‹ Nouvelle biographie générale depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours, avec les renseignements bibliographiques et l'indication des sources à consulter; (volume 2)Chapitre 43 sur 110 · ÉON II! 4I · texte numérisé non relu

ÉON II! 4I

reur insiste, dans sa lettre, sur la nécessité de renfermer le budget dans des limites invariablé<. « Le seul moyen efficace d'y parvenir est, dit- il, d'abandonner résolument la faculté qui m'appartient d'ouvrir, en l'absence des chambres, àe^ crédits nouveaux. Ce système fonctionnera san^ préjudice pour l'État si, après l'examen alteoUi des économies possibles, une économie locale des besoins réels de l'administration persuade k Corps législalif de la nécessité de doter coDTenabiement les mêmes services. Tt L'empereur termine ainsi cette lettre mémorable : « En reooaçant au droit qui était également celui des souverains même constitutionnels qui m'ont précède, je pense faire une chose utile à la bonne gcstioo de nos finances. Fidèle à mon origine, je ne peu\ regarder les prérogatives de la couronne, ni comm* un dépOt sacré auquel on ne saurait toucher, ri comme l'héritage de mes pères, qu'il faille arant tout transmettre intact à mon fils; élu du pea\y\f, représentant ses intérêts, j'abandonnerai toujours sans regret toute prérogative inutile ao bidi public. » Cette déclaration, toute spootaofé, loin de réveiller l'esprit politique engourdi, Défit que constater, dans les débats de l'adresse, qut les mandataires de la nation étaient moins libéraux que lechef deTËtat; elle devait aussi doooéi à réfléchir au roi de Pru8se,qui, immédiatéméot après avoir rendu visite à l'empereur an cliàteau de Compiègne (octobre 1861), répéta, dans une occasion solennelle, qu'il se glorifiait de ne tenir son sceptre que de Dieu.

La difficulté des circonstances et la n^ces.«ité d'interroger avec soin tous les symptômes if« la véritable opinion publique nons semblent (tarfaitement expliquer les oscillations et les incertitudes apparentes delà politique impériale. Céu\ qui savent combien il est difficile d'administrer seulement une petite commune de manière à » concilier tous les intérêts, apprécieront les embarras du gouvernement d'un grand pays plus équltablement que ceux qui ne jugent desrbost>s que de loin , à travers le prisme de leurs séoliments, de leurs passions ou de leur»théorie>. Prenant çà et là quelques actes isolés , on c^t arrivé à se demander si la balance penche du < ùUf des idées anciennes plutôt que des idées nouvelles. Mais les actes de l'empereur, il ioiporle de les juger dans leur ensemble, par le but anquel ils tendent et par les réstiltats obtenu» dans un espace de temps, relativement si court.

hommes; abaissement de t i l poor 100 da droit sar les râleurs transmises par la poste; établissement d*uo ooo- ▼el impôt sur les cheraux et les voitures de luxe; établissement d'un droit de timbre de dix centimes sur 1rs factures reçus et quittances échangés entre parlicullrrs; con version facultative pour les rtoUers de la rente i i s en rente a p. 100; augmentation du droit sur les sucres, reparti temporairement à 4t fr., décimes eomprtt; po'r-^ de nouvel emprunt; point d'impôt sur le refeao» e*c Deuv des mesures flnsnciérec proposées par M. K<^''^ sont déjà réalisées : runtflcatlon de la dette pabU^lw (lot du 8 férrler 18KS. réglant la converslOD des rentes et la réduction de l'enecUf de Tarmée.

447 C^*; NAPOLÉONMU (Eugénie) 443(")

Ce qui donne k Napoléon III une incontestable | forces vives de la société vers un bot utile à

' tous; — t?i5^rt/c/t/ pour l'historien et rbomine d'État, lorsqu'ils acquièrent ainsi la conviction qu'il faut s'élever au-dessus des passions du présent pour travailler efficacement k la prospérité d'un pays et à la grandeur de l'avenir.

Mais s'il incombe au souverain de grands et difficiles devoirs, les peuples ne doivent, de leur côté, jamais oublier que le progrès ne se décrète point, et qu'il dépend de la bonne volonté de tous. Ferd. Hoefer.

Œuvres de NapoléoD ill. — J/otiifevr utUvertel, — M. Véron, Vémoires d*un BourçeoU. — £. JLeeomte, Louis-Napoléon BonajMtrte , la Suisse «t le roi Louis- Philippe ; Paris . 1838, lD-8*. — H. de la Gaeroonl^e, PortralU poliUqaes [Napoléon llDt 18U. — M. de Bazan* court, L* Expédition de Crimée et la Campaone d^ Halle, — 'Comptes-rendus et bulletins ofaclela. >- Brochures de circonslance. — Diverses notices biographiques.

; EUGÉNIE ( Marie- Eugénie de Momtmo

DE GUZHAK Y PORTO-CaRRERO), COmtCSSe OB

Teba , impératrice des Français, née à Grenade (Andalousie), le 5 mai 1876. Elle est la seconde fille du comte de Montijo, grand d'Espagne, mort en 1839 à Madrid , et de Marie-Manuela Kirkpatrick. Sa noblesse remonte plus haut que l'institution de la grandesse dont elle possède trois titres, Teba, BanosetMora, et, au rapport des généalogistes, ellecompte parmi sesancètres Alonzo Ferez de Guzman, défenseur de Tarifa en 1293. Après avoir passé ses plus jeunes années à Madrid, elle fut placée d'abord dans un pensionnat à Toulouse, puis à Bristol>et reçut une éducation distinguée que développèrent encore différents voyages. D'une beauté incontestable, elle fut en 1831 remarquée aux fêtes de TÉlysée par le président de la république qui, bientôt proclamé empereur, la jugea digne de devenir sa compagne. I<îapoléon III convoqua aux Tuileries, le 22 janvier 1853, les grands corps de l'État, et annonça qu'en dehors des traditions des alliances souveraines , il avait fait choix de M"^ de Montijo pour épouse. « Celle qui est devenue, dit-il, l'objet de ma préférence est d'une naissance élevée. Française par le cœur, par l'éducation, par le souvenir du sang que versa son père pour la cause de l'Empire, elle a, comme Espagnole, l'avantage de ne pas avoir en France de famille à laquelle il faille donner honneurs et dignités. Douée de toutes les qualités de l'âme, elle sera l'ornement do trône, comme au jour du danger, elle deviendrait l'un de ses courageux appuis. Catholique et pieuse, elle adressera au ciel les mêmes prières que moi pour le bonheur de la France; gracfeuse et bonne, elle fera revivre dans la même position , j'en ai le ferme espoir, les vertus de l'impératrice Joséphine. » Le mariage fut célébré, le 29 janvier 1853, aux Tuileries, et, le lendemain, à Notre-Dame. Leconseii municipal de Paris vota 600,000 fr. pour offrir une parure à la nouvelle impératrice; mais elle refusa celte somme et demanda qu'elle fût coasacrée à la fondation d'un établissement d'édacation professionnelle pour de jeunes filles pau-

sapériorité sur tous les autres souverains, c'est qu'il a appris par lui-même à voir constamment au delà du cercle fatal où la flatterie et le zèle âts courtisans emprisonnent les princes. Placé entre les impatients qui traitent de réactionnaire quiconque ne marche pas assez vite en avant , et les ultra-impérialistes, vrais ou apparents, qui, à riostar des ultra-royalistes et des « satisfaits » d'autrefois, peuvent tout perdre en voulant tout conserver, l'empereur a, soyons justes, un rùle bien difficile à remplir. Les satisfaits , associés aux uUramontains, virent avec défiance U guerre d'Orient, s'opposèrent de tous leurs moyens à la guerre d'Italie, essayèrent de dissuader l'empereur d'étendre les pouvoirs du Corps l^latif, et continuèrent de s'agiter pour ie faire revenir sur la politique de la guerre d'Italie ou du moins maintenir le5/a^tf quo i Rome. Contre ceux-là les impatients voudraient voir i exécuter un nouveau coup d'État; mais ils oublient que c'est là une arme dangereuse, à laquelle on ne recourt pas toujours impunément. Le souvenir du 2 décembren'a-t-il pas servi à mettre plus d'une rois en suspicion les intentions les plus sincères ft les plus loyales? Ce qui augmente encore la difficulté du rôle^ c'est que l'empereur, au milieu (ies rapports contradictoires , des conseils intéresses et des renseignements incomplets qui doivent l'entourer, ne peut guère se fier qu'à luimême pour démêler la vérité. Heureusement celui à qui la France a confié ses destinées connaît à fond les tendances du siècle, les instincts (le la nation , les besoins des peuples, les aspirations de l'avenir. Cette connaissance profonde ressort de tous ses actes ; elle se trouve consignée dans des discours, dans des lettres, dans des proclamations, qui, modèles d'élévation et de style, faisaient dire à Béranger qu'il aurait voulu être de l'Àcadéinie pour donner sa voix à l'em- I>creur.

L'époque à laquelle nous vivons est pleine de graves indices. ï^ idées que l'on ne rencontrait a\i dix-huitième siècle que sous la plume de quelques écrivains, sont maintenant débattues au grand jour, devant les nations, jalouses de leur indépendance; des droits que l'on croyait à jamais consacrés par un usage traditionnel sont remis en question; enfin les peuples, à qui est dévolu le sceptre de la civilisation , naguère divisés |)ar des rivalités séculaires , se rapprochent par les échanges de la lumière et do travail, et tendent â réaliser, au sein de PEurope, cette grande confédération des États, véritable ligue amphicfyonique , qui fut le rêve de Henri IV et de Napoléon ^^ Aussi l'élu de la France doit- il "attendre à fixer sur lui l'attention du monde (Atier, privilège glorieux et instructif à la fois : glorieux pour le prince qui, pénétré de la grandeur de sa mission, dédaigne les clameurs impatientes ou intéressées, et persiste, malgré l'injustice des partis , à faire le bien en dirigeant les

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vres. Sor le« 250,000 fr. que Tempereur avait placés dans la corbeille de mariage , elle en fit réfMrtir 100,000 eotre les sociétés maternelles, et le sorpliis servit à fonder de nouyeaux lits à rbospice des Incurables. Au mois d'avril I8ô&, rimpératrice accompagna Tempereur dans son voyage en Angleterre, et le suivit, en août et septembre 1860, dans ceux quUl fît en Normandie, en Bretagne, et dans les départements récemment annexés et en Algérie. A son retour, elle entreprit seule, pour motifs de santé, un voyage <^n Ecosse. La France la comprit dans les vœux qu^elle adressa à Tempereur après l'attentat du 14 janvier 1858, où elle avait montré un courage au-dessus de son sexe. Le l*' février de cette année un décret la déclara régente, po»ir en porter le titre et en exercer les fonctions à partir du jour de l'avénemeat de l'empereur mineur. Enlin, protectrice et présidente des sociétés maternelles de France , l'impératrice Eugénie laissera dans bien des coeurs des souvenirs durables, parce que son âme généreuse aime à se rappeler qu'il est des pauvres sur la terre. Le 16 mars 1856» elle a donné naissance à un fils qui a reçu les noms de JSapoUon'Eugéne-Louis- Jean-Joseph.

La sœur aînée de rimpératrice, Francisca-de- Sales f comtesse de Montijo et duchesse de Penaranda, épousa en 1845 le duc de Berwick et d'Albe; elle est morte à Paris, le 16 septembre 1800, à l'âge de trente-dnq ans. H. F— t.

Moniteur univ., 188S 1888. — Dœum, part. — Vaperean, DUL univ. des Contmnp.

A, Joseph et sa famille.

JOSEPH (Joseph BoMAPAaTB), frère aîné de Napoléon I^r, roi de Naples, puis roi d'Espagne, né à Corte (lie de Corse), le 7 janvier 1768, mort à Florence, le 38 juillet 1844. Son père, attaché au parti français et nommé, en 1777, député de la Corse à la cour de France, emmena avec lui Joseph et Napoléon et les plaça an collège d'Autun. Il obtint peu après pour Napoléon une place d'élève à l'école de firienoe, et les deux frères se séparèrent. « Je n'ai jamais oublié le moment de notre séparation , dit Joseph dans un fragment de Mémoires que nous aurons plusieurs fois l'occasion de citer. J'étais tout en pleurs. Napoléon ne versa qu'une larme, qu'il voulut en vain dissimuler. L'abbé Simon , sous-principal, témoin de nos adieux, me dit après son départ : « il n'a versé qu'une larme, mais elle prouve autant sa douleur de vous quitter que toutes les vôtres. » Joseph nous apprend qu'au collège ses lectures de prédilection étaient le Télémaque de Fénelon et le poème des Sai' sons de Saint-Lambert, et il ajoute que ces livres eurent une puissante influence sur son caractère, qui resta en effet toujours empreint d'une sorte de pliilanthropie sentimentale; Dans une distribution de prix â laquelle assistait le prince de Condé, Joseph récita des vers en l'hooneur du

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prince» qui lui témoigna beaucoup de bienveillance. Le jeime écolier envoya à son frère cette pièce de vers composée par l*abbé Simon , et « vingt ans après, elle fut sur le point de sauver le petit- fils du prince ». Joseph revint en Corse, en 1784, fort incertain de la carrière qu'il embrasserait. Il songeait au service militaire et sartout à l'artillerie qui l'aurait rapproché de son frère; en attendant il accompagna à Montpellier son père dangereusement malade. Charles Dooaparte en mourant (février 1784) exigea de Joseph la promesse de renoncer à la carrière des armes, et de retourner en Corse, où une femme eocore jeune et six enfants réclamaient ses soioé. Devenu à dix-sept ans le protecteur d'une famille nombreuse, il s'occupa sérieusement dese> devoirs domestiques. Ses meilleures distractioiu furent deux visites que Napoléon fit en Corse n 1780 et 1787. Napoléon alla bientôt rejoinlrc son régiment à Valence, et Joseph se rendit es Toscane pour se perfectionner daost la langue italienne et étudier le droit. Après quelques mois d*études à l'université de Fisc, il revint en Corse et fut reçu avocat à Bastia (juin 1788). Son frère Napoléon venait de son côté d'arriver en Corse. Cette lie, où l'aulorité de la France était encore mal établie, ressentit vivement le contre-coup des premiers événements de la révolution française. Les deux frères se prononcèrent avec ardeor pour la cause de la liberté. Ses opinions et surtout sa connaissance du français valurent à Joseph une assez grande inOuence sur la municipalité d'Ajaccio , dont il faisait partie. Après la proclamation de la constitution de 1791, il fut nommé président du district « Je voulus, dil-ii, témoigner iwk reconnaissance au peuple qui m'avait élu, et je fis imprimer un livre élémentaire sur la constitution, à l'usage des citoyenida département de la Corse, en français et en italien. Cette publication fut appréciée, et je Tas nommé par mes concitoyens membre d'une commission pour aller sur le continent complimenter le général Paoli, et l'engager à débarquera Ajaccio. Notre commission rencontra Paoli à Lyon, mais nous avions été prévenus par cdie de Bastia. Nous arrivâmes ensemble à Marseille, oùiis^embarqua directement pour Bastia, et nous retournâmes à Ajaccio. Mon frère NaiMiléon d moi parthnes bientôt pour visiter le général Paoli : nous le rencontrâmes au Ponte-Nuovo. Il nous accueillit comme les enfants d'un ami. > Peu de temps après, Napoléon retourna siir le continent. L'union des Bonaparte et des Ptoli fut de courte durée. Paoli, par haine des excès de la révolution et plus encore par attachemcnl à l'indépendance de la Corse, rompit avec les eavoyés de la Convention au commencement et 1793 et entraîna presque toute la population de l'Ile. Les Bonaparte restèrent fidèles à la France. Joseph qui, au sortir de l'administration du département, avait été nommé juge au tribuiul d'Ajaccio, ne put pas être uslallé dans ses fone-

NAPOLÉON (Joseph)

tiuns. Loi, mm frère NapoléoD, revena eii Corse apcèft le «lix aoAt, et leor famille , s'embarquerent pour le Fraaee avee les eommis8ain?8 de la CoaventioD. Leur maison et leurs propriétés foreot saccagées ainsi qoe le eonstale le certificat swranl liélÎTré par Louis Coti, procutenr syndic do district d'Ajaccio, lequel • déclare qoe, dans le mois de mai dernier (1793), lorsque le général Paoli et Tadmiaistration du département en- TOfèreot dans la THle d*Ajaccio des troupes artnéfs qui, d*accord afec d'autres traîtres de la Ttlk, s'emparèrent de la citadeMe,.. ces rebelles rherdièrent à s'emparer de la famille de Bonaparte, qui eot le bonheur de se soustraire à leurs persécutions; qu'ils dévastèrent , pillèrent et incendièrent les biens de cette famille, dont le crime était son inaltérable attachement k la République, etc* » Les deux frères, débarqués à Toulon, établirent leur famille h la Valette, puis tandis que Napoléon rejoignait son régiment à Toulon, Joseph partit pour Paris. Il y arriva au moment où le parti montagnard venait de s'assurer du pouvoir par l'expulsion et l'arrestation des Girondins. Bien accueilli du gouvernement auquel U venait proposer les moyens de reprendre la Corse, il repartit bientôt pour faire partie de Texpédilion projetée. Mais, dans l'intervalle, Tou> Icfn s'était soulevé, et les six mille hommes destinés à la conquête de la Corse durent être employés à la reprise de la ville insurgée. An siège de Toulon, Joseph remplit les fonctions de chtef de bataillon à l'état- major généra), tandis que son frère dirigeait l'artillerie des assiégeants. Les représentants de la Convention, Gasparin. Salicclti, Robespierre le Jenne, appréciant son mérite, lui coudèrent plusieurs missions qui avaient pour objet l'approvisionnement de l'armée, et le nommèrent commissaire provisoire des guerres à Marseille, où sa famille se trouvait réunie. Il connut dans cette ville et épousa Mii« Julie Clary, fille d'un nclie négociant. Le bonheur et la fortuce qu^ll trouva dans ce mariage ne lui firent pas oublier son pays. A la campagne où il vécut avec sa famille, d'abord près d'Antibes, puis dans le voisinage de Nice, Il attendit avec impatience le départ de l'eipédition de Corse ; mais ce projet n'eut qu'un commencement d'exécution; la flotte sur laquelle il s'était embarqué De piit atteindre l'Ile. Joseph, persistant dans son entreprise, se rendit à Gènes qui était devenu QQ des asiles des réfugiés corses du parti français. Là, U ne tarda pas à se convaincre que le parti contraire, découragé par le départ de Paoli et mécontent des Anglais , n'opposerait aucune résistance aux armes de la République, et que la seule apparition du drapeau tricolore déterminerait la soumission de Tile. Sur ces entrefaites, il reçut la nouvelle de la journée du 13 vendémiaire (t79S), qui valut à son frère la place de général en second de l'armée de l'intérieur et une grande inftuence. Voici quelques extraits des lettres que Napoléon lui écrivit à cette époque.

31 décembre 479S. • J*ai reçu, mon bon ami, ta lettre où tu me fais des reproches sur mon silence ; je t'ai cependant écrit. Tu ne dois avoir aucnne inquiétude pour la famille ; elle est abondamment

pourvue de tout Tu ne tarderas pas à avoir un

consulat. Tu as tort d'avoir de Tinquiétude. Si tu t'ennuies à Gènes, Je ne vois pas d'inconvénient à ce que lu viennes à Par» ; J'ai ici logement, table et voiture à ta dispoiition. SI tu ne veux pas être comui, vieil» ici; tu choisiraa la place qui pourra te conveuir. Adieu, mou bon ami; tu serais bien hijuate de penser que Je puiaic un instant être in* différent sur ce qui te concerne; sois gai, et si tn t'eunuies, viens-t'en k Paris, où tu auras le temps de Tainuser et de faire ce qui te conviendra, i

7 février 4796. « Tu seras immanquablenient nommé consul à la première place ifui le conviendra en attendant reste à Gènes, prends une maison par* ticulière et viscliez toi. Salicetti, qui cacommisaah« du gouvernement à l'armée, et Chauvet, qui est commissaire ordonnateur en chef, t'emploieront à Gènes de manière à ne pas rendre ta demeure dans cette ville onéreuse h ta fortune et inutile à la patrie..... Mon intention est que tu restes à Gènes à moles que Salicetti ne t'emploie à Livourne. Tout cela ne sera que provisoire ; tu auras bientôt un consulat. Bien ne peut égaler l'envie que j'ai de tout ce qui t)eut te rendre heureux. *

Deux mois après cette seconde lettre, Napoléon prit le commandement en chef de l'armée d'Italie. Joseph se hâta de le rejoindre et assista à la première partie de la campagne qui se ternûoa par rarmisticc de CUerasco (5 floréal 1796). Son frère le cliargea d'accompagner Juuot qui portait à Paris les drapeaux conquis , et de faire valoir auprès du Directoire les raisons pour conclure immédiatement la paix avec le Piémont. Les directeurs accueillirent avec de grands égards le frère du général victorieux , et le ministre des aflaires étrangères, Charles Delacroix, lui proposa la place d'ambassadeur auprès de la cour de Turin. Joseph déclina cette offre et repartit pour l'Italie avec sa bdlo-scjeur José* pliine. « En traversant la Savoie, dit-il, nous fîmes la rencontre d'un jeune militaire blessé. Il nous Ht un récit toucliant, que je me plus à écrire pendant la nuit que je passai è la Novelaise. » Ce récit est une petite pastorale qui fut imprimée dans le temps, sous le titre de Moina. Napoléon, déjà maître d'une partie de l'Italie et occupant Livonme d'où il était facile de passer en Corse^ pensa à reprendre son lie natale sur les Anglais. Quelques centaines d'hommes, sous les ordres de Gentilli, ancien lieutenant de Paoli, suffirent à cette conquête qui coûta à peine quelques coups de fusil. Joseph Bonaparte eut mission avec son ami Miot, commissaire du gouvernement, d'organiser llle. Il s'acquitta de cette tâche avec beaucoup d'impartialité. Au retour de cette mission qui dura ti-ois mois, il fut nommé résident de la Répablique auprès du duc de Parme (mars 1797). Ce poste secondaire était un acheminement à des fonctions plus élevées. Le Directoire le nomma ministre plénipotentiaire à la cour de Rome, le

IHAPOLÉON (Joseph)

6 mai 1797, et ambassadeur près de la mèine cour, le 15 mai suivant. La position de Tambassadeur était délicate. D'un c<)té le pape Pie YI» forcé de subir le traité de Tolentino, désolé des dures conditions qui lui étaient imposées, craignant qu'elles fussent un premier pas vers une spoliation complète, se déflait de Tenvoyé de la République ; d'un autre cdté, le parti peu nombreux mais remuant qui voulait renverser la papauté, comptait ou affectait de compter sur lui, et le compromettait par des démonstrations inopportunes. Le gouvernement pontifical envenima encore une position fAcheuse en donnant le commandement de Tarmée papale au général autrichien Provera. A celte nouvelle. Napoléon, qui dirigeait d'une manière absolue les affaires d'Italie, ressentit une violente colère contre la cour de Rome. 11 écrivit à son frère une lettre qui, comme le dit très-bien M. Du Casse, « est d'une haute importance et donne la clef de la politique que le jeime général en chef comptait tenir en Italie. » En void les passages les plus .Mgnificatifs :

t Exigez non-seulement- que M. Provera ne soit point général des Iroupes romaines , mais que sous > ingt-quatre heures il soit hors de Rome. Déployez un grand caractère. Ce n'est qu'avec la plus grande fermeté , la plus grande expression dans vos paroles que vous vous ferez respecter de ces gens-là : timides lorsiiu'on leur montre les dents, ils sont fiers lorsqu'on a trop de ménagements pour eux.

f Si le pape était mort, vous devez faire tout ce (jul tous est possible pour qu*on n*en nomme pas un autre, et qu'il y ait une révolution. Le roi de Napies ne fera aucun mouvement ; s'il en faisait lorsque la révolution serait faite et le peuple déjà constitué, vous déclareriez au roi de Napies, à l'instant où il franchirait les limites, que le peuple romain est sous la protection de la République française.

c Si le pape est mort, et qu'il n'y ait aucun mouvement à Rome, de sorte qu'il n'y ait aucun moyen d'empêcher le pape d'être nommé, ne souffrez pas que le cardinal Albani soit nommé. Vous devez employer non>senlement l'exclusion, mais encore les menaces sur Tesprit des cardinaux , en déclarant qu'à l'instant même je marcherais sur Rome. >

L'hypothèse de la mort du pape ne se réalisa pas, et Napoléon quitta l'Italie pour se rendre au congrès de Rastadt. A Rome la position devint chaque jour plus difficile entre la cour pontificale et l'ambassadeur de la République. Dans la nuit du 28 décembre 1797, des insurgés peu nombreux et portant la cocarde tricolore tentèrent un mouvement qui fut promptement réprimé par les dragons du pape. Joseph a toujours affirmé qu'il était complètement étranger à cette tentative; malheureusement la manifestation recommença le lendemain (29 décembre). Les troupes pontificales poursuivirent les insurgés jusque dans les cours du palais de l'ambassade française et firent plusieurs décharges. Joseph, accompagné de plusieurs officiers, entre autres du brillant général Dophot qui devait épouser le lendemain sa bellesœur M»c Clary, intervint pour faire cesser l'ef-

fusion de sang. Duphot se jeta an milieu des soldats pontificaux pour leur demander de cesser le feu ; il fut à l'instant saisi et massacré. Josepli lui-même courut les plus grands dangers. Il de< manda immédiatement ses passeports, partit pour Florence et se rendit de là à Paris, tandis qu'une armée française allait venger ^ Rome le meurtre de Duphot. Il trouva à Paris son frère Napoléon qui fut contrarié du résultat de son ambassade. Le Directoire au contraire lui ténKHgna sa satisfaction et lui fit entrevoir l'amttassade de Berlin. Joseph préféra entrer au conseil <ies Cinq-Cents dont il venait d'être élu membre par le dé|)artement du Liamone (Corse). Son râle dans cette assemblée fut sans importance. Il craignait, dit-il, de porter ombrage au Directoire et de noire à son frère alors en Egypte, et dont le sort dépendait encore des directeurs. Il sortit dn Conseil en 1799 ,et alla jouir de la vie de famiiie dans la belle campagne de Morlfontaine, qo'O avait achetée à quelques lieues de Paris. Ce fut là qu'une lettre du directeur Gohler lui apitrit que son frère Napoléon était débarqué à Fréjas. Cette nouvelle n'était pas inattendue pour loi. Le 5 octobre, il avait dit à son ami Miot qae le retour de Napoléon était prodiain. Miot ajoute que Lucien et Joseph étaient parvenus à faire .^• gner parle Directoire parmi d'autres papiers, et sans que celui-ci s'en doutât, l'ordre au géocTal Bonaparte de revenir en France, et qu'ils avaient réussi à envoyer cet ordre à leur frère. Le fait ainsi présenté est peu vraisemblable. Joseph se contente de dire qu'il expédia en Egypte un Grec nommé Bourbaki portant au général Bonaparte avec des renseignements précis sur la sttuatioa politique l'invitation de revenir. Dans la préparation du coup d'État de brumaire , Joseph eut une assez grande part. Ce fut lui qui amena Moreau à Bonaparte, et qui, par l'intermédiaire de Cabanis, fit les premières ouvertures à Sicjès. Dans la journée même du 19 brumaire, il u>ut pas à se montrer, et le rôle décisif appartint à Lucien. Il refusa on ministère et consentit se»l^ ment à être membre du Corps législatif, et bieotiM après du conseil d'£tat. Sa participation aux pr^ miers événements du consulat fut peu sensible; il parait cependant qu'il exerçait une lnfl>ien<je réelle, n J'étais, dit-il, plus propre que tout autre à éclairer le premier consul, puisque j'étais resté en dehors de l'administration active de soo gouvernement. Je voyais beaucoup de monde à la ville et à la campagne, et, libre de tous détails, je me faisais une étude suivie d'observer et de deviner quels étaient véritablement les v(ru\ et les désirs des diverses classes de la société. Combien de fois n'ai-je pas été consulté sur une mesure d'administration ou de législation, poar savoir quelle était l'opinion de telle personne de bon sens, de telle classe de la sodété, à Paria, à Lyon, à Marseille ! » Joseph^ honnête, éclairé, ce rapprochant par ses idées des députés lik" raux et modérés de la Constituante, avec des ma-

nièrcs élégantes et dignes qui rappelaient l'ancienae cour, était parfaitement propre à cette œoTre de conciliation qui consistait à réunir autour du premier consul les hommes les plus sages de tous les partis. Mul aussi n*était plus capable que lui de représenter la France auprès (les gouvernements étrangers et de bien conduire ces négociations pacifiques qui sont restées une des gloires du consulat. Napoléon discerna fite cette aptitude de son frère. Dès le printemps de 1800, il le nomma membre de la commission ctiargée de rétablir la bonne harmonie entre la France et les États-Unis. Joseph négocia eosuite aTec M. de Ck)benze} la paix avec TAnt riche signée à Lunéville, le 9 février 1801. Presque aussitôt après son retour de Lunéville, il eut mission de traiter avec les envoyés du pape ie rétablissement des rapports religieux entre la France et ie saint-siége. Le concordat fut signé <)ans son hôtel de la rue du faubourg Saintlionoré. Les négociations d*Amiens suivirent de près. Les bases d*on traité de paix avaient été posées en Angleterre, mais il restait, pour rendre !e9 préliminaires déBnitifs, à régler i)eaucoup de questions relatives à la navigation, au commerce, a l'évacuation de Malte par les Anglais, au payement des frais d'entretien des prisonniers de «uerre. Joseph apporta nn excellent esprit dans ces transactions , dont les détails appartiennent à riiistoire générale plutôt qu'à la biographie, et il trouva dans le plénipotentiaire anglais , lord Cornwallis, Thomroe le plus loyal et le plus contiliant. Les négociations aboutirent donc k un heureux résultat, et la paix d'Amiens fut signée 1^25 mars 1802. De retour à Paris, Joseph vit iOQ frère s'acheminer dSine magistrature temporaire et limitée h un pouvoir absolu et héréditaire. Cette politique ardemment ambitieuse nveilla sa propre ambition, assez grande quoique leu active. Il pensa que son âge lui assignait la )»remière place après son frère, et chaque fois que ce droit fut mis en question, il se montra iAtrémeroent jaloux de le maintenir. Dès qu'il s'agit de transformer le consulat à vie en empire, la grave question de l'hérédité se présenta et 'oiiicTa dans la famille du premier consul des «dissensions auxquelles Joseph prit une part plus vIyc qu'on ne l'aurait attendu dç son caractère 'loQx et patient. La perspective du trône lui fit m peu oublier son abnégation philosophique. Les Mémoires de Miot, l'ami et le confident intime de Joseph, ont éclairé cette page de l'histoire impériale d'une lumière complète, et on peut dire cxtessive, en ce sens que Miot a soigneusement noté pour la postérité des propos tenus dans un nu>ment d'irritation et bien vite oubliés. H serait injuste de donner à ces emportements passagers une portée qu'ils n'eurent jamais. On ne saurait, P*r exemple, regarder comme l'expression d'on aliment sérieux les paroles suivantes dites par Joseph à Miot qui lui conseillait l'obéissance :

< Il ue me trompera plus. Je suis las de sa tyran-

( JOSBPH ) 448 (»»)

nie, de ses vaines promesses, tant de fois répétées et Jamais réalisées. Je veux tout ou rien : qu'il me laisse simple particulier ou' qu'il rn'ofTre un poste qui m^assure sa poissance après lui; alors je me livrerai, je m'engagerai ; mais, s'il s*y refuse, qu'il n'attende rien de moL N'a-t-il pas assez du funeste pouvoir qu'il exerce sur la France , sur l'Europe , que sou insatiable ambition a troublée, sans me tratuer après lui en esclave soumis?.... Uais je suis homme, et je veux qu'il s'aperçoive qu'on peut oser ue pas céder à ses caprices..... Je me réunirai à Sieyès, à Moreau même, s'il le fant, à tout ce qui reste en France de patriotes et d'amis de la liberté pour me soustrait-e à tant de tyrannie (I). *

Ces paroles, quelques autres encore plus fâcheuses à propos du divorce avec Joséphine auquel Joseph poussait son frère dès 1803, ue doivent pas être prises à la lettre. Aussi, sans révoquer en doute la véracité du comte Miot, nous ne ferons usage de ses Mémoires qu'avec beaucoup de réserve. Le résultat de ces querelles domestiques est seul à noter. Napoléon, qui avait d'abord voulu laisser indécise la question d'hérédité, qui ensuite avait voulu reconnaître pour héritier le fils de Louis, finit par faire entrer ses deux frères Joseph et Louis, tout en se réservant de revenir au fils de Louis au moyen de l'adoption. Après avoir accepté Joseph {Kjur son successeur éventuel. Napoléon exigea qu'il devint militaire et l'envoya, au mois d'avril 1 804 , prendre avec le titre de colonel le commandement du 4* régiment de ligne au camp de Boulogne. Quel*ques mois auparavant Joseph avait refusé avec beaucoup d'obstination la place de président du Sénat^ qu'il ne jugeait pas compatible avec ses droits dynastiques. Napoléon, devenu empereur, songea à ériger la Lombard ie en royaume et offrit cette nouvelle couronne à son frère, h condition qu'il renoncerait h ses droits éventuels à la couronne de France. Joseph s'y refusa absolument. L'année suivante (1805), il fut placé à la tête du gouvernement en l'absence de Napoléon qui faisait la guerre en Allemagne.

Depuis trois mois il s'occupait avec zèle d'une administration rendue difficile par la crise financière, lorsqu'il reçut (janvier 1806) l'ordre d'aller prendre le commandement des troupes destinées à envahir le royaume de Naples. La faible et perfide cour de Naples était incapable de résister à l'orage qu'elle avait provoqué en manquant à ses engagements d'une manière aussi coupable qu'im* prudente. Joseph, averti par une lettre de son frère qu'il allait conquérir un royaume pour luimême (2), franchit le Garigliano, le 8 février, à la

(1) Mémoires df Miot, t. II, p. US, US.

\l\ • Mon frtrp, loi écrivait Napoléon, 19 janvier 1808, mon Inlenltan est que dans les premier» jonr* de février vous entriez dans le rojaome de Naples, et J'entends que vous m'InslruiMex dans le courant de février que nos drapeaux flottent «or les mnrs de celle capitale. Vous ne ferez aucune suspenitlon d'armea et n'entendreï à aucune capitulation. Mon Intcnllon e«t que lea Boarbon» aient cessé de n»gner à Nnples ; Jn veut asseoir sur ce trône un prince de ma maison ; vous d'abord si cria vous convient ; un autre si cela ne vous convient pas. •

Icle d'uoe armée de quarante miUe kMmnescoeftmandée par Masséna et Reynier, et, le 15, il entra dans Ifaples, que la cour avait abandonnée précipitamment pour se retirer en Sicile, n ne renrx>ntra pas d'abord de grandes difficultés. Gaéte et Ci?itella del Troato exigèrent un siège, et la Calabre restait encore occupée par quatorze mille T^aiwlilaÎDS; mais tout le reste du pays acceptait la domination française. Les aonvenirs encore récents de l'horrible réaction qui avait marqué le retour des Bourbons , en 1799, assuraient aux nouveaux maîtres de Maples Tassentiment de la partie la plus éclairée de la population. Joseph, laissant ses lieutenants, Saint-Cyr à Civitella, Masséna à Gaëte, Reynier en Calabre, achever la conquête du royaume, s'appliqua sérieusement à Tadministration intérieure qui exigeait les plus grands soins. Les Bourbons fugitifs avaient à dessein tout désorganisé; ils avaient en surtout la prévoyance d'emporter les fonds des caisses pnbllqnes.. Joseph trouvait des finances rainées lorsqu'il avait le plus grand besoin d'argent pour payer ses troupes; car Napoléon n'entendait pas faire supporter à la France les frais de la conquête de Maples (1). Il .fallait rétablir l'ordre »

(t) Mlot, ami de Joseph et destiné à être un de ses ml- Dbtres, rrçut en partant de Paris les Inslrucilons de Napoléon; elles KMit carieuses et méritent d'être citées. « Vous allez partir pour rejoindre mon frère. Tons M dfrez que Je le fiis nt de Naples, qu'il restera graad âefr* teur et que Je ne elisAge rien à ses rapports avec la France. Mata dites-lui bien que Is moindre hésitation, la moindre Inixrtittide le perd entièrement..... Tous les sentiments d*afrectlon cèdent actuetlement i la raisiui d'État Je ne reconnais pour parents que ceux qui me serf cnt. Ce n'est point au nom de Bonaparte qu'est attaetiée ma fortune, c^est au nom de NspoMon..... Je ne puis aimer sujourd'hui que eeus que J'estime. Tous les Uens, tous les rapporta d'enfance. Il faut que Joseph les nubile. Qu'il se tasse estimer 1 Qu'il acquière de la gloire! Qu'il se fasse casser une Jambe à la guerre ! alors Je l'estlm»ral. Qu'il renonee à toutes ses vieilles Idées ! Qu'il ne redoute plus la fatigue I Ce n'est qn'en la méprisant qu'on devient quelque ciiose. Voyez, moi, (a campagne que Je Tleos de faire, Fagltation et le mouvement n'ont engraissé. Je crois que si tmis les rois de l'Europe se coa* Usaient contre mol. Je gagnerais une panse ridicule.

M Je donne A mon frère une belle occasion. Qu'il gouverne sagement et avec fermeté ses nouveaux États I Qnll se montre digne de toat ce que Je lui donne t Mais ce n'est rien d'être a Ifapics où vous le trouverez sans doute arrivé, car Je ne crois pas qu'il y ait eu de résistance. Il fsut encore s'emparer de la Sicile. Qu'il pousse cette guerre avec vigueur ! qu'il se montre souvent a la tète des troupes 1 qu'U soit ferme 1 c'est le seul moyen de se faire estimer du soldat. Je lui laisserai quatorze régiments dinfjnicrte, cinq de troupes à cheval, A peu près quarante mille hommes. Qu'il m'entretienne cette partie de mon armée : c'est la seule contribution que Je lui demande. Mais surtout qu'il empêche M*** de; voler. Je veux que ce qu'il fera payer aui peuples du royaume de Naples toorne au profit de mes troupes et de i'Ktat et ne vienne pas cnaraisscr des fripons. Ce que M*** a fait d-ins les États vénitiens est épouvantable. Cela n'est point une affaire terminée encore. Qu'il le renvoyé donc k la première preuve qu'il aura de ses friponneries i Je ne crsins pas les généraux et Je ne les ménage pas. Quant k Sallceltt. J'ai déjà mandé é mon frère qu'il ne le laisse pss autant voler. Je n'ai pas voulu le lui refuser : c'est un homme d'esprit qui pourra lui être utile. Surveillez ces deiii hommes et ne laUsez pas déshonorer le caractère de mon frère. Il vous fera ministre de la guerre. Vous avez entendu : Je ne puis plus avoir de parents dans l'obs-

NAPOLÉO.N (Joseph)

créer des ressovrees et ne pas méesnAenter le )Ay&. Josepb ap|)ortait dans raecompUssemeot de cette tâche ée riotelligence et d'exceUcoki intentions. Ce prince» qui avait eu dans sa jeanease sa période assez vive de républicanisme, avait gardé un fonda d'idées libérales. Le rùie d'un roi philosophe lui souriait- De plus il atait partagé son amilié entre quatre hommes distiagués qoi ne pouvaient que le oonfijrmer âasu m idées : Jaucourt, Readerer, Stanislas Girardia d Miot II foma un oMuislère cen^oeé en maionlé de Napolitaiiis, et où ne figjuntMnt que deux Français , Miot comme ministre de la guerre et Saltcetti comme ministre de la police. U s'efforça de gjagner l'attachement de ses futurs sujets a contribuant à leur bien-être et en les gouvenusl avec douceur. Napoléon n'approuvait |»as tàk indulgence; dans des lettres presque journalières écrites k son frère, ii ne cessait de lui rcpéltf qu'il fallait administrer avec pHis 4t fermdé, désarmer la population de Kaples , Caire (aaSiti impUojFAhlement les laizaronis qui donnaient des coups de stylet, en imposer à la populace itsUeBoe par une terreur salutaire et avant tout payer ses troupes. £n vain Joseph lui représentait Yëal d'un royaume dans lequel le commerce éUit éteint» les ports bloqués et d'où les principaux propriétaires avaient fui en emportant tnol l'argent qu'ils avaient pu ramasser; en vain il lui apprenait qoe la reine Caroline avait extorqué par anticipation le payement des impôts et qu'à Naples une immense population habituée à vivre des bienfaits de la cour mourait de misère. A ces représentations Tempereur répondait :

s Mou frère, Je vois qœ par nne de vos proch* mations vous promettez de n'imposer aucaw cob> tribution de guerre s que vous défendez que les soidaU exigent la table de leurs hôles. A mo« avis tobs prenez des mesures trop étroites. Ce n'nt pas ni cajolant les peuples qu'on les gagne, et ce n'est {âs avec ces mesures qve vous vous donnerez les moyens d'accorder de justes récompenses à votre année. Mettez 50 millions de eoDtrtlmttoiis sur le roraïuae de Naples : payez bien votre amée. Quant à moi, il serait par trop ridicule qne la conquête de Kaples ne valût pas du bien-être f t de l^aisauce k mou armée. Il est impossible que vous vous teniez dansœ limites- Ik... Vos proclamations an peuple de Napk* ne sentent pas assez le maftre. Tous ne gagnero rien en caressant trop. Ces i)eu]>les d'Kalie et es général les peuples, s*ib n'aperçoivent pasde inaiirs, sont disposés à U rébellion et à la mutinerie. *

Au milieu des emlmrras que lui créaient la situation du pays et la politique impérieoje de son frère, Joseph reçut le décret daté du 30 mars 1806 qui le nommait roi de Naples, en loi coaservant le titre de grand électeur qu'il avait reçu à la formation de l'Empire français, et en réservant ses droits de succession au trdne impérial.

cuff te. Ccnx qui ne s'élèveront pas avec moi ne seroat plus de ma faniUle. J'en fais une famille de rois on plutôt de vice-rots, car le roi d'Italie, le roi de Naples et d'anir» encore qne |e ne nomme pas seront tous rattaches a * sjstème lédératil. » Mlot, Mémoires, L II, p. SS6.

Ce décret loi arriva le 13 avrii, tandis qo'Uparcoonit les Calabreft, réeemmeiit oooqntses par Reynier. Le I i mai il fit son entrée fiolenoelle à ?Uples. Depaift deux mois les afiaires oc s'étaient pas aoiéliorées. Bien loin de pouvoir conquérir la Sicile, comme Napoléon l'avait espéré, les Français avaient de la peine à s'établir soli<]enent dans le royaume de Maples. L'Ile de Capri aiait été prise par les Anglais ; Gaëte résistait aai attaques de Masséna. Joseph se rendit de- Tant cette place pour h&ter le siège (28 juin ). Presque an même moment un grave accident arrivait dans la Calabre. Le général anglais Stuart débarqna avec sii mille hommes sur la côte de Sainte-Kophémie ; Reynier l'attaqua imprudemment avec des troupes moin^ nombreuses et fa* tigoées, fut battu (3 juillet) et se retira à Catanzart». A cette nouvelle; une insurrection générale éclata dans les Calabres et atteignit la Basil icate. Les soldats français isolés ou dispersés dans de petits postes périrent égorgés avec d'horribles raffinements de barbarie. Indigné de ces atrocités, le général anglais Stuart s'efforça d'y mettre on terme. Il promit dix ducats (44 f.) pour chaqne soldat, et 15 ducats (66 f.) pour chaque officier qui seraient amenés sains et àaofà à son quartier général. La générosité de Stuart sauva la vie à un certain nombre de Français; mais l'armée entière se serait trouvée dans im grand péril , si la capitulation de Gaëte (18 juillet) n'avait permis au corps de Masséna d'aller au secours de Reynier. Les deux généraux soumirent les Calabres et forcèrent les Angiaii à retourner en Sicile. 11 ne fallail pas songer à s'emparer de l'Ne; mais Joseph, désormais possesseur tranqnilie de la partie continentale des Deux-Sicîles, pot vaquer aux soins difficiles de l'administration de ses États. Il écrivait à son frère: « Quelque chose que je puisse dire. Votre Majesté ne peut se Caire une idée de l'état d'oppression, de barbarie, d'avilissement dans lequel ce royaume était. » Ces paroles ne sont point exagérées. Les Bourbons de Naplesayaient conservé le système féodal et le système monastique avec tous leurs abus. La police était tyrannique et cruelle. La liberté individuelle D'eiifilait pas. Le chef de la police, qui avait en naème tem|}s la surintendance de la justice criminelle, exerçait un pouvoir sans bornes. 11 annulait k son plaisir les arrêts des tribunaux , et infligeait sans appel des amendes , des châtiments corporels et même la peine de mort. Les priions placées dans les quartiers les plus populeox de la cité étaient horriblement insalubres. Les geôliers, choisis en général parmi les agents de police (s6irri), se fai<aient un jeu des souf* frances et de la misère des prisonniers. Comme on ne tenait ^s de registres, des innocents pas- SMent des années en prison à câté de scélérats que l'oubli préservait du châtiment. L'administration financière était ruineuse et insuflisante. Les impôts étaient si mal assis qu'ils pesaient ,

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d'un poids accablant sur les classes laborieuses sans profiter ni aux classes laborieuses ni à TÉtaL Joseph, désirant porter remède à tant de maux, se mit à Tœuvra et il efTectua tout le bien q«e lui permirent d'accomplir des circonstance singulièrement défavorahles. Il abolit la féodalité, réforma les ordres monastiques, organisa sur des principes de régularité et d'équité Tadministratioa municipale et la justice, étal)lit l'assiette des impôts sur d'excellentes bases, et assura le fonctionnement des finances par la création des caisses de rentes d'amortissement. 11 développa l'instructioo, et donna une impulsion active aux travaux publics. Ces perfectionnements apportés dans toutes les branches de l'administration eurent lieu dans un pays récemment conquis , oà l'insurrection vaincue avait dégénéré en brigandage , où il fallait maintenir une armée nombreuse, où le gouvernement trouvait très-peu d'agents habiles et fidèles. Ces circonstances expliquent pourquoi avec d'excellentes Intentions Joseph ne donna pas à son auvre tonte la perfection désirat>le. Le sévère Colletta, dans on sombre tableau à la manière de Tacite, a dit : « On abolissait la féodalité et on fondait des domaines féodaux; on publiait un code judiciaire et on multipliait les commissions militaires, les tribunaux d'exception; on flétrissait les spoliations des Bourbons, et on dépouillait les possesseurs de fermes, les acheteurs d'offices civils , les fondations pieuses ; on parlait avec horreur des pratiques de la police de Vaoni , avec exécration des jugements du Spéciale, et l'on accomplissait de pires jugements et de pires pratiques. Il semblait que sur les ruines des erreurs détruites on voulût élever un édifice de ruines égales. » Après cette sombre peinture, le même historien ajoute : « Mais on voyait, et sans mélange de mal, les couvents réformés, la propriété divisée, le nombre des propriétaires augmenté, rinfiuence de la papauté abaissée, l'égalité entre les citoyens établie, le mérite apprécié, les sciences restaurées, les savants respectés, la civilisation avancée. Les erreurs dont nous avons parlé plus haut trouveront leur excuse dans les nécessités de la conquête, de la guerre, de la révolte; citaient des maux graves, mais passagers. Les institutions et les lois, seules clioses qui durent, étaieut conformes aux besoins de la société et à l'opinion du siècle. » 11 semble qu'un prince, qui dotait un pays conquis d'avantages si grands et si durables, aurait dô recueillir la rec4>nnaissance et le respect de ses sujets. La partie la plus éclairée de la population accepta, il est vrai, avec faveur le nouveau régime ; mais des révoltes fomentées par la cour de Sicile continuèrent à troubler l'ordre public, et d'odieuses conspirations obligèrent Joseph à des actes de rigueur, qu'il modéra autant que possible et qui répugnaient absolument à son caractère. Le 30 janvier 1808, une explosion fit sauter une aile du palais de Salicetti, mi-

nistie de la police. Salicetti, sa fiile et son gendre, ie duc de Lavello, furent plus ou moins gravement atteints. L'explosion avait été causée par une machine chargée de trente kilogrammes de poudre. .Les auteurs de ce crime, accompli à

I instigation de la reine Caroline, si Ton s'en rapporte aux révélations de Yiscardi , se sauvèrent presque tous en Sicile. Plusieurs furent condamnés à mort; Yiscardi, le révélateur, obtint grâce de la vie. On voit contre quelles passions réroces Joseph avait à lutter. Sa douceur naturelle n'en fut point altérée, et son frère dut lui rappeler plus d'une fois qu'une clémence excessive avait ses dangers. <( 11 ne faut pas perdre de vue , lui écrivait-il , que la force et la justice sévère sont la bonté des rois. Vous confondez trop la bonté des rois et la bonté des particuliers. » Joseph reconnaissait la justesse de ces conseils et ne les suivait pas, et à son tour il se permettait des conseils qui n'étaient ni moins justes ni plus écoutés. La correspondance des deux frères, dans cette période marquée par les victorieuses campagnes de Prusse et de Pologne (1806-1807), est certainement intéressante. L'un s'y montre dans toute sa grandeur, dans l'immensité de ses desseins et l'inépuisable fécondité de son génie, l'autre s'y montre dans sa modération timide et nn peu molle.

Après la paix de Tilsitt, Napoléon résolut de faire un voyage en Italie. Joseph, dès qu'il fut instruit de ce dessein, le pressa de venir à Naples, et ne pouvant l'y décider, il exprima le désir de se rendre lui-même à Paris. L'empereur n'y consentit pas et lui donna rendez-vous à Venise. Dans cette entrevue, qui eut lieu le 2 décembre 1807, il fut surtout question de Lucien, que Napoléon désirait rattacher à la grandeur impériale ; mais il ne fut riai dit des dissensions de la famille royale d'Espagne, dissensions qui venaient d'éclater avec violence et dont l'empereur songeait déjà à profiter dans l'intérêt de sa politique (1). Joseph fut chargé de visiter Lucien à Modène et de le préparer à un rapprochement.

II eut peu de succès dans cette négociation , et retourna à Naples, où il s'occupa des préparatifs «l'une invasion en Sicile, devenue plus facile depuis que les Anglais avaient dirigé sur Gibraltar une grande partie de leurs troupes. Le détroit resserré qui sépare la Sicile du continent eût été un faible obstacle si les Français avaient possédé tout le littoral de la Calabre; mais les forteresses de Scylla et de Reggio étaient encore au pouvoir des Anglais. En attendant la prise de ces deux places, la flotte destinée à concourir à

(1) Noos avons dit , d'après M. Thiers et M. Du Casse, qoMI ne (ut pas qtiesUoa de l'Espagne dans l'entrevue de Venise. Mlol prétend le contraire | Mémoires, t. II , p. 8S0), etU affirme que les « arrangemenls qut, Tannée sulYanie, eurent lieu à l'éyard de l'EspaRne. et doiil les funestes conséquences portèrent une première et redoutable atteinte A cette prospérité qui étonnait le monde, forent arrêtés A Venise. ■ Ce témoignage est grave et mcrlle qu'on en tienne compte.

(Joseph) 448C*)

l'invasion de la Sicile fut envoyée à Corfou , et quand Scylla et Regio eurent capitulé, l'attentioo de l'empereur s'était portée snr on objet plos vaste que la Sicile. C'était un antre trône qoe Joseph était appelé à occuper et à conquérir. Aumoisd'avriliSOS, l'empereur commençai entretenir son frère des aiïaires d'Espagne; daas une lettre do 18, il lui écrivit qu'il n'était pas impossible que, dans cinq ou six jours, il Tappelit près de lui à Bayonne. C'était la prenûère fois qu'il plaçait devant ses yeux la perspective flatteuse et redoutable de la couronne d'Espagne. Trois semaines plus tard (10 mai), il lui écriât que Charles, roi d'Espagne et son fils Ferdinasd, avaient abdiqué, que la nation, par l'organe du conseil de Castillc, avait exprimé le désir qoe l'empereur donnât un roi à l'Espagne. « C'est à vous que je destine cette couronne, ajouta-til. Le royaume de Naples n'est pas ce qu'est lispagne ; c'est onze millions d'habitants, plo^ de 150 millions de revenus, et la possession de

toutes les Amériques Je désire donc qu*im-

médiatenient après avoir reçu cette lettre, toq> laissiez la régence à qui vous voudrez, le commandement des troupes au maréchal Jourdao, et qoe vous partiez pour tous rendre à BayooiK par le plus court chemin de Turin, du mont Cenis et de Lyon... Gardez dn reste le secret. > M. Thiers, qui cite cette lettre, ajoute : e Telle était la manière simple et expéditive avec laquelle se donnaient alors les couronne», même celle de Charles-Quint et de Philippe U. > Nais la couronne d'Espagne était plus facile i dooner qu'à prendre. Joseph ie sentait Taguemeat, et sans prévoir toutes les difficultés de sa nouvelle tâche, il quitta Naples avec tristesse. Il a^ait reçu la lettre de son frère le 21 mai ; il se mit en route le 23. En arrivant en France, an sortir des Alpes, il rencontra son ancien professejir du collège d'Autun, Pabbé Simon, devenu évèque de Grenoble et en Tisile pastorale dans son diocèse. Aux compliments du prélat, Josepli repondit par des paroles qui peignent mieui qw tout ce que nous pourrions dire l'état de San âme au moment où il allait prendre la couronne d'Espagne et des Indes :

I Puissent vos félicitations être d'an lieoreui tagure à votre ancien élève! paissent vos saiole.^ prières détourner les malheurs que je prévois! Qwot à moi l'ambition ne m*aveagle pas, et les joyaux de la couronne d'Espagne n'éblouissent pas ma Yor. J^ quitte un pays où je pense avoir fait qoelqoe bicti, où je nie flatte d'avoir été aimé, et de laisser aprrs moi quelques regrets. En pourra- t-il être ainsi daiis le nouveau royaume qui m'attend ? Les NapoliUiiss n'ont, pour ainsi dire, jamais connu de nationaliié : tour à tour conquis par les Normands, les espagnols , les Français, peu leur importent leurs maîtres.... En arrivant chez eax« j*ai trompé tout à faire- J'ai stimulé leur apathie naturelle, donné du nerf à l'administration, mis de l'ordre un peu jarlool. On m'a su gré de ma bonne volonté, de mes effort?. En Espagne, an contraire, j'aurai beau faire, jen^ me dépouillerai pas si compléleuient de mon titre

447 («) NAPOLÉON (Joseph)

d'étranger qn'îl ne m'en reste assez pour me faire Iiafr d'un peuple lier et chatouilteux sur le point d'honneur, d'un peuple qui n'a connu d'autres ;;uerres que des guerres d'indépendance, et qui abhorre avant tout le nom français..... Tout me pressa d*inTincibles difficultés Je vois un horizon

chargé de nuages bien sombres; ils recèlent dans leur sein un avenir qui m'effraye. L'étoile de mon fr^ ichiUllera-t-elle toujours lumineuse et brillante dans les deux? Je ne sais : mais de tristes pressenlimenls m'assiègent en dépit de moi-même; ils m'obsèdent» me dominent. Je crains bien qu'en me donnant une couronne plus belle que celle que Je dépose, Tempereur n*ait chargé mon front d*un fardeau plus pesant qu*ll ne saurait |H>rter. Plaignez» moi donc, mon ctier maître, plaignez-moi ; ne me félicitez pu. >»

Ce discours prophétique a pu être iid peu ari-aogé après coup; mais Joseph dut dire quelque c!>ose d'approchant. Il quittait avec regret la couronne de Naplcs, et il n'avait pas la force de refuser la couronne plus brillante qui lui était offerte. Napoléon, sans même attendre son arrivée à BajoDne, rendit le G juin un décret par lequel, s'appuyant sur les déclarations du conseil deCastille, il proclama Joseph roi d'Bspagnc et des Indes, en garantissant au nouveau souverain Tintégrité de ses États d'Enrope, d'Afrique, d'Amérique et d'Asie. Joseph arriva le lendemain. Son frère, allant au-devant de lui, le combla de prévenances, et le mit rapidement au courant des transactions qui avaient amené la vacance da trône d'Espagne , transactions auxquelles Joseph était resté complètement étranger et dont il n'avait connu aucun détail. La situation se présenta d'abord à lui sous un aspect beaucoup plus simple et plus flatteur qu*il ne s'y était attendu. La famille royale d'Espagne avait quitté Bayonne résignée en apparence à sa déchéance, et laissant de médiocres regrets parmi ses anciens serviteurs. Les deux partisans les plus dévoués de Ferdinand, le duc de Tlnfantado et M. de Cevallos, forent les premiers à lui offrir leurs compliments et leurs services (S juin) ; les membres de la junte constitutionnelle que Napoléon avait convoquée à Bayonne s^empressèrent de lui porter leurs félicitations. Le duc de Tlnfantado parlant en leur nom commença ainsi son discours : « Sire, les Espagnols attendent du règoe de Votre Majesté tout leur bonheur. On aénre ardemment voire présence en Espagne. » La dépntation do conseil royal de Castille, l'inquisiteur don Raymond Estenhard au nom des conseils de l'Inquisition, des Indes, des finances et des ordres militaires, le duc del Parque au nom de l'armée, O' Farrill, ministre de la guerre, d'Azanza, ministre des finances de Ferdinand, ne forent pas moins explicites dans leurs assurances de dévouement. Ces protestations étaient en partie sincères y car beaucoup d'Espagnols, témoins de Tainigeanfe décrépituie dans laquelle TEspagne était tornbf^e sous l'iuicienne dynastie, attendaient de la dynastie nouvelle la régénération de leur

44S (W) pays. Dans la seconde quinzaine de juin, la junte réunie sous la présidence de M. d'Azanza discuta et sanctionna, avec quelques modifications, le projet de constitution préparé par Napoléon et ^ui donnait à l'Espagne un sénat de vingt-qualre membres, des cortès composées de 172 membres, et devant se réunir au moins tous les trois ans. Ces mstitutions représentatives, peu énergiques sans doute, n'en étaient pas moins un progrès réel pour l'Esi^gne. Tandis qu'on préparait la constitution de son nouveau royaume, Joseph fit ses adieux à ses anciens sujets en leur envoyant une constitution du même genre, qui arriva à Naples le 2 juillet et ne fut jamais appliquée. Le 8 juillet, il abdiqua la couronne des Deux-Siciles. La veille, il avait prêté serment à la constitution espagnole et reçu le serment de la junte. Le lendemain, 9 juillet, il quitta Bayonne pour l'Espagne, après avoir composé son ministère uniquement d'Espagnols qui avaient été presque tous ministres de Charles IV et de Ferdinand : MM. Urquijo, Cevallos, Azanza, O' Farrill, Jovellanos, Pinuela, Ma-Aarredo. Sa maison se composa également des grands seigneurs qni naguère servaient Ferdinand : les ducs de rmfantado, de Prias, de Hijar, del Parque, etc. Enfin à toutes les adhésions que nous avons énumérées, il faut joindre celle de Ferdinand lui-même qui, par une lettre dalée de Valençay, 22 juin, félicita Sa Majesté catholique sur son avènement au trône d'Espagne et la pria d'agréer son serment de fidélité. Telle était la situation officielle , quand Joseph mit le pied sur le sol espagnol ; la situation réelle était bien différente. Pendant les mois de mai et de juin, une insurrection formidable avait éclaté contre le gouvernement que Napoléon voulait imposer à l'Espagne. Les Asturies, la Galice, la Vieille-Castille, l'Estramadoure, l'Andalousie, les royaumes de Murcie et de Valence, la Catalogne et TAragon s'étaient soulevées. L'armée régulière avait été entratnée par le mouvement populaire. Les forces françaises dispersées dans le nord et dans le centre de la Péninsule , peu nombreuses (soixante à soixante-dix mille hommes environ) et composées en partie de conscrits, se trouvèrent insuffisantes contre le soulèvement général. Le maréchal Moncey, qui était arrivé jusqu'aux portes de Valence, dut se replier sur Madrid ; le général Dupont, qui avait saccagé Cordoue, essaya vainement d'aller dégager la flotte française enfermée dans Cadix, et bientôt forcée de capituler; il dut se retirer sur Andujar. Au nord, Saragosse fournissait h l'insurrection un point d'appui menaçant pour la ligne de l'Èbre. Enfin une armée espagnole, sous les ordres de La Cuesta, menaçait de fermer au nouveau roi l'accès de sa capitale. Des renforts (quarante à cinquante mille hommes), envoyés au mois de jain, permettaient aux Français de se maintenir, mais leur donnaient à peine l espoir de porter un coup décisif à insurrection. Telle était la situation que Joseph avait à peine entrevue à Bayonne et qui se révéla à lui aussitôt

NAPOLÉON (Joseph)

qu*il eat mis le pied sur le sol espagnol. Ses premières impressions à Iran, à Toiosa, à Vittoria farent désotantes ; il remplit ses lettres de plaintes qai étaient autant de reproches indirects contre son frère. L'empereur sentant sans l'avouer l'étendue de sa faute répondit aux affligeantes pré- Tîsrons de Joseph avec une douceur inaccoutumée; mais surpris lui-même par la rapidité des événements, il ne put pas envoyer les renforts nécessaires et la situation s'aggrava de plus en plus. Quelques extraits des lettres de Joseph donneront une idée de cette progression de malheurs. (1 ne faut pas oublier qu'il était parti le 9 juillet; il écrit le 10 : « Il y a beaucoup à faire pour conquérir l'esprit de cette nation ; avec de la modération, de U justice, cela sera possible, surtout dès que les insurgés auront été t>attos. >• Le 11 : ■ L'esprit est partout très-mauvais,. Nous ne possédons que des proTinces pauvres, rien n'entre an trésor. » Le 12 : « Tarrive dans cette Tille (Vittoria) où j*ai été proclamé hier. L'esprit des habitants est très - contraire à tout ceci... Personne n'a dit jusqu'ici toute la vérité à Votre Majesté. Le fait est qu'il n^ a pas nn Espagnol qui se montre pour moi, excepté le petit nombre de personnes qui ont assisté à la junte et qui voyagent avecrooi. Les autres, arrivés ici et dans les autres villages avant Rioi , se sont cachés , épouvantés par l'opinion unanime de leurs compatriotes, v La brillante victoire du maréchal Bessières sur les troupes de La Coesta (14 juillet) ouvrit à Joseph la route de Madrid, mais ne lui apporta qu'une satisfaction passagère. U écrit le 18 : « Il paraît que personne n'a voulu dire l'exacte vérité à Votre Majesté. Je ne dois pas mol la lui cacher. La besogne taillée est très-grande ; pour en sortir avec honneur, il faut des moyens immenses... 'Je ne suis point épouvanté de ma position, mais elle est unique dans l'histoire : je n'ai pas ici un seul partisan. » Le 19 : « Toutes les lettres qui arrivent de Madrid se réunissent dans la même opinion sur l'état déplorable des affaires , dont le rétablissement ne peut plus résulter que des efforts extraordinaires que fera Vdtre Miyesté... Tout ce que je lui dis n'est pas exagéré. Il fautcmquantemillehommeset 50 raillions de francs dans le plus court espace; le double ne suffirait pas dans trois mois. » Enfin de Madrid même, où il avait fait son entrée le 20 juillet, an milieu d'une population silencieuse et irritée, il écrit cette lettre qui résume les autres. 24 : « Nous n'avons blentAt plus le sou ; toutes les provinces sont occupées par l'ennemi, qui est partout. Henri IV avait un parti ; Philippe V n'avait à combattre qu'un compétiteur; et moi j'ai pour ennemi une nation de donze millions d'ha-

que fussent ses pressentiments, ils étaient eoeon au-dessous de la vérité. Au moment où il écrivait cette lettre, vingt mille Français, enveloppés entre le Goadalqnivir et la Sierra Morena, venaient de rendre leurs armes au général espagnol Castaiios (22 juillet). La capitulation de Bayla, en réduisant d'un quart reffectif disponible des forces françaises et en exaltant au plus haut poot la fureur nationale des Espagnols , fMiça Joseph d'abandonner Madrid. 11 partit te 31 jaillet, délaissé de tous les Espagnols qui s'étaient aftadMs à sa fortune, excepté Azanza, O' Farritl, Crquijo. L'armée française rétrograda lentemest sur l'Èbre et prit position derrière ce fleove à Miranda. Ces événements produisirent sur AV poléon une impression plus forte qu'il ne voolot l'avouer. Il aimait sincèrement son frère, et il s'affligeait de le voir dans une position aussi cruelle. Il semble qu'il eut un monaent Pidée d« modifier profondément ses projets sur l*EspagBe. Dans une lettre remarquable datée de Bordeaox, 3 août , il ne parut pas éloigné d'na aeeoramDdément avec les insurgés, et il ajouta oei païuJe» qui contenaient une insinuation assez claire; > Je crois que, pour votre goût particulier» vous vous souciez peu de régner sur les Espagnols. « Josepli accueilUt cette ouverture avec empressement, et dans une lettre du 9 août il proposa à l'empereur un plan qui, suivant lui, conciliait tout Joseph avec l'armée française renforcée aurait mar> ché contre les insurgés , les aurait battus, serait rentré triomphant dans Madnd, et là aurait renoncé à la couronne d'Espagne pour aller reprendre celle des Deux-Siciles. Lorsque RapoléoB reçut cette lettre, il était revenu 4 ses premiers projets. 11 avait déjà disposé du royaume de Naplesen faveur de Murât, et se croyant sôrda concours de l'empereur de Russie, il comptait reprendre en quelques mois toute la péainsuledes Pyrénées à Cadix.

Il ne restait donc plus à Joseph qu'à lenfrer dans la vie privée ou à conquérir son royaiae. Pour son bonheur il aurait dû choisir le premier parti ; son honneur, aa condescendance aux vue* de son frère lui firent préférer le second. Il resti donc dans sa position défensive de l'Èbre, attendant que l'arrivée de puissants renforts et de Napoléon lui-même permissent aox Français de prendre l'oflensive. 11 venait de recevoir comme major-général le maréchal Joardan pour lequel il avait beaucoup d'estime et d'amitié, dont il avait hautement apprécié les services à NapleSy et qui devait être pour lui, pendant cette malheureuse guerre, un conseiller intelligent «t fidèle. Les denx mois de septembre et d'octobre furent employés à réoifaniser l'amoée, à la coi-

bitants, braves, exaspérés au dernier point centrer dans la Navarre et la Biscaye et à femer

Les honnêtes gens ne sont pas pins pour moi qne les coquins. Non sire, vous êtes dans l'erreur; votre gloire échouera en Espagne (1). « Si tristes

(1) Napoléon répondit à cette lettre, a U style de votre

aox insurgés les défilés par lesipiels devaient

lettre du 14 ne me platt point. II ne s*«glt potnt de aotrlr. naU de vivre et d'ôtre victorieux; et voiuretnet le serez. Je trouverai en Espagne iei rolonnet d'Ho^ cnle, ntli non les Haltes de non pouvoir. •

déboucher les renforts eoiMMBdës par Tempe- i reur. NapoléoD arriva à Vitloria le S novembre, et doDna aax troapes françaises une impoteNin décisive qui fit plier aussitôt les années espa* gnôles. Battus à Burgos par Soult, le 10 no- Tembre, à Espinosa par Victor, le 10 et i 1, à Tudda par LaDoes, le 33, à SonioSierra par Tempereur en personne, le 30, les Espagnols livrèreot aax vainquevs la route de Madrid. Napoléon arriTa devant oelte ville le 3 décembre, et l'occnpa le 4. Pendant cette marche rapide , Joseph fut laissé complètement à Técart ; il ne lut fut pas permis de venir à Madrid et il dut résider au Pardo, à quelques lieues de la capitale. M. Thiers^ense que Napoléon, persuadé que des mestties de rignenr étaiient indispensables, voulut en assumer In respoosabilHé, et en même temps faire vivement regretter aux Espagnols un prince qui pouvait seul les soustraire anx dures nécessités de l'occupation militaire. Quel qae fût le noti/ de sa conduite, Joseph ressentit avec amertame la position humiliante qui loi était faite, snrtont qond il vit que son frère, Don coulent de le laisser étranger aux mesures de répression qui atteignaient les premières persoones de PEspagne, ne lui donnait aurane part aux décrets destinés dans l'intention du vainqueur à régénérer le pays conquis. Ainsi Napoléon, sans consulter Joseph, décida par une snite de décrets la suppression des lignes de douane de province à province, la destitution de tous les membres da conseil de Castille, et le remplacement immédiat de ce conseil par une cour de cassation, l'abofitlon du tribunal de Tinqntsition , la défense à tout individu de posséder plus d'une commanderie, l'abrogation des droits féodanx et la rédaction au tiers des couvents existant en Espagne. 11 n'y avait rien & objecter à la plupart de ces mesures sinon qu'elles auraient dû être prises par le souverain et les Cortès. D'autres mesures léi^islatives d'un mérite plus contestable ache- Tèrent de désoler Joseph et lui arrachèrent la lettre suivante, 8 décembre :

< Sire, M» d^Urqnyo me communique les mesores législalives prises par Votre Majesté. La honte couvre mon front devant mes prétendus sujets. Je supplie Votre Majesté de recevoir ma renonciation ^ tous les droits qu'elle m'avait donnés au tréne d'Espagne. Je préférerai toujours l'honneur et la probité au pouvoir acheté si chèrement. En dépit des événements. Je serai tonjoun votre frère le plu afrectionoé, votre ami le plus tendre. Je redeviens votre snjet , et attends vos ordres pour me rendre oàM plaira à Votre Malotté que Je me rende.»

Napoléon laissa cette lettre sans réponse et ne s'inquiéta pas de ce qu'il appelait la niau- Taise humeur de son frère. II était tout occupé de prendre des mesures militaires pour l'entière conquête de la Péninsule, et songeait à s'élancer sur l'armée anglaise aventurée dans la Vieille- Castille. Avant son départ, il exigea que les habitants de Madrid (15 décembre) jurassent dans

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les églises, devant le saint sacrement, appui, amour et fidélité à Joseph. Les liabitants prêtèrent ce serment, et sans doute avec sincérité , car ils avaient hAte de voir un gouvernement relier succéder à l'occupation militaire. Malheureusement, la guerre ne touchait pas à son terme. Napoléon marcha contre ks Anglais après avoir donné à son frère le titre de son lieutenant, mais en ne lui laissant qu'une autorité nominale que les généraux français étaient peu disposés à reconnaître. Le mouvement de l'empereur, quoique interrompu par son brusque départ pour la France, obligea les Anglais à une rapide retraite sur la Corogne où ils se rembarquèrent (17 et 18 janvier 1809). Le 13 janvier, le maréchal Victor remporta à Uclès , sur l'armée de l'Jnfantado, ancienne armée de Castaâos, une victoire complète qui viyigea le désastre de fiaylen. Profitant de l'impression produite par ces brillants succès, Joseph fit son entrée solonnelle dans Madrid, le 22 janvier. Il fut assez bien accueilli par une population qui exécrait les Français, mais qui n'était pas insensible à l'honnêteté et à la bonté de Jeseph. Un mois après son entrée à Madrid, le roi apprit la capitulation de Saragoaae qui s'était rendue (20 février 1809), après une des résistnnoes les plus opiniâtres dont il soit fait mention dans l'histoire. La conquête de toute la Péninsule semblait prochaine. Des trois principales années françaises, l'une,. sons les ordres de Soult , allait marcher sur Lisbonne, l'autre, commandée par Victor, devait envahir l'Andalousie, la troisième, sous le général Suchet, devait conquérir le royaume de Valence. Il semblait impossible qne l'insurrection espagnole, si souvent battue, résistât à un tel déploiement de forces. Diverses circonstances rendirent inutiles les efforts de deux cent mille Français. Les insurgés étalent presque aussi redoutables et peut-être plus gênants, vamcus que vainqueurs. Leur victoire de Baylen les avait amenés à se masser en deux grandes armées qui n'avaient pas soutenu le choc des troupes régulières de Ifapoléon. Leur défaite les dispersa en innombrables bandes ou guérillas qui, connaissant parfaitement le pays, sûres de trouver des vivres et des informations chez leurs compatriotes et des abris dans les montagnes, tourbillonnaient autour des armées françaises, les liarrassaient, les décimaient en détail, coupaient leurs communications, ioterceptaient leurs convois, et les forçaient souvent à marcher au hasard , à faire campagne sans vivres et à combattre sans munitions. Des opérations militaires précises, suivies, concordantes, étaient impossibles au milieu de ce chaos de guérillas, ou du moins pour les préparer et les diriger, il aurait fallu une autorité unique et énergique, prompte à commander, certaine d'être obéie. Malheureusement, l'autorité de Joseph n'était que nominale. Les maréchaux n'étaient placés sous ses ordres que pour la forme ; il leur était près*

NAPOLÉON (Joseph)

CT\i de continner à correspondre directement avec le maréchal Berthier, major général de l'empereur. Un pareil arrangement devait produire une déplorable confusion. Les maréchaux ressentaient beaucoup de mépris pour Joseph , beaucoup de jalousie les uns pour les autres , n'écoutaient les ordres du roi que suivant leurs caprices et leur intérêt, attendaient les ordres de l'empereur, ordres qui, datés des bords du Danube ou de la Seine, n'arrivaient jat^ais à temps ; en somme ils n'obéissaient à personne et ne s'entendaient pas entre eux. Joseph, qui n'avait pas un grand talent militaire, mais qui avait du l)ou sens, du courage sur les champs de bataille, et qui était bien conseillé par son chef d'état-major Jourdan, combinait vainement des plans; tous ses projets avortaient devant la douteuse obéissance des généraux appelés à y concourir. Ce n'était pas son seul embarras. Il aurait voulu administrer ses sujets d'une manière douce et équitable; mais quelle administration était possible dans un pays où les bandes insurgées parcouraient tous les points du territoire que les soldats français n'occupaient pas militairement! Les finances n'existaient pas; les armées imposaient des contributions qui servaient directement à leur entretien; il n'arrivait presque rien au trésor royal. Enfin, Joseph n'avait pds même le gouvernement de sa capitale. Un général français y cx>mmandait militairement , et la haute surveillance politique appartenait à un commissaire général de police, dépendant du ministère de la police de France. Joseph ayant eu la hardiesse de renvoyer ce fonctionnaire, s'attira une verte semonce de la part de l'empereur.

I Mon frère, lui écrivit-il le 21 février 1809, je vois avec peine que vous avez renvoyé le commissaire général de police de Madrid. J'ai vu avec une cKtrèmc surprise la raison que vous me donnez ((ue la constitution le prohibe. Faites-moi connaître si la constitution prohibe que le roi d'Espagne soit à la tête de trois cent mille Français, que la garnison soit française ; si la constitution prohibe que le gouvernement de Madrid soit français ; si la constitution dit que dans Saragosse on fera sauter les maisons Tune après l'autre? H faut avouer que cette manière de voir est petite et affligeante.-. Vous ne viendrez à bout de l'Espagne qu'avec de la vigueur et de l'énergie. Cette affiche de bonté et de clémence n'aboutit à rien. «

L ^empereur terminait par ces mots significatifs : « Accoutumez-vous à compter votre autorité royale pour bien peu de chose. » Le malheureux Joseph ne s'en apercevait que trop. Il répondit par une lettre digne, noble, qui mérite d'être citée ; car elle contient le prograhnme de sa royauté, s'il lui eût été permis d'être roi.

* « Je ne puis faire le bien , écrivait-il le 7 mars, snns votre confiance absolue et exclusive pour les affaires d'Espagne. C'est vous qui m'avez donné cette couronne; si vous trouvez un homme que vous jngiez plus digne que moi de votre confiance, que cet homme soit roi ; quant à moi, je ne

serai jamais que ce que ma cooicience me dira qoeje dois être. votre frère et votre meilleur ami, votre plus 6<kr allié, bon et très- bon Français sur le Irdoe espignol , fiarce que je suis convaincu que ce qui ytnt arriver de mieux pour l'Espagne et iH>or la France, c'est leur étroite union, leur intime alliance ; mais non l'asservissement de l'une à l'autre. L'Espagne asservie sera ennemie à la première occasion. L'Espagne amie et sœur le sera toujours cosam son roi sera toujours votre frère. C'est l'E^paj^nt; que je veux acquérir k la France, et la Francti TEspagne: mais pour cela il faut bien persuaiteri la plus faible que la plus forte ne veut pas en Uitt son esclave. Cette opinion est le seul ennemi qtie nous ayons à combattre ; les armes des Espagnol toinberaient de leurs mains, tons seraient à ma pieds, s'ils savaient ce qui est dans mou cœnrft): tous seraient les meilleurs amis des Français, s'ili savaient que, quoique prinee français, je* veux oe que je dois, et que Je dois les gouverner en natius

libre et indépendante Je suis aujourd'hui sur

le second versant de la vie, et je ne cfaanicerai y-a de principes à mon âge. Si vous ne pensez [>as ainsi , ma couronne mal affermie est à votre disposition. Dieu m'a enlevé celle de Naples { vous poavez reprendre celle d'Espagne. •

Celtre offre d'abdication resta sans répoost et Joseph garda sa royauté nominale. Les \uls différentes des deux frères , quant à la manière de traiter l'Espagne, Fun inclinant pour la douceur, l'autre pour la sévérité, amenèrent eolre .eux une froideur qui mit fin à leur correspondance directe. Joseph continua d'écrire à l'empereur; mais Napoléon cessa de lui répondre, et lui transmit ses ordres par l'organe d'un de» ministres français. Ces dissidences, bien ooimaes des généraux, portèrent le dernier coup à Tautorité de Joseph , et empêchèrent toute unité d'action. Malgré tant de désavantages, l'exce'leoce des troupes françaises leur donna, dans la campagne de 1809, une supériorité, noais non pas aussi décisive qu on aurait pu l'espérer. La rictoire de Victor à Medcllin (28 mars), les saocès de Sébastian! sur la Guadiana, amenèrent ks Français sur les limites de l'Andalousie; og n'attendit pour les franchir que l'annonce de l'occupation du Portugal par Soult. Ce marécbil débuta assez heureusement et s'empara d'Oporto le 29 mars; puis il perdit son temps ou l'employa à des manœuvres politiques qoi itii firent négliger le but tout militaire de son exp*^ dition. Il résulta de cette négligence qu'il fat surpris dans Oporto (13 mai) par le généra) anglais Welle^ley et forcé à une retraite prédpifce^ Ce fâcheux accident et l'évacuation de la Galiee qui en fut lasuit^amenèrent une sorte de cooeea tration des armées françaises dont on aurait po tirer parti s'il avait existé une autorité dirigeactp. Wellesley, enhardi par son étonnant succès à'O I}orto, s'aventura imprudemment en Espa^ pour se joindre à l'armée de La Cuesta. Si ie$ corps des maréchaux Ney, Mortier, Soult avaient

(1) C'étaient I& de singulières Ulasloos et qui lai|uttentaient Justement remperear.

NAPOLÉON (Joseph)

fait en temps opportun leur jonction arec le corps He Victor et les troupes que Josepli ameoatt de Madrid, Tarmée anglaise aurait infailliblement succoinl)é sous l'écrasante supériorité du nombre. Mais SouU, arec les trois corps placés sous ses ordres, n'arriva pas à temps; le roi livra aux Anglais U bataille indécise de Talavera (28 juillet), et laissant à Victor le soin de les tenir en échec , il courut défendre sa capitale contre le général espagnol Vanegas,qui fut battu à Alroonacîde (11 août). Wellesley, sauvé par le peu d'accord des généraux français, se retira tranquillement en Portugal, et Joseph qui, dans cette courte campagne, avait montré de la fermeté et de l'intelligence, rentra dans sa capitale le 15 açût. Il y trouva les embarras ordinaires de radministration.Lesgénéraux français, depuis que la retraitede WellesleyleuraYaitenlevé le seul motif qui les retint unis, en étaient venus à une mésintelligence complète ; ils ne s'entendaient que sur deux points, refuser l'obéissance à Joseph et rejeter sur lui la faute de la bataille indécise de Ta lavera. Le roi, qui avait le sentiment d'avoir fait son devoir, fut très-irrité de cette conduite, et poar la troisième ou quatrième fois, il offrit sa renonciation formelle au tr6ne d'Espagne.(27 août). Napoléon ne tint pas plus compte de cette nouvelle abdication que des précédentes , et fit faire à Joseph de durs reproches au sujet de la bataille de Talavera ; il lui enleva son major-général Joardan ( septembre ) et le remplaça par Soult. Pendant que ces événements s'accomplissaient à l'ouest et au centre, le général Gouvton Saint-Cyr achevait la conquête de la Catalogne et terminait une difficile etheureusecampagne parla prisedeGirone(l 1 décembre), ce qui ne rempéchaitpasd'êlre disgracié et remplacé par Augereau ; Suchet pacifiait l'Aragon, l'administrait habilement, et se préparait à assiéger les places fortes encore occupées par les l^spagools, avant démarcher sur Valence. Les Espagnols, que leurs défaites continuelles ne décourageaient pas, firent une tentative sur Madrid au mois de novembre; ie maréchal Mortier les mit en déroute à Ocana, le 19 novembre. Joseph voulut tirer parti de celte victoire pour conquérir l'Andalousie; il eut quelque peine à en obtenir la permission de son frère qui aurait voulu qu'avant tout on chassât les Anglais du Portugal. Enfin la permission fut accordée, et uoe armée de soixante-dix mille hommes cominandée par Joseph, avec Soult* pour major-général, franchit les défilés de la Sierra Morena (20 janvier 1810). Joseph voulait envoyer un détachement sur Cadix pour tenter la prise de celte ville faiblement défendue, et dans tous les cas pour couper la retraite aux insurgés de Sévillc. Soult fut d'un autre avis et voulut avant tout s'emparer de Séville. Il dit à Joseph : «< Répondez-moi de Séville , je réponds de Cadix. » L'avenir prouva qu'il se trompait. Séville se rendit sans résistance {f février) et Cadix résista

ISOOV. BIOGR. CÉNÉR. — T. XXXVII.

à un long siège. L'occupation de l'Andalousie parut améliorer sensiblement les affaires du roi. Joseph, appliquant son système de douceur, promit un pardon absolu, caressa le clergé et obtint de prompts et heureux résultats que le temps aurait consolidés, si une mesure de Napoléon n'avait tout remis en question. L'empereur convertit en gouvernements militaires ne relevant que de la France et tout à fait indépendants du roi d'Espagne, la Catalogne, l'Aragon, la Navarre, la Biscaye (février 1810). Son intention, de réunir ces provinces à l'empire qu'il révéla en secret aux gouverneurs militaires, Augereau, Suchet, Reille, Thouvenot, fut facilement devinée des Espagnols dont elle ram'ma l'exaspération patriotique, et de Joseph dont elle détruisit toutes les espérances. Le roi désolé laissa Soult régner en Andalousie et rentra à Madrid, dont la garnison formait à peu près toute son armée, et dont l'octroi composait à peu près tout son revenu. 11 envoya b Paris deux de ses ministres MM- d'Azanza et d'Hervas exposer à l'empereur qu'il était prêt à abdiquer plutôt que d'accepter un royaume démembré. Napoléon ne promit rien , mais se montra disposé à remettre sa décision à plus tard (1). En attendant Joseph conserva sa misérable et nominale royauté, et resta le témoin des campagnes de 1810 et 1811 ( voy, MiisséM^, Soult, Suchet, Welukgtor), qui coûtèrent à la France énormément de monde, et qui, sauf l'occupation de Valence par Suchet , laissèrent les Français dans la situation où ils étaient au mois de mars 1810. Joseph, espérant obtenir directement ce que Napoléon refusait à ses ministres, quitta Madrid le U avril 1811 et se rendit A Paris où il fut parrain du roi de Rome. A part cet honneur, il tira peu de profit de son séjour de six semaines dans la capitale de l'empire. En vain il exposa la situation avec une noble franchise et une remarquable sagacité, il ne put ramener son frère à ses idées qui auraient probablement assuré la soumission de l'Espagne. Cet exposé de la politique de Joseph est fort honorable pour lui; nous l'empruntons à M. Thiers (Hisi. du ' Consulat et de V Empire, XIII, 246 et suiv.) : « Joseph avait dit qu'il fallait d'abord qu'on respectât en lui le frère de l'empereur et le roi d'Espagne , qu'on ne permit pas aux généraux de le traiter, comme ils le faisaient, avec le dernier mépris ; que d'ailleurs ils étaient divisés entre eux, au point de sacrifier à leurs jalousies

(1] Les Mémoires de Joseph par M. do Casse contiennent beaucoup de détails sur ses négociations auprès de non frère. Sa femme, la reine JdIIp, restée en France, lui servaU d'Intermédiaire. Les lettres de la reine Jolie ne se trouvent pas dans tes Mémoires: tombées avec beaucoup d'autres papiers de Joseph au pouTOir de l'ennemi après la bataille de Vlttorla, elles furent porléea en Angleterre et n'ont pas été publiées. La Revue d^Êdimbouro. octobre lUS, en adonné des extraits qui ajoutent de nouvelles et plus sombres couleurs anx tableaux de la déplorable royauté de Josepli tracés par MM. Thier* et du Casse.

Ug

NAPOLÉOW (Joseph)

le sang de leurs soldats ; que si on voulait iui rendre la dignité convenable, rétablir l'unilé dans les opérations militaires, ennpécher les excès et les pillages, il fallait lui attribuer le coinnnandement supérieur, sauf à lui donner pour chef d'état-major un maréchal digne de confiance, et à lui adresser de Paris des instructions auxquelles il se conformerait scrupuleusement ; qu'il fallait ne laisser dans les provinces que des lieutenants généraux probes et liabiles, qu'il y en avait de pareils dans l'armée française, et souvent très-supérieurs aux maréchaux sous lesquels ils étaient employés ; qu'il n'était pas moins urgent, si on voulait faire cesser l'exaspération des Espagnols , de renoncer au système dévastateur de noorrir la guerre par la guerre; qu'au lieu de chercher à tirer de l'argent de l'Espagne, on devait commencer par lui en envoyer; qu'on serait plus tard abondamment remboursé des avances qu'on lui aurait faites ; que si on accordait à loi, Joseph, un subside de 3 à 4 millions par mois, il aurait des fonctionnaires bien rétribués et fidèles, une armée espagnole dévouée, et meilleure que les Français pour la répression des bandes, qu'il aurait même pour le servir une partie des bandes, prêtes à passer sous ses drapeaux moyennant qu'on 1^ payât ; que si on aimait mieux convertir ce sul^ side en emprunt, il le rembourserait exactement sous peu d'années , qne par chaque million il rendrait mille hommes de troupes françaises; que si de plus on voulait bien payer celles-ci, les nourrir à l'aide de magasins , les employer surtout à chasser l'armée anglaise , et enfin rassurer l'Espagne sur la conservation des provinces de l'Èbre, on verrait se former à Madrid et dans les environs une région de calme et d'apaisement, laquelle s'étendraiide proche en proclie de la capitale aux provinces , et qu'avant peu l'Espagne soumise restllueniit h la France ses armées et ses trésors, subirait une seconde fois à l'avantage des deux nations la politique de Louis XIV; qu'au contraire, si on persistait dans le système actuel, l'Espagne deviendrait le tombeau des armées de Napoléon , la confusion de sa politique, peut-être même le terme de sa gjrandeur et la ruine de sa famille. »

« Toutes ces allégations étaient vraies, » ajoute M. Thiers, et il dit aussi que le voyage de Joseph à Paris n'amena que quelques palliatifs insignifiants. A peine de retour dans sa capitale (juillet 1811), le roi, trouvant que tout empirait sans qu'il y pût porter remède, renouvela ses plaintes et ses offres d'abdication. Napoléon ne voulut rien entendre et s'en prit même à Joseph du mauvais sucrés des armes françaises à l'ouest et au sud de l'Espagne. Cependant la nécessité finit par l'amener à d'autres sentiments. Sur le point de s'engager dans la guerre de Russie , il comprit que son système à l'égard de l'Espagne, irapolitique et ruineux qaand les ordres partaient de Paris, serait tout à fait impraticable quanti

les ordres devraient partir des bords du NiénwB ou du Dnieper ; il résolut de le rooiiifier coinplé* tement et de replacer toute l'adininistralioD civile et militaire entre les mains du roi. En conséquence, le 31 mars 1812, le roi reçut de Berthier une lettre qui lui annonçait que l'empereur le nommait général en chef de toutes les armées d'Espagne. Cette nouvelle était accorni»gnée d'une note sur l'état du pays, sur la direction à donner aux opérations militaires ; la même note recommandait la convocation des Corlès [)our faire une constitution , et se terminait par la promesse de respecter l'intégrité et l'indépendance de l'Espagne. Ces mesures étaient tardives et insullisantes. Les armées françaises très-diminuées étaient hors d'État d'occuper tout le pays, et en même temps de repousser Tarmée anglaise de lord Wellington qui venait de s'emparer de Badajoz et de Ciudad-Rodrigo. Une concentration générale des forces aurait seule pourvu à ce danger, et cette concentration ne pouvait se feire que si les généraux se conformaient promptementaux ordres du roi; mais le décret qui conférait à Joseph le droit de commander ne iui donnait pas le pouvoir d'obtenir l'obéissance. Sucliet, tranquillement établi dasâ les provinces qu'il administrait très-lûen, éludait ses ordres ; Soult régnant dans l'Andalousie qu'il administrait beaucoup moins bien , les rejetait rudement; Marmont, successeur de Ma^séna À l'armée de Portugal , les écoutait à peine. Jourdan, redevenu major-général de Joseph, prédit les désastres qui résulteraient de cet état de choses; mais fatigué) n'espérant rien, il montra plus de sagacité pour prévoir les désastres que d'énergie ponr les prévenir. Marmont (voy. oe nom), nialgré l'ordre d'attendre les renforts que loi amenaient Joseph et Jourdan, livra impruderomeot aux Anglais, près de Salamanque, la bataille àe$ Arapiles et Tut vaincu (12 juillet). Sa défaîte découvrait Madrid que Joseph dut évacuer (lO août), pour se replier sur Valence où il arriva le 31 aodt. Il trouva l'armée de Sochet en très-bon état et fat rejoint, le 2 octobre, par le marécJial Soult q\ù, après la défaite des Arapiles, ne pouvait pas rester plus longtemps en Andalousie. Les rapports du roi et du maréchal Soult étaient des plus diflicilss. Avant de connaître la bataille des Ar8|nte«, Soolt avait déjà offert sa démission qui avait été acceptée; mais dans la crise qui suivit la défaite, Il ne fallait pas songer à se priver d'un général aussi illustre. Le roi se résigna A le conserver, quoique un nouvel incident lui rendit cette décision très-pénible. Le 12 septembre 1812 on vaisseau marchand, parti de Malaga et poursuivi par un croiseur anglais, se réfugia k Grao sur la cdfe de Valence. Le capitaine, porteur d'une dépêche de Soult au ministre de la guerre Clarke, la remit à Suchel qui, de son côté, la remit à Joseph. Le roi, attendant avec impatience des noovenes de l'armée d'Andalousie et espérant en trouver dans la dépêche, l'ouvrit. Jl y lut les plus étranges

révélations. La lettre écrite en chiffres accasait formel leinent le r4)t , non-seulement de mal diriger la guerre, mais de trahir la France et de s'entendre avec la régence espagnole. Après avoir énoncé cette incroyable accusation, Soult ajoutait qu'il n'ot>étrait h aucun ordre de nature à compromettre son armée. Cependant il ne résista pas à l'ordre d'évacuer l'Andalou&ie et arriva sur la frontière du royaume de Valence vers la fin de septembre. Sa première entrevue avec le roi fut assez emtKirrassante. Joseph lui apprit qu'il connaissait la dépéclie destinée à l'empereur, et sans lui en demander compte, il insista pour obtenir plus d'obéissance à l'avenir (1). II tint ensuite conseil avec les trois maréchaux Jourdao, Soult et Sucbet sur le parti à prendre pour rejeter en Portugal les Anglais qui occupaient Madrid. Il fut convenu que Sucbet, continuant de garder Valence et TAragon, fournirait des vivres aux deux antres armées (du midi et du centre) qui s*achemincraient vers le Tage, reprendraient Madrid et par leur jonction avec l'armée de Portugal réoniraîent contre les Anglais une grande masse de troupes. Soult fit beaucoup d'objections à ce plan conçu par Jourdan ; mais Joseph lui signifia péremptoirement d'obéir ou de remettre sur-lechamp son commandement à Drouet d'Erlon. Le maréchal ne résista plus. Les deux armées fortes de cinquante -six mille hommes arrivèrent sur le Tage le 27 octobre, pénétrèrent dans Madrid le 2 novembre, et le 8 du même mois firent leur jonction avec l'armée de Portugal commandée par le général Clausel. Quatre-vingt-cinq mille Français étaient réunis contre les Anglo- Portugais qui comptaient à peine soixante mille iiommes ; avec un générai énergique et obéi , ils viraient obtenu une revanche éclatante de leur défaite du mois de juillet. Jourdan, qni commandait avec plu? de sagesse que de vigueur, conçut un projet excellent qui aurait amené la destruction d'un des corps d'armée de Wellington , et mis l'armée anglaise entière dans un danger imminent; il dut y renoncer devant les objections et

(1) Le roi Joseph cnroya immédlatemcnl la lettre de Soalt à l'emperpur en dnnaodant le rappel et la punition do mareelial. I eoo'onel De»pre/, chargé de porter la lettre do roi à son frère, dut aller jusqu'à Moscou. Napoléon se repondit pas à Joiepli. mats U errUlt tmniédiatemrnt aa ixtiniatre de la guerre Clarke, qu'à une telle dUtance H ne pouvait rien pour le^ armées d'E«pagne. et que dans la posUlon où étaient le roi et le duc de DalmaUe, leur union était indlspenvable pour éviter de grands malheurs. An colonel Detprez , Il dit en parlant de la lettre de Soult : «qu'elle lui était déjà parvenue par une autre voie, mais qu'il n'y avait attaché aucune Importance; que le mareebai Soult s'était trompé; qu'il ne pouvait s'occuper de semblables pauvretés, dans un moment où il était ft la tête de cinq cent mille hommes et faisait des choses tmncDses; qu'au reste les soupçons du duc de U^lmalle ne l'etooaatcnt que faiblement; que be-incoup de généraux de l'armée d'Kspagne les partageaient, et pensaient que Joseph préférait l'Espagne * la France ; qu'il savait parfaitement qu'il avait le cnur français , mais que ceux qttt le Jugeaient par ses discours devaient avoir une Mtre opinion. 11 ajouta que le maréchal Soult était la Mole télé mtlltalre'qu'll y eut en Espagne ; qu'il ne pouvait l'en reUrer un» compromettre Tarmée. »

NAPOLÉON (Joseph)

la mauvaise volonté de Soult, et les Anglais se retirèrent tranquillement vers Ciudad-Rodrigo (14 novembre). Après cette campagne, qu'il n'avait pas tenu à lui de rendre triomphante, Josepti rentra dans Madrid et plaça ses trois armées en cantonnements , l'armée de Portugal en Ca^^tiJe, celle du centre aux environs de Madrid, celle d'Andalousie sur le Tage entre Aranjuez et Talavera* Dans cette position , Joseph pouvait parer aux éventualités et avait l'espoir de recouvrer les provinces perdues. Mais le' sort de rEs{)agne venait de se décider en Russie. Napoléon était arrivé à Paris le 18 décembre, et il avait aussitôt dirigé tous ses efTorts vers l'organisation d'une armée capable de remplacer l'immense armée perdue entre la Moskowa et le Niémen. Aussi, loin d'envoyer des renforts en tlspagne, il en tira des cadres et beaucoup d'hommes d'élite. Le plus sage eût étéd al)andonner la l^ninsule et de se contenter de garder les Pyrénées contre les Anglais; mais Napoléon, bien qu'il n^eùt plus ni l'espoir ni le désir de maintenir son frère sur le trône d'Espagne, avait toujours l'Idée de conserver les provinces de l'Èbre. Ce fut en vue de ce but secret qu'il forma le plan de campagne de 1813. Il prescrivit l'évacuation de Madrid et la concentratiou des troupes françaises dans la Vieille-Caatille; en môme temps, l'armée du Portugal et l'armée du nord sous Clauseldevaient s'employer à réduire les chefs de bande qui infestaient la Navarre, le Guipuscoa, la Biscaye, PAlava. Pour consoler Joseph du cliagrin que lui causait l'ordre d'évacuer Madrid , il consentit à rappeler le maréchal Soult. Le roi transféra donc sa cour de Madrid à Valladolid, au mois de mars 1813. Beaucoup d'Espagnols attachés à sa cause et redoutant le ressentiment de leurs compatriotes suivirent ce mouvement de retraite. Ce fut pour les troupes françaises un grave inconvénient qtic la masse de bagages et de non combattants qu'elles traînaient après elles. Joseph se trouva à Valladoltd avec une armée brave, mais sans cohésion, parce qu'elle était composée des débris de trois années , et très-affaihiie par suite du départ des cadres et des hommes d'élite et surtout par l'envoi intempestif en Navarre de quatre divisions de l'armée de Portugal. Ce n'était pas avec cinquante mille hommes qui restaient à Joseph et à Jourdan qu'il était possible de garder pluHeurs grandes provinces insurgées et de tenir tète à lord Wellington. Une prompte retraite et une concentration générale des armées françaises derrière rtllirc était Tunique moyen de salut. Joseph, conseillé par Jourdan, comprit bien cette nécessité; mais il ne se résigna pas assez vite à quitter Valladolid, et surtout il mit trop de lenteur à rassembler ses troupes. Dans les premiers jours de mai l'armée française était encore dispersée, lorsqu'on apprit que Wellington, à la tète de quatre vingtdix mille Anglais, Portugais, E<«pagnols, se portait sur le Douro et l'Esla, et menaçait la ligne de re» traite des Français. A cette nouvelle, Joseph rap-

NAPOLÉON (Joseph)

pela aux environs de Valladolid ses troupes dispersées jusqu'à Madrid, et après avoir assigné à Ciausel un rendez-vous sur l'Èbre, îl se dirigea lui-même sur ce fleuve avec une lenteur nécessitée par le grand nombre de malades, de blessés et de familles espagnoles attachées aux Français (afrancesados) qui embarrassaient sa marche. Wellington le suivit de près avec l'intention de déborder la droite des Français et de les couper de la grande route de Bayonne. Malgré cette manœuvre menaçante, Tarmée, arrivée le 7 juin dans les environs de Burgos, séjourna plusieurs jours dans cette ville d'où elle partit, le 13 juin, après avoir fait sauter la citadelle ; elle atteignit TÈbre à Miranda, le 16 juin, et attendit l'arrivée de Ciaosel qui avait reçu l'ordre de se diriger sur Yittoria. Le 18, le gros de l'armée se porta sur cette ville, et, le 19 au soir, toutes les troupes françaises au nombre de cinquante- cinq mille se trouvèrent réunies dans le bassin de Yittoria. Ciausel srul, prévenu trop tard, à cause de l'extrême difliculté des communications, n'était pas arrivé. En l'absence des vingt mille hommes de ce général , combattre était imprudent ; mais en se retirant sans combat , on compromettait singulièrement Ciausel et Suchet qui allaient se trouver enveloppés en Espagne. Joseph résolut donc de lia- .sarder la bataille. Il eut le tort de ne pas profiter de la journée du 20 pour débarrasser l'armée des convois qui l'encombraient. Le lendemain 21, les Anglais attaquèrent les Français qui mirent dans leur défense plus de courage que d'ordre, et finirent par plier sous le nombre. Leur perle n'eût pas été très-grande, si la route de Vitloria à Bayonne n'avait été encombrée de bagages. Il b'onsolvit un effroyable embarras, à la faveur duquel les Anglais firent un grand nombre de prisonniers, prirent cent cinquante canons et beaucoup de voitures, entre autres celle de Joseph qui contenait sa correspondance, et un fourgon de Jourdan qui contenait son bâton de maréchal. L'armée française gagna Pampelune. Joseph, après avoir placé une forte garnison dans celle ville, répartit ses troupes dans les vallées de Saint- Jean -Pied-de-Port, de Oastan, delà Didassoa, de manière à bien garder les défilés de la frontière française. Ce fui son dernier acte militaire; le 12 juillet, il remit le commandement au maréchal Soult envoyé par l'empereur, et, après un court séjour au château de Poyanne près de Ikiyonne, il se rendit à Mortfontaine. 11 y jouit d'une tranquillité qui lui aurait été fort ^réahie après tant de malheurs, si elle n'eût été troublée par la perspective de malheurs encore plus grands. Les armées françaises éprouvèrent en Allemagne des défiiites plus meurtrières et plus irrémédiables qu'en Espagne. Napoléon, rentré à Paris le 9 novembre, s'efforça avec son activité ordinaire de trouver de nouvelles ressources dans un pays épuisé d'hommes et d'argent, et de se mettre en mesure d'obtenir une paix honorable ou de tenter encore une fois le sort des armes. Un de ses pre-

miers soins fut de rendre ses armées d'Eftpagne disponibles, en restituant ce pays, dont les Français n'occupaient plus que quelques places fortes, à Ferdinand, par un traité conclu à Yalençay, le 1 1 décembre, traité qui stipulait la retraite désarmées espagnoles et anglaises et qui ne fut point ratifié par la régence «t les Cortès. Joseph, alor» enfermé à Montfontaine , ne fut averti de diU négociation que quand elle était terminée, et il ressentit dn dépit de n'avoir pas été oonsultf Ce sentiment assez naturel s'effaça devant les malheurs de la France et de sa famille, et le 29 décembre il écrivit A son frère la lettre suivante pour lui offrir ses services :

< Sire, la violation du territoire suisse a ouvert la France k Tennenii. Dans de pareilles ctrconstam^, Je désire que Votre Majesté soit convaincue que mon cœur est tout Français. Ramené en Francse par les événements , je serais heureux de pouvoir lui cire de quelque utilité, et suis prêt à tout fotrop rendre pour lui prouver mon dévouement. Je Mis aussi, sire, ce que je dois à rEspagncjJerois mes devoirs et je désire les remplir tous. Je ne connais de droits que pour les sacrifier an bien tiné rai de l'humanité ; heureux si, par leur $ach- Hcc, je puis contribuer à la pacification de rEaro{Ki

« Je désire que Votre Majesté trouve bon de charger 1)11 de ses ministres de s'entendre sur cet objtt avec AI. le duc de Santa-Fé , mon ministre des affaires étrangères. *

On voit que Joseph affirmait ses droits fout en se déclarant prêt à les sacriGer; il parlait encore en roi ; c'était une fiction que NapdéoB ne pouvait admettre, aussi il lui répondit rudement :

■ Mon frère, J'ai reçu votre lettre du S9 décembre. Il y a trop d'esprit pour la position où je me trouve. Voici en deux mots la question ; la France est envahie, l'Europe tout en armes contre la France , mais surtout contre moi. Vous n'êtes plus roi d'Espagne. Je ne veux pas l'Espagne pour moi, ni je n'eu veux pas disposer; mais je ne tcni plus me mêler des affaires de ce pays que pour y vivre en paix et rendre mon armée disponible. Que voulez-vous faire? Vonlez-vous, comme priocc français, venir vous ranger auprès du trdne? Vous avez mon amitié» votre apanage, et serez mon sujet en votre qualité de prince du sang. U faut alora faire comme moi, avouer votre rôlp, m'écrirc une lellrc simple que je puisse imprimer, recevoir toutes les antorités , et vous montrer zélé pour moi et pour le roi de Rome, et ami de la régence et de l'impératrice. Cela ne vous est-îl pu possible? N'avez-vous pas assez de bon Ju$enient pour cela? Il faut vous retirer à quarante Ifeues de Paris , dans un chdteau de province, obscurément : vous y vivrez tranquille si je vis; vous y «•• rez tué ou arrêté, ^i je meurs. Vous serez inutile à moi, à la famille, à vos filles, à la France; nui* vous ne me serez pas nuisible et ne me génerri pas. Choisissez promptement et prenez votre parti. >

Quoique cette lettre tM peu aimable, Joseph accepta, sans hésiter, la position qni lui ^ait offerte, et dès ce moment Napoléon lui rendit toute son affection et sa confiance. En partant pour l'armée, le 25 janvier 1814 , il le laissa installé

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au Luxembourg ayec le titre de son lieutenant général et des pouvoirs étendus ; Joseph avait le commandement supérieur de toutes les forces réunies à Paris ; mais ces forces, si Ton excepte la garde nationale peu nombreuse, n'étaient que des débris ; dès qu'on leur avait donné im peu de consistance et qu*on les avait grossies de conscrits, on les envoyait recruter les faibles corps avec lesquels Napoléon défendait les vallées de la Seine et de la Marne contre les armées alliées immensément supérieures en nombre. Paris restait donc avec une faible garnison tout à fait insuffisante contre une attaque sérieuse. Pour comble de malheur, on manquait d'armes et d'argent. La correspondance de Napoléon avec Joseph peut seule donner une idée de cette pénurie, de ce manque absolu de ressources. Napoléon ne se décourageait pas, et par les prodiges de génie militaire qu'il déployait en ce moment dans les plaines de la Champagne, il espérait ramener la fortune. Joseph, qui n'avait {)as la même énergie de caractère et qui voyait le mal de plus près, ne partageait pas cette espérance. Il ne cessait de presser son frère de conclure la paix, même aux dures conditions imposées par les alliés. Voici quelques passages de ses lettres qui peignent bien cette situ^on extraordinaire et font comprendre la prompte reddition de Paris.

9 février. « Je reçois nne lettre du ministre de la guerre, que j'envoie en original à Votre Majesté ; elle verra que nos ressources en fusils se réduisent à six raille; ainsi, qn'il est Impossible d'espérer une armée de réserve de trente à quarante mille iiommes dans Paris» Les choses sont plus fortes que les Iiommes, sire ; et lorsque cela est bien démontré, ii me paraît que la véritable gloire est de conserver ce que Ton peut de ses sujets et de son territoire. B

1 1 février. « L'opinion est toujours la même

La hausse qni a eu lieu hier au soir est attribuée à une lettre du duc de Vicence , faisant espérer une heureuse issue aux négociations. Tout le monde étant convaincu d'ailleurs que c'est la seule manière de rétablir les affaires ; la situation du trésor, des arsenauxru'étant plus un secret pour personne, et qoels que soient les prodiges que Tou espère encore de l'expérience et de l'habileté de Votre Majesté, on ne pense pas qu'elle puisse lutter senle contre la difficulté des choses et des hommes.... L'argent manque pour la paye des troupes ; aussi commettent-elles beaucoup de désordres, qui aigrissent tellement les habitants qu'il n'est pas extraordinaire d'entendre dire publiquement : « Les ennemis ne feront pas pis. * Je suis forcé de convenir que nous n'avons de salut que dans la ]Kiix la plus prochaine, quelles que puissent d'ailleurs en être les conditions. Je ne sache personne qui ne pense ainsi, t

22 février. « Le ministre de l'intérieur, celui de la police et rarchichancelier sortent de chez moi ; ils m*ont fait la peinture la plus désastreuse des choses à Toulouse et à Bordeaux... Les deux ministres m'assurent que les proclamations répandues l^r les Russes trouvent de Técho. Je suppose que Dons sommes à la vei:le d'une bataille. Quels qu'en

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soient les résultats, l'état actuel ne peut pas durer. Les deux ministres m'ont déclaré devant farchichanc«lier que l'administration tombe partout en dissolution, que l'argent manque, et le système des réquisitions finit par neutraliser tontes les affections et isoler le gouvernement. Quelque dures que soient ces vérités, comme Votre Majesté ne peut les entendre de la bouche de ses ministres , je n'hésite pas à m'imposer le pénible devoir de vous les faire connaître. >

7 mars. « Après la nouvelle victoire que vous venez de remporter (celle de Craonne), vous pouvez signer glorieusement la paix avec les anciennes limites. Cette paix rendra la France à elle-même après la longue lutte commencée depuis 1792, et n'aura rien de déshonorant pour elle, puisqu'elle n'aura rien perdu de son territoire, et qu'elle aura opéré dans son intérieur les changements qu'elle aura voulus. Quant à vons, sire, victorieux tant de fois, je suis convaincu que vous avez dans vous tout ce qu'il faut pour faire oublier aux Français, ou plutôt pour leur rappeler ce que Louis XII , Henri IV et Louis XIV ont eu de mieux dans leur manière de gouverner, si vous faites une paix solide avec l'Europe, et si, trouvant dans votre caractère les traces primitives de sa bonté naturelle, vous vous y laissez aller, et renonçant à un caractère factice et à de grands efforts journaliers, vous consentez enfin h faire snccéder le grand roi à l'homme extraordinaire. >

Napoléon ne se rendit pas à ces pressantes sollicitations; il pensait avec raison qu'il ne pouvait pas accepter honorablement une paix qui aurait ramené la France en ùeck des limites conquises par la République. Son indomptable volonté n'avait pas fléchi. 11 était, disait-il, le mattre comme à Austerlitz , et entendait qu'on Irii obéit. Mais pour cela il fallait être victorieux. Le 17 marSyil annonça à Joseph la grande manœuvre qu'il allait tenter sur les flancs et les derrières de Tennemi, manœuvre qui devait le sauver et qni prédpita sa ruine. Le 38 mars, on apprit à Paris que les maréchaux Mortier et Marmont, coupés de leurs communications avec Napoléon» battaient en retraite sur la capitale suivis par la masse des armées coalisées ; le 29, l'impératrice et son fils quittèrent la capitale pour se réfugier sur la Loire; le 30, les deux ^ maréchaux livrèrent bataille sous les murs de Paris; le 31 mars, les alliés entrèrent dans Paris ; le 2 avril, le Sénat proclama la déchéance de l'empereur, et, ^"4 avril, Napoléon abdiqua. Dans ces événements qui consommèrent la ruine du régime impérial , quelle fut la responsabilité de Joseph? On a plus d'une fois imputé à sa faiblesse une catastrophe qui était inévitable. Les reproches qu'on lui fait portent sur trois points principaux : 1** départ de Marie-Louise et du roi de Rome ; 2<* insuffisance des préparatifs de défense; 3" autorisation de capituler donnée par Joseph aux maréchaux Mortier et Marmont et son départ précipité. Nous allons examiner rapidement ces trois chefs d'accusation, en nous servant de documents authentiques, les seuls qui méritent confiance. Le 28 mars au soir, à la

WAPULtOIN (JosBPH)

nouTelle de rapproche des alliés, un conseil de régence fut tenu pour savoir s'il fallait faire sortir de Paris Marie-Louise et le roi de Rome. Le ministre de la guerre Ciarke exposa la situation. « 11 dit qu*on avait pour unique ressource les corps fort réduits des maréchaux Mortier et Marmont, quelques troupes rentrées sous le général Compans, quelques t)ataillon8 tirés des dépôts, une garde nationale de douze mille hommes dont une partie seulement avait des fusils, un peuple disposé à se battre, mais désarmé, quelques palissades aux portes de la ville sans aucun ouvrage défensif sur les bau* teurs, en un mot vingt-cinq mille hommes environ, dénués des secours de fart, obligés de tenir tète à deux cent mille soldats aguerris et pourvus d'un immense matériel. Il conclut au départ immédiat de rimpératriceetduroide Rome (1). » Cet avis trouva des contradicteurs dans BouUy (de la JMeurthe ) et les ducs deRovigo, de Massâ et de Cadore et surtout dans le prince de Talleyrand dont Topinion fortement motivée décida la majorité des suiïrages. A peine le vote eut-il été émis que Joseph, avec un chagrin visible, communiqua le contenu de deux lettres, Tune écrite de Nogent, 8 février, Tautrc de Reims, 16 mars, dans lesquelles Napoléoç ordonnait en termes formels de ne pas laisser Timpératrice et le roi de Rome à Paris. Par une prévoyance singulière, Penipcreor dans sa lettre du 8 supposait que Talleyrand serait d'un avis contraire, et il diôait : « Si Talleyrand est pour quelque chose dans cette opinion de laisser Timpératrice à Pans, dans le cas où l'ennemi s'en approcherait, c'est trahir. Je vous le répète, mcfles-vous de cet homme I Je le pratique depuis seize an«, j'ai même eu de la faveur pour lui ; mais c'est sûrement le plus grand ennemi de notre maison, à présent que la fortune la abandonnée depuis quelque temps. Tenez -vous aax conseils que j'ai donnés. J'en sais plus que ces gens-ià. » Joseph ne communiqua pas ce passage ati conseil dont Talleyrand faisait partie; mais le reste de la lettre ne laissait aucun doute sur l'intention de l'empereur (2). On pouvait dire que depuis cette époque plusieurs victoires avaient été remportées et que Napoléon ne donnerait peut-être pas les mêmes ordres aujourd'hui ; à cela la seconde lettre de l'empereur répondait d'une manière accablante; elle avait été écrite le 16 mars, au moment où Napoléon commençait son mouvement sur les communications des ennemis , et

(t} Thfen, lîMùire du Ceniutat et de F Empire, L xvii, p. tns et «iiiv.

(f) Cette lettre du 8 février e»t une réponse à une lettre remarquable où Joseph faisait ènrrglquement ressortir les inconvénients du départ de Tlmpératrlce et du roi de Rome, oA II dlMlt entre ■«tre« cbosea : « Les btiranies •Itacbés au gouvernement de Votre Majeaté craignent que le départ de IMropératrice ne livre le pruple de la capitale au dése.ipolr, et ne donne une capitale et nn empire aux Bourbons m. On ne sanrait montrer pins de prévoyance. Voir la lettre de Joseph et la réponse de

dans la prévision de l'apparition des alliés wns Paris ; elle est conçue dans les termes les plus formels :

Reims, 16 mars 1814. « Conformément aux instructions verbales que Je vous ai données, et à l'esprit de toutes mes lettres, vous ne devez pas permettre que, dans aucun cas, rimpératrice et k roi de Rome tombent entre les mains de renoeni. Je vais raanauvrer de manière qu'il serait poiailtie que vous fussiez plusieurs jours sans avoir de mes nouvelles. Si l'ennemi s'avançait sur Paris avec des forces telles que toute résistance devint Ijnpossible, faites partir dans la direction de la Loire ia régente, mon fils, les grands dignitaires, les ministres, les oniciers du Sénat, les présidents da conseil d'État, les grands oriiciers de la couroone. le baron de la Boulllerie et le trésor. Ne quittez pas mon fils, et rappelex-vous que je préférerais le savoir dans la Seiue que dans les mains des enne» mis de la France; le sort d'Astyanai, prisonnier des Grecs, m'a toujours paru le sort le plus maJkureux de l'histoire. »

Après cette lettre, il n'y avait qn*i se mamettre; les conseillers se plaignirent seulement qu'on les eût assemblés pour leur demander on avis quand il y avait un ordre de Napoléon, ordre absolu, n'admettant pas de discussion. Il fut convenu que l'impératrice et le roi de Bonie partiraient le lendemain, 29, aver. Carabacérè:», que Joseph et les ministres resteraient poar dirii^er la défense aussi longtemps qu*ii serait possible de disputer Paris à l'ennemi. £n quittant leeonseil, Talleyrand dit au duc de Rovigo : « £h bien, voilà donc comment devait finir ce règne glorieux!... L'emperear serait bien à plaindre, s'il n'avait pas mérité sonsortens'eBtourant de pareilles incapacités. « Ces remarques pouvaient être justes, mais la responsabilité de la résolution prise ne saurait retomber sur Joseph.

Sur le second point, l'insuffisance des préparatifs de défense, il y a de bonnes raisons es faveur de Joseph, bien qu'il soit impossible de l'absoudre de négligence et d'irrésolution. Paris, sur la rive droite de la Seine par laquelle lavançaient les alliés, est dominé par un demi* cercle de hauteurs d'où un ennemi vainqueur peut bombarder et détruire la ville. Paris ne pouvait donc avant rexisteoce de l'enociate continue être défendu, que si les haulearade l'Étoile , de Montmartre , de Chaamont, de Ro* mainville , de Charonne , de MontreutI étaient garnies d'artillerie et occupées par des forces suffisantes; car se défendre au moyen do mur d'oetroi et de barricades dans les mes, c'était vouloir faire détruire Paris. La question était donc si l'on avait assez de troupes pour occuper le vaste demi-cercle de collines depuis Charenton jusqu'à Autenil ; or, ce n'était pas avec sept à huit mille hommes de troupes et six mille gardes nationaux (on n'avait pas pu ou voulu en armer davantage) qu'on pouvait di^^puter aux deux cent mille alliés le plateau de Romainviile

,ric*M7«u«.v. Tuii ifl iciire ae joicpn ci la réponse ne . « . i

rempercur dans les Mémoires du roi Joseph, t. X. p. ts. 1 et la plaine Saint- Denis. Mais les derniers jours

de mars, en même temps qu'ils amenèrent sous Parts les armées alliées, amenèrent de précieux renforts à ses défenseurs, Tingt mille hommes à peu près sous les ordres de Mortier, de Marmont et de Compans. M. Thiers pense qu'en tirant parti de ces troupes et des autres ressources de Paris, on auraittenu quelques jours, et que si Ton succomba si vite, c'est que Ton adopta la conception la plus inepte , celle de livrer bataille sous les murs de Paris. Ce jugement est sans doute fondé, mais le plan de la défense avait été arrêté par le général Clarke, adopté par les maréchaux Mortier et Marmont, et Joseph, qui n'était pas militaire, pouvait croire sa responsabilité à couvert par l'avis do ministre de la guerre et des deux maréchaux. Sur le troisième point, Tautorisalion prématurée de capituler et le départ précipité, il faut dire que cette faute, si c'en était une, découlait nécessairement de rinsuffîsance des moyens de défense et des ordres de INapoléon. On a beaucoup discuté sur l'heure précise à laquelle Joseph autorisa Marmont et Mortier à traiter, et sur l'heure à laquelle il quitta Paris. Ces détails ne sont pas trè8-im()ortants , car ce n'étaient pas quelques heures qu'il aurait fallu gagner, mais plusieurs jours, pour que l'armée qui était à plus de cinquante lieues de Paris eût le tennps d'arriver. D'après M. Du Casse, Joseph, qui avait établi son quartier général à Montmartre, reçut une note au crayon par laquelle Marmont l'informait qu'il était impossible de prolonger la résistance au delà de quelques heures; il répondit à midi et quart (30 mars), en autorisant les deux maréchaux à entrer en pourparlers avec les généraux ennemis. Puis, n'ayant plus Tespoir de voir se prolonger la défense, il quitta Paris vers quatre heures (1), très*peu de temps avant que Tennemi s'emparât des ponts de la Seine, et interceptât la route de Versailles. 11 partit pour Blois où se trouvait l'impératrice, et, de là, il tâcha de rejoint] re son frère à Fontainebleau; mais il ne put pas dépasser Orléans.

Après l'abdication del'empereor, il se retira en Suisse au bord da lac de Genève où il acheta le château de Prangius. Il y reçut la nouvelle du déturquement de Napoléon à Cannes, rentra en France le 19 mars, et alla à Paris se mettre à la disposition de son frère. Dans l'essai de monarchie constitutionnelle que tentait l'empereur, les sentiments libéraux de Joseph, ses rapports avec des personnes d'opinions likiérales, telles que Lafayette, Benjamin Constant, M™« de Staël, auraient pu être très*utile8, mais les événements se précipitèrent avec une rapidité qui rendit ses conseils superflus. Après le désastre de Waterloo et la seconde abdication, il quitta Paris, le 29 juin, et se rendit è Rochefort auprès de l'empereur. Les deux frères se séparèrent bientôt, l'un pour se rendre à bord de la flotte anglaise, l'autre pour s'emt)arquer à Royan (le 25 juillet). Joseph

{t) M. Mlot dit que Joftcpb et Jt^rAme anlrèrent A Ver- MlileA vers qualrc heurei. i

(Joseph) 448("')

arriva à New -York, et dans ce pays libre, il jouit, sous le nom de comte de SurvUliers^ d'une tranquillité qu'il ne connaissait {Mis depuis longtemps. 11 acheta dans l'Etat de New- Jersey, sur les bords la Delaware , une belle propriété appelée Point- Breeze. Sa femme était d'une santé trop délicate pour quitter l'Europe ; mais ses deux filles Zénaïde et Charlotte et son neveu le prince Charles Bonaparte allèrent le rejoindre. D'illustres visiteurs, Lafayette entre autres, vinrent de temps en temps lui rappeler les déceptions et les espérances des partis ; d'autres hommes qui avaient eu part à sa faveur quand il était puissant ne Pou* blièrent pas après sa chute. Parmi les lettres qui lui sont adressées, on est touché de lire celles de M. G' Farrill, son ancien ministre espagnol, resté fidèle à l'infortune. La nouvelle de la révolution de Juillet ranima son activité politique. Comme clief de la famille Bonaparte, il crut devoir protester contre l'établissement d'une dynastie nouvelle, malgré les trois millions de sufTragesqui avaient fondé le premier empire. Il écrivit à Jourdan,à Lamarque, à Lafayette, à Marie-Louise, à Metiernieh, à l'empereur d'Autriche pour leur rappeler les droits de Napoléon II. En 1832, il vint en Angleterre où il vécut tranquille et respecté. Le 2 mars 1834, d'accord avec Lucien, il adressa au duc de Dalmatie, président du conseil des ministres, une protestation contre le maintien de la loi d'exil à l'égard de la famille Bonaparte. Cette lettre fut suivie d'une pièce conçue exactement dans le même sens et adressée aux signataires des pétitions {wur le retrait de la loi de bannissement (20 mars 1834). Cette pièce remarqual>le est pour ainsi dire le dernier acte officiel de Joseph; elle contient l'exposé de la politique impériale, telle qu'il la concevait dans l'avenir. Après avoir protesté avec vivacité contre l'accusation faKe aux Bonaparte de n'être pas restés étrangers aux intrigues et aux factions, il ajoute :

Pour nous décrier aux yeux de la génération nouvelle, on a fait de mon frère Louis et de moi, l'un et l'autre mentionnés dans le plébiscite de Tan 1804, des prétendants tels que seraient des Bourbons. Nous sommes l'un et l'autre de notre Biècle« créatures de la France de 1804, Français subordonnés à la volonté de la France de 1834 ; nous savons que la génération d'aujourd'hui n'est pas liée par la volonté de ses pères ; nous savons que les nations peuvent conserver, changer, modifier, reprendre et détruire encore ce qu'elles ont créé en d'autres temps et dans d'autres circonstances. Noos savons et avons toujours su qne les familles, les individus sont liés aux nations libres par des devoirs, des obligations, et non par des droits: nous laissons des prélenlions patentes ou secrotes aux légitimes et aux quasi- légitimes. Si Napoléon vivait aujourd'hui, il penserait comme nous; il ne reconnaîtrait en France d'autre souverain que le peuple français, qui seul a le droit de se donner le gouvernement qai lui semble dans son intérêt, selon son bon plaisir, vivre selon son caprice. La trop longue dictature de Napoléon l'a fait méconnaître ; m:ii8elle fut prolongée par l'obstitiation des ennemis de la révolu-

tion, qui prétendirent détruire en lui le principe de la souveraineté nationale dont il émanait. A la paix générale, le surfrage universel, la liberté de la presse, et tontes les garanties de l'éternelle prospérité d'une grande nation, iiui étaient dans la pensée de Napo* léon, Teussent dévoilé tout entier à la France, et en eussent fait le plus grand homme de l'histoire. Sa pensée tout entière m'a été connue; mon devoir est de la proclamer hautement : il se sacrifia deux fois pour ne pas donner la guerre civile à la France. Les héritiers de son nom renonceraient pour toujours au bonheur de respirer l'air de la patrie, s'ils pouvaient pen»er que leur présence dût y porter le moindre trouble. Tels sont les principes, les opinions et les sentiments de tous les membres de la famille de Napoléon, dont je suis ici l'interprète : Tout pour et par le peuple !

£n 1837, Joseph repartit pour rÂinérique et ne revint en Angleterre qu'en 1839. En 1841, le roi de Sardaigne lui permit de se rendre h Gênes, et, quelques semaines après, le grand-duc de Toscane l'autorisa à venir habiter Florence. Ce fut là que près de sa femme, de ses enfants et petitsenfants, et de ses fi-ères, il passa les dernières années de sa vie. Il mourut à l'âge de soixanteseize ans. Sa femme ne lui survécut que de quelques mois.

Le récit détaillé que nous venons de faire, les nombreuses pièces que nous avons citées à l'appui , nous dispensent de porter sur Joseph un long jugement : comme homme privé, il eut de nombreuses qualités ; comme homme public, s'il ne parut pas toujours égal aux. circonstanceà extraordinaires dans lesquelles il se trouva, il prouva du moins que, dans des circonstances ordinaires, il aurait fait un excellent roi.

Joseph avait épousé à Marseille, le 1**^ août 1794, Àfarie- Julie Clary, née le 26 décembre 1777, morte le 7 avril 1845, et dont la ^œur cadette, Ëugénie-Bernardine- Désirée, née le 8 novembre 1781, devint le 16 août 1798 la femme de Jean Bemadotte, et plus tard reine de Suède et de Norwége. De ce mariage naquirent deux /illes :

Zénaide-CharloUe- Julie, née à Paris, le 8 juillet 1801, morte à Rome, le 8 août 1854. Elle épousa à Bruxelles, le 29 juin 1822, son cousin germain Charles Bonaparte, prince de Canino, Femme d'un esprit cultivé, elle a traduit les «ruvres dramatiques de Schiller et aidé son mari dans quelques-uns de ses travaux d'histoire naturelle ;

Charlotte f née à Paris le 31 octobre 1802, mariée à son cousin germain Napoléon- Louis, second fils du roi Louis, veuve le 17 mars 1831, morte à Sarzane, le 2 mars 1839, sans laisser d'enfants. Léo Joubert.

A. Du Caste, Mémolrei et correipondanet politique et niUtaire du roi Joseph; l*arlt, iSSi, 10 vol. in-8*. - JiitMre des négoeiations relatives aux çrands traités de Mort/ontainef de Lunévilie et d'Amiens^ précédée de ta correspondance du cardinal Fesch avec l'empereur ; S vol. ln-8*, - Stanislas Gtrsrdto, Souvenirs s Paris, ISiS. — Matlilea Dumas, Souvenirs. — M lot de Melito, .Vémoirest P«rt». "58. * vol. in- g». — Marinont, Mémoires.

NAPOLÉON (Lucien)

I — Sarrut et Sâiot-Edmc, Biographie des hommes Au jour, t. I. — A'otîcf nécrologique sur te roi Josephims

j les Œuvres de Napoléon JII. — Thicrf, Ilitloirt du Consulat et de CEmpire. - CoUctta. Storia del reçno rf» Napoli. — Lamarque, Souvenirs. — Orlnff, Mcmotres sur le roif, de Naples. — TorcDO . Hist. de la reretu-

\ nion de Espaiia, — Foy, Guerre de la Pémmstde, - Bdinburgh Ileview, octobre itik et octobre isss.

B. Luciuf et sa famiUe.

LrciEN ( Lucien Bonaparte), prince de Ca- MNO, second frère de Napoléon 1", né à Ajaccio, le 21 mars 1775, mort à Rome, le 29 juin 1S40. Placé, en janvier 1779, avec son frère Joseph, an collège d'Autun où son père avait obtenu deui bourses, il y resta près de deux ans, et, sur une demande adressée au maréclial de Sentir, il fat, en 1783, admis à l'école de Brienne , qu'il quilU pour terminer ses études au séminaire d'Aix ra Provence. En 1785, il alla résider près de Vabbé Fesch, son oncle. Lucien entrait dans sa quinzième année lorsque éclata la révolution de 1789. Pâtticiilièreinent accessible aux idées nouvelles, ce fut avec la plus vive ardeur qu'il se jeta dans iei sociétés populaires qui se formèrent alors. £a 1792, il rejoignit en Corse sa famille qui, à b suite du retour de Napoléon, de Joseph et dtlisa, s'y trouvait réunie tout entière. Le retour de Paoli offrit à Lucien l'occasion de se mettre plas en vue sur la scène politique. Paoli étant veno présider la société populaire d' Ajaccio , il prononça devant lui un discours dont le sujet était n la préférence que les peuples doivent donner au gouvernement républicain ». Fort bien accueilli par Paoli, qui en l'embrassant Pappela son petit Tacite, Il le suivit dans sa réndence de Rostino. En 1792, à la tête d'une députation du ciob dont il faisait partie, il se rendit à bord de la Hotte de l'amiral Truguet, qui relâchait à Ajaaio. La catastrophe du 21 janvier 1793 disposa Paoli à rompre avec la France; quelques mois après, il mit Lucien et ses frères en demeure de le suivre dans sa défection , ou d'être traités par lui en ennemis. Sans hésiter, Lucien se sépara alors d« Paoli , quitta Rostino , et rejoignit à Ajaccio ses amis politiques. Le 26 juin, la Corse renonçait à la France ; Paoli était nommé généralissime : en même temps la société populaire difcidait l'envoi d^une députation à la société |)0pulaire de Marseille et à celle des Jacobins de Paris, pour solliciter de prompts secours. Lucien fut nommé chef de cette députation et partit quelques heures après. La traversée fut rapide; vingt-quatre heures après, il débarquait à Marseille. II se rendit dès le lendemain avec ses collègues à la société populaire. Dans une Taste salle, fort peu éclairée, siégeaient les sociétaires coiiTés du bonnet rouge; les tribunes étaient remplies de femmes bruyantes. Là encore Lucien prit la parole et le fit avec beaucoup d'ardeur. La nation française, dit-il, était trahie en Ck)rse, lui et les députés venaient invoquer le secours de leurs frères. Les Anglais , d^accord avec PaoK, allaient bientôt s'emparer de Tlle. A ses attaques

\ioleQles contre TAngleterre , les applaudissejnents re<)uubièrent, et Ton vota d'enthousiasme et d'urgence Timpression de son discours , un message aux administrateurs du département sur tio enroi de troupes au secours d*Ajaccio, enGn la nomination d'une députalion de trois membres (>our l'accompagner aux Jacobins de Paris. Lucien avait parié deux heures, et la séance fut close après minuit. Sa ferveur révolutionnaire >u calma fout à coup lorsque le lendemain, sorti I^K)ur voir la Cannebière, il trouva cette vaste place remplie, d'une foule immense d'iiomroes, (le femmes et d'enfants : comme aux jours de iéte, les gâteaux et les pains d'épice circulaient, les cafés étaient pleins, et au-dessus de toutes ces tètes se dressait la guillotine où étaient conduits les plus riches négociants de Marseille. Tel est du moins le tableau, sans doute exagéré, nn'il a retracé du triste spectacle qui s'offrit alors à lui ; tel est en même temps le motif qu'il donne (le son refus d'accompagner à Paris la députation marseillaise. Quelques jours après, il était rejoint h Marseille par sa mère, ses deux plus jeunes fi ères et ses trois sœurs, qui abordaient la France en fugitifs. Napoléon avait rejoint alors à Nice le 4" régiment d'artillerie, dont il était capitaine commandant : c'est avec les appointements de son grade qu'il pourvut aux premiers besoins de sa famille fugitive. Bientâl Lucien , placé dans l'administration des subsistances militaires, alla vers la fin d'août, occuper à SaintMaximin, l'emploi de garde-magasin des livres. Élu d'abord président de la société populaire, il le devint presque aussitôt du comité réyolutionnaire. L'influence qu'il acquit à Saint*Maximin tourna au profit de U modération et écarta de cette petite ville les excès révolutionnaires qui désolaient en ce moment la France. La pnse de Lyon (9 octobre), l'investissement de Toulon, Tarrivée à Marseille des représentants Barras et Fréron rendirent plus difficile une modération si contraire aux idées de représailles qui animaient les envoyés de la Convention. Lucien dut même s'opposer par la force à on délégué de Barras qui vint réclamer les snspects de Saint-Maximfn pour les conduire à Orange. Lucien, que la nature semble a^ûir doué au plus haut point du courage civique, et qui, à cet égard, fut bien supérieur à son frère Napoléon, montra en cette circonstance une décision et une énergie remarquables. Après U chute de Rol)espierre, une violente réaction se produisit dans le midi, et les patriotes, même ceux qui, comme Lucien, avaient fait preuve de modération,ne furent plus en si^reté. Le 12 août, Napoléon était arrêté à Nice, comme partisan de Robespierre, puis mit en libierté, le 24, par l'entremise des représentants Salicetti et Albitte. Joseph se retira h Gênes. Quant à Lucien , tout en voyant changer autour de lui les dispositions bienveillantes en froideur et en dédain, il persista à résider à Saint- Maximin et à présider la société i'oi>ulaire. Pressentant que, loin de se borner à

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renverser la (erreur démagogique , on allait recréer une nouvelle terreur au profit de la réaction, il se résolut à la lutte. Sous sa direction les patriotes redoublèrent d'activité et parvinrent au moins à se maintenir en sûreté. Au mois d'avril 1795, il quitta Saint-Maximin, pour se rendre à Saint-Chamans, près de Cette, où il avait obtenu d'être envoyé comme inspecteur dans l'administration militaire. Peu avant son départ, il avait épousé M^^c Christine Boyer, d'une famille honorable, mais pauvre, de Saint- Maximin, et qu'il perdit en 1800. Lucien, dans sa nouvelle résidence, où Ton ne s'occupait de politique qu'avec calme, avait noué quelques aimables relations de société, lorsqu'il fut brusquement arrêté, et conduit dans les prisons d'Aix qui valaient bien, dit-il, celles d'Orange sous la terreur. Après six semaines de captivité, un ordre de Barras, obtenu par Napoléon, vint rendre Lucien à la liberté. 11 se retira à Marseille, où, sans emploi, spectateur découragé de la réaction, plus violente que jamais h la suite du désastre de Quiberon (21 juillet 1795), il songeait à se retirer dans une ferme, lorsque la constitution de Tan m , triomphe du parti républicain mod(>i*é, lui fit mieux augurer des destinies de la patrie.

Témoin tour à tour des excès des partis extrê* mes, Lucien se déclara d'abord ardent partisan de la constitution. Nommé, par le crédit de son frère , commissaire des guerres près de l'armée d'Allemagne, il arriva à Paris peu de jours après l'ouverture des conseils législatifs (octobre 1795). Spectateur assidu des séances législatives, il aurait volontiers renoncé à son emploi pour ne pas s'éloigner de cette tribune pour laquelle il se sentait on goût décidé ; mais il lui fallut bientôt partir et aller remplir successivement ses fonctions à Bruxelles, puis en Hollande. Il passa ainsi six mois (novembre 1795 à mai 1796) auprès des armée.« du Nord , s'occupant plus de politique que d'administration militaire, et se faisant de fréquentes querelles avec des jacobins ou des royalistes. Malgré son indolence administrative et ses éternelles discussions, il obtint l'amitié du général en chef Tilly, commandant à Bruxelles, et surtout celle du général Ebté, dont les sentiments politiques étaient en parfait accord avec les siens. Au printcm)is de 179C, il obtint l'autorisation de quitter le Nord pour aller en Italie. Napoléon n'eut qu'une très-courte entrevue avec son frère, qui reçut ses instructions et partit aussitôt pour la Corse. Pendant ce séjour en Corse qui se prolongea jusqu'en juin 1798, Lucien apprit successivement et les nouvelles victoires de son frère en Italie, et le coup d'État du 18 fructidor (4 sept. 1797), complément du 13 vendémiaire. La révolution était sauvée, mais au prix d'une violation de la constitution, qui devait être d'un fâcheux exemple. Lucien, qui applaudit alors à cet acte de vigueur, l'a depuis théoriquement justifié. « On était arrivé,

NAPOLÉON (Lucien)

dit-il, à une de ces crises politiques où il faut dioi^ir entre l'illégalité et la contre révolution. L'iilégaliié du 18 Tructidor sauva la patrie. La majorité du Directoire, Uoche et Bon4i{)arte, unis à la minorité législative , accomplirent un triste devoir, mais un devoir absolu de citoyen, en ne respectant pas l'inviolabilité de la majorité des conseils, parce que rinviolabilité d'un chef ou d'une assemblée ne Ta pas jusqu'à trahir impunément le but de son mandat. Institués pour maintenir une république , les conseils, en cherchant à la détruire, cessaient d'être inviolables. L'insurrection ou le coup d'État sont de droit naturel dans une telle crise. » Lorsque Napoléon, autant pour se séparer davantage de la politique du Directoire, que pour ajouter un nouvel éclat à sa gloire, eût fait résoudre l'expédition d^Égypte (avril 1798), il voulut emmener Lucien avec lui; mais les élections de Tan vi approchaient; celui-ci préféra se mettre sur les rangs pour la députation. Le 20 germinal an vi (10 avril 1798), il fut, h l'unanimité, élu député au Conseil des cinq-cents par le département du Liamone. Comme il traversait la France, pour se rendre à son poste, la nouvelle s*y répandait de la prise de Malte : il arriva précédé en quelque sorte de ce nouvel éclat attaché an nom de Bonaparte, et cet éclat contribua sans doute à la faveur qu'apporta le Corps législatif en statuant sur son élection. 11 n'avait pas encore atteint l'&ge de vingt-cinq ans exigé par la loi, et vraisemblablement les deux commissions de vérification se contentèrent d'un certificat peu régulier. De plus la députation du Liamone était au complet, et les électeurs n'étaient point appelés à nommer en l'an ti on troisième repréi^entant; mais une loi du 6 prairial, rapportant des lois antérieures, reconnut Lucien comme député pour trois ans.

Ses premiers mois de législature se passèrent sans qu'il prit dans leconseil une couleur bien tranchée. Cependant, loin de se mettre tout d'abord eir contradiction avec les directeurs, il se sentait plutôt porté vers eux, comme vers les représentants de l'opinion qui avait triomphé en fructidor. La liaison de ses frères avec Barras l'attira même an Luxembourg, où il fut très-bien accueilli. La première fois qu'il prit la parole, ce fut dans U séance du 29 messidor an ti (17 juillet 1798), pour défendre la liberté de conscience menacée par on amendement sur l'observance forcée des décadis. « Nous avons le droit, dit-il, de consacrer par une loi la fête nationale et républicaine des décadis; mais nons n'avons pas le droit d'empêcher qu'on citoyen célèbre la fête que son culte lui indique. » Le 16 thermidor (3 aoôt), il. avait fait nn rapport , relatif aux pensions dues aux veuves et aux enfants des défenseurs de la patrie, et dont le ton un peu trop élevé n'était pas cependant en désaccord avec les glorieux comliats de cette époqoe. Le 27 du même mois (14 août), il com-

battit le rétablissement de l'impôt sur le &d. Ce fut le 29 thermidor seulement (16 août), dans un rapport sur les dilapidations commises à l'armée, qu'il commença à mettre dans ses paroles un ac eut marqué d'opposition. « Le Directoire exécutif, dit-il, s'empressera, sans doute, de réunir ses efforts aux nOtres pour atteindre les dilapidateurs ; il sentira comme nous que h saison des demi-mesures contre les fripons est passée. » En même temps, pour laisser plus de franchise aux accusations, il proposait que le conseil se formât en comité général secret tontes les fois qu'H s'agirait de finances. Ce projet fut immédiatement adopté. Lucien en eifet était loii d'approuver alors la politique du Directoire l'envahissement du Piémont par nos troupes, ii prise de possession de Mulhouse et de Geoève lui paraissaient une yiolation dangereuse du traite de Campo-Formio. Rome répuhlicanisée et enlevée au pape était une représaille du roeartre du général Duphot qui loi semblait outrée et im polit! que. « L'autorité temporelle, dit-il, est utile, néces8aire,«indispensable à l'exercice indépendant de l'autorité spirituelle du siège de Rofse sur tous les catholiques de l'univers. » £o mêaie temps, Trouvé, notre ambassadeur i Milan, réduisait à trois le nombre des directeurs cisalpins. Lucien, sollicité d'intervenir par le général Lahoz, avait vu Barras à ce sujet et, n'n obtenant rien , lui avait fait cette réplique ao* dacieuse : « Si vous trouvez qu''on peut renverser le Directoire de Milan , pourquoi ne pourrait-on pas renverser le Directoire de Paris?» Ce fut la dernière fois qu'il vît Barras. Le lendemain, 3 fructidor anyï (20 août 1798). il prit la parole aux Cinq- Cents pour défendre cette constitution cisalpine, œuvre de son frère, et imitation de celle de l'an m. Dès Iok, il pritdtfinitivement rang dans l'opposition coi)stitolii«nelle qui, tout en attaquant la personne dt< directeurs, en défendait l'institution. Le 2 fructidor (19 août), il fut un des secrétaires éhts.

Une nouvelle coalition étrangère devenant rmnaçante, la conduite de Lucien fut alors d'appuyer le Directoire sans abdiquer tout à tait devant lui. U repoussa le projet présenté par foplx>sition Jacobine d'une sorte de comité de calai public composé de sept membres, et d'ooe iaîision de 600 millions de billets de banque oatio nale ; mais il refusa toujours au Directoire l'impôt sur le sel, ainsi que la nomination è sa discréUan des employés de l'octroi. En même temps, il poussait jusqu'à la passion son amour pour b ^constitution de l'an m; le t"' vendémiaire, universalre de la fondation de la République, sur la proiMsition de Stevenotte de prêter serment i la constitution, il s'était levé précipitamment, H, le bras levé : « Oui, s'élait-il écrié, vive U constitution de Tan m I Jurons de mourir pour elle I « Dans les trois moisqui suivirent, bmmaifv, frimaire et nivôse an m , Lutien ne parut pltt« à la tribune, Il votait silencieusement les loii

présentées par le Directoire , sentant qu*oii défait appuyer ie goiiTernement, menacé à rinlérieur et à i*e\(érteur, et répngnant toutefois à accorder des pouvoirs extraordinaires si défavorables à la lil)erlé. Le 13 pluviôse an vu (!"' février 1799), le débat sur Timpôt du sel se raniraa plas vif que jamais dans les Cinq-Cents, Bien que circonvenu par le Directoire « qui y voyait Tunique moyen de combler le déficit, Lucien ne Déf;iigea rien pour faire repousser cette mesure. ÀDtagonisle convaincu de tout impôt indirect, il œ pouvait pas comprendre que Ton imposât jamais les denrées indispensables à la subsistance du pauvre. Après avoir traité, dans son discours, la question économique d'une façon remarquable, ii s attaquait ouvertement à la conduite des directeurs, en disant : « Quant à moi, il m'est démontré que le déficit ne peut pas aller a 50 millioos, que les réformes dans les dépenses peuvent le GooTrir eu grande partie. Je crois raisonnable, juste et politique , de connaître le montant de ces réformes avant d'accorder un nouvel impdt; et alors, s'il reste encore quelques millions à découvert, noua discuterons le choix d'une nouvelle taxe; alors la nation, au lieu de ne voir en nous que les distributeurs de ses ileniers, en verra aussi les économes. » Cr discours excita une grande agitation dans le conseil, les tribunes y applaudirent, et Toppositiun prit dès lors un caractère violent qu'elle fi'dvait pas encore eu. Le débat se prolongea jusqu'au 16 pluviôse où te gouvernement remporta de quarante-six voix ; mais le nouvel im* pôt échoua détloitivement devant le Conseil des Âadens.

Cette grande lutte avait profondément retenti ^os le public, et singulièrement aigri les esprité contre le Directoire. Lucien resta toujours ii'lète à Topinion qu'il avait émise alors sur 1^ impôts atteignant les objets de première iK^essité, et les considéra jusqu'à la fin de sa vie * comme des abus véritablennent réactionnaires et en opposition évidente à la révolution de 89 ». Le 27 (loréal ( 16 mai ), Sieyès était élu membre du Directoire, à la place de Rewbell, et l'opposition des conseils se marquait de plus en plus |idr ce choix significatif. L'opposition constitutionnelle et Topposition jacobine faisaient alors <^3ase conimune; la lutte contre les quatre anciens «directeurs, on moment suspendue par la nouvelle ^^ la perte de Milan et de l'abandon de Zurich (^0 prairial, 8 juin 1799), reprit bientôt, h la suite d''in rapport do ministre des finances qui attribuait les revers des armées à la parcimonie des conseils. Lucien, avec la majorité des Cinq-Cents, pensa qu'il fallait renouveler le Directoire sans délai; sans ce coup d*État la Bépublique était perdue. Les attaques contre Rewbell et Scherer, ({non confondait à tort avec les dilapidateurs des armées , commencèrent aux Anciens , pufs âu\ Cinq-Cents ; enfin la discussion de la loi sur

'a liberté de la presse fut reprise. On voulait dé-

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sarmer le Directoire, en lui enlevant ce pouvonr discrétionnaire sur les journaux qui faisait une partie de sa force. Sans premire, à la tribune do moins, une grande part à ces vifs débats sur la presse, Lucien, qui comptait parmi les adversaires du Directoire, et qui dans cette discussion voyait surtout un excellent moyen d'attaqtie contre loi, hâta très-habilement le vote de la loi proposée, que divers amendements de Carrère-Laganière allaient mettre en danger. S'em parant adroitement d'un passage du discours de Carrère , où il affirmait que le meurtre de Rasiadt n'avait excité qu'une faible indignation, il anéantit l'effet de ses paroles par cette apostrophe : « Cette assertion est fausse, elle est injurieuse... La France indifférente au crime de Rastadt ! £t déjà nos armées, électrisées par cette nouvelle, ont reporté la terreur dans les rangs de nos ennemis... Vengeance, vengeance des assassins ! » L'assemblée se leva tout entière, et TOta la loi qui enlevait au Directoire son pouvoir préventif sur la presse (22 prairial, 10 juin 1799). Jjd renouvellement partiel du Directoire fut la conséquence de cette première victoire de TopiMsition. Les conseils se déclarèrent en permanence (28 prairial). L'élection de TreiUiard fut annulée, et Merlin et La Révellière ayant donné leur démission, on les remplaça par Gohier, Moulins et Roger Ducos. Sur la proposition de lioulay (de la Meurthe), une commission spéciale de onze membres avait été nommée pour présenter au Conseil les mesures exigées par les circonstances. Lucien en faisait partie; le 1**' messidor (20 juin 1799), il fit un rapport apologétique des événements du 30 prairial. Après avoir établi que le gouvernement avait dépensé 58 millions de plu» qu'il n'en fallait pour une armée de quatre cent mille hommes, alors cependant que l'armée n'était que de deux cent soixante-quinze mille , il ajoutait : « Non, ce n'est pas le déficit qui a causé les malheurs de l'État; c'est au système suivi depuis un an par le pouvoir exécutif qu'on doit les attribuer uniquement. C'est à lui que nous devons la désorganisation de nos armées, le pillage et le bouleversement des républiques alliées. » Sur sa proposition le Conseil vota la permanence jusqu'au message du nouveau Directoire, qui fut reçu le 9. L'union entre les diiïércnts pouvoirs, suite espérée du coup d'État, ne se réalisa pas; le parti jacobin, vers lequel penchaient Gohier et Moulins, se prit alors à attaquer les autres directeurs. Ce parti triompha aux Cinq-Cents en obtenant la formation d'une commission de sept membres, chargée de présenter des mesures de salut public, et qui fut au scrutin secret, composée de Lucien, Cliarier, Daunon , Lamarque , Ëschasseriaux, Berlier et Boulay (de la Meurthe). Cette commission où les modérés étaient en majorité répugnait aux mesures extraordinaires, et pensait qu'il ne fallait pas, dans ce danger de la [latrie, embarrasser le gouTernement» mais qu'il

NAPOLÉON (LuciEK)

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Tatait mieux le laisser agir en liberté. Ce fut donc seulement le 4 fructidor (21 août 1799) que Lucien prit la parole comme rapporteur. 11 proposa la création de deux armées nouvelles , Tune de seconde ligne contre l'étranger, Tautre départementale contre les royalistes « qui assassinaient dans le Midi et dans l'Ouest ». Les Jacobins, en majorité aux Cinq-Cents, virent dans cette armée de l'intérieur une force nouvelle donnée au Directoire, et firent ajourner la proposition. Le désastre de Novi porta leur violence à l'extrême ; alors le Directoire fit arrêter onze journalistes, adressa un message aux Conseils et une adresse à la nation. Tout annonçait un nouveau coup d'État de la part des directeurs, et les Jacobins résolurent de le prévenir en faisant déclarer la patrie en danger et décréter la permanence ; ils voyaient le salut de la France dans le retour aux mesures révolutionnaires, tandis que Lucien, à la tête des constitutionnels partisans deSieyès, pensait qu'il fallait concentrer plus que jamais le pouvoir dans le gouvernement. Le défenseur espéré du Directoire, Jouk)ert, était mort; des ouvertures faites à Moreauet à Macdonald étaient restées sans résultat; Lucien essaya alors, mais vainement, de rapprocher Jourdan de Sieyès. C'est alors, suivant le récit de Lucien, que ce dernier se serait écrié ; « Nous n'avons donc pas une épée pour nous? Ah! que votre frère n'est-il ici? » Cette parole fut-elle un trait de lumière pour Lucien et pour Joseph, et envoyèrent-ils à cette <5poque des dépéclies secrètes k Napoléon pour l'avertir de l'état des esprits, et hâter son retour d'Egypte ? Lucien le nie énergiquement dans ses Mémoires. « Les frères de Napoléon, dit-il, auraient été doués d'un miraculeux esprit de divination, s'ils avaient pu croire, h cette époque, au premier de ces deux retours qui frappèrent l'Europe de stupeur. De pareils retours ne se conseillent pas , ne se préparent pas, ne se complotent pas... La frégate d'Egypte, le brick de rile d'Elbe , la barque de César, ne se remuent qu'au soume instantané du génie... J'attendais si peu le retour de Napoléon , que j'avais embras.sé avec ardeur l'espoir que Sieyès avait placé dans Jottbert. » Mais ne doit-on pas en croire davantage un témoin plus désintéressé, Miot, reçu dans l'intimité de Joseph Bonaparte, et qui, étant allé ie visiter à Mortfontaine, le 5 octobre 1799, raconte qu'il en reçut la confidence de l'arrivée prochaine et espérée de Napoléon; un Grec Dommé Bourbaki, attaché depuis longtemps à la famille Bonaparte, s'était chargé, moyennant une somme de 24,000 francs, de faire parvenir en Egypte ces importantes dépêches.

Cependant Jourdan proposa aux Cinq-Cents la permanence et la déclaration de la patrie en danger, ainsi que la formation d'un comité de neuf membres. Lucien prit la parole pour le comtMittre. « Je déclare , dit-il , ne voir aujourd'hui de salut que dans une union intime entre les premières autorités... Dans notre position,

il faut augmenter la force du pouvoir exécut: ou en changer. Il n'y a pas de milieu; \ioh^t l'un de ces deux partis, il n'y aurait plus qu'a a muler dans votre sein tous les [KMivoir:;. Lsk. là qu'on pourrait voir le salut de la République?» L'opinion modérée l'emporta de soixante-quatone voix, et la proposition de Jourdan fut rejetee Cette journée du 28 fructidor avait eu pourrviyilat de séparer définitivement le Conseil es deoi partis ; Lucien et les constitulionDcU soogtiicGl à*prévenir la menace des Jacobins, eo réaiioit la réforme dans la constitution que projetut Sieyès, lorsque la présence de Kapoiéao list changer la face des choses.

Le 16 octobre, Bonaparte était arrivé à Parb, et son retour inattendu avait excité le plus lii enthousiasme. Le 23, les Cinq-Cents élureat Ucicn pour président, Dillon , Fabry, Bam «les Ardennes), Dcsprez (de l'Orne) pour sec«lâiff< du Conseil. 11 semble que Bonaparte n'ait ^t d'abord qu'à obtenir une dispense d'âge qui là aurait permis d'être élu membre du Diredoir? Mais ayant trouvé tout d'abord une vive u^josition à ce dessein chez les directeurs Goiiierd Moulins, il songea dès lors à oser plus escon Barras et Sieyès avaient seuls uo parti; ii^ rapprocha de Sieyès : riionnétcté dccedemier, sa situation de chef du parti constitotionod i<s modéré , surtout l'influence de Lucien, de Jo sepli, de Talleyrand et de Rœderer, pour réuDii ces deux hommes dans un but commua, l«<'' cidèrcnl à se joindre à lui dans ses projets contre' le Directoire. Lucien le premier parla à Sk)ù de cette alliance. « L'opinion publiqae, lui<i|' il, a donné à mon frère la mission de sauTcr a France; voulez- vous vous associer à loipw'f cette patriotique entreprise? » Cabanis IraiU, comme ami commun , les conditions de \'vm% et, le 30 octobre (8 brumaire), eut lieu rentrf^B*cntre Bonaparte et Sieyès. Il fut convenu qK huit ou dix jours suffiraient à préparer le wup d'État. C'est dans ces dix jours,«corapris entre les et le 18 brumaire, que tout fut comlwî' pour ce grand changement, dans un comité couî; posé du général Bonaparte, de Sieyè8,Talle)rt2^. Rœderer,. Cabanis, Lnden, Joseph elRegnifauxquels s'adjoignirent Volncy et Boulayt'Jf^ Meurlhe). Sieyès se chargea de disposer les e> prits des Anciens très-portés à subir son influe»", et Lucien d'agir sur ses collègues dt* Ciu^ Cents , mais l'un et l'autre sans leur faire i^anaître le but précis de la révolution qui se pr^fj' rait. Parmi les généraux , Moreau , Maelonai^. Seinirier, Lefebvre, commandant la divisiofl "^ Paris, s'étaient mis à la disposition de Bonapar/, Bernadotte, malgré les efforts de Joseph, a^^ naît à l'écart. L'armée était réjiublicaine : ««■ thier se ctiargea d'agir sur les officiers géocfW»» Murât sur les ofHciers delà cavalerie, Lan»J^ sur ceux de l'infanterie, Marroont sur ceux l'artillerie; enfin on comptait so"" dcu\ J^V ments de dragons de l'ancienne &rro«cdItaiK.

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et sur le 21* de chasseurs d'où sortait Murât. Le 6 Dovembre (15 brumaire), au sortir tnôme ije la fête donnée aux généraux Bonaparte et Moreaii, par le Corps législatif, dans le temple de la Victoire (Saint-Suipice), le jour du coupd'État fut fixé entre Sieyès et Bonaparte, au 8 (17 brumaire). Le 7, on se réunit chez Talleyrand : Rœdcrer et Regnaud de Saint Jean d'Ângely rédigèrent les proclamations I pamphlets, articles de journaux; Amault, des chansons qui de- Taientétre distribuées dans le public. Real prépara tout ce qui était du ressort de la police, placards, orateurs de carrefours ; le soir il y eut réunion chez Mn>e Bonaparte. £n même temps ou faisait part des projets à la commission des inspecteurs du conseil des Anciens , mais sans les initier à tout le secret, et en ne leur parlant que de la nécessité d'écraser les jacobins. Dans la nuit dn 17 an 18 brumaire (8 et 9 noTembre ), la commission des inspecteurs, à laquelle appartenait le soin de veiller à la sûreté du Corps législatif, expédia les lettres de convocation aux Anciens pour le lendemain matin. Le 18, pendant que rbôtel de la rue de la Victoire où habitait Bonaparte, était, dès six heures du matiu , encombré d'une foule d*officters prêts à se porter on le général les conduirait, les Anciens s'étaient réunis dès sept heures. Après un discours de Cornet , au nom des inspecteurs , sur ie;; symptômes alarmants qui se manifestaient depuis quelques jours, Régnier avait pris h parole pour demander, comme mesure de salut public , la translation des conseils à Saint- Cloud -, cette proposition avait été immédiatement votée, malgré la demande d'ajournement faite par Montmayou'; le général Bonaparte fut cliargé de Texécution de ce décret. Aussitôt que ce décret est remis à Napoléon, il harangue les orBciers qui Tentourent, et, suivi de 1 ,500 hommes de cavalerie qui le joignent sur les boulevards , il se poile aux Tuileries, où, à dix heures, il e5t admis à la barre du conseil des Anciens, et > prête serment à la constitution. Cependant rien n'était terminé ; que ferait-on le lendemain à Saint-Cloud ? Telle fut la question qui fut agitée au sein de la commission des inspecteurs, qui s'était réunie de nouveau aux Tuileries, à sept heures du soir, et où s'étaient rendus le général Bonaparte, Sieyès et Roger Ducos, Fouché, et Lucien Bonaparte, accompagnés de plusieurs membres des deux conseils. Sieyès et Fouché, tnieux instruits des brusques mouvements des HÀsemblées délibérantes , insistaient pour Tarrestatioa d'une quarantaine des principaux oppo* sanls. Puis, sur le refus formel du général Boiiapartc, ils proposèrent quelque stratagème, au nioyen duquel, par un changement subit dans la couleur des cartes, qui seules donnaient entrée aux représentants dans les Conseils, on aurait tenus éloignés les plus hostiles. Bonaparte trouva àt sa dignité de repousser de tels expédients. On Se sépara donc sans avoir rien arrêté sur la ma-

nière de conduire les événements. Nomination d'un gouvernement provisoire, ajournement du Corps législatif à trois mois, telles étaient'ies mesures qu'on avait résolu de présenter le lendemain aux Conseils. Le lendemain, 19 brumaire (10 nov.), le conseil des Cinq-Cents se réunissait à une heure , à Saint-Cloud , dans l'orangerie, et, un peu plus tard, à deux heures, celui des Anciens dans la grande galerie du palais , peinte par Miguard. Dans une salle intermédiaire étaient le général Bonaparte et Sieyès. Les préparatifs exécutés dans les deux salles avaient ainsi retardé la réunion des Conseils et permis aux députés hostiles de jeter dans l'esprit de leurs collègues des éléments de crainte ou de doute. Aux Cinq-Cents, présidés par Lucien, la séance fut tout d^abord menaçante. Gaudin, qui était dans le complot et qui avait été chargé d'ouvrir la discussion, demande i» qu'une commission de sept membres soit nommée pour faire un rapport sur les dangers de la République; 79 que toute délibération soit suspendue jusqu'au rapport de la commission. Ce dernier point était surtout important; c'était couper court à toute opposition en décrétant le silence. Quelques voix appuient d'abord la proposition, mais elles sont aussitôt combattues par Delbrel, qui s'écrie : « La constitution d'abord! La constitution ou la mort !... Les baïonnettes ne nous effraient pas; nous sommes libres ici. » Les cris : Vive la constitution 1 A bas les dictateurs ! s'élèvent alors de toutes parts, et c'est au milieu d'eux que Delbrel demande qu'on renouvelle le serment de fidélité à la constitution. Le tumulte est à son comble; Lucien le domine enfin par son énergie. « Je sens trop la dignité de président du conseil, pour souffrir plus longtemps les menaces insolentes d'une partie des orateur» ; je les rappelle à l'ordre. « Le calme se rétablit. Chaque député, et Lucien lui-même, vient à son tour à la tritNine prêter le serment décrété. Bonaparte, averti par son aide de camp La Valette de ce qui se passe aux Cinq-Cents , paraissait fort agité. Fouché lui conseille d'employer la force ; luimême s'écrie enfm : « 11 faut en finir ! » 11 descend alors dans la cour du palais , met en bataille un régiment nouvellement arrivé de Paris, le harangue, puis se rend à la barre des Anciens. C'était presque une révolution manquée; Augereau, qui croise Bonaparte, lui dit : « Te voilà dans une jolie position. » Sieyès et Roger Ducos avaient une chaise de poste, attelée de six chevaux, qui les attendait à la grille de Saint-Cloud. Bien que moins tumultueuse que la séance des Cinq-CenU, celle des Anciens avait vu cependant se manifester plus d'une résistance opiniâtre : Savary, Citadella, Guyomar, Colombel (de la Meurthe) étaient tourà tour mon • tés à la tribune pour demander des explications sur la translation du Corps législatif à Saint- Cloud , et Régnier avait eu grand'peine à arrêter ce débat, en affectant de confondre ces de*

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mandes avec une discussion sur le décret laimême désonnais irrévocable. H était trois heures et demie lorsque Bonaparte se présenta aux Anciens accomiiagné de Berthier. C'était la première fois qu'il parlait devant une assemblée; sa parole manqua d'abord de calme et de fermeté; cependant, reprenant bientôt possession de luimême , il répondit à cette interpellation : Et la constitution?— « La constitution 1 Vous sied il bien de Tinvoquer? Vous Tavez violée an 1 8 fructidor, au 22 floréal, au 30 prairial. La constitution { dites-vous Toutes les factions l'ont violée ; elle est méprisée par toutes ... Vous me demandez des garanties pour cette liberté et cette égalité... Soldats qui êtes ici , quand je vous ai promis la victoire, dites si je vous ai trompés? » Sa présence avait produit l'effet qu'il désirait, on lui avait accordé les honneurs de la séance : il se présenta alors aux Cinq-Cents. A la vue inopinée du général, les députés se levant : « Ici des sabres ! à bas le dictateur I à bas le tyran ! » s'écrient les députés qui entourent Bonaparte* Bigonnet lui dit d'une voix tonnante, en le touchant au collet : « Que faites-vous, téméraire? Vous violez le sanctuaire des lois. » A ce moment les grenadiers, restés à la porte de la salle, entourent Bonaparte pour le défendre, et Lefebvre Tentratne hors de l'enceinte. Alors Laden, qui préside toujours l'assemblée, se voit interpellé de toutes parts. Réduit à invoquer les services passés de son frère, ses paroles sont accueillies par ces mots : « Hors la loi I à bas le tyran ! hors la loi I » Il quitte alors le fauteuil de la présidence, et est conduit hors delà salle par un piquet de grenadiers que lui envoie Napoléon. Tout semblait perdu. BonapaKe , à cheval, avait fait prendre les armes aux troupes placées dans la cour du palais, mais elles semblaient hésitera marchercontre la représentation nationale. C'est alors que Lucien, sentant que le moment de tout risquer est venu, monte lui-même à cheval, se place devant le front des troapeset les harangue. « Le conseil des Cioq-Cents est dissous, leur dit-il, c'est moi qui vous le déclare. Des assassins ont envahi la salle des séances, et Ton fait violence à la majorité; je vous somme de marcher pour la délivrer. » Le bruit , en effet, avait couru que des poignards avaient été levés sur la poitrine de Bonaparte , et Serurier, exploitant habilement cette rumeur, se promenait, devant le front des troupes , répétant tout seul : « Les misérables! ils ont voulu tuer le général Bonaparte 1... Ne bougez pas, soldats !... restez tranquilles, attendez qu'on vous donne des ordres. > Cet ordre venait d'être donné par Lucien; profitant alors d'un moment d'enthousiasme chez les soldats, Murât, à la tête d'un bataillon de grenadiers, pénètre dans la salle des Cinq-Cents. A cinq heures et demie , elle est C4)mplétcment évacuée ; un piquet est laissé à sa garde, et, quand les soldats reparaissent dans la cour du palais , Us sont accueillis par des applaudissements où

se mêlent les murmures de quelques âmes affligées de ce triomphe de la force (1).

Lucien , suivant la plupart des historiens, J<>seph, selon Miot, eut alors Tidée de nissemktleriei débris des Cinq-Cents et d'agir avec cette a^stmblée tronquée. A neuf heure* du soir, cinquanU membres des Cinq-Ceats se réunirent sous la présidence de Lucien, déclarèrent par un vote que le général Bona|}arte avait bien mérité de la patrie, puis nommèrent une commission pour présenter à l'assemblée les mesures de gouvernement qat les circonstances rendaient nécessairea. rendait que cette commission se retire dans son bureau, où elle ne fait que copier les divers dér/ds préparés à l'avance , Lucien prononce à la tribune des Cinq -Cents un discours sur les vices de la constitution et la nécessité de la réformer. A Lucien succède Boulay (de laMeurtlie), rapporteur de la commission, qui propose en sou non i*at)olition du Directoire, l'exclusion de soixantedeux membres du parti renversé, parmi lesquels on remarque le général Jourdan ; ^mfin l'institatiun d'un gouvernement provisoire oooi|io»é de trois consuls, Sieyès, Roger Duoos, Iknaparte, ainsi que l'ajournement des eoosdis au 20 février. Après un discours de Cabanis (3) pour appuyer ce rapport, l'asseml>lée vote à l'unanimité ce projet de loi, ainsi qu'une proclamation au peuple français. Il était une heure do matin lor^que les résolutions prises par les Cinq- Cents furent portées aux Anciens qui les sanctionnèrent, sans désemparer, par un vote unanime. En même temps fut nommée une coomission législative, destinée à élaborer lanoo- Telle constitution, et composée de cinqnaote membres pris en nombre égal dans chacune des deux assemblées. -Lucien fut le président de b section des Cinq-Cents, Lebrun de celle dei Anciens. Tel fut le coup d'Étaf dn IS bronaire, qui réussit plus par la disposition favorable é» CAprits que par l'habileté qui y présida; un isstant gravement compromis par Tattitude des conseils à Saint-Cloud, la fermeté et surtout U décision de Lucien en assura le succès. Il «t certain qu'il montra dans ces circonstances iwt pas un courage, que nous n'appellerions pas civique , bien qu'il ne soit pas non plus le cour^ militaire, mais plutôt une audace bien supérieure à celle de Bonaparte.

Bientôt avec le consulat décennal apparut la constitution de l'an viu, qui aurait dû être l'œuvre de Sieyès et qui fut surtou t celle de Napoléon ;L0' clen, partisan déclaré des idées de Sieyès, ne vil donc pas sans regret les modifications que ixM

H) Après la ditpcrtloa do conseil des Cinq-CcDis. ^ conseil den Anciens rendit uo décret qui sjoarnsii ^ Corpn légisblir et orgaaiMlt un gouTcroeinent ^o^^ anlrc, coiume le fit la loi du 19 brumaire. Mate cecadc émane li'unr seule des deux secUons de U Icglsliturt nr scnblali pas avoir une autorité soMsaote.

(S) Ce di«couri et plusieurx autres sont Insères lO procès-verbdl. Mais on a dit ei écrit qu'ils n'eat ps* ete prononces réellement, et qu'ils avalent été redigO d'avance pour une dlscua^on qui n'a pat en Aeu.

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If plan do célèbre lëfpsiateur. Crpendant, dus la p»'nsé«^ même de Bonaparte, l6 Iribunat était destiné Riix esprits actifs, remuants, amoureux de renommée; Lucien avait été l'un des élus par le sénat pour )e composer; mais il n'accepta point, ajant été choisi par le premier consul (4 nivôse aiivïii, 25 décembre 1799) pour remplacer au ministère de l'intérieur l'illustre La Place» devenu membre du sénat. C'est pendant le ministère de LiK-icn que parut la fameuse loi da 2ft pluviôse an vtii qui, en organisant l'administration municipale pt départementale, a constitué en France la rentralisation administrative. Aux administrations co//ec^ii?e5 à tous les degrés , auxquelles étaient adjoints des commissaires du gouvernement chargés de requérir auprès d'el les, la loi substituait un système fondé sur la division des pouvoirs en exécutif, judiciaire, et délibératif ; à ces troift fonctions correspondaient les préfets, souspréfets et maires, les conseils de département, d'arrondissement et de commune, enfin les conseils (le préfecture chargés du contentieux administratif. £n même temps Lneien, porté de ce côté par ses goûtx mêmes, protégeait eflicacement les lettres : le 23 mai 1800, sous ses auspices, reparaissait le Mercure de France; et des travaux d'art considérables étaient exécutés dans sa belle propriété du Plessis-Cliamand , près Seolis. Cependant son ardeur pour les plaisirs, une administration peut-être plus intelligente que rigoureuse, et plus que tout cela Tenvie , soulevèrent quelques plaintes contre le nouveau mi- Distre de rintérieur. En même temps, l'indépenliance de Lucien amenait entre lui et le premier consul, plus d'un désaccord que le ministre de la police Fouché ne contribuait pas à termioer pacifiquement. Des braits de conspiration s'étant répandus au mois d'avril 1800, ane première scène violente eut lieu entre Fouché et Lucien, qu*une rumeur mal fondée plaçait avec Bernadotte à la tête des mécontents. « Je ferais arrêter le ministre de l'intérieur lui-même, dit alors Fouché, si j'apprenais qu'il conspire. > A ce moment il fut déjà question de reloigneroent de Lucien. Du reste, ces insinuations malveillantes tombent devant un reproche d'un tout autre genre qui lui fut fait bientôt après. Une tentative d'assassinat sur le premier consul, par Ceracchi et Ârena, s'étant produite àrOpéra (10 octobre 1800), l'enthousiasme pour Bonaparte s'en accrut encore, et, sous le titre de Parallèle entre César, CnmweUf ètonck et Bonaparte, il courut une brochure qui ne proposait rien de moins que le rétablissement de la monarcliie au protii du vainquent de Marengo. « Croit-on, y disait-on, que le bAton de maréchal ou que l'épée de connétable puisse suffire à l'homme devant qui l'uni- Ters s'est tu?»

Ce pamphlet anonyme, attribué à Lucien , et qui était en réalité de M. de Fontanes, produisit un très-mauvais effet, surtout dans l'armée. Mo-

rean, à l'instigation de Fouché, s'en plaignit même ouvertement; et Bonaparte demandant publiquement au ministre de la police comment il laissait circuler de tels écrits et pourquoi, s'il en connaissait les auteurs, ils n'étaient pas encore à Vincennes, celui-ci lui répondit : « Je ne pouvais pas, car c'était votre propre frère. » C'est à la suite de cet incident qu'eut lieu (3 novembre 1800), devant le premier consul, une altercation des plus vives entre Fouché et Lucien, dans laquelle ce dernier, aux reproches sur sa conduite administrative, sur ses moBurs et sa liaison avec une actrice. Mit» Mezerai, répondit par des plaintes acerbes sur l'accroissement des impôts, etc. Lucien quitta alors le ministère de l'intérieur (novembre); c'était évidemment une première disgrâce, mais qui , par le conseil de Cambacérès, fut déguisée sous les apparences d*une ambassade en Espagne. Cette nouvelle mission n'était pas sans difficulté, car il fallait arracher la monarchie espagnole à l'influence anglaise et la rattacher à la politique française. Lucien y parvint par le traité d'alliance da 21 mars 1801 ; puis il s'appliqua à en tirer toutes les conséquences. U sut, en négligeant les ministres titulaires, pour aller-droit au véritable chef du gouvernement, le prince de la Paix, et en lui faisant craindre le ressentiment de Bonaparte, se servir de lui pour accélérer le.s préparatifs de l'envahissement du Portugal. Le glorieux, mais terrible combat d'Algésiras (ejuillet;, empêcha la réussite complète de ses plans. On fut plus heureux du côté du Portugal ; la soumission de tout l'Alemtéjo amena l'ouverture des négociations pour la paix ; elles eurent lieu à Badajoz où Lucien avait suivi la cour d'Espagne. Contrairement aux intérêts de r£spagne et de la France, qui voulaient, en Portugal, frapper l'Angleterre, Godoi consentit à une paix prématurée qui donnait seulement Olivença aux Espagnols, et 20 millions aux Français. Lucien lui-même signa la copie de ce traité de Badajoz , et la fit partir pour la soumettre à la ratification de son frère. Irrité devoir ainsi compromises les négociations de Londres, Napoléon blÂina énergiqueroent son frère, qui répondit à cette colère du premier consul par l'envoi de sa démission d'ambassadeur; elle ne fut pas acceptée; Lucien reçut ordre de rester à Madrid, et de déclarer que les Français camperaient dans la Péninsule jusqu'à la paix particulière de la France avec le Portugal. Abandonné par le cabinet de Madrid, Napoléon l'abandonna à son tour, et signa les préliminaires de la paix d'Amiens avec l'Angleterre, en lui laissant l'ile de la Trinité qu'il voulait auparavant faire rendre à l'Espagne ( 1*^' 0( tobre 1801 ). Lucien avait été en même temps autorisé à signer le traité de Badajoz, sauf quelques modifications peu importantes ( 29 novembre 1801). Ce fut le dernier acte de son ambassade d'Espagne, dans laquelle il s'était fait accompagner par plusieurs savants et hommes de lettres ,

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parmi lesquels était le poète Arnault. De retour à Paris au commencement de 1802, il fut, le 9 mars, appelé à siéger au tribunal qui venait de perdre Tingt dé ses membres, éliminés par le sénat, conformément à la Yolonté du premier consul. Il disait ne plus rien désirer qu'une existence tranquille, employée à servir son frère dans le sein de Tun des grands corps de l'État. Une session législative extraordinaire, où devaient être présentés d'importants projets de lois médités par le premier consul, s'ouvrit le 5 avril 1802 : le premier présenté fut celui du concordat; ce fut Lucien qui fut chargé de féli citer le gouvernement sur ce grand événement. Peu après il prit une part plus active encore à la création de la Légion d'honneur. Le projet rencontra dans les deux assemblées une résistance également vive; au tribunal Lucien en fut nommé rapporteur et l'exposa avec une ardeur qui manquait un peu d'habileté.

Le sénatus-consnite du h août 1802 (16 thermidor an x), en installant le consulat à vie, augmenta l'importance et le rôle des frères du premier consul. Nommé par le tribunal , pour le représenter dans le grand conseil de la Légion d'honneur, Lucien se trouvait par suite sénateur de droit en sa qualité de membre de ce grand conseil. Il reçut la séoa- ^orerie de Trêves, qui le mit en possession de la terre de Soppelsdorff, ancienne maison de plaisance des électeurs. En 1803 , Tlnstitut ayant été, sous ses auspices, réorganisé et augmenté d'une classe, il prit place dans celle de la langue et de la littérature française ( 3 février). Un voyage à Bruxelles, puis il Trêves, le tint un peu de temps éloigné. Veuf depuis 1798, c'est à son retour qu'il épousa Alex and rine de DIeschamp, qui avait eu pour premier mari un agent de change nommé Jouberthon. Née à Calais I en 1778, elle était une des femmes les plus aima- \ blés et les plus spirituelles de cette époque (1) ; ' Lucien l'avait rencontrée dans la société du comte de Laborde au château de Méréville. Cette union { toute d'inclination déplut à tel point au pre- i mier consul que Lucien, pour conserver sa dignité et son indépendance, se crut obligé de rompre avec son frère et même de quitter la France (avril 1804).

Réfugié d'abord à Milan, puis à Pesaro, enGn à Rome, Lucien fut désormais étranger à la politique, et vit de loin, sans s'y mêler, l'établissement de l'Empire, et cet envahissement progressif de l'Europe par les armées françaises, qui devait amener de si cruels revers. Entouré de sa famille, ' cultivant les lettres qu'il aimait, il ne fit aucune démarche pour se rapprocher d'un frère qui distribuait alors des couronnes. Cependant Napoléon , par affection, peut-être aussi |)ar une po- ;

(I) Elle avait, comme «on mari, le culte de la poésie et

des arts ; on seul de %t% ouvraRCS, crcjons-nons, a vu |

le Jour : c'csi un poème en dix cbaats , avec notes, in- j

titulé : BaWdc, reine des Francs (Parb, 1810, ln-8»). t

litique qui ne voulait pas laisser eo dehors 4e son gouvernement une aussi grande individualité que Lucien, lui fit faire plus d'une fois(k> ouvertures de réconciliation. En 1 806, il chargea le comte Miot, cliargé d^instrudîoQS pour le roi de Naples Joseph, de s'arrêter à Rome chez Lucien. <i Je veux bien, lui dit-il. oublier ce que deux de mes frères ( Joseph et Jérôme ) ont fait contre moi. Que Lucien abindonne sa femme et je lui donnerai une sooverdneté. » M. Miot trouva le frère de l'Empemr occupant à Rome un palais magnifique, qu'il arait orné de riches collections de tableaux et de statues antiques du plus grand prix ; il partit sais avoir dit un mot de sa mission à Lucien q% dans une conversation toute littéraire, arait évité avec soin ce qui aurait pu l'amener à faire connaître son opinion sur les aftaires politiqoes. Après le traité de Tilsitt (7 juillet 1807), Napoléon lui-même, tentant un rapprochement, domu rendez-vous à Lucien dans la ville de Maatooe ( 13 décembre 1807 ). La dissolution du mariage de Lucien était l'ultimatum de TEmpereor; un trône pour son frère, le mariage de sa filif aînée avec le prince des Asturies , nn dudié pour la femme répudiée, eussent été le prix de l'acceptation. Cette entrevue n'eut aucun résultat, et, quoi qu'on ait pu dire des motifs du refus de Lucien, toujours est-il qu'il faut admirer cette fermeté en face du souverain qui faisait alors tout plier devant lui et tous les caractères. Quant à la véritable cause de la conduite de Lucien, voici ce qu'il en dit daos ses Mémoires. « Quant à moi, mes nçtU de la république sénatoriale ont duré bien longtemps. L'adversité, qui n'adoucit guèn* l'honneur, a longtemps lutté dans mon esprit contre l'évidence de la Totation universelle ea faveur de la monarchie, et contre ma convie tion du génie et du patriotisme de Napoléoo. Enfin quoique, dans ma conférence de Maotooe avec mon frère, mon refus ne tint plus qu'aux restrictions politiques que je ne crus pas devoir subir, il n'en est pas moins nai que, jusqu'à mon séjour en Angleterre, il mtait encore en moi beaucoup du vieux répohlicain. » L'insuccès de cette tentative de la part de Napoléon rendit encore plus difficile la situation de Lucien ; il crut alors devoir quitter Rome, et alla s'établir dans un donoaine qu'il avait acquis près de Yiterbe et que le pape érigea en principauté de Canino. Bientôt loème Lucien résolut de quitter lltalie pour alkr s'établir aux États-Unis. S'étant embarque, dans ce dessein, à Civita-Vecchia, le l^'août 1810, il fut pris par un croiseur anglais, coaduit d^abord comme prisonnier à Malte (2« aoftl), puis enfin en Angleterre où il débarqca le 28 décembre. Considéré comme prisonnier, malgré son éloignement des afTaires, il reçu^ du gouvernement anglais pour résidence la petite ville de Ludiow (pays de Galles). Pe» ^

NAPOLÉON (LuciEW)

temps après, il acqaît le domaine de Thoragrove, à daq lieaes de Londres, où il demeura jusqn'aax traités de 1814 (il avril ),qiii vinrent lui rendre la lilierté (1). Il revint alors à Rome, où il dédia au pape Pie YII ( 4 mai 1814 ) son poème de Charlemagne ou P Eglise sauvée^ qu'il avait achevé pendant sa captivité en Angleterre. L'adversité fit alors ce que n'avait pu faire la toutepuissance de Napoléon \ elle rapprocha de lui le prince de Canino, qui lui écrivit deux lettres i rile d'Elbe pour lui ofTrir de se consacrer au service de sa personne. Il tint, pendant les Cent-jours, cette promesse qu'il venait de faire. Venn à Paris , après le 20 mars, pour solliciter de l'empereur l'évacuation des Etats de l'Église envahis par les troupes de Murât, il obtînt ce qu'il demandait et, après un voyage de vingt -deux jours en Suisse à Versoix, prèA de Mme de Staël , il revint enfin se fixer à Paris pour y aider son frère dans les circonstances si difficiles de cette époque. Il alla habiter le Palais-Royal, et accompagna Napoléon à la cérémonie du Champ de Mai, avec le rang et le titre de prince français. Le désir de Napoléon de le nommer président de la chambre des re* présentants ayant rencontré nn obstacle dans les événements mémes,il prit place à la chambre des pairs, et enfin fit partie de la commission de gouvernement qne l'empereur institua au moment de i>artir pour l'armée (nuit du 13 juin 1815).

Après la tntaille de Waterloo, Napoléon sentait, comme il l'a dit, que n tout était perdu, excepté l'honneur ». Cependant, dans le conseil qui se tint le jour même de l'arrivée de l'empereur à l'Elysée (21 juin 1815), Lucien, plein de.s souvenirs du 18 brumaire et enclin à se passer des assemblées, opina, avec le maréchal Davout, pour leur prorogation ou leur dissolution. Un dernier combat se livrait dans l'âme de Napoléon. « Osez, » lui dit Lucien. — n Hélas I répondit l'empereur, je n'ai que trop osé I » Puis il rédigea un message aux assemblées pour leur proposer la nomination de deux commissions chargées de prendre avec le gouvernement toutes les mesures de salut public. Lucien fut chargé de porter ce message à la chambre des représentants. Il était sept heures du soir lorsqu'il monta à la tribune. L'indocilité dont il avait laît preuve jadis à l'égard de l'empereur, le servant aujourd'hui, on lui tenait compte de n'avoir pas porté de couronne ; il fut donc assez bien accueilli. Cependant M. Jay, poussé par Fooché, a^ant pris la parole pour demander l'abdication de Napoléon, et chargé en quelque sorte Lucien d'être l'intermédiaire de la France désolée, celui-ci lui répondit en énnmérant les ressources

(1) Dana les dernières anmîcs de TEmpIre, le nom de l-«ien ne flgure plus dan« Vjilmanach impérial, ni Parni les flénatenrs. ni parmi les membres de l'insutut; " •> trouve pour la dernière fois à ces dlter» litre*, «n 1810, ftOQs le nom de sénateur Lucien. C'est le cnrate Ganiler qui le remplaça dans la sénalorerle de Trère».

KODV. BIOCR. GÉNÉR. — T. XXXVII.

I dont disposait encore la France, et les chances de salut qui restaient encore en demeurant unis en face de l'ennemi. « Se séparer de Napoléon » disait-il en terminant, sous prétexte d'apaiser la haine de l'étranger, c'est une illusion à la fois ridicule et funeste... N'exposeriez vous pas la France à un grave reproche d'inconstance et de légèreté , si en ce moment elle abandonnait Napoléon? » Malgré l'apostrophe violente de La Fayette s'écriant : « Prince, vous calomniez la nation ; ce n'est pas d'avoir abandonné Napoléon que la postérité pourra accuser la France, mais hélas! de l'avoir trop suivi.... » le discours de Lucien avait rendu quelque calme à l'assemblée : elle se Iwrna à nommer la com* mission proposée par le gouvernement, dans l'espoir qu'elle obtiendrait cette alnlication qu'elle désirait, mais qu'elle avait honte de prononcer elle-même. En. quittant le Palais- Bourbon, Lucien était allé porter à la chambre des pairs le message de l'empereur. 11 n'y souleva pas les mêmes tempêtes. Mais ne se faisant pas illusion sur les conséquences des dispositions presque hostiles des chambres , de retour à l'Élysée, il répéta qu'il n'y avait plus à délibérer, qu'il fallait opter entre un coup de vigueur et l'abdication immédiate, afin de prévenir une résolution offensante des députés. Le 22 juin, l'empereur signa sa seconde abdication, mais en y mettant^ sur l'observation de Lucien et de Regnaud de Samt-Jean d'Angely, une condition expresse ^ celle de la transmission de la couronne à son fils. C'est donc, à la dernière heure seulement, et quand il vit tout perdu, que Lucien pensa à une régence qu'on l'accusa bien à tort d'avoir eu tout d*abord en vue, pour se ménager la première sitnation sous le nouveau règne du jeune Napoléon II. R 11 s'agit, dit-il le même jour à la tribune, d'éviter la guerre civile , de savoir si la France est une nation indépendante et libre. L'empereur est mort, Vive l'empereur!... Je demande qu'en conformité de l'acte constitutionnel, la chambre des pairs, qui a juré fidélité à l'empereur et aux constitutions, déclare, sans délibération, par un mouvement spontané et unanime, devant le peuple français et les étrangers, qu'elle reconnaît Napoléon II comme empereur des Français. J'en donne le premier l'exemple et lui jure fidélité. » On sait la réponse de M. de Pontécoulant à ces paroles de Lucien. « Je demande au prince, dit ce pair, à quel titre il parle dans cette chambre. Est-il Français.' Je ne le reconnais pas comme tel. Lui, qui invoque la constitution, n'a pas de titre constitutionnel. Il est prince romain. » — « Si je ne sois pas Fraùçals pour vous, avait répliqué Lucien, je le suis pour la nation entière. » Lucien, dans ces derniers jours de deuil, ne quitta pas Napoléon jusqu'au 29 juin. Puis il sortit presque aussitôt de France. Arrêté à Turin, il y subit une captivité de trois mois dans la citadelle de cette ville, et ne fut rendu à la liberté que sur les instances du pape. Revenu enfin à Rome, il fit

Uh

NAPOLÉON (Lucien)

deux fois (1817 et 1819). conjointement avec Joseph, la proposition à Napoléon d'aller partager sa captivité de Sainte - Hélène. Alors il vécut, dans sa villa Russinella, entouré de ses nombreux enfants, adonné tour à tour à la composition de ses Mémoires et de travaux sur les antiquités de l'Italie. La révolution de 1830, qu'il arait vue avec joie, lui fit concevoir Tespérance de voir cesser son long exil ; ce fut en vain, et il mourut à Viterbe, le 29 juin 1840, âgé de soixante-cinq ans. Lucien , qui ' était membre de l'Institut depuis 1803, en avait été exclu avec la Restauration ; mais ce titre bien éphémère d'académicien lai avait an moins servi à donner aux lettres un des témoignages les plus délicats de protection qni loi aient jamais été accordés. Sollicité par un jeune et novice poète de 1803, il lui répondit par une lettre où , aux plus affectueux conseils littéraires , était jointe la prière d'accepter son traitement d'académicien qu'il lui donnait mandat de toucher. Ce jeune poète était Béranger, devenu plus tard rillustre chansonnier, et qui n'oublia pas le prince Lucien, dont il proclamait le nom et les bienfaits dans la préface de son nouveau recueil de 1833.

La vie de Lucien Bonaparte, aussi bien que son oaractère, paraissent jusqu'ici avoir été jugés avec peud'impartialité; exposée aux rancunes des flatteurs de l'Empire comme à celles des révolutionnaires exaltés, sa mémoire a besoin d'être défendue contre leurs attaques. Les historiens même les pins modérés ne sont pas toujours sans Acreté dans l'appréciation de son rôle politique. «< Lucien, dit M. Thiers, était un homme d'esprit, mais d'un esprit inégal, inquiet, ingouvernable et n'ayant pas assez de talent, quoiqu'il en eût, pour racheter ce qui lui manquait sous le rapport du bon sens. » M. de Barante, plus équitable le peint ainsi : « Lucien, important aux Cinq-Cents par son nom, ses succès de tribune, son activité et ses intrigues, républicain mais point jacobin, en relation avec Sie}ès, ne s'était compromis avec aucun parti, et en les ménageant tons , avait acquis une grande influence. » On regrette de trouver de Napoléon lui-même le jugement suivant sur son frère, bien qu'il soit juste de constater qu'il a été porté en 1796 : n Lucien s'est compromis en 93 plusieurs fois , malgré les conseils réitérés que je n'ai cessé de lui donner. 11 voulait faire te jacobin, de sorte que, si, heureusement pour lui les dix-huit ans qu'il avait alors n'étaient son excuse, il se serait trouvé compromis avec le petit nombre d'hommes, opprobre de la nation. » Il serait fort à désirer que les Mémoire du prince de Canino , restés interrompus à sa mort, fussent enfin publiés par sa famille, et vinssent permettre de porter un jugemont définitif sur cet homme, dont la destinée offie un si piquant contraste avec celle de Napoléun.

Les œuvres de Lucien sont les suivantes : £a Tribîi indienne, ou Edouard et Sieliina, roman; Paris, 1799, 2 vol. in-iS ; trad. en anglais et en allemand ; — Charlemagne ou VÉglise sauvée, [K)ëroe épique en 24 chants; Londres, 1814, 2 vol. in-4<'; Paris, 1815, 2 vol. in 8% tradoit va anglais, par Butler et Hodgson; — Odeamfre les détracteurs d'Bomère, lue, le 15 mai 181&, devant l'Institut pour la réception d'Aignan; — la Cyméide, ou la Corse sauvée, poéoe épique en XII chants ; Paris, i819, in-8* ; — Aux citoyens français membres des collèges électoraux ; Le Mans, 1834, in-4** ; ^ La vérité sur les Cent' Jours, suivi de documents historiqua sur 1815 ; Paris, 1835, in-8°; — Mémoires de Lucien Bonaparte, prince de Canino, écrits par lui-même; Paris, 1836, in-8'' on in-i3 : le premier volume de ces Mémoires a seul paru, bien que la préface, qui les précède semble annoncer qu'ils ont été complètement achevés en manuscrit; — Mémoire sur les vases étrusques, 1836. En 1845, sa veuve donna oo extrait du second Tolume de ses Mémoires soos ce titre : £e 18 Brumaire,

Lucien avait épousé 1® en 1794, Christine- Éiéonore Boyer, née à Saint-Maximio (Var ), morte à Paris, le 14 mai 1800, à l'âge de vingtquatre ans; 2o en 1802, Marie- Alexandnne- Charlotte - Louise - Laurence de Blescbainp , femme divorcée de M. Jouberthon , agent de change, née à Calais en 1778, morte à Sinigaglia, le 12 juillet 1855. De son premier mariage, il eut :

Charlotte, née le 13 mai 1796 4 Saint-Miiimin, mariée à Rome, le 27 décembre 1815, ao prince Mario Gabrielli, dont elle est restée veave le 18 septembre 1841;

Chris tine-Égifpta, née à Paris, le 19 octobre 1798, mariée 1** en 1818 au comte Arved Posse, suédois; 2^ en 1824 à lord Dudle;- Coutts, morte le 19 mai 1847 à Rome.

Du second noariage sont issus :

Charles- Lucien- Jules- Laurent (voy. aaprès);

Letitia, née à Milan, le 1er décembre 18û4, mariée à Thomas Wyse, membre calliolique do parlement d'Angleterre, ministre plénipotentiaire de la Grande-Bretagne à Athènes, où il est mort, le 15 avril 1862. Sa fille, Marie, née en juillet 1833, épousa M. de Sdms; deveoae veuve à la fin de 1862, elle a'est unie en secondes noces le 5 février 1863 à Toria, à M. Urbano Rattazd, ancien ministre de Victor- Emmanuel 1'', roi d'Italie. Une de ses sffors s'est mariée en 1862, au général hongrois Tlinr;

Paul, né en 1808, mort en Grèce en déoewiire 1826;

Jeanne^ morte peu après son mariage avec le marquis Honorati ;

Louis-Lucien, j

Pierre- Napoléon, | voy, ci.après;

Antoine, I

447 C"*) NAPOLÉON {Cn KikLES , fils de Lucien)

Marie, née le 12 octobre 1818, mariée au comte Viocenzo Yalentini, député à la constituante romaine, chargé en mat 1849 du portefeuille des finances, veuve en juillet 185S;

Constance , née à Bologne , le 30 janvier 1823, religieuse au couvent du Sacré-Cœur à Rome. £ugène Asse.

Moniteur univerul, ao yt, un vu et an vm. — J/«- MOirej d€ Lucien, — Mémoiret au temps,

BOX A PARTE ( Chartes- Lucien-Jules -Laurent) ^ prince de Caniho, fils aîné de Lucien, né le 24 mai 1803 à Paris, où il est mort» le 29 juillet 1857. Élevé loin des splendeurs et de l'in- Ouence de la cour impériale, il fréquenta les meilleures universités de l'Italie et s*adonna de bonne heure à Tétnde des sciences naturelles. Après avoir épousé à Bruxelles sa cousine Zénaide, fille du roi Joseph (29 juin 1822), il se rendit auprès de ce dernier à Philadelphie ; et s'y livra à des recherches sérieuses, qui l'amenèrent à la découverte d'un grand nombre d'oi* seaux du Nouveau Monde, non décrits par le naturaliste Wilson. M. Bonaparte (c'était le nom qu'il portait alors) entreprit de publier un supplément à l'ouvrage de Wilson, et le commencement de son travail parut, en 182ô, à Philadelphie. Quelques autres publications de ce genre achevèrent de consolider sa réputation. Pour se rapprocher de sa famille, il quitta la Pensylvanie et vint, en 1828, se fixer en Italie auprès du prince de Canino, son père. Là, vivant tout à fait en dehors des préoccupations de la politique, il continua de s'adonner avec ardeur à l'étude des sciences naturelles. En 1833, il commença la publication d'un magnifique ouvrage, VIconografia délia fauna %talica^f\m le fit recevoir membre honoraire de l'Académie dlJpsal. Quelque temps après , et dans un but tout scientifique , il vint une première fois à Paris sans en avoir au préalable obtenu l'autorisation da> gouvernement de Louis-Philippe. La police française ne l'inquiéta ni pendant ce voyage, ni pendant les séjours assez courts du reste qu'il fit dans la capitale. La mort de son père, arrivée le 29 juin 1840, le mit en possession du double titre de prince de Canino et de Musignano, et il accepta le grade de colonel que la répnbhque de Saint- Marin lui offrit. En 1848, Frédéric-GuilUnmelV, roi de Prusse, sanctionna sa nomination de menibre honoraire de l'Académie des sciences de Berlin, et l'In&titut de France (Académie des sciences) l'admit, le 18 mars 1844| an nombre de ses correspondants.

Le prince de Canino avait été le fondateur des congrès scientifiques en Italie ; déjà il avait présidé ceux de Milan , de Turin, de Florence, de Lucques, de Pise, de Padoue , de Naples, et partout il avait lu des travaux intéressants sur l'histoire naturelle. En 1847, au congrès de Venise, entraîné sans doute par ce souffle de liberté que Pie UC semblait avoir inspiré à l'Italie, il mêla la politiqoe aux discussions de la science, et le

gouvernement autrichien lui signifia l'ordre de quitter la ville immédiatement. Le prince, après un voyage à Londres^ et à Copenhague avec le profesf^eur Nelson , vint à Rome où le nouveau pape avait inauguré une |)olitique plus libérale. Aussitôt, il se rangea sous la bajinière du souv^ rain pontife, mais lorsque Pie IX essaya d'enrayer le mouvement démocratique, le prince de Canino devint un des principaux chefs du parti radical ; il fit partie de la junte suprême et provisoire nommée après la retraite du pape à Gaête. Le 9 décembre 1848, il combattit au sein de cette assemblée la nomination d'une commission chargée de prendre, d'accord avec le ministère, les mesures nécessaires au salut de l'État, et proposa en vain d'établir une régence temporaire composée de deux laïques et d'un prêtre. Élu, le 28 janvier 1849, député de Viterbe à l'Assemblée nationale, il fut, dès le 12 février, nommé membre de la commission chargée de rédiger un projet de loi sur la responsaliilité du comité exécutif et des ministres, et le 13, membre de celle à qui fut confié le soin da projet de loi organique de la république romaine. On remarqua qu'à la séance du 14 février, il fut le seul député qui s'opposa à la proposition de M. Cursi , laquelle avait pour but de faire reconnaître la dette publique comme nationale et inviolable. L'Assemblée constituante l'ayant choisi, le 16 février, pour l'un de ses vice-présidents, le prince de Canino dirigea avec talent la plupart des délibérations importantes prises pour le maintien de la république, et lorsque le canon italien commença à retentir dans les plaines lombardes, il signa, le 23 mars, la proclamation qui appelait le peuple aux armes. Lorsqu'on eut appris qu'un corps expé« ditionnaire français s'était embarqué à Toulon pour venir occuper les États de l'Église, il l'annonça officiellement à l'Assemblée, et, dans la séance du 24 avril, lorsque nos troupes se préparaient à débarquer à Civita-Yecchia, il déclara qu'il fallait se préparer à la défense, « mais, dit-il , nous ne devons pas commencer, quant à nous, à répandre le généreux sang français, puisque les deux peuples peuvent encore se resserrer par des liens de fraternité ». Le prince de Canino ne désespéra de la cause de la république qu'après l'entrée de l'armée française à Rome (3 juillet 1849). 11 s'embarqua alors à Civita- Vecchia avec l'intention de venir se fixer en France, mais à peine avait-il mis pied à terre à Marseille que le gouvernement du président LouiS-^apoléon, son cousin, lui mterdit le séjour sur le territoire français. Comme le prince, sans tenir aucun compte de cette injonction, n'eik continua pas moins sa route vers Paris, il fut arrêté à son passage par Orléans et conduit, sous escorte, jusqu'au Havre, où force loi fut de s'em« barquer pour l'Angleterre. L'année suivante, il obtint sans cctfidition de venir à Paris, où, comprenant que son r61e politique était désormais terminé, il reprit avec son ardeur première, ses

travaux d'histoire natorelle, et publia encore de nombreux travaux.

Voici les titres de ses ouvrages : American Orniihoîogy, or History of the Bïrds ofthe Vnited'Statos ; Philadelphie, 1825-1828-1833, 3 vol. in-fol. avec pi. col. Cet ouvrage, un des plus remarquables qui soient sortis des presses américaines, égale, par le luxe de la typographie et de la gravure , les recueils du même genre , imprimés jusqu'alors en Europe. C'est le complément du beau travail de Wilson (1808, 9 vol. in-4°) sur le même sujet , par les espèces nou- Telles ou peu connues dont il contient Phistoire. Les éditions qui , par le soin de savants distingués, en ont été, à diverses reprises, publiées en Angleterre, attestent l'importance qu'on lui a attribuée. On l'a imprimé plusieurs fois avec l'ouvrage de Wilson; — Ornithology of thenorth America; New-York, 1826, in-8°; cette partie embrasse depuis les oiseaux de proie jusqu'aux ptisserini^ de Tordre des passereaux; — Observations on the nomenclature of some species; Philadelphie, 1826, in-S** : l'auteur s'est chargé dans cet ouvrage de rectifier dans la nomenclature de Wilson ce qui n'est plus conforme aux connaissances actuelles et d'y ajouter les syno • nyraes. A l'aide des additions et des corrections qu'elle a reçues, VOrnithologie américaine est devenue un ouvrage nouveau. Wilson ne comptait aux États-Unis que denx cent soixante-dix espèces d'oiseaux dont neuf fréquentent les eaux; les découvertes du prince de Canino ont élevé ce nombre à trois cent soixante^dix dont cent cinquante et une sont aquatiques. Il faut y joindre, suivant la remarque du prince lui-même, quelques espèces des hautes latitudes qui ne quittent pas les glaces du pôle et ne s'approchent pas des États-Unis; — Specchio comparalivo délie ornitologie di Roma e di Filadelfia; Pise, 1827, in- 8° : dans cette comparaison, il donne deux cent quarante-sept espèces pour le territoire de Rome et deux cent quatre- vingt-une pour celui de Philadelphie; — Sulla seconda edizione del Regno Animale del barone Cuvier osservazioni ; Bologne, 1830, in-8''; à la suite de s^s observations critiques , l'auteur a inséré quatre monographies : 1** des espèces du genre Strix de Linné voisines àa Strix passerina ou confondues avec lui ; 2° des espèces du genre aigrette des ornithologistes modernes j 8* des espèces des genres Numenius eiScolopax; 4* des Chéhniens d'Europe et de l'Amérique septentrionale; — Saggio di una distribuzione metodica degli animali vertebrati; Rome, 1831-1832, in-8°; — leonografia delta fauna italica; Rome, 1832-1841, 3 vol. in-fol. C'est le plus important des ouvrages du prince. Le t. 1*' contient la description des mammifères et Jes oiseaux ; le t. II, celle des reptiles et amphibies, et le t. III, divisé en deux parties, est consacré à la dej;cription des poissons ; — Chelo^ niorum tabula analytica; Rome, 1836, in-4*';

iXAPOLÊON (Charles , fils de Lucien)

— Catalogo melodico degli uccelli europd; Bologne, 1842, in-8o; — Geographical and comparative list ofthe birds of Europa and Aor t h America; honores f 1838, in-8* : travail auquel l'auteur fit plus tard de nombreuses additions; — Catalogo metodico dei pesci eurof^ei/Maples, 1845, in-4o, publié par le congrès scientifique tenu alors dans cette ville ; — Selachorum tabula analytica; Neufcbàtel, 183S, in-8^; — Catalogo metodico dei mammiferi europei; Milan, 1845, in-S**; — Conspeetus systematis ornithologie ; Amsterdam, 18i9; Leyde, 1850, in-fol.; — Revue critique defOr nithologie européenne de M. Degland; Braxell«$, 1850, in-12; — Monographie des Loxiem; Leyde et Dusseldorf, 1850, in-4", avec 54 pi. col. ; en collaboration avec Herroann Schlegel;

— Conspeetus generum avium; Leyde, 1850, 2 vol. in -s**; — Conspeetus systematis mastozooloçix; Leyde, 1850, in-8**; — Notices ornithologigues sur les collections rapportées en 1853 par J/. A, Delattre, et classification parallëtique des passereaux chanteurs; Paris, 1854, in-4'';— Conspeetus systematis erpetologiœ et amphibiologix ; Leyde, 1850, in-S" ; — Conspeetus systematis ichthyologix; Lejde, 1850, in-8°; — Tableau des oiseaux de proie ; Paris, 1854, in-8''; — Conspeetus volucrum zygodactylorum ; Paris, 1854, in-S**; — Conspeetus volucrum anisodactylorum ; Paris,

1854, in-8^; — Tableau des oiseaiuc mouches (Conspeetus trochilonim); Paris, 1854, ia-8^; " Tableau des perroquets (Conspeetus psittaoDrum); Paris, 1854, in-8<*; — Genus novum phalendinarum ; Londres, 1854, iii-8*; — Coup d*œil sur Vordre des pigeons ; Paris,

1855, in-4°; •« Ornithologie fossile servant d'introduction au tableau comparatif des ineptes et des autruches; Paris, 1856,10-4";

— Mélanges ornithologiques ; Paris, 1856, iQ.4« . Excursions dans les divers muséa d* histoire naturelle d* Allemagne^ de Hollande et de Belgique; Paris, 1856, 10-4**; — Ilotes sur le genre Hetiornis, et monographie des fféliornitides ; Paris, 1856, in-4o; -^Catalogue des oiseaux d* Europe; Paris, 1856, ïn-A^] — Iconographie des pigeons; Paris, 1857-1859, in-foL; — Iconographie des perroquets; Paris, 1857-1859, in-fol., avec M. de Pouancé.

En outre , le prince de Canino a publié df s Mémoires d'histoire naturelle dans le t. XVIU des Ti'ansactions de la Société Unnéeone de Londres; dans le t. III de V Histoire naturelle 6e Godman (Philadelphie, 1828), dans les Annals and Magazine of natural history, 1838; dans le Journal de l'Académie des sciences naturelles de Philadelphie, 1822 à 1826 ; dans les Mémoires de la Société zoologique de Londres, 1838, 1849 et 1850; dans le Zoological Journal de Philadelphie; dans VAnthologie de Florence, oct. 1831; dans les

447("') NAPOLÉON (Louis et

Actes da congrès de Turin (1841), de Milan« de Florence, de Pise, de Lucques , de Naples (1845); dans les Comptes^rendus de TAcadémie des sdences, etc.

Du mariage do prince de Canino avec sa coasine germaine, Zénaïde Bonaparte, fille de Josephy sont issus quatre fils et hait filles, à savoir :

Joseph - Lucien - Charles-Napoléon Bona - PARTE, prince DE Cahino , né à Philadelphie, le 13 février 1S24. Il a rang à la cour et est depuis 1856 titré d'altesse, comme membre de la faraille civile de Tempereur;

Lucien' Louis- Joseph-Napoléon, né à Rome, le 15 novembre 1828, prêtre et camérier secret du pape Pie IX;

Julie-Charlolte-Zénaïde-Pauline-LeCitia' Oesirée-Bartholoméet née à Rome, le 6 juin 1830, mariée le 30 août 1847 à Alexandre del GallOy marquis de Roocagiovine;

Charlolte- Honorine- Joséphine f née à Rome, le 4 mars 1832, mariée le 4 octobre 1848, à Pierre , comte Primoli ;

Marie- Désirée- Eugénie- Joséphine- Philomène, née à Rome, le 18 mars 1835, mariée le 2 mars 1851 à Paul, comte de Campello;

A uguste-A mélie-Ufaximilienne' Jacqueline, née à Rome, le 9 novembre 1636, mariée le 2 février 1856 au prince Placide Gabrielii, son cousin ;

N apoléon-Grégoire- Jacques- Philippe , né à Rome, le 5 février 1839, marié le 26 novembre 1869 à Marie-Christine Rnspoli. Il est colonel (l'état-major de la garde nationale parisienne, et depuis 1861 a rang à la cour et le titre d'altesse, sous le nom de Napoléon-Charles Bonaparte;

Bathilde-Aloise-Léonie , née à Rome, le 26 novembre 1840, mariée le 14 octobre 1856 à Louis, comte de Cambacérès, député au Corps législatif, morte à Paris le 8 juin 1861 ;

Et quatre enfants morts en bas ^e.

H. FlSQUET.

Woutert, Le» Bonaparte depuit 181 B. — Moniteur vniP; 1S»9. — Ûœum. particulière.

* JiOJfkPAnn {Louis- Lucien, prince), sénateur, né le 4 janvier 1813, à Thomgrove (comté de Worcester). Second fils de Lucien, prince de Canino, il vint au monde pendant que son père était en Angleterre en qualité de prisonnier de {^erre. Sa jeunesse fut moins agitée que celle de ses frères, et il vécut longtemps aux États-Unis et à Florence, ne s'occupant que de chimie et d'études linguistiques. L'un des membres les plus actifs des congrès scientifiques d'Italie, il a fait imprimer plusieurs ouvrages, soit en italien, soit en français. La révolution de février lui ayant permis de rentrer en France, il fut, le 28 novembre 1848, nommé représentant de la Corse à l'Assemblée constituante; mais son élection fut annulée le 9 janvier 1849. Quelques mois après, il figura au nombre des candidats choisis par V Union électorale, et le département de la Seine lui donna accès à l'Assemblée législative,

PlEBBE, JUs de Lucien) 448("')

où il siégea au cdté droit. En 1851, il soutint énergiquement la politique de l'Elysée. Créé sénateur, le 31 décembre 1852, il reçut les titres de prince et d'altesse ayant rang à la cour, comme appartenant à la famille civile de j Tempereur. Il a fait partie des jurys de l'exposition de Paris, en 1849, et de celle de Londres, en 1851. Il est docteur de l'université d'Oxford et* membre honoraire de l'Académie des sciences de Saint-Pétersbourg, enfin chevalier de la Légion d'honneur (10 décembre 1849), grand officier (13 janvier 1860). Le prince Lucien- Bonaparte ' est auteur ou éditeur d'un grand nombre d'ouvrages sur la linguistique; nous ne citerons que les principaux : Spécimen lexici comparativi omnium linguarum europœarum; Florence, 1847, pet in-fol.; — Parabola de Seminatore ex evangelio Matthœi in LXXII europxas linguas ac dialectos versa et romanis characteribus expressa; Londres, 1857, in-S";

— Prodromus evangelii Matthxi octupli, seu Oratio dominica hispanice, gallice et omnibus Vasconicx lingux dialectis reddita; Londres, 1857, in-4*; — Dialogues basques, guipuzcoans, biscaïens, labourdinSf souletins, etc., accompagnés de deux traductions espagnole et française ; Londres, 1857, oblong;

— Celtic Berapla, being the Song of Salomon in ail the living dialects of the gaè and Cambrian languages; Londres, 1858, in-4*' ; — Canticum Canticorum Salomonis tribus vasconicx lingux dialectis in Hisp nia vigentibus versum; Londres* 1858, ia-4o: avec J.-A. de Uriarte ; ■— Canticum trium puerorum in XI vasconicx lingux dialectos versum; Londres, 1858, ln-4*, deux édit.; — Bible saindua edo Testament zahar eta berria, etc. ( La Sainte Bible, traduite pour la première fois en langue basque du Labourd); Londres, 1859, gr. in-8*; — Il vangelo di son Matteo volgarizatto in dialetto genovese; Londres, 1860, in- 18; — Langue basque et langues finnoises ; Londres, I862, in-4*; — Deuxième catalogue des ouvrages destinés à faciliter l'étude comparative des langues eU' ropéennes, édités par le prince L.-L, Bonaparte ;LonATes, 1862, in- 16; un premier catalogue avait été publié par lui en 1858.

Docum. part.

l BONAPARTE (Pierrc-Napoléon, prince), frère du précédent, né à Rome, le 12 septembre 1815. Élevé en Italie, il voulut, dès l'âge de quinze ans, prendre part au soulèvement des Romagnols contre l'autorité papale et quitta à cet effet le château paternel , mais on l'empêcha d'arriver jusqu'à eux. Quelque temps après B s'embarqua à Livoume pour New- York, et y fit la connaissance de Santander, l'émule de Bolivar, qu'il accompagna en Colombie et qui le nomma chef d'escadron. De retour en Italie, il y passa jusqu'en 1836 une existence active et agitée. Soupçonné de

-I47(*") NAPOLÉON (Antoine, fiU de

vouloir avec son frère organiser des bandes de partisans dans les Maremmes, il lui fut enjoint de quitter sous quinze jours les États Romains; mafs pendant qu'il attendait ses passeports, il fut, le 3 mai 1836, cerné sur la place même de Canino par une troupe de vingt-huit sbires. Armé d'un couteau de chasse, il étendit ihort leur chef et en blessa grièvement deux autres. Atteint lui-même d'un coup de baionnette et d'une balle à bout portant, il fut contraint de se rendre, et, après une assaz longue détention an château Saint-Ange, il partit de nouveau pour TAmérique, alla ensuite en Angleterre, et de là à l'Ile de Ck)rfou. Dans une excursion en Albanie, il fut un jour surpris et attaqué par quatre Palikares contre lesquels il eut à défendre sa vie ; Il en tua deux, en blessa un troisième; mais les compac^nons de ceux-ci essayèrent quelques jours après de le surprendre dans la maison qu'il habitait à Corfou même, et furent accueillis par lui à coups de fusil. Le gouvernement anglais, dans l'intérêt même de sa sécurité , l'engagea à quitter l'Ile, ce que le prince ne fit cependant que deux mois après. En se rendant en Angleterre, il séjourna à Malte, et après avoir vainement offert, en 1838, de prendre du service dans l'armée française, puis dans Tarmée égyptienne de Mehemet-Ali, il se fixa à Londres jusqu'à ce que la révolution de février 1848 lui ouvrit les portes de la France. Arrivé à Paris, le 27 février, il obtint quelques jours après un brevet de chef de bataillon au i" régiment de la légion étrangère. Représentant de la Corse à l'Assemblée constituante, il y prit place au Ck)mité de la guerre, et vota d'ordinaire avec l'extrême gauche. Dans plusieurs occasions, il se porta garant des sentiments patriotiques de son cousin le prince Louis-Mapoléon , après l'élection duquel il continua toutefois de siéger auprès des montagnards, repoussa la proposition Râteau et l'expédition de Rome, et ne se sépara du parti démocratique que sur les questions relatives à la personne même du président. Élu par l'Ardèche et par la Corse à 1* Assemblée législative , il opta pour ce dernier département, et, dans cette nouvelle chambre, apporta la même ardeur démocratique qu'à la Constituante. En mars 1849, il demanda à obtenir sa mutation de chef de ba« taillon dans un régiment français, et, en attendant la décision ministérielle , partit pour l'Algérie et assista au mois de novembre suivant aux premières opérations du siège de Zaalcba. Venu sans permission en France avant Tassaut de cette place, il fut destitué par le général d'HautpouI, ministre de la guerre, et cette mesure, qui fut suivie d'un duel entre le prince Bonaparte et un journaliste de l'extrême droite, obtint l'approbation formelle de l'Assemblée législative. Rentré dans la vie privée aprèa le coup d'État du 2 décembre, il a reçu, aux termes du sénalus-consulte du 25 novembre 1852, les titres

Lucien — Louis Bonaparte) 448("«)

de prince et d'altesse, ayant rang à la €ovr;

mais il ne fait point partie de la famille impériale.

Vapereaa. IHet.univ. d$s ConUmp. — Monttew hbIr, — Biographie des députés à T Assemblée contt,

;borapartb {Antoine), frère des deoi précédents , né à Frascati, le 31 octobre 1816. Il fit son éducation en Italie et passa en 1832 aux États-Unis, où il croyait trouver encore son oncle le roi Joseph > qui dans l'intervalle était venu se fixer à Londres. De retour en Europe, il vint auprès de son père dans les États de l'Église; mais quelques démêlés qu'il eut a?ec la force armée pontificale le forcèrent de s'éloigner de Rome, et il n'y re^uirut qu'après la révolation de 1848. Loin d'imiter la conduite du prince de Canino, son frère aîné, il se tint à l'écart des démocrates italiens, et ne leur fat pas favorable. Il vint en France pour serrir la cause du président, son cousin, et remplaçai l'Assemblée législative M. Robert, député de l'Yonne, mort le 3 septembre 1849. Ses Totes furent acquis à la coalition des anciens partis monarchiques; mais depuis le 2 décembre 18ôl, il n'a point recherché tes honneurs , et n'est même pas compris dans les membres de la Umille civile de l'empereur ayant rang à la cour. Vapereau, DUt. tmiv. des Contemp, — âtonitear mhK

C Louis et sa famille.

LOITIS {Louis RoN APARTE), roi de Hollande, troisième frère de Napoléon 1^^, né à Ajacdo, le 4 septembre 1778, mort à Livoome, le 25 juillet 1846. En juillet 17d3, il sui?it sa famille à Lavalette, près de Toulon, puis à Marseille. Rientôt, sur l'avis de NapoléoD, il fut envoyé à l'école de ChAlons afin d'y subir l'examen nécessaire pour entrer dans le corp6 de l'artillerie, auquel il avait toujours été d^ tiné; mais à la nouvelle, fausse du reste, qœ cette école venait d'être dissoute, il rebroussa cliemin et retourna près de sa mère. Son frère ayant été nommé général lui fit donner le grade de sous-lieutenant, et l'attacha h sa persooiie. Ce fut en Piémont que Louis fit sa première campagne : il se trouva à la prise d'Oneilte (6 avril 1794) et an combat de Cairo. A cette époque, une loi ayant obligé les officiers d'étatmajor à rentrer dans un régiment, Louis accepta une place de lieutenant dans une compagnie des canonniers volontaires en garnison à Saint-Tropez. Peu de temps après, il alla à l'école de Chàlons ; à peine arrivé, il dut obéir à son fr^ qui le rappelait auprès de lui, et partit à la fin de février 1796 pour l'Italie.

Depuis le commencement de cette campagne jusqu'à l'expédition d'Egypte, il n'y a que peu de choses à dire de Louis; il montra du courage en plusieurs rencontres, mais par boutades, et s'occupa fort peu d'acquérir une réputation militaire; il eut du zèle, de l'activité, du sang-froid, mais nul désir d'avancer, nulle ambition, et remplit ses devoirs sans se mén*-

NAPOLÉON (LoDis)

ger en rien» ni se faire \aIoir. Au passage du Pô, il se difitingua l'un des premiers (S mai) , et se trouva aux batailles de la Brenta (8 sept.), de Caldiero, d*Arcole (15-17 no?.) et de Rivoli (14 jauvier 1797). A Arcole son cheval fut percé de plusieurs balles. Après les préliminaires de Campo-Formio , Louis fut chargé de porter k Paris la première nouvelle de la paix. L'année précédente, il avait présenté des drapeaux an Directoire, qui lui avait donné les épaulettes de capitaine. Une raison secrète lui aurait fait désirer de rester à Paris. £n allant voir sa sccur Caroline dans le pensionnat de Mi°« Campan à Saint-Germain, il y avait rencontré la fille d'un émigré et en était devenu amoureux. Napoléon, ayant eu connaissance de cette liaison naissante, donna l'ordre à son f^ère de partir sur-le-champ pour Toulon. Ce fut ainsi que Louis prit part à la campagne d'Egypte. Après la défaite d'Aboukir, il résida au Caire. En partant pour la Syrie, iSaiioléon l'envoya en France avec mission de faire connaître au Directoire l'état des affaires eu Orient et d'obtenir des secours. Il partit sur la plus délabrée des chaloupes canonnières , échappa comme par miracle aux croisières anglaises et russes, aborda à Tarente, puis à Porto- Vecchio, en Corse, après une traversée de deux mois. Ses démarches pour obtenir de nouvelles troupes furent sans résultat auprès du gouvernement, et, dans l'intervalle. Napoléon débarqua dans la rade de Fréjus (8 oct. 1799).

Louis, alors chef d'escadron au 5^ de dragons, n'en continua pas moins son service auprès de son frère en qualité d'aide de camp et le seconda dans le coup d'État du 18 brumaire (9 nov. 1 799). Peu de jours après, il fut nommé colonel de son régiment. A cette époque il fut vivement sollicité d'épouser Hortense de Beauliamais; mais cette alliance ne convenait pas à son caractère, «ty afin de se soustraire à des sollicitations importunes, il demanda à assister à de grandes manœuvres militaires qui se faisaient à Postdam. Quand il arriva, elles étaient terminées; mais Frédéric-Guillaume III raccueillit avec tant de l)ienveillance qu'il ne cessa jamais, depuis, de témoigner de l'attachement à la maison de Prusse. Le renouvellement des hoslilités 4>ntre la France et l'Autriche l'obligea de rentrer à Paris. A peine était-il de retour que Napoléon renouvela les propositions de mariage qu'il lui avait faites, et Louis, fidèle à sa tactique, trouva le moyen de s^éloigner encore en faisant comprendre son régiment dans le cadre de l'armée qu'on envoyait en Portugal. La campagne fut courte, et le jeune colonel se retrouvait à Paris au mois d'octobre suivant. M™<: Bonaparte, sa belle-soeur, lui reparla encore de son mariage avec sa fille Hortense, et malgré toutes ses répugnances, il donna son consentement. Voici comment Louis a raconté lui-même cette union dans l'ouvrage intitulé : Documents historiques sur la Hollande,

R Le jour de la cérémonie fut fixé, et le 4 janvier 1802, le contrat, le mariage civil el la cérémonie religieuse eurent lieu. Louis se trouva marié ! Jamate cérémonie ne fut plus triste ; jamais enfin deui époux ne reçurent plus vivement le pressentiment de toutes les horreurs d'un mariage forcé et mal assorti. C'est de là que datent ses malheurs, ses peines physiques et morales. Il était p»ur lors âgé de vingt trois ans. Sa constitution s'était formée de bonne heure, mais son esprit, son caractère ne l'étaient pas entièrement. Il avait cette naïveté, cette extrême bonne foi qui appartient essentiellement à Tenfance , résultat d'une éducation privée et dn caractère grave et réOéchi d'un homme forcé de s'habituer à vivre en lui-même. Cette fâcheuse situation changea sou caractère ; elle altéra aussi sensiblement sa santé, sans qu'il s*en aperçût pour ainsi dire , mais progressivement : il n'eut* plus de repos depuis lors. Il n'y a pas de malheurs plus réels et plus cuisants que les peines domestiques. Ceux de Louis imprimèrent à son esprit, à toute sa vie , une sorte de tristesse profonde, un découragement, un dessèchement, si l'on peut s'exprimer ainsi, auquel rien n'a jamais pu et ue pourra jamais remédier. On ajontera deux roots sur son mariage

Avant la cérémonie, pendant la bénédiction, et sans cesse, flepuis lors, ils sentirent également etcons* tamment qu'ils ne se convenaient point, et ccpendent ils se laissèrent entraîner à un mariage que leurs parents, et surtout la mère d'Hortense, croyaient essentiellement politique et nécessaire. Depuis le 4 janvier 1802, jusqu'au mois de septembre 4807, qui est l'époque de leur dernière réunion, ils ont demeuré ensemble un espace de temps d'à peine qui^lre mois, à trois époques sé^tarées par de longs intervalles; mais ils ont eu trois enfants qu'ils aimèrent avec une égale tendresse Cette contrainte doit paraître extraordinaire et serait incroyable en effet en des temps ordinaires; mais dans tous ceux où ils vécnrent, dans leur position et avec les caractères qu'on leur connaîtra dans cet écrit, la chose doit paraître moins étrange. »

Pendant les années 1802, 1803 et 1804, Louis demeura presque continuellement à sod régiment ou aux bains minéraux. Le 24 mars 1804, il fut nommé général de brigade, le 10 avril suivant, général de division et conseiller d'État attaché à la section de législation. Un mois après, l'Empire était fait, et Napoléon, ressuscitant toute la vieille hiérarchie monarchique, élevait le 18 mai Louis à la dignité de prince, et exhumait pour lui le titre de connétable oublié depuis deux siècles. Il reçut, en 1805, le gouvernement général des départements au delà des Alpes, puis le commandement de la réserve de l'armée expéditionnaire d'Angleterre. L'expédition ayant été ajournée , Louis remplaça Murât dans le commandement de la garnison de Paris, et, jusqu'à la fin de 1805, déploya dans ces fonctions une activité singulière. Il avait accepté le commandement à condition qu'il se bornerait aux affaires militaires, et que tout ce qui concer* nait la police et les autres relations de son prédécesseur serait donné à d'autres. Chargé d'organiser une aitnée destinée à prot<^gor le nord de la France, les chantiers d'Anvers et la Hollande, il accomplit, en un mois, cette opération

NAPOLÉON (Louis)

qui arrêta la Prusse prête à déclarer la guerre, liapoléon témoigna publiquement sa satisfaction à son frère dans un des bulletins de la grande armée, comme par ses lettres du mois de janvier 1806.

A cette époque, le rôle de Louis Bonaparte prend une plus grande importance politique; sans intrigue et sans ambition, Louis aurait voulu passer sa vie loin des grandeurs ; mais un pareil projet ne convenait, sous aucun rapport, à celui qui voulait que sa famille occupât tous les trônes de l'Europe. La Hollande lui parut propre à favoriser ses desseins. Après avoir subi, depuis 1787, de nombreuses vicissitudes politiques, ce pays venait d'apporter de graves modifications à sa constitution. £n mars 1805, Jean Schim* melpenntnck fut revêtu du pouvoir exécutif, .sons le titre de grand pensionnaire. II favorisa le commerce de ses compatriotes avec l'Angleterre, et leurs spéculations furent d'autant plus brillantes que les produits des fabriques anglaises étaient alors prohibés dans presque toute l'Europe. Napoléon trouva dans ces opérations et dans la cécité dont venait d'être atteint Schimroelpenninck, le prétexte d'exécuter en Hollande le changement politique qu'il méditait. Les ministres hollandais entrèrent dans les vues de l'empereur. Les États généraux, convoqués pour une session extraordinaire, envoyèrent à Paris une députation chargée de demander pour roi l'un des frères de l'empereur. Un traité entre la France et la Hollande fut signé le 24 mai 1806. Informé de ce qui s'était passé, Louis fit tout ce qu'il put pour refuser, et ne se décida qu'en apprenant la mort de Tancipn stathooder. Napoléon s'était du reste ouvertement expliqué, et lui avait fait entendre que si, dans la négociation de cette affaire, on ne l'avait point consulté, c'est qu'un sujet ne pouvait refurer d'obéir.

Le 5 juin 1806, Louis fut proclamé à Saint- Cloud roi de Hollande, et, le même jour, il rédigea la déclaration suivante qui devint la règle de sa conduite :

c Nous avons accepté et acceptons la couronne de Hollande, conformément an vœu du i)ays, aux lois constitutionnelles et au traité, muni de ratifications réciproques, lequel nous a été présenté aujourd'hui par les députés de la nation hollandaise. A notre avènement an trône, notre soin le plus cher sera de veiller aux Intérêts de notre peuple. Nous prendrons toujours à cœur de lui donner des preuves constantes et multipliées de notre amour et de notre sollicitude. Noos maintiendrons la hberté do nos sujets et leurs droits et nous nous occuperons sans cesse de leur bien-être. L'indépendance dn royaume est garantie par l'empereur notre frère ; les lois constîtotlonnelles garantissent à chacun ses créances sur l'État, sa liberté personnelle, sa liberté de couscience, etc. »

Bientôt après parut Vaeie additionnel du royaume de Hollande y dont l'empereur s'était réservî la lédactfon. Avant de partir, Louis

s'occupa avec les députés hollandais à prendre une idée générale des afTatres do pays, et se convainquit que les caisses publiques étaient ï pea vprès vides. Tout ce qu'il emporta se réduisit i 700,000 francs qui Icd étalent dus pour arriéré de son apanage. Son entrée à la Haye eot lieu le 23 juin. Ses nouveaux, sujets applaudirent an refus qu'il avait fait de Tassistanoe d'un corps de troupes françaises qui , selon les «ordres de l'empereur, devait lui servir d'escorte ; mats ils virent avec mécontentement distritwer soi Français les grandes dignités de la couroDoe. Deux partis se formèrent, qui bientôt divisènot la nation et la cour. Louis cherchait s«bs cesse à les concilier et, sans le vouloir peut-être, il favorisa les Hollandais, qui, en lui témoi* gnant nne vive feconnaissance, firent naître dans son cœur le germe de cette prédilectioo nationale, très-louable sans doute, mais qoile plaçait dans tme fausse position vis-à-vis de Napoléon. Placé entre ses devoirs comme roi de Hollande et sa conscience comme mandataire de l'empereur, il lui était bien difficile de concilier ce que la France attendait de lui et ce qu'exigeaient les intérêts de la nation qui Tanif ap* pelé à régner sur elle.

Louis réunit autour de lui des Holiauddis d'un mérite supérieur, et appela au mioisfèfe Molleru^;, Gogel, Twent, Roëll , Van der Gots, Van der Heim, etc. La nouvelle constltotioD offrait quelques points obscurs: H voulut enfûre une rédaction pins lucide.

Affecté de la situation déplorable de ses finances, il manda à l'empereur qu'il abdiqoenit sur-le-champ s'il ne voulait ni lui rendre ce qœ la France devait à la Hollande, ni prendre les troupes françaises à sa solde et permettre qu'on diminuât les armements. Napoléon accorda bien ce que lui demandait son frère ; mais cette condescendance ne fut due qu'à la nécessité oà il était d'augmenter l'armée française en Allemagne. Les troupes quittèrent donc la Hollande , à l'exception de deux régiments et de deux états-majors généraux, y compris celui de Flessiogue. Louis donna en secret l'ordre de faire venir {«• tit à petit la flottille de Boulogne, sous prétexte de réparations, et renvoya un grand nombre de matelots. Il s'occupa ensuite du soin d'auginenter l'armée de terre, afin de pouvoir, dans tonte hypothèse, se suffire à lui-môme. Prenant de promptes mesures pour défendre ses frontières menacées par les troupes prussiennes, il divisa son armée en deux corps , l'un de qninxe mille hommes dont il se réserva le commandement et qui fut dirigé sur Wesel; l'autre, commandé par le général Mîchaud , devait stationner au camp de Zeist. Puis il se rendit en Westphalie où r«rmée hollandaise, autrement appelée l'armëe du Nord, occupa successivement Munster, Osnabruck et Paderbom. Il bloqua les places fortes de Hameln et de Nienbourg et fit occuper Rinteln par le général Daendels. Presque aussitôt.

NAPOLÉON (Louis)

l'empereur lui enjoignît d'aller prendre possession du Hanovre; mats le roi, orfensé de cet ordre, répondit qu'il retournait à sa résidence. En effet, confiant au général Domonceau le commandement de ses troupes, il rentra à la Haye, avec la conviction que Napoléon ne Tavait placé sur le trône de Hollande que comme un préfet français. En arrivant dans sa capitale, il apprit le décret du 21 novembre 1806 relatif au blocus des Iles Britanniques. Cette mesure lui causa un profond chagrin, car elle pouvait amener la ruine de ses Etats. Il éluda autant quil put l'exé* cation do décret impérial ; mais, quels que fussent ses efforts et sa prudence, il ne lui fut pas possible de cacher longtemps à son frère qu'il l'abusait sur ce point important. Alors, par un décret du 15 décembre 1806, il prit le parti de fernner les ports de son royaume à tous les vaisseaux sans exception*

Louis s'occupait des institutions utiles à son peuple. Par ses soins, de savants jurisconsultes rédigèrent un code civil et un code criminel. On compléta aussi le nouveau système des contributions, plus uniforme que celui qui avait été en usage jusqu'alors, et l'on adopta de sages règlements sur les corporations et sur les mai* trises. Il créa l'ordre de l'Union et du Mérite, avec une dotation annuelle de soixante mille florins. Quelques jours auparavant (novembre 1806), il était venu en personne rendre compte an corps législatif de tout ce qui avait été fait pendant la première année de son règne, et, en promettant de venir chaque année rendre un compte semblable, Louis enchaînait son avenir à celui de la nation et prenait l'engagement de se dévouer à sa prospérité.

La France avait tellement exigé de sacrifices de la part de la Hollande qu'il se vit, à regret, obligé d'établir de nouveaux impôts. On adopta un s^^stème présenté par M. Gogel, ministre des finances, et après cette grande opération, le roi proposa on nouveau cadastre, créa une direction des beaux-arts, une grande exposition des produits de l'industrie nationale, et, en 1807, un institut des sciences et des arts, divisé en quatre classes.

La perte de son fils atné, qui mourut du croup^ plongea Louis dans une affliction profonde. Il quitta la cour avec sa femme et alla passer deux mois dans les Pyrénées. Mais il revint seul (septembre 1 807 ), et ce fut à dater de ce moment que les deux époux vécurent éloignés l'un de Tautre. Louis établit pendant quelque temps sa résidence à Utrecbt et déclara, en avril 1808, Amsterdam la capitale de ses Etats.

Deux ans s'étaient à peine écoulés depuis l'avéoenient de Louis an trône que toutes ses relations avec l'empereur étaient empreintes d'aigreur. Pour plaire à Napoléon, il eût fallu qu'il ne régnât que d'après le système du gouvernement français. Il avait rédigé et sanctionné une loi snrla noblesse, que Napoléon l'obligea quatre

mois après de rapporter; il lui fit supprimer aussi le grade de maréchal de Hollande, qui lui semblait « une caricature » dans un État secondaire. Il sut tempérer celte mortification, en octroyant à son fils Napoléon- Louis le titre de grand-duc de Clèves et de Berg ( 3 mars 1809). Quoique la Hollande eût coopéré par de grands sacrifices a faire la guerre en Allemagne dans l'intérêt de la France seulement, quoique le roi eût pris les mesures les plus sévères contre le commerce avec l'Angleterre, Napoléon se plaignait sans relâche de la déloyauté de la Hollande « nation souple et fallacieuse, disait*il, chez laquelle se fabriquent toutes les nouvelles qui peuvent être défavorables à la France ». Tout le pays, ajoutait-il, était entaché d^anglomanie et le roi en était le premier smogleur. Toutes relations affectueuses entre les deux frères avaient disparu ; chaque événement ne faisait qu'ajouter à leurs griefs particuliers. A peine Louis connut-il la nouvelle du débarquement des Anglais dans l'Ile de Walcheren (juillet 1809), qu'il réunit un corps de troupes assez considérable pour arrêter les progrès de l'ennemi. Il avait mis Anvers, la flotte et les chantiers à l'abri d'une insulte, lorsqueBernadotte vint, au nom de l'empereur, lui ravir le commandement de ses propres soldats. Cette conduite ne lui prouva que trop la méfiance dont il était l'objet, et en voyant quelle grande armée on rassemblait dans le Brabant, il lui fut facile d'imaginer que cette expédition serait le prétexte d'un envahissement de la Hollande. L'occupation deFlessingueetde la Zélande, en rompant le blocus des câtes, donna passage aux marchandises anglaises, qui se répandirent de tous cOtés et jusqu'à la cour.

Napoléon, à cette époque, résolut de réunir h Paris les souverains alliés de la France ; le roi de Hollande, qui se rappelait la mauvaise réception qu'on lui avait faite en 1807, ne se rendit qu'avec une extrême répugnance à cette invitation ( 1*'' décembre 1809). Dès la première entrevue avec Napoléon, il eut une vive contestation sur les affaires de la Hollande, ef, en présence de plusieurs personnages de la cour, il soutint avec force les intérêts de son royaume. Un discours prononcé par l'empereur à l'ouverture du Corps législatif, et corroboré par quelques paroles du ministre de l'intérieur à cette assemblée, ne lui laissa plus de doutes sur les intentions de son frère. Louis comprit alors toute la faute de son voyage et combien il lui serait difîicile, pour ne pas dire impossible, d'échapper aux pièges qu'on lui tendait. Il fit alors des tentatives pour sortir de Paris; mais son hôtel était strictement surveillé, et les gendarmes qui le gardaient adressaient tous les jours un rapport au grand maréchal do palais. Le roi était prisonnier. Alors il envoya le comte Charies de Bylant, son écuyer, à Amsterdam , avec l'ordre de défendre les lignes à l'aide des inondations et de la marine, et d'empêcher au

JNAPOLÉON (Louis)

moins l'occupation de la capitale. Le ministre de la guerre Kraypnhoff qui , au départ du roi, avait eu l'instruction de mettre ces lignes en bon état, y apporta toute t'activité possible. Dès que Tempereur le sut, il entra dans une fureur extrême , et eut une altercation des plus mo* lentes avec Louis qui, loin de dissimuler les ordres qu'il avait donnés, les soutint énergiquement. Tout à coup l'empereur cliangea de ton et lui dit froidement : « £h bien ! choisissez : ou cont remandez la défense d'Amsterdam, destituez Krayenhoff et MoUerus, ou voici le décret de réunion que je fais partir à Tiostant mâme et TOUS ne retournez plus en Hollande. 11 ra^est indifférent que Ton me taxe d'injustice et de eruaulé, pourvu que mon système avance. Vous êtes dans mes mains. » A la vue du décret de réunion , Louis se soumit et sacrifia les deux ministres qui avaient montré trop de zèle. Son projet était de s'échapper pendant la nuit. A peine rentré à l'fiûtel de Madame mère où U résidait» il vit arriver des gendarmes d'élite qui se placèrent à la porte et qui résistèrent à toutes les instances de se retirer. Louis ressentit vivement cette insulte gratuite qu'on lui faisait aux yeux des souverains réunis à Paris ; à coup sûr, s'il eût tenté de prendre la route du Brabant, les gendarmes n'eussent pas manqué de s'y opposer de tout leur pouvoir.

Dès Parrivée de Louis à Paris, l'occupation de la Hollande par les troupes françaises avait commencé. Le 20 janvier 1810 on prit possession du Brabant et de la Zélande ; le 24 on entra dans Breda et Berg-op-Zoom, puis dans DordrechL La mesure des sacrifices que Napoléon prétendait obtenir de son frère n'était point encore comblée; on voulait qu'il mit une forte imposition sur les rentes, qu'il adoptât la conscription, les mêmes ordonnances sur les douanes <iu'en France, qu'il se réglât sur elle pour la noblesse et quil supprimât les maréchaux. 11 résista d'abord, et, comme de coutume, finit par céder et par adhérer à beaucoup de choses dont l'abandon lui coûtait infiniment ; mais rien ne put le faire consentir à la conscription ni à l'impôt sur les rentes^ Dans ces malheureuses négociations, Louis croyait gagner tout ce qu'il ne perdait pas. 11 fit donc remplacer le titre de maréchal par celui d'amiral ou de général, et, le 13 février 1810, son corps législatif annula la loi sur la noblesse constitutionnelle qu'il avait approuvée au mois d'octobre. Enfin on lui fit signer un traité imposé par Napoléon, le 16 mars, et concla par l'amiral Verhuell, traité qui por- i tait que, jusqu'à ce que le gouvernement anglais ; eût renoncé à son système maritime contre la I France, tout commerce quelconque entre les | ports de l'Angleterre et les ports de la Hollande | serait interdit, qu'un corps de troupes de dix- i huit mille hommes, dont six mille Français occu- , perait toutes les embouchures des rivières avec. ' des employés des douanes françaises pour veil- I

1er à l'exécution da système continental; qoe le roi de Hollande cédait à l'empereur des Fr^Dçais le Brabant hollandais, la totalité de la Zélande, y compris l'Ue de Schouwen, U partie de la G ueldre qui est sur la rive gauche d u Waalil, etc. Après avoir assisté aux cérémonieit du raarUjES de Napoléon avec Marie-Louise , Louis quitta le 7 avril Paris, où il avait séjourné un peu plus de quatre mois.

Conformément aux clauses de son denier Iraité avec la Hollande, Napoléon fit occuper Leyde et la Haye par des troupes placées smis les ordres du duc de Reggio qui établit son quartier général à Utrecht,ét dirigea d'autres troupes sur la Frise. Par tous ses actes, le maréchal semblait déjà y exercer la puissance impériale, qui, pour être déléguée, n'en était pas moins absolue. Un événement fort simple ^int tout à coup résoudre une grande question politique. Le comte de La Rochefoucauld, ambàssa* deur de France , avait à son service un codier hollaudais qui se prit de querelle, le 13 mai, avec un bourgeois d'Amsterdam. La garde du palai» accourut et sépara les deux combattants. Les plaintes les plus vives furent portées par l'ambassadeur sur l'insulte qu'on avait faite à sa livrée, Il en demanda satisfaction. D'après des renseignements authentiques prisjoridiquemeot, il fut constaté que cette querelle était feinte. Napoléon rappela son ambassadeur et signifia à i^amiral Yerhuell, ambassadeur à Paris, qu'il eût à prendre ses passeports dans les vingt-qoatre heures. La lettre qu'il adressa au roi de Hollande à ce sujet est datée de Lille, le 23 mai 1810 ; on y remarque les passades suivants :

c Ce ne sont plus des phrases et des proteMations qu'il me faut ; il est leinps que je sache sî vousvoaiex faire le malheur de la Hollande, et par vos folies causer la ruine de ce pays. Je ne veux pas que vous envoyiez de ministre en Autriche. Je ne veux pas non plus que vous renvoyiez les Prançaii qui sont à votre service. J'ai rappelé mon amliaindenr, je n'aurai pins en Hollande qu'on chai^d'tf* faires. Le neur Serurier, qui y reste en cette qoalité, vons communiquera mes intentions. Je neveia plus exposer un ambassadeur à vos insultes. Comme c'est le ministre de Russie dont le maître voos a placé sur le trdne, il est naturel qne vous suiTtei ses conseils. Ne m'écrivez plus de vos phrase» ordi* naires, voilà trois ans qne vous me les répétez et chaque instant en prouve la fausseté. Napolèok.— C'est la dernière lettre qne de ma vie je voos écriai

A la lecture de cette missive, Louis put m convaincre que l'arrêt de mort de la royauté en Hollande était à peu près prononcé. U nomma encore des ambassadeurs dans plusieurs cours et échangea des décorations avec celle de Pnisse. En apprenant que le duc de Reggio demandait à établir son quartier général à Amsterdara, il eut un moment la pensée de se défendre jusqu'à la dernière extrémité. Il convoqua ses ministres et ses généraux à Harlem, et leur rappelant avec véhémence l'énormité des sacri-

NAPOLÉON (Louis)

tices faits par la nation, les enTaliissements qui avaient lieu de tous le^ côtes, son autorité méconnue ^ il proposa, pour sauver Thonneur du paya, d'inonder d'abord la capitale plutôt que de l'abandonner sans la défendre. Personne ne jugea à propos de le suivre dans ce parti désespéré. Après avoir longtemps délibéré avec ses ministres, convaincu qu'il n'y avait plus d'espérance, Louis adressa un message au corps législatif pour luiannoocer sa résolution de résigner la couronne, et, par acte du même jour (l«r juillet 1810) signé à Harlem, il abdiqua la dignité royale en faveur de son fils Napoléon-Louis et à âon défaut en faveur de son frère Charles- Louis- Napoléon, sous la régence de la reine , assistée (i'un conseil de régence. 11 accompagna cet acte d'une proclamation , dans laquelle il poussa la résignation jusqu'à laisser croire qu'il était peut-être le seul obstacle au bonheur des Hollandais et que, dès lors, il regardait comme un lifvoir de se sacrifier à la tranquillité du peuple. L*anuée française entra à Amsterdam le 4 juillet; mais Louis avait abandonné la Hollande dans la nuit du i^^ et, prenant la route de l'Autricbe» s'était rendu aux bains de Tœplitz en Bohême. Il avait pris le titre de comte de Saint' lAU et le conserva jusqu'à sa mort.

En apprenant la nouvelle de la réunion de la Hollande à l'Empire français (10 juillet 1810), l'indignation de Louis fut extrême; il écrivit une protestation qu'il remit lui-même en 181 1 à l'empereur d'Autriche» et qu'il envoya en 1812 à l'empereur de Russie. Puisil partit de Tœplitz pour Grœtz où il vécut très-retiré , occupé uniquement des moyens de rétablir sa santé. Vivement ému des mallicurs de la campagne de Russie, il écrivit à Ndpoléon, le l^r janvier 1813, et lui offrit ses services. Toutefois il n'avait pas renoncé à l'espoir de remonter sur le trône. Il tenta de se concilier l'appui de l'Autriche; ses démarches restèrent sans succès. Il passa alors en Suisse pour Mre plus à portée de suivre les événements. Après la bataille de Leipzig, il eut à Bàle une entrevue avec Murât, qui lui conseilla de rentrer en Hollande par le secours des alliés. Convaincu que ses anciens sujets ne pouvaient se passer de lui, «t que la France n'avait rien de mieux à faire que de renoncer en sa faveur à on pays qui lui échappait, il adressa à l'empereur un message conçu dans ce sens, et se dirigea aussitôt vers Paris. Arrivé à Pont-sur- Seine, il apprit qu'on refusait de le recevoir à Paris et force lui fut de revenir en Suisse, où il trouva la réponse de Napoléon qui lui disait, entre autres choses : « J'aime mieux que la Hollande retourne sons le pouvoir de la maison d'Orange que sous celui de mon frère. S'il a cent mille hommes à m'opposer, il peut essayer de me l'enlever. » La Hollande 8*étail Insurgée, les troupes françaises Tévacuaient et les magistrats d'Amsterdam s'étaient constitués en gouvernement provisoire. Louis se tourna de ce côté et

adressa aux magistrats une lettre (29 novembre 1813), par laquelle il revendiquait tous ses droits au trône. Les réponses qu'il reçut lui annoDnoncèrent sans égard, qu'il n'y avait plus rien à espérer pour lui du peuple auquel il avait été imposé, qu^oD traitait avec la maison d^Orange et que, dans cette négociation, son nom n'avait même pas été prononcé.

Après la reconnaissance du prince Guillaume de Nassau, comme souverain des Provinces- Unies, Louis rentra pour toujours dans la vie privée. L'invasion des alliés sur le territoire suisse l'obligea de quitter Soleure où il se trouvait (22 décembre 1813), et il se rendit à Paris. Son entrevue avec Napoléon fut très-froide ; ils se revirent encore le 23 janvier, veille du départ de celui-ci pour l'armée. Louis le pressa d'accepter la paix et lui écrivit à cet égard presque journellement, entre autres, le 3, le 5 et le 16 mars. Après la dédiéance de Napoléon, il suivit l'impératrice à Blots, et prit congé d'elle le 9 avril, pour se retirer à Lausanne. Peu après sonretouren Suisse, Louis apprit que par lettrespatentes du 30 mai 1814, Louis XYHI avait érigé la terre de Saint- Leu en duché. A cette nouvelle et à celle du traité de Fontainebleau du 11 avril, dont l'article 6 réservait pour l'empereur et pour les princes de sa famille, des domaines ou rentes sur le grand-livre produisant on revenu, libre de toute charge ou déduction, de 2,500,000 francs, il fît, le 18 juin, une protestation que le journal d'Aarau publia, le 2 auOt suivant. Le 24 septembre , il alla résider à Rome. Après de longues et vaines démarches pour oïytenir de la reine Hortense son fils aîné, il forma une instance devant le tribunal de la Seine. Le tribunal ordonna, le 7 mars 1816, que sous trois mois le fils atné du comte de Saint-Leu serait remis à ce dernier ou à son fondé de pouvoir. Quant à la duchesse de Saint-Leu, elle conserverait son second fils avec le consentement du père. La séparation se trouvait ainsi implicitement prononcée sans avoir été demandée par les parties. Pendant les Cent- Jours , Louis résista à toutes les sollicitations qui lui furent faites et ne voulut se rendre ni auprès de sa sœur à Naples, ni au sein de sa famille à Paris.

11 avait besoin de repos après une vie passée, malgré lui , dans les embarras et dans les inquiétudes les plus pénibles, avec une santé dérangée depuis longtemps. L'espérance d'aller mourir à Saint-Leu lui fut ravie par la lot du

12 janvier 1816, qui excluait du royaume à perpétuité la famille entière de l'empereur.

Après avoir habité Rome pendant quelques années avec son fils aîné, que la reine Hortense lui remit enfin au mois de novembre 1815, Louis Bonaparte alla à Florence , où le grand-duc de Toscane lui accorda l'autorisation de se fixer définitivement. Philosophe, méprisant le faste, ne désirant qu'une vie tramiiiillc, il ne regretta jamais la puissance, et, si parfois des idées tristes

NAPOLÉON (Louis Hortekse)

vinrent interrompre la constante sérénité de son âme ou la douceur de son caractère, ce Tut par inquiétude pour Pavenir de ses enfants. Sa vie h Florence s'écoula paisible, sinon tout à fait heureuse entre l'étude et l'amitié. Au mois de novembre 1830, il revenait de Rome, lorsque en avant de Viterbe, à Bolsena, sur la route, il rencontra Hortense qui s'y rendait avec son second fils. Ils se communiquèrent leurs inquiétudes au sujet des idées politiques que manifestaient leurs enfants, an milieu de l'ébranlement produit en Italie par la révolution de Juillet. La mort de son fils aîné (17 mars 1831) fut pour Louis une de ces pertes dont rien ne console. Différentes attaques d'apoplexie qui paralysèrent ses membres ajoutèrent les souffrances physiques aux tortures morales. Les affaires de Strasbourg (1836) et de Boulogne (1840) mirent lecomble à ses chagrins. Sa santé dépérit de jour en jour. Un seul chagrin dominait ses souffrances, l'Idée d'être séparé de son fils, alors prisonnier à Ham , et de mourir sans pouvoir l'embrasser. Il écrivit séparément (aoiil 1845) à MM. Mole, Decazes et de Montalivet, et les pria, dans les termes les plus pressants, d'intercéder en faveur de son fils auprès du roi Louis- Philippe. Le gouvernement français ne |)ouvait prendre une résolution, à moins de garanties de la part du prince, qui de son côté refusait de s'associer aux démarches de son père, préférant, disaitril, la captivité au déshonneur. L'évasion de ce dernier aplanit les difficultés ; rien ne semblait plus désormais s'opposer à l'entrevue dernière du père et du fils. Il n'en fut pas ainsi. En apprenant que son fils était libre, Louis reprit quelques forces ; impatient de le revoir, il se fit conduire à Livoume, afin de le rejoindre quelques heures plus tôt. A son arrivée à Londres, le prince s'était vu refuser par le ministère des passe-ports, pour se rendre en Italie. Après avoir, pendant tout un mois, remis de jour en jour son départ pour Livoume, il écrivit à son père mourant que la diplomatie le tenait enchaîné sur le rivage anglais. Louis ne put sup< porter ce dernier coup. Frappé subitement, dans la matinée du 24 juillet 1846, d'une attaque d'apoplexie, il tomba dans un assoupissement Ic^thargique, et s'éteignit le lendemain au matin, sans crise et sans convulsiou, à l'Age de soixantehuit ans, loin de son fils, de sa famille et de sa patrie. Ses restes mortels furent transportés, le 30 septembre 1847, à Saiot-Leu.

Le roi Louis a publié quelques ouvrages : MlariCf ou tes Peines de Vamour; Paris, 1808, 1814, 1815, 3 vol. in f 2 : ce roman offre une description fidèle des mœurs et des usages des Hollandais; — OrfC5; Vienne, 1813, in^"; — Mémoire sur la versification : ce mémoire fut envoyé en 1814 à l'Institut et concourut pour le prix que Louis avait lui-même fondé sur cette question : « Quelles sont les difficultés qui s'opposent à l'mtroduction du rbythmedes Grecs et

des Latins dans la poésie française.' « Il fit imprimer son travail à Rome, puis à Florence, et rétendit ensuite sous le titre à* Essai sur la versification; Rome, 182{>-26, 2 vol. io-s«. L'auteur, en supprimant la rime, et conserrut toutefois le même nombre de syllabes et teà mêmes césures anx vers français, propose mt distribution régulière des accents, ce qui ferait des vers rhythmiques. Il donne pour esui» dans le même ouvrage, Ruih et IVoémi, opéra en deux actes, Lucrèce^ tragédie en cinq actes, et V Avare, comédie de Molière, mise es vers; ^ Histoire du parlement anglais depuis son origine Jusqu'en Van Vil, avec des notes de Napoléon; Paris, 1820, in-S»;— Documents historiques et réflexions snr U gouvernement de la Hollande; Paris, ifiso, 3 vol. m-8<>, édition faite aussi à Londres, Is même année. Ce recueil est un des plus curieas qui existe pour l'histoire de cette époque. Daas son testament, Napoléon 1*' pardoana à mq frère le libelle qu'il avait publié. « Ce libelle, dit-il, est plein d'assertions fausses et de pîères falsifiées. » L'empereur voulait parler de cetoovragc qu'il n'avait pas lu, on a lieu de le croire, et il n'en parlait que d'après des iodicatloi» qui lui étaient transmises ; — Réponse à sir WaltfT Scott sur son Histoire de Napoléon; Paris, 1828, 1829, m-8o; — Nouveau recueil de poésies; Florence, 1828, in-8^; ~ Observations sur /'Histoire de Napoléon, par M. de Norvins; Paris, 1834, in-8*.

Les trois enfants que Louis Bonaparte ent de son mariage sont : Napoléon-Charles, Xafi(h léon-Louis, et Charles-Louis- Napoléon (roy. les articles qui suivent). H. Fisqoet.

Doeumenti historiques» — La Cour de UoUatâetoa le règne de L. Bonaparte, pir ua audlteun f^ris, 1119. ln-B>. — Mémoires sur ta Cour de t4m»s NapoitM *t sur la Hollande ; Paris. 1S18, ln-t«. ^ Thiera, HisiMn du Consulat et de l'Empire, — Moniteur uniursei; isoe à S811. - F. Woiiten, Les MonaparU depuu 'lis }usgu*en ISM; Bruxelles. l»4«. tn-8*. — MU* CodKkt, Mémoires sur la reine Hortense. — Fastes de la Ijtgion d'honneur, 1. 1. — Las Caset, Mémorial de Stâaat' Hélène'.

HORTEnsB {Eugénie- Hortense de Bku- HAhNAis), reine de Hollande, née A Paris, le 10 avril 1783, morte à Arenenberg, le 5 octobre 1837. Elle était fille d'Alexandre de Beauhaniais et de Joséphine de Tascher de la Pagerie, d^ puis impératrice. Emmenée en 1787 à la Martinique, elle n'en revint, en 1790, que pour être témoin des désastres de sa famille. Pentiaot la détention de sa mère, elle demeura, ainsi qw son frère Eugène, sous la surveillance de la princesse de HohenzoUem, gardée elle-même À voe dans l'hôtel de Salm. En 1790, Josépliine éponfa en secondes noces le général Bonaparte, et Hor* tense fut placée dans le pensionnat de M^B^Campan, où tout en ornant son esprit naturel des connaissances propres à son sexe , clic acheva de se former au ton et aux manières du ^t^ monde. A l'âge de dix-sept ans, clic parut au

447 0»j NAPOLÉON

milieu de la coar consulaire avec tous les charmes d'un mérite modeste; elle fut recherchée par les hommes les plus distingués , mais ia politique seule conclut son mariage et il ne fut pas iienreox. Elle épousa, le 3 janvier 1802, Louis Bonaparte, lorsque son cœur s'était déjà donné à nu autre, et bien que la mère du premier con* sut eût tout fait pour empêcher cette union. Elle était devenue deux fois mère lorsqu'elle quitta la France pour aller s'asseoir sur le trône de Hollande. L'année suivante elle voyait son fils alBé expirer entre ses bras. Rien ne put consoler Hortense de cette perte. On lui conseilla un voyage dans les Pyrénées; son époux alla l'y rejoindre au village d'Arrens, au fond de la vallée d'Azon^ et la ramena à Paris. Son existence se concentra presque tout entière dans son hôtel de la me Cérutti, et dans quelques excursions à Saint- Leu et à la Malmaison. Là, formant sa coar de quelques hommes de mérite et d'artistes, elle V se montrait véritablement reine an milieu de BoîTées brillantes qui donnaient le ton à la mode et au goût. Elle dessinait avec talent les fleurs et le paysage, et sa voix agréable donnait un nouveau prix aux romances qu'elle chantait et dont elle aimait à composer la musique. C'est pour elle que M. de Laborde fit ces couplets chevaleresques : Partant pour la Syrie.., dont Pair, composé parla reine Hortense, est aujourd'hui considéré comme un chant national. C'est elle qui, la première, eut l'idée de faire placer au-devant de chaque romance un dessin qui s'y rapportât, usage qui depuis a été constamment suivi. Tenant de sa mère le goût de la botanique et des fleurs, elle se plaisait à en perfectionner la culture dans ses jardins (l).

Cependant Napoléon ]^^ déçu dans son espérance: d'adoption du fils aîné de Louis et d'Hortense, avait résolu de divorcer avec Joséphine. Vainement, Hortense fit à l'empereur des représentations touchantes, sa voix ne fut point écoutée. Tristement humiliée, il lui fallut, aux fêtes du naariage, soutenir, avec les autres reines de sa famille, le manteau de la nouvelle impératrice. A cette époque, elle eût bien désiré fdire prononcer son divorce avec Louis ; mais l'empereur avait jugé que c'était bien assez d'un scandale dans sa fomille, et lorsque, peu après, Louis se joignit à sa femme pour demander tout au moins l'autorisation de se séparer, le conseil de famille, sous la présidence de Tempereur, décida que cette question était prématurée. Hortense, pour obéir à la politique de Napoléon, se résigna même à se rendre en Hollande, où on Vacciisa de se montrer trop Française, et d'avoir contribué au traité par lequel Louis était obligé de céder une province à l'empereur. Le f juil-

let 1810, Louis abdiqua en laveur de son fils, et

(1) Ce n'est polot en «on honneur, comme on Ta Imprimé . que ftoii nom fat donné à Vhortensla. Coromer- MQ, mort en ITTS à l'Ile de France, avatt consacré ce (enre i Hortense Barré, sa oMltresse.

(Hobtense) 448("»)

nomma Hortense régente du royaume. Quelques jours après, Napoléon annulait les arrangements de son frère et réuuissait la Hollande à l'empire. Quant à Hortense, qu'il autorisa alors à se séparer de son mari et à garder ses deux enfants, il lui assigna un revenu annuel de deux millions. Réduite ainsi, comme elle le disait elle-même au rôle de reine honoraire, Hortense, dont la santé était fort chancelante, fixa son séjonr à Paris, où son hôtel devint comme le centre de la société des Tuileries (1). Les revers de nos armées amenèrent l'invasion de la France par les alliés. Outrée de la faiblesse que montra le conseil de régence, en décidant le départ de l'impératrice pour Blois, Hortense rejoignit sa mère an château de Navarre, près d'Évreux ; puis, le 12 avril, elle se rendit auprès de Marie- Louise, prisonnière à Rambouillet. Celle-ci la reçut d'un air embarrassé, et loi donna à entendre qu'elle ferait peut-être bien de repartir; mais Hortense ne la quitta que lorsque l'emperenr d'Autriche eût décidé que sa fille irait à Vienne. De retour à la Malmaison, elle y vit les souverains alliés, et leur inspira un tel intérêt, qne bien qne, par la convention de Fontainebleau du 1 1 avril , il lui fût accordé un revenu de 400,000 francs, ils voulurent encore lui assurer un sort indépendant. Le désir de rester pràs de sa mère , da conserver à ses enfants une patrie , un reste de fortune, la fit consentir à une convention particulière, en vertu de laquelle on forma nn duché de tous les biens qui environnaient le domaine de Saint- Leu. Suivant la clause des lettres-patentes du 30 mai 1814, ce duché devait toujours loi représenter 400,000 francs de rente. Le 28 de ce mois , Hortense avait fermé les yeux à sa mère, dont elle fit déposer les restes dans l'église de Rueil. Après un court séjour aux eaux de Plombières et à Bade, où la grande.-duchesse Stéphanie, sa cousine, Caroline, reine de Bavière et Elisabeth, impératrice de Russie, la traitèrent en reine, elle revint à Saint- Leu le 19 septembre, et, comme son salon était sans cesse rempli de militaires et d'anciens fonctionnaires qui regrettaient Napoléon, il fut aisé de l'accuser de conspirer contre la famille des Bourbons. Étant allée remercier Louis XVJII de l'érection du duché de Saint-Leu, elle reçut do roi an si gracieux accueil que les bonapartistes lui reprochèrent d'être trop favorable à la Restauration. Elle disputait alors à son mari devant le tribunal de la Seine , son fils a!né Napoléon que le roi Louis réclamait impérieusement. Le tribunal donna gain de cause à ce dernier; mais l'arrivée de l'empereur (20 mars 1815) retarda l'exécution de ce jugement. De nouveaux désagré-

(1) Bile trooTa surtout des consolations dans l'amitié constante d'une flme moulée sur la sienne, Adèle Augulé, sœur cadette de la niaréchalc Ney, comme elle élève de M" Campan.et qu'elle avait mariée an général de Broe, graod maréchal de la cour de Hollande. Bo mal isil, dans une promenade aux environs d'Aia en Savoie, cette dame se noji sous les yeux de la reine.

ments vinrent rassaîUir. Napoléon lui fit im i crime d'être restée au milieu de ses ennemis, el | refusa d*abord de la voir; cependant il ne tarda [ pas à être éclairé sur sa conduite, et il lui rendit toutes son afTection. Hortense n'usa de sa faveur que pour être utile. Sur «on instante recommandation, Napoléon permit à la duchesse douai- | rière d'Orléans et à la duchesse de Bourbon de rester en France, fixant à la première 400,000 francs de rente, et 200,000 à la seconde. Après le désastre de Waterloo, elle resta fidèle à Napoléon, l'accueillit à la Malmaison, et lui prodigua tous les soins de la fille la plus dévouée (1). Après avoir reçu les derniers adieux de Napoléon , Hortense revint à Paris le 29 juin-, mais le 19 juillet, on lui intima l'ordre de quitter la capitale dans deux heures. Il lui fallut partir , avec ses deux enfants^sous ta garde du luron de Woyna, aide de camp de Schwartzenberg. Elle résida successivement à Aix en Savoie , où elle avait fondé un hôpital , à Constance, et à Thurgovie. Après avoir commencé la rédaction de ses i Mémoires, et surveillé les études de son jeune fils, à qui elle donna, à défaut d'autres mai- , très, des leçons de danse et de dessin, elle , acheta le château d'Arenenberg (1817), sur les bords du lac de Constance, et se plut à embellir I

«cette pittoresque résidence. La même année, elle alla passer l'hiver à Augsbourg, où son frère > Eugène vint plusieurs fois la voir. La mort du roi de Bavière Naximilien (13 octobre 1825) et ! celle de son frère Eugène (1824) lui firent quit- ' ter Augsbourg, et comme elle avait sans diffi* | culte obtenu dîe-Léon XII la permission de venir eu Italie, elle passait tous les ans l'hiver h Ronbe

, et l'été à Arenenberg.

La révolution de Juillet >l 830 la jeta denouveau dans de pénibles agitations, tout en faisant miroiter à ses yeux l'espoir d'nn prochain retour dans la patrie. L'illusion Qit de courte durée. La seule pensée d'HortaWe. en présence des I Tnouvement&gpriHKtit)nnels de l'Italie, fut de i garanftf I^Wux ùls d'entraînements dangereux, i Ses espérances furent en partie trompées. Le i 15 novembre 1830, die embrassa pour la der- ! nière fois son fils atné, qui succomba à Forli au ! printemps de l'année suivante. Un seul fils lui , restait; elle fit taire, pour le sauver, sa douleur | maternelle, et ft l'aide d'un passeport anglais, | arriva à Paris, où elle s'empressa de faire con- i naître sa présence à Louis-Philippe. Le roi lui | accorda une audience et ne put que lui donner j des promesses sur le rappel de la famille de | Napoléon, et la possibitité de lui restituer le ,

(1) £lie lai fit accepter un coIKer d'une Taleur de I

800,000 francs, et qui fut coura dans un ruban de sole ' nolce que l'empereur portait autour de lui. En retour

de ce collier. Napoléon Inl fit une délégation qu'il avait '

réserrée sur sa llate cl?lle , et qui fut saisie par le fson- i

▼emeiDent royal peu de Jours a(nrès. Ce collier fut remis ,

en isil par M de Monlholoa à Hortense qui, dans nn , monient de pénurie, le céda en 18S8 au roi de Bavière,

moyennant une pension viagère de n.ooo francs, que ce '

prince n'eut à payer que pendant deux ans. i

(Hortense) 44.S;**)

duché de Saint-Leu. De retour à AreneoUrg, après avoir pas.sé trois mois en Angleterre, Hortense y passa quelques années assez tranquilles; mais à la première nouvelle de l'arrestation de son fils à Strasbourg (30 octobre 1856) , elle se mit en route pour Paris, dans l'intentioo d'intercéder en sa faveur auprès du gcavememeiit Arrivée à Viry, maison de campagne de la da* chesse de Raguse, elle écrivit à Louis-Philippe; mais déjà le ministère avait décidé du sort do prince, et un des membres du cabinet fut cfaaffé d'en prévenir la reine Hortense, tout en loi îottmant l'ordre de quitter immédiatemoit te France. Une personne influente fut en mèose temps chargée de lui demander, au nom du gouvernement , d'engager son fils à rester ôh las aux États-Unis ; mais Hortense répondit sfec fermeté qu'elle ne pouvait prendre aucun ogigement semblable. Déjà si durement éprouvée, elle ne put supporter sans violence la déportation de son fils. Sentant que le terme de sa vie approchait, et voulant embrasser une deroière fois son fils bien-aimé, ellehii écrivit, le 3 avril 1837, de venir recevoir ses adieux. Celui<i était depuis quatre mois seulement arrivé à Kew- York. La lettre lui parvint au mois de juillet Ce n'était pas chose facile que de se rendre en Suisse. La France, l'Autriche et Tltalfe lui étaieot fermées ; son nom y était, pour ainsi dire, frappe d'un arrêt de mort, et il était plus que douteoi que les gouvernements, dont il deTait traverser les Étati:, lut accordassent l'autorisation nécessaire. Ces considérations ne purent toolefitts arrêter le prince. Sans perdre de temps, 'û s'embarqua pour l'Angleterre; il passa ensuite en Hollande, la traversa sans être recaonu, gagna le Rhin qu'if remonta jusqu'à Carisnibe, et atteignit sans obstacles les frontières du canton de Thurgovie, Mais il n'arriva au château d'Arenenl)erg que pour fermer les yeux à sa mère, qui expira entre ses bras, le S octobre 1837, à cinq heures du malin, à l'âge de cinqaut^ quatre ans et demi. Le 3 avril préoédcot, elle avait fait un testament, qui se termine ainsi : « Que mon mari donne un eouvenir à ma mémoire ; qu'il sache que mon plus grand regret a été de ne pouvoir le rendre heureux. Je a^ai point de conseils politiques à donner à mon fils ; je sais qu'il connaît sa position et tous te devoirs que son nom lui impose. Je pardonne à tous lés souverains, avec lesquels j'ai eu des relations d'amitié, la légèreté de leurs jugements sor moi. Je pardonne à tous les ministres et charges d'afTaires des puissances la fausseté des rapports qu'ils ont constamment faits contre moi. Je pa^ donne à quelques Français, auxquels j'avais pa être utile, la catomnie^dont ils ra*ont accablée pour s'acquitter ; je pardonne à ceux qui l'oot crue sans examen, et j'espère vivre un peu daii;^ te souvenir de mes diers compatriotes. • Avant de mourir, Hortense avait exprimé le vcni qoe ses restes mortels fussent déposés auprès de iA

447("'') NAPOLÉON ( Napoleon-Ch ARLES , Napolbon-Louis) 448(^«t

mère, dans l'église de Rueil. Ce vœu fut exécuté le 19 novembre 1837. Le prince Louis, son fils, captif à Ham , lit élever à sa mémoire un monument funèbre dont Tinauguralion eut lieu le 20 avril 1846. H. F.

£41 reins Hortengê en Italie, en France et en Angleterre pendant Cannée 1891; Parii, 1839 et I8«i, In-lt (extrait des il/^mo<re« écrits par elle-même). - M"* Co* cbelet , Mémoires sur la reine Horteme et la famille impériale. — La Cour de Hollande tous le roi Louis ; Paris, I8î3, in-9». — Mémoires de Louis Bonaparte. — Nicolaf, Cedachtnisttede bei erfotgten Jbteben der Frau HerzoQin von Saint-Leu) Coastance, 1897, Ut-%; — Moniteur unicersel^ paaslm.

BONAPARTE (Napoléoïi'Charles) , né à Paris, le 10 octobre 1802, mort à la Haye, le 5 mai 1807. Héritier du trône de Hollande il était destiné à être adopté par Napoléon I**" ; mais il mourut du croup, maladie alors peu étudiée.

BONAPARTE ( NapoUon-Louis), né à Paris, le 11 octobre 1804, mort à Forli, le 17 mars 1831. Le premier des membres de la famille Bonaparte il fut inscrit sur les registres de l'État , comme prince français^ baptisé à Saint- Cloud par le pape E^e VII, et tenu sur les fonts par Napoléon P' et Madame mère. La mort de son frère atné le rendit prince royal. Lorsque le roi Louis renonça à la couronne en sa faveur, les Hollandais le reconnurent un moment pour roi sous la régence de sa mère. Napoléon I*' qui, le 3 mars 1809, l'avait créé grand-duc de Berg et de Clèves, l'envoya chercher par son aide de camp, le général Lauriston, et amener au ch&teau de Saint -Cloud. Jusqu'en 1815 , le jeune prince habita la France avec sa mère qui lui avait donné pour gouverneur l'abbé Bertrand; mais, à la suite du jugement rendu par le tribunal de la Seine (voy, les articles précédents), il fut rendu à son père, alors établi à Rome, kntonré de bonne heuro par cette jeunesse qui rêvait la régénération de l'Italie, le jeune prince s'attacha avec ardeur J k la cause d'un peuple soumis k des souverains dont la plupart n'étaient que les vassaux de TAubiclie. Lors des mouvements révolutionnaires de Naples, quelques soupçons s'étant élevés contre lui, son père jugea à propos de l'emmener à Florence. En 1827, le prince épousa sa cousine germaine, Charlotte Bonaparte, seconde fille do roi Joseph. Depuis ce moment, il se livra à de sérieuses études sur la mécanique, et se fit même connaître par quelques inventions industrielles. Une papeterie qu'il avait établie à Seze-Vezza, et dont il avait lui-même tracé le plan , occupait tous ses loisirs ; il avait inventé pour cette usine des machines perfectionnées soQs ses yeux et dont la réussite avait oomiilé ^espérances. Il parut de lui, en 1828, sur la direction des ballons , un travail ingénieux honorablement mentionné dans le monde sa- Tant. Sans préjugés, mettant seulement à honneur d'être utile à l'humanité, il était républicain par caractère, et ne fiiisait aucun cas des prérogatives de naissance. Sa mère n'avait pa

le retenir, lors des événements qui se passèrent en Grèce, qu'en lui faisant, dit-on, comprendre combien son nom pourrait nuire à cette cause. Après la révolution de 1830, on écrivit de Paris au prince pour l'engager à venir aider à reconquérir les droits de Napoléon II, son cousin. Le procès des ministres avait été indiqué comme un moment décisif contre un gouvernement, non élu par la nation. Napoléon-Louis hésita d'abord, puis il refusa. « Le peuple est seul maître, disait-il dans sa réponse; il a reconnu un nouveau souverain. Irais-je porter la guerre civile dans ma patrie, lorsque je voudrais la servir au prix de tout mon sang? » De la Corse, on lui avait fait des propositions auxquelles il avait répondu de la même manière. La mort de Pie Yill fio novembre 1830) parut un moment favorable à la jeunesse italienne pour secouer le joug du gouvernement papal ; bientôt la Romagne, Modène , Plaisance se soulevèrent, et la révolution fit des progrès rapides. Napoléon- Louis se rappela ses serments d'autrefois, et imposant silence à tous ses intérêts, il quitta, le 20 février 1831, sa jeune femme et son père, qui apprirent bientôt que lui et son frère Charles- Louis organisaient la défense depuis Foiigno jusqu'à Civita-Castellana, que toute la jeunesse des villes et des campagnes leur obéissait, qu^à * peine armés, ils cherchaient à tirer parti du peu de ressources qu'offrait le pays, et se préparaient à prendre Civita-Castellana, pour y délivrer les prisonniers d'État. Le roi Louis et la reine Hortense parvinrent à détourne^ leurs enfants du parti qu'ils avaient embrassé, en leur montrant leur nom comme pouvant éloigner l'appui qu'on espérait du gouvernement français. Napoléon-Louis et son frère se rendirent alors à Bologne, et. lorsque les Autrichiens entrèrent sur le territoire pontifical, ils partirent pour Forli. La rougeole régnait dans le pays ; les fatigues et les contrariétés morales aggravèrent la maladie du prince qui succomba après trois jours de souffrance, au moment où sa mère accourait au-devant de lui pour le soigner. Il ne laissa point d'enfants de son mariage.

On a du prince Napoléon-Louis : la traduction française de la Vie d'Àgricola de Tacite (Avignon, 1828, in-12), et de V Histoire du tac dé Rome de Jacques Bonaparte (Florence, 1829, in-8<>), ainsi qu'une Histoire de Florence (Pàris, 1833, in-8»). H. F~T.

Bioçr. univ, et port, des Contemp. — La Parina, 5toria d'Italia dai 181S al ISBI. — Gualterlo, Dei Rbfolgi-' menti Italtani. - M"« Cochelet, Mémoires sur la reine Hortense. — P. WouTers, Les Bonaparte depuis 181S.

BONAPARTE ( Charles - Louis- Napoléon ). ^oy. Napoléon III.

D. Jkbôhb et sa famille.

JÉRÔME {Jéréme Bonaparte), roi de West* phalle, le plus jeune des frères de Napoléon P% né le 15 novembre 1784, è Ajaccio, mort le 24 juin 1860, au château de Yillegenis, commune

r^APOLÉON (JlBÔKE)

(le Massy (Seine et-Oise). Il avait à peine huil ans lorsque sa famille se rétuffia en France. En 1797, il quitta Marseille et fut envoyé au collège (le Juilly, où il fit ses études classiques. Après le 18 brumaire, Napoléon Tappela auprès de lui (19 février 1800). D'abord simple soldat aux chasseurs à cheval dans la garde consulaire il lit une campagne à rited*Ëlbe;il entra, le 29 novembre 1800, dans la marine militaire comme aspirant de seconde classe, h bord du Taisseau VIndivUible qui portait le pavillon de l'amiral Gantheaume; ce fut alors quil prit part dans la Méditerranée au combat et à la capture du Swifisure (24 juin 1801). Nommé, le 29 novembre 1801, aspirant de première classe, il reçut l'ordre de rejoindre à Rochefort l'expédition de Saint-Domingue, et arriva, le 4 février 1802, arec la flotte devant Port-au-Prince, qui le lendemain était au pouvoir des Français. L'amiral Villaret- Joyeuse lui conféra le grade d'enseigne de vaisseau (4 mars), et le chargea d'une mission auprès do gouvernement consulaire. Après avoir rempli sa mission à Paris, Jérôme rallia l'expédition dans l'automne de 1802. Le 2 novembre de cette année , il reçut, avec le grade de lieutenant de vaisseau, le commandement du brick VÉpervier, Je* rdme, suivant les instructions de son frère, visita successivement Sainte-Lucie, la Guadeloupe, la Martinique , la Dominique, en releva les attérissements et, en avril 1803, il fut rappelé en France; mais, surveillé et bloqué jusqu'en juillet par les croisières anglaises dans la rade de Fort-Royal, il prit la résolution de tenter la voie des Ëtats-Unis pour revenir en France. Cet expédient lui réussit, et le 20 août il abordait à Norfolk, l'un des poris de la Virginie. Après deux jours passés à Washington, il alla, en attendant que Ton frétât un bAtiment, visiter Boston où, comme frère du premier consul, il ne tarda pas à être l'objet de la curwsité et de la sympathie de toute la ville. Le 23 octobre, il fut présenté à JefTerson, président des États- Unis. Ce fut à cette époque qu'il fit la connaissance de la fille d'un riche négociant de Baltimore, miss Élisa Paterson, pour laquelle il conçut une vive passion. Sur ses instances, l'envoyé d'Espagne demanda pour lui la main de la jeune Américaine, et malgré les protestations de M. Pichon, consul de France, et les hésitations de la famille Patcrson, qui comprenait l'irrégularité d'un mariage fait à l'étranger sans le consentement de sa famille, il épousa cette jeune personne (24 décembre 1803). Jérôme et sa femme habitèrent les États-Unis jusqu'au 3 mars 1805. Napoléon, mécontent du mariage irrégulier de son frère, ne voulut pas le reconnaître; sa mère, Mme Laetitia, protesta, le 22 février 1805, par un acte passé devant M* Ba- «uldeau, notaire à Paris, contre le mariage de son fils mineur, et, par décret Impérial du '2 mars suivant, il fut fait défense à tous officiers de l'état civil de l'Empire de recevoir sur leurs

registres la transcription de l'acte de célébration du prétendu mariage que Jérôme avait contracté en pays étranger, en Age de minorité, sans le consentement de sa mère , et sans publicatioa préalable dans le lieu de son domicile. Enfio, m nouveau décret du 21 mars déclara le VMnt^ nul et les enfants qui pourraient en provenir illégitimes.

Les deux époux faisaient pendant ce temps voile pour l'Europe; le 8 avril, leur navire entrait dans le port de Lisbonne. Sans perdre de temps, Jérôme se dirigea vers l'Italie. Arrifé ]^ 24 avril à Turin, il ne lui fut possible de voir l'empereur que le 6 mai à Alexandrie, etiVn se doute bien que le jeune lieutenant de vaisseau ne fit point plier le monarque. Amenée par VErin à Amsterdam, M"« Paterson n'obtint pa^ la permission de descendre à terre, et se reidit en Angleterre où, un mois après (7 juillet iSOj;, elle mit au monde A Camberwcll (comté de Surrey), un fils qu'elle fit inscrire sons le nom de Jérôme Bonaparte, et qui,en 186 i , après la mori d* Jérôme, ayant voulu réclamer sa légitimatkHi, a vu ses prétentions reponssées par le conseil de famille impérial, le tribunal de première inj^taoce de la Seine et enfin définitivement par la coor impériale de Paris , qui ont déclaré le mariag< nui et non avenu.

La disgrâce de Jérôme ne fut que passagère. Quoique simple lieutenant de vaisseau, il reçnt, dès le 18 mai 1805, le commandement d'une escadre composée d'abord de la Pomone, des bricks VEndymion et le Cyclope. Le 2* mai 1805, l'Empereur nomma Jérôme capitaïae de frégate et fit ajouter à l'escadre qu'il avait placée sous ses ordres, deux autres frégates d^ quarante-quatre canons, V Incorruptible et frranie. Après avoir croisé pendant qndquesjoar^ devant Gènes, Jérôme reçut l'ordre de se rendre à Alger, pour y réclamer des Français et det Génois que le dey retenait en esclavage. Intimidé par la fermeté et les menaces du Jeoae capitaine, le dey fit rendre la liberté à dcni cent trente et un prisonniers , que Jérôme ramena a Gènes, le 31 août 1805, en passant à travers les croisières anglaises. Satisfait de la manière briU lante avec laquelle Jérôme avait rempli celte msiott, l'empereur lui donna, le i*' novembre nivant, le grade de capitaine de vaisseau, et !e commandement en second d'une escadre de boit vaisseaux de ligne placée sons les ordres de l'amiral Willaumez, qu'il avait cliargé de ravitailler les ports que la France conservait encore aux Aniillek Jérôme commandait le vaisseau le Vétéran, l'oe tempête épouvantable assaillit l'escadre, à )a hauteur des États-Unis, la dispersa ooropiétemcnt, et obligea le commandant en chef de cher, cher un refuge dans les divers ports deTCoioii. Le frère de l'empereur tint seul la mer. Après avoir vainement clterché pendant pinsicun jours à rallier une partie de l'escadre, il rencontra vn immense convoi de navires marchands anglais

qui sortaient des ports du Canada et principale- * ment d'Halifax, pour se rendre en Angleterre suos l*escorte de deux frégates. Jérôme était seul avec son vaisseau , et il avait à une faible distance de lui une escadre anglaise qui s'était ; mise à la poursuite de Tamiral Willaumez. Plus téméraire que prudent, il attaqua sans hésiter le convoi, s*en empara après une résistance désespérée de la part des deux frégates, et le détruisit, après en avoir enlevé les équipages avec lesquels il fit voile pour la France. Arrivé sur les côtes de Bretagne, Jérôme tomba au milieu d'une escadre anglaise aux ordres de l'amiral Keilh. L'imminence du danger stimula son audace : il manœuvra habilement au milieu de l'escadre ennemie, essuya plusieurs fois son feu, passa entre les nombreux rescifs dont la côte de Bretagne est parsemée sur le littoral du Finistère, et entra dans le petit port de Concameau , où jamais, de mémoire de marin, aucun gros vaisbeau n'avait osé s'engager (26 août 1806).

Jérôme se rendit immédiatement à Paris» où il arriva dans les premiers jours de septembre. L'accueil que lui fit l'empereur fut des plus affectueux. En récompense de ses services, il fut nommé, par décret du 9 septembre 1806, contreanural. Peu de jours apr^, Jérôme passa de la marine dans l'armée de terre, avec le grade de général de brigade. Le 24 septembre , il fut déclare prince français et appelé éventuellement à la succession an trône par un senatus-consulte. Le soir même, il quittait Paris pour aller se mettre à la têto d'un corps d'armée, composé de 15,000 Bavarois et de 8,000 IWurtembergeois. Mais il n'entendait pas, sans une vive impatience, le bruit des combats qui se livraient sur la Saalè, à quelques lieues de lui. Dans chacune de ses lettres il suppliait l'empereur de le rapprocher de sa personne. Ayant reçu l'ordre de rejoindre le quartier impérial avec sa cavalerie légère, il arriva sur le champ de bataille d'Iéna au moment où la victoire venait d'être décidée. Le 5 novembre, Jérôme établit son quartier général à Crossen , où s'était oiTectuée la concentration des trois di 7isions allemandes, constituées, dès c<e moment, en on corps distinct qui prit le nom à'armée des alliés. Il était chargé de faire la conquête de la Silésie, tandis que l'empereur se porterait vers la Pologne au-devant des armées russes. Bien secondé par les généraux placés sous ses ordres, il suppléa par l'activité et la vigueur de ses mouvements à la faiUesse numérique de ses troupes. Investie le 9 novembre, la ville de Gross-Glogau , après un bombardement de quelques jours, se rendit au prince par capitulation, le 1*^ décembre, et livra aux Français 3,500 hommes , 200 bouches à feu, et des magasins considérables d'armes, de munitions et de vivres. Breslau, investi trois jours après, se trouva réduite à l'extrémité après un siège d^un mois, et ouvrit ses portes le 5 janvier 1807, le jour même oii l'empereur ordonnait que les teoupes de Ba-

nOUV. BIOGR, Gé?léll. — T. XXXTII.

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