance ecclésiastique, des privilèges, des couvents, des amas de possessions de main - morte , l'ordre de Malte, etc. En Allemagne, il avait supprimé les principautés ecclésiastiques, od la puissance civile et religieuse se trouvait mêlée comme au saint-siége de Rome. Survinrent les négociations relatives au concordat, au sacre; le travail d'agression s'arrêta, mais il reprit dès les premiers jours de 1806; en ce moment les triomphes d'Ulm , d'Austerlitz, de Presbourg avaient prodoit dans l'esprit de Napoléon une exaltation où semblait s'eflacer la notion des diflIcuMés et des obstacles.

En janvier l&OO, l'empereur écrivait de Munich, qu'il avait fait occuper AncAne (sans la permission du pap^) parce qu'il était le protecteur du saint-siége; qu'il avait seul l'épée, comme ses prédécesseurs de la deuxième et de la troisième race, pour protéger l'Église et la mettre à l'abri d'être souillée par les grecs et les musulmans; ajoutant qu'il la protégerait

demande faite au pape d'avoir à eipul^er de Rome le ministre de Russie et celui do roi ^e Vile de Sardaigne (2), bientôt après, tous les mjets nisses, sardes, anglais, suédois : « Je ne ton» cherai en rien à rindépendance du saint-siégf... mais nos conditions doivent être que Votre Satoteté aura pour moi dans le temporel les mémis égards que je lui porte pour le spirituel..'. Votre Sainteté est souveraine de Rome; mais j'en suis l'empereur. Tous mes ennemis doivent être les siens... (3) ». Et cependant Napoléon n'enteadail pas « que la cour de Rome se mêlât de politique », « Dites bien », ajoutait-il en écrivant à ce sujet au cardinal Fesch, « que je suis Chariemagne, l'épée de l'Église, leur empereur; qiw' je dois être traité de même ; qu'ils ne doivat pas savoir s'il y a un empire de Russie. Je foi$ connaître au pape mes intentions en pea de mots. S'il n'y acquiesce pas , je le réduirai à b même condition qu'il était avant Ciiarlenn* gne (4) ». U n'y avait rien d'étrange comme cette invocation répétée du nom de Charlemaf^ à l'appui d'une politique qui ne se propo^it rien moins que de supprimer 1 œuvre de Chariemagne.

Après les manifestes alarmants, vinrent b actes d'hostilité. En mai t806, toutes les cales de l'État pontifical forent occupées par des troupes françaii*es. Après avoir ordonné cette occupalîon. Napoléon écrivit au prince Joseph, devenu roi de Naples : « ...La cour de Rome se conduit assez nul ; au pis aller mon intention est de gsrl^ Ancône et Ctvita-Vecchia; mais il est ioulile ai s'expliquer là-dessus (5). » Cette idée de s'emparer des côtes de l'État pontifical faisait des progrès dans l'esprit de Napoléon : <• Comme prince temporel, disait-il , le pope fait partie de f<)it de ma confédération , qu'il le veuille ou non. S'il fait des arrangrments avec moi» je loi laiàseru la souveraineté de ses États actuels ; s'il n'A fait pas, je m'emparerai de tontes ses côtes... (6) '• Le pape résistant à se prêter aux arrangemeoti demandés. Napoléon ajoute, quelques joors après : « Je m'emparerai de toutes ses cdtes, comme je vions de le foire, hormis que je ne les occupe que provisoirement, et que j'en jtreodrai possession définitivement (7) ».

Le pape conâcntait bien à fermer ses port^ aux marchandises de tel. ou tel peuple; isais^

(t) Lettre aa pape , Munich, T janvier IMS.

(1) Méae date, lettre au cardinal Feaeli.

(S) LUlrt aa pape. Parti, IS férrlcr laoa.

|4) l-rttre an cardinal Fesch , Paris, Il fenter llOt - Napoléon écrlTalt encore an prince Joaeph : ■ Jene tWX point que la conr de Rome entretienne avoua »iaWit des puissance* avec tew|urlles Je snla en guan. Je o^J' iaiitseral Jouir de son Indépendance et de sa soum^iDn^ qu'à cet conditions... » Lettre an prince Joaepb, Vws, is mars iMi.

US) Lettre an roi de Haptoa, Silnt-Oaud, • mal IM-

(61 Leitre i Talleyrand, minlatre dea relaUoas av rieurei , Salnl-Ciood, 19 Juin lio6.

p) Lettre à TaUejrand. Salol-aond, tJaUlet im

CDlendaH rester neutre*entre les aroié et les ennemis de l'Empire. Il y aYsU d'ailleurs d'autres griefa : les retards que mettait le pape à instituer des évoques qu'il trouvait trop avant dans les ^t^ de son impérial adversaire, un refus yrMtai d'annuler le mariage contracté en AiBérique^ par le plus jeune frère de Tempeleur, etc. La guerre éclata.'

Us pays de Bénéyent et de Ponte Corro dépodiieDtde l'État pontifical : Napoléon s'en empan, eo fit des fiefs et les donna, l'un à Talleynod, l'autre à Bemadotte. Des troupes françaises ne cessaient pas de traverser les terres in MÎDtpère, faisant des réquisitions qui n'étaieoi pas toujours payées (1). Le cardinal Fesch avait été remplacé, à Rome, comme ministre de Fraoce, par un ancien conventionnel, Alquier, et ceini-ei semblait avoir reçu la mission de susôier des querelles. Un parti hostile au gouvernement des prMres se forma et s'agita. La coor de Rome Toyait s'avancer le péril ; mais elle ne pouvait que protester et attendre son secours du temps. £lle s'efforçait, par sa patience, d'éTHerafle coltision définitive. Enfin, en 1S08, 00 de ces corps d'armée qui passaient et repastalent à travers l'État pontifical , se présenta à U (rontièTe, la francliit, annoncé par de sourdes nmeurs , puis, au lieu de poursuivre sa route , coiunedliabitude, vint droit à Rome et l'occupa vdhlâirement, le 2 février, sous la conduite du §éoéral Miollis. Le pape et les cardinaux furent tiailés en prisonniers de guerre, pendant un an.

Un décret impérial du 2 avril 1808 avait àétaché de l'État ecclésiastique les provinces d'Ancùoe, d'Urbin, de Macerata et de Camerino et b avait annexées an royaome d'Italie (2). Le n iDai iso9, un décret daté de Schœnbrunn ^va cette suppression de la puissance temporelle du saint-sjége dont les États se trouTèm réunis à TËmpire français.

U U jain 1809, le pape lança contre Napom et ses adhérents pour la spoliation du do- <»^de l'Église une bulle d'excoromunicaUon.

Le 6 juillet, pendant que se livrait la bataille ^ W^am, un général de gencUrmerie, Radet, «ferait nuitamment du Quirinal le pape et les ordiMux réputés les plus dangereux.

Il estaflinDé par les historiens que Napoléon j'waitpas ordonné cet enlèvement. On cite de

wbé qa'on ait arrêté le pape : c'est une grande >^ U fallait arrêter le cardinal Pacca et lais- ^ le pape tranquille à Rome; mais enfin il n'y

delî* • **»!"*§ «n *«' comnrtwtolre do n «nfcti ""^ •*' **•" dû aa trcftor roiDalQ , pour ces réa nîî '.*"* *•"■»« <»« Vrti d*» cinq romiona d'écu». • U if *"• **■"• '* préambule de ce décret, qne : fie bt» u*'"" *****'' ^ ^®"* " constamment rcïosé Oarw, *"*'" *" Anglais... «Que : « U donation de V^MvS^ ' *"*^* Woslrc prédécesseur, des pays com- Upsm ™<»" pape, fal faite au profit de la chréredi^'J^ "^ ^ l'agiotage des ennemis de notre sainle

a point de remède, ce qui est fait est fait... Je ne m'oppose i)oint, si sa démence finit, à ce qu'il soit renvoyé à Rome... (1) ».

Le pape, avec le cardinal Pacca, fut transporté à travers ritalie étonnée, lies populations s'ameutaient : le général Radet leur criait : à genoux ! et pendant que les rassemblements s'agenouillaient pour recevoir la bénédiction, la Toiture s'échappait au galop. « Cela m'a réussi partout » , dit le général Radet qui nous a luimême donné ce détail (2). La voiture poursuivit sa course éperdue, touchant à Florence, Pise, Suze, Turin , jusqu'au pied du mont Cents, puis elle entra en France et traversa Grenoble, Avignon, Âix, Nice; en août 1809 elle arrivait à Savone, lieu provisoirement fixé pour la résidence du captif. A Savone où Pie Vil demeura jusqu'en juin 1812, la police eut vent d'un projet formé par les Anglais pour délivrer le pape et le remettre , outragé et libre, à l'Espagne soulevée (3). Il fut alors transportée Fontainebleau. A partir de cet enlèvement et de cette captivité de Pie VU , un trouble profond envahit le monde catholique. La foi n'était pas assez forte pour donner lieu à des résistonces ouvertes; d'ailleurs le catholicisme qui est avant tout une religion d'obéissance s'emporte malaisément aux révoltes. Mais, l'Espagne et le Portugal exceptés , où les ressentiments religieux s'ajoutèrent aux fureurs du patriotisme, l'hostilité, partout ailleurs, an lieu de se montrer, se cacha ; elle n'en fut que plus dangereuse; elle se mêla à tous les griefs, à tous les mécontentements, pour les envenimer; elle prit tous les masques, même celui de la fidélité entliousiaste ; la trahison se glissa à travers tous les événements; elle hâtait et attendait l'heure des revers (4).

(I| Lettre au ministre de ta pollcf , Scbœnbmnn, IS )alllct IMM. — On peut voir dans la fhticé tur ta vie ef /es tr<uaux de Bigot de Préameneu^ par liL. Nougarède de Fayct, son peUtllls ( Paris , in-S». 18V3) le rapport Inédit du général Radet sur renléveroent du pape ; Il résuite bien de ce rapport que Tempereur avait donné l'ordre d'arrêter le cardinal Pacca , mais que la mesure parut fnsurQ!«anle pour rmpéoher une émeute prés d'éclater dans le but de délivrer le pape, et que la décision d'enlever le salnl-père fut prise , en l'atisencç de lont ordre y relatif de l'empereur, dans on cunseil ti»iu entre les généraux Radet, Mlolils et Lemaiols. II existe sur l'événement un autre rapport du général Radel , publié eu lti7 et qui présente quelques dilférrnces.

(S) Rapport inédit du général Radet «ao ministre de la guerre, en date de Rome, il Juillet 1809, dans la JVotke, précitée, de ia vie ei dee travaux de êigot de Préameneu^

{^ Cretineau-Joly, VÊglUê ronuOne en face de la Ré' volution, r> édition .t vol. ln-8«, 1. 1, p. 48i.

(4) Nom ne citerons qu'une preuve de cet état de Goni> plration, et nous remprunterons su trés-remarquable Mlemotre de M. le comte Frédéric Sciopii* sur La doMénution française en Italie^ de iSOOà 1814; Paris. 1881» ln-8*. • Il s'était étabU , dit M. Sclopts , entre Savone et Rome, une correspondance secrète fort active, qui allait plus vite que le teiéRraphe^.. le gouvernement en connabsall rexUteoee , mais 11 ne parvint jamais k en Interrompre le fil. » Page 41. — Le même écrivain rapporte un mol d'un grand patriote de U Péninsule. César Balbo, parlant des agents secrets de la fol reti»

NAPOLÉON l^'

A côté de ces fautes qui s'accumulaient au midi de l'Europe, éloignant de l'Empire les nations qui en formaient la vraie force et la base d'opérations, il serait juste de dresser un autre tableau, celui des réformes utiles dont Napoléon assurait partout avec lui le triomphe, celui des bienfaits si prompts et sensibles de son administration, de l'activité qu'il imprimait aux esprits, des espérances, des ambitions dans lesquelles il les emportait : il y avait là d'immenses compensations , il faut le reconnaître. Le génie et la victoire, d'ailleurs, ont pour les hommes d'irrésistibles séductions. Les erreurs commises n'étaient pas encore irréparables. Tout s'agitait pour un prodigieux avenir. £n même temps que des grandeurs nouvelles il n^était pas interdit d'espérer des adoucissements et des corrections. Un retour des hommes et des choses à la soumission , à la réconciliation n'était pas impossible, toutefois à une condition , c'est que le système de la politique extérieure de Napoléon obtint au pord de l'Europe la consolidation et la force qui lui manquaient déjà au midi.

44. Politique de Napoléon envers les nalions germaniques, la Suisse, V Allemagne ^ V Autriche, la Prusse, la Hollande. — C'est le traité de Lunévillc (1) qui a inauguré la politique de Napol(^on en Allemagne. Ce traité remettait en vigueur les stipulations de Campo- Formio, rendait à la France la frontière du Rhin, obligeait TAutriche à reconnallre les républiques batave, helvétique, cisalpine, ligurienne, etc., et réservait, pour les régler ultérieurement, un certain nombre de questions. Ce fut par ce règlement, en apparence secondaire , que Napoléon s'introduisit dans TAllemagne et en changea toute la constitution. Mais avant d'exposer cette phase si importante de sa politique, il est nécessaire d'indiquer à part en quelques mots comment fut traitée la Suisse , ce qui s'est fait en ce pays ne ressemblant en rien à ce qui s'est fait ailleurs au delà du Rhin.

La Suisse, par sa situation limitrophe de l'Allemagne, de la France et de l'Italie, participait aux passions et aux difficultés de chacun des trois États ses voisins. L'Autriche y avait eu la su'/.eraineté et y conservait, comme en Italie, de profondes influences; l'aristocratie y dominait comme en Allemagne, et la démocratie, venue de France, y était en travail. Pour les trois États ses voisins, la Suisse était, de phis^ une question de frontière et de sûreté. Rien n'était aisé comme de se tromper envers ce pays 011 un parti énergique et nombreux appelait la France, où l'ordre ne paraissait pas i)ouvoir ren> trer et dont l'occupation offrait tant d'avantages. Mais Napoléon ne céda pas aux illusions; ce fut

gleuse contre rcroplre français : « La résUtance de ces prêtres mipthén , dit Dalbo. a été merveilleuse ; ce fut la seule résistance lUUeopc du temps. » /Mil, p. 41. (i; • février 1801.

en Suisse qu'il donna le spectacle de ce qu'était la puissance bienfaisante de son action qoaod elle savait se restreindre et se mesarer. Il ne voulut pas supprimer cette grande barrière élevée par la nature entre des États qui n'avaient déjà que trop d'occasions de conflits. Au lieu de fomenter les dissensions pour en profiter, il se servit de son ascendant pour les (lacifier. I/s esprits se montraient relieiies à ses cfTort^ de conciliation; il fit venir à Paris des repr6>eotants des deux pariis, eut avec eux une confé» rcnce qui dura sept heures (1), et les lenvova éblouis, terrifiés, convertis en messagers de con« corde et de paix. Il brisa lui-même les dio* quantes inégalités existant entre les divers cantons, ceux-ci souverains, ceux-là alliés et sujcN; il répartit équitablcment la souveraineté cant^ nale ; il la groupa dans les liens d'une fédéraiioi siiflisante pour le maintien de l'accord commun; il abaissa les privilèges d'une aristocTdlie querelleuse et tyrannique, et, par son acte dr médiation , qui fut un des chefs-d'œuvre de son génie (2), il procura à la Suisse l'unique coar titutton que réclamât et comiK^rt&t sa situation, comme la contrariété de ses éléments; il lui donna la liberté et l'ordre au dedans, il la rendit saus action possible au dcliors , et par là, àvfit bien précieuse pour TEurope et pour la Suisse elle-même, il fit plus que de lui garantir si neutralité , il l'assura dans son indépendance.

La nécessité d^une communication entre \i France et la République italienne exigeait que la route du Simplon fût libre et le Valais soomis à un régime spécial. Ce pays ne fut poar* tant rattaché ni à la France ni à l'Italie : il fonni un État à part (3), et jiour dédommager la Suisse de ce démembrement. Napoléon lui céda le Frid* thaï que l'Autriche lui avait accordé par Tarticle 2 du traité de Lunéville.

. Napoléon n'ajouta que plus tard , en 1809, à ses autres titres souverains le titre de Médiateur de la Suisse.

Mais la constitution des cantons helvétiques ne fut qu'un épisode dans la politique du premier consul. Comme nous l'avons dit pla^haut, un certain nombre de questions avaient été réservées par le traité de Lunéville |K>ur être réglées ultérieurement. Ces questions concernaieoi les Indemnités territoriales et autres à procurer aux princes allemands qui se trouvaient dépossédés par la cession à la France de la rire gauche du Rhin. Un autre prince, dépossédé en Italie, le grand -duc de Toscane, était aussi à pourvoir en Allemagne. Ce fut à l'occasion de cette recherche d'indemnités que Napoléon

(I) Thibandcau, mémoires sur le Consulat, p-^' Consulat et Empire, ill, 1C8.

(t) ao ptuvlAse an xi ( 19 février 1M3). ItohUevr, an X(, n» m.

(I) IB Juillet 180f, ta octobre même année. Il est Ja|tr de dire, comme on le verra pl»s 1ms, que le VaUu lui plus tard réuni à ta France sous le nom de départcaieoi du Simplon, le 11 novembre 1810.

troava, sinon des compensations pour tous les princes frappés par les deniiera événements, du moios des combinaisons qui aggravèrent les pertes subies par les vaincus et donnèrent aux Etats germaniques une autre constitution.

ËD 1801, le Corps germanique, alors dominé parb maison d'Autriche, avait pour organes 00 empereur d*al)ord, puis une diète, composée de trois collèges , dont deux seulement en puisiwe, relui des électeurs et celui des princes, le troisième, celui des villes libres, étant à i)ea près nominal. L'Autriche, à qui l'empire appartenait presque sans interruption depuis le quiozièroe siècle, avait, de pins, la majorité dans \ti deai collèges. Dans le collège des électeurs oii $i«^geaient huit princes, cinq laïques, trois ^lésiastiqaes , le parti catholique et autrichien comptait au moins cinq voix (t). Le parti prussieo et protestant n'avait dans le collège des électeurs que deux ou trois voix (2). Dans le collège des princes, plus nombreux , la majorité da parti catholique et de rAutriclie était de cin- (takDte-qaatrc voix contre quarante-trois formant d'ordioaire le parti protestant ou prussien. Outre cette prépondérance à la diète, l'Autriche avait le comniaodement des forces fédérales ; les princes ^ésiastiques la laissaient recruter dans leurs tiats, et elle disposait encore, même pour ses iilaJres particulières, des divers contingents de la noblesse immédiate. Le parti protestant, dans %Ue or(>ani8ation , était partout réduit à une coodition secondaire, bien que très^importantc; ii atait toutes les garanties nécessaires à sa défense, au maintien de sa liberté, si elle eût j pu être attaquée , ce qui n'était pas, les passions niigieu^eg étant tombées en désuétude des deux c^tés; maiâ il n'était pas en état de prévaloir; U dcrma»tion était assurée au parti catholique.

On doit de plus remarquer que l'Église avait <^blj, en Allemagne suriont, les assises de ce ^y^ièmc où sont alliés l'autorité religieuse et le (K^c^cir politique. Cliez les nations de race iatiiie cji dominait la tradition de l'omnipotence et <ie Tooité absorbante de l'État romain, l'instinct

'i) L» troU «olx des princes ,ecclésla«tlqae«, c'est-A- Jire cf Ue de l'arebevftqne électeur 6c Mayence, chance- KT^ respire, présldeat de la Olète gertnanlqur ; celle ^ l'arcbfveqoe électeur de Trétes, chancelier da mnnt det Gaolet ^ cetle de Parchevéque électeur de Co>ogite, chancelier du royaume d'Halte; en outre» la TflU du roi de Behetne, pais tantôt la toIx de l'électeiir mm de BaTière.ct tantôt celle de rélecteur duc de ^f«. U Bavière, eaUiolique ter? ente .' maU alarmée det *«n de l'àutriche sur son territoire', votait ordinairef*-e|>l av«e la Pnuae. U Saxe, protesUnte Intolérante, ■»> SoaTemée par ane maison catholique et d'ailleurs ôppoMe » te Pnuse par défiance de Yofoinage , votait wreniMec l'Aotrlche; maU les vola cathoUquea ne se ^\m qoc sur les questions particulières; elles nawn unies et votaient avec l'Autriche, toutes les t^MttilB'aiteaUde déférer l'empire ou de décider

, r *'"" ^^^^ général pour l'Allemagne. ^ Celle dH Brandebourg d'abord, qnl éUU la sienne ^»'' u"*^' *'*^* •*" Hanovre appartenant i TAngle- «i«iL ^'>»»*t compter, pjrfols. sur une divergence d^!/^/'!"*"* * luiapporier éventueUement une des •m touite u Bavière ou de la Saxe.

KAPOT.ÉON P»"

de la liberté menacée avait fait sentir de bonne heure, depuis le christianisme, la nécessité de séparer les deux pouvoirs et de sauvegarder Tindépendance de l'autorité religieuse contre les envahissements du pouvoir politique et civil. De làTorigine première du saint-siége; à la vérité, les deux pouvoirs y avaient été confondus par une de ces anomalies que les faits imposent souvent à la raison humaine : mais c'était atin que l'autorité religieuse ne dépendit que d'ellemême à son centre et que, partout ailleurs, elle pût défendre son action et sa milice contre les absorptions et les entreprises des souverainetés civiles. Or, ce fait anormal de la coexistence des deux pouvoirs au centre de l'Église eût été incessamment menacé, s'il fût resté unique et sans institutions analogues au milieu de la chrétientéi Il lui fallait, pour se maintenir, n'être pas isolé. C'était en Allemagne où ne vivaient pas les traditions de Pomnipotence civile de l'État latin, où la liberté était naturellement assurée d'elle-même, où la logique ne tyrannisait pas les esprits, que s'étaient le mieux rencontrées les conditions favorables à des constitutions pareilles à celle de l'État pontifical. Partout ailleurs avant la révolution, le clergé formait un ordre dans l'État, participant à la souveraineté et ne l'ayant pas eu son propre nom ; en Allemagne il avait immédiatement la souveraineté. Dans la pontificale Italie ou ne comptait qu^un prêtre-roi ; en Allemagne on en comptait trente-trois dont les possessions comprenaient le sixième du territoire de la confédération; et de ces trente-trois abbés souverains trois concouraient à l'élection de ce Saint-Empire qui conservait de mystiques prétentions de suzeraineté sur l'Italie, la France, le reste du monde chrétien.

C'était là l'état de choses que Napoléon prit à tâche de renverser et de changer. Ne fut-il déterminé à cette résolution que par le désir d'abaisser l'empire d'Allemagne et la maison d'Autriche.' N'avait-il pas âë& lors en vue un autre pouvoir qu'il se proposait, non d'abaisser, mais de supprimer, le pouvoir temporel de Rome ? Ne songeait-il pas, dès 1802, à priver le saint-siége de l'argument de défense qu'il pouvait tirer de ce qu'il y avait, dans la chrétienté, d'autres sièges ecclésiastiques , d'une moindre dignité, réunissant les deux autorités civile et religieuse? Les politiques ordinaires vivent an jour le jour et d'expédients; mais les hommes à grandes pensées considèrent de plus loin les événements et s'y préparent. Il n'est certainement pas iuterdit d'attribuer cette prévoyance à Napoléon.

Quoi qu'il en soit de cette question historique. Napoléon se proposait de déplacer en Allemaj^ne la prépondérance et la majorité. Il faut nécessairement ne pas s'adresser à la liberté et recourir à la contrainte pour changer le cours des clioses contre l'état des forces établies. Si l'Allemagne eût été mise en demeure de se réorga-

NAPOLÉON l^'

niser, la maison d'Autriche et le parti catholique n^eussent fias maoqué, tout eo se modifiant, de conserver la supr^atie. Napoléon voulait obtcBir un autre résultat; pour réorganiser TAllemagne comme il rentendait, il disposa d'elle sans la consulter.

11 n'y a peut-être pas d'exemple d'une autre négociation conduite avec autant de mystère et de dextérité.

Des conventions furent d'abord passées, dans le plus grand secret, avec la Prusse, la Bavière, le Wurtemberg, Bade, les deux Hesse,etc., les États les plus favorisés par les changements projetés (1). Aucune iadiscréUon ne fut commise. L'ambition et la cupidité imposèrent silence an patriotisme. Une partie de l'AUemagnc entra dans cette conspiration contre rindépcndanœ commune, et l'Autriche n'eut point vent de ce qui se préparait, pas pins que les antres États menacés comme elle. Cependant on voyait les petits princes , inquiets de leur sort , venir solliciter à Paris, d'où ilsdeTaîeot emporter contre la France tant d'amers ressentiments pour les humiliations et les malversations dont ils eurent à soufTrir (2). Le firemier consul , avant d'arrêter son plan, avait cotnmuniqué à l'empereur de Russie les arrangements secrets faits avec la Prusse et les autres États complloes de la spoliation de TEmph^ germanique (3). Alexandre recevait en même temps la proposition de se rendre médiateur, avec la France, des affaires de l'Allemagne et de se joindre au premier consul pour imposer à i'Antnche et k ses confédérés tous les changements projetés. La Russie, depuis Pierre le Grand, tendait par tous les efforts de ses nsur|)atioas, de ses intrigues et de ses alliances de famiUe, h s'intro* duire en Allemagne. £lle se vit oITrlr tout d'un coup, sans qu'elle eût combattu et vaincu, l'avantage de faire an ecpur de l'Earope un progrès décisif. £lle feignit d'avoir des scrupules, de ne point vouloir s'allier avec le pouvoir issu en France d'une révolution ; elle se posait dès lors en protectrice de la l(^itiinilé. Mais Alexandre ne s'arrêta pas longtemps à cet hypocrisies, et il accepta avec un empressement mal dissimulé la fortune inespérée qui s'en venait à lui (4). Quelques jours après ce pacte des deux souverains, les arrangements arrêtés entre eux étaient signifiés k la députation extraordinaire des Étals allemands convoquée è Ratisbonne (5). Les intérêts et les ambi*

(11 Convention des S et 4 pniliial an x (U et S4 nul IKOS), l" mesMdor an x( M Juin 1801).

(1) «c L'Allemagne, dit un historien contemporain, fnt ibIw à l'encan dans les bureaux des rolatioos extérieures >. Ttaibaudeao, CoAfKlnl cC £m/>ire, 111,95 et IV, m.

(S) Conycntloo conditionnelle du is prairial an x (4 Juin

(4) ConvenUon du il thermidor au x ( 6 aoftt iSOl ) inodlflani et rendant defloUive la préo<ideatc ronrrntion du 15 prairial an x ( 4 Juin iSOl ).

(1) l*r fructidor an x (19 aoftt iSOt ).

tiens avaient été assez bien combinés poar qu'on n'eût pas beaucoup à craindre de la résistance des parties maltraitées. L'Autriche toutefois fut à la veille de prendre les armes et de Inaver la Prusse et la Bavière alliées contre elle (I ) pour la soumettre aux décrets de la Russie et de li France; mais elle se trouvait pour le raoroeGt trop Isolée, accablée par le nombre de ses adversaires ; elle feignit de se cooleuier do qudques réparations de plus qui lui furent ofïertts aux derniers jours (2). La déput;tUoa e\trao^ dinaire assemblée à Ratisbonne accéda à la nouvelle combinaison (3), qui fut acceptée |Mr la diète, le 14 mars 1803. U n'y eut qu'une toïx op|H>sante : celte du roi de Suède qui accusa fortement la France de s'être entendue avec h Russie pour soumettre l'indépendance de ^A1J^ magne, et qui accusa la Prasse, la Bavière et k$ autres États signataires des oonventioBS sccrèies de s'être rendus complices de cet abaisseiïieoi de leur commune patrie. Le roi de .Suède partait comme la conscience de TAllemaipe; on feignit de le prendre pour fou.

La consUtution fédérale de l'AHemagae »

trouva ainsi cliangée.

îi y avait eu trente-trois princes ecclésiastiques : il n'y en eut plus qu'un, conservé en quelque sorte pour la rareté de l'espèce, Yankvêque électeur de Mayence, qui fut transpodé à Ratisbonne avec ses titres de président de U diète et do chancelier de l'empire d'Ailemagoe; aux autres on accorda çà et là des indemnités ou pensions ; k quelques-uns on n'accorda que à^ aliments (4), qui ne furent pas toujours exacte ment payés.

Le collège des électeurs était, comme e^ U vu, de tiuit inemiMres, dont cinq pour le parti catholique et autricbien : il en compta dis, dont îk\ pour le parti protestant et prus&ieo-

Le collège des princes se composait dcquatre| vingt-di\-sept memt>reâ, dont quarante-trois pour le parti de la Prusse et cinquante-quatre pour le parti de l'Autriche : il y en eut quatrevingt-treize, dont trente et un pour l'Aotriclie et soixante-deux pour la Prusse (6).

Le collège des villes avait droit de s'attendre à une révolution eo sa (aveur; il représentait U t>ourgeoisie, le commerce, le travail, toujours intéressés à la paix ; Il pouvait devenir, en se transformant, un moyen d'ar^gasisalion de \^

CoavcDtlMi du • aeptcaiAre ISOl.

Modifeati«n du ptoo dlodemvItMi

S ocioère «SM. Autre eoseraaion laMe le l< «t^*"^ IMI, le ffrand-dttc FordtaMid de Toscane admU ou non bre des ékci«ar«.

(8) Le «• février «SM. ^^

(4) M. Ttitera, MisUiré au Ctmvim H 4» FEmpirr, t. IV.P.IOS. ,

(SI Nous ne pai1«M TM»a tel de la réwlotton, »•"' ' portante, faUe dans la noMeaae Immâdiaie et "«^^ "^ Terainetcs de peu d'étendue, qmI furent presque \w Rnpprlméoa, au détriment de l'Airtricbe. On «oinp'«»|^j Allemaffne 517 ét:it« : à pai«lr de ISOS, Il «7 ^"J\^Lt> que U7, et ee nombre fut réduit à 81 low de letw» ment de la confédèraUon da Rbln, ea ISM.

démocratie allemaDde. Sansnnl doute Napoléon, traitant de rAllemagae avec l'Allemagne ellemême, eût troQvé là une force à développer et coDstitaer suivant les principes nouveaux de la France; ri avait tout à craindre de l'aristocratie; b démocratie était, en tous les pays, son affiée oatureUe. Mais Napoléon remania TANemagne d'accord avec la Prusse et la Russie ; i! NpooTâit pas Honger à constituer une dénoeratie ; il se borna à sauver certaines villes liiffes de la convoitise des princes leurs voim, à augmenter leurs privilèges de neutralité, à reodre meilleure leur condition économique, à De pas permettre qu'elles fussent toutes supprimées. Le collège des yilles, non augmenté, amoindri, porté de i)uit à six, garda son insi- ^ifiance et vit se consommer sa déchéance politique ; réléroent démocratique n'entra pas dans la diète.

Us changements territoriaux avaient été déterminés en conformité de cette nouvelle combinaison qui abaissait TAutriche, mettait la Presse presqu'à son niveau et plaçait entre les rivalités de la Prusse et de l'Autridie un groupe <ie princes à peu près indépendants de l'une et de raotre. Par là il apparaissait que l'Allemagne se trouvait en quelque sorte neutralisée ; car si l'Autriche avait intérêt à la guerre pour rompre l'état de dioses établi, la Prusse avait intérêt à la paix pour le conserver. Plus d'entente possible en Allemagne ; la division et Tantagonisme à% ses forces l'annulaient. Ce qui se voyait moins et ce qui était plus réel encore, c'est que l'Alietnagne ne s'appartenait plus; la direction iAprème de ses États avait passé à la France et à la Russie.

Cette monstrueuse solution fut admirée de toute f Europe. On applaudissait à la chute de ia constitution la plus féodale qui fût connue; cet édiûce gothique, comme on disait alors, avait été renversé, sans batailles^ sans luttes civiles, sans victoire sanglante, par le génie et l'tia- Ulélé d'un seul homme. Ce qui frappait les imaginations, c'est qu'un aussi grand résultat s'était tout d'un coup dégagé d'une négocialioa jasque-là restée secrète. Quels n'avaient P^ été, disaient les politiques, les efforts de ^ancienne France , depuis François !•', Richelieu et Louis XrV , pour abaisser la maison d'Avtriche, lut oppoMf les petits princes ses coarédérés et enlever à l'empire d'Allemagne la Fépondérance sur la oonlineot européen? Ce q|ie tant de vaiUants capitaines et d'habiles uilustres n'avaient jamais obtenu que d'une manière incertaine , P^apoléon venait de le con- ^nr et de l'assurer en quelques mois par une o^ociation. On parlait de sa foudroyante stra- ^<i^ur le champ de bataille; sa diplomatie "^H pas moins irrésistible. Homme de guerre, **nioî8lratenr, négociateur incomparable, au- J^ gloire ne lui manquait. L'Allemagne neu- «iàée et rattachée è la France, l'avenir et la

paix du continent n'aratent plus rien à craindre des coalitions.

Cependant, au milieu de tout cet enthousiasme^ quelques observateurs se demandèrent avec inquiétude si l'on ne venait pas de trop appeler la Russie dans les affaires del'£urope(l) ; et l'on e(ti pu se demander encore avtsc noa moins de raison si TAHemagae était un de ces pays dont on offense sans danger ia dignité nationale; s'il n'y avaK pas quelque imprévoyance à favoriser près de ia frontière française l'accroissement d'un Étal miiitaire comme la Pniâ.«e; si la France, justement opposée à l'Autriche, tant que l'empire d'Allemagne menaçait rindépendaure de l'Europe, avait toujours intérêt à l'abaissement de cette maison, depuis la formation de la Prusse , l'annulation de la $uèdeet de ta Turquie, la suppression de la Pologne et la formidable extension prise dans le monde par les deux puissances anglaise et russe.

Les événements se chargèrent bientôt de démontrer quelle était la paix qu'on venait d'imposer à la confédération germanique.

L'Autriche, profondément atteinte dans sa prépondérance , ne pouvait pas se résigner à la position qui lui était farte ; eUe n'attendait qu'une occasion pour reprendre les amoes contre la France et recouvrer par la force ce qu'elle avait perdu.

On pouvait croire que la Prusse, traitée tout différemment, ne devait se sentir sollicitée qu'au maintien de la paix ; il n'en était rien ; placée dans l'alternative de rester un satellite de la France qui avait intérêt à ne pas la laisser davantage s'agrandir, ou de se faire en toute oo casion le champion de l'Allemagne ^i seule offrait à ses ambitions des chances d*aTenir, la Prusse ne pouvait pas hésiter; elle devait être pour l'Allemagne contre la France ; aussi ne songea-t-elle qu'à faire oublier la part principale qu'elle avait prise à rintroduction de rintluence étrangère dans les affaires germaniques ; son thème fut bientôt établi : elle n'a- Talt consenti à s'agrandir par le secours des étrangers que pour assurer 4 l'Allemagne la force protectrice d'un État yraiment allemand , car l'empire autrichien ne l'était pins ; il était italique, slave, hongrois, roumain. L'Allema^ie souffrait beaucoup de ce que l'on eât disposé d'elle sans elle et de ce que ses princes, pour s'agrandir au détriment les uns des autres, s'étaient rendus complices de cette humiliation : en Prusse on prit à tftche de démontrer que toute

(1) « On trouva, dit avec l>eaucoup de aena un Mitorten (tu temps, on trouva qne le premier codkuI avait fait une faute en laissant Intervenir ia Russie d»ns les affaires iTOecicl^nt. » Ttiibaudrau, Consulat et Empire^ tome tif, paRe 178. Ttiibaudeau cite une note dlploioa tique où ce rpprodic est neltemeat formulé : m Cest la France qui. malgré l'Autrlciie, a fait intervenir la Russie dans lea arrangcmenta de rsmplre gcr* i manlque. a

cette hainiliatton ne provenait que de la France, s'assistant de la Russie dansson œuvre dMotrigue et de prépotence. La Russie, trompée, disait-on, se repentait déjà du rOle quelle a^ait joué. La Prusse favorisa ainsi elle-même le développement des haines nationales ; c'est dans sea universités que les sociétés secrètes se mirent dès lors à organiser la propagande contre la France.

Nous nous sommes longuement étendu ma ce début de la politique de Napoléon en Allemagne, parce que, de là, sont fatalement dérives tous les excès qui, depuif), ont rendu la guerre interminable sur le continent

Napoléon, qui ne revenait pas sur ses décisions, persista dans la combinaison qu'il avait résolu d'imposer à l'Allemagne, alors même qu'il put voir fous les mécomptes et toutes les résistances qui en étaient la suite. A la force invincible des choses, il opposa une autre force, sinon plus invincible, du moins plus tenace encore et violente, celle de sa volonté. Il avait jugé que la Pmsse et TAutriche devaient vivre dans une condition secondaire sous la suprématie de la France ; qu'il n'y avait pas pour elles d'autre loi d'existence entre les conflits des trois puissants empires qui se disputaient la domination de l'Europe et du monde; que, cette loi, elles raccepteraicnt tdt ou tard, quand elles auraient vu que rien ne pouvait les défendre contre l'ascendant de la France. Il s'arrêta donc à cette difficile politique. De là, ces rapides expéditions par lesquelles, épargnant tour à tour l'Autriche et la Prusse après les avoir terrassées, il sembla prendre à tâche de leur démontrer coup sur coup qu'il pouvait les détruire, qu'il tenait à les conserver, maisqu*elles avaient à choisir entre de nouvelles épreuves, toujours plus dures , et la nécessité de vivre d'accord avec la France sans la contrarier et l'inquiéter.

L'Autriche se leva la première. Seule, elle n'en eût pas eu l'audace. Mais il tardait à la Russie de réaliser, par quelque avantage effectif, ce protectorat, trop honorifique à son gré, auquel Napoléon l'avait convié par ses arrangements de 1802. C'est avec l'aide et la complicité de la Russie que l'Autriche avait été abaissée en ces arrangements : toutefois, les deux puissances s'entendirent. La Russie promit à l'Autriche une armée que l'empereur Alexandre devait commander en personne, et la coalition de 1805 se forma (l).

Malgré les prodiges des campagnes d'Italie» on ne connaissait pas encore alors toute la puissance de mouvement des armées françaises. Napoléon était en ce moment occupé sur les cdtes de TOcéan à préparer l'invasion de l'Angleterre. Aux premiers indices de la coalition,

(1) Trallé de Saint- Ptftersboarg cnlre rAnglfterre el la RuMfe, 8 avrU isos. -. AccesMon de l'Autriche au traité précédent, 9 août 1905. - Ce* deux (raltési, qui Inaugurèrent la troisième coalition contre la France, ne farent pas publiés A ia date de lear concltulon ; Ut ne tarent connus que plua lard.

il se trouva sur le Rhin avec près de deux mi mille hommes (l). Il surprenait l'Aoliicfac avant que la Russie eût eu le temps d'arriver à son secours (2). Le 2 décembre 1809, II rencontrait à Austerlitz l'armée russe et les débris de l'armée autrichienne. L'empereur Alexandre, vaincu, ne se tira des mains da gé^ néral français lancé à sa poursuite que par uo subterfuge assez peu chevaleresque (3).

Quels qu'aient été les résultats de la bataille d'Austerlitz et ceux du traité de Presbourg qoi la suivit (4) , une coalition nouvelle vint les mettre en question. La Russie parlait de pan à peu près comme elle avait parlé d'armistice quelques jours auparavant , contrairement ï toute vérité. £lle attendait, gagnant du temps. un autre effort de l'Allemagne. L'Autriche abattue, tous les regards se tournaient vers U Prusse. Celle-ci se leva à son tour, et la Russie, laissant là ses mensongères négociations, déclara qu'elle se joindrait à la Prusse. Ce fat la quatrième coalition.

Les hostilités commencèrent le 9 octobre iSOC Le 27, après la bataille d'Iéna ( 1 4 octobre), l'année française entrait à Berlin. En dix -sept jours c'en était fait de la monarchie prussienne ; pendant le mois de novembre, toutes ses armées furent dissipées ou faites prisonnières et x^ places fortes occupées par les Français.

La Russie ne s'éUit pas trop hâtée, l'anD'O précédente, pour agir de concert avec l'Aulriche ; soit lenteur d'exécution, soit calcul, elle l'avait laissée subir le premier feu de l'agressicn, se réservant à elle-même de porter les m^ décisifs et de triompher d'un vainqueur épuiJÔ

(1) L'Autriche avait envahi la DaTtëre, le 8 ieçi^tahr 1805. Dés les 81 août, 1, 1 et S sepleoibrc. les i*, i*. <*' 6« corps de l'armée française parUlent de Boulogaeet marchaienl sur le Rhin.

(I) Dès le 17 octobre. quIoKe cents officienet quarante mille Autrichiens capitulaient dans Dioi ; ie 1^ ^^ ▼embre, Napoléon entrait à Vienne, et toute U ««* narcbie autrichienne était à la merci de son tiuqueur.

(8) Alexandre, fugitif, sentant Davoat près de l'atteindre, lui envoya on aide de camp pour lui dire que i^ poursuite devait cesser» « earU v avait armistice. *" m Je n'en sais rien, répondit le maréchal, mal* i*" croirai la parole écrite de S. M. l'empereur de Russie • Alexandre donna celte parole sur un œorrrao de F»" plcr écrit en toute hâte au crayon. Et la poursuite «.«J Or, le fait affirmé par Alexandre n'éUll pas ▼"'•I' n'y avait pas armistice. M^ls on eut le temp« à:etfcdier des aides de camp pour obtenir que l'annlstitt fût accordé. Cet étrange billet d'Alexandre fut pwce dans un portefeuille qui ne qiiHtail Jamais le caD»ei de l'empereur ; en 1814. il disparut et ne pot »c «* trouver. L'on ne saurait rien de celte anecdote, i«» n'en aurait pas du moins une preuve aulhentiqac w »e maréchal Davout, suivant lu^gc mlHlalre, n'avait p«^ rendu compte de l'événement, en même temp» 0»» l'empereur, au major général de l'armée; â l*"'^ pereur. le billet autographe; au raajor général, one copie authentique. On a bien pu soustraire le bUlJ-Howgraphe du pnrttrrutlle de l'tmpereur; maU la f«P« authentique, i laquelle on n'a pas songé, est '^*^*'! dépôt de la guerre, i Paris, avec le rapport du roarW«' Davont contenant tout le détail do récit que nooi menons d'abréser.

W Traité de Presbourg, aigné le §• décembre i«».

iJle D^ea osa pas aotrement eo 1806. La Prusse était à la merci de sa puissante alliée, lorsque oeUe-dcoromeoçaità peine à se mettre en mouveraeDtpottr venir à son secours. La Russie se faisait ainsi grandement désirer ; elle habituait les esprits en Allemagne à la nécessité de son interyention ; c'étaiakt les champions les plus ardents de l'inéépeodaDCe germanique qui l'appelaient, et, rédoits aux extrémités par ses lenteurs» Ils en arrivaient à rappeler sans condition. Autre avantage : i'armée française se trouvait provoquée à venir elle-même au-devant d'un ennemi qui &'anDooçait sans jamais apparaître, et, par là, ëk s'exposait beaucoup, car elle s'éloignait de plus en plus de tout secours et de tout renfort, Uissant entre elle et la France d'immenses espaces incertains, hostiles, au delà desquela, uns parler des rigueurs du climat, elle ne pouvait se conserver et vivre qu'au prix de victoires continues.

L'amée française atteignit enfin ralliée de la Prusse. L'armée russe subit un premier choc, puis disparut (1). Mais voyant que son adversaire ne oommettait pas alors l'imprudence de la ebercher dans ses brumes, qu'il s'établissait dans un pays ami, la Pologne, et qu'il l'y attendait , assuré comme s'il eût été entouré d'une aatre France, l'armée russe revint résolument ^ la charge (2). Ce nouveau choc fut long, dcfaamé, et, des deux parts, terrible. Quelque temps il fut douteux qu'il pût y avoir un vainqieur; mais enfin, à défaut de la valeur, ce fut la fortune qui se montra inégale; l'ascendant dtt génie et celui de la civilisation la décidèrent <a faveur de Napoléon et de la France. L'Ame 4'Alexandre , toute troublée de la conscience de scQ iofériorité, cessa de résister, et, jusqu'à des Ifnips moins contraires , elle garda pour lutter entre son adversaire trop puissant d'autres arr&es que celles de la force.

L'aïroyable bataille d'EyIaa avait fait snspes^ire les hostilités (3). La bataille de Friedland (4) fut suivie d'un armistice (5), bientét clidogé en an traité de paix.

Les deux souverains vinrent l'un à l'autre au siilieo du Niémen (t) , et là ils s'embrassèrent CD présence des denx armées qui battirent des mains, joyeuses de cette démonstration d'amitié oà semblait triompher la paix du monde.

La paix fut signée à Tilsit avec la Russie le ", avec la Prusse le 9 juillet 1807. Napoléon put croire désormais assurés les desseins qu'il avait ^r l'Allemagne et l'Europe centrale.

Après la bataille d'Austerlitz et par la paix de Presbourg, il avait contraint rAulriche à sortir ^ l'Italie et à loi abandonner tous les pays vé-

(i: Du » Bovenbreaa ti décembre 1806.

0) B laovler iWt.

P: Da « i«vrf«r m 4 jaio iior.

(«'l^MlB ISOT.

n ti )uto isorr.

(*; X )aia un.

nitiens (t) ; il l'avait, de plus, amoindrie en Allemagne : l'inquiétant électoral de Bavière pesait désormais sur sa frontière , augmenté de ses dépouilles et transformé en royaume; deux autres États s'étaient encore accrus de territoires détachés de l'Autriche, l'électorat de Wurtemberg élevé à la royauté et l'électorat de Bade (2). En outre de ses dispositions formelles , le traite de Presbourg eut des suites où se développèrent de plus en plus les vues de Napoléon sur l'Allemagne. Deux princes français furent introduits dans les États- germaniques, comme des gages d'alliance et comme des garanties de fidélité ; ces deux princes, appartenant à l'armée victorieuse de 1805, reçurent, à titre de fiefs relevant de l'empire français, des pays acquis par traités de la Prusse, l'un , Murât, les duchés de Clèves et de Berg (3), l'autre, Berthler, la principauté de Neufchàtel (4). Un plus grand changement se préparait pour TAllemagne : le 12 juillet 1806, après de secrètes négociations où se renouvelèrent les intrigues, les trahisons, les eflbrts réciproques de spoliation qui avaient précédé les remaniements territoriaux de 1802, une importante convention fut signée à Paris ; par cette convention , les rois de Bavière et de Wurtemberg, l'électeur archichancelier de l'empire germanique, l'électeur de Bade, le duc de Berg et de Clèves, le landgrave de Hesse-Darmstadt , les princes de Nassau-Usingen et de Nassau- Weilburg, de HohenKollern-Iiechingen et Hohenzollem-Sigmaringen , de Salm-Salm et Salm- Kyrburg, d'Isenburg-Birstein , de Liechtenstein , le duc d'Aremberg et le comte de La Leyen, se séparèrent de l'empire germanique et se constituèrent, sous la protection de la Franco, en Confédération du Rhin, Le titre de Protecteur était déféré à Napoléon. Les nouveaux confédérés, qui se donnèrent une organisation complète, une ville fédérale, Francfort-sur-le- Mein , une diète composée de deux collèges, etc., s'obligèrent à fournir des contingents militaires dans le cas de péril commun ; ces contingents ne pouvaient être levés que sur l'invitation du Protecteur de la Confédération; les moindres princes devaient fournit quatre mille hommes ; en tout, du c6lé des Allemands, soixante-trois mille; reropereur,qui était aussi on des confédérés^ en devait fournir deux cent mille (5). 11 n'y avait plus d'empire d'Allemagne; ou pour mieux dire, cet empire passait à la France. Le chef de la^ maison d'Autrldie résigna le vain titre qui lui restait encore :- le Saint'Empire romain cessa d'exister; François II, empereur d'Allemagne,

aoOT. BIOGR. CÊSÉR. — t. M\V

(1) Article 4 da traité de Presboarg, te décembre 1805.

(S) ArUcles 7 et S da traite de Fretbourg.

(S) Traite de cession entre la Prusse et b France, M février 180<. — Décret d'inTCstUare, Il mars 1806.

(4) Traité de ces-^lon entre la Prusse et la France, tS février 1806. — Décret d'Investiture ^ 30 mars 1806

(8) Convention arrêtée i Parts , le IS Juillet 1806. — Oéclaratloo dea rois, ducs et princes d'Allemagne, da 1<' août 1806.

ne fut plas que François !•', empereur héréditaire d'Autriche (i).

Les deux traités de TilsH, en 1807, vinrent confirmer, en les développant, œs résuilats de la paix de Pi esbourg L'Autiiche avait été amoindrie et abaissée en 1806; la Prusse fut abaissée et amoindrie à son tour en 1807. Napoléon n'ajouta rien à son titre de Proterteur de la 0«ifédération du Rhin ; mais il introduisit dans «tïtte Confédération qnî tendait à devenir ia puissance prépondérante de TAllemagne -deux nouveaux éléments de domination française : tes royaume» de WcstphaUeet de Saxe. Le royaume de WestpbaHe, compi-enant outre la Westpiialie, Télectovat de Hcsse enlevé à nn alHé de la Prnsae et d'autres piwiBOCS ééUchées de la Pnusse à la gauclie de fElbc, M, donné w ptas jeune frère de Napoléon, Jéréme; cette nouvelle royauté et sa prochaine accession à la confédération du Rhin ftnent recenmes par les traHés de Tilsit (2), ainsi que la Bouvelle royauté d*on autre frère de Napoléon «n Hollande. L'électeur de Sâ^e était tin ancien allié de la Prusse; il venait de prendre les armes avec eUe contre la France, et vaincu avec elle, il avait demandé la paix; Napoléon s'était empressé de la lui accorder ; il avait fait plus dans son habile générosité : tes avantages et les espérances dont rélecteur de Saxe se trouva oombte devaient à jamais le détacher de la Prusse et le liera la France; l'électeur deSaxe, devenu roi, entra dans laconfédérationdti Rbin^avec tontes ses brancbe&,tes maisons ducales deSaxe Weimar, Sax«-Gotba, Saxe-Meiningen , Saxe-Hildburgliausen et Saxe-Cobourg (3). £n attirant dans la sphère de sa politique le royaume de Saxe, Napoléon lui assigna un autre rOle que de peser sui- la Prusse; il lui adjoignit une création nouvelle, le duché de Varsovie formé de fractions de la Pologne que la Prusse possédait depuis le premier partage de 1772 (4). Leduché de Varsovie était destiné à consommer un autre résulUt de la bahiille d^Ausieilitc et de U paix de Presbourg : c'était l'exclusion de la Russie des affaires de rAlleroagne. La Russie avait été malencontreusement appelée à intervenir comme médiatrice dans les arrangements de 1802. Ce droit d'ingérence et de suprématte qu'elle avait

(1) 6 août 18oe. , ...

{i) Arllrlc» is. «, «0. et 16 J*»dn trallé un 1 JnUlCt

1807. — Article» 6, "i. S, 10 f final du tralle du «.

(3) TraUé avec rdccleur de Saxe , Poaen, il décembre

1808. — Traité avec le» ro.iKons ducales de Saxe, 18 décembre 1808. — On doit noter que, nonolwtanl ce traité, Saxe-Cobnurg n'entra pas tout d'abord dan* la confédération du Rhin eldana raUlancc de la France. U duc de Su&e-CobourR étant mort cl w» flls se trouvant au ner- Tlce de la Ru»«le, napoléon prit possession da duché. (t7 Janvier 1W7). - Le doc de Saae-CoboufB fut plus tard remis en posaeaaion de son duché par l'arUcle il du traité de TllsU. 7 Juillet 1807, qui reconnut et conûrroa touiea les augmentations et disposUlotu relaUvcs à la Saie; article 15 notamment. Le» même» sUpolatlons ae retrouvent dan» le traité de TlUlt avec U Pruase. » Juillet leon, articles 4, lo «««, It, 19, eU:.

(4) Articles S du tratté da 7 JalUet &W7, et 18 et 16 4a Irallé du 9 JalUet 1887.

perdu à Austeriitz, elle ne le retrouva pas à Tilsit; désormais entre elle et l'Allemagne il devait y avoir ce duché de Varsovie dont le nom seul était une menace pour ses ambitions.

D'après les apparences. Napoléon restait biea le maître des affaires de l'Allemagne. Les deux puissances du Corps germaniqoe s'étaient aflaissées; à lenrs oMés s'élevait une oonfinléntioa nouvelle, fnais placée «obb le protectorat de l'enn»reur des Français, mêlée d'éléwenU et d'intérêts français , obligée à un service maitaire envers U France, ne ponvaaift pas prendre part à d'autnes triompbes ^n'à oeuK qui devaient consolider IViscendant de la Franoe : U confédération du Rliia représentait une Âlfa^ magne qui ne s'appartenait plus. Les diKis princes de ces ficres contrées que ia conquête étrangère n'avait jamais outragées ne seroblaient pas prolester contre cette humiliation. X>m le raidi de l'Europe abaissé et comme décoinpeie par tant ^'abus de gouvernement <, il y awil» ^ la -part des |irinces et des peuples, d'iuviacibks résistances. Dans le nord de l'Europe, au contraire, où Tien ne aensblait encore avoir entamé les^ergies nationales, on eût dit que les princeJ se soumettaient avecHintbousiasme À ia loi de U force, A firfurt où Hnpriéon, après Tilsit, vint tenir comme \mt «cour plënière de son empire germanique (1), on vil les prinf^ allemands s'incliner tous devant la fortooedc leur vainqueur. On remarqua surtout Itltitode de l'empereur Alexandre. Parmi les ftles doanées à Erfurt il y avait des reprfsenUtioib ttiéâlrales où Napoléon se plaisaU à faire connaître aux princes du Nord les chcfi-d'iWïTre de la scène tragique française, qu'il aimait eotre tous pour leur correction -et leur élévation Wroïque. Un soir qu'on jouatt Œdipe devant uu pwietre de rets, oomme disaient alors tes courtisans, à ce vers,

L'amitié d'un grand lionime cat on l>leDtan des di«»- Alexandre se tourna vers Napoléon assis'» se? cètés et lui prit la main. Napoléon n'avait pas en cemomentsonattentionàce qui se passait; il ««« même un peu assoupi; il s'éveilla, mais an-* saisir touft d'abord l'à-propos , et son air distrait, incertain, faillît nuire au succès de 1 «uo* sion. U se remit bientôt ; l'auguste flittene ue fut pas trop compromise : le parterre de rots sourit peu et applaudit (2).

(1) Du «7 aeptcrotwe an il octobre 1808.

tt) Souvenirs diptomatiques <U lord «oUandF^^ par son fils, traduits de l'anglais par H. de Chw» • Paru, I8SI ichap. «. p. tSi). - Oo «P^f'** /j^Her. Erfurt la Mort de César. Napoléon ^ul ne ««l*»^' •;;„ sonne le soin de régler Je programme de» '«'fj lui-même désigné cette tragédie où l'on P^^^J^^Jj. ter tant de vers de circonstance et nolaromeoi cejurv

Et ce bras dans son sein Ta porter le trépat.

L'acteur fabant le personnage de B*'*^'^*YJTnàl >^ puU raconté qu'en prononçant ce vers qui répoB«a passions sccrèlra de bien des assistants "■"iiîteol ^ la salle un regard toqulet. Tou» le» *lsa«» «*"^*' uieurés Impassibles.

Cependant le patriotisme allemand commençait à s'agiter. £n 1806, pendant que l'armée française occupait encore TAIlemagne et que i'oB formait la confédération du Rhin, la politt déeouTrit des papiers, des appels à la réirolte, ir»sassioat, on plan, une agence d'iasurrection. PkiMars ItiM-airea furent arrêtés colportant ces écrite, et, d'après Tordre de Napoléon , déférés à ■e eommisAion militaire (1). De six prévenus, quirt furent renvoyés à leurs gouvernements, dha, Scbôderer et Palm , condamnés à mort lapotéoo fit grAce à Sdiôderer ; mais le libraire Paim, de Nuremberg, fat fusillé. Lors de la guerre de Prusse, un gentilhomme de la cour de Berlin avait aiNisé d'iine mission pacifique dans le camp français, poor y surprendre induement des renseignements militaires ; bi preuve de cette débjauté, une lettre, avait été saisie. D'après les lois de là guerre, il méritait la mort. Mais Napoléon fat louché des larmes d'une épouse, et il livra À M"^ de Hatzfeld la lettre qui condamnait son mari (2) .Le patriotisme allemand se montra encore à Napoléon, mais cette fois sous une forme pins channaate que terrible. La reine de Prusse avait beaucoup fait pour entraîner son mari à la guerre et lui procurer Tailiancede l'empereur Alexandre. Depuis, on Tavait vue sur nn champ de bataille, à la tête de son régiment de dragons dont elle portait l'uniforme, brillante de jeunesse, de lieauté et d'ardeur. Après la débite, elle parut devant son Taloqnenr à Tîlsit, non plus courroucée et roenaçaate sous son casqne d'or, mais frappée au cœur d'une douleur k laquelle elle devait bientôt Miccomber (3). Napoléon ne céda pas à cette faiblesse gracieuse et suppliante , et la reine de Prusse ne put survivre à rhumilialion de son pavi. Mais il resta d'elle comme une flamme ôuDt s'anima en ses conciliatMiles le sombre entbottsiasraedu Tugenbund. La révolte commença ^ 1807. En i&09, elle courait à travers toute TAliemagne : Katt dans la Vieille Marche; Dorn- Wrg, dans la \Vest|>halie ; Schill, dans le Bas- E&e; BniQswick-Œls, dans la Boliéme, avec sa légion de la Mort; Amende, autour de Dresde; Bavidojewicli, danslaPranconie; Hormayr, Ho- (er, le capucin Haspinger, dans le Tyrol. Le Ta- Çf^bund n'était point seul; il y avait d'autres i^s'jciatiQos ; une d'elles était placée sous l'in-

(1) Utut% i BcrtMer, à Talteyrand, da S août ISM.

(1) RapotéoQ, daot uoc lelUe ciiarroante A Joséphine, 4« 8 nofembre iSM, a lal-roeroe raconté cette aneedote ^ ^e«i pMnée do rr an it octobre^ aux premiers jours ^ reatrép de Napoléon à BerUp.

(ijLa reioede Praasc était arrivée à Tllslt le s .'alIleC t^. Le sort de son pays se décidait; la Prusse 'allait itrin iioe grande partie de ton territoire, et particutitraient rinportante place de Magdebouff. Napoléon, W avait donné une fétn aux aouveraian du Mord, s'otalt B^ofitre fort empressé auprès de la reine de Prusse ; se tnjuot seoi, un moment, arec elle , II lui offrit une '^v <|ull venait d'arraeiier d'nn vase placé sur un B^ble. La reine Loolse prit gracieusement la fleur. *«U en ajoutant avec nn sourire plein de tristesse et <r4tiiiélé } Et MaçdebourgT — Napoléon devint tout ^OQCoup sonrleux et s'éloigna. U reine quitta précl* VUsmoieaiU fétei In «angloU l'étouffaieot.

vocation de LotUse, reine de Prusse. Un chef et un organisateur de ce mouvement patriotique, Justus Grener, fut appelé A la direction ofUcielle de la police à Berlin. Les cortès d'Espagne appelaient toutes les nations à se soulever, laissant d'ailleora à leurs exemples de parler pliu haut que leurs manifestes. Napoléon ne fut pas suffisamment averti par ces formidables symptômes qui lui montraient le sentiment national, au nord comme au midi de l'Europe, partout révolté, par on fatal malentendu, contre le promoteur du nouveau droit populaire. II ne voyait dans ces émotions que les excès de quelques lettrés sans effet réel sur les masses et des fantasmagories mises en jeu par les polices étrangères. Mais il fut averti par un événement d'une gravité pour lui incontestable.

L'Autriche sur qui tombaient tous les coups de la révolution depuis la fin du siècle dernier» l'Autriche se releva pour un suprême effort , et sa puissance que l'on croyait épuisée après tant de défaites, d'amoindrissements territoriaux et de combinaisons hostiles, apparat aux champs de Wagram, telle encore qu'elle frappa son vainqueur d'étonnement et de respect (1).

Devant cette démonstration , Napoléon sembla se demander s'il ne devait pas supprimer l'Autriche comme puissance de premier ordre , la partager en autant de royaumes qu'elle réunissaii sons elle de nationalités distinctes, et l'emprisonner définitivement, ainsi divisée « dans un cerde d'États qui la neutraliseraient, le royaume d'Italie, le royaume de Bavière, la confédération du Bhin, et le duché de Varsovie? Ne devait-ti pas, au contraire, épargner l'Autriche , t)eaucoup accorder à son ambition, se faire d'elle une alliée, la rattacher par l'intérêt à la France et s'entendre avec elle

(1) La campagne de 1809 commença avec nne vtgnear extraordinaire de la part de l'Autrichef qui envahit en même temps la Bavière, 11 Lille et le ducbé de Varsovie, dn 9 au 11 avril 1809. NI la baUlIie d'Eckmtthl, où TAutrlehe perdit S0,000 bommes (ts avril 1809), ni ses échecs S Ratisbonne, à Caldiero, A Bbcrsberg (99, 19 avril, 8 mal 1809). ni la prise et la capitulation de Vienne (18 mai 1809), ni l'Inertie de la rnisse, ni lliostilité de la Russie se Joignant ft la France (3 mal 18091, n'avalent encore abattu la résoiuttoo et les forces de l'Jkutrlcbe. L'effroyable bataille d Essling (91- (t mal 1809), suivie d'une victoire douteuse, laissa l'armée française dans une position excessivement critique, et comme assiégée dans Ille Lobao aur le Danube. Elle j reata Jns. qu'aux premiers jours deJoiUrt; le Danube ne put être repassé que dn 4 au 8 de ce mois. Même après la bataille de Wagram elle-même, livrée dn 6 au 7 juillet 1809, rAu« triche conservait encore une pulasante année et sa vigoureuse attitude. Mais depuis la jonction des deux armées françaises d'Italie et d'Allemagne. joncUon qui avait eu lieu dn U au 91 juin 1S09, une plus longue réslstance était devenue, sinon loipossiblf , du moins dlfOclIe et surtout douloureuse pour les popnlaUoosautnchlenDes de toutes parts envahies par (tes troupes étrangères. Quelques revers étsnt encore venus éprouver la constance de V Autriche k HollabrQnn, a ZnaTm (9-11 JnlUot 1809;. un arroistler fut demandé par le prince Châties rt accordé avec empressement par Napoléon (il Juillet). La pals ne fut pourtant signée que trois mois »pré<i, le 14 octobre 1809, A la suite de l'attentat du jeone Vrédérie Staaps.

pour faire la loi au eontinent? Napoléon en éfait là de ses doutes, lorsque, le 13 octobre 1809, à une revue, on remarqua un jeune homme qui faisait effort pour arriver jusqu'à l'empereur. On l'arrêta ; on lui trouva un couteau sous ses habits, on lui demanda cequ^il voulait en faire : le jeune homme répondit sans hésiter qu'il voulait tuer l'empereur, l'ennemi de la paix. Interrogé par Napoléon lui-même, Frédéric Staaps, à peine un adolescent, persista dans ses aveux et se montra d'une obstination intraitable. Napoléon eût désiré lui faire grâce; il l'abandonna à la justice. Le môme jour, 13 octobre, Frédéric Staaps était condamné à être fusillé. Au moment de l'exécution, des coups de canon se firent entendre. — «Qu'est-ce .'demanda Staaps. •— - « La paix qui est conclue et que l'on annonce », lui fut-il répondu. — Staaps tomba à genoux et remercia Dieu. Le malheureux s'imaginait que Dieu avait accordé la paix à son horrible sacrifice.

La paix fut signée, en effet, le 14 octobre 1809. Par le traité de Vienne, de nouveaux amoindrissements, il est vrai, furent imposés à la maison de Habsbourg : mais à quelques mois de là Napoléon lui demandait une alliance de famille. Cet événement, qui fut en France fort impopulaire, produisit le plus favorable effet dans les cours et sur les aristocraties d'Europe. Napoléon mêlait son sang à celui des vieilles races; son admission dans la souveraineté parut désormais consacrée. Les politiques officiels doutèrent qu'il fût légitime de continuer à s'opposer à l'introduction d'un nouveau membre dans la famille des rois (1). Ils n'avaient plus d'objections à faire qu'à Texcès de la prépotence française; que cette prépotence s'arrêtât et se réduisit elle-même, et ils étaient près de conseiller aux princes, leurs maîtres, de transiger sincèrement avec les nécessités du temps.

Biais cet événement, dans une notice biographique comme celle qui nous occupe, demande à être traité à part. Nous consacrerons ici quelques mots à cet important épisode de l'ère impériale.

M. Le ^oree. — Le mariage avec Marie-t/mite, -> la naUsanee du Roi ok Romk.

45. Napoléon avait dit, un jour, à Joséphine, que sa famille, ses ministres, son conseil, enfin tout le monde lui représentait la nécessité d'un mariage qui lui donnât des héritiers, et il avait ré- ))été plusieurs fois dans une extrême agitation : «Qu'en dis- tu? Cela sera-t-il? Qu'en dis-tu?

(1) « La Tteille noblesse, occapée à médire dans le faul^onrg Satnl-Germaln. s'émut cUe-mémc, et une nouvelle portion sembla prête i s'en détaehcr pour se rendre à l'époux d'ane archiduchesse d'Autriche, li y eut des ralliements nouveaux, car on pouvait bien servir celai qoe la plus jn'*ndc famille régnante de l'univers eonsentait A adopter pour grndre... » M. TBneas, BUt, du Consulat etderEmpire.Xl, 98S.

— Joséphine, qui avait écouté en silence, répondit enfin : « Que veux- tu que je te dise, sites frères, tes ministres, tout le monde est contre moi , et si je n'ai que toi pour me défendre? »

— « Tu n'as que moi pour te défendre? s'écria Napoléon avec impétuosité, eh bien! tn l'emporteras ». Cette scène se passait dans le cabinet de l'empereur, en 1805, aox premiers jours de r£mpire. A quelque temps de là, le statut du 30 mars 1806 interdisait spécialement le divorce aux membres de la famille impériale. Les bruits dont s*alarmait Joséphine tombèrent Mais quelques années après ils s'élevèrent de nouveao, toujours de plus en plus menaçants. Vers la Go de 1809, une politique inexorable l'avait décrété, le divorce fut prononcé. Joséphine dut lire elle-même une déclaration dans laquelle os lui faisait dire qu'elle se sacrifiait volontairemeot aux convenances dynastiques de son glorieus époux. Elle commença, elle ne put pas acherer cettelecture(séanceduoon8eildefamilledulàde-

cembre 1809). Le prince Eugène, à son tour, dut aller au sénat, le lendemain, pour y déclarer qu il consentait au sacrifice de sa mère, à la perte d« ses droits éventuels comme fils adoptif de l'empereur. On assure qu'en sortant du sénat le prioce Eugène s'était jeté dans les bras d'un ami eo s'écriant qu'il venait de se déshonorer. Ce malheureux prince se trompait; les personnes souveraines ne s'appartiennent pas; elles sont ^ l'Eut, et rien en elles ne doit se révolter contre les exigences de l'intérêt public. Mais le peuple, étranger à cet héroïsme impitoyable, pla'g^^' tout haut ces victimes delà politique, et ce ne* pas sans un pressentiment douloureux qu"!" sortir des Tuileries l'impératrice Joséphine, m était secourable aux malheureux; seule, «w savait parfois arrêter les emportements de son époux; la vérité, toujours proscrite ^^j^^^' prenait souvent sa voix pour arriver jasqo à I «"^ percur ; initiée par les premières infortunes de » vie à la connaissance des passions et «^«jJ.P*':' politiques, cachant sous les dehors d'une fnjome charmante un esprit sérieux et pénétrant, 1»»^^ aux ménagements nécessaires, irrésistible en s^ insinuante faiblesse, Joséphine ^t»"«"^3^ sorte pour le peuple une institution : à coie l'homme qui seul était tout, elle représenian l'unique modération que comporWt le car*»* de remperenr. — Le divorce prononcé, on n sila, pour le choix d'une nouvelle épouse, «i.^ trois maisons souveraines , la Saxe , w n« ^ l'Autriche. Onsedécida d'abord pour «n«g^° duchesse de Russie. La maison de Ro"^/f L .^ dant à répondre à la demande qui la» '"^ '* r- Napoléon porta lui-même son dioix sur une chiduchesse d'Autriche (7 février l»^?^' .f ' jg Louise, dont les fiançailles eurent Heu à vieou 1 1 mars, partit pour la France le suriendemaio. ^ • Près de Paris, à Courcelles , sur la rou ^^ Compiègne, elle vit entrer dans sa J^l" ,. inconnu dont la brusque appanUon i^.

C'était rcropercar, déjà impatient, venu incognito à sa rencontre , et qui , à un relai ^e poste, ouvrait lui-même la portière de la voiture et s'asseyait k cdté de sa fiancée. Le nouveau marùge fttt célébré à S»nt-Cloud le 1". à Pans le 2aTTil 1810, avec une porope extraordinaire. Il fut toQtefois marqué par deux événements. L^officûiéde Paris avait déclaré nulle la précédente u&iM (7 janvier 1810); mais les cardinaux de la cw romaine, retenus en France è ce moment , nfosèrent pour la plupart d'assister à la bénédictioo BOQvelle, ne voulant pas paraître approQTer par leur présence un divorce qu'ils conskkraieot comme illégitime. Le peuple, tout en » plaisant au spectacle des fêles, sut gré à ces Kprésentantsde l'Église, alors captive, de rester fidèies i l'épouse délaissée. Quelques mois après, le lerjiiiUet 1810, Tambassade d'Autriche donna 00 bal à l'occasion du nouveau mariage ; un incendie^ta à ce bai ; il y eut des blessés, des morts, M drame déchirant : une mère, la belle-sœur de l'ambassadeur, périt en cherchant sa fi Ile à travers les Qammes. Le peuple vit là un présage funeste; il se rappela que des malheurs étaient aussi surve- DOS pendant une (ètelors da mariagede LouisXVI aTpc one antre archiduchesse d'Autriche.

Le 20 mars 181 1, une multitude tumultueuse nratiit le jardin et les abords des Tuiteries, dès sii heures du matin. Le bruit s'était répandu que la DODveile înopératrice ressentait les prenièm douleurs de Taccouchement. Vingt et un (^oups de camm devaient annoncer la naissance •î'oDe princesse et cent un la naissance d'un {Tioee, Entre neuf et dix heures du matin, on tnte&dît tonn^ le canon. Au premier coup, il se > t uD profond silence , et l'on compta jusqu'au Mogt et unième coup ; au vingt-deuxième une fiameor immense s'éleva. Napoléon, placé à une fttétre, écoutait et regardait la fotde. Des ténwins oculaires ont rapporté quMI pleurait. — Un héritier était né à l'Empire! L'adulation avait fait bjeo des progrès depuis la révolution. LMm- P^ai héritier fut l'objet d'une sorte d'adoration i<iolâtrii|Qe, et l'on vit s'incliner, après les régicides, les représentants de tous les princes d*Eufope autour du l)erceau de cet enfant qui reçut, es naissant, le titre de Roi de Romb.

^ÉUUde rBmpire de isos à iSlt ; se* dernières

extensiont.

46. En ce moment Napoléon montait an faite de s^ prospérités, et sans aspirer à descendre ^ il pouvait apaiser le monde et se le réconcilier 1^ le spectacle d'un retour subit à la modéra- (ioB. D'après l'opinion commune , on s'attendait ^ le voir détendre les ressorts de la rigoureuse domioation sous laquelle il tenait la France et le <^tio»t européen. Mais il n'en fut pas ainsi , et inen loin de se restreindre aux conditions d'une >Qprématie normale et durable, Napoléon don- Diit en ce moment à son empire une extension

de dictature et de conquête qui devait partout le faire heurter à l'impossible.

La Suisse avait dû jusque-là à l'acte de Médiation l'indépendance et la neutralité. En 1809, Napoléon prit parmi ses titres celui de Média" teur de la confédération helvétique. C'était faire sortir d'un service rendu un droit permanent d'ingérence et remplacer la reconnaissance par la suzeraineté. Le Valais avait été détactié de la Suisse, mais pour former un État à part, et la Suisse s'était félicitée de cette garantie de sûreté élevée sur sa frontière française et italienne. £a 1810, le Valais fut réuni à la France (1).

La Hollande associée aux destinées de la France les suivait péniblement; elle s'était transformée en république , puis en monarchie, comme sa puissante voisine, et elle venait de recevoir un roi français de la main de l'empereur (en juin 1806). Flessingne lui avait été enlevé en 1807 ; le Brabant hollandais, la Zélande, une partie de l<a Gueldre lui furent enlevés en 1810 (2) ; dans la même année elle fut elle-même tout entière rétmie à la France (3).

Les États Romains avaient été pris par la France en 1809 (4), ainsi que, en vertu du traité de Vienne, les pays illyriens sur la rive droite delà Save jusqu'aux frontières de la Turquie.

L* Allemagne, courroucée des accroissements que chaque année apportait à la confédération du Rhin et à la domination française, vit, en 1810, se former un nouvel État, le grand-duché de Francfort érigé en faveur du prince primat et du prince Eugène Napoléon, déclaré son successeur (5) ; elle vit de plus le Hanovre se joindre au royaume de V^estphalie, et le Tyrol italien au royaume d'Italie (6). Un plus grand changement devait pousser à bout les irritations patriotiques de l'Allemagne : par un sénatus consulte , tous les pays entre le Weser et l'Elbe. Hambourg, les villes hanséaUques, le Lawenborg, furent déclarés parties intégrantes de l'Empire français et formèrent, avec la Hollande, onze nouveaux départeimçnts (7). L'Empire français s'étendit de

(f) Décret du is novembre 1810.

(I) Traité do 16 mars 1810.

(8) Décret da « Juillet 1810.

(4) Décret du 17 mal 1809. anlvl da séoatuft-coosoltc organique du IT février isio.

(8) Convenllon signée a Paris le 19. février 1810. Quelques Jours après, le 1*' mars. Napoléon insUtualt le prince Eugène grand-^uc de Francfort, au décès du prince primat. Cet ancien archevêque - électeur de Majence avait cru devoir se donner pour successeur le cardinal Fesch, comme archicbancclltr et prudent de la confédération du l^htn et ponr tous droits attachés à cette double dignité. L'érrction du grand-duché de Francfort avec réversibilité au prince Eugène eut pour but d'annuler cette Institution d'héreJllé en faveur do car> dinal Fescb. On Ht I ce sujet dans le message de l'empereur au sénat : n Les principes de l'empire s'opposant ft ce que le sacerdoce soit réuni à aucune souveraineté temporelle, nous avons dû regarder comme non avenue la nomination que le prince primat avait faite du cardinal Fesch pour son successenr. »

(6) Le Hanovre, l( Janvier 18t0, — le Tyrol Itaileo, 88 février 1810.

(T) Sénalus-consuUe du 13 décembre idlo.

331 IVAPOLÉON V

la Baltique à la Catalogne, du royaume de Naples aux Boaches de Cattaro et deseiirémités de 1*Adriatiqne à la mer du Nord. U se dWtsait en cent trente département», et plus de quarante^ deux millions d'habitants, divers par le langage, les croyances et les moeurs, en composaient la population. Autour de eet empire sa mouvaient des groupes de nations alliées^ vassales ou près de Tôlre et comprenant déjà la plus grande partie du continent européen.

Napoléon allait réaliser le rêve de sa politique extérieure : constituer en une fédération tous les États d'Europe. Hfais il manquait à son œuvre la liberté, qui seule pouvait la fonder dens la conscience et le consentement des peuplais, et il manquait à la liberté un système de gouvernement qui ne la rendit pas impossible.

Bien des contemporains, à cette phase prodi*gieuse de l'Empire, ont osé prononcer nn mot : le vertige. Vaine accusation de la médiocrité I Le vertige n'atteignait pas cette raison si ferme et si haute, toujours d'autant plus maîtresse d'elle-même qu'elle était en présence de plus grands événements. L'extrême prospérité l'apaisait, comme l'extrême adversité. La lutte seule pouvait, sans la troubler, la provoquer aux excès et aux emportements. Or ce qui a fait sortir le génie de Napoléon de la mesure des choses humaines, ce fut précisément ce contraste de la tonte-puissance et de rinstabillté, dans lequel il se trouva an moment de ses triomphes en apparence les plus décisifs. En l&lô, pour des yeux vulgaires, tout cédait à sa volonté, à sa loi; en réalité, tout s'agitait et se levait pour d'implacables résistances. Au midi, les insurrections du Portugal et de l'Espagne et les sourds mécontentements des populations catholiques; au nord, des conspirations qni prenaient toutes les formes. L'esprit révolutionnaire s'élotgnant avec méfiance de l'Empire,et l'esprit de l'ancien régime ne désarmant pas, d'étranges malentendus entraînaient pêle-mêle dans la même hostilité les passions aux tendances les plus divergentes. Napoléon qui ne s'y trompait pas pendant que ses flatteurs, sa police et ses journaux donnaient le change à Topinion publique. Napoléon se sentait dans un cercle d'inimitiés et de défaillances qui s'accroissaient sans cesse autour de lui. Il n'avait jamais beaucoup compté sur la raison des rois; il commençait à désespérer de TiBstinct des peuples; et toutefois, sachant combien le spectacle de la force et celui de l'au^ dace ont d'ascendant sur les âmes humaines , il résolut, au lieu de traiter avec ses ennemis et ses amis de plus en plus douteux, de leur opposer à tons le formidable dévelop()ement d'une puissance que rien désormais ne semblait arrêter on borner.

Ce n*est pas le Terttge de l'orgueil, c'est on calcul de politique hautaine qni, vers Tannée 1810, accumula les violations de nationalités, les déplacements arbitraires de limites territoriales « I

les eomplicatîons des problèmes religieux et tant d'abus de gouTemeraent; et ce calcul, appliqué avec une décision qui même dans tes excès affecliMl la régalarité, eut, en eflet, fMMr résultat d'interdire rbostiltté autour de Napsléoa et de tont suspendre dans i'admiratienet la terreor.

Mais en deliors des Fésiatances qoe sa main pouvait atteindre, il y en avait denx qni échappaient À son action, l'une suv les mers, l'aotre aux confins asiatiques de l'Europe. De là, les incertitudes, les menaces qui pesaient sur Wùpire; de là, les excitations qui le poustaieot ï outrance à tout exagérer. Il nous reste à parier de fa lutte de Napoléon contre la Riune d contre l'Angleterre.

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