‹ Nouvelle biographie générale depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours, avec les renseignements bibliographiques et l'indication des sources à consulter; (volume 2)Chapitre 41 sur 110 · Les Idées napoléoniennes, dans le tome · texte numérisé non relu

Les Idées napoléoniennes, dans le tome

447 («) NAPOLÉON l^'

des Œuvres de P^poleon 211; Paris, chez Amyot et Pion, 1856. A volumes grand in-8".

Cette étude, publiée pour la première fois en 1839,

lea plusiears éditions; celle que nous citons n*est

que ravant-demière en date. Elle se divise en deux

parties: la politique intérieure et la politique eité-

rieoit. À l'intérieur, Napoléon s'est proposé de

rendre possible la liberté et d'établir sur des bases

orgaDi(|aes assurées les principes de la Révolu*

UoD de «789. A l'extérieur, Napoléon a entrepris

de relever h France des déchéances subies par

elle depuis le traité d'Dtrecbt et de la re-

loettre à la tète d'ane nouvelle confédération d'£*

tats. La paix et la liberté étaient aiusi le double

bal que poursuivait l'Empire h. travers ses guerres

continues et par ses procédés en apparence le plus

despotiques. Cette démonstration est Taite par

r^iu^ste écrivain avec une raison passionnée , une

luuteur, une originalité de vues, une vigueur de

style, une abondance d'idées, et nous ne savons

quel accent amer et triste, dont les esprits furent

àngulièrement frappés en 1839. L'auteur attei-

fioait alors à peine sa trente et unième année.

On adtnirait son étonnante maturité; on ét^it

»urlout surpris de l'état de sa pensée à la fois

éclatante et fortement réservée, toujours niaitresse

d'elle-même, qui , tout en paraissant s'emporter, ne

se livrait jamais. C'est déjà te cachet napoléonien ,

disaient quelques observateurs; l'énigme propre à

la race. Nous ne nous permettrons pas de juger

«lavantage cette œuvre qui n'appartient pas tout

eotiére au libre domaine des lettres et de l'iiistoire ;

00 y trouve une spéculation souvent gênée par les

prévisions et l'attente de la pratique; il y avait là ,

<léjt, plus qn'un livre : la révélation de l'homme

Donreaa, l'œuvre du fondateur de l'Empire expti-

qotle o( commentée par celui qui devait en être le

restaurateur et le continuateur. N; RàPSTTr.

J0SÉPHI9B (i) (Marie- Joseph- Rose Tas- CBFA DE La. Pagerie , coonue sons le nom dc), impératrioe des Français, née aux Trois-Ilets (Martinique), le 33 juin 17A3, morte à la Malmaison, près Paris, le 29 mai 1^14. La branche aloée de la famille française des Tascher, qui tirait d'une (erre située près' de Blois le nom de Ja Pagerie, s'établit, en 1726. à la Martinique. C'e^t là que Joseph Tascher de U Pagerie, Keul«oant d'artillerie de la marine, épousa, en 1761, Bose-Ciaire Des Vergers de Sannois, issue aussi 'i'une famille française, qui avait passé aux Antilles vers les premières années du dix-huitième .siècle. De ce mariage naquirent trois filles : ^arit' Joseph- Rose t le 23 juin 1763; Cathe-

(1) Cette notice est écrite d'après les documents aatbroiiqiiea tirés sott des corregpondanceii de la fAmille Beaubamali et de l'eBiperear Napoléon, sott des archives privées de la maison de Tasclicr, et réunis pour la première fois par M. Josepl) Aabrnas, dans son UUtolra 4e impératrice /Oiéphine {?2ti%, 18S7-1SS»). 1^ bloirraphet aatfiieurs avaient pris, pour «aides, les ridienics Méwowi hUtùri^ues et secrets tU f impératrice Joséphine que MU* Lenormand donna audacleuscment, en 1818, co'nme véiidiqucs , et le honteux pamphlet publié A 1.on- Ore», en I8t0. par l^ewla Goldamlth, sons te titre é^Hiswire ueréu du cabinet de IVapotéen. Noos ne poorrion* relever une à une les erreurs ^u'oo a puisées à ces *'>iirres impures ; nous renvoyons le lecteur curteut de

to coasUter A l'ouvrage si bien renseigné de M. Joseph

Aal)eaas.

(Joséphine) 448(**)

rine-Desirée, le 11 décembre 1764, et Marie Françoise f le 3 septembre 1766 (1). L'aînée, à laquelle on donnait dans l'intimilé de la famille le nom enrantin de Yeyette, fut élevée jusqu^À TAge de dix ans près de son père et de sa mère, à leur habitation des Trois-Uets. On la mit ensuite au couvent de Fort-Koyal , où elle apprit ce qui composait l'éducation des jeunes filles créoles : quelques notions de littérature et d'histoire, on peu de couture et de broderie, la musique et la danse. Yeyette quitta le couvent au commencement de sa quinzième année et commença, soQS les yeux de sa mère, à prendre part h la direction des travaux domestiques (2).

M>né de Renaudin, sœur de M. de la Pagerie, habitait la France; une étroite amitié la liait au marquis de Beauhamais, l'ancien commandant de la Martinique , sous les ordres duquel s'était dislingué M. de la Pagerie, et elle avait été la marraine d'Alexandre, son second fils. Le projet de marier son filleul à l'aînée de ses nièces lui vint naturellement à l'esprit» M. de Beauhainats se montra tout disposé à s'allier avec la famille de son amie ; il objecta seulement qne l'flge des deux futurs était trop rapproché. Mi°e de Renaudin se rangea à son avis, et le marquis écrivit i M. de la Pa;«erie, pour lui demander en mariage la seconde de ses filles : « J'aurais fort. désiré, lui dit-il, que l'aînée eût eu quelques années de moins , elle aurait eu certainement la préférence... Mais je vous avoue que mon fils, qui n'a que dix-sept ans et demi , trouve qu'une demoiselle de quinze ans est d'un ftge trop rapproché du sien. Ce sont de ces occasions où des parents sensés sont forcés de céder aux circonstances. » Sept jours avant la date que porte cette lettre (23 octobre 1777), M. de la Pagerie avait vu mourir l'enfant pour laquelle on projetait un main Oa a constaté, il y a quelques années, d'après les actes de décès de la Martinique , conservés au RrcfTe da tribunal de Kort-Je-France, que Ca/Aerine-Oei<rte mourut le 18 octobre ITIT, et Marte-Josepli'-Rote, le 4 novembre 1711 } on en a conclu que e'est MarU-Françoise^ la troblème flile de Joseph Tascher de la Pagerie, qui fut rimpéralrice Joséphine. Appuyée sur une preuve aussi sérieuse, cette conclusion parabsalt Inattaquable; cependant, comme on le verra, les correspondances échangées ft l'époque du premier mariage de Joséphine la contredisent absolument, et affirment, sans laisser Tombrc d'un doute, que Joséphine était la fille atnée, Marie- JosephfRose. H ne reste donc pins qu'une BupposlUon possible, cVat que la personne chargée de dresser l'acte mortuaire de Atnrit-Françolse a écrit, par erreur, les prénoms de sa sœur aînée.

(t) Ce début d'une vie appelée A de si .hautes destinées paraissant trop simple A M"* Lenormand. elle l'a enrichi d*unc aventure romanesque. Joséphine , d'après cette puérile Invention, ressentit dès son enfance un violent amour pour un enfant écossais, William de K..., dont la famille habitait la Martinique ; cet amour fut partagé et causa bien des larmes aux Jeunes amants, lorsque Joséphine fut obligée de parrir pour U France ; leurs mutuels sentiments restèrent dès lors cachés dans leur c«ur, mais ne furent Jamais éteints; cependant. Ils ne se revirent qu'en 181 i, à la Malmalson; William, ble«»e au siège de Paris, arri*'a, !e bras en éeharpe, près du lit de rimpéralrice mourante, qui n'eut pas Talr de le recmnaltre ; 11 mourut de douleur trois Jours après elle. Vollâ le résumé de ce roman banal.

riage en France; il fut donc fort embarrassé, et ne put que proposer sa troisièine fille , âgée de onze ans et demi. Cependant, il prit cette résolution^ regret : « L'ainée, disait-il à M^e de Renaudin, sera, je crois, un peu afTectée de la préférence qu'il semble que je donne à sa cadette. Elle a une fort belle peau, de beaux yeux, de beaux bras, et une disposition surprenante pour la musique. Je lui ai donné un maître de guitare pendant le temps qu'elle est restée au couvent, elle en a bien profité et a une trèsjolie Toix. Il est dommage qu'elle n'ait point eu le secours de la France pour son éducation, et, s'il n'y avait que moi , je vous en aurais amené deux au lieu d'une; mais comment sevrer oné mère de deux filles qui lui restent, au moment où la mort vient de lui enlever la troisième? » M. de la Pagerie promit d^arriver en France avec sa plus jeune fille, au mois d'avril ou au mois de mai 1778. Cependant, le 24 juin, il était encore à la Martinique, d'où il écrivait à sa sœur : « J'avais, en janvier dernier, préparé ma dernière fille à un voyage en France; elle m'avait paru consentir à me suivre... £lle a bien changé, et on lui a si bien fait la leçon, que je ne puis vaincre sa répugnance à ce voyage, u En même temps, il disait au marquis de Beauharnais : « Ma fiHe cadette est une enfant qui ne répète que ce qui lui est dicté par une mère qu'un attachement aveugle conduit. Quant à Talnée, je n^ai osé jusqu'à présent lui donner la préférence. Ce n'est pas qu'elle ne le mérite par ses sentiments et un excellent caractère, qui est accompagné d'une figure assez agréable» mais elle est très-avancée et formée pour son âge. » Le jeune Alexandre, averti de cette nouvelle difficulté, pria son père d'écrire à M. de la Pagerie, pour lui mander de venir avec sa fille aînée. C'est à la suite de cet échange de lettres que Joséphine quitta la Martinique , d'où elle ne serait peut-être jamais sortie, sans la mort de sa seconde sœur et le refus obstiné de la plus jeune. A en croire des témoignages recommandables , elle partait l'esprit frappé d'une prédiction que venait de lui faire une vieille négresse, renommée pour son habileté à connaître l'avenir par l'inspection des lignes de la main. « Vous vous marierez bientôt, loi avait-elle dit, cette union ne sera pas heureuse; TOUS deviendrez veuve, et alors... vous serez reine de France; vous aurez de belles années, mais vous périrez dans une émeute (1). »

M. de la Pagerie débarqua au Havre avec sa fille, le 20 octobre 1779; Mm« de Renaudin et ' Alexandre allèrent à leur rencontre et les ame- ; nèrentà Paris, où les attendait le marquis de | Beauharnais. Une gracieuse jeune Glle de seize ans et un élégant oflicier qui n'en avait que '

(I) M** Docreit, dans ses JUémoirei, dont la bonne i

fot n'est pa« douteuse, axsare arolr entenda ces paroles ;

de la bouche même de Joséphine, et le Mémorial de \

StUnte-Hétèru raconte le fait , sans élever un donte sor , sa réaUté.

(JOSBPHINB) 448 (^^^

dix-neuf ne pouvaient tarder à se plaire : le mariage fut célébré, le 13 décembre, à >'oisyie-Grand, où résidait M>ne de Renaudin. La pnmière année de cette union ne fut qn'encbaïkment pour Joséphine. Entourée de prévenaoces, fêtée par les parents de son mari, acendllieavec amitié par M"** Fanny de Beaubamais et par les écrivains qui se réunissaient chez elle, admise dans le salon de Mme de Montesson, où brilbit la plus haute société, au milieu de ce luxe, de cet éclat, de cette suprême distinction de l'eeprit et du goût, elle voyait dépassés les piss beaux rêves qu'elle eût jamais fonnès. Opendant, sa situation dans ce monde de tontes les élégances était colle d'une pensionnaîre timide et ignorante; on y remarquait sa grâce mots» que ses défauts et ses gaucheries : ses traits^daient un peu de lourdeur, sa taille manquait encore de sveltesse; elle n'avait que des notioes incomplètes sur les sujets àt littératore et d'art; sa guitare n'était plus à la mode, et sa dasse, qui pouvait plaire à la Martiniqne, eût fait rire h Paris. Le vicomte Alexandre de Beanhaniais, au contraire , était recherché pour son esprit, pour le charme de sa conversation, pour U perfection de ses manières et de sa danse. 11 ne tarda pas à souffrir de voir chez Joséphine uk iofériorité , que son amour-propre lui exagéra. Prenant le rôle de précepteur. Il lui fit recommencer son éducation : rien oe fut oublié depois la grammaire jusqu'à la danse, et la harpe remplaça la guitare. Alexandre trouva-t-il trop lents les progrès de son élève, ou plutôt, 4e retov à son régiment , reprit-il ses habitudes de plaisir et de dissipation? Quoi qu'il en soit, lorsqu'il revint à Paris , dans la seconde année de son mariage, son empressement auprès de sa femme ne fut plus le même; il se plaignit de ce qn'eDe le voulait uniquement occupé d'elle, de C6 qu'elle prétendait tout savoir, ce qu'il disait, ce qu'il faisait, ce qu'il écrivait; enfin, les snttès qu'il obtint près des beautés à la mode l'estraînèrent , sinon à des infidélités , du moins à des galanteries qui en avaient l'apparence. Joséphine, aussitôt qu'elle se sentit négligée, devint jalouse; un premier refroidissennent troubla IIbtérieur des jeunes époux; il ne dura pas, et la paix fut rétablie par la naissance d'un enfast, Eugène de Beaubamais, qui vint au monde le 3 septembre 178!* M. de la Pagerie, en repartant pour la Martinique, dans les premiers jours de 1783, put donc croire que le bonheur de » fille était assuré. Mais Alexandre ne tarda pas à retourner au plaisir, Joséphine à reprendre a jalousie. La tristesse de la jeune femme , d'abord contenue par la timidité et l'espoir, fut suivie de discussions, d'éclats et de larmes. Alexaotlret lassé de cette vie ou poussé, comme il le dit dans une lettre à son père, par le dé.sir de la gloire» s'offrit pour servir, en qualité de volontaire, i I* Martinique sous les ordres de M. de Bouille, et s'embarqua le 2'» septembre 1782,: laissant >«

femme eacdote poar la seconde fois. Il apprit, en arriTUit dans la colonie, la cessation des hostilités, et il se retrouva, loin de sa femme, dans cette (Hsirelé qui, même auprès d'elle, avait été si fu- Bâteàlenr boobear. Cordialement accueilli dans U maiM» la Pagerie, il en fut d*alN>rd l'hôte as* sida; mais il s'éprit bientôt d'arooor pour une personne, dont les insinuations et les railleries poussèreot aux dernières extrémités son caractère bouillant et susceptible. Elle était Tennemie des la Pagerie et les tourna en ridicule, en même tempe qu'elle éveillait des soupçons sur U conduite de Joséphine avant son départ de Ilie, et qu'elle plaignait le mari, dont la naive confianee laissait seule et libre à Paris une femme coquette et légère comme l'était une créole. Alexandre ne vit pins que rarement son beaupère, et finit même par accuser sa fille devant loi. M. de la Pagerie, poussé à bout, répondit arec violence, et c'est plein d'irritation contre loi et contre tonte sa famille qu'Alexandre quitta la Martinique, pour aller rejoindre l'objet de sa passion qui l'avait devancé en France.

Madame de Beauliamais était accouchée, le 10 avri/ 1783, d'une fille qni reçut les noms à' Hortense- Eugénie. A peine eut- elle appris le retoar de son mari , qu'elle connut la demande c& «éparalion , dont il venait de saisir le parle» ibentde Paris. Aussitôt, accompagnée de Mme de Reoaadia, elle alla résider à l'abbaye de Pantlie^ inoQt, où elles restèrent ensemble jusqu'à la fin ^ procès qui dura près d'une année. Le parle- B)«Dt, mettant à néant les accusations élevées ^tre elle, l'autorisa à ne pas habiter aycc son ^ri, qui fut condamné à payer une- pension poar satisfaire aux besoins de sa femme et à ceox de sa fille. Eugène fut laissé à son père. Toote la famille Beauharnais avait pris parti pour Joséphine contre Alexandre, et c'est a Fon- ^oebleau, chez le i)ère de son mari, qu'elle alla demearer. Elle en partit avec sa fille, au mois <^iuin i7«8, pour la Martinique, où l'appelaient ^ parents. L'affection de son père, de sa mère ^ de sa sœur apporta un grand soulagement à ^ chagrins; leur douce intimité ne fut troublée ^^ par les agitations soulevées dans la colonie, à la nouvelle de la révolution de 1 789.

Cependant, le vicomte de Beauharnais, écon* tiDt de sages conseils , manifesta le désir de vivre <le nouveau avec sa femme ; cette demande ayant ^ renouvelée plusieurs fois avec chaleur et ap- We par la famille Beauharnais, Joséphine lûiUa la Martinique au mois de septembre 1790. ^mari, en la revoyant, montra une joie sin- ^, et le passé fut oublié. Alexandre de Beao- Mrnais était alors un personnage; député à <i Constituante , il recevait assez souvent dans »>n bôlel de la rue de l'Université les principaux membres du parti constitutionnel. Joséphine qui, à cette grâce, à ce cliarme que peu (!c femmes ont eu à un aussi haut degré , ajoutait encore l'éclat de la jeunesse, fit les honneurs

(JoSEPlimE) 448 {^^)

de son salon avec un goût et un tact qui établirent aus.Hitôt sa réputation d'élégance et de di&Unction. Lorsque la Constituante se sépara, le 30 septembre 1791 , Alexandre se retira avec sa famille à la Ferté-Beauharaais , en Sologne. 11 fut chargé, en 1792, d'un emploi à l'armée du nord, et fut nommé, en 1793 , général en cJief de l'armée du lUûn; mais, voyant les soupçons auxquels étaient en butte les nobles qui exerçaient des commandements militaires, il donna sa démission et alla rejoindre sa famille à la Ferté. Noble , frère d'émigré , général démissionnaire, il ne pouvait tarder à devenir suspect ; on l'emprisonna, au commencement de janvier 1794. Le 20 avril suivant, Joséphine s'étant présentée à la section pour retirer son passeport, afin d'obéir à la loi qui donnait dix jours aux ex-noblés pour sortir de Paris , fut arrêtée le soir même et enfermée aux Cfirmes. Elle gagna, par son amabilité , l'affection de ses nombreuses compagnes de captivité, et se lia particulièrement avec la duchesse d'Aiguillon et avec Mme de Fontenay, qui devint M™» Tallien. Une supplique, signée par les enfants de Joséphine et rédigée sans doute par sa tante, pour obtenir sa liberté , fut adressée, le 9 mai, à la Convention ,. qui la repoussa. Alexandre écrivit, le 4 tliermidor, à sa femme une dernière lettre pleine d'affection, et il fut exécuté le 5. Mn« de Beauharnais, d'après le comte de La Valette, faillit suivre son mari sur Téchafaud. « Elle était tombée gravement malade, dit-il, lorsque son acte d'accusation, c'est-à-dire son arrêt de mort, lui fut remis. Heureusement, un honnête et courageux médecin polonais, dont je regrette de ne pas savoir le nom, fut chargé de la soigner. Il déclara que la maladie allait en faire Justice, et quelle n'avait pas huit jours à vivre. Elle fut ainsi sauvée. » Les prisonnières apprirent bientôt la mort da Robespierre (1). M'°c de Fontenay, rendue à la liberté , par l'influence de Tallien, travailla activement à tirer ses compagnes de prison ; une des premières délivrées par ses soins fut Joséphine, qui lui garda toujours une vive reconnaissance.

Réunie à ses enfants, qu'elle alla chercher, l'un chez le menuisier, l'autre chez la blanchisseuse, où on les avait placés pour plus de sûreté, la veuve Beauharnais se trouva sans ressources. Elle ne pouvait en obtenir que de la Martinique. Son père y était mort depuis plusieurs années, ainsi que sa dernière sœur, et elle restait seule héritière des biens de la maison la Pagerie, que sa mère administrait. C'est donc è celle-ci que

(1) «J'allai ouvrir la fenêtre , racontait ploa tard Joséphine; J'aperçus une fcname du peuple qui non» falMlt beaucoup de gea(e-i que nous ne cnmprenlonx pa«. £ile prenait A tous moments sa robe... Je lot criai robefEilt fit signe qoe ont. Bnxulte, elle ramassa une pierre qu'elle nous montra . Pierre f lui erlal*Je eocore. Sa Joie fui eitrême en étant sûre que nous la comprenions. Enfin, unissant sa robe à la pierre, elle fit plusieurs fola avec vivaclle le mouvement de se couper le cou. et ae mit ensuite k danser et i applaudir. » (U»* Ducrett).

447(3*) KAPOIJÈON 1"

Joséphine s'adressa; mais les troubles et la guerre rendaient les relations difficiles, et plusieurs de ses lettres demeurèrent sans réponse. Pressée par ses l)esoins et surtout par ceux de ses enfants, elle finit par recourir à M. Emmery, de Dunkerque, banquier et armateur, qui correspondait avec la Martinique, et en reçut quelques avances d'argent. La disette de 1795, qui se fit si rudement sentir à Paris, plongea Joséphine dans une détresse complète. On ne sait au juste si elle fut obligée de replacer Eugène et Hortense en apprentissage, comme le veut la traditioui ou si elle parvint à leur donner le nécessaire, en employant pour eux le peu d'argent qu'elle pouvait avoir; mais on sait qu^elle ne dépensait rien pour elle-même , et que , pendant quelque temps, la misère l'empêcha de payer même son pain. « Tous les jours, dit Mn« Ducrest, elle dînait chez M>nc Dumoulin , femme fort riche et très-obligeante , qui réunissait chez elle un petit nombre d^amis... Chacun apportait son pain... Mme Dumoulin , sachant que M^ie de Beauharnais était pliis pauvre encore que les autres, la dispensa de cet usage, ce qui fit dire à celle-ci qu'elle recevait positivement son pain quotidien. » Cette situation cessa par l'arrivée de quelques fonds envoyés de la Martinique, et par les soins de M. Mathiesen, de Hambourg, près duquel Joséphine fit un voyage; suivant les conseils de ce jbanquier, elle adressa à sa mère trois lettres de change qu'elle venait de tirer sur elle et qui s'élevaient ensemble à 25,000 fr. Quelques mois plus tard, non-seulement Mme de Beauhamais fut hors de la gêne, mais elle retrouva la foriune et le luxe , ayant obtenu par Mme Talllen la restitution d'une partie des biens de son mari, et recevant avec régularité ses fonds de la Martinique. Elle put donc reparaître dans le monde, au commencement de 1796, et faire compléter l'éducation d'Eugène et d 'Hortense, qu'elle avait mis, dès la fin de sa misère, le premier en pension, la seconde chez M"*** Campan.

Mous voici arrivés au point le plus important et le plus controversé de la vie de Joséphine, à l'origine de ses relations avec le général Bonaparie. Après avoir comparé le grand nombre d'écrits qui abordent ce sujet, mémoires, pamphlets et histoires sérieuses, on ne trouve, d'un côté, comme le dit M. Aubenas, que suppositions et commérages; de Tautre, le récit fort vraisemblable que donnent les Souvenirs d'O» Meara et le Mémorial de Sainte- Hélène, Lorsqu'on exécuta le désarmement des sections, après le 13 vendémiaire (5 octobre 1795), un jeune garçon se présenta à l'étal-major, et supplia le général Bonaparte de lui faire rendre l'épée de son père, qui avait été général de la république. Ce jeune garçon éUît Eugène de Beauhamais. Sa demande lui fut accordée; en voyant l'épéc de son père, il se mit à fondre en larmes. Bonaparte ému lui donna des éloges

(Joséphine) 448 («}

et le caressa beaucoup. Peu de jours après, Mne de Beautiaroais alla faire au général ujk visite de remercfments, et produisit sur loi, dès cette première entrevue, une grande iropressioa par la douceur et la grâce de ses manières. Il lui rendit sa visite. Joséphine n'habitait plus dau la rue de TUniversité; elle venait d'acheter, rue Cliantereine, la maison de Talma, et y avait oa* vert son salon , qui fui bientôt le rendez-Toos d'une société choisie. Agée alors de trente-deui ans, à peine paraissait-elle en avoir vingt*si]i;&â distinction était parfaite, sa conversation ûmable et fine, son regard expressif, son sourire gracieux ; dans ses paroles, dans ses attitudes, l'élégance s'unissait à l'abandon; si les traiti de son visage n'offraient pas le type de ii beauté, l'expression de sa pliysionomie, la «mplesse de sa taille, l'harmonieux ansemblede toute sa personne réalisaient l'idéal de la jolie femme; enfin, comme on disait de son temps, elle avait la séduction, et, pour nous servir d'une expression plus moderne, elle avait le charme, Bonaparte, de plus en plus entraîné vers elle, passa bientôt toutes ses soirées dans le saloo de la rue Chantereine. L'union, qu'il avait déiré contracter avec MU« Clary, l)elle-s(Bnr de soo frère Joseph, n'ayant pn se réaliser, il porta ses vues sur Mme de Beauhamais, et lui demanda sa main. Celle-ci, peu disposée à un second mariage, consulta ses parents et ses amis, qui tons lui conseillèrent d'écouter les propositions da général ; Mme de Rcnandin surtout insista pour qu'elle donnât un protecteur à ses enfants. « leur donnant un nouveau père ; son notaire seul, M. Raguideaii, s'opposa à ce projet, disant qœ Bonaparte n'avait que la cape et l'épée, qu'elle possédait 25,000 francs de rente, et pouvait espérer un parti bien plus avantageux. Apres quelques hésitations, Joséphine se rendit aai vœux du général (1). - il

(1) Barrai n'eot-U ancuoes relations avec JocëpUac, avant quelle devint M«« Bonaparte, et ne prit-tl polat de part à son mariage ? À en croire les pamphlets , c'a! lui qui mena tonte la négociation, et qui, poor obtenir l'appui de Bonaparte . Jeta aa maîtresse dans ses bras, i ta condlUon qu'il en ferait sa femme léglUme, Cette allégation s'appuie sur deui faits que rhUtolre repoBs«c : d'un eôté, le rOle brillant que l'on f.nlt jouer a Jos.>phia« dès sa sortie de prison ; de l'autre, l'influence de Barras poor faire donuer i Bonaparte, comme prix desno mariage , le commandement de l'armée d'Italie. Noos avons vu combien le premier est contraire aux documents authentiques : dans la gène et dans la misère, pendant plitf d'un an, Joséphine reparaît avec quelque éclat, ses- Icment vers les premiers Jours de 17M. Sans doute, elle a vu Barras chrz M"** Talllen ; elle a po lui demander de seconder, auprès du gouvernement , ses dénarrhe» pour recouvrer les biens de son premier mari; mais nous ne pouvons, par aucune preuve, établir le degré d'intimité oA allèrent ces relations, et, en lootcai, nous savons d'une manière certaine, que lorsqae Joséphine reprit aon rang dans le mondes ce fut aveeu propre fortune et non avec les «eooura d'an amaof. Quant i l'influence que a'attrlboa Barras dans la nomination de Bonaparte au commandement en chef de larmée d'Iblte, noos avons une preuve irrécusable qa'eHe fut nulle; c'est la réponse de Carnot au rapport fait cor la conjuration du IS fructidor. « Il n'est point vrai. ifH-U,

4f7(«) NAPOLÉON P'

Le mariage eut lieu à Paris, le 9 mars 1796. La production des actes de naissance n'étant pas exigée, l'acte de Tëtat civil put rajeunir Joséphine de quatre ans et la Taire naître le 23 juin 1767, tandis qu'il vieillissait Bonaparte de dixbott mois, et donnait ainsi à peu près le même âge aux deux époux. Nommé, le 22 février précédent, général en chef de l'armée d'Italie;, Bonaparte quitta sa femme douze jours après son luriage. A peine a-t-il pris possession de son commandement , qu'il lut écrit de venir le rejoindre. Mais une maladie , une apparence de grossesse, l'empêche de partir. Les lettres de 80D mari se succèdent, ardentes, passionnées, fiéTTCuses. « Tu es malade, lui écrit-il le 15 juin, tu m'aimes, je t'ai affligée, lu es grosse et je ne te rois pas. Cette idée me confond... Je t'accuse de restera Paris, et tu y étais malade. Pardonne moi, ma bonne amie ; l'amour que tu m'as inspiré m'6le la raison; je ne la retrouverai jamais. L'on ne guérit pas de ce mal-là (1). » A la fin du mois de juin, Joséphine arrivait à Milan, et passait quelques jonrs avec son mari dans le palais Serbeiloni; le 22 juillet, elle le suivait à Bresda, et de là ao quartier général. A l'approche de l'ennemi, on voulut la reconduire à Brescia, mais la route était harrée ; elle vit les uniformes autrichiens , elle entendit la fusillade , et ^ toujours femme, elle rentra au quartier général tremblante et pleurant. Bonaparte ne lui reprocha pas son manque de coarage, et ému lui-même : « Wunn- Mr, lui dit- il, va me payer cher les larmes qu'il te cause. » Une escorte la conduisit, par une route liêUMimée, à Lucques, d'où elle gagna Florence, poi* Milan. Nous n'avons pas k suivre les mouvements et les victoires de l'armée. Ce qui Intéresse <iirectement notre sujet, c'est l'amour du général ea chef pour sa femme, amour dont nous avons <les preuves palpitantes dans sa correspondance, et dont nous regrettons de n'avoir pas la contrepartie dans les lettres de Joséphine qui , pour cette époque, manquent entièrement. Bonaparte écrit de Modène, à la fin de septembre : « Tes lettres sont froides comme cinquante ans; elles ressemblent a quinze ans de ménage. On y voit l'amitié et les sentiments de cet hiver de la vie. Fi! Joséphine!.. C'est bien méchant, bien mauvais, bien traître à vous. Que vous reste- t-il pour me rendre bien à plaindre? Ne plus m'aimer? Eh! c'est déjà fait. Me haïr ? Eh bien !.. je le souhaite; tout avilit hors la haine... Mille, mille baisers bien tendres comme mon oceur. » U 13 novembre, quelques jours avant la bataille d'Arcole, il écrit de Vérone : « Je ne t'aime plus du tout; au contraire, je te déteste. Tu es une Tiiaioe, bien gauche, bien bète, bien cendrillon.

1M ee soit Barras qui ait proposé Bonaparte poor le connandemeBtde rarnëe d'Italie j c'en moi-mime. Mais «or cela on a tabsé filer le temps pour savoir comment U leosstralt . et ce nVst que paml les InUnes de Bar- ^« qali se t anU d'avoir été ranteor de la proposlUon h te au IMreetolrc. »

0) UUra de ffapoléon â Joséphint, DIdot, ISIS.

KOUV. BIOGB. CÉRSa. ^ T. XXXVll.

(Joséphine) 448 (^}

Tu ne m'écris pas du tout, tu n'aimes pas ton mari... Que faites-vous dohc toute la journée. Madame? Quelle a/Taire si importante vous 6tc le temps d'écrire à votre bien bon amant.'... Écris-moi vite quatre pages , et de ces aimables choses qui remplissent mon cœur de sentiment et de plaisir. J'espère qu'avant peu je te serrerai dans mes bras, et je te couvrirai d'un million de baisers brûlants comme sous l'équateur (i). » Tels étaient les accents du mari de Joséphine dans la première ferveur de son amour. Au milieu des fatigues de la guerre et des plans de.bataille dont il méditait les savantes combinaisons, il s'abandonnait tout entier à la passion qu^elle lui inspirait.

Les préliminaires de la paix signés à Léoben, le 18 avril 1797, ils allèrent résider tous deux à Montebello près de Milan, où s'ouvrirent les négociations avec l'Autriche. Montebello devint ime véritable cour : les diplomates et les personnages du plus haut rang y conféraient avec le général ; les dames distinguées par la naissance, l'esprit ou la beauté, y rendaient leurs hommages à Joséphine, qui les charmait par son gOQt et sa grAce. Vers le milieu de septembre , elle suivit Bonaparte à Passeriano, maison de campagne près d'Udine, où devaient se terminer les o6nfërences, et, le traité de Campo-Formio ayant été signé, le 17 octobre, elle alla à Rome embrasser son fils , qui remplissait une mission auprès de notre ambassadeur, et arriva à Paris, huit jours après son mari. Elle rentra dans l'hôtel de la rue Chantereine qui, par allusion aux triomphes de Bonaparte, avait pris le nom de rue de ta Victoire ^ et y ouvrit son salon, où se pressèrent les généraux, les savants,ies écrivains et les artistes. Le 3 mai 1798, Bonaparte, chargé de diriger l'expédition d Egypte, quitta Paris avec Eugène et Joséphine ; celle-ci l'accompagna jusqu'à Toulon, d'où elle écrivit, le 15 mai, à Hortense : « Ma chère fille, Bonaparte ne veut pas que je m'embarque avec lui; il désire que j'aille aux eaux avant que d'entreprendre le voyage d'Egypte. II m'enverra chercher dans deux mois. > Elle alla donc à Plombières , où elle resta jusqu'à la fin de septembre. C'est alors qu'elle acheta de M. Lecouteux la Malmaison, au prix de 160,000 francs. Il ne fut plus question de son départ pour l'Egypte; elle passa l'hiver à Paris, reçut et vit beaucoup de monde, alla quelquefois visiter les membres du Directoire, n'évita point Barras, et se lia particuièrement avec la femme de l'un des Directeurs, Mne Gohier. Cette conduite , dout on |>eut lui faire un mérite , en lui attribuant la pensée de vouloir pénétrer les intentions du gouvernement au sujet de son mari, mais qui du moins était fort naturelle chez une femme portée au luxe et à la vie extérieure, mariée à un personnage presque tout-puissant, fut rapportée en Egypte même à

il} UttfM de Napoléon à Jotépkine, Dldotp isss.

NAPOLÉON P' (JOSÉPHTNB)

Bonaparte, lavec des commentaires malveillants qui changèrent en torts quelques imprudences. Lorsqu'il rentra à Paris, le 16 octobre 1799, Joséphine était absente. Si l'on en croit le prince Eugène, elle avait voulu aller au-devant de son mari jusqu'à Lyon, et avait pris la route de la Bourgogne, tandis qu'il passait par le Bourbonnais; elle ne fut de retour à Paris que quarantehuit heures après son arrivée. Ce retard , exploité contre elle par quelques-uns des amis et des parents de Bonaparte qui la haïssaient, mit le comble à Tirritation du général; il s'emporta, lorsqu'il la revit, en reproches violents. Cependant, elle sut l'apaiser, lui rendre la confiance, et, de ce jour jusqu^à celui de leur séparation , il n'y eut plus dans leur union aucun trouble grave.

Après le 13 brumaire, Bonaparte, consul provisoire, habita pendant quelques mois avec sa femme le Luxembourg, et, le 9 février 1800, il alla résider aux Tuileries. Devenu premier con* sul, il voulut alors autour de lui les apparences de la royauté ^ et chargea Joséphine d'organiser une cour et des réceptions d'apparat. Aucune femme peut-être ne possédait À un égal degré les qualités nécessaires pour réaliser ce projet. Cependant, elle ne se tint pas pour assez éclairée sur certaines questions d'étiquette et de goôt , et, s'efforçant de revenir aux traditions, elle demanda les conseils de M^^ de Monte&son et de Mojc Campan. L'influence de ces deux femmes dans les rangs de la noblesse, le caractère même de Joséphine, sa naissance, sa prison, la vénération quelle professait pour la mémoire de Louis XVT et de Marie- Antoinette, attirèrent aux Tuileries des membres des plus hautes Camilles ; la politesse revint avec le bon goût, le titre de Madame reparut sur les lettres d'invitation, et le salon des Tuileries eut bientôt, comme le tou* lait le premier consul, la physionomie d'une petite cour. Joséphine put déployer alors et mettre dans tout son jour sa bonté, son désir de faire des heureux, désir si grand qu'on a pu dire d'elle avec vérité qu'elle avait la passion d'obliger. A toute heure, des parents d'émigrés venaient solliciter aoprès d'elle une radiation, on secours, une réintégration dans des biens non vendus. Souvent elle obtenait la faveur demandée, et, lorsqu'elle ne pouvait répondre que par un refus, elle savait en adoucir l'expression. Son dévouementauxvictiraesde la révolution fut connu du comte de Lille (Louis XV III) et du comte d'Artois, qui espérèrent amener, par son influence, le premier consul è jouer le r61e de Monk et à rétablir la monarchie des Bourbons; la duchesse de G niche, chargée par le comte d'Artois de tenter une première démarche auprès de Josépirine, fut reçue avec bienveillance et de façon à emimrter quelque espoir; mais la bnisquerie hautaine, avec laquelle Bonaparte répondit aux premiers mots dits an sujet de cette entrevue, fil comprendre à sa femme que, si on lui confiait le ministère des

[ bonnes œuvres, il ne lui était pas penaisde too-

I cher à la politique.

Cette première année du consulat et celles qui

' la suivirent jusqu'au divorce sont les plus biil* lantes et les moins tourmentées de la vie de Jo*

I sépinne. C'est l'époque de sa gloire aux Tuiie-

, ries et de ses beaux jours de âte à la Malmai-

' son. La tradition, les témoins oculaires, l'his-

: toire, qui attestent la bonté de son oarar et soo exquise sensibilité, sont unanimes aussi à y«Att la gi'âce et l'élégance de sa toumore, le chanoe de sa physionomie , l'éclat et la fratdieor d« m teint : on croirait entendre parler d'une toote jeune femme, et pourtant son Age, dans cette période, va de trente-sept à quarante-sept aiu(l). Le nombre des personnes qu'elle attirait au

, Tuileries grandit peu k peu, et, malgré la noble aisance de ses paroles et de ses manières, les

I réceptions devinrent plus froides, plus coflfonnes à une cérémonieuse étiquette. C'Omroe elle te couctiait fort tard , c'était le soir, après le specr

' tacle, qu'elle recevait les personnes de 1*111timité. Son laisser-aller revenait alors tout eo-

- tier; elle causait en brodant, faiMot delà tapisserie , elle jouait au tric-trac, au reTer», au whist, d'autres fois au billard. Le premier coosul venait assez souvent à la fin de la soirée et Ciisùl

: une partie avec elle; mais c'était avant le dlaer

I qu'il préférait la voir, seule cbez elle, au momeot

' de sa toilette; il la reprenait sur le goût de ses coiffures, sur la couleur et la coupe de ses robes, I taquinant en ment temps et faisant rire Joséi phine , qui possédait en perfection l'art de se bien mettre; il toiicliait à tout, déplaçait tout» savait trouver les mousselines angUtses, dont il ' avait défendu l'importation en France, et lei déchirait sans pitié. Joséphine aimait cette rie d'il- ! térieur ; la représentation rennoyait. Plus i'éli* I quette devint sévère, moins elle se plut aux Hu- Icries, et, lorsque Bonaparte devenu consul à ?ie lui donna des dames du palais, et reotoura de ta pompe et des embarras de la souveraineté, oo

(1) Noua ne ponTons noas dlapenier de reprodolrf I'

portrait que donnent d'elle lei Mémoiret de Constat'

premier valet de chambre de l'empereur : « L'imperiince

était d'une taille moyenne , modelée avec une rare prr*

fection : elle avait danis les mouvements une soupH««

tme léRérete, qui donnaient à aa démarche qu«l<|u(

choac d'aérien... Sa phjf loaomie expresalve lulvalt tovw

les Impressions de son âme, sans Jamais perdre <>( ^

douceur charmante qui en faisait le fond». Ses je^>

d'un bleu foncé, étalent presque tonjoors à deal f^naé*

par ses longues paupières , icgérement arquées et ^'

dées des plus beaux cUs du monde ; et, quand elle rc

gardait ainsi, on se sentait entraîné vers ePe p>r o"'

puissance irrésistible... Ses cheveux étalent fbrt boni.

longs et soyeai ; leur teint chAUln clair ae mariait adai*

rabicment k celui de sa peao, éblouissante de flnesMR

de fraîcheur. An commencement de sa suprèœ' po'*'

sancc , nropératrIcR aimait encore i le coiffer, le ««•'t'"'

avec un madras rouge, qui loi donnait l'air de créolf K

plus piquant A voir. Mais ce qal, plus que UHitIerc<iei

contribuait an charme dont eHe élall entoorée. c'était k

aoo ravissant de sa toIx... On ne pouvait peat-étrf P>*

dire que l'Impératrice était aoe belle femme; mali '|

igure toote pleine de scntlmeot et de booté, »*** ''

grâce anfiréllqnc répandue sur toute sa penonWi <* "*"

aalent la femme la plus attrayante, s

IVntendit répéter douvent : « Que tout ceci me fatj^iie et m'enouie! » Son Hea de repos était la Malmaisoo. Située senlement à trois lieues de Paris, entourée de paysages magnifiques, la Malmaison semblait choisie à souhait pour lui faire oublier les ennuis de la politique, les sourdes menées de ses envieux et les rigueurs de l'étiquette. KUe l'avait lait restaurer par Alexandre LcQoir. Un jardin anglais, une serre chaude, on cabinet d'histoire naturelle et une galerie de tableaux emt>ellirent ce séjour déjà si favorisé par la nature. Joséphine, qui avait la passion des flean, y introduisit des plantes jusqu'alors inconooes en France : l'hibiscus, le phlox, le catalpa, le caroeliia et plusieurs bniyères. Elle étudia la botanique sous la direction du célèbre Tentenat et le chargea de rédiger le Jardin de la Malmaiion , publication splendiJe, dont Redonté fit les dessins. Bonaparte allait souvent à laMalmaison. L'après-midi, on jouait aux barres, au colin -roaillanl , ou bien l'on allait se promener à Bougival , aux bois de la Celle et du Botard ; le soir, il y avait concert, bal on comédie.

Le 18 mal 1804, le sénat apporta k Saint-Cloud le sénatup-consulte qui proclamait Napoléon empertfor des Français et Joséphine impératrice. CelleHû arrivait donc au plus haut sommet tie ce rang sopréme, que loi avait prédit la négresse de la Martinique. Tout lui souriait : si elle n'avait pas d'enfants de son second mariage, son fiis Eugène avait toutes les bonnes grâces de l'empereur qui ne paraissait pas éloigné du dessein de l'adopter, et sa fille avait épousé Louis Booaparte (1)* Cependant une question bien in^Te pour Joséphine s^agilait aux Tuileries : 9^rai(-elle couronnée et sacrée? Plusieurs membres de la famille Bonaparte, qui lui étaient très- Imtiles, faisaient des efforts incessants auprès de Napoléon , afin qu'il ne donnAt pas ce nou- Teao gage d'union à une femme dont il ne pouvait espérer de postérité. Joséphine, de son côté, désirait d'autant plus s'agenouiller avec son époui devant l'autel du sacre, qu'elle voyait dans cette cérémonie une garantie contre un divorce, dont la menace encore lointaine était déjà venue ^ ses oreilles par la bouche de ses amis ou de ^ adversaires dissimulés. Le trouble que je- ^ot dans son âme ses appréhensions et ses ^irs ne l'empêcha (>as de déployer son active et persévérante bonté , lors de la condamnation ^ nH)rt de MM. Armand de Polignac, de Rivière, etc. Quelques mois auparavant, elle avait, en versant des larmes, reproché vivement à son ntari de loi avoir caché le jugement do duc (l'Engliien jusqu'au moment où lui arriva la Boavelle de sa mort. Cette fois, avertie à temps,

(1) Il ne lot restait i désirer que la présence de sa iB^re. A plQsleurs reprises , elle Favall suppliée de venir « France ; mats M" de La Pagerte ne put ae résoudre « quIUer le Hen de sa naissance et l'baMla Jusqu'à sa ■ort, qn) arriva te s Juin J807.

1" (Joséphine) 448 f**)

> elle mit tout son dévouement à sauver la vie des condamnés.

Les débats continuaient aux Tuileries relativement au sacre, et les ennemis de Joséphine I faisaient des progrès inquiétants pour elle. Voici ; comment M. Thiers raconte la scène qui mit fin ; aux contestations. « Témoin des instances, dont Napoléon était Tobjet de la part de l'une de ses saeurs, Joséphine, troublée, dévorée de jalousie, laissa voir des soupçons outrageants pour cette sœur et pour Napoléon lui-même, soupçons conformes aux atroces calomnies des émigrés. Napoléon fut saisi tout k cou(^ d'une véhémente colère... Il dit à Joséphine qu'il allait se séparer r d'elle ; que d'ailleurs il le faudrait plus tard , et ' que mieux valait s'y résigner sur-le-champ... Joséphine, bien conseillée, montra une douleur ! résignée et soumise. Le contraste de son chagrin avec la satisfaction qui éclatait dans le reste de la famille impériale déchira le cœur de Napo- ' léon... 11 saisit Joséphine dans ses bras, lui dit, i dans son effusion , qu'il n'aurait jamais la force de se séparer d>lle, bien que la politique la commandât peut-être, et puis il lui promit qu'elle serait couronnée avec lui, et recevrait à ses côtés, de la main du pape, la consécration divine. » La volonté de Teraitereur fit taire les oppositions; il décida que ses sœurs, malgré leur I résistance, porteraient les psns du manteau de ! rimpératrice. Le pape arriva , le 25 novembre I 1804, et, le l*^** décembre, Joséphine lui avoua

> qu'elle avait été mariée seulement à l'état civil. Aussitôt l'empereur fut averti par le pape qu'il ne pourrait être couronné , avant d'avoir consacré son mariage par le sacrement de TÉglise. Napoléon , Irrité de l'aveu fait par Joséphine,

I fut cependant obligé de céder, et, la nuit même ; qui précéda le couronnement, la cérémonie I du mariage fut célébrée dans la chapelle des < Tuileries par le cardinal Fcsch ; M. de Talley- ; rand et le maréchal Berthicr, seuls témoins, en gardèrent le secret jusqu^à l'époque du divorce. I Le 2 décembre, à dix heures et demie du matin, l'impératrice quitta les Tuileries et monta avec l'empereur dans la voiture qui a gardé le nom de voiture du sacre; elle portait une robe traînante de brocard d'argent semé d*abeilles d'or, de longues manches à broderie d'or, une fraise en dentelle lamée d'or. Arrivée à Notre- Dame, elle prit le manteau impérial , en velours rouge , doublé d'hermine , attaché sur Tépaule par une agrafe en diamants, et soutenu par les princesses Joseph, Louis, Ëlisa, Pauline et Caroline. Ensuite, elle s'avança vers le sanctuaire sous un dais que portaient les chanoines du chapitre de la métroftole. Après le chant du f^eni Creator y elle reçut avec l'empereur, au pied de l'autel , la triple onction de la main du souverain pontife, et, après le graduel de la messe, l'empereur plaça sur sa tête la couronne fermée surmontée de la croix en diamanta, qu'il avait déjà posée sur la sienne.

Sacrée et couronnée , Joséphine semblait être an comble de ses voeux; elle eut, en effet, encore quelques années de bonheur. Son (ils nommé vice-roi d'Italie, et marié avec la fille du roi de Bavière, sa fille devenue reine de Hollande, lui firent oublier la blessure qu'avait causée à son amour-propre Napoléon, lorsqu'au commencement de 1805, il fut couronné à Milan roi d'Italie, et ne l'appela point à partager cette couronne. Mais des douleurs plus incessantes et plus durables pénétrèrent peu à peu dans son cœur, causées par la rareté de ses entrevues avec l'empereur, que préoccupaient de plus en plus les afTaires politiques , et qui ne cherchait des distractions que dans des caprices passagers pour les Temmes qu'il distinguait. Depuis longtemps elle sentait vaguement s'avancer un malheur, lorsque l'empereur, après la bataille de Wagram et les négociations de Schœnbrunn, reyint à Fontainebleau, le 26 octobre 1809. Soit proposition de TAutrlche, !H>it nécessité d'avoir un héritier, il arrivait avec la résolution de divorcer. Après s'en être ouvert à Cambacérès, il atfendit le prince Eugène, auquel il voulait confier la mission de tout dire à Joséphine. Celle-ci , voyant son époux tout à fait changé à son égard, fit entendre des plaintes que Napoléon ne put soutenir, et le redoutable secret s'échappa comme malgré lui. Ici, nous citons M. Thiers qui écrit d'après des Mémoires encore inédits : « Fatigué, il coupa court à ses reproches, en lui disant qu'il fallait du reste songer à d'autres nœuds que ceux qui les unissaient , que le salut de l'empire voulait enfin une grande résolution de leur part, qu'il comptait sur son courage et son dévouement pour consentir à un divorce, auquel il avait lui-même la plus grande difficulté à se résoudre. A peine ces terribles mots étaient-ils prononcés, que Joséphine fondit en larmes et tomba presque évanouie. L'empereur appela surle-cbarop le chambellan de service, M. de Bausset, loi dit de l'aider à relever l'impératrice qui était en proie à des convulsions violentes, et tous deux la soutenant dans leurs bras, la transportèrent dans ses appartements. On avertit la reine Hortense , qui accourut auprès de l'empereur, qu'elle trouva tout à la fois ému et irrité des obstacles opposés à ses desseins. 11 dit brusquement , presque durement à la jeune reine, que son parti était pris, que les larmes, les cris ne changeraient rien à une résolution devenue inévitable , et nécessaire au salut de l'empire... La reine Hortense, qui aimait tendrement sa mère , courut auprès d'elle pour essayer de la consoler, ou du moins d'atténuer sa douleur. Elle eut d'abondantes larmes à voir couler et à verser elle-roème. Pourtant Joséphine se montra plus calme les jours suivants, s

Le 15 décembre, à neuf heures du soir, se trouvèrent réunis, dans le cabinet de cérémonie des Tuileries, l'empereur, l'impératrice, Madame-uère, le roi et la reine de Hollande, le

P' (Joséphine) 448C^

roi et la reine de Westphalie, le roi et la reine deNaples, le prince Eugène, rarchiehancelier ftle secrétaire de l'état civil de la famille impériale. Napoléon lut d'une voix assez ferme un discours dans lequel il exposait les raisons pour lesquelles II avait résolu de dissoudre son mariage; Joséphine essaya de lire à son tour la déclaration qui lui avait été préparée en réponse à ce discours ; mais à peine eut-elle prononcé quelques mots , que les sanglots étouffèrent sa voix, et elle tendit le papier au comte Regnaod de Saint- Jean d'Angely, qui en aciieva la lectnie. Puis Napoléon embrassant Joséphine, la oondci* sit chez elle , et l'y laissa inanimée entre les bru de ses enfants. Le lendemain 16, jour fixé ponrb séparation des deux époux, l'empereur se rendit chez Joséphine avec le baron Meneval ; en le voyant entrer, elle se leva vivement et se jeta en sanglotant à son cou ; il la serra contre sa poitrine et l'embrassa k plusieurs reprises. Daas l'excès de son émotion elle s'était évanouie ; l'empereur voulant éviter le renonv ellement du 8pe^ taclc d'une douleur qu'il ne pouvait calmer, la remit entre les mains de M. Meneval, et il u retira rapidement. A deux heures , Joséphine monta en voiture avec sa fille et partit pour b Malmaison. Le même jour ( 16 décembre 1809), un sénatns- consulte décidait que le mariage! contracté entre Napoléon et Joséphine était dissous, que néanmoins Joséphine conserverait les titre et rang d'impératrioe-reiae cooronnée, et que son douaire était fixé à une rente annuelle de deux millions de francs sur le trésor de l'État. Le 17 décembre, l'empereur alla rendre visite à Joséphine, et se promena longtemps seul avec elle dans le jardin de la Malmaison; il loi serra la main, mais ne l'embrassa pas. Chaque jour, pendant un mois, Jo8éi>hine reçat one visite ou une lettre de celui qui avait été son époux et qui n'était pins que son ami. Elle eot^a force de comprimer la douleur qu'elle garda jusqu'à la fin an fond do son âme; sa douceor et sa bonté trouvèrent à s'exercer sor la petite cour qui l'entourait, et même le sourire revint parfois errer sur ses lèvres. A l'époque do mariage de Napoléon avec Marie-Lonise, elle obtint d'aller habiter le chfttean de Navarre ea Normandie, et ne s'établit définitivement i la Malmaison que vers la fin de 1811. Elle y eot, par ordre de l'empereur, un premier aoroôoier archevêque , une dame d'honneur, six dames du palais, un chevalier d'honneur, quatre chambellans, quatre écuycrs, une lectrice et un intendant général ; il ne tint qu'à elle de se croire encore aux Tuileries. Mais ce qu'elle regrettait, I ce n'était pas la puissance, c'était Temperear: 1 elle s'intéressait à sa forhinc et à son bonhear i avec autant d'affection qu'avant le divorce. Géi dant à ses instances, Napoléoi^ peu de joQC& I avant son départ pour la Russie, lui amena le I roi de Rome à Bagatelle, dans le bois de Bou- ! logne : elle l'embrassa, et l'on rapporte qu'elle

loi dit en pleurant : « Ah ! cher enfant, tn sauras peut-^tre un jour tout ce que tu m'as coûté ! »

Elle passa ses dernières années occupée des objets qui avaient toujours attiré son esprit, l'art, la botanique, Thistoire naturelle. A la fin de mars 1814, apprenant que les alliés approchaient de Paris, elle partit pour NaTarre. C'est là qu'elle apprit l'abdication de l'empereur et le dessein qu'avaient les ennemis de l'envoyer à nie d'Elbe : « Ah! Hortcnse, s'écria-t-elle en se jetant toute en larmes sur son lit, ce pauvre ^'apoIéon qu'on envoie à l'Ile d'Elbe!... Sans sa femme j'irais m'cnfcrmer avec lui. » Revenue à la Malmaison, vers la fin d'avril, elle reçut la visite de l'empereur de Russie, qui l'assura de son respect et de sa protection. Le 15 mai, elle alla passer deux jours au cbAteau de Saint- Leu avec la reine Hortense, et y vit encore l'empereur Alexandre. Au retour, elle éprouva un grand abattement mêlé de fièvre ; elle se domina cependant, et crut ou parut croire que c'était seulement reflet de la fatigue. Le 23 mai, elle reçut à dlaer à la Malmaison le roi de Prusse et ses deux fils; le lendemain, elle eut la visite des grands-ducs de Russie, Nicolas et Michel. On lui trouva la figure altérée, et l'on remarqua une toux sèche qui ne semblait pas provenir d'un rhnme. Le 2G, la toux devmt plus forte, et, le 27, plusieurs médecins réunis en consultation reconnurent les symptômes d'une esquinancie <Ie la plus dangereuse espèce. Le 28, l'emperaur •le Russie se présenta pour la voir, mais on ne le laissa pas entrer auprès d'elle, et il passa sa journée avec le prince Eugène; le soir elle eut un peu de délire, réi>étant à voix basse : « Bonaparte!.. L'Ile d'Elbe!.. Marie-Louise!.. » Le 29, on la laissa seule avec son confesseur; lorsque le prince Eugène et la reino Hortense reprirent leur place auprès de son Ht, Hs virent que ses traits étaient entièrement décomposés; elle voulut parler et ne put articuler un seul mot. A celte vue, Hortense s'évanouit et on l'emporta •'ans connaissance. Joséphine vécut encore quelques instants et expira entre les bras de son fils. £lle fut inhumée , le 2 juin , dans l'église de Hueil, où ses enfants lui firent élever un tombeau en marbre; on lit sur le socle : AIJosépaine. Eu- C£NB ET Hortense, 1825.

Joséphine fut universellement regrettée : tous les partis l'aimaient. Son souvenir est resté cher ^ la France, et son nom rappellera toujours l'i- <léal de la Ininté et de la grâce. Ses exquises Qualités, placées en face de la gloire et du génie ùnpérieux de Napoléon, forment un contraste séduisant et qu'on ne peut oublier. Ses défauts ue furent pas de ceux qui causent le malheur des autres et ne blessèrent qu'elle-même; ils tenaient A sa nature; ceux qui 1 étudieront avec soin reconnaîtront qu'ils en étaient le complément inévitable. Le plus grave fut un goût excessif dn luxe et de la dépense. On ne pouvait jamais Hxer ses comptes; elle devait toujours. Napo-

1" (Joséphine) 4àS{^

léon , qui avait la passion de l'ordre et de la régularité, s'emportait contre son gaspillage, et, pour éviter sa colère, Joséphine doublait ses torts, en dissimulant ses dettes, et en priant ses fournisseurs de n'en déclarer que la moitié. Tout en blâmant cette conduite, il faut, comme le dit le duc de Ro\igo, lui tenir compte de tous les bienfaits qu'elle répandait autour d'elle, des aumônes qu'elle faisait porter à domicile, et des éducations qu'elle payait pour les enfants de parents indigents. On lui a reproché aussi d'avoir été bonne sans discernement et sans mesure, de n'avoir pas assez sagement choisi ceux qu'elle obligeait. Ce reproche, juste sans doute, implique peut-être qu'elle recherchait l'affection de tous , petits et grands, comme d'autres recherchent la gloire; il atteste surtout qu'elle écoutait son cœur plus que la raison, et restait toujours souverainement femme, sensible, aimante et désireuse d'être aimée. Son penchant au merveilleux , sa croyance aux prophéties, ce qu'on a appelé sa superstition , ne peut non plus être nié : elle alla plus d'une fois consulter M^ie l^normand. Fcrat-on un crime à l'imagination vive et mobile d'une créole, frappée, dès la première jeunesse, par une prédiction réalisée, d'avoir cru à la possibilité d'une science donnant la connaissance de l'avenir, à une époque où Cagliostro et Mesmer venaient de préparer cet amour de l'inconnu et du merveilleux , qui s'est si largement développé de nos jours ? Joséphine fut quelquefois imprudente dans ses démarches et dans ses relations. Poussa- 1- elle ses légèretés jusqu'à commettre des fautes? Cette question reste sans réi)onse, et le doute subsiste. Le Mémorial de Sainte- Hélène a élevé contre elle une accusation plus grave; voici, à ce sujet, ce qu'on lit dans les Mémoires du comte Thibaudeau : « Las Cases fait dire à Napoléon que > lorsque Joséphine dut renoncer â l'espoir d'avoir un enfant, elle le mit souvent sur la voie d'une grande supercherie politique; qu'elle finit même par oser la lui proposer directement. Il résulte des conversations de Joséphine, que cette supercherie lui fut au contraire proposée à elle-même, et qu'elle la repoussa avec indigualion. » En présence de ces allégations contradictoires, l'historien ne peut se prononcer ; seulement, il s'étonne, à juste droit , qu'une accusation si inutile contre une femme délaissée par ambition, soit partie de Sainte -Hélène, et II voudrait reconnaître dans ce passage non la main de Napoléon, mais celle de son secrétaire. Jean Morel.

Le me tUenr guide i snlrre poor étudier cette rie , si longtemps travesUe par llgnoraoce on U miavslse foi, est, comme nous l'avons dit, lV/U(oire de l'impératrice Joséphine par M. Joseph Aubenas ; Parh, I8t7-I81f , s vol. lo-S*. L'auteur a rectifié lea fatts en comparant arec soin ies iiistoires et Ira mémoires antérieurs, et surtout eu lea contrôlant par des documents authentiques Jusqu'alors Inédits et tirés pour la plupart des Ârchivet prlvérs de la ramille de Tascher. — Lea Lettres de Napoléon à Jo^ eéphinet de Joiéphine à napoléon et de la même à m /Ui« (Didot, ItSt) sont aussi des pièces aulhrnilqufs; celles qui avaienl été publiées chez Pbnrher, A Pari», en 1819, aoos le titre de Mémoire* et correspondance de

ISAPOLÉON l*"^

Vimpératriee Joiéfikine^ «ont apocryphes, et ont été démenties, en IWO, p«r le prince Eugène. - Pour la vie ofûclelle de Joséphine, les ouvrages ft consuUer sont : Hist. du Consulat et de V Empire, par M. Thiers; Le Contulat et r Empire, par Tbtbaudeau; F%e de Mapoiem Bonaparte, par Walter ScoU; Mémoires et correspondance du prince Eugène ; Mémoires du duc de Raguse^ Mémoires du duc de Rovtgo. — Ponr sa vie privée, on a : Souvenirs historiques du baron Mènerai; Mémoires et souvenirs du comte fde Lavalette; Souvenirs d'un sexagénaire, par Arnault; Mémoires et souvenirs de Boulily j Mémoires de Stanislas de Gtrardin ; Mémoires de H. de Bausset; Fragments extraits des Mémoires inédits de la duchesse de .Salnt-Leu ; Mémoires attriboés à Constant ; Mémoires attriboés à M"» AvrUIonj Mémoires de M»« Cochelet, et crnx de Mm* Ducrest. en se gardant toutefois de la vérité des choses, dont elle n'a pas été eUe-méme témoin, et surtout des lettrrs qu'elle donne, et qui ne sont qu'une reproduction de la /susse correspondance de 1819. — Le Mémorial de Sainte-Uéiéne n'est pas exempt d'erreurs; elles abondent dans les itouvenirs du docteur O* Meara. — Il faut lire avec prudence les Mémoires de la duchesse d'Abrantès, et contri^ler sévèrement ceux de Bourrlenne, surtout par l'ouvrage que le rot Joseph flt paraître, en tSM, sous le titre de Bowr- Henné et ses erreurs. — On doit, comme nous l'avons vu, rejeter absolument les prétendus Mémoires historiques de M"« Lenormand et V Histoire secrète de Lewis Goldsmith.

MARiE-LOViSR (Léopoldine- Françoise ^ Thérèse-Joséphine- Lucie ), archiduchesse d'Autriche, impératrice des Français, puis duchesse de Parme, Plaisance et Guastalla, née à Vienne, le 12 décembre 1/91, morte dans la même ▼îlle, le 18 décembre 1847. £lle était la filie atnée de l'empereur François I**" et de sa seconde femme, Marie-Tliérèse, fille de Ferdinand IV, roi de Naples. Suivant !c baron Meneval, l'histoire des premières années de Marie-Louise fut celle de toutes les archiduchesses autrichiennes, dont réducatîuD est soumise à des règles presque invariables. « Élevées, dit-îl, sous les yeux de leurs parents jusqu'au moment de leur mariage, ces princesses vivent dans une retraite absolue, loin de la cour, avec leurs femmes et leurs domestiques, qu'elles traitent avec une bienveillante familiarité , et qu'elles admettent même à leurs jeux. Des gouvernantes dirigent leur éducation et président aux leçons données par les maîtres. L'archiduchesse Marie-Louise a eu pour grande-mattresse la comtesse Colloredo, et pour gouvernante la comtesse Lazanski , femme de mérite, fort attachée à son élève , qui, de son cAté, l'afTectionnait beaucoup. L'éducation de Marie-Louise a été très-soignée. Elle savait plusieurs langues; elle a même appris le latin, langue familière aux Hongrois; elle avait fait, étant encore très-jeune, dos progrès dans les arts de la musique et du dessin ; elle était bonne musicienne et dessinait avec goût; eHe peignait même à l'huile, et à son arrivée en France elle reçut des leçons de Prudlioa : elle a été obligée de renoncer à la peinture parce que l'odeur de rhuile et des couleurs l'ipcoroinodait. » Pour préserver l'enfancede Marie- Louise et des jeunes archiduchesses ses sœurs des impressions qui auraient pu effleurer leur innccence, on avait imaginé d'enlever avec des ciseaux aux livres qu'on leur laissait lire, des pages, des lignes et

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même des mots dont le sens pouvait paraître équivoque ou suspect. Il en était résulté tme certaine fermentation dans l'esprit des petites élèves, et Marie-Louise avouait plus tard qae Tabscnce de ces passages avait excité toute u curiosité. Le même esprit de bigoterie avait fait écarter de l'intérieur des appartements des princesses tons les animaux mÀles. Arrivées à l'adolescence, les archiduchesses reçurent une éducation distinguée; et elles eurent pourmattRS des professeurs clioisis parmi les littérateurs et les savants les pins éclairés. L'archidoriiesx Marie-Louise avait été élevée, cela se conçoit, dans la haine de la France et de riMHsme estnordinaire qui la gouvernait. « Aux premières paroles qui lui furent portées de son union projetée avec Napoléon, dit M. Meneval, elle se regarda presque comme une victime dévoaée au Minotaure... Les jeux habituels de son ftèn et de ses sonirs consistaient à ranger en Kspe une troupe de petites statuettes, en bois oa en cire, qui représentaient l'armée française,* la tête de laquelle ils avaient soin de mettre b figure la plus noire et la plus rébarbative. Ib la lardaient à coups d'épingle et raccabiaitgt d'outrages, se vengeant ainsi sur ce chef hw(fensif des tourments que faisait éprouver à leur famille le chef redouté contre lequel les efforts des armées autrichiennes et les foudres da cibinet de Vienne étaient impuissants. > C'est ainsi que Marie-Louise préludait à son mariage if(f le vainqueur d'Austeriitz et de Wagram. On a dit à tort, selon M. Meneval, que l'archiducheB^p Marie-Louise était restée malade au palais impérial de Vienne lorsque les Français bombardèrent cette ville en 1809, et que Napoléon, rapprenant, avait ordonné de changer la diredii'n des batteries pour épargner ce palais.

La paix fut signée avec l'Autriche. Peu de mois après, Napoléon ayant fait rompre par le divorce son union avec Joséphine, qui était restée stérile, songea à un nouveau mariag«< Les offres des grandes maisons ne lui mAOquaient pas. Il avait le choix entre une princesse russe, une princesse de Saxe et une archiduchesse. Il fit écrire à l'empereur Alexandre, qui lui avait fait autrefois des offres à tilsit^ et se fatigua de réponses évasives. Dès lors il s'arrêta à l'archiduchesse qui, avec ses dix-huit ans, une taille élevée, une fraîcheur éblouissante, avait bien pu le séduire. Il demanda donc U main de Marie Louise, qui lui fut accordée. U maréchal Berthier avait été cliargé de négocier ce mariage. Napoléon se montra magnifique,^ sembla vouloir relever la gloire de cette vieille maison dont il reclierchait l'alliance. Marie- Louise fut mariée par procuration à l'empcrenr des Français, le 11 mars 1810; l'arcbiduc Chartes représentait l'époux à ectte cérémonfe. K Élevée dans les habitudes d'une obéissance passive, ajoute M. Meneval, elle dut se résigner. Instruite à regarder les princesses autrichiennes

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coinroe des ÎDstrument» de la grandeur de leur maison, et comme destinées à conjurer les orages qui les menacent, la considération du rôle qu'elle était appelée à jouer changea le cours de ses pensées. Toute idée de sacrifice disparut. Elle chercha à connaître l'homme auquel elle aralt évité même de penser, parce qu'il n^éveillait en elle que des idées importunes. Ce qu'elle apprit de ses qualités privées, du bonheur dont il aTait entouré Joséphine, de Tamour que lui portaient les Français, dissipa ses préventions. Elle partit de Vienne avec le désir de plaire à l'empereur. La connaissance personnelle qa*eUe prit de son caractère acheva de la subjuguer. » Marie-Louise quitta sa famille le 13 mars, après trois jours de fêtes. Elle fit son entrée à Strasbourg le 24 et se trouva réunie à Napoléon le 2S, k quelques lieues de Soissons. Quoique Tempereur eût réglé lui-même le cérémonial de sa première entrevue avec sa nouvelle épouse, il ne put résister à son impatience et s'élança, suivi d'un seul officier, au-devant de la jeune impératrice. Il revint avec elle au palais de Compiègne, à dix heures du soir. Les autorités de la ville loi forent présentées. Des jeunes filles lui offrirent un compliment et des fleurs. L'ambassadeur d'Autriche se trouvait à Compiègne. Marie- Louise se retira dans son appartement où IVmperenr la conduisit; il soopa avec elle et la reine de IVaples qui l'avait accompagnée dans son voya;;c. «JMarie-Louise était dans tout l'éclat de la jeunesse, dit M. Meneval ; sa taille était d'une régularité parfaite; son teint était animé par le mouvement du voyage et parla timidité; des cheveux châtain dair, fins et abondants, encadraient un visage frais et plein, sur lequel des yeux pleins de douccnr répandaient une expression diarmante ; ses lèvres, un peu grosses, rappelaient le type de la famille régnante d'Autriche ; toute sa personne respirait la candeur et l'innocence, et un embonpoint, qu'elle ne conserva pas après ses couches, iinoonçait sa bonne santé. » Agissant en cela à la façon de Henri IV, Napoléon ne quitta point la nuit, comme il l'avait projeté, la résidence de Compiègne. Le surlendemainjaoour partit pour Saint- Cioiid, ob te mariage civil eut lieu, le 1*' avril, te lendemain, la cour vint en grand apparat an palais des Tuileries, en passant par la liarrière de l'Étoile, dont l'arc de triomphe avait été figuré en toile comme il devait être après son achèvement. Une population immense saluait la nouvelle impératrice. Le niême jour, le cardinal Pesch célébra le mariage religieux dans le grand salon dn LoQvre. Les cardinaux, sauf deux, se dispensèrent d'assister à la cérémonie religieuse, alléguant la non-intervention du pape dans la dissoluijon du premier mariage. L'empereur n'admit point leur excuse, et les exila dans différents départements, avec défense de porter ta couleur roDge, ce qui les fit appeler cardinattx jioirs. Marie- Louise porta pour la cérémonie de son aiariage la couronne du sacre. Le soir, la capilaJe

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fut illuminée d'une manière sptendide. La ville de Paiis offrit à Timpératrice une toilette en vermeil, chef-d'œuvre d'art que Marie-Louise réclama en 1814 et qui fut fondu en 1832 pour les victimes du choléra. Napoléon fit verser au ti^ésor public les 200,000 florins payés par l'Autriche pour la dot de Marie-Louise. Les poètes chantèrent cet événement sur tous les tons. L'em- [lereur leur accorda une gratification de cent mille francs. Il plaça la duchesse de Montebello comme dame d'honneur auprès de l'impératrice, qui ne devait pas jouir d'autant de liberté qu'en avait en Joséphine.

Les nouveaux époux firent un court séjour à Compiègne, visitèrent la Belgique, et k leur retour les fêles recommencèrent ; ell^s furent très- brillantes, mais attristées par l'incendie qui dévora, le 2 juillet, riiôtel du prince de Schwarzenberg , ambassadeur d'Autriche, au milieu d'un bal donné à cette occasion. L'empereur enleva, dit-on, luimême l'impératrice de la salle embra.sée. Si Ton en croit le Mémorial de Sainte- Hélène, Napoléon avait demandé confidentiellement à Marie-Louise quelles instructions elle avait reçues de ses parents relativement k sa conduite envers lui : N P'être à vous tout à fait, et de vous obéir en toutes choses », fut sa réfionse. « Les premiers temps de ce mariage furent assez heureux, dit M"* de Bradi : l'empereur, très-amoureux, négligeait tout pour sa nouvelle épouse; l'impératrice, toujours réservée, fut d'abord sensible à ce tendre sentiment ; mais les mopurs françaises n'étaient point faites pour lui plaire, et elle inspira bientôt h ceux qui l'entouraient et à la nation entière l'indifférence qu'elle-même ressentait. Marie-Louise avait le goOt de la lecture, un fort beau talent de piano, des habitudes de sim|>licité et d'économie ; mais dans la conversation, sa réserve allait jusqu'à la froideur, et elle avait un air constamment ennuyé. Klle ne ponvait faire oublier Joséphine. Napoléon entoura Marie Louise d'une étiquette pleine de contrainte : il avait dit qu'il ne voulait point qu'un homme pût se vanter d'être demeuré deux secondes seul avec l'impératrice. L'empereur irrita aussi sa famille en immolant la vanité des nouvelles princesses aux privilèges de sa femme. » La cassette de rimi)éralrice était de 50,000 fr. par moiflf; 10,000 fr. étaient distribués chaque mois aux pauvres, après information. Le reste passait en toiletle. Marie-Louise était économe et veillait à ce que son budget ne fût point dépassé; elle donnait beaucoup en présents, et gardait toujours en réserve une bourse de 25,000 fr. dans son secrétaire. L'empereur lui apprit luimême à monter à cheval, et s'amusait beaucoup de la peur qu'elle avait de tomt)er. Il fit avec elle de nombreux voyages , et se plaisait à lui faire de galants cadeaux. Pendant sa grosses.^e, on le vit la soutenir et lui inspirei du courage. La timidité de Marie-Louise, son goût pour la vie intérieure, ses préventions contre

l^esprit de moquerie des Français, tout contribuait à IMsoler au milieu de la cour.

Le 20 mars 1811, Marie-Louise mit au jour, après des couches laborieuses, un fils auquel Napoléon donna le titre de rot de Rome, L'empereur montra beaucoup d'affection et de tendresse pour son fils ; Marie-Louise semblait T>eaucoup plus froide. Au mois de mai 1812, elle accompagna Napoléon à Dresde. L'empereur déploya dans ce voyage une magnificence extraordinaire. Tous les souverains de l'Allemagne s'étaient réunis dans cette Tille, où Napoléon avait fait venir Talma et les meilleurs acteurs de Paris : ce n'était que parties de chasse, concerts, bals, etc. Marie-Louise en eut tous les honneurs, ce qui blessa surtout sa belle-mère, la troisième épouse de François 1er. Bientôt Napoléon partit pour sa malheureuse campagne de Russie. Marie-Louise alla passer quinze jours à Prague et revint à paris. La conspiration du général Malet fut réprimée sans que l'impératrice eût eu à faire preuve de courage ou de prudence. Les désastres de Russie, accompagnés de revers en Espagne, ramenèrent Napoléon en France, le 20 décembre 1812. Il envoya M. de Narbonne à Vienne dans l'espoir de retenir son beau-père dans la politique française ; mais l'Autriche se sépara de la France au mois d'août 18(3. Napoléon avait rejoint son année le 15 avril. II avait nommé Marie-Louise impératrice-régente et lui avait adjoint un conseil. Suivant M. Meneval, « l'ordre établi par l'empereur pour l'expédition des affaires était si bien réglé que l'intervention de la régente s'y faisait peu sentir. » D'après M. de Bausset, Marie^Louise, que les affaires sérieuses n'amusaient guère, et qui pardessus tout avait une extrême défiance d'elle-même, adoptait toujours l'avis des membres du conseil; elle ne décidait jamais rien , et en affaires d'administration n'avait d'autre opinion que celle qui lui était inspirée par les personnes qu'elle savait être les dépositaires de la confiance de l'empereur. Après la bataille de Leipzig , Napoléon revint à Paris. Le 23 janvier 1814 , il convoqua les officiers de la garde nationale de Paris aux Tuileries et leur dit : « Messieurs, je pars; je vais combattre l'ennemi; je vous confie ce que j'ai de plus cher, l'impératrice, ma femme, et le roi de Rome, mon fils. » Des acclamations accueillirent ces paroles. Il confirma par de nouvelles lellres patentes la régence de l'impératrice, et partit le lendemain, laissant à Paris ses frères Joseph, Louis et Jérôme. Le 28 janvier Joseph fut nommé lieutenant général de l'empereur par un décret signé à Saint-Dizier. Une lettre que l'empereur adressait à sa femme fut saisie par l'ennemi, et renvoyée avec honneur à son adresse; mais l'ennemi en avait fait son profit et se décida à marcher sur Paris. Napoléon avait écrit le 16 mars à son frère : « Si l'ennemi s'avançait sur Paris avec des forces telles que toute résistance devint impossible y faites partir dans la

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direction de la Loire, la régente, mon fils, les grands dignitaires, les ministres, et le trésor. Ne quittez pas mon fils, et rappelez-vous qae je préférerais le savoir dans la Seine plutôt que dans les mains des ennemis de la France, a L'ennemi s'approchant de Paris, le cas prévo par Napoléon semblait arrivé. Un coD&eil lot assemblé d«ns la soirée du 28 mars. La majorité du conseil n'était pas d'avis que rimpératrice quittât la capitale. La lettre de l'empereur ayant été communiquée, le départ de rim* pératrice fut résolu. Le roi Joseph, et CamUcérès se hasardèrent bien à dire qu'il conveiiait à l'impératrice de prendre une résolution. Elle déclara qu'elle ne pouvait pas désobéir aux ordres de l'empereur sans un avis signé de se conseillers : ils refusèrent de le donner. Elle resta longtemps hésitante. La garde nationale de service au palais la suppliait de rester; mais le ministre de la guerre lui fit dire qu^elle n'avait plus de temps à perdre. £lle partit le 29 vers midi pour Rambouillet. Le lendemain elle était à Chartres où, dans la nuit, elle fut rejointe parles rois Joseph et Jérôme, les reines, les ministres de la guerre et de la marine. Elle se dirigea sar Tours par Vendôme , où elle reçut des noa* velles de Tarmée et de l'empereur. De \ï elle marcha sur Blois où elle arriva le 2 avril aa soir. Le lendemain, tous les ministres se trouvèrent réunis auprès d'elle ; un premier conseil fut tenu sans résultat. Les rois Joseph et Jérôme Napoléon tentèrent de se rapprocber da théâtre des événements ; ils durent rentrer i Blois le ô. Enfin, le 8, les deux princes soumirent à Marie-Louise un plan qui consistait à faire sauter les ponts de la Loire, se jeter dans le Berry, et de là, suivant les circonstances, dans l'Auvergne ou le Limousin. L'impératrice ne voulut pas quitter Blois. « Kst-ce ua ordre de l'empereur? demanda- t-elle. — Noo, répoixdirent les deux princes. — Alors, je resterai, » reprit Marie- Louise, et elle s'informa aussitôt si elle pouvait compter sur Tobéissance des troupes qui Pavaient suivie. Le général Caffarclli lui affirma que sa garde s'opinserait à tout acie de violence qu'on voudrait e&ercer contre elle. Joseph et Jérôme durent abandonner le projet qu'ils avaient conçu.

Pendant ce tempF» Napoléon avait abdiqué. Le comte Schouvalof arriva à Blois le 8 à deux heures. Il fit connaître les ordres des alliés. Marie-Louise se rendit à Oriéans, avec son ûlSi décidée à rejoindre l'empereur François, son père, à qui elle n'avait cessé d'écrire, en restant toutefois attachéeaux intérêts de l'empereur etde la France. On l'empêcha bientôt de correspondre avec son mari. Elle se laissa persuader que sa santé ne s'accommoderait pas du climat de TUe d'Elbe que l'on venait d'assigner pour souveraineté à Napoléon. Le surlendemain de son arrivée à Orléans, Marie-Louise, accompagnée du prmce Esterhazy, s'achemina vers Rambouillet,

sous l'escorte de quelques Cosaques commandés {)âr le comte Paul Sctiouvalof, chargé de s'opposer à ce qu'elle rejoignit Napoléon qui Patten- (lait à Fontainebleau. Son sort avait été décidé par le traité du 1 1 . Elle conservait son titre et son raog de Majesté impériale pour en jouir pendant sa vie ; les duchés de Parme, de Plaisance et de Guasfalla lui étaient donnés en toute soureraioeté et propriété, et devaient passer à son fils et à ses descendants en ligne directe ( disposition qui fut abrogée l'année suivante). L'empereur François 1" Tint voir Marie-Louise à RamboDillet. On dit que ce prince s'étant avancé poar l'embrasser, ce fut son fils que, par un rnoaTenient rapide, elle offrit à ses premières caresses, sans proférer une seule parole. L'empereor parut éma ; mais la politique est inexorable. Les souverains alliés vinrent à leur tour rendre visite à l'impératrice, qui partit pour Vienne, le 25 avril. Elle arriva le 21 mai à Schœnbrunn. Les Autrichiens célébrèrent son retour comme un triomphe, et la princesse n'y parut pas indifférente. Revenu à Vienne, Tempercur d'Autriche lui dit un Jour : « Comme ma lille, tout ce que j'ai est à toi, même mon sang et ma vie; comme souveraine, je ne te connais pas. » Napoléon lui faisait dire par tous les moyens de venir le retrouver à l'Ile d'Elbe. Sa ?r^d' mère, la reine des Deux-Siciles, qui avait fui son pays parce que les Anglais y faisaient les niattres, et qui disait n'avoir pas à se louer de Napoléon, donnait à Marie- Louise le conseil d'attacher ses draps les uns au bout des autres [mt s'échapper et de rejoindre son mari , parce qae, disait-elle, quand on est marié c'est pour la Tie. Cet avis n'allait pas au caractère de Mariel^ise. Elle obtint seulement la faveur de se rendre aux eaux d'Aix, où elle trouva le comte de Xeipperg, chargé de la surveiller, et pour qui ^le s'éprit bien vite d'un singulier attachement. Qle revint à Vienne par la Suisse où elle Ht un court séjour. Le 19 février 1813, elle protesta ce[)endant par an acte adressé au congrès de Vienne contre la restauration des Bourbons en l^rance et réclama le trône de ce pays en faveur de son fils.

Lorsque Napoléon fut revenu de l'Ile d'Elbe, elle se déclara étrangère 5 cet acte et se plaça sons la protection de son père et des alliés; on la sépara de son fils, que l'on priva de tous ses ^rviteurs français, même de la gouvernante qui i^avait élevé. Ma rie -Louise déclara vers cette époque* M. Meneval que tout retour avec Napoi<^on était impossible; qu'elle n'oublierait jamais 'es bontés de l'empereur et faisait des vœux pour son bonhenr ; mais qu'elle ne se prêterait jamais à ''n divorce. Napoléon partit pour Sainte-Hélène; Marie>Louise resta insensible à celte haute inforliine et ne prit bientôt aucun soin de dissimuler ^n attachement au comte de Neipperg(i^oy62ce nom), h qui elle parait avoir donné plus tard le titre d'époux , par suite d'un mariage secret con-

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tracté après la mort de Napoléon. En 1815, un trailé signé à Paris laissa à l'archiduchesse Marie- Louise les duchés de Parme , Plaisauce et Guastalla; mais l'héritage en fut retiré à son fils pour passer à Pinfante d'Espagne, Marie-Louise (voy, ce nom), ancienne reine d'Étrurie dépossédée par Napoléon, puis créée duchesse de Lucques, et qui devait le laisser à son propre fils Charles- Louis. On ne se contenta pas d'ôter cette petite souveraineté au fils de l'empereur. Une patente du 18 juillet 1818 lui retira son nom de Napoléon, et le créa duc de Reichstadt. Marie-Louise, laissant son fils à Vieime, alla prendre possession de ses trois duchés en compagnie du comte de Neipperg, devenu son principal ministre. En 1822, elle assista au congrès de Vérone, en qualité de duchesse de Panne, «c L'inconstance, les impatiences, la brusquerie de Napoléon lui avaient sans doute, dit M^ne <ie Bradi , aliéné l'esprit de sa femme ; elle ne l'aimait déjà plus quand les alliés les séparèrent. Lccomte de Neippcrg avait perdu un œil à la giSerre, ce qui ne l'empêchait pas d'être beau,. spirituel, aimable. On ne saurait pourtant justifier l'empressement que mit Marie-Louise à le traiter en époux lorsque Napoléon vivait encore, non plus que l'insouciance pour son fils et le peu de larmes qu'elle lui donna lorsqu'il mourut , le 22 juillet 1832, à Schœnhrunn où elle était depuis un mois. » Elle avait perdu en 1829 le comte de Neipperg. Plusieurs enfants étaient nés de leur mariage morganatique. Quand, en 1831, l'agitation révolutionnaire se répandit en Italie depuis Reggio jusqu'à Parme, Marie-Louise se retira à Plaisance, et attendit qu'un corps d'armée autrichien eût rétabli son pouvoir dans les duchés. Son gouvernement, tout dévoué à l'Autriche, ne manquait pas pourtant d'ime certaine modération ; mais il était aussi arriéré que tous les autres gouvernements de l'Italie et négligea surtout de répandre l'instruction dans les masses. Lorsque, eu 1847, le mouvement révolutionnaire gagna Parme, la duchesse voyageait en Allemagne. Des troubles éclatèrent. Elle ne rentra plus dans ses États.

Napoléon avait ignoré jusqu'à sa mort la conduite de sa femme. « Soyez bien persuadés, disait-il quelque temps avant de mourir à ceux qui partageaient volontairement sa captivité, que si l'impératrice ne fait aucun grand effort pour alléger mes maux, c'est qu'on la tient environnée d'espions qui l'cmpêcljent de rien savoir de tout ce qu'on me fait souffrir; car Marie-Louise est la vertn même. » Douce erreur qui rendit la fin du héros moins cruelle. Ses dernières pensées furent encore pour la France, pour sa femme et pour son fils. Il se plut toujours à faire l'éloge de Marie-Louise. « J'ai été occuiié en ma vie, disait-il à Sainte-Hélène , de deux femmes bien diCTérentes : l'une (Joséphine) était l'art et les grâces; l'autre (Marie-Louise) Tinnoccnce et la simple nature. » M. de Lamartine a fait de Marie-

Louise ce portrait : « C'était une belle fille du Tyrol» les yeux bleus, les chereux blonds, leTÎsagc nuancé de la blancheur de ses neiges et des ro8€S de ses yallées, la taille souple et svelte, l'attitude aiïaissée et langoureuse de ces Germaines qui semblent avoir besoin de s'appuyer sur le cœur d'un homme;... les lèvres un peu fortes, la poitrine pleine de soupirs et de fécondité, les bras longs, blancs, admirablement sculptés et retombant avec une gracieuse langueur,... nature simple, touchante, renfermée en soimême, muette au dehors, pleine d'échos au dedans, faite pour l'amour domestique dans une destinée obscure. »

M. Barthélemi de Las Cases possède un portrait du roi de Rome peint par Marie-Louise sous la direction d'Isabey. L. Lodtet.

Baron Meneval. NaptMon et Marié' UnUse, aomê- Hir$ historiées, — De Bansset, ^témoins anecdotiques sur finUrieur du palais et sur quelques événements de Vempire depuis 1105 jusqifau l**^ mai 1814, pour servir à fhist. de Napoléon, — La» Gaa«t, Mémorial de Sainte-Hétine, — De LamarUne, Histoire de la Restauration. — Sarrut et Saint-Edme. Bioçr. des hommes du Jour, tome II(, S* partie, p. 186. — M** de Bradl, dans VEncffclop. des gens du monde, — Biogr, wUv. et portât, des Contemp.

HÂPOLÉON II, duc deReichstadt {Françoii- Charles-Joseph), fils de Napoléon l*^ et de l'impératrice Marie-Louise d'Autriche, né à Paris, le 20 mars 1811, mort à Schœnbrunn, près de Vienne (Autriche), le 22 juillet 1S32. Napoléon î" était à l'apogée de sa gloire. La naissance d'un fils Tint mettre le comble à ses prospérités. L'accouchement de la jeune impératrice fut très-laborieux : le chirurgien Dubois craignit de ne pouvoir sauver la mère et l'enfant à la fois. « Ne pensez qu'à la mère, lui dit l'empereur, et traitez-la comme vous feriez d'une bourgeoise de la rue Saint- Denis. » A huit heures du matin, cent et un coups de canon annonçaient à la capitale inquiète qu'un héritier venait de naître au maître de r£urope. Transix>rté dejoie, l'empereur l'annonça lui-même à la foule qui se pressait dans ses appartements , en s'écriant : « C'est un roi de Rome! » Le jeune prince fut baptisé, le 9 juin suivant, à Notre-Dame par le cardinal Fesch, et tenu sur les fonts par Ferdinand, archiduc d'Autriche, au nom de l'empereur François U^^ et par Madame, mère de Napoléon. Les poètes célébrèrent à l'envi ce grand événement. La ville de Paris, par une allusion à ses armoiries, allusion qu'elle devait renouveler trois fois encore en moins de quarante années , offrit au nouveau roi un berceau en vermeil, de la forme d'un vaisseau, entouré de figures allégoriques, et couvert de riches ornements, chef-d'oDuvre des talents réunis de Prud'hoo, Rognet , Thomire et Odiot.

La première éducation du prince fut confiée à M™" la comtesse de Montesquiou, qui justifia ce choix par des soins tendres et éclairés, et qui, peu d'années après, s'en montra bien pins digne encore en s*expatriant pour se consacrer À son élève. Les septembre 1812, Napoléon 1"^ sur les

bords de la Moskowa, faisait ses dispositions pour la bataille du lendemain, lorsque M. «Je Baussei, préfet du palais, arriva de Paris pour lai T^ mettre le portrait du roi de Rome peint par G^ rard, et représenté à demi couché dans son berceau, ayant pour hochets le sceptre et le globedo monde. Lorsque, le 29 mars 1814, Timpératric^ Marie Louise quitta les Tuileries pour se rendre au diftteau de Rambouillet, on raconte que \t jeune prince se désolait en criant « qo'il ne toulait point quitter le palais, et qu'il était ciiez lui. » De Rambouillet , l'impératrice, son fil» et le conseil de régence se rendirent i Blois. Pendant ce temps, le sénat prononçait la kchéance de l'empereur, et sans tenir aocuo conplt de son at)dication en faveur de sou fils, sous 1( nom de Napoléon II ^ il appelait LoQisXVUIiQ tr6ne de France. En Yertu de l'artide b du traité de Fontainebleau, les duchés de Parme, de Plusance et de Guastalla furent donnés en toute propriété et souveraineté à l'impératrice Marie- I Louise ; ils devaient passer à son fils et à sâ descendance en ligne directe.

Le 2 mai 1814, Marie-Louise et son fils traversaient le Rhin près d'Honingne, sansaToirpo revoir. Tune, son époux, l'autre, son père. Quelques jours après, tous deux arrivaient an chât^^ de Schœnbrunn , situé sur la rive droite de b Wien, à une demi-lieue de la capitale de l'Aatriche. Depuis un an environ, la vie de U vèt et de Tenfant s'écoulait dans cette résidence aret une froide monotonie » quand arriva, le /oo^r^ 1815, à la cour d'Autriche, la nouvelle de Téfi sion de l'empereur de 111e d'Elbe. YaiDemeot, i son anivée à Paris, Napoléon 1" réclamât ii Ir retour en France de Marie-Louise et de son li^: ses lettres restèrent sans réponse. La défaitf <ie Waterloo les tint |K>ur jamais éloignés de ca p^* sonne. Quelques membresdelachambredesCent- Jours défendirent les droits de Napoléon II, eu b Teurde qui son père avait abdiqué une secooiit fois, et qui, ainsi que le fit observer Manoel, était empereur des Français par le fait seul de cettf^ dication et par la force des constitution.^ dei'EiB* pire. Cependant, par une contradiction étrio^ avec les résolutions qu'ils Tenaient de preudrf, te représentants refusèrent de s'occuper de l'organisation de la régence, et les deux chambres créèr»t une commission provisoire de gouverneffieot, dont Fouché fut nommé président. Ce Douvea» pouvoir s'annonça par une proclaroatioD qui ^ fermait ces paroles : « Napol^ton a abdiqué la pourpre impériale ; son abdication est le tenK de sa vie politique; son fils est proclamé. ^f^' reur. » Les droits de Napoléon H étaient donc reconnus, et les souverains alliés ne lesciBS«; peut-être pas contestés alors, si Fouché n'a^ix pas intrigué auprès du duc de Wellington 9^^ rétablir Louis XYIII sur le trône.

Le fils de Napoléon I" n'avait point q»ri^ Schœnbrunn, et le moment éUit arrivé où son jotelligencedéjà active réclamait une éducation plo^

NAPOLÉON li

ibr(«. A la demande deMarie>Louise, François V confia la ilirection de cette éducation délicate au comte Maurice de Dietriclistein. Les dispositions dutraité conclu à Fontainebleau, le 11 a?ril 1814, ayant été attaquées par le congrès de Vienne, il ioterfiat, le 10 juin 1817, à Paris, une convention par laquelle les puissances alliées maintinrent, à l'égard derimpératrioe Marie-Louise, les disposilioos relatif es au duché de Panne; mais, après «n décès, la réversion devait avoir lieu en fa- Teor, non pointde son fils, mais de l'inïant Charles- Louis et de ses descendants. Le fils de l'empereur Napoléon se trouva ainsi sans nom , sans titre et sans héritage. Ce fut alors que François r*", par une patente impériale du 22 juillet 1818, lui conféra le titre de duc de Reichstadt et le rang de prince autrichien.

Marie-Louise s'étant rendue dans ses nouveaux l^tats, le jeune prince resta seul auprès de son l$randpère, dont il était très aimé. Il lui démoda, dît-on, un jour, en s'appuyant sur ses genoux : « Mon grand papa, n*est-il pas vrai , quand j'étais à Paris, j'avais deê pages? — Oui, répondit le monarque , je crois que vous aviez des pages. — N'est-il pas vrai aussi qu'onin'appelait le roi de Rome ? — Oui. — Mais, mon grand papa, qu'est-ce donc être roi de Rome.' — Mon enfant, quand vous serez plus flgé, il me sera plus facile de vous expliquer ce que vous me «lonandez; pour le moment, je vous dirai qu'à OHin titre d'empereur d'Autriche, je joins celui 'le roi de Jérusalem sans avoir aucune sorte de pouToir sur cette ville... Eh bienl vous étiez roi <1« Rome comme je suis roi de Jérusalem. »

U$ éludes du duc de Reichstadt furent dirigées d'après le mode adopté pour les prmces de la fa- Â impériale, et qui ne diffère pas du système prescrit par l'université. M. CoUin, connu par de brillants succès littéraires, lui enseigna les premiers éléments des langues anciennes; M. Oheuus, ei-gouvemenr de l'archiduc François<)harles, loi fit un cours de philologie latine, appliquée Particulièrement aux grands écrivains. A ces ^a<les succédèrent celles de la philosophie et du <)roit naturel, politique et administratif. François l'^ avait ordonné k M. Obenaus d'enseigner CBcore an jeune duc l'histoire contemporaine, ainsi <iue les matliémaliques. Le major Weiss lui fit plus tard un cours complet de fortificatioa. Sur toutes ces matières, il subit avec succès plusieurs ^xaniens en présence des membres de la famille impériale. Les littératures française, allemande et italieune lui étaient également familières, et, dès <lQe le prince eut atteint sa quinzième année, le comte de Dietrichstein se fit, dit-on, un devoir de inettre sous ses yeux les principaux ouvrages pu- Wi<fs sur l'histoire de Napoléon et sur la révolution française. Ost le prince de Mettemich qui diri« ^it les études du jeune prince, en même temps 1"*il rayait entouré d'une active surveillance. ^ 1828, M. Barthélémy fi^ un voyage à Vienne, P<>ur lui offrir sonpoënoede Napoléon en Egypte,

L'audience qu'il demandait ne lui fut pas accordée, et l'on sait comment il s'en vengea dans un nouveau poëme intitulé It Fils de Vhomme.

Leduc de Reichstadt venait, en juin 1830, de parcourir avec François i" et sa mère l'impératrice Marie-Louise les pittoresques contrées de laStyrie, lorsque la révolution de juillet éclata à Paris. Son nom fut alors prononcé, et des démarches eurent lieu afin d'engager rAntriche à se prêter à des combinaisons nouvelles. Pour prix du rétablissement de Napoléon il, la France devait offrir aux puissances européennes tontes les garanties désirables d'union et de paix, et le prince de Talleyrand fut chargé, dit-on, dans les premiers jours d'août, sous le voile d'une toute autre mission , de faire à la cour de Vienne des propositions en laveur du duc de Reichstadt; la froideur avec laquelle ses communications furent accueillies déccncerta le diplomate qui s'éloigna promptement. Quelques autres démarches moins ofioielles n'eurent pas un meilleur succès, et la comtesse Napoléone Camerata dut quitter Vienne avec la persuasion que toute tentative en faveur du prince serait désormais inutile» Vers la fin de 1830, le maréchal Marmont, proscrit par la révolution, arriva à Vienne, et, le 25 janvier 1831, le due de Reichstadt le rencontra pour la première fois dans nue grande réunion ehez l'ambassadeur d'Angleterre, lord Cowley, réunion oà se trouvaient, en même temps, deux princes de la maison de Bourbon, le maréchal Maison, ambassadeur de Louis-Philippe, le prince Gustave Wasa, héritier naturel du tr^tee de Suède, et le comte de Loevenhielm , ministre du roi Charles* Jean. Le jeune prince exprima toute sa satisfactioB au maréchal , et manifesta k ce lieutenant de l'empereur Naîpoléon le désir de rinterroger sur, quelques points de Fhistotro contemporaine Marmoot, après avoir consulté le prince do Mettemich, ainsi que le duc; de Reichstadt le lui avait recommandé, prit rendei^ vous avec lut pour le lendemain. On conçoit combien les récits du maréchal firent impression sur le prince qui, pour la première fois, entendait raconter les hauts faits de son père par la bouche d'onde ses lieutenants. Pour donner à ces entretiens une direction méthodique, le maréchal adopta la forme de leçons de théorie militaire sur différentes campagnes de Napoléon, et ces leçons se succédèrent sans interruption tous les jours pendant trois mois, de onze heures du matin à deux heures. Le prince y prêtait une vive attention ; ses yeux brillaient d'intelKgeDce, et, dans son profond regard, le maréchal crut phis d'une fois retrouver les yeux et l'âme de l'empereur.

Vers cette époque, le contre-coup de la révolution de France avait retenti en Italie, et des troubles avaient édaté dans le duché de Parme. Marie-Louise avait élé oblif^ d'abandonner ses Etats. Effrayé pour sa mère, le duc de Reichstadt sollicila vainement ût Fi'ançois 1**^ la

permission d'aller à son secours. Déjà, suivant l'usage, il avait passé par tous les grades inférieai*s, et en avait successivement rempli les fonctions. Capitaine au régiment des chasseurs de l'empereur d'Autriche au mois d'août 1828, il avait assisté, dans Tété de 1829, au camp de Ti-aiskirchen, prés de Vienne; depuis le 7 juillet 1830, il était major du régiment d'infanterie de Salis; nommé, le 15 juin 1831, lieutenantcolonel, il avait pris le commandement d*un bataillon du régiment d'infanterie hongroise de Giulay, alors en garnison à Vienne.

Cependant sa santé commençait à donner de sérieuses inquiétudes. De légers maux de gorge Je faisaient souffrir de temps en temps ; il était sujet à une sorte de toux sèche et à des cra* chements sanguinolents. Les médecins attachés à sa personne crurent remarquer une prédisposition à la phtliisie laryngée, et jugèrent prudent de le mettre à l'abri de toutes les influences atmosphériques et de tous les efforts de Yoix auxquels l'exposait le service militaire. Ce fut malgré lui , sur l'ordre formel de Temperear François, qu'il dut quitter Vienne après l'invasion du choléra, et se rendre à Schœnbronn. Deux mois de repos absolu ranimèrent sa santé délabrée. De retour à Vienne, le 16 novembre 1831 , il pressait son aïeul de lui laisser reprendre son service militaire. L'empereur n'y consentit pas immédiatement; car, de l'avis des médecins, le prince était encore dans une situation inquiétante, et il se ilérobait à toutes les prescriptions de la médecine qu'il avait en horreur. L'équinoxe du printemps devint pour lui une époque funeste. Les pluies, que bravait le prince, lui occasionnèrent des refroidissements, réveillèrent ses maux cbronique.s et provoquèrent des engorgements aux poumons et au foie. Dans le mois d'avril , ce pénible état empira. Après une course à cheval, et une promenade le soir, au Prater, en voiture découverte, survint une fluxion de poitrine qui détermina les plus graves accidents. Il fut alors décidé que le malade serait conduit en Italie; mais H était trop tard. L'impératrice Marie-Louise arriva à Schœnbrunn dans la soirée du 24 juin, et le retour désiré de sa mère parut, pendant quelques jours, suspendre les maux dont il était accablé. Le 21 juillet, les douleurs du prince devinrent si vives que, pour la première fois, il avoua k son médecin qu'il souffrait. Le baron de Moll, l'un de ses officiers, passa la nuit dans sa chambre. Après être quelque temps resté assoupi, Ters trois heures et demie du matin, le prince se leva tout à coup sur son séant et s'écria : « Je Euccombel (Ich gehe unter /... }. Ma mère!... ma mèi%!... » Ce furent ses dernières paroles. A cinq heures huit minutes, il sMteignit sans convulsions, dans cette même cliam bre qu'avait occupée l'empereur Napoléon dictant la paix à l'Autriche. C'était le 22 juillet, anniverxaire du jour où il avait appris, onze ans aupa-

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ravant, à Schoenbrunn, la mort de son pèf«. Le lundi 23 juillet, on procéda à l'autopsie cadavérique du prince : l'état sqoirreux de ses poomons, l'atrophie du sternum et la faible construction de sa poitrine resserrée, semblaient indiqotr qu'aucun secours n'aurait pu prolonger son e\istence. Demagniûques funérailles lui furent faites à Vienne, où le corps avait été transporté po«r être déposé dans les tombeaux de la famille impériale. Son cœur fut déposé dans la catliedrale, et ses entrailles, dans l'église des Aogustins.

Montbel (de). Le due de Beiehstaât; Parts, im. lass, In-R». — Franc. Lecomte ( de la Marne), Hùt. ii Napoléon tl ; Taris, 1841, tn-8«. - Bioçr. univ. cl waristdes ConUmp, — Moniteur universel^ 1811 à lut - Barthélémy, U FiU de F Homme ; Parla, 18», io-t*. - Guy (de ruérault), Hl$t, de Napoléon //, rtÀ it Borne; Parts, 1886. In -8*. — J. de Salnt-FéUx, Out.it Napoléon II ,* Paris, 1888, ln-8«.

; NAPOLÉON III ( Charles - Louis - napoléon Bonaparte) , empereur des Français, é)» de Louis, roi de Hollande, et d'Hortense de Beauharnais, né à Paris, au château des Toileries, le 20 STril 1808. Inscrit en tète do registre de famille de la dynastie napoléonieoiif. déposé aux archives du sénat, il fut bap&é le 10 novembre 1810, au palais de FontaiMbleau , par le cardinal Fesch ; il eut pour parrain Napolc^on f et pour marraine la noardk impératrice, Marie-Louise. Dès son eafiDceil aimait l'empereur, et on eut, dit-on, beaucocp de peine à l'arracher de ses bras, lorsque, pendant les Cent-Jours, il le vit pour la demiêfe fols à la Malmaison.

Après le rétablissement des Bourbons sur le trône de France, commença pour le prince Loois un long et rude enseignement à l'école du matheur. A l'âge de sept ans, il accompagna sa roèit dans les différents lieux d'exil où elle s'était retirée, à Genève, à Aix( aujourd'hui dépadement de la Savoie), à Carlsruhe, â Augsbourg. U reine Hortense concentra tous les soins imtemels sur l'éducation de son fils : elle hii avait donné pour gouverneur t'abbé Bertrand, et poor précepteurs Ph. Lebas et le colonel Armaodi. Le jeune prince suivit les cours du gymnase à'kMpbourg (1), fit de Scliiller une de ses lectures fa- Torites,et se passionna pour l'histoire et If^ sciences exactes aussi bien que pour rescriim' et réquitation. En 1824, il passa en Suisse et vint, avec sa mère , habiter le château d'Arenenberg, sur les bords du lac de Ck)nstaAce, dans le

{\\ Le prince» ai^oordliol empereur, a'est sooieff: de sea joelcoa condisciplea. A roccasion d'ane fête cocmémoraUve, célébrée le t septembre l8Qt par le gvintu^e ' d*Augsboarg, Napoléon III aadreasié an président do two- | quel une lettre aatographe oà te trouveot, entre aotrs. i cea almplea et bellea paroiea ; « . . . L'e&U ronrolt d£i expérience* Irlatef, mala nUlei ; Il apprend à coosaitrc lea peuples étrangers , à apprécier sans préjugés Icnn bonnes qualités et leur Taleor, et al fon est atsn bfsrcux plus tard pour rentrer sur le sol de la pairie, ea garde néanmoins pour les contrées dans lesquelles ca a passé sa Jeunesse, les souvenirs les plus agréables, qsl restent vivants malgré le temps ci ta poMUqne. ■

canton de Thurgovie. Initié par le général Dufour à l'art militaire, il servit comme ofYicier dans l'armée fédérale, ce qui lui donnait le droit de cité.

A la nouvelle de la réfolntion de juillet 1830, Louis-Napoléon et son Trëre atné , espérant voir abrogée la loi qui bannissait leur famille, demandèrent à rentrer en France. Le nouveau gouveroemeot répondit par un refus. Les princes tournèrent alors leurs regards vers Tltalie, se rendirent en Toscane, et prirent une part active au mouvement qui venait 'd'éclater dans la Ro> magne. On connaît l'issue de cette lutte inégale {>otir l'Indépendance de l'Italie : les Autrichiens écrasèrent les patriotes. Le prince Charles expira à Forli, par suite de ses blessures. Son frère se réfugia à Ancône, occupée fiar les troupes françaises; il y tomba lui-même gravement malade, et ne dut son salut qu'au dévouement de sa mère. Tous deux quittèrent en fugitifs les États do pape, et parvinrent, à travers raille dangers, à gagner la France. A peine arrivés à Paris , la reine Hortense et son fils encore souffrant fnrent obligés, par ordre du gouveniement, d'en partir; ils s'embarquèrent pour l'Angleteri-e, d'où ils revinrent bientôt en Suisse reprendre leur résidence an château d'Arenenberg.

Yer<t la fin de 1831, les chefs de l'insurrection polonaise, anciens soldats de l'empire, offrirent an neveu du grand capitaine le commandement de leurs légions : ils lui montraient même, dit-on, ^ perspective la couronne du royaume de Pologne. Le prince ne voulut servir que comme simple volontaire , et il s'était déjà mis en route pour le théâtre de la guerre lorsqu'il apprit la ciiute de Varsovie. Toujours attiré vers cette patrie où le nom de Napoléon avait laissé de si grands souvenirs, il sollicita de nouveau du roi I^is-Phillppe la faveur de rentrer en France comme citoyen, s'il devait en être exclu comme prince. Pour toute réponse, on renouvela contre lui et sa famille la loi de bannissement. Cet acte trahissait autant de faiblesse que de crainte; et si la mort du duc de Reichstadt (22 juillet 1832), o'eùt rappelé ses droits au prince Louis, la manière dont la diplomatie se conduisait à son ^ril aurait seule pn suffire à faire naître en loi l'ambition d*un prétendant.

Le frémissement que la révolution de Juillet ^^ait produit parmi les nations de IlSurope, s'é- ^lot calmé, le prince reporta son activité vers ^études de prédilection, rartilierie et le génie, tout en contmuant de demeurer attentif anx 'événements politiques de son temps. Plusieurs ^rtts, fort remarqués dès leur apparition, forent le froit de ses loisirs; ils ont pour titre : ^^erie$ polUiquei, tuivies d'un Projet de Constitution ; Deux mots à M, de Chateaubriand sur la duchesse de Berri; Consi- ^rations politiques et militaires sur la Sttwe. Ce dernier ouvrage, daté d'Arenenberg, S juillet 1833, est une belle page de l'histoire contemporaine où l'auteur manifeste toutes

NAPOLÉON m

ses syropalliies pour le libre développement des nations : « Heureux, ditil, le peuple qui, par son énergie a su secouer le joug étranger 1 Heureux le peuple qui peut lui-même se donner des lois! (1) » Quant aux systèmes qui violent le principe des nationalités et prétendent enchaîner l'avenir, il les rejette en ces termes : a Non-seu> lement un même système ne peut pas convenir h tous les peuples, mais les lois doivent se modifier avec les générations». Puis, reportant ses regards vers la France , il ajoute : « Ce qu'il nous faut en France, c'est un gouvernement qui soit en rapport avec nos besoins, notre nature , et notre condition d'existence. Nos besoins sont régalité et la liberté; notre nature, c'est d'être les ardents promotcui-s de la civilisation; notre condition d'existence, c'est d'être forts , afin de défendre notre indépendance (2). » —En 1836, l'illustre proscrit fit paraître un Jfa* nuel d'artillerie^ qui reçut l'approbation des juges compétents. « Les ouvrages de Louis-Napoléon, disait à cette occasion Armand Carrel dans le National, annoncent une l)onne tête et un noble caractère ; il y a de profonds aperçus qui dénotent de sérieuses études et une grande intelligence des temps nouveaux. »

Cependant la branche cadette des Bourbons parvenait avec peine à inaugurer son règne. Déçu dans ses espérances, le parti républicain, vainqueur dans les journées de juillet, ensanglantait les rues de Paris et de Lyon ; dans l'ouest, le parti légitimiste relevait la tête; le nouveau roi, but d'incessantes attaques de la part des journaux dissidents, devenait le point de mire de toute une série de régicides, pendant que sa dynastie, élevée sur le pavois de la diambre des députés, était un objet dedéfiance ou d'alarme pour tous les souverains de droit divin. Afin d'entourer son trêne d'une auréole de popularité, Louis-Pliilippe avait repris le drapeau tricolore, instinctif hommage rendu à une grandeur passée. Ce roi ne négligeait rien pour fiattér Tarmée et gagner les impérialistes. Prenant pour ministres d'anciens lieutenants de l'empereur, il rétablit, en 1831, 'la statue de Napoléon T' sur la colonne de la place Vendôme , lui éleva, en 1833, un monument à Ajaccio, replaça, en 1835, son portrait au Palais de Justice, et fit, en 1836, sunnonter de son buste en marbre la colonne du cours Bonaparte à Marseille. C'est ainsi que Louis-Philippe invoquait les glorieux souvenirs du chef de lia famille contre laquelle il venait de renouveler la loi de bannissement 1 En présence de ces actes, dont l'intention était manifeste, quoi de plus simple* que l'entreprise d'un prince napoléonien cherchant à reprendre l'héritage d'un nom prestigieux ? La tentative de Strasbourg fut en grande partie le résultat de la conduite du gouvernement de Juillet. Louis-Napoléon en a lui-même raconté les principales péripéties dans une lettre adressée

(I) Œuvres de Napoléon III, t. II. p. 819 (Paris, ias4}. (l)iMd., t.U, p. StOetSU.

à sa mère, qui l'avait siirnommé « le doux enfèté ».

Le prince avait quitté Areoenl)erg le 2à octobre 1836. Arrivé à Lahr le 27, il eut une roue de sa calèche brisée, ce qui devait être d'un mau- Tais augure pour celui qui croyait obéir à l'appel d'uue voix secrète. Après un jour de retanl, il entra le 28 à Strasbourg, à onze heures du soir. Selon le plan d'opération, concerté avec le colonel Yaudrey, il se porta, suivi d'une douzaine d'officiers, le 30 à six heures du matin, vers la caserne d'artillerie, où il Tut vivement acclamé, et d'où, après une allocution chaleureuse, il se dirigea, musique en tète, chez le général Voirol., pour l'entraîner dans le mouvement. On sait que ce général se refusa À l'invitation du prince de le suivre, et parvint à s'échapper de son hôtel. Ce premier échec fut suivi d'un second à la caserne deFinkmatt : des ordres et contre-oi*dre6 y amenèrent une confusion générale qui se termina par l'arrestation du prince. Dans l'interrogatoire qu'il subit , il se montra calme et résigné. On lui fit les questions suivantes : « Qu'est-ce qui vous a poussé à agir comme vous l'avez fait ? — Mes opinions politiques et mon désir de revoir ma patrie, dont l'invasion étrangère m'avait privé. En 1830, j'ai demandé à être traitéen simple citoyen; on m'a traité en prétendant; eh bien, je me suis conduit en prétendant! — Vous vouliez établir un gouvernement militaire? — Je voulais établir un gouvernement fondé sur l'élection populaire. — Qu'auriez- vous fait vainqueur? — J'aurais assemblé un congrès national. * Le prince déclara en même temps que lui seul ayant tout organisé, il voulait assumer sur sa tête toute responsabilité, comme le plus coupable et le seul à craindre. Il fut ensuite conduit k Paris, où il arriva dans la soirée du 1 1 novembre à l'hôtel de la préfecture de police. Deux heures après il fut dirigé sur Lorient; il y resta enfermé à la citadelle de Port-Louis jusqu'au 21, jour où appareillait la frégate V Andromède ^ qui le transporta en Amérique.

Ce dénoùment inattendu devint le texte de nombreux et vifs commentaires. Louis-Philippe avait- il cédé aux instantes prières de la reine Hortense, accourue de sa retraite pour- implorer la clémence royale f Ce fut la version la plus accréditée. Mais cet acte de clémence était probablement dicté par l'intérêt même du roi, qui craignait de blesser l'armée en livrant à la justice celui qu'il pouvait qualifier d'héritier de l'empereur. Après le renvoi du principal coupable, l'acquittement des autres accusés était pour le jury de Strasbourg un acte de conscience.

La traversée sur V Andromède dura sept semaines. Pour occuper ses loisirs et tromper ses chagrins, le prince relisait Chateaubriand et J.-J. Rousseau. Les lettres qu'il adressait à sa mère sont remplies de beaux sentiments et de belles pensées. Entré en rade de Rio de Janeiro, le 10 janvier 1837, il y resta quinze jours consigné à bord du bâtiment, et fut de là con-

>\}ût à >ew-York. A la nouvelle que sa mère éUit gravement malade, il quitta bientôt les États- Unis pour revenir en Europe. De Londres il se rendit à Arenenberg, où il reçut, le 3 octobre 1837, les derniers soupirs de sa u)ère.Le gouvernement de juillet se montra très-inquiet de voir Louis-fïapoléon si rapproclié des frontières de la France. Ses mqoiétudes devinrent si vives qu'il fit de l'cloignement du prince qq cis de guerre : il enjoignit à son envoyé, M. de Montebeilo, de demander ses passe-ports, si sei ^^ présentations n'étaient point accueillies; o»is les Suisses refusèrent noblement d'expulser ik leur pays un de leurs hôtes et concitoyens. Legouveroemeut français répliqua par la coDcenlratioa d\ine armée de 25,000 hommes sur les frontières helvétiques. Ce fut en présence de cette déinoar tration hOsStile, que Louis-Napoléon prit la lésolulion de s'éloigner volontairement de la patiîe qiie l'exil et l'hospitalité lui avaient fait adopter.

A voir toutes ces alarmes , ne dirait-on pas qu'une voix fatale poussait Louis- Philippe i provoquer de la part de Louis-Napoléon une nouvelle tentative? Beaucoup d'événemcots paraissent étranges, parce que le til mystérieux qui les endiatae nous échappe. Le m qui fit, le 15 décembre 1840, solennellement de> poser, comme un palladium , les restes de Napoléon sous le dôme des Invalides, pourquoi ne s'était-il pas aussi inspiré du souffle de l'eropereur pour empêcher, par une attitude plus énergiqoe, la conclusion du traité du lô juillet, qui excluait si honteusement la France du concert européen? Ce traité, et les préoccupations compromettante: du chef de l'État pour conserver la paii à tout prix, deyaient faire tressaillir l'ombre dcc^ lui qui avait tenu si haut l'épée de la Fnnee. Ces rapprochements et ces contrastes frappaient tous les esprits; ils ne devaient pas sortoot échapper au prince qui, depuis sa sortie de 1^ Suisse, vivait retiré à Lon<lres au milieu d'un groupe de partisans dévoués. Très-bien accueilli des Anglais, il recevait de nombreux Tbiteors et entretenait une correspondance active avec i» amis du continent. Plusieurs journaux, tels qfl< le Journal du Commerce et le CapHolt, s'étaient faits les organes de la cause irop^i^ liste. Ce fut durant son séjour k î/>^^ qu'il composa, sous le titre aidées ^apoUoniennest un livre qui parut daté de Carlton- Terracé, juillet 1839. C'est un exposé n^ des idées qui ont présidé à l'organisation à^ premier empire. On y trouve des remarqB** d'une haute portée et qui témoignent d'une profonde connaissance de l'histoire. Ainsi, >pr^ avoir admis dans la vie des peuples, « vièividus collectifs qui ne meurent jamais et se perfectionnent toujours », deux natures et à&i^ instincts, l'un divin, qui tend à nous perfec tionner, l'autre moi tel, qui tend k nous corrompre, l'auteur continue : « Sous le rapport «le notre es-sence divine, il ne nous faut, pouriov*

^4:;«) NAPOLÉON lil

cher, qne liberté et travail ; sons le rapport de notre nature mortelle, il nous faat, pour nous conduire , un guide et un appui. Un gouvernement n'est donc pas, comme l'a dit un économiste distingué, un ulcère nécessaire; c'est plu* tôt on moteur bienfaisant de tout organisme social... Le meilleur gouvernement est celui qui se formule sur le besoin de l'époque et qni, en se modelant sur l'état de la société, emploie les moyens nécessaires pour frayer une route facile à la civilisation qui s'avance... Mais, toi, France, épulserastu tes forces et ton énergie à lutter sans cesse avec tes propres enfants ? Non, telle ne peut être ta destinée ; bientôt viendra le jour on, pour te gouverner, il faudra comprendre que ton râle est de mettre dans tous les traités ton épée de Brennus, en faveur de la civilisation (1). » Le destin devait charger le prophète de réaliser ses propres paroles.

Quelque grandes que fussent les fautes de Louis-Philippe, il fallait néanmoins an prince Louis une confiance absolue en son étoile, pour renouveler en 1840, après l'échec de Strasbourg, une tentative semblable i Boulogne. Accompagné d'une cinquantaine d'hommes, dont U plupart ignoraient son projet, le prince s'embarqua sur VEdinburgh-Castle, bateau à vapeur anglais, et, après leur avoir fait mettre roDiforme français, il aborda, dans la nuit du r> août, à une lieue de Boulogne, sur la plage de Vimereox. Trois officiers seulement l'y alten- <l4ieat. Tous les soldats allaient être entraînés par le nom magique de Napoléon, lorsqu'un (dpitaine acconrut et parvint à les rappeler à la (]i^dpline. La petite troupe fut poursuivie jus* ffl'i la mer; le prince s'y jeta, pour gagner à U Q3ge une embarcation. L'affaire fut évoquée leTânt la chambre des pairs , éngee en cour de jnMIee. Elle remplit les se mces de la fîn du mois ^e septembre (28, 29 et 30 septembre) et du commencement d'octobre (1,2 et 3 octobre). Interroge par le chancelier Pasquier sur les motifs de l'entreprise de Boulogne , le prince répondit en ces termes : « Pour la première fois 'le ma vie , il m'est enfin permis d'élever la v<^ix en France et de parler librement à des Français. Malgré les gardes qui m'entourent, malgré les accusations que je viens d'entendre fl^ lecture du rapport du procureur général Franct-Carré), pleiu des souvenirs de ma pre- Tnière enfance, en me trouvant dans ces murs <l<i sénat, au milieu de vous que je connais, Messieurs, je ne pui^ croire que j'ai des juges. Une occasion solennelle m'est ofTerte d'expliquer à ni(^ concitoyens ma conduite, mes intérêts, i)ie$ projets, ce que je pense, ce que je veux. » Parlant ensuite de la souveraineté du peuple , il ajoute : « Depuis cinquante ans , le principe de la souveraineté du peuple a été consacré en France par la plus puissante révolution qui se

ih OEuvrei de napoléon lil, 1 1, p. ti et M.

448 (") soit faite dans le monde ; jamais la volonté nO' tionale n'a été proclamée aussi solennellement, n'a été constatée par des suffrages aussi nombreux et aussi libres qne pour l'adoption de la constitution de l'empire. La nation n'a jamais révoqué ce grand acte de la souveraineté du peuple, et l'empereur l'a dit : Tout ce qui a été fait sans elle est illégitime. Aussi gardezvous de croire que, me laissant aller aux mouvements d'une ambition personnelle, j'ai voula tenter en France, malgré le pays, une restauration impériale. J'ai été formé par de pins hautes leçons, et j'ai vécu sous de nobles exemples. » Le prince cite ici Fabdication de l'empereur son oncle, et l'exemple de son père, roi de Hollande, qui résigna la couronne parce qu'il croyait ne plus pouvoir faire le bien de son peuple ;^ puis il termine : « Lorsqu'en 1 830 le peuple a reconquis sa souveraineté, j'avais cru que le lendemain de la conquête serait loyal comme la conquête elle-même, et que les destinées de la France étaient à jamais fixées ; mais le pays a fait la triste expérience des dix dernières années. J'ai pensé qne le vote de quatre millions de ci*, toyens , qui avait élevé ma famille , nous imposait au moins le devoir de faire appel à la nation, et d'interroger sa volonté... La nation eût répondu : République ou monarchie, empire ou royauté. De sa libre décision dépend la fin de nos maux , le terme de nos disseusions. Quant à mon entreprise, je le répète, je n'ai point en de complices. Seul, j'ai tout résolu; personne n'a connu à l'avance ni mes projets, ni mes ressources, ni mes espérances. SI je sois coupable envers quelqu'un, c'est envers mes amis seuls... Un dernier mot, Messieurs. Je représente devant vous un principe, une bause, une défaite : le principe, c'est la souveraineté du peuple ; la cause, c'est l'empire ; la défaite, Waterloo. Le principe, vous l'avez reconnu; la cause, vons l'avez servie; la défaite, vous voulez la venger. Non, il n'y a pas de désaccord entre vous et moi, et je ne venx pas croire que je puisse être dévoué à porter la peine des défections d'antrni. Représentant d'une cause politique, je ne puis accepter comme juge de mes volontés et de mes actes une juridiction politique. Vos formes n'abusent personne : dans la lutte qui s'ouvre, il n'y a qu'un vainqueur et un vaincu. Si vous êtes les hommes du vainqueur, je n'ai pas de justice à attendre dévoua, et je ne veux pas de générosité (1). »

Ce fut an cachot attenant an palais du Luxerabourg, et dans l'intervalle qui s'écoula entre la parole du défenseur ( M^ Berryer) et le prononcé de l'arrêt, que le prince, seul avec ses pensées, traduisit V Idéal du beau poème de Schiller; c'était comme un soupir qui s'échappa de la poitrine de celui qui n'attendait aucune générosité de ses juges : « Le silence s'accrut, et c'est à peine si

(1) 31oniteurt M septembre 1840.

447(*«) NAPOLÉON IIÎ

l'espoir jeta une faible laeor sur mon obscur sentier. M Ces dernières paroles du traducteur poète (car elles sont ajoutées par le prince à la fin de Vuriginal) devaient très-bien peindre la situation de son esprit. Le 6 octobre 1840, le prince Louis fut condamné par arrêt de la cour des pairs « à Temprisonnement perpétuel dans une forteresse située sur le territoire continental du royaume ». Quatre jours après, il fut transféré au fort de Ham. Le général Moiitholon et le docteur Conneau partagèrent sa captivité. Toute communication avec Textérieur fut d'abord sévèrement interdite. « Personne encore, écrivit le prince à Mm« Hamilton, n'a pu obtenir de venir me voir... Cependant je ne désire pas sortir des lieux où je suis, car ici je suis à ma place : avec le nom que je porte, il me faut l'ombre d'un cachot ou la lumière du pouvoir. «

Ce fut « à Tuniversité de Haro » que Louis- Napoléon acbeva ses éludes historiques, politiques et sociales. Il en publia partiellement les résultats dans divers journaux et recueils périodiques, particulièrement dans le Progrès du Peu* dt'Calais. Ce sont des pensées larges et élevées, exprimées dans un style simple et clair. La plupart de ces morceaux ont été réimprimés, sous le titre de Mélanges^ dans les t. I et II des Œuvres de Napoléon 111. Les uns, tels que Du système électoral; L'Union fait la force; Quelques mots sur Joseph-Napoléon Bonaparte, ne portent pas de date. Les autres, dans l'ordre chronologique, ont pour titres : Aux mânes de V empereur (15 décembre 1840); c^est une sorte de prosopopée, écrite par le captif'de Ham à l'occasion de la translation des restes du captif de Sainte-Hélène; elle com< mence par ces roots : « Vous revenez, Sire, dans votre capitale , et le peuple en foule salue votre retour; mais moi, au tond de mon cachot, je ne puis apercevoir qu'un rayon du soleil qui éclaire vos funérailles (1). » — Fragments historiques; 1688 et 1830 (10 mai 1841). C'est un parallèle bien tracé entre Gaillauroe d'Orange, consultant la nation anglaise pour se faire approuver ou rejeter, et Louis-Philippe, se faisant proclamer roi par un parti politique, une fraction de la chambre des députés. Dans ces fragments se trouvent ces paroles, souvent citées depuis, et qui sont comme un axiome de l'histoire : « Marchez à la tète des Idées de votre siècle, ces idées vous suivent et vous soutiennent ; marchez à leur suite , elles vous entraînent; marchez contre elles, elles vous renversent (3) ». — Nos colonies dans r Océan Pacifique (14 juin 1841), notice écrite à propos de l'acquisition des tles Marquises, pour démontrer que ces petites Iles, n'étant situées sur aucune route maritime , ne dominant ni détroit, ni embouchure de fleuve, n'ont aucune valeur par elles-mêmes; et que d'ailleurs si elles avaient

(1) deuvrei de Hapoiéon llh t- 1. P. 49S. (I) /M(f . j 1. 1, p. SVt.

quelque importance, les Anglais s'en seraient déjà emparés. « Le gouvernement français, ajoute Tauteur, va dépenser des millions poar établir des colonies onéreuses à quatre mille lieoes de Brest, lorsqu'il a déjà trop de ces points iioperceptibles sur la carte, et qu'il devrait réserver ses ressources pour coloniser l'Algérie et U Guyane, les seules possessions d'outre-mer qoi puissent réellement devenir d'un grand profat pour ta France (l). » — Analyse de la grustion des sucres (août 1842 ), question traîlft avec une merveilleuse lucidité et une granule indépendance d'esprit : n Je suis, dit le prince, citoyen, avant d'être Bonaparte. » Puis, il s'àt tache à montrer que le gouvernement qui cèi^ pour des intérêts privés, aux sollicitations de» législateurs , trompe la notion et ne gagne |>âs même la reconnaissance de la minorité. « Dita tous les pays, gouverner, c'est conduire, et >i, dans un pays libre, un gouvernement ne ptot pas trancher à lui seul toutes les questions, son devoir consiste du moins à les bien poser... Le grand art du gouvernement est de oonsultir toutes les capacités, en leur marquant le but et la routé qu'il faut suivre , car sans cela on a beaucoup de bruit sans effet, beaucoup, de frs> vail sans résultat. Jamais il n'y a eu en France autant de savoir et d*intelligence mis en monvement et aptes à concourir au hieo-êlre général ; jamais pourtant on n'a si peu produit c'est qu'il n*y a aucun ensemble, aucune direction, aucun système, et la société, remplie d'idées sans faits et de faits sans pensées, se iask des théories sans applications, comme des applications sans suite et sans portée. » Eosuitp. après avoir insisté sur l'utilité d'un conseil d'£tat qui discute et propose des projets de lois, Téminent écrivain ajoute : « 11 ne dépend que do gouvernement et des chambres de rendre la vie à l'industrie indigène et aux colonies, s»à nuire aux intérêts des consommateurs. Mab, pour arriver à cet imroenae résultat, il font ne se proposer qu'un but, la prospérité générale de la France, et fouler aux pieds ces vues égoistts et mesquines d'intérêts privés qui nuisent toujours à une nation et qui déshonorent les représentants d'un grand peuple (3). > Les actes de Napoléon 111, notamment son traite de commerce avec l'Angleterre, devaient, près de vingt ans plus tard, réaliser les paroles do captif de Ham. — Études mathématiques de Aapoléon ( 6 décembre 1842). C'est une notiof : adressée sous forme de lettre à M. Ttiayer, i i qui François Arago, son collègue au conseil vmnicipal de Paris, avait demandé quelques mseigneroents sur les éludes mathématiques de l'empereur. On y remarque, entre autres, qoe Bezout était l'auteur favori de Napoléon I*^ (3;- — La Traite des Nègres (4 février 1843). L'au-

(1) Oiutres de Hapoléon III, t. It, p. 8. (t) Ibid., t. II. p. 18», V70 et ts».

(9} /6ld., L 1, p. 411.

447 (W) NAPOLÉON III

tcur s'y éière avec éloquence contre ces pliilan- (hropes « dont Tardeur s'accroît toujours en raison directe du carré des distances où se trou- Vent les objets de leur sympatliie. lis sont insensibles à la misère do prolétaire français , au dénûDieot de l'ouvrier qui habite le même toit qu'eax ; niais, aussitôt qu'à nos antipodes quelques iniquités se commettent, oh i alors leurb passions s'exaltent , rimmanité qui souffre au bout du monde leur parait bien plus digne de pitié que celle qui languit dans leur propre patrie (1) ». LMIIustre publiciste pense qu'au lieu de supprimer brusquement la traite, mesure qui a eu pour effet d'encourager la contrebande et de faire traiter les esclaTes avec plus de cruauté, les gouvernements auraient dû s'entendre à habituer les esclaves de leurs colonies à passer insensiblement du travail forcé au travail libre. -« Opinion de Vempereur sur les rapports de la France avec les puissances de V Europe {11 mars. 1843). L'opinion de Tempereur est précédée et suivie de ces paroles caractéristiques de son neveu , paroles qu'il importe de signaler : « On s'est appliqué à faire valoir tour à tour les avantages de l'alliance anglaise ou de l'alliance russe y comme »'ii fallait absolument que la France se liAt intimement avec l'une de ces deux grandes puissances. A entendre ces deux thèses retentir, il ^^^blerait que la France ait besoin d'une autre i^orce que la sienne propre pour se faire respecter, i'ine autrevoix que la sienne pour être écoutée >laas le congrès des rois. Nous ne prétendons )tas qu'il faille rester dans l'isolement et n'avoir '!e relations franclies et amicales avec personne; \m% nous croyons qu'une alliance doit être le résultat de longs rapports bienveillants entre les Qatious, et non le fait d'uu entraînement soudain... Nous désirons qu'une bonne intelligence s^^e entre les deux peuples (français et anglais), les plus civilisés du globe; mais à condition que !>'s droits et la dignité de chacun auront été pe^és avec les mêmes poids dans la même bal3tice, et que les hommes , chargés de la haute inijsioD d'accorder deux peuples rivaux, n'auront d'antre bot que le bonheur de la France et le déreloppement de ses richesses agricoles, inilustrielles et commerciales , développement qui n'a lieu que lorsqu'on suit une politique franche, énergique, nationale (2). » — VOpposition (1^' avril 1843), article de circonstance, où l'opposition, que la gauche de la chambre des députés faisait au gouvernement de Louis-Philippe, est signalée conime étant sans principe et sans caractère. R Demandez, s'écrie l'éloquent écrivain, deniandez aux chefs de l'opposition dynastique comblent ils comprennent les rapports intemationanx ^<^ la France avec les antres puissances de l'Eu- ^l>e, et ils vous répondront par des équivoques. {demandez- leur comment ils conçoivent la dimi-

(J) OËuvrti iê Ifttpoléon III, 1. 1, p. m. W Ibid^ L I, p. Wl, 4fS cl 471.

«ODV. BIOCR. CÉnéR. — T. XXXVII.

uution des impôts, l'amélioration de Tagriculture, l'organisation de l'industrie, le développement de notre commerce, et ils vous répondront par des généralités. Demandez- leur comment ils entendent les droits politiques des citoyens, l'organisation militaire de la France et l'organisation que réclament impérieusement les classes ouvrières, et ils vous répondront : néant.,. Gomme le corps humain , une société ne prospère qu'autant que les parties dont elle est composée remplissent chacune régulièrement leurs fonctions; l'immobilité d'une seule entraîne la ruine de toutes les autres. Or, la tête, siège de l'intelligence, doit conduire le reste du corps, ou, si elle manque à sa mission , elle meurt avec lui. Vous, messieurs les députés, vous êtes la tête de la nation ; celle-ci ne recevant de vous ni impulsion, ni direction, devrait donc périr. Mais, comme les peuples ne périssent pas, la France marchera sans vous, si vous ne savez pas la conduire (1). » — A quoi tiennent les destinées des empires t (avril 1843,\ C'est un épisode des Cent- Jours. — La paix ou la guerre (26 juin 1843). <t Après 1830, il n'y avait que deux politiques à suivre : l'une hautaine et fière, dont le résultat pouvait être la guerre; l'autre humble, mais qui aurait pu racheter son humilité en dotant la France de tous les bienfaits que la paix enfante et développe... L'histoire nous eût pardonné de baisser momentanément la tête devant les étrangers, à condition de développer toutes les ressources de la France, de moraliser, d'instruire, d'enrichir le peuple (2). y* — Les Conser^ vateurs et Espar tero (26 juillet 1843), article destiné à mettre en lumière que tout gouvernement, condamné à périr, périt par les moyens mêmes qu'il emploie pour se sauver. « £spartero crut, par le bombardement de Barcelone, affermir son pouvoir; il en sapa les fondements. Les conservateurs croient asseoir à jamais, avec les fortifications de Paris , leur système de paix à tout prix; ils se trompent : ils bâtissent sur le sable comme tous ceux qui fondent leur autorité sur l'égoïsme; il est inutile de conspirer pour les renverser : leurs propres armes, leurs propres actions se retournent contre eux (3). » — Lettre à M. ChapuyS'Montlauille (23 août 1843). Cette lettre est surtout remarquable en ce qu'elle renferme une appréciation bien motivée du consulat et de l'empire ; c'est la réponse à une lettre que M. de Lamartine avait adressée à M. Cliapuys-Montlaville, dans laquelle le député de Itfâcon avait fort maltraité ces deux périodes de l'histoire contemporaine. Au reproche que le 18 brumaire a retardé la marche de la révolution , le neveu de l'empereur répond : « Une insurrection contre un pouvoir établi peut être une nécessité, jamais un exemple qu'on puisse convertir en principe. Le 18 brumaire fut une violation

(1) OEuvrei de Napoléon 111» p 474 et 477. (t) /Md.. t. II. p. fo.

(S) Ibid.y t II, p. ift-18.

flagrante de la constitution de Tan lii. Mais il faut convenir aussi que cette constitution avait déjà été trois fois audacieusement enfreinte... D'ailleurs, la question importante à résoudre est de savoir si le 18 brumaire sauva la république; et pour éclaircir ce fait , ii suffit de considérer quel était l'état du pays avant cet événement. » Après avoir exposé le triste état où le Directoire avait réduit le pays, le prince ajoute : « Je ne défends pas systématiquement toutes les institutions de l'empire , ni toutes les actions de l'empereur, je les explique. Je regrette la création d'une noblesse qui, dès le lendemain de la cbute de son chef, a oublié son origine plébéienne pour faire cause commune avec les oppresseurs; je regrette certains actes de violence inutiles au maintien d'un pouvoir fondé par la volonté du peuple; mais, ce que je prétends, c'est que de tous les gouvernements qui précédèrent ou qui suivirent le consulat et l'empire, aucun ne lit, même pendant la paix, pour la pros|iérité de la France, la millième partie de œ que l'empereur créa pendant la guerre (1). » — Améliorations à introduire dans nos mceurs et nos habi' tudes parlementaires (i 8 septembre 1843). L'auteur voudrait, entre antres, qoe chaque orateur pût parler de sa place, au lieu d'être obligé de monter à la tribune. « Avec une tribune , une» ctiambre ressemble trop à un théâtre, où les grands acteurs seuls peuvent réussir. Sans orateurs, an contraire, les chambres prennent le caractère de réunions d'hommes graves, qui discutent leurs intérêts sans empliase et sans apparat (2). » -^ Les Spécialités (il DO^embre 1843). On y remarque surtout ce passage : « L'un des grands vices du régime parlementaire, c'est qu'il suffit d'appartenir à la nuance politique de la majorité de la chambre pour être réputé capable de remplir tous les ministères ; l'opinion politique est tout, les connaissances atpéciales ne sont rien (3). » — Des Gouvernements et de leurs soutiens (4 octobre 1843). C'est dans cet article que se trouvent ces paroles remarquables : « Échafauder n'est point b&lir; faire appel aux passions vulgaires de la foule n'est pas gouverner. On ne fonde solidement que sur le roc Or, bAtir sur le roc aujourd'hui, c'est asseoir le gouvernement sur une organisation démocratique (4). » — U Clergé et VÉtat (13 décembre 1843). Cet article, d'une grande portée, a pour but de prouver « que les ministres de la religion en France sont en général opposés aux intérêts démocratiques; leur permettre d'élever sans contrôle des écoles, c'est leur permettre d'enseigner au peuple la haine de la révolution et de la liberté ». Le Tutur empereur propose pour modèle le clergé catholique allemand « qui fait con

NAPOLEON III AAV^

tous les opprimés, à prêcher la justice et U tolérance, à enseigner la morale du Cbribt, mraie sublime qui détruisit l'esclavage, apprit ui\ hommes qu'ils étaient égaux et que Dieu )m avait mis au fond du cœur une foi et un anioor pour croire au bien et pour s'aimer (1) >. — — Fieille histoire toujours nouvelle (3 nadi 1844). Les gouvernements chez lesquels un intérêt sordide domine les intérêts généraux y kaI comparés à cet employé du palais des Tuil^ ries qui brûlait du bois au milieu 4k l'été pour en vendre les cendres à son profit! L'auteur rappeUe les expéditions du Tage et d'Aocôif, le bombardement de Saint-Jean d'Uiioa, l'esToi d'une escadre à Montevideo, qui n'eurent pou; effet que « feu et fumée (2) ». — La Pm ('j mars 1844) ; c'est une appréciation très-nmarquabie de la politique du gouvernemeat depuis 1830. L'auteur résume sa pensée en ees termes : « Rien ne contribue davantage à entenimer les questions , à aggraver les situatioa», a fausser les esprits qu'une politique bâtarde, sik dignité et sans suite, qui ne sait pas ce qu'elle veut, parce qu'elle n'ose jamais vouloir. Asseoir la paix, ce n'est pas maintenir pendant quelque années une traoquitlité factice; c'est travaUkr à faire disparaître des haines d'entre nations ^ en favorisant les intérêts^ les tendances de chaque peuple; c'est créer uo quilibre parmi les grandes puissances ; c'est, ea oo mot. suivre la politique de Henri IV, et non b marche désastreuse de Louis XV... Celle-ci «ofante cette magnanime réaction qu'on nomme U révolution française et qui ensanglanta FEaropa pendant vingt-quatre ans. Eh bien 1 le goamnement actuel (de Louis-Philippe) nous prépare les mêmes malheurs; son amour pour U pai^ est un sentiment égoïste et aveugle, qui compromet tous ceux dont il redierche ralliaoce. Les faits sont patents. U y a quelques années, il n'existait plus de rivalité entre la France et l'Ângieterre ; ces deux peuples semblaient devoir narcher côte à cête dans la voie du prop^ Aujourd'hui le gouvernement s'y est si bien pri> qu'il a su , d'un côté par ses attaques , et àt l'autre, par ses concessions, réveiller toosles sentiments de jalousie entre les deux pajs; et si jamais Tmcendie s'allume, c'est lui qui eo sera la cause preoûère ; car c'est lui qui aura rassemblé toutes les matières combustibles (3}- • Trois ans après eut lieu, comme on sait, le double mariage espagnol qui compromit l'eatoile cordiale avec l'Angleterre, et bientôt « rinceodie» de 1848 consuma le trtoe de Louis-Philippe- " Les Nobles (23 déc 1844) , article écrit à l'occasion du titre de duc, conféré à M. Pasquier. Après avoir tait otiserver que la noblesse oom-

sister le sacerdoce à faûre causfi commune avec |' meoce à décheoir depuis qu'elle a substitué it son

; ancienne devise, noblesse oblige, celle de no

(1) OEuvret de Napoléon III, t. I. p. M7, 864-3«i8.

(t) Ibid., 14.

(3) Ibid., t. Il r-S8.

(4) IM.y S7 et S8.

(1) OSuvres dé Napoléon UT, t. IT, p. SS-si. (1) Ibid.,l. II. p. 35-u.

(3) ma,^ t. II. p. 46, 48.

blesse exempte , le prince ajoute : n Qoant à nous, nouâ voudrions qu'au lieu de faire quelqoes nobles, le gouvernement prit la grande résolution d'en faire des milliers et millions. Nous ToodrioBS qu'il prltà tâciie d'anoblir les trente-cinq millions de Françaisen leur donnant rinstruction, la morale, l'aisance, biens qui jusqu'ici n'ont été l'apanage que d'un petit nombre, et qui devraient être l'apanage de tous(l). » — Extinction du paupérisme (écrit dans le courant de 1844) : c'est un travail important sur une question qui a occupé tous les économistes et les principaux booimes d'État Après avoir rappelé que la ricitesse d'un pays dépend de la prospérité de l'ai^ricalture et de l'industrie, du développement flu commerce intérieur et extérieur, de la juste et équitable répartition des revenus publics, l'auteur examine ces divers éléments, stigmatise, en passant, 'les abus de l'industrie « qui, rentable Saturne du travail , dévore ses enfants et ne vit que de leur mort », et propose comme nn nioven d'arriver peu à peu à l'extinction du paupérisme, la création de communautés ou associations agricoles, qui feraient valoir les 9,190,000 hectares déterres incultes, signalées par la statistique officielle du gouvernement. Ces a&sociations ou colonies agricoles, non-seulement nourriraient un grand nombre de familles pauvres , eu leur faisant cultiver la terre , soigner les bestiaux , etc. ; mais aussi eilcs otTriraient un refuge momentané à cette masse flottante d'ouvriers que la stagnation des entreprises industrielles ou l'invention des macliines plonge dans une misère profonde. Ce système serait couronné par une sage répartition des bénéfices du travail. «Aujourd'hui, ajoute le grand économiste, la rétribution du travail est abandonnée au hasard ou à la violence. C'est le maître qui opprime ou l'ouvrier qui se révolte. Par notre système les salaires sont fixés comme les choses humaines doivent être réglées , non par la force, niais par un juste équilibre entre les besoins de ceux qui travaillent et les nécessités de ceux qui font travailler. C'est une grande et sainte mis- Mon, bien digne d'exciter l'ambition des hommes nue celle qui consiste à apaiser les haines, à guérir les blessures, à calmer les souffrances de l'humanité en réunissant les citoyens d'un même f)3ys dans un intérêt commun, et en accélérant DQ avenir que la civilisation doit amener tôt ou lûrd... Aujourd'hui le but de tout gouvernement habile doit être de tendre par ses efTorts à ce qu'on puis:$e dire bientôt : Le ttiomphe du (:l*ristianism€ a détruit Vesclavage; le triomphe de la révolution française a détruit le privilège; le triomphe des idées démocrafigues a détruit le paupérisme (2). »

Tout le monde doit comprendre l'importance (le l'analyse que nous venons de faire des écrits ^e celui qu\ tient aujourd'hui dans ses mains les

(i) OEKVTfi 4e IVapolém lit, p. sa.

% ttld , t. Il, p. lio et suiv.

destinées de la France et dont le moindre geste peut devenir un sujet d'espérance ou de crainte dans le conflit décidément engagé entre le droit divin et le droit des nations. Mais reprenons notre lâche de simple historien.

A la fin de l'année 1844, l'illustre captif de Ham reçut la visite de i'envoyédes États deGuatemala, qui venait le solliciter de se mettre à la tête d'une gigantesque entreprise ayant pour but la jonction des océans Atlantique et Pacifique. M. Castillon ( c'était le nom de l'envoyé) était chargé en même temps de demander, au nom des Américains, l'élargissement du prince Louis. Malgré l'insistance de M. Castillon, le prince se borna à émettre son avis sur la possibilité et les moyens de cette entreprise (1). Cependant, au commencement de 184G, il reçut à Ham une lettre de Monténégro , ministre des afTaires étrangères de Nicaragua, qui lui conférait ofQciellement tous les pouvoirs nécessaires pour organiser une compagnie en Europe, et qui l'informait en outre que> par une décision du 8 juin 1846, le gouvernement donnerait à l'œuvre le nom de Canale Napoleone de Nicaragua. Par suite de cette décision , le chargé d'aUTaires de Nicaragua en Belgique et en Hollande, M. de Marcolalta, se rendit à Ham pour y signer, conformément à ses instructions, un traité avec le captif qui devait être investi du pouvoir nécessaire à la réalisation du projet. Le prince Louis informa le gouvernement français ics propositions qu'il avait reçues d'Amérique. A la même époque, il apprit que son père était gravement malade à' Florence. Cette réunion de circonstances détermina le prince à appuyer lui-même toutes les démarches qu'on faisait pour obtenir sa délivrance, s'engageant personnellement, dans le cas où il lui serait permis de passer quelque temps à Florence, à se rendre ensuite directement en Amérique. Le gouvernement n'y ayant daigné faire aucune réponse, le prince Louis résolut de mettre lui-même fin à sa captivité. Les détails de cette évasion sont connus. Dans la matinée du 25 mai 1846» grâce au dévouement de son médecin {voy. CoNNEAU), le prince sortit de la prison de Haro, déguisé en ouvrier, sous les yeux mêmes de ses gardiens. Il traversa la Belgique et passa en Angleterre. Protestant de ses intentions pacifiques, il demanda à M. de Saint- Aulaire , ambassadeur français à Londres, la permission de se rendre en Toscane auprès de son vieux père mourant ; mais cette satisfaction d'un sentiment de piété filiale lui fut refusée. Le prince Louis reprit alors sa vie de proscrit et continua de s'occuper du projet de jonction de la mer Atlantique avec l'océan Pacifique, projet si important pour le commerce des nations. Mais 1^ événements qui

{\) Voy. \c t. Il des OEuvre* de Napoléon lit. Cette entreprise pourra se réaliser aujourd'hui par la présence de l'armée (rançaUe au Meilque. Le percement de l'Uthiiii* de Tébuantepec paraît le plut propre a la JoneUoto tfet deux oGéftos.

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allaient s'accomplir imprîmèrent à ses idées une autre direction.

Charles X et Louis- Philippe sont tombés pour avoir Tun et l'autre blessé tes instincts de la nation française; et, par une singulière coïncidence, ces deux chutes dynastiques ont été presque immédiatement précédées, la première de la prise d'Alger, et la seconde, de la conquête définitive de l'Algérie par la prise d'Ahd-el-Kader, deux, événements connexes, quoique séparés par un intervalle de près de dix-huit ans. En 1830, les partisans de la branche d'Orléans avaient présenté Louis- Philippe comme « la meilleure des républiques « aux vainqueurs de juillet désappointés; et en 1848, ces mêmes serviteurs, teriifiés, devaient accepter la république au lieu de la régence qu'ils avaient combinée. Décidément les hommes ne sont que menés, pendant qu'ils croient se mener les uns les autres.

Louis- Philippe et ses conseillers, en criant aux nombreux mécontents qui demandaient la réforme électorale : E nrichissez- vous ! sery aient bien mieux qu'une révolte militaire les desseins du neveu de l'empereur. Au lieu d'agir, le prince aurait dû attendre : le temps, ce grand conspirateur qui consolide ou défait toutes les combinaisons humaines, n'est l'auxiliaire que des patients ou âes flegmatiques. Le prince le comprit, et il semble depuis lors avoir réglé là -dessus toute sa conduite. A la nouvelle de la révolution de Février, il quitta l'Angleterre, et écrivit aux membres du gouvernement provisoire pour les assurer de son dévouement à la cause qu'ils représentaient. Mais, ces membres ayant exprimé la crainte qu'un neveu de l'empereur ne devint à Paris une eause de trouble, le prince reprit tranquillement le chemin de Londres. « Après trente-trois années d'exil et de persécution, je croyais, leur disait-il en partant, avoir le droit de retrouver un foyer sur le sol de la patrie. Vous pensez que ma présence à Paris est maintenant un sujet d'embarras ; je m'éloigne donc momentanément. Vous verrez dans ce sacrifice la pureté de mes intentions et de mon patriotisme. » Rien que le prince se fût abstenu de se porter candidat aux élections générales du 27 avril, les électeurs de la Seine le choisirent pour leur représentant. Mais il déclina ce mandat, et en donna les motifs dans une lettre adressée de Londres ( 11 mai 1848) à M. Vieillard, et où Ton remarque ces passages : « Mon nom, mes antécédents, ont fait de moi, bon gré mal gré, non un chef de parti, mais un homme sur lequel s'attachent les regards de tous les mécontents. Tant que la société française ne sera i>as rassise, tant que la constitution ne sera pas fixée, je sens que ma position en France sera trëS'dilïicilc , très -ennuyeuse et même très-dangereuse pour moi... Je ne veux me mêler de rien; je désire Toir la République se fortifier en sagesse, et, en attendant, l'exil m'est très-doux, parce que je sais qu'il est volontaire. » Aux élections par-

tielles du 3 juin, le prince refusa encore les candidatures qui lui étaient ofTcrtes. Néanmoins il fut élu à une grande majorité par la Seine, l'Yonne, la Charente- Inférieure et la Corse. Il en remercia les électeurs : « Enfant de Paris, aujourd'hui représentant du peuple, je joindrai, leur écrivait- il de Londres, mes efforts à ceux de mes collègues, pour rétablir l'ordre, le créiit, le travail, pour assurer la paix extérieure, pour consolider les institutions démocratiques et coth ciller entre eux des intérêts qui semblent hostiles aujourd'hui, parce qu'ils se soupçonnent et se heurtent, au lieu de marcher ensemble Ttri un but unique : la prospérité et la grandeur do payi;. »

Celte quadruple élection porta ombrage au\ membres de la Commission executive qui voolait maintenir contre Louis-Napoléon la loi de bannissement du IC avril 1832, « pavce que, àWk décret, il a fait deux fois acte de prétendant ea rêvant une république avec un empereur . Mais, le jour même où parut ce décret (l? juint, l'Assemblée constituante valida Téleclion de Louis- Napoléon, malgré les efforts qn'oo avait faits pour l'annuler. Ce résultat produisit une émotion générale. Informé que les mécootenU de tous les partis songeaient à en profiter \mt semer des troubles, le prince s'empressa dVcrire au président de l'Assemblée pour désavouer ceux qui lui prêtaient des intentions acih bitieuses, et qu'il verrait avec la plus vive don leur son nom, « symbole d'ordre, de nationalité, de gloire », servir à augmenter les décluremeots de la patrie. Cette lettre, datée de Londres, 14 juin, fut loin de calmer les membres de l'Assemblée; la phrase surtout qui s'y troiivail ; N Si le peuple m'imposait des devoirs, je saurais les remplir », devint l'objet des plus vifs commentaires. Mais, dès le lendemain, pour couper court à tous ces débats, le prince envoya (15 juin) sa démissidn au président. II la renouvela, à l'occasion de l'élection de Corse, qui ne fut connue qu'après les élections de la Seine, de l'Yonne et de la Charente-Inférieure. « Je veux, disait-il dans sa seconde lettre au président, je veux que ceux qui m'accusent d^ambition soient cooraioeus de leur erreur. »

En temps de révolution les événements marchent vite. Les éléments de décomposition, que n'aperçoivent guère les esprits emportés par la lutte, n'échappent point à la pénétration de ceux qui, plus calmes, se tiennent en dehors du milieu des passions troublantes et qui finissent toujours par diriger le courant de l'opinion publique. Ces éléments, comme dans la scienee l'action des petites quantités, peuvent amener bientôt de grands changements. Dès son apparition sur la scène politique, après la révolution de 1848, Louis-Napoléon se trouva en présence de trois éléments, nettement caractérisés à son égard : hostilité du pouvoir exécutif, défiance de l'Assemblée, confiance des électeurs, qui

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composaient la nation. Le rôle da prince était ilonc tout natorellemeut indiqué.

L'liî5toire est remf»lte de ces germes latents de conspirations naturelles que le temps mûrit et dont Texplosion n^est un objet de surprise que pour les observateurs myopes.

De nouvelles élections se préparaient pour remplir les vides que les sanglantes journées de jfiin avalent faitii dans T Assemblée. Le général Piat écrivait à Louis-Napoléon pour lui demander s'il accepterait le mandat de représentant du peuple. « Aujourd'hui, lui répondit le prince, qu'il a été démontré sans réplique que mon élection dans quatre départements ( non compris la Corse) n*a pas été le résultat d'une intrigue, et que je suis resté étranger à toute manifestation, à toute manœuvre politique, je croirais manquer u mon devoir, si je ne répondais pas à l'appel de mes concitoyens. » Puis, il tenuinait sa lettre l>ar ces paroles significatives : « Pour rendre le retour des gouvernements passés impossible, il n'y a qu'un moyen, c'est de faire mieux qu'eux ; car on ne défait réellement que ce qu*on remplace. » Le 17 septembre 1848, cinq départements (Seine, Yonne, Charente-Inférieure, Moselle, Corse) proclament pour la troisième fuis Louis-Mapoléon représentant du peuple , nouveau et éclatant témoignage de la confiance ^e$ électeurs, organes de la volonté nationale. Le 26, le prince vint prendre sa place à la Constituante qui, peu de jours après, abrogea, pour rendre hommage à la souveraineté populaire , l'article A de la loi de bannissement de la famille Bonaparte.

Cipendant l'Assemblée conserva sa défiance, qui devait bientôt se trahir par des actes. Continuant les débats relatifs à la constitution <l€la République, elle montra, par le vote de certains articles, ses préoccupations au sujet de 'élu du 17 septembre; ainsi, l'article 45 ne perloetbit la réélection du président qu'après un intervalle de quatre ans ; l'article 48 l'obligeait ^ul au serment, quand tous les autras fonctionnaires n'y étaient pas astreints; f'article 50 lui interdisait le commandement des armées en personne; l'article 55 limitait son droit do grftce et lai enlevait celui d'amnistie, etc. Dans la séance du 9 octobre, M. Thouret présenta nn Amendement tendant h exclure des élections de président et de vice-président tous les membres ^^ familles qui ont régné sur la France. L'a- '^option de cet amendement lui paraissait s» 'Simple, qu'il ne croyait pas même nécessaire de le développer. « D'ailleurs, je ne veux pas, s'écria-t-il, faire aux prétendants l'honneur de ^'occuper longtemps de leurs personnes. » l'Ouis-NapoIéon, immobile à son banc, écoutait tranquillement l'orateur dédaigneux. Ce discours l'ûi, il demande la parole et se rend à la tribune. ^ Je le vois encore, raconte un témoin oculaire, ^l'&versant l'hémicycle, d'un pas mesuré, calme ^8 les regards malveillants qui le suivent »

448 (W) absorbé en lui-même dans cette force intérieure que ne trahit aucun signe. Les rumeurs qui l'accueillent ne le troublent, ni ne l'indignent... Quand le silence fut rétabli , il sort de sa poche un petit morceau de papier qui contenait trois phrases seulement. 'A cliaque mot il est interrompu par les acclamations les plus grossièi*es, par les rires les plus outrageants. Il ne s'émeut pas un seul instant; il ne s'irrite pas; il remet tranquillement son papier dans sa poche; il redescend de la tribune comme il y était monté et va s'asseoir k sa place sans paraître se douter ou se soucier de ce qui s^est passé (1). » » Les hommes se laisseront toujours tromper aux apparences. C'est une tête de bois, disait M. Thicrs, et ce mot faisait fortune dans les coulisses de l'Assemblée. Cependant on n^attaque guère que ce qu'on redoute. Louis-fïapoléon fut encore l'objet d'attaques personnelles dans la séance du 25 octobre. Le lendemain il y répondit d'une façon très-modérée, m On me reproche, disait-il entre autres, mon silence!.. 11 n'est donné qu'à peu de personnes d'apporter ici une parole éloquente au service d'idées justes et saines. M'y a-t-il donc qu'un seul moyen de servir le pays.' Ce qu'il lui faut surtout, ce sont des actes; ce qu'il lui faut, c'est un gouvernement ferme, intelligent et sage, qui pense plus à guérir les maux de la société qu'à les venger; un gouvernement qui se mette franchement à la tète des idées vraies, pour repousser ensuite, mille fois mieux que par les baïonnettes, les théories qui ne sont pas fondées sur l'expérience et la raison. Je sais qu'on veut semer mon chemin d'écueils et d'embôches;.je n'y tomberai pas. Je suivrai toujours, comme je Ventends, la ligne que je me suis tracée, sans m'inquiéler, sans m'arréter. Rien ne m'dtera mon calme, rien ne me fera oublier mes devoirs... Je resterai inébranlable contre toutes les attaques, impassible contre toutes les calomnies. » Ces éloquentes paroles sont tout un pr<^ramme; elles tracent toute une ligne de conduite.

Les élections de la présidence approchaient. Le prince voulait rallier tous les partis sans se livrer àaucun; il écootaittranquiUement ceux qui venaient loi apporter des conseils, et il accueillait toutes les idées, sans énoncer les siennes. Les électeurs attendaient son manifeste. Il le rédigea, et la France y répondit, le 10 décembre 1848, par cinq nullions et demi de suffrages (2). Louis-Napoléon Bonaparte est élu président de la République. Si, au lieu de laisser la nation libre de choisir son président , TAssemblée s'était arrogé ce droit, le nom du général Cavaignac serait sorti de l'urne du scrutin. De part et d'autre on en devait être convaincu , et cette

(1) M. de La Gaéronnlère , Napoléon lll, portrait po • miqae, p. 14 (8« édit. 18S9).

(fi Le chiffre einrt c«t,d'après le Moniteur, de l,Bn,8Sl Le général Cavaignac avait obteou J,M9.1«e roli ; M. l.edm-RoUlD, S77,tS6; M. Raspatl , S7,106 ; M. de Lnmurllne, tl,ooo.

conviction n'était pas faite pour amener ane entente cordiale entre l'Assemblée et le président de la République. Proclamé dans la séance du 20 décembre , il fit connaître le choix de ses ministres (1) , pris dans tqtfs les rangs de la majorité, paya un tribut d'éloges mérité au général Cavaignac, et adjura rassemblée de l'aider pour fonder une République dans llntérét de tons, et un gouvernement juste, ferme, animé d'un sincère amour du progrès , sans être réactionnaire ni utopiste. « Soyons, disait-il en terminant, soyons les hommes du pays, non les hommes d'un partie et. Dieu aidant, nous ferons du moins le bien, si nous ne pouvons faire de grandes choses «. Le jour même de la formation de son ministère, il confia le commandement des troupes de Paris au général Changarnier, déjà commandant supérieur de la garde nationale.

L'élection de Louis-Napoléon à la présidence de la République était le triomphe du plus puissant des trois éléments que nous avons signalés. Le prince remplaça naturellement le pouvoir exécutif qui lui avait été si hostile; il ne se trouva donc plus qu'en présence de l'Assemblée, devenue plus défiante que jamais. Il était facile de prévoir ce qui devait arriver.

Cependant le choix des ministres était le premier pas que le présidentde la République avait fait vers une réconciliation. A Tcxceptionde M. Bixio, républicain modéré, ils étaient tous des monarchistes ralliés à la république, comme « au système qui les divisait le moins » pour le moment. Les affaires s'amélioraient dans les centres manufacturiers; de nombreux ateliers se rouvraient; les rentes de l'État, les actions de toute valeur étaient recherchées, partout enfin on voyait des signes d'un retour non équivoque à la confiance. Le 24 décembre , le président fut accueilli avec enthousiasme par la garde nationale et l'armée de Paris, quil passait en revue. Le 26, le chef du ministère, M. Odilon Rarrot présenta à l'Assemblée le programme qu'il se proposait de suivre, n L'élection du 10 décembre a mis, disait il, dans les mains du gouvernement une force immense; notre devoir est que cette force n'avorte, ni ne s'égare ». Dès le 29, le cabinet se modifia par la retaite de M. Léon de Maleville. Le président s'était plaint , entre autres, de ce qu'on ne lui eût pas envoyé régulièrement les dépèches télégraphiques (2).

(1) Mintstère du to décembre : M. Odilon Barrot, président da coQseil et garde dea seeaai; M. Léon de Maie- Tille; à rtntérlear; M. Drouyn de Lbaya, aax affaires élranffères; le général Rulhièrea, à la gnerre; M. de Tfacj, à la marine; M. H. Passj, aux finance*; M. Léon Faucher, aux trafiui publics ; M. de milooi^ à l'In»trucUon pul)itque, et M. Blxlo, à ragricolture et la commerce.

(S) M. Léon de MaleWlle fut remplacé ft rintérleur par M. Léon Faucher, qui eut M. Lacrosse pour successeur aux tra?aox publics. M. Blxlo. mal k l'aise dans on ministère si peu démocratique, céda, h la même époque, ragricolture et le commerce à M. BuffeL

[ Malgi^ quelques concessions apparentes, tdle : que la nomination de M. Boulay (de la MeorUie) à la vice-présidence de la République, l' Assemblée persista dans son attitude vîsà-vis dn nonveaa pouvoir exécutif; elle en donna la preuve ea votant, contrairement aux veeux du ministère, la réduction immédiate de l'impôt du sel ( l*' janvier 1849), et plus tard la suppression de l'impM sur les boissons. Une scission profonde s'établit bientôt dans l'Assemblée elle-même. Nommée ( le 27 avril 1848) pour oonstitoer l«$ pouvoirs publics, elle devait, comme Comlituante^ se dissotidre après racooroplissemeiit de sa tâche. La minorité, qui espérait se mforcer par de nouvelles élections, faisait, dans ce sens, signer des volumes de pétitions. « U minorité, disait M. de Montalembert, qui eo faisait partie , la minorité veut absolument s'ra aller, par beaucoup de raisons et surtout parce qu'elle se croit sûre de revenir. » La majorité, an contraire, qui, dès le lendemain du 10 décembre, avait déclaré vouloir affermir la constitution par une série de lois organiques, résistait aux efforts qu'ion faisait pour bâter la retraite de l'Assemblée. Dans cet antagonisme, le poovoir exécutif, qui n'avait an fond les 8]rmpatiiies, m de la majorité, ni de la minorité, devait rester et resta , en effet, neutre. Enfin, l'un des représentants (1) prit l'initiative en déposant une propoôtion tendant à la dissolution de l'Assemblée constituante et à la convocation de l'Assemblée législative. Cette proposition, malgré les vives réclamations qu'elle souleva, fut prise en considération ( 12 janvier) à une majorité de qaatre voix. Dans l'intervalle, le ministère avait déposé un projet de loi relatif à rinstruction poblique et demandé la clôture des clubs : « Ce sont, disait le ministre de l'intérieur (^M. Léon Faucher ) des foyers d'anarchie ; aucun gouvernement régulier n'est possible sous l'action dissolvante de ces réunions. » Un arrêté dn pouvoir exécutif ( 24 janvier 1849 ) réorganisa la garde mobile, en changeant surtout le mode de nomination aux grades supérieurs. Ces diverses mesures soulevèrent des tempêtes dans celte partie de l'Assemblée qui s'intitulait la Montagne, rappelant par ce nom les sanglants eoovenirs de la république de 93. Tout à coup, dans la matinée du 29 janvier, on entend battre le rappel dans les rues de Paris , et on y remarque un mouvement extraordinadrc de tronpes. Plus de doute pour les républicains exaltés : c'est un coup d'État que le pouvoir exécutif prépare contre l'Assemblée! Non, s'écriaient les anciens royalistes ou républicains du lendemaia : ce sont les étemels ennemis de l'ordre qui veu* lent s'emparer du président de la République, dissoudre l'Assemblée et arborer le drapeau rouge ! Des deux côtés on était dans l'erreur. Un certain nombre d'ofQciers de la garde roo-

(1) M. Râteau.

447 (») ^«APOLÉON m

bile, uiécooteots de Tarréié qui 1«8 kappatt, aTaient menacé àe foire appeJ k la wiolence. Le (KMYoir exécutif fit tomber ces menaces par une liéfDOQstration énergk|ue, et l'ordre fut promp- \mad rétabli.

Depois Tadoptioa de la proposition Râteau (12 fénier), TAssemblée semblait elle-même lireasée d*ett finir avec ses travaux. £Ue vota rapidement la loi sur le conseil d*É(at, qni lui {lermeUait de cboînir dans son propre seiu les membres de ce conseil, et la loi électorale , qui eidoait de la représentation nationale left fonctionnaires publies. Pendant ce temps , il se pas- ^ait de graves événements au dehors. Le roi Chartes-Albert avait entrepris, avec l'aide des seuls Italiens , d'afTraitcliir la patrie commune de la domination étrangère. Mais Taccord , si Décessaire au moment du danger suprême, leur manquait absolument. Le parti modéré voulait rindépendance de la liante Italie avec une monarchie constitutionnelle : il succomba à la journée de Novare. L'Italie centrale était an pouvoir des républicains : ils avaient formé une CousUluante, qui , le 8 février 1849, déclara ^ie IX, alors retiré à Gaëte, déchu de tous ses droits comme prince temporel. A la nouvelle de ce qui fe passait en Italie, l'Assemblée adopta» 'e 31 mars, la résolution suivante, ainsi formulée : « L'Assemblée nationale déciare que si, tKwr mieux garantir l'intégrité du territoire piémontais, et mieux sauvegarder les intérêts ^ l'hooneur de la France, le pouvoir exécutif croit 'ifToir prêter à ses négociations l'appui d'une ocespation partielle et temporaire en Italie, il trouvera dans TAssembiée le pins entier concours ». Cette résolution fut appuyée par une loi : 17 avril ) qui accordait le crédit nécessaire (1), pour l'entretien sur le pied de guerre , pendant trois mois, du corps expéditionnaire de la Méditerranée. C'est à la suite de ce vote et en présence d<i l'intention qu'on supposait à l'Autriche et à ^aples d'envahir les États-Romains, que l'expédition de Rome fut résolue. Les troupes françaises •débarquèrent le 26 avril à Civita-Vecchia : leur commandant en chef (POjf. Oudinot) essaya de Calmer les esprits dans une proclamation pacifique ^ conciliatrice, adressée aux habitants des États Romains. La Constituante romaine y répondit par DQ cri de giierre, se déclarant décidée, pour sanver » République, à repousser la force par la force. L'atUqne qui suivît ce défi ( 20 avril) ne fut pas hearense : l'armée française éprouva une réilstance inattendue. Vivement impressionnée PV les nouvelles de Rome, l'Assemblée nationale, P*r son vote du S mai , mvita le gouvernement ^ ^ prendre sans délai les mesures nécessaires J^r que Texpédition d'Italie ne fût pas plus longi«JI» détournée du but qui lui était assigné ». . «aïs ce dtff, PAssemUée ne l'avait jamais "Uiqué, et en ne le faisant pas, elle manquait

(i)13a iBiuioB deux eeat mille francs.

à tous ses devoirs, puisque c'était elle qui avait pris l'initiative de riutervention en UaÛe. Le pré^dent de la République, voyant rbonoeor militaire engagé, sempressa d'envoyer deA re»torts, et terminait sa lettre an général Oudinot par ces mots : « Dites à vos soldats qne j'apprécie leur bravoure, que je partage leurs peiaM et qu'ils pourront toujours oenpter sur mon appui et ma reconnaissance ». Eu mènoe temps il fit partir un diplomate |)Our tenter un aeoommodemcnt. Cette démarche ayant échoué, le général Oudinot reçut, le l«r juin, l'ordre d'entrer k Rome de gré ou de force. L'entrée des Français à Rome eut lieu le 3 juillet. L'armée laissa aux habitants le soin de préparer eux-mêmes le retour de Pie IX. Le^ cardioanx reprirent aussitôt l'autorité ; et , comne ils annonçaient hautement les projets les plus réac* tionnaires dans une proclamation où n'était pas même mentionné le nom de la France, le prince président écrivit au colonel £dgar Ney, son officier d'ordonnance, qui se trouvait en mission à Rome, cette lette mémorable du 18 août : « La République française n'a pas envoyé une armée à Rome pour y étouffer la liberté italienne, mais, au contraire, pour la régler en la préservant contre ses propres excès, et pour lui donner une base solide en remettant sur le trùne pontifical le prince qui le pren)ier s'était placé hardiment à la tête de toutes les réformes utiles. J'apprends avec peine qne les intentions bienveillantes du Saint-Père, comme notre propre action , restent stériles en présence de •passions et d'influences hostiles. On voudrait donner comme base à la rentrée du pape la proscription de la tyrannie. Dites de ma part au général Rostolan qu'il ne doit pas permettre qu'à l'ombre du drapeau tricolore on commette un acte qui puisée dénaturer le caractère de notre intervention. Je résume ainsi le pouvoir temporel do pape : i4mnt5/ie générale, sécularisation de Vadministration , code Napoléon f et gouvernement libéral, '» — Ces lignes traçaient enfin le but d'une expédition que le pouvoir exécutif n'avait pas fait naître, mais qu'il avait dft accepter du pouToir législatif.

L'Assemblée constituante avait disparu : le 28 mai 1849, elle avait cédé la place à l'Asseiablée législative, sortie des élections dn 13 mai. Ces élections avaient fourni, outre on certain nombre d'anciens représentants, beaoconp d'hommes nouveaux on appartenant aux anciens partis monarehîques : éléments liétéroclites, qui se donnaient eux-mêmes les noms de rouges et de blancs , et qui dès les premières séances marquèrent, en sens contraire tout leuréloignement pour la République telle que la voulait h constitution* Édifié sur les tendances de l'Assemblée législative, le prinœ président n'avait qu'à en surveiller tranquillement les évolutions, tou- } jours l'œil fixé sur la volonté de la nation. 11 con-

senra le cabinet du 10 décembre, arec quelques modifications qui témoignaient do nouTeau de sod esprit conciliateur (1). Après la vérification des pouvoirs et la constitution du bureau où Ton retrouve, assis au fauteuil de la présidence, M. Dupin atné, Tancien président de la chambre des députés, le président de la République adressa, le 7 juin, k l'Assemblée, conformément aux termes de la constitution, un message exposant Tétat général des alTaires du pays. Apres y avoir rappelé que les circonstances ne lui ont pas encore permis d'accomplir toutes les améliorations promises, il insiste sur la nécessité de s'entendre, R afin de faire renaître la confiance là où la crainte et la défiance du lendemain ont produit la stérilité. ».... R Pour atteindre en partie ce but, ajoute le message , le gouvernement n*a eu qu'à suivre une marche ferme et résolue, eu montrant à tous que, sans sortir de la légalité, il emploierait les moyens les plus énergiques pour rassurer la société. Partout aussi il s'efforce de rétablir le prestige de rautorité,en mettant tous SCS soins à appeler aux fonctions publiques les hommes qu'il jugeait les plus honnêtes et les plus capables, sans s'arrêter à leurs antécédents politiques. C'est encore afin de ne pas inquiéter les esprits, que le gouvernement a dû ajourner le projet de rendre la liberté aux victimes de nos discordes civiles. Au seul mot d'amnistie, l'opinion publique s'est émue en sens divers; on a craint le retour de nouveaux troubles; néanmoins j'ai usé d'indulgence partout où elle n'a pas d*inconvénient. Les prisons se sont déjà ouvertes à quinze cent soixante-dix transportés de juin, et bientôt les autres seront mis en liberté sans que la société ait rien à en redouter. » —Passant ensuite en revue les différents services de l'État, il termine par ces belles et sages paroles : « La prindpale mission du gouvernement républicain, c'est d'éclairer le peuple par la manifestation de la vérité, de dissiper l'éclat trompeur que l'intérêt personnel des partis fait briller à ses yeux. Un fait malheureux se retrouve à chaque page de l'histoire : c'est que plus les maux d'une société sont réels et patents, plus une minorité aveugle se lance dans le mysticisme des théories. Après 89, ce n'était pas pour les idées de Babeuf, ni detd autre sectaire que la société fut bouleversée , mais pour l'abolition des privilèges, pour la division de la propriété, pour l'égalité devant la loi, pour l'admission de tous aux emplois. Kh bien ! encore aujourd'hui, ce n'est pas pour l'application des théories inapplicables ou imaginaires que la révolution s'est accomplie, mais pour avoir un gouvernemcut qui, résultat de la volonté de tous, soit plus intelligent des besoins du peuple et puisse con-

duire, sans préoccupations dynastiques, les destinées du pays. Notre devoir est donc de faire la part entre les idées fausses et les idée^^ vraies qui jaillissent d'une révolution; puis, cette séparation faite , il faut se mettre à la tête des unes et combattre courageosemeat les autres. U vérité se trouvera en faisant appel à toutes les intelligences , en ne repoussant rien avsnt <te l'avoir approfondi, en adoptant tout ce qui aon été soumis à l'examen des hommes compétents et aura subi l'épreuve de la discussion... J'appelle sous le drapeau de la République et sur le terrain de la constitution tous les hoffiiiie> dévoués au salut du pays; je compte sur leur concours et sur leurs lumières pour m éclairer, sur ma conscience pour me conduire, sur U protection de Dieu pour accomplir ma mission. •• Dans ce message, clair et précis, le président de la République exposait avec une égale franchi» ce qu'il avait fait, ce qu'il aurait voulu fah-e, e( ce qu'il promettait de faire, avec le concours d'hommes intelligents et intègres, choisis daas tous les partis. La suite devait prouver qu'il es»! inutile de parler à qui ne veut rien entendre.

Les affaires de Rome avaient encore ajouté aa\ divisions intestines de l'Assemblée. Tandis que rextrênio gauche foi mutait (séance du il joli 1849), par l'organe de Ledru-RoUin , un acte d'accusation contre le président de la R<^ blique et ses ministres pour avoir violé la cuDà* titution en intervenant à Rome, la majorité émit un vote approbatif pour cette n^me iiiterventioB qui était, comme chacun le savait, l'oeuvre de la Constituante. Un appel à l'insurrection, Uocé du haut de la tribune, fut suivi de l'échauffourée du 13 juin, promptement réprimée (l). La majorité de l'Assemblée profita de l'occasion poar

(t) M. Diiraare, aneiea ministre du ^néra) Carat^nac, rcBnplaça M. Léon Faucher au ministère de l'intéricnr; MM. l.anJulaaU et de Tocquc ville, l'un du centre CroM, l'autre du centre gauche, snecédèrent à M. Balfet et à M. Drouyn de Lhuys.

mettre Paris en état de siège, suspendre le droit de réunion, interdire le colportage des journaux, rapporter plusieurs décrets du gouvernement provisoire; en même temps elle vota toutes les autorisations nécessaires pour arrêter et poursuivre ceux de ses membres qui pouvaient être inculpés dans la journée du 13 juin. Le moment était venu de voir de plus pré» l'atliludc du pays dont chaque parti invoquait la souveraineté. Dès le commencement de juillet 1849, le président de la Républfque entre|Mrit un voyage dans les départements. 11 visita d'abord les principales villes du nord et de l'ouest. A Chartres, il assista à l'inangiu-ation do cb^ min de fer; à Amiens il distribua des drapeaux à la garde nationale; à Ilam il visita la forteresse, naguère témoin de sa captivité. « Je ne saurais, disait-il en répondant au toa.<t du tnaire, me glorifier d'une captivité qui avait pour cau^e l'attaque contre un gouvernement régulier. Quand on a vu combien les révolutions les plus jaMes entraînent de maux après elles, on comprend ^ peine l'audace d'avoir voulu assumer sur soi U

[i] Voy. les articles Ledru-Rollih et CBAKGAaau-^'

terrible responsabilité d*uD cliangement. Je ne me piaios donc pas d'avoir expié ici, par an emprisoDnement de six années, une témérité contre le» lois de ma patrie, et c'est avec bonheur que dans les lieux mêmes où j'ai souffert, je vous propose un toast en Tlionneur des hommes qui sont déterminés, malgré leurs convictions, à respecter les institutions de leurs pays. » Rouen, Elb«uf, Saumur, Tours, Angers, Mantes, lai otfrirentdes banquets. Dans les discours qu'il prononça, il rappelait avec beaucoup d'à-propos les principaux soQTenirs historiques de ces localités. 11 visita ensuite Épernay et Sens, et fut de retour au palais de l'Elysée le 13 septembre, pour la distriiMilion des récompenses anx artistes de l'Exposition de 1849, voulant user « de la plus douce prérogative du pouvoir, qui est d'encourager le mérite partout où il se rencontre ».

Pendant les ravages du choléra qui, pour la seconde fois, désolait l'Europe, l'Assemblée législative prorogea ses séances du 1 1 août au 1er octobre. A sa rentrée , elle approuva, en volant divers crédits supplémentaires, la politique du gouvernement dans la question italienne. Ces votes étaient la réponse de la majorité aux ordres du jour impliquant un blâme, proiH)sé par la gauche. Durant les débats sur les arfaires de Rome, on remarqua le silence des ministres au sujet de la lettre du prince président à M, Edgar Mey : ils semblaient en décliner toute responsabilité. Cette même lettre, à laquelle le motu proprio de Pie IX ne donna qu'une satisfaction illusoire, devint de la part de la droite un objet de dédaigneuses railleries. Cet ensemble d'incidents amena la dissolution du cabinet Odilon Barrot, qui fut remplacé par le mioislère du 31 octobre (i). Le pré.<tident de la République s'en expliqua clairement dans le message qu'il envoya, le même jour, à l'Assemblée. « Dans les circonstances graves où nous nous trouvons, y disait-il, Taccord qui doit régner entre les différents pouvoirs de l'État ne peut se maintenir que si, animés d'une confiance naturelle, ils s'expliquent franchement l'un vis-àvis de l'autre. « Indiquant ensuite les motifs qui Tont déterminée changer le ministère, il ajoute : ^ Pour raffermir la République menacée de tant de côtés pav Tanarcbie, pour assurer l'ordre plus efficacement qu'il ne Ta été jusqu'à ce

(1) Ce nonresa cabinet se composait de BI. Ferd. narrot i l'intérieur ; M. Achltle Fonld. aux finances; M. Rou* h^r. à la )oittce; M. de Parlen, S l'InatrucUon publique. M. Ouniaa, à l'agriculture et au commerce; l'amiral Ro- Ma DestoMé.', à la marine -, M. Bineait, aux Iravaoi pu- ^pc<; le général Lahitte, aux affaires étrnngdres. Ce dernier ne prit son portefeuille que le 17 Dovcrobre. M. de IbyDeral, ambassadeur à Naples.jo'ajraut pasaecepte le Qtoisièrc des affaires étrangères, rinlcrim en avait été confié au général d'Haatpool. LelS mars suivant, M.Barocbe remplaça^!. F. Barrot à l'inlérleur. Ce fut sous le mlnKtère du si ortobre qu'on acheva d'épurer le personnel administratif et des parquets, et que furent votées " loi temporaire relative aux InntUuteurs comronnaiix |i>)aQv. isso) et la loi organique sur l'enseignement prl- Bi»ire et secondaire (19 lanv.,S6 février et 15 mars).

jour, pour maintenir à l'extérieur le nonn de la France à la hauteur de sa renommée, il faut des hommes qui, animés d*un dévouement patriotique, comprennent la nécessité d'une direction unique et ferme, et d'une politique nettement formulée ; qui ne compromettent le pouvoir par aucune irrésolution y qui soient aussi préoccupés de ma propre responsabilité que de la leur, en action comme en paroles.» Enfin, les lignes suivantes s^adressaient plus particulièrement à la majorité des électeurs, à la nation, au vrai souverain : « Sans rancune contre aucune individualité, contre aucun parti, j'ai laissé arriver aux afTaires les hommes d'opinions les plus diverses , mais sans obtenir les heureux résultats que j'attendais de ce rapprochement. Au lieu d'opérer une fusion de nuances , je n'ai obtenu qu'une neutralisation de forces. L^unité de vues et d'intentions a été entravée, l'esprit de conciliation pris pour de la faiblesse. A peine les dangers de la rue étaient-ils passés, qu'on a vu les partis relever leur drapeau, réveiller leurs rivalités et alarmer le pays en semant l'inquiétude. Au milieu de cette confusion, la France inquiète, parce qu'elle ne voit pas de direction, cherche la main, la volonté, le drapeau de l'élu du 10 décembre. Or, cette volonté ne peut être sentie que s'il y a communauté entière d'idées, de vues, de convictions entre le président et ses ministres, et si l'Assemblée elle-même s'associe à la pensée nationale dont l'élection du pouvoir exécutif a été l'expression. Tout un système a triomphé au 10 décembre; car le nom de Napoléon est à lui seul tout un programme; il veut dire : à l'intérieur, ordre» autorité, religion, bien-être du peuple; à l'extérieur, dignité nationale... La lettre d'une constitution a sans doute une grande influence sur les destinées d'un pays, mais la manière dont elle est exécutée en exerce une plus grande peut' être. »

Ce message fut, comme on devait s'y attendre, accueilli par l'Assemblée avec une froideur qui déguisait mal ses rancunes ; elle allait bientôt y répondre par des actes de la plus haute gravité.

En novembre 1849 eut lieu devant la cour de justice de Versailles le procès des principaux chefs de la journée du 13 juin. Trente membres de la gauche de l'Assemblée y furent condamnés. Vers la même époque, comme pour tempérer ce que ces condamnations pouvaient avoir de rigoureux, le président de la République rendit à la liberté et à leurs familles treize cent quarante et un insurgés de juin 1848. Cette mesure d'humanité fut vivement blâmée par les anciens partis. Ceux-ci devinrent bien plus mécontents encore à la suite des élections partielles du 10 mars et du 28 avril 18âO, qui amenèrent sur les bancs de l'Assemblée plusieurs républicains ardents. Aussi , dès le 2 mai 1 860, 11 se forma une commission pour restreindre le siif-

frage universel (1). C'est de là que sortit, après des discussions ora^çeuses, la fameuse loi du 31 mai, aux termes de laquelle Texercioe du droit d'électeur était soumis à trois ans de domicile dans la commune ou dans le canton. « Cette loi, s'écriait M. de Lamartine, est on coup d'État par interprétation, v — « C*est une violation de la constitution », ajoutait le général Cavaignac — R C'est une mutilation du suffrage universel », ajoutait M. Victor Hugo. — « Personne, répondit M. Tkiers, ne songe à attaquer le suffrage universel, à éloigner le peuple de rnme électorale; c'est la vUe multitude que la loi veut écarter; ce sont les mauvaises blouses, ces ouvriers nomades, toujours dociles au root d'ordre qu'ils vont prendre au cabaret. »

Dès ce moment la Intte était engagée, lutte opiniâtre, bniyante, acharnée, entre les partis extrêmes dont aucun ne voulait de la République selon la lettre et V esprit de la constitution. A part quelques républicains modérés, c'était là le seul point sur lequel ils se trouvaient d'accord.

La loi do 31 mai, en restreignant le suffrage universel , attaquait indirectement Télu du 10 décembre. Les débats qui s'ouvrirent, quatre jours après, sur la demande d'un crédit supplémentaire pour frais de présidence , ne devaient plus laisser aucun doute à cet égard. Sur la demande du ministre des finances de porter les frais de représentation à trois millions, le traitement restant fixé à 600,000 fr., l'Assemblée nomma d'abord une commission qui substitua au projet du gouvernement une proposition toute différente, tendant à allouer seulement une somme de 1,600,000 fr. pour dépenses faites en 1849 et 1850, par suite de l'installation du président. Cette proposition équivalait è un rejet. La gauche se montra, en cette circonstance, moins hostile que la droite, qui n'avait pourtant guère lésiné avec d'autres gouvernements. « Si vous voulez donner, disait M. Mathieu (de la Dr6me), ne marchandez pas ; si vous voulez refuser, n'humiliez pas; la dignité du pouvoir y perdrait et vous n'y gagneriez rien. » La minorité de la commission proposa alors un amendement qui ne fut adopté qu'à une faible majorité et grâce encore à l'intervention do général Changamier. Le mois suivant, l'Assemblée nomma ( 20, 23 et 25 juillet) une commission de permanence, charigée de surveiller la marche des affaires et de convoquer l'Assemblée dès l'apparition de quelque symptôme grave (2). C'était faire une

(t) Cette conintiitlon était compotée de MM. Beaotit 4'Azy, Berryer* Bengnot. de Broglle, Buffet . de Ciissseloup-Laubat , Daru. Léoo Faucher, Jules de U«teyrie, Mole, de Montalembert, de Mootebello, Pbcatory, de S«ze, de Salat-Prlest, Tbiert, de VaUmeanlI.

(S) Cette comiDlMlon était composée de MM. OdiloB Barrot, Jules de Lasteyrie, Mooct, général de Salnt-Priest, général Changamier, OItTler, Berryer, Kettement, Mole, général Laortsloo, générai Lanuriclérc, Beugnot, de Mornay, de Hontebello, de r£tpinasse , Crelon, Ru- Ihlèrcâ, Vésln, Léo de Uborde, Casimir Périer, de Crou-

réponse passionnée au président qui avait déclaré vouloir diriger lui-même le pouvoir, puisqu'il en avait la responsabilité. Enun mot. la loi dn 3i mai, jointe à l'établissement de U commission de permanence, fut , comme on l'a dit, un souflet législatif, appliqué à la fois sur la joue des électeurs et sur celle de Téia do 10 décembre. Cette situation tend'je devait finir par on coup de tonnerre. Mais n'anticipons pas sur les événements; laissons les partis, aveujdes instruments de leurs passions, s'agiter^^sous l'ail de celui qui voit juste et loin (1).

Après avoir établi la commission de pera»nenoe, pour veiller au sahit de la RépuUiqiK, commission où ne- figurait aucun rëpublicaia. l'Assemblée se prorogea du 1 1 aoM nu 1 1 oovembre i8S0. Les chefs de la droite profitèresl des loisirs qu'ils s'étaient donnés pour (aire dei pèlerinages à Claremont et à Wiesbadra, avouant liantement leors projets de fusion de la branche cadette avec la branche aînée àf% BouHxMis. Dans le même intervalle le président reprit sa tournée dans les départements. Le 1 2 août il arriva à Dijon, et le 1 5 il vint à Lyoo inaugurer la statue équestre de Napoléon T', (Ouvre remarquable do comte de Nieuwerkerke. Le 22 il était à Strasbourg et le 3 septembre i Cherbourg. Aux banquets qu'on lui offrit dans diacune de ces villes, il ae fit entendre que (les paroles de conciliation. Après s'être mtâ en l'apport avec la nation dans ses principaux ceotrès industriels et commerciaux, il voulut ausn se montrer à l'armée , qu'il commandait aox termes de l'article 60 de la Constitution. Les revues militaires de Saint-Manr et de Satory (octobre 1850) émurent la commission de permanence, parce qu'aux acdamatîons qui y avalent accueilli le président de ht République s'étaient mêlés quelques cris de « Vive l'ËoipO' renr ! » et parce qu'il avait jugé à propos d'éi loigner de Paris le général Neomayer, i la suite d'un ordre du jour, où ce général interdisait à sa brigade les cris parfiiitement constitutionnels do Vive le Président I Vive Napoléon ! Le lendemain de cet incident le général Changamier adressa anx troupes placées soos son commandement cet ordre du jour laconique : « Aux termes de la loi, l'armée ne délibère point; aux termes des règlements militaires, elle doit s'abstenir de toute manifestation et ne proférer aucun cri sous les armes^ » De son côté, la commission de permanence continuait à montrer de vives alarmes; elle pariait de complots contre sa sûreté et Insistait bur la dissolution de la Société du 10 décembre, qui pas* sait pour prendre ses mots d'ordre au palais de l'Elysée. Ce fut dans ces drconstances que le

tellliea, Druet-DesTaax, ComlMrel de L^yr*!- Canoo et Chambolle.

(1) Ces paroles '«ont de Béran^er. da poSte naHoaaIi que nous avons ea l'honnear de eonnaitre saaez inHaement dans les dernières années de sa vie : 11 les avait prononcées en parlant un Jour de la politique de Napoléon IlL

président envo)a, le 12 novembre, le message où , après le oonipte-rendii des différeots serrioes publics, on lit, vers la fin, les passages saivaoti : « Encore émue des dangers que la société a couriu, la France reste étrangère aui querelles de partis ou d'hommes, si mesquines <M présence des grands intérêts qui sont es jeu... L'incertitude de ra?enir fait naître bien des appréhensions, en réveillant bien des espénaces. Sachons tous faire à la patrie le sacrifice de ces espérances et ne nous occupons que de ses btérdts. »

L'attitude du général Cbangamier vis-à-vis (lu pouvoir exécutif, attitude que firent encore mieux ressortir les discussions de TAssemblée, amena, le 9 janvier 1851, la révocation de ce général de son double commandement •>Q chef des gardes nationales de la Seine et de I année de Paris. Un décret présidentiel, en date <!u même jour, modifia la composition du nûnistére, en appelant M. Drouyn de Lhuys aux affaires étrangères, le général Regnaud Saintieau d'Angely à la marine et aux colonies, M. Magne aui travaux publics (1). L'Assemblée ^e inootra vivement irritée de la destitution du ;:éoérai Cbangamier, que les partis royalistes espéraient voir jouer le rôle de Monk. Dès le ieodemain (10 janvier), elle nomma, sur la pro- [«sition de M. de BÏémnsat, une commission ciiargée de la renseigner sur les tendances du gouvernement et de lui soumettre les résolutions qoe les circonstances pourraient exiger* C'était QKUre le pouvoir exécutif ouvertement en su»pieioQ. Le il janvier, la commission législative denuBda, par Toiigane de son rapporteur, M. Ufijuioais, Timpression des procès- verbaux ^ )a commission de permanence , et le U, elle présenta un rapport tendant à blâmer le ministère par un ordre du jour motivé. Après des débats orageux, qui remplirent les séances des 1^, ir> et 17 janvier, l'Assemblée adopta, à la niajorilé de quatre cent dix-sept voix contre dsux cent soixante-dix huit, un ordre du jour où elle déclarait « que le ministère n'avait pas sa conûaoce >. Ce vote détermina la retraite du cabinet, qui fut remplacé le 24 janvier par un mù niitère de transition (2) , comme l'appelait le président dans -son message du 24 janvier 1851. * La France, ajoutait-il, commence à souffrir d'un désaccord qu'elle déplore. Mon devoir est de faiw ce qui dépendra de moi pour en préve* Air tes résultats fâdieux. L'union des deux pou- ^oirs est indispensable au repos du pays ; mais, comme la conàtitulion les a rendus indépendants,

(I) MM. Baroche , mlnlatre de Ilnlérinir, Roaher, mlnwtre de la lontlce, et A. Foald, mioUU-e des flaancei. eoni«rTj|cni leur» porterenlUeft.

, '^^ Ce ministère était composé de MK. de Royer à la \'-^'\Cf, Breoler aux affairra ftrangèrrs, Ir g^nénil RaodOD - |J i^uerre, le coDlre-amiral Valllaat a la marine et aux r^'lonles, Valsae k l'intérleor, Magne «us travaux pull ■<». Schneider à ragrtcullure et an commerce, Giraad à liosUucUoo pabUque, de Germlnj aux financei.

NAPOLEON m 448 (W)

la seule condition de cette union était une confiance réciproque. »

Pour toute réponse, l'Assemblée rejeta la demande d'un crédit supplémentaire de 1 ,800,000 fr. pour frais de> représentation de la présidence. Aussitôt on vit s'ouvrir des souscriptions nationales en faveur du président de la République; mais celui-ci les refusa par une note insérée au Moniteur, Toute réconciliation entra le pouvoir exécutif et l'Assemblée législative était devenue impossible. Le premier, s'il avait appris à connaître ses ennemis , devait savoir aussi où était sa force.

D'innombrables pétltioM arrivèrent à l'Assemblée : elles demandaient la prolongation dee pouvoirs de Louis-Napoléon et la révision de la constitution , notamment de l'article 45, relatiT à la réélection du président. Depuis le 5 mai , elles se succédaient avec une telle rapidité qu'en deux mois le nombre des électeurs signataires atteignit le chilTre de deux millions. Mais pour faire donner immédiatement suite à ces pétitions , il aurait fallu braver i'iiostilité évidente du pouvoir législatif. 11 était donc sage de se résigner et d'attendre, en mettant toute espérance en la sympathie du pays. Aussi, après avoir changé, te 10 avril (i), son ministère, le président de la République reprit-il ses tournées dans les départements. A Dijon, le l*^** juin 1851, à l'occasion de Tinauguration du diemin de fer, il se plaignit hautement des manœuvres des partis : « Si mon gouvernement, disait-il, n'a pas pu réaliser toutes les améliorations qu'il avait en vue, il faut s'en prendre aux manœuvres des factions qui paralysent la t)onne Tolonté des assemblées comme celle des gouvernements les plus dévoués au bien public... La France ne veut ni le retour à l'ancien régime, quelle que soit la forme qui le déguise, ni l'essai d'utopies funestes et impraticables. C'est parce que je suis l'adversaire naturel de l'un et de l'autre, qu'elle a placé sa confiance en moi. S'il n'en était pas ainsi, comment expliquer cette toudiante sympatliie, qui résiste à la politique la plus dissolvante et m'absout de ses ^ufTrances? » A Poitiers, également à l'occasion de l'inauguration du chemin de fer, il prodama Texpresslon de la Tolonté nationale comme le seul moyen de salut « J'envisage, dit-il , l'avenir du pays sans crainte , car aon salut viendra toujours de la volonté du peuple, librement exprimée, religieusement acceptée. Aussi j'appelle de tous mes vœux le moment solennel où la voix puissante de la nation dominera toutes les oppositions et mettra d'accord toutes les rivalités; car il est bien triste de voir les révolutions ébranler la société , amon«

(i) Ce nottvcaa mlofstère romprenait MM. Roober à la )uillce, Baroclie aux alf^lrcii etranfférr.<, Ctiawcloup- Laubat a la narine, Léon Faucher arintrrleur, Buffet a l'agricuUore et au commerce, de CrouselUiea à i'iliitrucUon publique, A. Fould aux flaances.

celer les ruines, et cependant laisser toujours debout les mêmes passions, les marnes exigences, les marnes éléments de trouble. » — A BeauTais, le 6 juillet, lors de Tinauguration de la statue de Jeanne Hachette, il laissa tomber cette parole fatidique : « II est encourageant de penser que, dans les dangers extrêmes, la Pro- Tidence réserve souvent à un seul d*étre rinstmment du salut de tous. »

L'accroissement de popularité, que le prince président rapportait de ses voyages, causa un grand dépit à l'Assemblée. Le discours de Dijon provoqua de vives interpellations, et on en fit courir plusieurs versions divergentes : le ministère se retrancha derrière le texte do Monû teur (1). Dans les discussions orageuses qui s'engagèrent sur les pétitions du pays, les orateurs se montrèrent bien plus préoccupés du triomphe de leurs partis que des intérêts de la France, et les représentants qui, d'accord avec les électeurs pétitionnaires, demandaient la révision de la constitution, furent loin d'obtenir la majorité fixée par Tarticle 111. Ce rejet, qui infligeait en même temps un biftme au ministère, produisit une grande émotion dans les départements : presque tous les conseils généraux (84 sur 86 ) et l'immense majorité des conseils d'arrondissements protestèrent plus ou moins explicitement contre le refus de l'Assemblée de reviser la constitution.

Dans ce conflit entre le pays et ses mandataires, il n'y avait qu'une résolution à prendre : rétablir le suffrage universel dans son intégrité. C'est ce que fit le président de la République en provoquant directement l'abrogation de la loi du 31 mai, « la machine la plus infernale pour allumer, comme on Pavait dit, sur tous les points de la France, la guerre civile ». Le ministère n*ayant pas voulu s'associer à cette mesure de salut public, le prince président le remplaça, le 26 octobre, par un autre cabinet , composé de MM. de Turgot aux alTaires étrangères, Corbin à la justice, de Thorigny à l'intérieur, Giraud à l'instruction publique, Xavier de Casablanca à ragricuUure et au commerce, Lacrosse aux travaux publics, le général Laroy de Saint-Arnaud à la guerre, Blondel aux finances, Forioul à la marine et aux colonies. Par suite de non-acceptation, M. Corbin fut remplacé, le !•' novembre, par M. Daviel, et M. Blondel, le 23, par M. Casablanca qui céda le ministère de l'agriculture et du commerce à M. Letebvre-Duruflé.

A la rentrée de l'Assemblée, qui depuis le 10 aoiU s'était prorogée après avoir nommé, comme l'année précédente, une commission de permanence, le président de la République lui envoya, le 4 novembre 1851, un message

(1) A rn Jngerpar cc5 tnterpellatloDs, la rersion Traie ■lirait êtÉ : La faute en «tt à V Assemblée nationakt etc., au lieu de : H faut s'en prendre aux manœuvrer des factions, etc.

INA^OLÉON m 448,«)

où il signalait, en termes mesurés, les iaconvénienti de la loi du 31 mai, en roême temps qu'il insistait sur la nécessité de rétablir le suffrage universel. « La loi du 31 mai, difiailiU dépassé le but qu'on pensait atteiadre; personne ne prévoyait la suppression de3roil!iûns d'électeurs, dont les deux tiers sont lul)iUDts paisibles des campagnes. Qu'en estil résulté? C'est que cette immense exclusion a seni de prétexte au parti anarchique qui coarre ses détestables desseins de TappareDce d'an droit ravi et à reconquérir. Trop inférieur en nombre pour s'emparer de la société par un vote, il espère, à la faveur de l'émotion générale etao df clin des pouvoirs, faire naître, sur plusieon points de la France à la fois, des troubles (fà seraient réprimés sans doute, mais qui nooi jetteraient dans de nouvelles ooropiicatioDS.. Aujourd'hui, rétablir le suffrage universel, c'est enlever à la guerre civile son drapeau, à ro|>position son dernier argument. » Dans la ntut séance , le ministre de l'intérieur dépo» un projet de loi qui, reproduisant les disposilioDi de la loi du iô mai 1S49, n'exigeait queiii mois de domicile pour l'exercice du droit électoral ; mais ce projet de loi fut rejeté dans la séance du 13 novembre. En même temps, comme pour appuyer ce rejet, véritable déclaration de guerre contre l'élu du 10 décetnbrrje^ questeurs Lefld , Baze et de Panât déposimt une proposition qui, violant les articles 50 dW de la constitution , tendait à mettre ramée de Paris à la disposition du président de ïkfmblée. C'était le commencement des hostilités. Le président de la République crut dès lors de- Toir prendre des mesures en conséquence. H concentra des troupes, appela le préfet de h Haute-Garonne, M. de Maupas, à U préfedore de police, et le général Magnan au commiode ment de l'armée de Paris. Le 9 novembre, « se fit présenter par le général Magnan y^(fif d'officiers nouvellement arrivés. « Sii«»^*' leur dit-il, le jour du danger arrivait, je ne ferais pas comme les gouvernements qui m'ont précédé, et je ne vous dirais pas : Marches, je J^'Q^ suLs; mais je vous dirais : Je marche, wi'Omoi... » Et, en distribuant, le 26, des récompenses aux industriels français de l'exposili»" de Londres, II laissa échapper ces paroles q"' auraient dû donner à réfléchir : « Comme e«e pourrait être grande la République franç«*<?. s'il lui était permis de vaquer à ses vérital)lo$ affaires et de réformer ses institutions, an li»' d'être sans cesse troublée, d'un côté par les îàtti démagogiques, et de l'autre par les hallucioations monarchiques 1. Tout ce qui est dans J nécessité des temps doit s'accomplir. V'wm seul ne saurait revivre... Ne rcdoutci \>^^^' venir. La tranquillité sera maintenue, quoi qû"^ arrive. Un gouvernement qui s'appuie sur » masse entière de la nation, qui n'a d'autre nwbile que le bien public et qu'anime celte foi a^

dénie qui tous gaide sûrement, même à travers DO espace où il n'y a pas de ronte tracée, ce gouvernement, dis -je, saara remplir sa mission. »

Le dimanche, 30 novembre, les électeurs de la Seine avaient été convoqués pour remplacer à l'Assemblée le général Magnan, appelé au commandement de l'armée de Paris. C'était la première fois que la lot du 31 mai fonctionnait dans la capitale.L'élection se fit d'après les listes du suffrage restreint; les partisans du suffrage uniTersel s'abstinrent. Le candidat des anciens partis monarchiques fut élu; mais il n'eut p«is le temps de paraître à l'Assemblée. Le mardi , 2 décembre, à l'aube du jour, les habitants de Paris, lisaient, affichée aux murs, la proclamation suivante :

Au nom du peuple fiançais.

Le président de la République décrète :

Article 1. — L'Assemblée nationale est dissoute.

Art. 2. — Le suffrage universel est rétabli. La loi du 31 mai est abrogée.

Art. 3. — Le peuple français est convoqué dans ses comices à partir du 14 déc. jusqu'au 21.

Art. 4 . — L'état de siège est décrété dans l'étendue de la première division militaire.

Art. 5. — Le conseil d'État est dissous.

Art. g. — Le ministre derintérieur est chargé «k l'exécution du présent décret.

Fait au palais de l'Elysée, le 2 décembre 1851.

Signé, Logis-Napoléon Bonaparte.

Contresigné f le ministre de l'intéiieur,

de MoRNY.

En 1830, les ordonnances, signées Charles X pt conlre-signées Polignac, firent frémir de colère toute la population parisienne. En 1831, cette même population applaudit presque an coup (ittat du 2 décembre, en ne déguisant pas sa joie de voir renvoyés des représentants , « qui gagnaient si mal leur argent ». Les principaux iiiencurs de la droite et de l'extrême gauche furent an étés de grand matin à domicile et, avec quelques autres, éloignés temporairement du territoire. Le palais de l'Assemblée était gardé par un fort drtachement de tronpes , avec ordre de n'y laisser entrer personne. Quelques représentants ^e la droite, réunis à |a mairie du dixième arrondissement, ainsi qu'un certain nombre de l'extrêrne gauche, revenus de leur surprise, tentèrent, dans quelques quartiers de la capitale , d'orga- Q>!«r la résistance. Mais cet appel à la guerre cHile resta sans écho, et ils furent bientôt forcés «l'abandonner une lutte inégale. A l'attitude calme ^e la population parisienne s'était jointe l'énergie <le8 troupes qui, sous le commandement supérieur <J« généraux Magnan et de Saint-Arnaud , exécutèrent cet ordre laconique : « Que les bons se

^'Msiirentel que les méchants tremblent. » A côté *'es rares défenseurs de barricades tombèrent

NAPOLÉON m 448(«»)

malheureusement aussi quelques promeneurs ou curieux imprudents sous les balles des fortes patrouilles qui devaient balayer les boulevards et les rues adjacentes (1).

Sans doute, on ne peut que condamner l'acte du 2 décembre si on le juge au point de vue de la morale universelle et en dehors des conditions dans lesquelles il avait pris naissance. Mais l'humanité ne se conduit point par des règles absolues : son histoire Patteste. Tout jugement, qui fait abstraction du milieu où s'agitent les passions humaines, est un idéal qui n'a rien de commun avec la réalité : s'il est vrai que les hommes doivent y tendre , il faut reconnaître qu'ils sont loin de l'avoir atteint; et les prendre tels qu'ils devraient être, et non tels qu'ils sont^ c'est perpétuer des équivoques derrière lesquelles se retranche facilement l'ineptie ou la mauvaise foi. Chacun , dans les événements qui se succèdent, a sa part de responsabilité. La majorité parlementaire était d'une bien coupable imprévoyance en violant, par sa loi du 31 mai , la constitution fondée sur le suffrage universel, et en exigeant du président, sons peine de trahison, le maintien d'une République dont elle se souciait si peu ; elle demandait l'impossible à la nature humaine.

Le jour même du renvoi de l'Assemblée, le prince président soumit le jugement de sa conduite à la nation entière. Voici ce qu'il disait dans son manifeste : « L'Assemblée, qui devait être le plus ferme appui de l'ordre, est devenue un foyer de complots. Le patriotisme de trois cents de ses membres n'a pu arrêter ses fatales tendances. An lieu de faire des lois dans l'intérêt général , elle forge des armes pour la guerre civile; elle attente au pouvoir que je tiens directement du peuple ; elle encourage toutes les mauvaises passions ; elle compromet le repos de la France : je l'ai dissoute, et je rends le peuple entier juge entre elle et moi... Je fais donc un appel loyal à la nation tout entière et je vous dis : Si vous voulez continuer cet état de malaise qui nous dégrade et compromet notre avenir, choisissez un autre à ma place, car je ne veux plus d'un pouvoir qui est impuissant à faire le bien , me rend responsable d'actes que je ne puis empêcher, et m'enchatne au gouvernail quand je vois le vaisseau courir vers l'abtme. Si, au contraire, vous avez confiance en moi , donnez-moi les moyens d'accomplir la grande mission que je tiens de vous... Persuadé que l'instabilité du pouvoir, que la prépondérance d'une seule assemblée sont des causes permanentes de trouble et de discorde, je soumets à vos suffrages les bases fondamentales suivantes d'une constitution que les assemblées développeront plus tard : — un chef responsable nommé pour dix ans; — des ministres dépendants du pouvoir exécutif seul ; — un conseil d'État , formé des hommes les plus distingués, préparant les lois et en sou-

ci) ^Oi/.i pont les détails du coup d'ÉUt, les Mémoires de M. Vèron, T. IV.

tenant la discassion devant le Corps législatif; — un Corps législatif discutant et votant les lots, nommé par le suffrage universel, sans 8crutin;de liste qui fausse Télection; — une seconde Assemblée , formée de toutes les illustrations du pays, pouvoir pondérateur, gardien du pacte fondamental et des libertés publiques. » C'était le système créé par le premier consul, dont le pré> sident de la République demandait la sanction au peuple. En même temps, il nomma uife commission consultative, composée d'anciens représentants , qui devint le noyau du futur Sénat.

Appelée à voter par oui ou par non , !a nation répondit, les 20 et 21 décembre, affirmativement à la presque unanimité : 7,481,231 sur 8,165,630 Totants. Ainsi investi de la confiance du pays , le prince Louis -Napoléon promulgua, le 14 janvier 1852, une constitution qui était le développement du décret du 2 décembre, sanctionné par le plébiscite des 20 et 21 du même mois. Cette constitution commence par déclarer qu'elle rèconnaitj confirme et garantit les grands principes proclamés en 1789, et gui sont la base du droit public français. Pendant que les anciennes constitutions s'étaient toujours posées comme absolues et semblaient dire au pays : « Tu n'iras pas plus loin », la constitution actuelle ne devait régler que ce qu'il était impossible de laisser incertain. « Elle n'a pas, dit son auteur, enfermé dans un cercle infranchissable les destinées d'un grand peuple ; elle a laissé aux changements une assez large voie pour qu'il y ait, dans les grandes crises, d'autres moyens de salut que l'expédient désastreux des révolutions. Le sénat peut, de concert avec le gouvernement, modifier tout ce qui n'est pas fondamental dans la constitution ; mais , quant aux modifications à apporter aux bases premières , sanctionnées par vos suffrages, elles ne peuvent devenir définitives qu'après avoir reçu votre ratification. Ainsi le peuple reste toujours maître de sa destinée. Rien de fondamental ne se fait en dehors de sa volonté. »

Ces paroles doivent ouvrir une ère nonrelle dans l'histoire de l'horoanité en consacrant les grands principes du progrès et de la souveraineté des nations.

Par un décret en date dn 26 janvier 1852, le prince président organisa le eonseil d'État, con- Toqua les collèges électoraux pour le 29 février à l'effet d'élire les députés du Corps Kygislatif , créa le 21 mars nne médaille militaire avec dotation, et le 29 mars il déposa, en présence du Sénat et du Corps législatif, la dictature qu'il avait exer. cée pour octroyer et faire fonctionner la nouvelle constitution. Deux mois après la clôture de la session lé^slative (28 juin), il se mita visiler le midi de la France, où il fut accueilli , entre antres, aux cris de Vive l'empire ! Le 20 septembre, il assista à Lyon à l'inauguration de la statue équestre de Napoléon 1er ;• le 25 il posa la première pierre de la cathédrale de Marseille,

et le 9 octobre suivant il prononça à Bordeaux, à l'occasion du banquet offert par la chambrtet le tribunal de commerce, le discours suivanl : R Désabusé d'absurdes théories, le peuple a acquis la conviction que les réformateors prétendus n'étaient que des rêveurs, car il y avaâ toujours inconséquence, disproportion, entre lenrs moyens et les résultats promis. Aujovd'hui la France m'entoure de ses sympatbie>, parce qne je ne sois pas de la famille des idéologues. Pour faire le bien du pays, il n'tsA pas b^in d'appliquer de nouveaux sysCèmes, dbus de donner, avant tout, confiance dans le préseoi, sécurité dans l'avenir. Voilà pourquoi U France semble vouloir revenir h l'Empire.ll estnéanraeb nnecrainte à laquelle je dois répondre. Parent de défiance, certaines personnes se disent : l'Eapire, c'est la guerre. Moi , je dis : l'fmptrf, c*est la paix. C'est la paix, car la France la désire, et lorsque la France est satisfaite, > monde est tranquille. La gloire se lègue bieo à titre d'héritage, mais non la guerre. Est-ce (^ les princes , qui s'honoraient justement d'étit les petits-fils de Louis XIV, pnt recommencé ^ luttes? La guerre ne se fait pas par plaisir, eil<* se fait par nécessité; et, à ces époques de trusition, où partput, à côté de tant d'éléroents àr prospérité, germent tant de causes de mort, oo peut dire avec vérité : Malheur à celui qui lepre^ mier donnerait en Europe le signal d'une collisiaB dont les conséquences seraient incalculables! J'en conviens cependant, j'ai, comme l'emperRir bien des conquêtes à faire. Je veux, comme loi. conquérir la conciliation des partis dissidab et ramener dans le courant du grand fleuve poptilaire les dérivations hostiles qui vont se perdre sans profit pour personne » Le dis<x>ars de Bordeaux semblait la véritable expression de U pensée du chef de l'Étal. Cette pensée, encouragée d'ailleurs par le désir même de la nation, se dessina nettement dans le m€&$a«e adressé le 4 novembre au Sénat. Ce corps y répondit le 7 novembre en votant à l'unaotmil^ moins une voix ( 86 sur 87 votants } le rétaUà* sèment de l'Empire. Le séoatus-eonsuile fat ratifié par le peuple français, convoqué «las» ses comices les 2t et 22 novembre. Près «le huit millions (7,824,189 ) de bulletins, portant k mot oui, formulèrent le plébiscite suivant : « U peuple français veut le rétablissement de U dignité impériale dans la personne de Louis-!<i>* poléon Bonaparte , avec hérédité dans sa dr<cendance directe, légitime ou adoptive, et lai donne le droit de régler l'ordre de sucees&ioa au trône dans la famille Bonaparte, ainéi q^'il est dit dans le sénatus-consolte du 7 novembre. »

L'Empire fut solennellement proclamé If icr décembre 1832 au palais de Saint-Cloud, en présence du Sénat et du Corps législatif. I^ prince Louf^Iïapoléon s'appellera désonnais }UpoLéoN 111, par la grâce de Dieu et la r^

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lonté nationale^ empereur des Français, « Je preods dès aujourd'hui avec la couronne, dit-il daD$ sa réponse aux discours des chambres, le nom de Napoléon IJI, parce que la logique du peuple me l'a déjà donné dans ses acclamations, parce que le Sénat Ta proposé lé^lement, et parce que la nation entière l'a ratifié. Kst-ce à dire cependant qu^en accepteflt ce titre je tombe dans l'erreur reprodiée au prince qui, revenant de Texil, déclara nul et ooD avenu tout ce qui s'était fait en son absence? Loin de moi un semblable égarement! iKoo-seulement je reconnais les gouYemements qui m'ont précédé, maia j'hérite en quelque sorte de ce qu'ils ont fait de bien on de mal ; car les gouvernements qui se succèdent sont, malgré leurs origines, solidaires de leurs devanders. 9

Par un décret du 18 décembre, l'empereur régla Tordre de succession au trône et célébra, le 79 janvier 1853, son mariage avec liUigéaie- Marie de Guzman , comtesse de Téba , née le 6 mai 1826. Ce fut en annonçant, le 22, le (H-ojet de- ce mariage au Sénat, et au Corps législatif qu'il prononça ces paroles tant remarquées : « Quand, en face de la vieille Europe, on est porté par la force d'un nouveau principe à la hauteur des anciennes dynasties, ce n'est pas en vieillissant son blason et en cherchant à s'introduire à tout prix dans la famille de.s rois, qu'on se fait accepter. C'est plutôt en se souvenant toojoors de son origine, en conservant sou caractère propre et en prenant franchement vis-àm de l'Europe la position de parvenu, titre glorieux lorsqu'on parvient par le libre suffrage d'DD grand peuple. » Paroles diversement appréciées, mais qui montrent que l'Empire représente au moins 1 une des grandes (aces de la Ré- Tolution, régalité.

Toutes les puissants, TAngleterre en tète, s'empressèrent de reconnaître le nouveau gouvernement. L'empereur reçut même, le 28 mars, ttoe députatjon du haut commerce de la cité de Londres , présidée par sir James Duke. Le reste de l'année 1853' se passa sans d'autres événements remarquables.

L'année 1854 s'ouvrit sous de tristes auspices: ^ disette et la guerre d'Orient. L'empereur Gt ions ses efforts pour adoucir le premier de ces deux fléaux et prévenir l'autre. L'insuflisancede la récolte ayant été estimée au chargement d'environ quatre mille navires ( dix millions d'hectolitres), il encouragea la liberté des transactions, ^ délivrant le commerce des grains de toute <^tra?e, et fit adopter par la ville de Paris un système destiné à prévenir, pour la valeur des céréales, ces variations extrêmes qui, dans l'aboodance, font languir l'agriculture parle vil prix du blé, et, dans la disette, font sooflrir les classes nécessiteuses par sa clierté excessive (1).

i| Ct tjftèat, q«e rét»bIlMeB«at de li eMm Se ta

Quant à la guerre d'Orient, elle ne pouvait , pas plus que la disette , entrer dans les prévisions de l'avenir. On sait comment l'empereur Nicolas voulait brusquer l'agonie du grand malade, qui se nomme l'ennpire Ottoman. Après avoir vainement tenté d'associer au partage de cet empire l'Angleterre et la France, il s'abandonna au courant de son ambition : il fit approcher une armée des frontières de la Turquie et vint occuper les Principautés danubiennes. La protection des chrétiens d'Orient et le patronage des lieux saints servirent de prétexte. L^empereur des Français essaya de tous les moyens de conciliation pour conserver la paix. Après s'être concerté avec l'Angleterre, l'Autriche et la Prusse, il fit parvenir à l'empereur de Russie une note destinée à donner une satisfaction commune. Mais le gouvernement russe, par ses commentaires restrictifs, en détruisit tout l'effet, et empêcha ainsi l'Angleterre et la France d'insister k Const4nUnople sur l'adoption pure et simple de cette note coocitiatrice. De son côté, la Porte avait proposé des modifications que les quatre puissances représentées à Vienne trouvèrent acceptables ; mais' elWs ne furent point agréées par la Kussie. Dès lors la Porte, blessée dans sa dignité, menacée dans son indépendance, obérée déjà par ses efforts pour opposer une armée à l'invasion des Busses , aima mieux déclarer la guerre que rester dans cet étatdUncertitude et d'abaissement. Elle avait réclamé l'appui de la France; sa cause paraissait juste : les escadres anglaise et française reçurent l'ordre de mouiller dans le Bosphore. L'attitude de la France vis-à-vis delà Turquie était protectrice, mais passive; Napoléon III ne l'encourageait pas à la guerre : il ne discontinuait pas de faire parvenir aux oreilles du sultan des conseils de paix et de modération, persuadé que c'était le seul moyen d'arrivei* à un accord; ct les quatre puissances s'entendirent de nouveau pour soumettre à l'empereur Nicolas d'autres propositions. En attendant , l'armée russe s'était bornée à repousser, sur la rive gauche du Danube, comme en Asie, les attaques des Turcs. La France et l'Angleterre n'avaient été jusque-là que spectatrices intéressées , lorsque l'incendie de la flotte ottomane par les Russes dans le port de Sioope vint tout à coup les forcer à prendre une position plus tranchée. Il y avait, à l'entrée du Rospliore, trois mille bouches à feu, dont la présence disait assez haut que, si les deux premières puissances maritimes n'avaient pas engagé leur drapeau dans les conflits, qui avaient lieu sur terre entre U Russie et la Turquie, elles se déclareraient immédiatement contre celle qui commencerait l'attaque sur mer. L'événement de Sinope fut donc pour la France et l'Angleterre une provocation inattendue. Peu importe

boataftgerle ne réallult qa*f ncomptétenrat , a été eonronné par la topprewlon de l'échclie mobUe (Jaorlcr iSsl), et par le décret réceni dn n Join 1868, qui prodame, en principe, la liberté de La boulangerie.

que les Torcâ aient voulu ou non faire passer des munitions de guerre sur le territoire russe, il n'en reste pas moins établi que des vaisseaux russes sont venus attaquer des bâtiments turcs dans les eaux de la Turquie et mouillés tranquillement dans un port turc; ils les ont détruits, malgré l'assurance de ne pas faire une guerre agressive , malgré le voisinage des escadres fran* chaise et anglaise. « Les coups de canon de Siiiope, dit Napoléon ill dans sa lettre à Nicolas { 29 janvier 1854) , ont retenti douloureusement dans le coeur de tous ceux qui, en Angleterre et on France , ont un vif sentiment de la dignité nationale. On s'est écrié d'un commun accord : Partout où nos canons peuvent atteindre , nos alliés doivent être respectés. De là, l'ordre donné à nos escadres d^entrer dans la mer Noire et d'empêcher par la force, sll le fallait, le retour d'un semblable événement. De là, la notification collective, envoyée an cabinet de Saint-Pétersbourg pour lui annoncer que si nous empécliions les Turcs de porter une guerre agressive sur les côtes appartenant à la Russie, nous protégerions le ravitaillement de leurs troupes sur leur propre territoire. Quant à la flotte russe , en lui interdisant la navigation sur la mer Noire , nous la placerions dans des conditions différentes, parce qa'il importait, pendant la durée delà guerre, de conserver un gage qui pût être l'équivalent des parties occupées du territoire turc, et faciliter la conclusion de la paix en devenant le titre d*un échange désirable. » L'empereur termina sa lettre par une proposition qui, si elle eût été acceptée, aurait prévenu la guerre. « Si , dit il, Votie Majesté désire autant que moi une conclusion pacitique, quoi de plus simple que de déclarer qu'un armistice sera signé aujourd'hui ; que les choses reprendront leur cours diplomatique ; que foute hostilité cessera, et que toutes les forces belligérantes se retireront des lieux où des motifs de guerre les ont appelées ? Ainsi, les troupes lusses abandonneraient les Principautés, et nos escadres la mer Noire. Votre Majesté préférant traiter directement avec la Turquie, elle nommerait «m ambassadeur qui négocierait avec un plé(ii|K)tentiaire du Sultan une couTention, qui serait soumise à la conférence des quatre puissances. Que Votre Majesté adopte ce plan sur lequel la reine d'Angleterre et mol sommes parfaitement d'accord, et la tranquillité sera rétablie et le monde satisfait. Rien, en efi'êt, dans ce plan, qui ne soit digne de Votre Majesté, ried qui puisse blesser son honneur. Mais si, par un motif diffîcile à comprendre. Votre Majesté opposait un refus, alors la France, comme TAugleterre, serait obligée de laisser au sort des armes et au hasard de la guerre ce qui pourrait être décidé aujourd'hui par la raison et la JQstice. » Rappelant enfin la lettre que l'empereur de Russie lui avait écrite, le 17 janvier t863, et où se trouvait ce passage : « Nos relations doivent être sincèrement amicales, reposer

Vt\

sur le? mêmes intentions , maintien de l'ordre, amour de la paix, respect aux traités et bienveillance réciproque », l'empereur des Fraoçiis donnait clairement à cntentlVe oomliicn son impérial correspondant était resté peu fidèle à a beau programme.

Dans son discours d'ouTerture de la scssioc législative, prononcé le 2 mars f8&4, Napoléon 111 signala tous les efforts qu'il avait fait; pour maintenir la paix et rassurer l'Europe. • Si la France, dit-il, tire l'épée, c'est qu'elle y aun été contrainte... J'aime à le proclamer haolemeut, le temps des conquêtes est passé sans retour; car, ce n'est pas en reculant les limiter dé son territoire qu'une nation peut désormais être honorée et puissante, c*est en se niflUat à la tête des idées généreuses, en faisant prévaloir partout l'empire du droit et de la justice. » Eq même temps, l'empereur s'attachait à faire voir combien il importait de protéger le fait)ie contre le fort et de sauvegarder à la fois l'intérêt de la France, qui s'oppose à une extension iodHioie de l'influence russe à Constantinople. Le cahÎDrt de Saint-Pétersbourg ayant refusé de répondre à l'ultimatum de la France et de l'Angleterre, qui demandaient l'évacuation des Prindiiaatcs dans un délai donné, et de replacer le déroélé avec la Porte dans des termes purement diplomatiques, la guerre fut résolue d*un commun accord.

Un des plus beaux résultats de la cÎTilisatioo c'est que le souverain , qui voudrait aujourdlioi tenter le sort des armes , devra d'abord avoir pour lui la justice, sentiment instinctif des nations éclairées. Dans la guerre qui allait s'oovrir les torts étaient évidemment du côté de la Russie.

L'empereur aurait touIu se mettre lui-roèine à la tête de l'armée, comme il le fit plus tard dans la guerre d'Italie, Mais, à ce moment, une absence prolongée du chef de l'État aurait pu présenter de graves dangers pour la paix de Hatérieur. Il dut donc se borner à suivre attentivement les diverses phases de la guerre d'Orient, et il veilla, avec une extrême sollicitude, à Tapprovisionnement, à la santé et au bien-être des troupes.

Le traité d'alliance, conclu le 10 avril 1854,^ Londres entre l'Angleterre et la France , n'étaK que le corollaire do la convention arrêtée, le 12 mars, à Constantinople entre la reine d'Angleterre , l'empereur des Français et le sultan. Les parties contractantes s'engageaient, 1^ ^ faire ce qui dépendrait d'elles pour opérer le rétablissement de la paix entre la Russie et la Sublime Porte sur des bases solides, et poar garantir l'Europe contre le retour d'aussi rentables complications; 2* à entretenir des foree^ de terre et de mer suffisantes pour atteindre le plus promptement le but indiqué; 3^ à dV- -cueillir aucune ouverture, ni aucunf proposition tendant à la cessation des bostiliiés, et i

n'entrer dans aucun arraDgeroent avec ta cour de Rassie, sans en avoir préalablement délibéré en commun; 4* à renoncer d'avance à ne retirer aucun avantage particulier des événements qdi pourraient se produire. A cette généreuse alliance, dont Napoléon III était TAme, vinrent, le 26 janvier 1855, se joindre le roi de Sardaigne, et le 21 novembre le roi de Suède et de Norw^e. Quant à Tempereiir d'Autriche, oubliant ce qu*il devait à Tépée de Nicolas, il adhéra an traité dès le 2 décembre 1854; mais son intervention, si elle lui attirait la haine de la Russie, n'iétait pas non plus propre, par ses héfifations calculées , à lui concilier les sympathies de la France et de rAngleterre.

Pour resserrer davantage les Hens de la nouvelle alliance, l'empereur fit une visite à la reine de la Grande-Bretagne. Accompagné de l'impératrice, il partit de Pans le 15 avril et arriîa dans la soirée du 16 au palais de Windsor. Les Tilles lec plus considérables de l'Angleterre lai envoyèrent des adresses de félicitations, et ce Tut au banquet offert ( 19 avril ) par la cité de Londres que Teropereur prononça ces paroles qui, dans toutes les conjonctures difficiles, mérileraient d'être mises à l'ordre du jour : « L'An* gleterre et la France se trouvent naturellement d'accord sur les grandes questions de politique on d'homanité qui agitent le monde. Depuis les rivages de l'Atlantique jusqu'à ceux de la Méditerranée , depuis la Baltique jusqu'à la nier Noire, depuis l'abolition de l'esclavage jusqu'aux T(nix pour ramélioration do sort des contrées derEiirope, je ne vois dans le monde moral comme dans le monde politique, pour nos deux nations, qu'une même route à suivre, qu'un même but à atteindre. Il n'y a donc que des inléréts secondaires ou des rivalités mesquines qui pourraient les divisf r. Le bon sens à lui seul nous répond de l'avenir.» L'empereur et Timpératrice étaient de retour à Paris dans la soirée du 22 avril. Quelques jours après, le 28, une tentative d'assassinat causa dans toute la France une pénible émotion : un Italien ( Pia- Qori ), qui avait habité Londres, tira presque ^ hout portant, dans l'avenue des Champs- Ély- >^s, deux coups de pistolet sur l'empereur; heureosement personne ne fut atteint. Lorsque le lendemain le président du Sénat vint le féliciter d'avoir échappé aux coups d'un lâche as- Mssin, l'empereur lui répondit : ■ Je ne crains PAS des tentatives d'assassin. Il est des existences qui sont les instruments des décrets de la Providence. Tant que je n'aurai pas accompli ina mission, je ne cours aucun danger. »

Pour terminer promptement la guerre d*0* rient, la France et l'Angleterre avaient résolu <i'attaqoer la Russie à la fois au nord et au midi. Le 20 avril 1854, une escadre, sous les ordres do vice-amiral Parseval-Deschènes, partit de Brest et vint joindre dans la Baltique l'escadre anglaise, commandée par sir Cli. Napier. Les

Morr. iiocB. c^.ri^. — t. xxxvii.

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instructions de l'amiral français portaient : n S'assurer de la force militaire de Cronstadt, de Sweaborg, de Revel, d'Hango et de Boroarsund ; atteindre la Russie dans sa flotte; détruire ses forts . intercepter ses convois , mais s'abstenir autant que possible d'attaquer des villes ouvertes, des places sans défense; épargner aux propriétés privées tout dommage qui n'aurait pas pour objet direct de réduire les ressources navales et militaires de l'ennemi, et respecter partout les devoirs sacrés do l'humanité. » La dernière de ces instructions de l'empereur fut ponctuellement exécutée. A la première répondirent la reconnaissance exacte des moyens de fortification de Cronstadt, le blocus rigoureux du golfe de Finlande et de la Baltique, enfin, après l'envoi d'un renfort de dix mille hommes sous les ordres du général Baraguey d'Hilliers, la prise de Bomarsund le 16 août, suivie de l'occupation des lies d'AaIand. Cette prise termina la première campagne de la Baltique (0. Le 26 avril 1855, une nouvelle division navale partit de Brest, et joigiut, le 1" juin, dans le voisinage de Cronstadt , l'escadre anglaise commandée par l'amiral Dundas. La flotte combinée, après avoir recounu l'impossibilité de rien tenter contre celte place , causa des dommages réels aux Rosses par le bombardement de Sweaborg et de Helsingfors (du 7 au 11 août).

Pendant que l'empire du tsar était ainsi attaqué au nord, l'armée alliée, forte de 120,000 hommes, sous les ordres du maréchal de Saint-Arnaud et de lord Raglan, lui porta de rudes coups an sud. Après avoir vainement essayé d'atteindre les Russes sur les bords dn Danube, elle se transporta en Crimée. Quatre jours après la prise de Bomarsund eut lieu la bataille de TAIma (20 septembre 1854 ). r Le canon de Votre Majesté a parlé , » dit le maréchal de Saint-Arnaud dans son rapport à l'empereur. « Noos avons remporté une victoire complète. C'est une belle journée, sire, à ajouter aux fastes militaires de la France... Les Russes (sous les ordres de Mentchikoff) ont perdu environ 5,000 hommes. Le champ de bataille est jonché de leurs morts, nos ambulances sont pleines de leurs blessés. L'artillerie russe nous a fait dn mal, mais la nôtre lui est bien supérieure. Je regretterai toute ma vie de ne pas avoir eu seulement mes deux régiments de chasseurs d'Afrique. Les zouaves se sont fait admirer des deux années : ce sont les premiers soldats du monde. » Le prince Napoléon et le duc de Cambridge combattaient dans les rangs de l'armée franco-anglaise. Apre;) la mort du maréchal de Saint- Arnaud, le général Canrobert prit le commandemant en chef des troupes françaises. L'armée victorieuse traversa la vallée de la Tcbemaia, et vint s'établir entre Balaclava et

(t) Après la prSte de Bomarxand.le commandant en ehef Baraguey d'HIlUen fut élevé à la dignité de maréchal de France.

Scb&stopol dont elle entreprit le siège. Les escadres Ke réunirent dans'la baie de Kainiesch. Après les combats de Balada va (3â octobre) et d'iDkerm<inn ( 5 aoTembre ) , où se di.>tingua le généi-al, depuis marécbal Bosquet, tous les efforts furent concentrés sur la réduction de ScbastopoK L'Eurofte suÎTait avec inquiétude les scènes émouvantes de ce long siège, ainsi qae les expéditions ée Kertch et de Kioburn, lorsque Tempereur adressa, le 28 avril 18à5, au f;énéi*al Canrobert nn nouveau f»Uin d'opérations, il exprimait en méine temps le plus \if regret de n'avoir pu, k cause des intérêts plus graves qui le retenaient en France, exécuter lui-même ce plan à la tète de fcs braves troupes. Le 16 mai, le général Pélissier remplaça le général Canrobert dans le commandement en chef. Dès ce moment, les travaux du siège furent poursuivis avec une extrême vigueur. Les troupes alliées avancèrent d'un grand pas en enlevant, le 7 juin, la redoute du Mamelon Tert et la position , dite des Carrières, en avant du grand redan où les Russes avaient établi leur ligne de défense. La journée du 16 août fut signalée par la bataille do la Tchernaïa, qui valut au général Pélissier une lettre de félicitations de Napolt*on IH. « La nouvelle victoire, y dit l'empereur, remportée sur la Tcbernaïa, éprouve pour la troisième fois la supériorité des armées alliées sur l'ennemi, lorsqu'il est en rase campagne... Dites à vos braves soldats, qui depuis plus d'un an ont supporté des fatigues inouïes, que le terme de leurs épreuves n^est pas éloigné. Sébastopol, je l'espère, tombera bientôt sous leurs coups. » tiln effet, moins d'un mois après, le général en chef publia l'ordre du jour suivant : « Sélwstoftol est tombé ; la prise de Malakoff en a déterminé la chute. De sa propre main l'ennemi a fait sauter ses formidables défenses, a incendié la ville, ses magasins, ses établissements militaires et coulé le re»{e de ses vaisseaux dans le port. Le boulevard de la puissance russe dans la mer . Noire n'existe plus. » Ce fut le 8 septembre 1855 que ce boulevard tomba après un siège de trois cent trente jours, commencé et terminé dans des conditions vraiment exceptionnelles. Le général Pélissier reçut à cette occasion le bâton de maréchal et le titre de duc de Maiakofr.

Ce fut au milieu de la guerre d'Orient que 8*ouvrit à Paris l'Exposition universelle. Pendant que l'art <« de tuer le plus de ntonde dans le moins de temps » déployait toutes ses ressources à l'extrémité de l'Europe, les arts de la paix luttaient à qui étaleraient le plus de merveilles au centre de la civilisation. Ce contraste nVchappa point à l'empereur; car, en distribuant, le 15 novembre, les récompenses, décernées aux exposants de tous les pays, moins la Russie, il fit entendre ces nobles paroles : « A la vue de tant de merveilles étalées à nos yeux

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la première impression est un désir de paix. Li paix seule, en effet, (teut développer encore ctî remarqualiles produits de rintelligence humaioe; Vous devez donc tous souliaiter comme moi que cette paix soit prompte et durable. Mais, pour être durable, elle doit résoudre netle* ment la question qui a fait entreprendre la guerre. Pour être prompte, il faut que T Europe se prononce ; car, sans ia pression de l'opioioa générale, les luttes entre les grandes puiiMinctô menacent de se prolonger, tandis que, au coitraire, si l'Eurofie se décide i déclarer qui a toit ou qui a raison, ce sera un grand pas ver» la solution. A l'époque de la civiiisaiion oùaou» sommes, les succès des armées, quelque brillants qu'ils soient, ne sont que |)assagiers ; c'est en définitive l'opinion publique qui remporte toujours la dernière victoire. Vous tous donc qui |)ensez que les progrès de l'agriculture, dt l'industrie, du coiuinerce d'une nation, contribuent au bien-être de toutes les autres, et que lilus les rapfiorts réciproques se muUiplieot, iWus les préjugés nationaux tendent à s'effacer, dites à vos concitoyens , en retournant ùâss votre patrie, que la France n'a de haine contre aucun peuple, qu'elle a de la sympathie ^r tous ceux qui veulent comnoe elle le triomphe du droit et de la justice; dites-leur que, s'ils désirent la paix, il faut qu'ouvertement ils fassent au moins des vœux pour ou contre nous; car, au milieu d'un grave conflit européen, l'indifférence est un mauvais calcul, et le siiesce une erreur. »

Le 25 février 1 856 s'ouvrit à Paris un congrès composé des plénipotentiaires de la France, do ia Grande-Bretagne, de l'Autiicbe, delà Sardaigne, de la Turquie et de la Russie; après dix-huit séances, ils s'entendirent poor signer, le 30 mars, un traité, où la Prusse, qui avait gardé la neutralité, ne fut admise à figurer qu'à titre de signataire des traités de 1841 too* chant les Dardanelles. Aux tennes du traite ik Paris, l'empereur de Russie rendit au snltan U ville et la citadelle de Kars, ainsi que les autres parties du territoire ottoman, occupé par le» trou|)es russes. En retour, les alliés restituère&i à rcmfiereur de Russie les villes et ports àt Sébastopol, Balaclava, Kamiesch, Eupitoria, Kertch, leni-KaIeh, Kintnim, ainsi que tous les autres territoires occupés par eux. La mer Noire fut neutralisée : ouverts à la roarine marchande de toutes les nations, ses eaux «t ses ports devaient être formellement et i perpétuité interdits aux pavillons de guerre àt toute puissance. La liberté de la navigation du Danube fut assurée : ime commission mixte, dans laquelle les signataires du traité afaiect diacnn un délégué, était chargée de désigner t-t de faire exécuter les travaux nécessaires depni» Isatcha, pour dégager les embouchures d» Danube des sables et d'autres obstacles qui les obs^ tnient. Pour mieux assurer la liberté de U

navigation da Danube, Temperenr de Russie cûfiàentit à la recliGcatiuo de sa frontière en Bessarabie : des délégués des puissances contractantes devaient en fixer les détails. Mais, l'article le plus important ( article 9 ) est relatif aux chrétiens qui forment Timmense majorité des habitants de la Turquie d'£uro()e. Cet article est ainsi conçu : « Le Sultan ayant octroyé OD Grman qui, en améliorant leur sort, sans difitioction de religion et de race, consacre ses généreuses intentions envers les populations chrétiennes de son empire , et voulant donner an nouveau témoignage -de ses sentiments à cet égard, a résolu de communiquer aux poi^ sances contractantes le dit firman, spontanément émané de sa volonté souveraine. Les puissances contractantes constatent la haute valent de cette communication. Il est bien entendu qu'elle ne saurait, en aucun cas, donner le droit aux dites puissances de s'immiscer, soit coUcctivenoent. soit séparément, dans les rapports de S. M. le Sultan avec ses sujets^ ni dans Tadministratioa intérieure de son empire. » — Les événements montreront bientôt quelle était la vraie valeur de ce hatti-cliérif, si libéralement octroyé par le Sultan ; on verra en môme temps si ceux qui avaient proposé la dernière clause étaient bien au courant de la situation intérieure de la Turquie.

Les préoccupations de la guerre d*Orient avaient fait oublier qu'un nouveau domaine venait d'être ajouté aux colonies de la France. Le 24 septembre 1833, le contre-amiral Febvricr-Despointes avait pris, au nom de l'empereur, possession de la Nouvelle-Calédonie et de ses dépeadances. Cette lie de l'océan Pacifique, à trois mille lieues de la métropole, est plus grande que la Corse et l'Ile de Sardaigne réunies. Le sol et le climat la rendent propre à la culture de presque toutes les plantes inlertropicales, et bien des bras inoccupés pourront y trouver de remploi, dès que la sécurité de la colonie aura été assurée |)ar la civilisation de la race indigène encore anthropophage, civilisation h laquelle concoure-nt avec zèle les missionnaires. La prise de possession de la Nouvelle-Calédonie produisit One vive émotion dans les colonies anglaise» de rOcéan et porta ombrage au gouvernement de la Nouvelle-Galles du Sud.

Le relations de la France avec l'extrême orient de l'ancien monde ont particulièrement fixé l'attention rie Napoléon 111. La Chine, fvareille à l'ancienne Égypte,uvaitde tout temps essayé d'exclure de son commerce toutes les autres nations du globe; mais, depuis quelques années, cette haine de l'étranger avait dépassé toutes les bornes : les Chinois, dans leurs proclamations , traitaient ouvertement les Européens de « barbares dégoûtants qu'il fallait exterminer ». L'incendie des factoreiies européennes par la populace de Canton, la mise à prix de la tête des Occidentaux, ^ nombreux assassinats, tels furent les résul-

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tats de ces excitations. L'empereur se joignit à l'Angleterre pour se concerter sur les moyens de réprimer tant d'insolence. Si les intérêts de la France dans les mers de la Chine sont moi^s considéralik» que ceux ^ son alliée, l'empereur avait de justes griefs k faire redresser. Le refus opiniâtre des autorités dnnoises de lui accorder satisfaction pour le meurtre du P. Chappedelaine, indignement mis k mort |tar le magistrat de Silin- bien, l'attitude arrogante du vice-roi des deux Kwangs vis-à-vis de son représentant à Macao, les pertes éprouvées par des Français dans l'incendie des factoreries, devaient être des raisons suffisantes pour prendre ()art à la lutte qui se préparait. Le 14 octobre 18ô7, la frégate rAudacieuse vint mouiller en rade de Caslle- Peak-Bay, petit port situé entre Macao et Hong- Kong, au milieu de l'escadre de l'amiral Rigault de Geuouilly. Elle transportait l'ambassadeur extraordinaire de France, le baion Gros, qui se mit immédiatement en rapport avec son collègue, lord £!gin et l'amiral anglais, sir M. Seymour. Les forces alliées se concentrent devant Canton. Les deux ambassadeurs font, auprès du vice-roi Yeh, une dernière tentative pour obtenir, sans le recours aux armes, une juste satisfaction aux griefs de la France et de la Grande-Bretagne. « Nous ne demandons, dit le représentant de l'empereur, rien qui ne soit équitable, rien qui ne soit fondé en droit, et lorsqu'd eu est ainsi , loin d 'humilier celui qm' la donne, cette réparation loyalement faite, l'élève, au contraire, et le rend grand aux yeux de ses concitoyens. » Cet ultimatum fut remis le 12 décembre. Le surlendemain le vice-roi y répondit par un refus formel, accompagné d'un inconvenant persiflage. « La paix, ditil, estsignéepourdix mille ans; pourquoi voulezvous renouveler le traité? Vous n'avez pu jusqu'ici étiblir de magasins dans l'Ile d'Hooan, devant Canton ; comment croyez-vous pouvoir y installer des troupes? » Yeh fut sommé d'évacuer Canton et de remettre cette villt> aux alliés qui la garderaient en gage jusqu'à ce qu'il plût an gouverneu)ent chinois de traiter. Après l'expiration de deux délais , l'ordre de conunencer le bombardement est donné le 28 décembre à six heures et demie du matin. Une pluie de boulets, de fusées, d'obus, tombe sur Canton. Les soldats débarquent et mettent promptement en fuite les troupes taitares. Le 29, à deux heures après-midi, tout est fini : les alliés sont niattres de toutes les positions qui doinioent la ville; les fameux bravi des quatre-vingt-seize villages, si longtemps l'effroi de l'Europe et l'espoir du Céleste Empire , ont disimru , et dans la plaine, hors de la portée du Ginon, on aperçoit les débris dispersés de l'armée chinoise, environ quinze mille hommes campés le long des chaussées des rivières : arrnés cotnme les compagnons de Timour et de Gengiskhan , ils sont loin d'être redoutables comme l'étaient les guerriers de ces conquérants.. La prise de Canton ne

Ue.

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coûta aux Anglais que cent hommes tués ou blessés; les Français n'eurent que trente hommes hors de combat, dont trois morts. Le vice-roi Yeli, le général tartare, le gouverneur de Canton et une multitude de mandarins turent arrêtés dans leurs palais et amenés au camp à travers )a population attérée. On trouva dans les archives de Yeh des documents curieux, qui mettent en lumière l'astuce et la duplicité des Chinois envers les Européens. A la suite de cette victoire, les plénipotentiaires de Russie et des États- Unis se joignirent an représentant de l'empereur des Français et à lord Ëlgin pour inviter, dans une note collective, la cour de Peking à envoyer à Shang-liaî, le 31 mars 1858 au plus tard, des commissaires dûment autorisés pour traiter; faute de quoi , les ambassadeurs des puissances alliées remonteraient au nord et se rapprocheraient de la capitale avec toutes leurs forces , pour peser d'un plus grand |)oids sur les résolutions de la cour de Peking. La cour de Peking accueillit ces ouvertures d'une manière aussi hautaine qu'évasive. Sans daigner y répondre lui-même, le premier ministre Yu allègue les cimtumes de l'Empire pour se délivrer de ce soin et charge le vice-roi de Sou-tchou-foo de faire connaître « aux barbares » les volontés suprêmes du Fils du Ciel. « Les Russes devront se rendre à Temlmocliure du fleuve du Dragon Noir (l'Amour), où on grand mandarin tartare sera envoyé pour négocier avec eux. Quant aux représentants des trots autres puissances, ils n'ont qu'à retourner à Canton , où le nouveau roi doit bientôt aniver, muni de pleins pouvoirs pour traiter. » Aussitôt après cette réponse, la flotte alliée reçut ordre de faire voile pour le golfe de Pelcheli. Les ambassadeurs français et anglais refusèrent de recevoir les commissaires chinois qui, pour entrer en négociation, venaient se présenter avec une simple mission verbale de leur empereur. D'ailleurs, ces commissaires rejetaient d'avance les points sur l'obtention desquels les ambassadeurs alliés devaient le plus Insister. 11 fut donc résolu, d'un commun accord, de se rapprocher encore davantage de Peking. Le 20 mai 1858, la barre du Pei ho est franchie, les forts de l'embouchure de ce cours d'eau sont détruits ou enlevés, et, après avoir mitraillé les batteries de Takou, les ciinonnières angio- françaises continuent leur marche vers Tien -Tsin, à une journée environ de la capitale. Rendu plus traitable, le Fils du Ciel dépêcha deux hauts dignitaires , chargés de pleins pouvoirs. Enfin , le 27 juin, après quinze jours de discussions, fut signé à Ticn-Tsin un traité de paix et de commerce, que l'empereur Hieng-Foung ratifia la 3 juillet suivant. La Chine devait sortir de son isolement séculaire et entrer en relation avec le reste du monde civilisé. Outre la punition du magistrat coupable du meurtre du P. Chappedelaine et les indemnités accordées aux Français dont les magasins avaient été incendiés par la

populace de Canton, deux millions de taâs (environ seize millions de fr.) devaient être payés à la France pour frais de guerre. Le cours du Yang-tzéKiang ou fleuve Bleu cessait d'être fermé au commerce étranger. Six nonveani ports étaient ouverts. Les Français devaient pouvoir circuler librement dans 1 intérieur de l'empire à la seule condition d'être munis d'un passe-port délivré par le consul et visé par l'aatorité locale. Le représentant de la France STiit le droit de se rendre à Peking, à certaiof$ époques de Tannée , pour y traiter Ini-nêine des affaires avec les premiers personnages de l'empire sur le pied de l'égalité. Enfin, un article stipulait expressément que « les membres de toutes les communions chrétiennes jouiraient d'une entière sécurité pour leurs personnes, leurs propriétés et le libre exercice de leur» pratiques, et qu'une protection efficace serait donnée aux missionnaires qui se rendiaieol dans l'intérieur du pays ». Le premier acte de l'ambassadeur français fut d'exiger l'élargissement immédiat des chrétiens , détenus depoi» longtemps dans l'intérieur de l'empire. Le baroo Gros et lord Ëlgin profitèrent du nouTcao prestige que les puissances occidentales veosiat d'acquérir dans l'extrême Orient pour visiter le Japon ft signer, à Yeddo même, des traités de commerce, favorables à tontes les nations.

Pendant que ces choses se passaient daos l'orient de l'Asie , de graves événements se préparaient aux portes mêmes de la France.

Depuis les traités de 1815, l'IUlie était daoi une situation anormale. Les gouvernements s'ea étaient alarmés et avaient , à diverses repriMs» essayé d*y porter remède. Ainsi, immédiatenesC après la révolution de 1848, le chef do cabind anglais conseillait à T Autriche d'affranchir spontanément les populations impatientes da joif qu'on lui avait imposé. Dans une dépèche adressée à l'ambassadeur britannique à Vienne, lord Palmerston déclarait « qu'il n'y av^t aucooe chance pour l'Autridie de pouvoir conserrer d'une manière utile et permanente la haute Itilie, dont tous les habitants sont animés d'une haine invincible contre Tarmée autrichienne*. Entrevoyant les complications d'une guerre eoropéenne, il ajoutait : « Toutes disposées que ponr raient l'être les puissances alliées et amies de l'Aotriche à lui porter secours si elle était menacée dans son existence propre et légilinte en Allemagne, il règne, au sujet de ses prétentions à Im* poser son joug aux Italiens, on sentiment si universel de leur injustice, que ce sentiment pourrait bien avoir pour elTet de la laisser aree bien peu d'aide dans le cas d'une guerre eomnie celle dont je viens de parier. » Les cooseiL^ an ministre anglais n'étaient pas écoutés. Les défenseurs de l'indépendance italienne furent vainqueiirs sur l'Adigc et se rendirent matbes de presque toute la Lombardie. Menacée d'un soulèvement général de ses peuples, l'Autriche IH

entendre des paroles de paix : elle proposa Tindépendance pour la Lombardie , et un gouvernement séparé pour la Vénétie. Malheureusement Milan refusa ces ouvertures, et la journée de Novare vint trancher la question sur le chanop de bataille dans un sens contraire aux aspirations de ntalie. L'Autriche respira, et sa diplonnatie mit tout en œuvre pour prévenir la réussite des négociations entamées.

Cependant Pétincelle, qui couvait sons les cendres, devait tôt ou tard rallumer Fincendie. Le fil& du royal héros de Tindépondance de Tltaiie, le roi Victor-Emmanuel dont les troupes avaient combattu, sous les murs de Sébastopol, à côté de la France et de l'Angleterre, avait été représenté au congrès de Paris : ses plénipotentiaires venaient de s'asseoir à côté de ceux des premières puissances de l'Europe. Le président da cabinet sarde^ comte de Cavour, en prit occasion pour protester de nouveau contre l'extension de l'influence autrichienne dansia péninsule en dehors des stipulations des traités, et il annonçait que « si l'on n'y remédiait point, il pourrait en résulter de graves dangers pour la paix et la tranquillité du monde .» Le président du congrès, comte Walewski, prenant en considération les protesiations de la Sardaigne, crut devoir a|)pelor sur l'état intérieur de l'Italie la sollicitude et l'attention des plénipotentiaires réunis. Lord Clarendon appuya énergiquement les voeux du ministre de l'empereur des Français.

La France, d^accord avec l'Angleterre, ne cessa 'Icpuis lors de s'employer en faveur de l'Italie; mais leurs démarches échouèrent contre une résistance opiniâtre à toute concession. Cet état (les choses fut tout à coup dévoilé par les paroles que Napoléon III adressait, le i^' janvier 1859, au représentant de l'Autriche : « Je regrette, dirait Tempereur au baron de Hiibner, que nos relations avec votre gouvernement ne soient pas anssi bonnes que par le passé; mais, je vous prie de dire à l'empereur que mes sentiments personnels pour lui ne sont pas changés. » Ces paroles eurent un grand retentissement : elles i^eniblaient annoncer un orage, près d'éclater. l^e 7, une note, insérée au Moniteur , démentjt les bruits alarmants qu'on cherchait à répandre; (nais déjà on pouvait pressentir que toutes les tentatives d'une solution pacifique échoueraient. 1^ 10, le discours que le roi de Sardaigne avait prononcé à l'ouverture des chambres vint renouveler les inquiétudes; on y remarquait surtout ce passage significatif : « L'horizon au milieu duquel s'élève la nouvelle année n'est pas l«rfaileraent serein..: Notre pays, petit par son |prriloire, a grandi en crédit dans les conseils de 'Europe, parce qu'il est grand par les idées 'l"il représente, par les sympathies qu'il ins- Pre. » Déjà avant le discours du roi Victor- "«ttïanuel, le journal officiel de.' Vienne avait '^oncé renvoi d'un con)s de 30,000 hommes ^^ Italie; ce nouveau corps portait l'armée au-

trichienne à on chiffre hors de proportion avec ce que pouvait exiger le maintien de l'ordre à l'intérieur. Dans une note adressée aux agents diplomatiques de la Sardaigne, le comte deCavour signalait le danger des traités spéciaux, qui avaient fait des duchés de Parme, de Modène et de Toscane, de véritables fiefs de l'empire d'Autriche, et il repoussait hautement les prétentions de cette puissance à cequele Piémont modifiât ses institutions libérales. « La rive gauche du Tessin présente, dit-il, l'aspect d'nn pays où la guerre va éclater. Les villages ont été occupés par des corps détachés; partout on a préparé des logements et pris des mesures pour former des magasins; des vedettes ont été placées jusque sur le pont de Buffalora qui marque la limite des deux pays, etc. » Le gouvernement autrichien répondit à cette note par des récriminations et déguisait mal son penchant pour une guerre dans laquelle il espérait entraîner la Prusse et la Confédération germanique. Il ne pouvait pas songer à y intéresser la Russie, profondément irritée des irrésolu > tions qu'il avait montrées pendant la guerre d'Orient.

Au milieu de ces graves débats, toutes les sympathies de l'opinion publique étaient pour le peuple qui cherchait à reconquérir sa nationalité. Le 7 février, en ouvrant la session législative, l'empereur traçait en ces termes sa ligne de con* duite : « Que les uns appellent la guerre de tous leurs vœux sans raisons légitimes ; que les autres, dans leurs craintes exagérées, se plaisent à montrera la France les périls d'une nouvelle coalition, je resterai inébranlable dans la voie du droit, de la justice, deThonneur national, et mon gouvernement ne se laissera ni entraîner ni intimider, parce que ma politique ne sera jamais ni provocatrice ni pusillanime. » Avec la double conscience de sa force et de sa modération, la France écouta tranquillement toutes les propositions qui loi étaient faites. L'Angleterre, tout en ne cachant pas ses sym[#athie8 pour l'Italie, repoussait énergiquement la guerre. Pendant que lord Cowley s'ingéniait à Vienne pour tronver une solution acceptable, la Russie, s^appuyant sur le congrès de Paris, demandait une réunion nouvelle des cinq grandes puissances de l'Europe pour terminer ces graves débats par une sorte d'arbitrage souverain. Les cabinets de Paris, de Londres et de Berlin acceptèrent la proposition de la Russie. Le cabinet de Vienne n'y adhéra, après quelque hésitation, que conditionnellement; l'une de ces conditions était le désarmement préalable de la Sardaigne. Or, désarmer en Sardaigne, pendant que l'Autriche conservait sur les frontières des corps d'armée prêts à fondre sur le Piémont, c'était livrer le plus faible à la merci du plus fort. La condition était donc inadmissible. Tant d'attcrmoiements, tant d'exigences suivies de refus, puis les enrôlements des volontaires excités par un élan patriotique, rien de tout cela n'était de nature à

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calmer les inquiétudes. Ou sentait l'approeUe dti Dieu des batailles. .

Tandis que la France accédait à tontes les propositions destinées à maintenir la paix, elle protestait contre des inculpai ions qui tendaient à la représenter, devant la Confédération germanique, comme ayant deux poids et d^ux mesures, en voulant attaquer en Allemagne ce qa*elle cherchait à sauvegarder en Italie. Accusé de fomenter la guerre, Tempereur des Français répondit, au milieu des irritations et des divergeances qui l'entouraient, avec rinaltéralrie placidité d'un esprit conciliateur. Enfin, au désarmement de la Sardaigne, rAotriclie proposa elle-même le désarmement général, dont les détails devaient être réglés avant ou dès Touvertare du nouveau congrès. Mata il n*était pas question d'y admettre un plénipotentiaire sarde. Sor les instances du cabinet die Londres, l'empereur consentit k engager le cabinet de Tarin à acquiescer ao déaannement général proposé; mais il voulut en même temps que la Sardaigne et les antres États italiens fussent invités à faire partie du congrès. C'était certes faire la part de TAuf riche encore assez belle, poisque son influence était prépondérante dans ces États. Sans attendre la réponse de la Sardaigne, l'Angleterre, vivement alarmée, résuma, pour frapper un coup décisif, le dernier acte de sa médiation dans ces quatre propositions: « t<* on eftectuerait au préalable on désarmement général et simultané; 7* ce désarmement serait réglé par une commission milMaire ou civile indépendante du congrès , commission qui serait composée de six coromisaaîres, on pour chacune des cinq puissances, et le sixième poar la Sardaigne ; 3^ aussitôt que cette eommlssioii serait réunie et qu'elle aurait commencé sa tâche, le congrès se réunirait k son tour et procéderait k la discuasion des questions politiques; 4*" les représentants des États italiens seraient invités par le congrès à siéger avec les représentants des cinq grandes puissances absolument de la même ma^ nière qu'an congrès de Layback en 1821. »

La France, la Kosaie et la Prusse s'eroprea- •èrent d'adtiérer à ces propositions; elles le firent avant même que les obaervations du cabinet sarde au sujet du licenciement des volontaires fussent arrivées. Cet effort suprême de la diplomatie était combiné de manière è vaincre les dernières irrésolutions de l'Autriche et à la mettre Donr ainsi dire en demeure de s'exécuter en déclarant si elle voulait, oui on non, sérieusement d'one médiation appuyée snr l'accord unanime des qnatre grandes puissances. Jetant alors le masque, TAutricbe envoya à Turin, en dehors des négociations régulières, un ulUmatum que la Sanlaigne dut repousser comme un ontrage. Cet ultimatum demandait la réduction de l'armée sarde et le licenciement immédiat des corps de volontaires italiens; le cabinet de Vienne ajoutait que « si dan$ troU Jours, son envoyé,

baron de Kellersberg , ne recevait pas de réponse ou si la réponse n'élait pas complètement salis faisante^ V empereur d'Autriche était dédié à recourir aux armes pour imposer , par la force f les mesures indiquées . » Évidemment l'Autriche, enflée par le souveulr encore récent de sa victoire, voulait tenter le sort désarmes ((). Enfin le langage du ministre BuoI, tonr à tour embarrassé et provoquant, devait, dès l'origine, trahir aux yeux des moins clairvoyants les véritables intentions de son gouvernement.

La conduite de l'Autriche excita une todigution universelle. Les grandes puissances médiatrices en furent avec raison vivement blessa A la nouvelle que le cabinet de Vienne avait, de son chef, adressé directement une note impérttive au gouvernement sarde pour exiger le désarmement préalable, Napoléon III ordonna h concentration de plusieurs divisions sor lo frontières du Piémont. Le 36 avril le fatal dé!» expira : l'armée autrichienne allait envahir le Piémont. Dès ce moment tout espoir de conserver la paix était évanoui : il fallait se préparer a une guerre prompte et décisive, en ne perdaDt jamais de vue qu'il s'agissait moins de défendre le tr6ne d'un roi allié que de secourir une nation combattant pour son indépendance. Soos l'impulsion énergique de l'empereur, l'armée fnt immédiatement mi«esur le pied de guerre et re^ l'ordre de se tenir prêle pour entrer en can^pagne.

Quel contraste avec l'attentat qui fut dirigé, quinze mois auparavant, contre la vie du généreux défenseur de la cause italienne t Un réfugié italien, Orsini, s'était concerté avec quelques antres réfugiés de Londres, pour assassine! femperear, qu'il consi«lérait comme le principal obstacle i l'affranchissement de l'Italie. Les détails de ce crime ( 14 janvier 1858 ) sont connus. Des éclats de projectiles , lancés jusque sous la voiture de l'empereur qui se rendait avec l'Impératrice k l'Opéra, blessèrent ou tuèrent plusieurs soldats de l'escorte et de la garde de Paris, ainsi qu'on certain nombre de curieux ou de passants. Les blessés et les parents des victimes deviortot l'objet de la sollicitude particulière de {'empereur, qui eut lui-même son clupeau traversé par un éclat de projectile. L'indignation nnifer-

(t) La proelïifiiBtton do général Glnlay, commasdsBt en chef il« Parmée anlrtcMennc es Italie , le prouve •orabondaiBmeot. Cette prodamaUon , datée de Nilas te T avrils c*eit-a-dlrr arUériewrement aui quatre proposUlona d* rAndeterre, dhalt : • S« M rKtnperear voos appelle aoua Ira drapeaux pour raba laser nne iroialéar foia la fanlté da Piémont et vider le repaire des fenatiques et dea deatructeura de la patx yenérale de l'Earope. Soldats de tons f rades, anarchez rontre un ennmi qne voua avez cunatammeat mla en firile ; rappelrt-vcas aeulement Voila, Somma Campaima, Lurtatone, XodUnara, Rivoli, Santa-Lucla ; et une anné piua tard,ii b Cava, à Vigrvano, i Mortara, enfin a Novare, vottsTovexdMpei-aé et anéanti. Il eat Inutile de voua recoanMader la dlMlpIlne et le courage : pour la premlérr, voo» étea uniques en Europe, et pour le aecond, vous or le cédez à aucune armée. Qne votre mot d'ordre aott Vire feioperear, et vivent ooa drolta t »

seHe, prodait par cet odîeax attentat, montra une fois de plus que les nations repoussent avec horrear toute solidarité avec ce genre de crime.

Le 3 mai , Nafoléoo TII exposait an peuple françal:» les causes et le but de la guerre d'Italie dans cette mémoraldeprodamaftion : a L*Aut riche, en faisant entrer son armée snr le territoire du roi de Sardaigne, notre allié, nous déclare la guerre. Elle viole ainsi tes traités , la justice, et menace nos frontières. Tontes les grandes paisstances ont protesté contre cette agression. Le Piémont ayant accepté les conditions qui devaient assurer la paix, on se demande quelle peut être la raison de cette invasion soudaine : c'est que V Autriche a amené les choses à cette easirémité qu'it faut qu'elle domine jusqu'aux Alpes au que V Italie soit libre jusqu'à l'Adriatique; car, dans ce pays, tout coin de terre demeuré indépendant est on danger pour son pouvoir. Jusqu'ici la moflération a été la règle de ma conduite; maintenant l'énergie devienf mon premier devoir. Que la France s*arme et dise résolamtni à l'Europe : Je ne veux pas de conquête, mais je veux maintenir sans faiblesse ma politique nationale et traditionnelle; j'okiserve les traités Ji condition qu'on ne les violera pas contre moi ; je respecte le territoire et les droits des puissances neutres ; mais j'avoue liaateraent ma sympathie pour an peuple dont l'histoire se confond avec la nôtre et qni gémit sous l'oppresiston étrangère. La France a montré sa haine contre l'anarchie; elle a voulu me donner un pouvoir asseï fort pour réduire à l'impuissance les fauteurs de désordre et les hommes incorrigibles de ces anciens partis qu'on voit sans cesse pactiser avec nos ennemis; mais elle n*a pas pour cela abdiqué son rôle civilisateur. Ses alliés naturels ont toujours été ceux qui veulent l'amélioration de riiumanité, et quaad elle tire l'épée, ce n'est point po*ir dominer, mais poor affranchir. Le iNit de cette guerre est donc de rendre rvialie à elle-méfme, non de la faire changer de maître ; et nous aurons à nos frontières on peuple ami, qui nous devra son indépendance. Noos n'allons pas en Italie fomenter le désordre, ni ébranler le pouvoir du Saint- Père, que nous avons replacé sur son trône, mais le soustraire à cette pression étrangère qui s'appesantit sur toute la péninsule, et contribuer à y fonder Tordre sur des intérêts légitimes satisfaits. Nous allons enfin sur cette terre classique, illustrée |)ar tant de victoires, retrouver les traces de nos pères; Dien fasse que nous soyons dt<>nes d'eux ! «

C'est ainsi que la France fut amenée à jeter son épée dans la lialance dei destinées de T Italie. Son intervention était une nécessité; car l'ennemi qu'elle allait combattre, en atteignant la Sardaigne, cherchait à viser pins haut. Ce n'est pas nous, simple historien, qui le supposons, c'est Tempereur d'Autriche lui-inèroe qui le proclamait ^ la fèce dn monde. Déplorant , dans son mani-

feste, la gnerre comme nn fléaa, François-Joseph ajoutait : « Lorsque les ombres d'une révolution qui met en péril les biens les plus précieux (les droits des souverains légitinnes) de l'humanité, menaçaient de s'étendre en Europe, la Providence s'est servie de Tépée de l'Autriche pour dissiper ces ombres. Noos sommes de nouveau à la veille d'une des ces époques où des doctrines subversives de tout ordre ne sont plus précitées seulement par des sectes, mais lancées sur le monde du haut des trônes, • — Yoilà qui est sans équivoque : il j a de ces moments solennels où les monarques sont conduits , en quelque sorte malgré eux, à dire ce qu'ils ont dans r&me. Les champions de ces contestables droits historiques, que résume le mot impropre de légitimité^ seront toujours les ennemis naturels , irréconciliables , des conquêtes de la grande révolution de 1789, ainsi que du pnnce qui le^ représente et qui règne par la volonté de la nation.

L'armée française, au moment d'entrer en campagne, se composait, outre la garde impériale, de cinq corps commandés, le 1**^ par le marécihal Baraguey d'Hiliiers, le 3^ par le général de Mac-Mahon, le 3* parle maréchal Canrobert, le 4« par le général Niel, le 5« par le prince Napoléon. Le maréchal Vaillant remplaça plus tard, dans le poste de major général de l'armée, le maréchal Randon , appelé au ministère de la gnerre. L'emperenr prit le commandement général de tontes les troupes. Après avoir confié à l'impératrice et au prince Jérôme le poids du gouvernement, il quitta le 10 mai, à cinq heures du soir, le palais des Tuileries. Toute la population parisienne se pressait autonr de la voitnre impériale, et acclamait avec des transports d'enthonsiasme le souverain qfii allait en personne combattre pour l'indépendance d'un peuple.

Prudent et modéré dans les conseils de la paix. Napoléon III va montrer, sur les champs de bataille, ce cahne de la bravoure qni enchaîne la victoire. La campagne d'Italie de 1859 est une des plus belles pages de l'histoire : elle montre qu'une guerre acharnée peut se terminer promptement, lorsque le vainqueur est as!$ez grand pour se vaincre lai -même en s'arrêtant au milieu de ses triomphes sanglants !

Nous ne retracerons ici que les principales phases de cette lutte dont nons avons cm devoir surtout exposer les causes. Le 12 mai, l'empereur débarqua à Gênes. C'est la modération unie au vrai courage qu'il recommande dans son premier ordre du jour à l'armée d'Italie. « Conservez, dit-il à ses soldats, cette discipline sévère qui est llionnetir de l'armée. Ici, ne loubliez pas, il n'y a d'ennemis que cettx qui se battent contre nous. Dans la bataille, demeurez compactes et n'abandonnez pas vos rangs pour courir en avant. Défiez vous d'un trop grand élan; c'est la seule chose que je redoute. » Puis, il ajoute, avec une connaissance appiofondie dn métier : • Les nouvelles armes de

précision ne sont dangereuses que de loin : elles n'empêcheront pas la baïonnette d'être , comme autrefois, l'arme terrible de Tinranterie française. )> Le succès devait ratifier ces paiHiles.

Les Antrickiens, que Ton craignait d'atwrd , après leur invasion des États sardes, voir se diriger immédiatement sur Turin , restèrent plusieurs jours dans l'inaction. Napoléon lit protita de cette faute de l'ennemi , pour concentrer rapidement ses corps d'armée; omnia in céleritaie sunt posita, a dit César, dont l'em|)ereur connaît si bien l'iiistoire. Les 1*' et 2* corps entrèrent en Piémont par le mont Cenis et le col deGenèvre, tandis que les 3« et 4» corps, composés d'éléments divers, s'embarquèrent de Marseille, de Toulon et d^Alger pour Gènes. La garde impériale, transportée par la voie ferrée de Paris à Marseille, s'était embarquée à Toulon. Le 14 mai, l'empereur qui avait reçu à Gênes la visite du roi de Sardajgne, vint établir son quartiergénéral à Alexandrie. Cette place formait avec Gênes et Casale le front défensif de l'armée franco-sarde. La riche vallée du P6, que lesAlpes et l'Apennin ceignent de toutes parts, excepté à l'ouest où elle confine à l'Adriatique, est une arène naturelle, un champ clos où, depuis Annibal jusqu'à Bonaparte, les plus grands capitaines avaient fait manœuvrer leurs bataillons. L'empereur occupe hardiment toute la ligne du Pô, parallèlement à l'ennemi, sans laisser deviner le point qu'il va choisir pour franclûr ce fleuve. Les 1er et 2* corps ont devant eux l'ennemi massé en arrière de Casleggio , sur la route de Pavie. Le 20 mai, la division du général Forey et lesescadrons du colonel Sonnaz rencontrent les colonnes autrichiennes et les repoussent vigoureusement :1e combat de Montebello marque la première étape dans la marche victorieuse de Parmée francosarde.

Le général Giulay s'attendait à être attaqué à Pavie et à Plaisance, deux positions très-fortes, qui auraient coûté beaucoup d'hommes et de temps. Pour éviter une attaque directe dans ces deux positions ( la gauche de l'armée ennemie ), l'empereur imagina un mouvement hardi qui porta toute son armée sur le haut Tessin et sur l'extrême droite ennemie. Ce mouvement était très-bien conçu, puisqu'il faisait abandonner aux Autriciiiens leurs positions et les forçait d'accepter la l)ataille sur un terrain qu'ils n'avaient pas choisi ; mais il était dangereux, parce qu'il s'efTectuait à peu de distance de l'ennemi qui , s'il en avait été averti, aurait pu surprendre farmée française en marche et la détruire en détail. L'empereur prévint ce danger par le secret, la rapidité et la facilité que lui oITrait pour le transport des troupes le réseau des chemins de fer piémontais. Le mouvement commença le 28 mai, fut favorisé par le combat des Piémontais à Paleslro, et le 2 juin l'armée franç^iise Atteignit le Tessin à la hauteur de Buffalora et lie Turbigo; elle le franchit le 3, et le 4 juin

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fut remportée la victoire de Magenta, où le général Mac-Mahon gagna le titre de duc et le 14tOB de maréchal. Tel est le mouvement stratégique qui, aussi bien exécuté que conçu, fit en quelques heures, perdre à l'Autriche tout le Milanais.

L'empereur et le roi de Sardaigne firent le 9 juin leur entrée solennelle à Milan , après avoir délogé les Autrichiens de Melegnano oii ils comptaient se fortifier. Accueilli dans la capitale de la Lombardie par des acdai&alions unanimes, Napoléon III disait aux Milanais ; « Vos ennemis, qui sont les miens, ont tenté de diminuer les sympathies uoiTerselb qu'il y avait en Europe pour votre cause, eo taisant croife que je ne faisais la guerre que par ambition personnelle ou pour agrandir le territoire de la France. S'il y a des hommes qui ne comprennent pas leur époque, je ne suis i^a» du nombre. Dans l'état àclairé de l'opinion pablique, on est plus grand aujourd*iiui par l'iofluencc morale qu'on exerce que par des conquêtes stériles, et celte influence morale je la cherche avec oi*gueil en contribuant à rendre libre une des plus belles parties de r£urope. » A son armée il disait : « Tout n'est pas terminé; ouo$ aurons encore des luttes à soutenir, des ob&tade^ à vaincre. » £n effet, les deux armées, francosarde et autrichienne, se trouvaient bientôt marcher, sans le savoir, à rencontre l'une de l'autre. Ce fut cette rencontre inopinée qui amena la bataille de Solferino. Les deux armées Tinrent se heurter de front sur quatre points k la fois : un peu en avant de Castiglione ( corps des nurécliaux Baraguey d'Hilliers et Mac-Mahon), àla hauteur de Medola (corps du général Niel), en avant de Rivoltella (troupes du roi de Sardaigne), et à Castel-GofTredo (corps du maréchal Canrobert). Comme ces corps d'armée marchaient alors à une certaine dislance les uns ôts autres, l'empereur donna iramédiatemeot les ordres nécessaires pour les rallier. Ces dispositions prises, il se rendit sur les hauteurs, aa centre de la ligne de bataille, où le maréchal Baraguey d'Hilliers avait à lutter, dans ua terrain diflicile, contre des troupes qui se renouvelaient sans cesse. Le maréclial parvint néanmoins jus* qu'au pied de la colline abrupte au sommet <1e laquelle est bâti le village de Solferino , que défendaient des forces considérables, retranchée^ dans un vieux château et dans on cimetière, entourés l'un et l'autre de murs épais et crénelés. Les troupes du maréchal, exténuées de fatigues et exposées à une vive fusillade , ne gagnaient du terrain qu'avec beaucoup de difficultés. • En ce moment, l'empereur donna l'ordre à U division Forey de s'avancer, une brigade du cêtéde la plaine , l'autre sur la hauteur, contre le village de Solferino , et la fit soutenir par la division Camou, des voltigeurs de la garde qui, soos la conduite du général Sévelingcs et du général Lebœof , alla prendre position à découvert, à trois cents mètres de l'ennemi. Cette manœuvre

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décida du succès aa centre (1). » Les mamelons i des collines qui avoisinent Solferino furent suc- | cesâivement enlevés : à trois heures et demie les Autrichiens évacuèrent leurs positions en lai&sant quinze cents prisonniers , quatorze canons et deux drapeaux. Pendant que le corps d'année du maréchal Baraguey d'Ililliers soutenait vaillaroment la lutte à Solferino, celui du duc de Magenta s*eropara, après plusieurs charges vigoureuses, des positions de San-Cassiano. Vers dnq heures du soir les voltigeurs de* la garde et les tirailleurs algériens entraient eu même temps à Cayriana d'où ils étaient parvenus à déloger les Autrichiens. A ce moment une effroyable tempête éclata et suspendit le choc (les deux armées. Dès que Torage eut cessé , la lutte recommença et Tennemi fut chassé de toutes iei> hauteurs qui dominent le village. Bientôt après, le feu de Tartillerie cliangea la retraite des Autricliiens en une fuite précipitée. Pendant celte action, les chasseurs à cheval de la garde, qui flanquaient la droite du maréchal de Mac- Mahon, repoussaient avec succès la cavalerie autrichienne, qui menaçait de la tourner. A six heures et demie la bataille était gagnée au centre. Mais la droite et ia gauche restaient encore en arrière; la première, composée du quatrième corps , avait occupé, à sept heures du matin , Medola. Le plan du général Niel était de se porter vers Guiddizolo, dès que le duc de Magenta se serait emparé de Cavriana, espérant ainsi couper à Tennemi la route de Volta et de Goito; mais, pour exécuter ce plan , il fallait que les Iroopes du troisième corps, commandé par le naréclial Canrobert , vinssent remplacer à Re* lieeco l*uDe des divisions (général de Lucy) du (orps d'année do général Niel. Le troisième corps qui , sur sa gauche, se reliait au deuxième, par la division Renault, faisait, sur sa droite, face à Castel-Goffredo , afin de surveiller les mouvements du corps détaché dont le départ de Mantoue avait été annoncé. Cette appréhension paralysa, pendant la plus grande partie du jour, le troisième corps d'armée : le marîéclial Canrobert ne jugea pas prudent de prêter tout d'abord an quatrième corps l'appui que Ini demandait avec instance le général Niel. Ce ne fut que vers trois heures de l'après-midi qu'un renfort de troupes fraîches permit au général Nid de pénétrer victorieusement jusqu'à Guiddizolo. L'orage mitfhi à la lutte que les 3* et 4* corps menaçaient de rendre si funeste à l'ennemi. A l'extrême- gauche, occupée par l'armée du roi, Taction avait été également très-vive : après de rudes combats, elle s'était emparée de San-Martino et de Pozzolengo. La bataille de Solferino dnra seize heures; t'est une des plus sanglantes de nos jours. Les pertes de l'ennemi étaient très-considérables

(1) BuHettn de la tataUle de SoUertno. Cett ce moment qu'a cboUl M. Y von pour représenter la BaUUtlê ^ solferino, magaiflque toile qui fitura à i'exposltloa <>e pdbtore de IMO.

à en juger seulement par le nombre des morts et des blessés abandonnés sur toute l'étendue du champ del>ataille, qui n'avait pas moins de cinq lienes de front. Il laissa entre les mains du vainqueur trente pièces de canon , quatre drapeaux et six mille prisonniers. L'armée autrichienne comtMttit sous les yeux de son souverain; la présence des deux empereurs et du roi rendit la lutte aussi acharnée que décisive. Napoléon III ne cessa pas un seul instant de diriger l'action , en se portant sur tous les points où ses ttx>upe8 avaient à déployer le plus d'énergie; à diverses reprises, les projectiles de l'ennemi frappèrent dans les rangs de l'état-major et de l'escorte qui suivaient l'empereur.

Immédiatement après celte Tictoire, les Autrichiens abandonnèrent toutes les positions qu'ils avaient préparées sur la rive droite du Mincio. Le i^' juillet, l'armée alliée franchit celte rivière sans résistance, et le 3, le prince Napoléon atteignit Goito, à la tête du 5^ corps pour faire sa jonction avec le reste des troupes. Ainsi arrivée devant Vérone, l'armée de Napoléon III, composée de cinq corps d'armée et de la garde impériale, occupe une ligne compacte qui s'étend parallèlement au Mincio depuis Casteinovo jusqu'à Pozzolo. Peschiera est sous le canon sarde. Enfin une flotte, sous le commandement de l'amiral Romain liesfossés, a pénétré dans l'Adriatique : maîtresse de l'Ile de Lassini, elle n'attend que le signal d'attaquer Venise. Ce fut dans cette position menaçante, au milieu de la marche victorieuse d'une armée de cent cinquante mille hommes, que l'empereur des Français résolut, comme par une inspiration soudaine, de proposer à l'empereur d'Autriche un armistice. Aussi cette proposition parut-elle si extraordinaire à François-Joseph qu'il semblait d'abord n'y voir qu'un piège, et il remit au lendemain sa jéponse à Ja lettre autographe dont le général Fleury, arrivé à Vérone dans la nuit du 7, était porteur. Le \i juillet, les deux souverains eurent une entrevue à Villafranca , situé à peu près à égale distance de Solferino et de Vérone. « A neuf heures précises , raconte un témoin oculaire , l'empereur Napoléon atteignit Villafranca ; et comme l'empereur François Joseph n'était pas encore arrivé, il continua sa route dans la direction de Vérone, voulant, par courtoisie, aller au-devant de Sa Majesté; son escorte se rangea en bataille, à la sortie de Villafranca, dans un champ sur la gauche de la route. Bientêt apparut l'empereur d'Autriche qui marchait en tête de son escorte. L'empereur des Français mit aussitôt son cheval au galop et s*avança seul au devant de Sa Majesté (l). » Après avoir écliangé une poignée de main, les deux empereurs descendirent de cheval dans la grande rue de Villafranca, devant la maison de M. Morelli, et monteront an premier étage

(1) Lm Campagne d'Italie de 1919 par le baron de Bazanrourt, t. Il, p. 949. Cette entrevue fait le sujet d'un beau tableaadc M. Y von.

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où un «alon leur avait été préparé. Ils y eurent un entrelien qui dora prèa cîe deux heures. Ce fut de là qtie sortirent les préliminaires de Villafranca ( 1 ), ratiKés plus tard par le traité de Zurich. La modéralion dans la victoire est une chose bien rare. Le vainqueur qui demande la paix , quelle grandeur t Après la bataille de Solferino chacun s'attendait à voir rcmpercor poursuivre ses succès pour arriver, selon son progranrime, à l'expulsion définitive des Antricliiens de la péninsule. Mais que de sang il aurait bllu verser encore ! Puis, il importait de voir comment les Italiens s'entendraient entre eux-mêmes dans leur œuvre d'unification ; il importait de les soumettre pour ainsi dire, en face de toutes les puissances, spectatrices plus ou moins intéressées, à la double épreuve du temps et de la sagesse. Cette dernière considèralioo devait être décisive dans l'esprit de Tempereor. Mallienreusement la sagesse ne vint pas du cdté où eHe aurait dft se trouver. Depuis les vaines tentatives diplomatiques pour rétablir, conformément aux préliminaires de Viliafranca, le grand-doc de Toscane et le doc de Mo()ène dans levrs États, depuis la chute des Bourbons de Naples par suite de l'invasion des troupes de Garilwidi, depuia l'annexion des Deox-Siciles et celle des Marches, de la Romagne et de l'Ombrie, eo on mot, depuis la création do royaome d'Italie sons le sceptre de Victor - Emmanuel , reconaa aujourd'hui par toutes les puissances , moins TAotridie et l'Espagne, la cour pontificale, loin de s'onir au mouvement qui entraîne tons les Italiens à ne former qu'une seule nation, qu'une seule patrie, repousse systématiquement, obstinément, par aen invariable non potMnmnSf toute offre de conciliation , tout moyen de transaction; elle répudie cet immortel principe d'équité « quelea goo- ▼emeroents sont faits pour les peoples et non les peoples pour les goavcraeiiMeDtB », et le vicaire

(1) Vold le mte d« cet préllntiMlres : « Entre S. M. l'empereur d'Autriche et S. M. rempercur dei Français, Il a été coDTCDa ce qui soit ;

!• Le» deas nouveralaa favorlicrwit Bi créatkm d'oue eoDtédératloB Italienne.

fl* Cette confédératloa aéra aooa la préaldenea hwio> ralre du Saint- Père.

a» L'empereur d'Autildie cède à rcMpcrevr dea FTançala Ms droits snr la Lombardie, à rcscepUon dea fnrieresaes de Mantoue et de Peschlera, de manière que la frontière des poa%rsslons aotrictaiennes partirait dn rayon extrême de Is forteresse de Pcachlera et s'étcadratt en ligne droite le long du Mincio Jusqu'à la Gracie ; de U, à Searzarola et Siizana au Pô, d'oA les Ironilèrrs actuelles Gootlnneralent à former les limites de TA n triche. L'empereitr dea Françala remetira le territoire cédé an roi de Sardaigne.

4* La Vénétie fera partie de la conrédératlon Italienne, tont en restant sous la couronne dereropereurdVtutrtcbe.

t« Le frand-duc de Toscane et le due de Modène rentreront dan« leurs États en donnant nneamolaUe générale.

6* Le* drox rmpereura demanderont au Saint- Père d'Introduire dans ars Etats des réformes Indispensables.

1* Amnistie pleine et entière est aeeonlée de part et d^aulre sux prraitnnea compromiaes à l'occasion dea derniers érrnement* dans lc« territoires des partlea brlllgérantes. » Fait à Vlllafranea, le it JuUlat lllt. Signé: François-Joseph, M, P. -, Napoléon, Jtf. P.

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