‹ Nouvelle biographie générale depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours, avec les renseignements bibliographiques et l'indication des sources à consulter; (volume 2)Chapitre 32 sur 110 · Rwsie. Pologne, Suède, ïïgnmark · texte numérisé non relu

Rwsie. Pologne, Suède, ïïgnmark

Turquie, — Il est certain que la Russie l'a jamais cessé d'exenrer sur i'es|»rit de Napsiéoa un étrange mirage. Jeune encore,, inoonuu et sans emploi, il avait demandé une vmmÊ à Constantinople, pour relever l'empire ottamao et le fortifier contre les approeties de lafiaasie. Plus tard, lors des campagnes d'ilaiie, il avait eu pour le «orpa polonais mêléà»> brigades républicaines des attention:» qui àt' celaient un projet ultérieur an sujet du parti qu'on pouvait tirer du nom et de la force dek Pologne. Quand il revint d'Egypte, un diugement sembla se montrer dans ses idées à l'égard de la Russie : des corps rosses veoaieotiie franchir tout le continent européen et dé poHer leurs armes jusqu'en Italie, en Suisse, en Hollande; mais les généraux qui commandaieut ces expéditions n'avaient pu s'entendra avec tes États coalisés contre la France, notamment avec l'Autriche; de plus, personne n'ignorait qnete successeur de Catherine , tort mécontent de cette opposition de ses alliés, proresMitooe vive admiration pour le général Bonaparte. UJ avait donc en Russie un souverain, une pOR" tique, une force qu'on pouvait séparer do rw" del'Curoiie! Pressé par l'urgence des étalements, Napoléon ne résista pas à la tent«t«* de se faire dans le Nord un point d'appui; de ^ les ménagements dans lesquels il entra enver» Russie; lettres flatteuses, conseils d'afTccUon, confidences intimes, rien ne fut épargné ; ao paroles engageantes se joignirent les *^*^^ V Russie fut laissée en possession de* Bouches Cattaro et des Iles Ioniennes, position impofj tante entre toutes et menaçante à la fois PJ* Constantinople, Icsécheli»^ du I^^^"^v jÎb triclie et ntalie. La grande maîtrise de Jora^ de Malte fut de plus offerte à Paul 1*'» ** ^ titre devait ou pouvait tôt on tard 1»^.'*''*J: Russie nio de Malte elle-même, P^^^^'^IJjJlJ moins dangereuse pour l'Italie, le f^"J"r^ de l'Orient et la Méditerranée. Ca c^*'^*"' libéralités n'étaient sans douta P^

NAPOLÉOJT !•»

elles fendaient i brouiller Ta Russie aTec TAnglptcrre et caehaient dMoévitables revemlicatioDS. M;Ù8 il fallait à tout prix ua ternie à la coafifioo européenne; sans ce répit, le consulat et la France nouvelle ne se constituaient pas. Toute cette pérUteose liabileté eut effeclivemeot un résultat heureux : la Russie se détacha de la coalition et s'allia avec la France; elle fit mieux ocore, elle Tonna avec les États du Nord une l^e ayant pour but de maintenir contre TAn- (deterre rinifépendance des mers et le droit des neutres (1). L'Angleterre se sentit atteinte daos ses œuvres vives. Alors se produisirent deux Moements d'une coïncidence bien étrange : Panl 1*^ périt assassiné dans un couloir de son palais de Saint-Michel à Saint-Pétersbourg (2), et Nelson bcftia Copenhague (3). L'alliance rosse se tr»uva compromise. Le successeur de Paul ]*% Alexandre devait, sans nul doute obéir à nropitoyable coterie qui venait de liAter sen avéaement au trône. Il y eut quelque temps entre U France et la Russie beaucoup de froideur et ilei ueiances ; il n'y eut pas toutefois de rupture, et les faonoes relations reprirent même , quoiqn'aTec moins de cordialiiéy jusqu'à ce point qu'il y eut un traité d'alliance entre la France et la Knfiwe (4) et (|ue la réorganisatiott de l'AlleinagM en 1802 se régla d'un commun accord entre les deux p'iissances nouvellement alliées an grand scandale de toute l'Europe. Napoléoft sentait bien qu'il accordait là Tindépen- ^aoce du cootiaent. Mais l'amitié de la Russie bi avait été indispensable au commencement du ooDsoIat; avec elle il imposait la paix ; sans elle il lui eût rail» faire face à une coalition gélule» coniinae. Aussi la politique ne peut qu'absoudre les concessions faites en consé- (Tiniee d'une pM-eiUe nécesaité. C'était la faute de ia révolution et des régimes précédents, ee n'était |)as la Caute de Napoléon, si la France en ^it arrivée à se trouver en Europe, isolée, UDS alliés certains, hors d'état de se passer de Tappai d'une de ces deux puissances seules prépondérantes, la Russie ou l'Angleterre. Napoléon eût préféré l'Angleterre ; la contrariété d'é- Bornes intérêts en conflit, la passion d'un parti dd'unbomme, les tories et Pitt, l'aoimosité d'one lutte depuis longtemps engagée, ne le loipennirent pas. Une situation toute différente Tcadait la Russie moins implacable, moins im- ■Dédjatement ennemie, plus traitable dans le

révolution : c'était de se comporter en protecteur des vieilles légHimités , et il entra dans la coalition de ia fin de 1805. Battue avec l'Autriche à Austerlitz , la Russie feignit de se résigner à la paix, refit ses armements et se tourna, pour l'assister, du côté d'un autre champion qui se levait en Allemagne contre la France. La rapide défaite de la Prusse la livra plus tOt qu'elle ne s'y attendait à l'agression de son redoutable adversaire. Napoléon se trouva en présence de la puissance ru.sse.

C'eàt ici que l'on ne saurait trop admirer combien aisément la sagesse humaine et le génie lui-même peuvent se tromper.

Une considération s'offrait tout d'abord à l'esprit le moins attentif : c'est que, si précieuses et diverses que soient les qualités de ses peuples, l'empire moscovite ne tenait pas de lui-même et de ses supériorités nationales tout ce qu'il était pour l'Europe ; sa puissance principale, celle du moins qui la rendait menaçante , la Russie la devait à des progrès tout récents , faits à peine depuis le siècle dernier dans diverses parties du continent européen. C'était au sud l'occupation de la mer Noire, l'introduction du protectorat russe dans les provinces danubiennes, l'aflaiblissement indéfini de l'empire ottoman. C'était au nord et à l'est une action non moins envahissante exercée tour à tour contre la Suède» lé Danemark, action ayant préparé, précédé, accompagné le plus grand des attentats, l'invasion et le démembrement de la Pologne. Et c'est par là que la puissance rosse était formidable à l'Europe : du nord au midi , elle l'enserrait dans l'étreinte de son impatiente domination. Déjà, par ses parentés , ses garanties , ses corruptions, ses complicités, elle pénétrait foute l'Allemagne. L'ancien régime avait laissé s'avancer ce grand péril , et ce péril était devenu de plus en plus menaçant depuis la révolution ; car c'est dès lors que la Russie avait trouvé utile à ses projets de se poser en protectrice de ce que la révolution tendait à détruire; elle était k ce titre de tous les cabinets , de tous les conseil», de toutes les entreprises armées. C'est elle qui devait sauver la vieille Europe^ en attendant elle s'en emparait.

Mais une autre observation (pi'il était difficile de ne point faire après avoir constaté ce développement de l'empire moscovite, c'est que cet empire n'avait pas encore eu le temps de

pr^KBt sinon dans l'avenir. Il accepta ia Russie ' s'assimiler les diverses fractions de peuples et des nécessités du temps qui la lui imposaient. ! de territoires usurpées par lui sur notre con-

nais cette alliance ne devait pas durer. Alexandre pensa que, pour introduire sa puissance daas le continent européen, il avait mieux à faire 9Qfi de partager l'empire avec l'homme de la

(1) Traité de Saint- Pétenbônrg, M deeembre ISOO, «>trt la Rosair, u Suède et le liaoenark. U Proase >A«n bientôt i celte conveoUon.

IA Dam b nultda tt an 14 nara ISOl.

W î a*rtl 180t.

(«; Tralié aigaé à Parla, le S octobre 1801.

tinent. Bien loin de là , tout lui résistait encore dans la Turcpiie d'Europe, sur le Danube, dans la Baltique et surtout en Pologne. Là ime civilisation supérieure, de grandes habitudes militaires, le souvenir et l'orgueil d'anciennes riva-lilés, la différence de religion, lui opposaient des obstacles in.<;urmontabies. Pour soumettre une grande nation, il faut tour à tour l'argument de la force, toutes les ressources d'une poUU-

que habile, enfin Taction du temps. Or, la RuRsie n'occupait la Pologne que depuis 1772 et 1794; elle l'avait dÎTinée , trompée, surprise à Taide de ses égarements intérieurs , elle ne Tavait jamais réellement Taincue; enfin elle la gouvernait de telle sorte que, par ses ruses et ses violences barbares, elle mettait d'accord contre elle toutes les parties d'un pays auquel il n'avait manqué jusque-là que l'unité. Même spec* tacle en Turquie, en Suède. Les écrivains aux gages de la Russie proclamaient la décliéance de l'empire ottoman. En réalité cet empire avait toujours en lui*m6me d'énormes éléments de puissance, sa situation d'abord, puis l'inépuisable richesse de ses territoires, enfin son or. g^nisation toute militaire. On pouvait lever sur ses c6tes les meilleurs marins de l'Europe et tirer de ses provinces de nombreuses armées qu'animaient encore le fanatisme et le mépris de la mort. Il ne fallait à la Turquie , pour se reconstituer, qu'une plus habile administration intérieure et la conscience de n*être pas abandonnée par l'Europe. Quant à son désir de se dégager des intrigues et des oppressions de la Russie, de reprendre ses provinces perdues, de reconquérir son indépendance , c'est ce dont personne ne pouvait douter; l'impatience et la haine de la Porte contre la Russie se manirestaient par les signes les plus éclatants. Beaucoup moins puissante, non moins menacée, plus saine en ses éléments constitutifs, la Suède trouvait dans l'héroïsme de sa population l'audace nécessaire pour entreprendre la lutte. Elle avait mis jadis l'empire russe en péril; elle osaTafFronter encore, devenue la plus faible, non sans faire un moment hésiter la victoire , quand toute l'Europe continentale Teut abandonnée : que ne pouvait-on pas attendre du patriotisme de la Suède dans un engagement où elle n'eût pas été seule à réagir contre la domination de son plus ancien ennemi? Ces deux considérations si éviden(es,d'une part, l'extension menaçante de la Russie sur l'Europe , d'autre part, l'éUt précaire encore de cette extension, ne pouvaient pas laisser de doutes sur la politique dont il convenait d'user envers ce pays. Il fallait profiter de la faiblesse et de l'incertitude des derniers établissements delà Russie pour poser un terme à l'agrandissement anormal de cette puissance ; il fallait reconstituer à l'est de notre continent, et du nord au midi, les barrières importantes et les nationalités diversement nécessaires de la Scandinavie, de la Pologne, des provinces danubiennes; relever la Turquie et la faire entrer dans le mouvement de la civilisation; restituer à la Prusse, à l'Autriche l'indépendance et la sbcérité politiques qu'avait fait perdre à ces deux pays leur fatale complicité dans le démembrement de la Pologne; créer, enfin, en Europe les conditions d'un nouvel équilibre, plus équitable, plus fort, plus étendu que celui de la paix de Wesfphalie, et dont la France eût encore été, à son grand

honneur, la promotrice et la gardienne. Ltarope remise en possession d'elle-même; laRossiè rendue, suivant ses vocations naturelles, ani magnifiques destinées qui l'appellent et Tattendent en Asie; l'Angleterre , obligée de faire trèTe à ses agressions contre la France , pour aller défendre contre un nouvel ennemi ses immenses possessions des Indes; le champ de la cifllisation pacifié; les compétitions d'empire, sans raison en Europe, désormais transportées dans un monde où elles ont à réveiller les penples endormis dans la servitude et les soperstitloos : c'étaient là les incomparables résultats que l'oa pouvait faire sortir, dès 1807, d'une coalition de l'Europe continentale contre la Russie.

A cet avenir seul digne d'occuper son génie, Napoléon préféra les avantages immédiats et fallacieux d'une alliance avec la Russie. Cette alliance n'avait été jusque-là pour lui qu'un ev pédient; elle devint comme un système. Mais s'allier à la Russie d'une manière perroaneole, faire d'une pareille alliance une base de politique extérieure, c'était se rendre complice des ambitions de la Russie sur l'Europe, lui abaodonner les territoires qu'elle avait déjà pris, ne pas trop lui disputer ceux qu'elle convoitait encore, et ne borner ses empiétements et ses oppressions qu'en consentant à les partager ; c'était, en un root, se mettre réellement, et par lefood des choses, en état de guerre contre toute l'Europe. Et nous ne parions pas des déchéances morales qui devaient en résulter pour la France : par ses traditions les plus anciennes comme par les aspirations plus récentes de son esprit révolutionnaire, la France avait toujours eo une politique de protection et d'atTrancbissemeot; voilà qu'elle allait s'accorder, par une étroite alliance, avec l'État aux éléments despoUqueset servi les qui menaçait le plus rindépendaooe, la liberté, la civilisation! Quoi qu'elle fit en ses égarements , la France s'avançait dans sa voie, partout assistée de secrètes sympathies à cause de la mission d'initiative et de propagande qiK les peuples sentaient en elle; voilà que ce qui faisait sa gloire et sa force, les sympathies des peuples, allait l'abandonner! L'Empire ne de; Tait trouver dans l'alliance ntsse qu'une désaffection universelle pour la France, et pour loiroéme la faculté fatale de tout oser, de toat exagérer, mais seulement dans un sens contraire an droit et au respect des nations I

C'est dans les plaines désolées de la Pologne que se leva pour Napoléon la tentation sinistre de l'alliance russe. Terre funeste aux puissants! Là trois monarchies aux intérêts opposés s'étaient liées par un grand crime; là l'honneur des royautés avait péri ; de là surgissait de doqveau contre elles l'antique anathème de l'Église contrôles souverainetés du paganisme: * latro^ ciniOfparva régna; régna , magna latrocinia, » On y entendait la plainte d'un peuple enseveli vivant sous des dominations étrangère»,

NAPOLÉON l"

3tquine poorait rooarir. Cesyastes champs, ces solitudes où Ton s'efîfprçait de consommer la desirDCtioQ impossible de la Pologne, on ne les traversait pas sans ressentir des provocations aux abus de la force , au mépris de tout droit huinaia et dirin, en même temps de secrètes et sautes épouvantes , et comme un esprit d'égaretûffit et de fureur. C'était la contagion du crime. Depuis plus de trente ans , la raison d'État en Europe en avait le vertige.

Napoléon se trouva deux fois en Pologne; ka\ f(NS il vit cette terre, toute agitée d'une mystérieuse sympathie pour le nom français, tressaillir à son aspect comme à l'approche de Il délivrance. Deux fois son esprit pénétrant et profond dut mesurer dans l'avenir les changements décisifs que le rétablissement de la Polo^e pouvait apporter en Suède, en Danemark, eo Allemagne, en Turquie, pour le commun affranchissement du continent» européen. Mais cette perspective de justice, de réparation et de Téritable grandeur n'a pas entraîné Napoléon. Quelles sont les causes qui l'ont ainsi arrêté? C'est ce qae l'histoire ne peut expliquer que par (Ii's conjectures. En 1806, il datait de Posen un Imlletin où se lisaient ces froides et mélancoliques paroles : « Le trône de Pologne se rétablira-t-il , et cette grande nation repren- Ira-telle son existence et son indépendance? Da fond de son tombeau renattra-t-elle à la \'\i} Dieu seul, qui tient dans ses mains les combioaisons de tous les événements, est l'arbitre 'le ce grand problème politique (1). » Il y avait alors à Paris des réfugiés polonais réunis autour de Kosciuszko, le dernier défenseur de l'indéjieodaDce de leur pays. Napoléon , qui les surveillait, fit sonder leurs dispositions en ce mo- Tneot; Il les trouva tels qu'il les connaissait, emportés, véhéments, mobiles, et cette puissance de [assion qu'il appréciait beaucoup sur les champs •le bataille, ne laissait pas que de lui inspirer des iaqaiétudes pour une œuvre de reconstruction roiitique. Kosciuszko se montra, dit- on, intraitable sur la question de la liberté, ce besoin inné 'le tout cceur polonais. Autre embarras. La Pologne ne ressemblait en rien alors à une de nos sociétés occidentales : peu ou point de bourgeol-

11} Mab ce qnl concerne la Pologne vent être la en e&tler dans cet étrange botleUn. n II est dtfflcUe de pdfidre renlhoutlasme des Polonais. Notre entrée dans cette grande Tille ( Varsovie) éUtt no triomphe; et les KBtlmcntsque les Polonais de toutes les classes montrent ëjpols notre arrivée, ne sauraient a'exprlmer. L'amour le la patrie et le sentiment national est non-seulement «xtMtf é en entier dans le cœnr do peuple , mais il a été rctroapé par le raalbeor : sa première passion , son pfvnier désir est de redevenir une nation, t^s plus rtâiesiorteot de lenrs châteaux pour venir demander a paods cris te rétablissement de la nation, et offrir leurs «aîsau, leur fortaoe. leur Influence Ce spectacle est fntmeot touchant. Déjà Ha ont partout repris leur ancieB eostame. leurs anciennes habitudes. » ~ Ici se pls- «ntle» iocoQceva blés et froides paroles que nous avons •apportées plus haut. — •«• buUeUn delà grande armée, hisea. !•' décembre 1806.

sie, un peuple de serfs (1) » en somme, seulement une noblesse chevaleresque et hautaine, dont les membres vivaient sur leurs terres comme autant de rois indépendants ; c'est avec ces représentants disséminés de la Pologne qu'il fallait s'entendre pour une œuvre aussi complexe que celle du rétablissement de toute une nation. Or, le génie de Napoléon avait l'habitude de se mouvoir au milieu d'autres éléments. Il avait va de près sans en être surpris l'Orient, ses mirages, ses violences, ses prostrations. 11 avait le sens intime et profond des multitudes émues de roccident, et la démagogie révolutionnaire, toujours prête à dévorer ses chefs, se jouait autour de lui presque joyeuse de l'avoir pour maître. Mais dans ce monde slave de la Pologne, le peuple et ses nobles, le pouvoir et la liberté, la propriété et le gouvernement, les conditions de l'existence civile et politique, tout était étrange et nouveau pour lui ; son génie s'y sentait interdit comme devant l'inconnu. Au premierabord , la constitution aristocratique de la Pologne simplifiait le problème de la réorganisation ; il ne s'agissait que de s'entendre avec un petit nombre de gentilshommes intelligents et dévoués, à qui l'on pouvait tout demander au nom de l'affranchissement de leur patrie ; le reste de la nation s^agitait et suivait : mais, en réalité, là, au contraire, se trouvait la grande difficulté. Napoléon pouvait épargner les nobles et même les rétablir; il ne traitait pas et ne comptait pas avec eux. Ainsi le voulaient ses idées sur l'ordre politique, dans lequel il ne faisait à la noblesse qu'une place secondaire et d'apparat ; ainsi le voulaient surtout son orgueil, son besoin de domination sans partage, son impatience des supériorités sociales qui ne procédaient pas de lui-même et qui ne lui étaient pas soumises sans réserve. Il eût compris la Pologne si elle se fût présentée à loi sous la forme d'une vaste insurrection des serfs et des bourgeois contre les nobles ; dans ces luttes des classes entre elles il est possible de faire prévaloir, à l'aide des divisions, l'autorité d'un seul. Mais telle n'était pas la Pologne on les nobles avaient l'initiative de tous les progrès , comme ils venaient de le montrer par la constitution du 3 mai 1791. La nation , loin d'abuser, pour s'affranchir, de ces propositions hardies, les avait laissées passer sans trop d'émotion. C'était donc avec le.<i nobles seulement qu'il fallait accomplir l'œuvre du rétablissement de la Pologne. Or ces nobles, si enthousiastes qu'ils fussent pour l'homme en qui ils voyaient le messager providentiel de la .délivrance de leur patrie , portaient avec

II) L'affrancblsseroent des aerfi proposé à la diétc par Zamoyskl dès I7S0. d'abord reponasô, pals de nouveau soutenu par le parti réformateur, entra dsns la conî^lltotlon du 8 mal 1:9!. Mais on sait que les puissances oopartagcantes se sont opposées a la mise en pratique de cette cooslltnUon , qnl eut débarrassé la Pologne des vices politiques dentelles se prévalaient pour mettre m a lindépcndance de ce pajs.

éclat dans leur obéissance même des attitudes de souverains , de grandes réserves de di};nité personnelle et des sentiments tour à tour emportés, indexible^, ombrageux. Ce n'étaient pas là les coopérateurs qui convenaient à Napoléon; il avait Thabitude d'agents plus dégagés, plus maniables, plus serviies, comme ceu\ qu*il avait trouvés parmi les régicides et les fougueux réformateurs de toute loi luunaine et divine. Le rétablissement de la Pologne lui parut donc malaisé, inextricablement roèlé d'incidences qui devaient en faire une œuvre longue d'abord, puis d*une durée problématique. On peut croire qu'il l'abandonna dès lors et que la Pologne ne fut plus dans ses desseins qu'une sorte d'épou- Tantail dont il comptait se servir pour faire peur à la Russie et la mener à composition.

G^est ce que l'on ne tarda pas à voir dès 1807, après la paix de Tilsit. Alors, en effet, une partie de la Pologne fut bien rétablie sous le nom de du^ ché de Varsovie; mais ce duehé fut incorporé à la Saxe, qui, à la fin du dix-septième siècle, avait fourni le premier roi complice des projets de la Russie sur la Pologne; et ce duché ne se composait que du territoire polonais usurpé depuis 1772 par la Prusse; la part du principal copartageant, celle de la Russie» ne se trouva pas entamée ; elle fut même étendue, de plus implicitement consolidée et pour U première fois reconnue en fait et en droit par la France (1).

U y a plus : de l'aveu de tous les politiques, la Pologne ne pouvait point se rétablir seule et sans les États dont rafraisseroent^ par une relation nécessaire, avait su^vi ou précédé sa chute; ces États étaient tombés avec elle ; ils devaient se reieTer et rester debout avec elle pour se défendre contre le commun envahisseur. La cause de la Pologne dépendait ainsi immédiatement de la Suède, du Danemark, de la Turquie, des provinces danubiennes, de telle sorte que ce grand intérêt, qui impliquait l'affranchissement de toute l'Europe orientale (et c'est par là qu'il était grand) ne pouvait pas être trahi à Stockholm, à Copenhague, à Constantinople, sans qu'il le fût, du même coup, à Varsovie. Or, Mapoiéun ne s'en tint pas à l'illusoire établissement du duclié donné par lui au roi de SaKe; il frappa plus sûrement encore la Pologne en son avenir par des concessions extrêmes faites au détriment de la Suède et de la Turquie. Dans les conventions plus ou moins secrètes qui suivirent la paix de Tilsit, il fut stipulé et accordé que Napoléon ne s'opposerait pas à ce que la Russie s'eni|jarât de la Finlande et des deux provinces moIdo-Talaques (2). Livrer la Fin-

(1) Traités de TIMt, avec la Ronte (7 Juillet 1807), articles I. 9, etc.; avec la Pnu*c i» JatUet 1807)» arUclea 19, 18, 18, etc.

jt) Sctoti M. Thtcrs, Histoin du Consulat et de VBmpire, t. VII, p. 648-649, CCS conre.<wlon* rurent faUes au mois de jutn 1807, entre l'armistice (SS Juin) et la ron- «laslun de la pais |7 Juillet 18ù7 ). — Elles furent renouvelées et coQflroiccs à Erluri par la convenUoa secrète

I lande, c'était livrer la Suède (i) et le Danemark; laisser prendre la Moldavie et la Valachie, c était abandonner la Turquie d'Europe. Cette dernière stipulation était, au reste, particulièrement scandaleuse; car l'empire ottoman venait, à la suggestion de la France, de déclarer la guerre à la Russie,, et Napoléon faisait, étant vainqueur, ce qu'il n'eût point pu faire après de grands revers : il sacriiiait l'allié qui s'était lô plus avancé et compromis pour lui (2). La cause de la Pologne perdait tous ses appuis à la fois; elle succombait enveloppée de tous les c6téâ par le triomphe de son ennemi.

Le monde pourtant s'y trompa; les journaux d'Occident ayant reçu l'ordre de beaucoup vanter l'érection dii duché de Varsovie,, l'opinion pu* blique crut à un rétablissement partiel de la Pologne. L'illusion ûit même telle qu'Alexandre s'en alarma; il craignait une extension polonaise du duché de Varsovie, qui eût fini par absorber la Saxe; il craignit surtout cette extension ia moment des négociations pour la paix de Vienne, en 1809 ; il s'agissait alors de réunir au duché de Varsovie la Gallicie autricl^enne occidentale; cette réunion fut faite avec des ménageraeols extraordinaires pour le czar, cpjî eut lui mémr, par le traité du 14 octobre 1809, une partie de ce territoire; il eut de ph»s la promesse que la France garantirait à la Russie ses nouvetks possessions, et que les dénominations de Pologne et de Polonais seraient écartées des nouveaui arrangements (3). Mais rien ne pouvait calmer les appréhensions du czar ; il lui fallait le sacrifice absolu de ce qu'il nommait la à-devant

da IS octobre 1808 : ■ La France, dit M. Thfrrs résomaot cette oonvention , la France ne devait conacstir ^t une paix qui assurerait 8 ta Bnsale i» lOiilande, la VaUchic et la Moldavie », t. IX, p. .140. — M. Blirnon. Jiiitnire de la France sous Napoléon^ n'est pas moins aflrnaiif, et cite, entre antres articles de la coo^wntlon secrète du 11 octobre 1808, l'article 8 alasl cooça : « Ixi deux puUssnces s'engsKcnt à regarder comme coodlUon absolue de la paix avec l'Angleterre qn'etté reronnmira la Finlande^ la yalaehw et la Moldiavie comm$/aumt partie de l: Empire de Rttstie ; Les arUcles 8 et 10 reviennent sur cette stipulation. M. Blgnon, t. vin. p.%9.

(1) M. de Malstre écrivait i ce snjet de Salnt-Pétrrsbourg : « Voilà encore une naUoD eflaeée du fleix' •■ Page 884 des Mémoirei et correêpandance^ publies par M. Albert Blanc: Paris, 1858, In-S».

(1) On tâcha de manquer cela en mettant dans le traité de Tilsit, art. 18 t « S. M. l'Empereur de tontes les Russies accepte la médiation de S. M. l'Empereur des Kranfab, roi d'Italie, à l'effet de conclure une paix avaalagcuse, honorable aux deux Empires... » Il s'.igit de la paix de la Russie avec la Turquie. Et, en effet, le Monitemr publia bientôt après le traité d'armistice conclu, par rcetremlsc de la France, entre la Ruxsieet la Piirte ottomsne, le Si août 1807. Mais en réalité on ne masquait rien, et ce qa*il y avait ie vrai dans cette médiation , c'est qu'on vt mettait deux pour contraladre U Porte k céder la Mol* davle et la VaUchie.

(8) BIgnon, Uist. de la France sous IfapotAfn, t vill, p. 868. <-> Cet bistorlea rapporte on mot sigmfleatlf. Lors de ces nouveaux arrangements, napoléon avait diti M. de Gorguil, agent du czar : « I41 I^otnpne va doaner lieu 8 quelques contestations; mais le monde est a«(S grand pour noun arranger. » Ce mot fut redit à Alexandre, qui a'ccria tout an«&itût: ■ S'il s'agit du rétablissrfliflBt de la< Pologne, non, le monde n'est pas aaan grand! •

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