JÉRÔME
vière et de Wurtemberg formeraient le 9* corps de la grande armée. Schweiduitz capitula lo 7 février. Neiss, défendu par 6,000 hommes et assiégé le 23 février, capitula le 31 mai, après un bombardement des plus meurtriers, et Glatz, le 26 juin, après un combat sanglant, qui valut la prise d'un camp retranché élevé sous la ville et dans lequel on trouva un parc de 700 pièces d'artillerie. Cette prise compléta la conquête de la Silésie et termina en même temps la guerre de la France avec la Prusse, décidée dans les champs de Friedland. L'empereur, après avoir plusieurs fois cité dans ses bulletins les victoires de l'armée de Silésie, reconnut les ser-* vices de son frère : une couronne devint la récompense de Jérôme, promu, dès le 14 mars 1807, au grade de général de division. £n vertu du traité deTilsit (7 juillet 1807) les possessions de la Prusse entre l'Elbe et le Rhin, cédées à l'empereur, et d'autres États qu'il avait conquis, Airent réunis en un royaume créé pour le prince Jérôme : il fut proclamé le lendemain 8 juillet roi de Westphalie, Ce royaume, formé par Napoléon dans une pensée régénératrice afin qu'il servit de modèle au reste de l'Allemagne, comprenait le duché de Bnmsvrick, l'électorat de Hesse-Cassel , une partie du Hanovre, les principautés d'Halberstadt, Magdebourg et Verden, Paderbom, Minden et Osnabriick, cédés à la France par le roi de Prusse.
Le roi Frédéric de Wurtemberg, dans l'espoir qu'une alliance intime avec la famille impériale lui procurerait, en consolidant son trône, de nouveaux agrandissements de territoire et de puissance, avait sollicité l'union de Jérôme avec sa fille Catherine, née le 21 février 1783. Cette princesse qu'une union avec un prince étranger, ne séduisait pas d'abord, obéit à, la volonté de son père, et porta sur le trône, avec le dévouement le plus complet pour son mari» tou* tes les vertus propres à relever l'éclat d'une couronne. Pendant six années , elle embellit la cour de Cassel par ses grâces et par son inaltérable affabilité. Un décret impérial do 21 mars 1805 avait déclaré nul le premier mariage de Jérôme, et une sentence de l'officialité métropolitaine de Paris du 6 octobre 1806 en avait également prononcé la nullité. Le roi Jérôme épousa le il août par procuration, et le 22 août 1807 à Paris, en personne la princesse de Wurtemberg.
Le roi de Westplialie s'appliqua avec zèle à l'acccomplissement de ses devoirs. Arrivé, le 10 décembre, dans Cassel, sa capitale, il choisit les hommes les plus distingués pour l'aider dans l'administration de ses États : il plaça à la justice M. Siméon; à la guerre, le général Eblé, et rhistorien Jean de Mûller à l'instruction publique. Dès le 23 décembre, il assura le rétablissement de l'univeraité de Halle, supprimée dans la dernière campagne, et, le 24, il divisa son royaume en huit départements. 11 supprima immédiatement les
447 0*>) NAPOLilON
dîmes, les corvées, toutes les charges féodales restées en usage, émancipa les Juifs, fit déclarer le code Napoléon loi du pays, établit la liberté des cultes et la conscription militaire, modela les différentes branches de Tadmlnistration publique sur celles de la France, en ayant toutefois égard aux exigences locales, régularisa la magistrature, favorisa rmstruction, et introdoisit dans son royaume les premiers éléments du gouvernement représentatif en confiant aux États de Westphalie, dont l'ouverture eut lien le 7 juin 1806, le soin de disenter les lois élaborées par le conseil d'État. La fusion des peuples se fit en pen d'années, grftce aux efforts bienveillants du jeune souverain. L'impartialité de l'his' torien ne saurait faire qu'un reproche à Jérôme, c'est souvent un peu de légèreté et de prodigalité, ce qui lui attira plus d'une fois la désapprobation de Tempereur, qui lui rappela , d'une façon plus ou moins sévère , ce qu'un trône impose d'obligations.
En 1809, dans la guerre contre l'Autriche, une insurrection menaça d'éclater en Westphalie, autour de Cassel; mads le roi la maîtrisa aisément, la réprima sans trop de rigueur, et put ensuite prendre la part qui lui était assignée dans les corobioalsons de cette campagne. Le 21 juin, il marcha vers la Saxe avec une partie de ses troupes, et entra à Dresde, le i" juillet, avec 20,000 Westphaliens, Saxons et Hollandais. De retour dans ses États, il institua, le 25 décembre. Tordre de la Couronne de Westphalie qu'il dota, le 16 février 1810, des biens confisqués sar Tordre de Malte. En 1812, Napoléon lui confia le commandement de Taile droite de la grande armée qui allait franchir le Niémen, composée du 3*, du 7^ et du 8« corps d'infanterie et du 4^ corps de cayalerie de réserve, formant une masse compacte de plus de 90,000 hommes. Le rot JérOme passa le Niémen à Grodtto (30 juin). Ses instructions loi enjoignaient d'empêcher la jonction du prince de Bagration, qni commandait la gauche des Russes, avec le centre des ennemis, de le r^eter de la ligne principale des opérations, et de Técraser, de concert avec le prince de Schwartsenberg qui s'avançait des frontières de la Gallicie, à la tète de 25,000 Autrichiens. Le roi de Westphalie chercha vainement à se mettre en communication avec les troopes autrichiennes. Les lenteurs de Schwartzenberg firent manquer presque toutes ses combinaisons. Un instant surpris sur le Niémen, Bagration pnt opérer sa retraite, converger vers le centre et rétablir ses communications avec le corps de bataille, à la hauteur de Smoleask. Après ces opérations, dans lesquelles Jérôme, tout historien impartial doit le reconnaître, n'avait commis aucune faute , Temperenr, soit qu'il ignorât les lenteors des Antrkhiens, soit qu'il ne vtt que les résultats, détacha le prince d'EckmAhl vers le roi Jérôme, avec ordre de prendre en son nom io coimnandeiDeDt en
(JÉBÔME) 448^^^;
chef de l'aile droite. Le jeune roi quitta aussitôt l'armée et se retira dans ses Étals. Cepeodaot les désastres de la retraite de Moscou raidirent bientôt de nouveaux sacrifices indispensables; il n'hésita pas à ordonner la levée de nouveaux régiments, et les dirigea sur l'Elbe pow renforcer l'armée firançaise. Un des prince» coalisés lui fit alors proposer de ne poial quitter son royaume, que venait d'envahir ub corps russe aux ordres du général CiemicbeO^ et de se joindre aux puissances ennemies; nui» Jérôme répondit avec dignité que « priiMe françiâs, ses premiers devoirs étaienl pour la France, et que roi par les victoires des arnées françaises, il ne saurait Tétre encore après km désastres. Lorsque le tronc est À bas, disail-il encore, il faut que les bnmches meorent. »
Le roi Jérôme quitta donc ses iLlats (26 octobre 1813), et repassa le Rhin. Il ne prit aucune part à la guerre de France ni à la malheureuse capitulation de Paris. Après Tabdîcalion de Sapoléon I*', il se retira d'abord en Suisse, puis À Trieste. C'est là qu'il apprit le retoor de l'empereur en France, et son arrivée à Paris (20 mars 1815). Se dérobant aussitôt à U surveillanee dont il était l'objet, U s'embarqua secrètement sur une frégate napolitaine, traversa rapidement T Italie, et vint se réunir «a chef de sa famille. Nommé membre de la chambre des pairs (4 juin), il assista à l'assemblée do champ de mai, et le lendemain <|aitta Parii, pour aller prenne le commandement d'une division d'infanterie dans le 2* corps. Placé à Tavant-garde, il porta les premiers coups de U campagne dans la journée du 15 juni. Ajint reoooBlré les Prussiens , il les refoula snr Marchlenae qs'il enleva à la baïonnette, pisia le pont an pas de charge, sous une pluie de mitraille, et entra à Charieroi. Le lendemain 16, il combattit anx Qnatre-Bras ; blessé à Faine, u milieu de l'action , il ne voulut pas quitter le champ de bataille. A Waterioo, deux jours après, il forma avec sa division l'extrémité de la gauche de la première ligne de Tannée. Ce fot lui qoi engagea l'action, en attaquant la droite des Asgl^s, retranchés dans le bois d'Hoagonmont; le soir, il r^oigttit Temperenr dans le carré de h vieille garde, et il entendit cette parole qui, dam tout autre moment, eAt réjoni ton eamr : « Mon frère, je tous ai comm trop tard. > Chargé du commandement de Tarmée an départ de l'Empereur, il le gutia jusqu'à Laoo, oà il remit au maréchal Sonlt près de 25,000 hommes d'intanlerie qu'il avait raUié^, 6,000 cavaliers et deux batteries.
Après le désastre de Waterloo, ieroi Jérôme se rendit à Paris, où le comte de Winzlngerode, ministre de Wurtemberg, lui communiqua oae lettre du roi son bean-père, par laquelle on loi promettait dans le Wurtemberg la liberté, le repos et les ^rdsqull était en droit d'attendre. Secmliaot à des promesses aussi eolenaelles que pp^va, il
4470») NAPOLÉON (JÉRÔMB)
se rendit dans le Wurtemberg ; mais arrïTé à la frontière, il fut arrêté et menacé, dans le cas où il ne signerait pas ane convention qu*on loi présentait, de n'6tre point réani à sa femme et k son enfant, et d'être livré à la Prusse. Les termes de cette convention équivalaient à an emprisonnement. Jérôme ne pouvait, ni gérer ses biens, ni sortir du Wurtemberg, ni dépasser certaines limites imposées à lui et aux personnes de sa maison, sans une permission spéciale. Forcé de signer cette convention, il se rendit à Goppingen, où on lui déclara quMI était constitué prisonnier; mais là, du moins, il eut la oonsolation de retrouver sa femme. Jérême demanda la permission de renvoyer à Paris M* Abbatucci, pour réclamer d'un* banquier 1,200,000 francs de râleurs déposées entre ses mains. Le roi de Wurtemberg refusa, et Jérême ne put que faire écrire à son «mandataire pour la restitution de ces effets; mais le banquier, apprenant que Tex-roi de Westphalie n'était point libre, allégua que les réclamations du prisonnier n'avaient aucune valeur et refusa de rendre le dépôt qui lui avait été confié. Ce lut une grave atteinte à la fortune de Jérôme : la première ayait eu lieu en 1814, par suite du vol.de tous ses diamants et d*une somme de S0,000 francs enlevés à sa femme près de Fossart par le marquis de Maubreuil. De Goppingen Jérôme et sa femme furent transférés au ch&ieau d^ElIwangen* Suivant le conseil donné à la reine Catherine par son frère, aujourdliai le roi Guillaume I», dans une entrevue qu'elle eut arec lui à Gemunde, il demanda et obtint l'autorisation de quitter le Wurtembergé Arrivé à Augsbourg, il fut surpris de recevoir des lettres- patentes datées de juillet 1816, par lesquelles son beau-père le créait de son chef prince de Montfort; il les renvoya avec une protestation an prince royal , son bean-firère. Entrés en Autriche, les deux exilés passèrent l'hiver à Haimbourg, auprès de leur soeur, la reine Caroline, et c'est là que la mort inopinée du roi de Wurtemberg les surprit (30 octotyre 1816)« Le testament de ce prince portait <iu'ayant touché sa dot qui avait été de cent mille florins (200,000 francs), la princesse Catherine n'avait rien à prétendre si ce n'est l'héritage de sa mère, montant à 150,000 francs^ Une maladie cruelle de son fils décida, en octobre 1819, Jérôme à Tenir à Trieste^ Ce nouveau déplacement épuisa les dernières ressources de l'ex-roi, qui toiitefois, en novembre 1820, obtint, un jugenoent du tribonal de la Seine contre le Iwnquier qui l'avait spoRé. En 1823, Jérôme se fixa à Romequll habita jnsqn^en 1831, époque à laquelle il s'établit à Florence. En dernier lien, il résida à Lausanne, où momrut, le 28 novembre 1835, à la suite d'une hydropysie de poitrine, la noble et dévouée princesse Catherine qui, par sa fidélité aux malheurs de son époux, a, suivant l^xpression de Napoléon I^r, inscrit, de ses propres loalns, 800 nom dans l'histoire*
Jérôme avait entamé, en son nom personnel, des négociatiotts avec le gouvernement de Louis- Philippe, afin d'être réintégré dans ses droits de citoyen -français. Autorisé à habiter Paris à titre provisoire, il y vint à la fin de 1847, avec son second fils, seul survivant, et accueillit avec espoir la révolution de février 1848, qui mit fin à la longue proscription de sa famille. Rentré dans la plénitude de ses droits de Français et d'officier général appartenant au cadre d'activité, par l'effet de la loi du 11 octobre 1848, il fut nommé gouverneur des Invalides (23 décembre 1848), et maréchal de France (l^r janvier 1850 ). Après le coup d'État du 2 décembre 1851, il devint président du Sénat ( 28 janvier 1 852), et, le 4 novembre de cette année, il prononça un discours remarquable, en ouvrant la délibération sur le message pour le rétablissement de l'Empire. Depuis cette époque, il résignases fonctions, et réintégré dans ses droits de prince français, il fut reconnu, ainsi que son fils Napojéon, apte à succéder au nouvel Empereur, et fut pourvu d'une maison militaire , d'une liste civile , et des résidences du Palais-Royal et de Meudon. Plusieurs fois, en l'absence de Napoléon m, il présida le conseil des ministres. Le 13 décembre 1859, il fut attaqué d'une inflammation pulmonaire, et son état devint assez grave pour inspirer, pendant quelques jours, de sérieuses inquiétudes. La môme maladie l'atteignit de nouveau en 1860, et il mourut, le 24 Juin de cette année, en son château de Villegenis. Se^ funérailles eurent lieu le 3 juillet, avec la pompe la plus solennelle, et on Tinhuma dans l'église des Invalides, où M» Cœur, évoque de Troyes, prononça son oraison funèbre.
De son mariage avec miss Elisabeth Paterson, Jérôme a eu un fils, Jéréme Bonapartb, né le 7 juillet 1805, à Camberwell (comté de Surrey), marié le 9 mai 1829 à miss Suzanne Gay. Il vit retiré à Baltimore.
De la princesse de Wurtemberg, l'ancien roi de Westphalie a en :
Jérôme-Napolion-CharUit prince ns Montfort, né le 24 août 1814, colonel du 8* régiment de ligne au service du roi de Wurtemberg, son oode, démissionnaire en 1840, mort à Florence , le 12 mai 1847*
Mathildt et Napoléon {voy. ces noms ci* après).
Mëwiotru dti fwi Jértm$^ p«]>llé8 pw le eapUalne Dac«8se, ettnlTlt de ta Correipondanee mee NapO' iéùn, — TblCTf, aist.du Consulat êldêf Empiré. - Wobtera, Im Bonaparte. — Jcmnai dt la reUiê de ISTaCpkaUê, publié parle teron Meneval, «Una aea Joiimnin hiitorlQua. — Biogr. univ. et portât, des Contsm' poratns. — Vapereao, DM, tmiv; des Contemporains. — Mottâtearunioersei, JalUet iwo.
^HAroLÉON (Joseph'Charles-Paul fio- NAPARTB, prince), fltï du roi Jérôme et de la princesse Catherine de Wurtemberg, est né à Trieste, le 9 septembre 1822. 11 passa son enfance à Rome où étaient alors réimis la plupart des membres de la fiimilie impériale, proscrite
447("») NAPOLÉON (JÉaÔME,
par la sainte-alliance des rois. En 1831, à la suite de rinsurrection de la Romagne , dans laquelle avaient été compromis deux de ses cousins, son père fut obligé, de quitter les États du pape, et vint habiter Florence. Le roi Jérôme, pour donner à son fils une éducation aussi française que possible, le mit, en t83ô, en pension à Genève. Le 28 novembre de la même année, le jeune prince perdit sa mère , cette noble femme dont Napoléon, à Sainte- Hélèae, a dit : Par sa belle conduite en 1814 e/ 1816 cette princesse s^est inscrite de ses propres mains dans Vhistoire,
En Suisse, le prince Napoléon passa près de deux ans au ch&teau d^Arenenberg, chez sa tante, la reine Hortense. Ce fut la reine qui s'occupa de l'éducation de son neveu; son fils, le prince Louis, depuis empereur des Français, plus ftgé de quatorze ans que son cousin , lui donnait des leçons. Telle a été l'origine de l'intimité des deux princes , intimité qui les a suivis jusqu'au faite des grandeurs, où l'un d'eux a fait asseoir sa famille.
A quatorze ans, le roi Jérôme fit entrer son fils à l'école militaire de Ludwigsbourg, dans les États du roi de Wurtemberg, son beau-frère. Le prince y passa quatre ans. En 1840, il quitta le Wurtemberg pour visiter l'Europe, étudiant les mœurs, les coutumes et la politique des nations. La contrée qui seule avaittoutes ses affections , la France, lui était cependant interdite; ce ne fut qu'en 1845 qu'il obtint d'y faire une résidence de quatre mois , et, avant l'expiration même de ce terme , il reçut l'ordre de quitter le territoire français dans la huitaine. Le neveu de Napoléon 1*^' alla tristement rejoindre les siens dans l'exil.
En juin 1847, l'ancien roi de Westphalie adressa aux chambres une pétition pour la rentrée de sa famille en France. Les pairs restèrent sourds à la voix du frère de Tempercnr, demandant à mourir dans sa patrie. K la chambre des députés cette demande fut prise en considération , et le ministère se vit obligé d'aocorder, au moins provisoirement, à Jérôme Bonaparte et à son fils le séjour en France. Quelques mois après, la révolution de 1848 emporta la royauté de Juillet. Le 26 février, le prince Na- |)oléon écrivit en ces termes au gouvernement provisoire : « Au moment de la victoire du peuple, je me suis rendu à l'Hôtel de Ville. Le devoir de tout bon citoyen est de se réunir autour du gouvernement provisoire de la république, et je tiens à être un des premiers à le faire, heureux si mon patriotisme peut être utilement employé. » Nais le nom de Napoléon causa plus d'ombrage que de sympathie à ce gouvernement faible et divisé. Envoyé à l'Assemblée constituante par l'unanimitC des électeurs de la Corse, le prince y éleva la voix en faveur de la Pologne et de l'Italie , et ne voulut point s'associer au vote qui exilait la famille des Bourbons. Il représenta la Sarthe à la législative Dans ces
JOSEPH-ChaBLES-PAUL) 448 ,"-;
deux assemblées, il vota habituellement avec l'opposition démocratique. La proposition qu'il déposa sur la tribune, le 2 octobre 1849, coqcernant les insurgés déportés sans jugement, fut rejetée par la majorité. Après le rétabUsseinait de l'empire, le prince Jérôme et son fils fureot déclarés seuls princes français, et aptes à succéder à la couronne.
Peu de temps avant la rupture de la paix par la Bussie, le prince Napoléon avait été nommé général de division. Pour justifier celte haute faveur, il écrivit, le 25 février 1855, à l'emperear: « Au moment où la guerre va éclater, je viens prier Votre Majesté de me permettre de faire partie de l'expédition qui se prépare. Je ne d^ mande ni commandement important, ni titre qui me distingue ; le poste qui me semblera le plus honorable sera celui qui me rapprocliera le plus de l'ennemi. L'uniforme que je suis fier de porter m^mpose des devoirs que je serai heureux de remplir, et je veux gagner le haut grade que votre affection et ma position m'ont donné. Quand la nation prend les armes , Votre Majesté trouvera, j'espère , que ma place est au milieu des soldats; et je la prie de me permettre d'aller me ranger parmi eux, pour soutenir le droit et l'honneur de la France. »
Le prince reçut le commandement de la 3 - division d'infanterie de l'armée d'Orient. LestroU autres divisions étalent commandées par les généraux Canrobert, Bosquet et Forey. L'année fut d'abord débarquée dans la presqu'He de Gal- 11 poli qu'elle isola du reste de la "Turquie, par la construction des fameuses lignes de Boutejr. Puis, les armées russes ayant para sur le Danube, et ayant commencé le siège de Silistrie, les troupes anglaises et françaises furent mises en mouvement pour couvrir Constantinople menacé. La 3e division, conduite par le prince Napoléon, se rendit directement par terre sous les murs de la capitale de l'empire. Il n'y resta que quinze jours ; les armées alliées furent concentrées sous Varna. C'eFt là que fut organisée l'expédition de la Dobrubdja. Les ire, 2* et 3* dirisions françaises y prirent part. On sait comment un choléra foudroyant fondit sur les coloDoes frapçaises, au moment où elles étaient engagées à la poursuite des Busses, au milieu des steppes immenses qui s'étendent entre te bas Danube et la mer. L'expédition rentrée dans les camps de Varna, le prince Napoléon, gravement atteint par la maladie, alla passer vingt jours sur le Bosphore, près de Constantinople, pour se refaire. A la fin d'août il rcTint à Varna reprendre le commandement de sa division. Quelques jouis plus tard, les armées alliées étaient embarquées pour une destination inconnue. Le 14 septembre, on débarqua à Old-Fort , sur les côtes de la Crimée ; le 18, les généraux en chef, Saint*Aroaad et lord Baglan, se trouvèrent en face de l'arméf russe établie d'une manière redoutable sur les hauteurs de l'Aima. La division du général Bos-
:|4 7 (*») N APOLÉOW ( Josbph-ChablesPaul )
fjaet tournant la gauche de rennemi, Tattaqua da côté de ia mer; les divisions Canrobert et Napoléon formaient le corps de t)ataille de Tarmée française; la division Forey était en résenre. La dirision do prince, touchant la droite des Anglais, était au centre de la ligne anglo-française. On sait par quel héroïque elTort les alliés escalaflèrent, sous un feu épouvantable , ces positions réputées inaccessibles. Le prînce MenchikofT a témoigné, dans son rapport officiel, qu'il avait jugé la bataille perdue quand il avait vu le centre des alliés, c'est-à-dire la division Napoléon, rester inébraniable dans la plaine sous le feu d'artillerie* qu'il ayait fait converger sur elle pour Pécraser. Ce fut pendant-cette phase de la lutte que l'intendant de la 3* division, Leblanc, fut emporté par un boulet à côté du prince, et que le général Thomas, commandant la 2^ brigade, fut grièvement blessé. Enfin l'approche des Anglais, quelque temps en retard, ayant permis au prince d'aborder la position, il donna le signal de l'attaque à l'arme blanche. Lal^e brigade, commandée par le général de Monet, gravit au pas de course les pentes de TAIma, et culbuta les lignes russes à la baïonnette. Le colonel Cler, du 2e zouaves, planta son drapeau sur la tour qui dominait le champ de bataille. Le maréchal de Saiot-Arnaud écrivit, du champ de bataille, à l'empereur, pour lui rendre compte de la belle conduite du prince dans cette journée mémorable, qui ouvrait la série des victoires du second empire.
On sait comment la campagne de Crimée devint le siège de Sébastopol. Au commencement de novembre le général Canrobert, commandant Tannée française, de concert avec lord Raglan, avait décidé que l'assaut serait donné à la place. Les ordres du jour avaient assigné les poistes de chacun. Le prince Napoléon devait commander les colonnes d'assaut. La grande attaque des Russes du 5 novembre et la bataille d'Inkermaqn forcèrent d'ajourner ces dispositions, et Arent entrer le siège dans une phase de longueur. Le plan des Russes, le 5 novembre, était d'attaquer à la fols et les divisions françaises occupées au siège, au moyen d'une grande sortie, et Tarmée de secours, au moyen d'une colonne de 40,000 hommes , jetée au delà de la Tchernaya sur le plateau d'Inkermann. Le prince Napoléon reçut Tordre, au\ premières nouvelles de Tattaque, d'envoyer sa première brigade sous le général de Monet, au secours des Anglais et
du général Bosquet sur le champ de bataille
d'Inkermann. Lui-même, avec sa 2« brigade, se
porta vers la place, pour appuyer le mouvement
de la 4* division lancée à la poursuite de la
sortie russe. Après que celle^i eut été repoussée,
le prince alla rejoindre sa lr« brigade et réunit
sa division à celle du général Bosquet qui venait
de sauver Tarmée anglaise. Ce fut une batterie
de la 3* division, eelle du capitaine Lainsecq
Mui, du haut de la crête d'Inkermann, foudroya
les Russes en retraite et repassant laTchcrnaya.
Deux jours après cette glorieuse victoire, le prince malade, et qui n'avait quitté son lit que pour se mettre à la tête de sa division, fut envoyé à Constantinople pour s'y rétablir. Un mois après, sa santé ne s'améliorant pas , et les opérations, à cause deThiver, n'entrant pas dans une période décisive, le prince revint en France, par ordre de Tempereor. Il quitta Constantinople, deux jours après le duc de Cambridge rentrant lui-même en Angleterre.
Aussitôt après son retour, le prince Napoléon reprit,' avec un admirable esprit d'ordre, les travaux de la commission de l'Exposition universelle, dont il avait été nommé président avant son départ pour la Crimée. Sa tâche était considérable : il fallait pourvoir à ce que la France rencontrât partout un écho sympathique , terminer, approprier et compléter les bâtiments nécessaires à ('Exposition ; faciliter aux artistes et aux industriels les moyens de faire parvenir leurs œuvres on leurs produits ; organiser de vastes services dont les premiers éléments n'existaient pas ; choisir un personnel pour une administration nouvelle, sans traditions, ou avec des précédents qu'il importait de modifier; veiller aux travaux et aux opérations du jury ; distribuer les récompenses de façon à honorer tous les mérites et à ne froisser aucune juste susceptibilité ; faire enfin grandement les honneurs de la France à tous les peuples du globe, dont Paris devait être pendant six mois le rendez-vous.
Son Rapport (vol. in-4-, 1857) sur cette joule pacifique de l'industrie et des arts du monde civilisé est un chef-d'oeuvre de! pensée et de style. « Il faut, y est'il dit, se féliciter de ce fait, qu'une nation ne forme point un tout isolé; mais que tous les peuples tendent à être unis, au point de vue industriel, par un lien de solidarité. Chaque contrée est douée d'une production naturelle ou spéciale, qui lui allègue une place particulière dans le travail humain et la rend utile à toutes les autres... Ces expositions contribueront à la rapide oropagation de celte vérité que Ton doit, tout en ménageant les transitions et les changements trop brusques, marcher à la véritable organisation industrielle et commerciale du monde, à celle qui nous vient de la Providence et qui consiste à laisser chaque groupe de la famille humaine se développer dans la branche de travail à laquelle le destinent son climat, son sol, ses richesses minérales, ses voies de communication, son tempérament et son génie national (1). »
Les Visites et Études au Palais de Vindustrie (Paris, 1855 1856, 2 vol. in- 12) témoignent de toute la sollicitude du prince Napoléon pour tout ce qui concerne le progrès des arts et de l'industrie.
(1) Rapport p. 130.
sur l'Erposition universelle de 1858
L^année soiTante (15 jain 1856), le piince partit du Ha?re, sur la corvette la Heine Horiense, pour TÎsiter les régions du nord de TEurope/avec une réunioD d'artistes et de savants. Après avoir touché les côtes d*Éeosse, il entra, le 20 juin, dans la rade de Reykiavick, vit les principales curiosités de rislande, se dirigea (7 juillet) vers nie de Jean Mayen que des montagnes de glace ne permirent- pas d^atteindre, céda à la tentation de longer la grande banqnise qui tient à la côte orientale dn Groenland, et revint, le 15 juillet, à Reykiavick. Le 17, il quitta de nouveaucelte rade pour aborder la côte occidentale du Groenland. Après avoir doublé, le 21, le cap Farewell, il atteignit Godhaab, établissement danois. Le chef de la mission protestante, le pasteur Yansen, qui habitait le pays depuis ti'eize ans , fit les honneurs de la colonie avec une distinction parfaite. Pendant son voyage de retour, commencé le 2 août, le prince toucha aux lies Féroé, aux lies Shetland, visita la Norwége, traversa l'intérieur de la Suède^ le canal de Gothie, vit Stockholm, UpsalyOù les étudiants lui firent une ovation, Copenhague, et rentra, le 6 octobre, au Havre, après une absence de près de quatre mois. Les détails de cette expédition sont consignés dans un magnifique volume intitulé : Voyage dans les mers du Nord à bord de la corvette la Reine Hortense , par M. Edmond (Choieski); Paris, 1857, gr. in-8o. Les notices scientifiques, qui terminent la Relation , sont rédigées par des hommes spéciaux : elles contiennent un grand nombre de renseignements précieux, — sur la grande banquise qui, partant de la Nouvell6^emble, vient s'appuyer sur le Spitzberg, contourne la côte de la Morwége, à une quarantaine de lieues de distance, pour donner passage au Gulfstream, se dirige vers nie de Jean Mayen qu'elle enveloppe , suit la côte est du Groenland jusqu'au delà du cap Farewell , et va longer la côte est jusque près de Frédéricshaab, en présentant les mêmes lignes de glaçons flottants; —sur les Esquimaux (examen comparatif de leurs crânes avec ceux des Lapons), leur type, leurs mœurs, leurs maladies, etc.; — sur les mines de Newcastle; > sur la géologie de l'Islande, lie si remarquable par ses volcans et ses geysers ; ~ sur la géologie du Groenland , si riche en minéraux recherchés, parmi lesquels il faut dter la kryolithe , aujourd'hui exploitée en grand pour l'extraction dn sodium. Un des traits caractéristiques de cette campagne, c'est la rapidité avec laquelle elle a pu s'accomplir, ce qui a permis au prince d'en rapporter une nombreuse collection d'objets d'histoire naturelle, de plantes, de costumes, d'armes, etc., que les curieux ont pu voir exposés dans une des salles du Palais- Royal.
En 1857, les prétentions du roi de Prusse sur la principauté de Neufchfttel étaient sur le point de troubler la paix de l'Europe. Déjà les armées
NAPOLÉON (Joseph-Chakles-Paul)
is«
prussiennes s'ébranlaient, et la Soisse organisail sa défense. L'empereur Napoléon III intervi&t dans la querelle et envoya son oonsln, le prioce Napoléon, à Rerlin pour y faire adopter le pba de conciliation qu'il avait arrêté. La misé» eut un plein succès. Neufcbâtel fut déclaré éht indépendant, moyennant une indemnité. Le priott revmt de Berlin après y avoir reço, de h part dn roi et du peuple, l'accueil le plus sympathique. Au mois d'août de la même aunée , l'Académie des beaux-arts admit le prince Kapoléon au nombre de ses académiciens libres.
Le 24 juin 1858, un décret impérial insUtoa m ministère de l'Algérie et des colonies, et en confia la direction au prince Napoléon. L'origine d« quelques institutions Kbérales, dont nos possessions d'outre- mer et en particulier l'Algérie, jouissent aujourd'hui, date du passage du prince aux affaires de cette contrée ( jum 1858 à mars 1859).
Au mois de janvier 1859, le prince se rendit à Turin. Une alliance matrimoniale servant debase à une alliance politique d'une încalcalable portée était le but de ce voyage. Le 30 de ce rkms, te mariage du cousin de l'empereur et de la priacesse MarieClotilde, fille du roi de Sardaigae Victor-Emmanuel, fut célébré dans la cfaapdie du palais royal de Turin. Quelques jours plus tard, l'Europe apprenait que l'emperenr avait résolu d'affranchir l'Italie.
Dans la mémorable campagne de 1859, le prince Napoléon reçut le commandement do 5' corps d'armée, composé des divisions d'Aatemarre et Ulrich. Le 10 mai, il partit de Paris avec l'empereur. De Gênes le 5* corps fat embarqué pour la Toscane, à l'effet de protégercootre les Autrichiens toute la partie de l'Italie située sur la rive droite du Pô. Dès l'arrivée des premières troupes françaises, les Autricliiens qui étaient^ Bologne et à Ancône se retirèrent de Tautre oôlédu Pô. Le prince réunissait, à Florence, au coounaih dément dé son corps d'armée celui de Tannée toscane, qui lui avait été confié par son beutpère, le roi Victor «Emmanuel.
Lorsque l'armée française, après Magenta, s'avança sur le Mincio, l'empereur envoya Tordre au prince Napoléon de venir le rejoindre et de former l'extrême droite des armées alliées. Le 5*" corps franchit les Apennins, et traversa le P6 à Casai Ma^k>re. La bataille de Solferioo venait d'être livrée. Le 4 juillet, le prince entra « ligne avec Tannée des alliés sur le Mindo. Quelques jours plus tard fut conclue la pai\ de Villafranca.
La question des haras divisait depois longtemps l'esprit des juges compétents. Les os voulaient limiter l'action de l'État à des encoaragements indirects et transitoires, pour arrinr à mettre la productk>n chevaline dans la méoi^ condition que toutes les autres industries, c'està-dire libre et laissée à l'initiation individoelJe; les autres voulaient joindre à cesenoouragf^mffll»
une interrention directe de l'État, tendant à exclure tout intermédiaire, et aboutissant ainsi, par une rëgleraentation complète , à mettre l'industrie chevaline sous la direction du gouTemement Ces deux divergences d'opinion formèrent, la première la minorité, la seconde la majorité de la comnoission présidée par le prince 'Napoléon, qui , dans son rapport à l'Empereur, inclina visibiement vers le système de la minorité.
Dans la session de 1861, le prince Napoléon se plaça au premier rang des orateurs du sénat par un discours éloquent où il indique la solution suivante de la question romaine : « Jetez, dit-il , les yeux sur un plan de Rome, et vous verrez quelque chose d'extraordinaire que la nature a fait. Le Tibre divisant cette ville : sur la rive droite, tous voyez la yille catholique, le Vatican, Saint-Pierre; sur la rive gauche, tous ;royez la Tille des anciens Césars, vons voyez le mont Aventin, enfin tous les grands souvenirs de la Bome impériale. Sur la rive droite , la Rome où s'est réfugiée dans les temps modernes la partie la plus vitale du catholicisme. 11 y aurait possibilité, je ne dis pas de forcer le pape, mais de lui faire comprendre la nécessité de s'y restreiadre. Il y aurait possibilité de lui garantir son indépendance temporelle dans ces limites. La catholicité lui assurerait un budget propre à la splendeur de la religion et lui fournirait une garnison... L'existence du pape pourrait exister entourée de la yénération des plus hautes et des plus honorables sanctions. On pourrait lui laisser une juridiction spéciale et mixte pour des cas contestés; on pourrait lui laisser son drapeau; toutes les maisons qui sont dans la partie de la ville que j'indiquais pourraient lui être données en toute propriété. L'histoire nous donne un exemple de cette neutralité : Washington, cette ville fédérale qui a fait longtemps l'objet du respect de tout le continent américain» Vous au* riez ainsi une oasis du catholidsine au milieu des tempêtes du monde. »
La session de 1862 fut marquée par deux discours du prince, qui resteront célèbres dans les fastes de l'éloquence française et qui ont produit dans le pays une immense sensation. Ils avaient pour but de soutenir les droits de l'Italie à réclamer son unité territoriale, et de montrer que la politique extérieure de la France impériale ne pouvait être que celle de l'affranchissement des nationalités.
Le premier de ces deux discoure, prononcé le 22 février, contient une chaleureuse réplique au programme de la contre-révolution, formulé par M. de La Rocbejacquelin. « Il faut bien cependant, ôii le prince, rappeler ici les leçons de l'histoire. Sayez-vous à quels cris Napoléon I«r était ramené du golfe dé Juan aux Tuileries , élevé sur le pavois populaire, sur les bras du peuple et de l'armée ? C'est au cris de : « A bas les nobles 1 à bas les émigrés ! à bas les traîtres I » La dernière parole produisit une tempête de pro-
JVàPOLÉON (Joseph-Charles-Paul)
testations sur presque tous les bancs du sénat, parce qu'au lieu de traîtres on avait entendu f^rétres. « Pour moi, continoa le prince au milieu des interruptions , l'Empire c'est la gloire à l'extérieur, la destruction des traités de 1815, dans les limites de la force et des intérêts de la France ; c*est le soutien , après l'avoir constitué, de la grande unité italienne, qui se fonde à nos portes et qui est notre alliée indispensable dans l'avenir. C'est à l'intérieur l'ordre sans doute, sans lequel il n'y a rien de possible , que personne ne défendra plus que moi ; mais ce sont des libertés sages et sérieuses, et parmi ces libertés, la liberté de la presse, une des plus utiles dans un État libre ; c'est l'instruction populaire répandue sans limites, sans être donnée par les congrégations religieuses; c'est la destruction des entraves administratives ; c'est le bien-être des masses ; c'est la destruction du bigotisme du moyen âge qu'on voudrait nous imposer... Les luttes politiques n'ont rien de personnel , mais je puis le dire, les points de départ sont trop différents pour que nous puissions nous rencontrer. Vous, vous regardez en arrière ; vous, vous t voulez TOUS servir du gouvernement de l'empereur pour satisfaire vos rancunes. Nous lui disons : Marche , oui , mais marche dans le bien, dans le progrès, à la tête de ce peuple qui t'adore, qui t'aime, pour faire ce que d'autres ne pourraient faire, appliquer les principes de la révolution. Voilà ce que nous Youlons et ce que le peuple veut avec nous. »
Le second discours, prononcé huit jours après, (le 1er mars 1862) donne, par des citations textuelles de dépêches et de documents historiques, un tableau fidèle de la politique traditionnelle de la cour de Rome, et bat complètement en brèche le pouvoir temporel du pape. Après avoir expliqué la politique du statu guo, le prince ajoute ; « La cour de Rome se dit : Maintenons l'agitation sur la question italienne; ne cédons pas; tenonsnous dans le statu guo. L'avenir est peut-être gros de tempêtes, et dans ces tempêtes je trouverai une armée étrangère qui, après avoir battu l'Italie, peut-être la France, sera assez forte pour reconstituer Tintégrité de mon territoire... Oui, c'est bien U la politique de la cour de Rome; elle est nette, claire, immuable. Dureté, refus avec ceux qui vous soutiennent, avec ceux qui sont catholiques comme vous; modération, humiliation même, quelquefois, sous le coup de la nécessité.;. Donnez lui des conseils respectueux, mais enfin énergiques, décidés. Dites au saint-père : Je ne défendrai plus votre pouvoir temporel à Rome, mes troupes Tont partir. Oh ! alors, la cour de Rome cédera. Il est impossible qu'un rayon divin ne descende pas enfin dans le cœur du saint-père et ne lui fasse pas préférer une souveraineté spirituelle pleine de calme, de sérénité, de beauté, de tendresse, une souveraineté incontestée, à ce lambeau de pouvoir temporel qui sera sans cesse disputé , que la force
NAPOLEON (Joseph-Charles-Paul, Mathilde)
de la France peut sans doute lui con$;cnrer, mais au prix de quels sacrifices, de quelle inconsé' quence, et qui forcément doit lui échapper un jour. »
Dans l'intervalle des deux sessions, le prince, accompagné de la princesse Clotîlde, a fait un voyage de quatre mois en Algérie , au Maroc, en Espagne, en Portugal, aux Açores, en Amérique. Cette partie de son voyage a eu un grand retentissement politique, à cause des événements au milieu desquels le prince a visité les États-Unis. Le prince Napoléon a vu le président Lincoln et les principaux membres du gouvernement et du congrès. Après avoir visité en détail les armées du Nord , il a passé dans le camp du Sud, et a recueilli de la bouche du général Beauregard, sur le champ de bataille du Buirs Runn le récit de cette journée fameuse. Il a remonté toute la ligne des lacs, traversant les lacs Érié, Huron, Michigan, et le lac Supérieur célèbre par ses mines. Enfin te prince s*est avancé jusqu'au Mississipi, à Saint- Louis où il a vu l'armée de l'ouest commandée par le général Frémont. Ce voyage d'un haut intérêt a été terminé par une excursion au Canada.
Le 18 mars 1863, peu de jours après que la révolution de Pologne eut éclaté, le prince Napoléon a pris la parole au sénat, et, dans un dis-, cours d'une éloquence ardente qui a réveillé en France et en Europe des passions qu'on croyait éteintes, il a revendiqué le droit de vivre pour la nationalité polonaise. A partir de ce jour, la question polonaise a été portée dans l'esprit des peuples à une hauteur d'où les résolutions des gouvernements, quelles qu'elles soient, ne la feront plus descendre.
Un mois après, pour laisser toute liberté d'action au gouvernement français dans la phase diplomatique où il avait cru devoir entrer au sujet de la Pologne, le prince Napoléon fit, avec la princesse Clotilde, une absence de soixante-dix jours pendant laquelle il parcourut l'Egypte, remonta le Nil jusqu'à la première cataracte, visita les côtes de Syrie, le Liban, Damas et Balbeck.
Le 18 juillet 1862, la t>rincesse Clotilde a donné naissance à un fils.
Le meilleur éloge que nous puissions faire du prince Napoléon , c'est de citer ces passages du discours qu'il a prononcé, le 13 juillet 1858, à Pexposition de Limoges : « Si l'industrie, substituant la machine au bras de l'homme, lui permet de relever le front, que courbait un pénible labeur, c'est pour qu'il puisse porter ses regards et plus loin et plus haut. Que vos enfants , que ces jeunes générations pour l'avenir desquelles nos pères ont prodigué leur sang soient préservés, par une forte et libérale éducation, du poison jnorlel du matérialisme. Que le bien-être ne soit pour eux que le moyen d'affranchir l'esprit et de lui rendre toute sa liberté. Que l'art, la science, .Ja philosophie ne ces-enl de planer au-dessus de
ce inonde industriel, qui, sans leur inspiratloQ, s'asservirait à la matière au lieu de la domion. Que les favorisés de la fortune travaillent, qu*i;^ ne laissent pas s'affaiblir en eux le besoin (les jouissances intellectuelles, le goût des lettres, des arts et de ces hautes spéculations de ta pensée sans lesquelles s'éteint bientôt, au sels des sociétés, la vie politique, religieuse et morale. A ces conditions seulement, nous assurerons la durée des grandes créations de notre siècle. »
Tous les amis du progrès applaudiront à c«s magnifiques paroles du prince Napoléon : elles tracent le programme de l'avenir.
H. Caslllle, Notice biographique. — Rapportt w les Exposilions de. — Discoun au séDtL — DocvML particuliers.
î MATHiLDE ( Mathildt - IxtUia- WiMmine Bonaparte, princesse } , fille de Jéràmc Bonaparte et de Catherine de Wurtemberg, née à Trieste, le 27 mai 1820. Elle n'ayattqne troi^ ans lorsque ses parents l'emmenèrent à Rome, où ils allaient se fixer. Les leçons de sa goavernante, la baronne de Reding, et les soins ai fectuenx de sa tante, l'excellente princesse de Survilliers ( Mme Joseph Bonaparte ), développèrent rapidement les qualités de son cœur et de son intelligence. C'est vers les arts du dessin et de la couleur qu'elle se sentit Daturellement attirée, et, à l'âge de neuf ans, elle commençait à peindre. En 1831, elle suivit ses parents à Florence, où elle resta josqu^à U mort de sa mère (1835), après laquelle on Tenvofa à la cour de Wurtemberg. La jeune princesse d<> Montfort (tel était le titre qu'elle portait, du dori porté par son père depuis la fin «le l'empire , fut parfaitement accueillie à Stattgard, et se lia particulièrement avec sa cousine germaine, la princesse Sophie, qui s'est rendue si célèbre për sa science et qui est devenue reine des Pajis- Bas. Après quelques années passées dans la famille de sa mère , Mathilde retourna à Florence, et s'y occupa surtout à étudier et à copier les chefs-d'œuvre de la peinture qu oo f admire en si giand nombre. Ce{)endant scd mariage se préparait avec Louis-Napoléoo, aujourd'hui l'empereur Napoléon III , son cuusic germain ; la célébration allait en être 6sée à une date prochaine lorsque les événements politiques séparèrent les deux fiancés ; mais, biea que l'emprisonnement du prince au fort de Hân. eût fatalement empêché leur union , ils n'eo conservèrent pas moins l'un pour l'autre une affection inaltérable. La princesse Mathilde fat mariée, le l*' novembre 1840, au corale rus^e Anatole Démidoff, qui vivait habituelleuKHit en Italie. L'empereur Nicolas, charmé par le^ bonnes grâces de la jeune princesse, qui éi^^ fille de sa cousine germaine, l'entoura d'une protection toute particulière. Aux voyages qu'elle fit à Saint-Pétersbourg, il l'accueillit avec uou bienveillance marquée, et, lorsqu'cn 1845 Ks
NAPOLÉON (Màthilde, Elisa)
deux époax consentirent mutuellement à terminer, par une séparation de corps et de biens, leur union qui était restée stérile, le czar exigea de DeroidofT qu'il fit à sa femme une pension de 200,000 francs. Les relations aiïectaeoses de la princesse Màthilde avec l^empereor Nicolas ne cessèrent qu'en 1854; elle lui écrivit encore cette année, selon sa coutume, à Toccasion du premier jour de l'an ; sa lettre portait l'empreinte des préoccupations que faisait naître alors la perspective deia guerre entre la France et la Russie. Le czai*, dans sa réponse datée du 3 février, touchait discrètement par quelques mots à la situation politique, et terminait ainsi : « Ce que je puis tous assurer,*ma chère nièce^ c'est que dans toutes les conjonctures possibles, je ne cesserai d'avoir pour TOUS les sentiments affectueux que je tous ai Toaés. » Mais c'était à Paris que se trouvaient les amitiés, les idées et le monde, au milieu desquels la princesse Màthilde préférait Tîvre. Il lui avait été permis d'y venir dès son mariage, et elle n'avait pas tardé à occuper un rang élevé dans la société. Lorsque Louis-Napoléon eut été nommé président de la République, en 1848, elle fit, avec une grâce parfaite, les honneurs du palais de la présidence. Depuis l'Empire , elle est au nombre des membres de la famille impériale de France. La princesse Màthilde passe l'hiver à Paris, la belle saison à Saint-^Gratien , auprès du lac d'Enghien, et les (leraières semaines de Tautomne en Italie, dans une terre qu'elle a achetée en 1861, sur les bords du lac Majeur. Elle donne à la peinture la plus grande partie desloisira qu'elle peut dérober à l'étiquette et à la représentation ; son atelier, qu'on tableau dç Charles Giraud a fait connaître au public, est d'une délicieuse élégance; les toiles sorties de sa main, qu'elle a exposées aux jugements de la critique, montrent un faire large et indiquent uu goût pur. On vante la netteté de son intelligence, la simplicité et la droiture de son caractère, auquel s'allie parfois, dans le premier moment, un peu d'impétuosité, comme il convient à une artiste. On ne fait pas moins Téloge de sa charité; mais elle sait répandre les bienfaits sans ostentation et MU» montrer la main qui donne; on sait seulement qu'elle a fondé un établissement qui porte son nom, et qui est destiné aux jeunes tilles incurables. Il ne faut pas oublier, à U louange de son patriotisme, qu'elle a fait élever un monument à Catinat dans l'église du village de Saint-Gratien. M. Sainte-Beuve a tracé de main de mattre le portrait de la princesse Màthilde; nous en reproduisons ici les traits principaux : « Elles le front haut et fier... Ses cheveux d'un blond cendré, relevés en arrière, découvrent de c6té des tempes larges et purfli^ et se rassemblent, se renouent en masse ondoyante sur un cou plein et élégant. Les traits dn visage, neltement et hardiment dessinés, ne
laissent rien d'indéds. Un ou deux grains jetés comme au hasard montrent que la nature u*a pas voulu pourtant que cette pureté classique de lignes se pût confondre avec aucune autre. L'œil bien encadré, plus fin que grand, d'un brun clair, brille de l'afTection ou de la pensée du moment, et n*est pas de ceux qui sauraient la feindre ni la voiler... La physionomie entière exprime noblesse, dignité, et, dès qu'elle s'anime, la grAce unie à la force, la joie qui naît d'une nature saine, la franchise et la bonté, parfois aussi le feu et Tardeur... Cette tête si bien assise, si dignement portée, se détache d'un buste éblouissant et magnifique, se rattache à des épaules d*un blanc mat, dignes du marbre. Les mains, les plus belles du monde, sont tout simplement celles de la famille : c'est un des signes remarquables chez les Bonaparte que cette finesse de la main. La taille moyenne paraît grande, parce qu'elle est souple et proportionnée... » On a de la princesse Màthilde un grand portrait en pied par E. Dubufe; un beau profil au pastel par E. Giraud, et un buste en marbre par Carpeanx.
Salote-ReoTe, dftoa le ConUUuttonnel da 14 JalUet 18CS. " Vapereaa, UMUmn. de» Contemporains,
E. ÉLiSA, Paulimi et CiBOUNB , sŒurs de Napoléon l".
ÉL1SA (Marie- Anne - Elisa Bonaparte, M"** Bacciogui, princesse), sœur de Napoléon V, princesse de Lucques et de Piombino , grandeduchesse de Toscane, née à Ajaccio, le 3 janvier 1777, morte le 7 août 1820, au château de Santo- Andrea, près Trieste. Après avoir fait son éducation à la maison royale de Saint-Cyr (1792), elle revint auprès de sa famille en Corse, et lorsque cette lie passa sous la domination anglaise, elle s'expatria avec sa mère et ses sœura. C'est à Marseille qu'elle épousa, le 5 mai 1797, Félix Bacciochi, capitame d'infanterie, et comme elle, issu d'une famille noble, mais pauvre, de la Corse. Ce mariage se conclut sans le consentement de Napoléon, mais il sut prendre son parti quand il ne lui fut pas possible d*y remédier. Elisa vint à Paris en 1798, et comme elle aimait les lettres et les beaux-arts, elle s^en fit la plus zélée protectrice. Sa maison devint bientôt le rendez- vous de ce que Paris renfermait de plus distingué par l'esprit et les talents : Fontanes» Boufflers, Laharpe, Ch&teaobriand , Tissot et Legouvé en furent les principaux ornements. Lorsque, par décrets du 18 mars et du 21 juin 1805, Lucques et Piombino furent en sa faveur érigés en principauté souveraine, elle montra dans cette haute position un talent et une dignité que n'ont pas toujours ceux qui sont néssur les marches du trûne. Éclipsé par les qualités supérieures de sa femme, Félix Bacciochi, qui avait été couronné avec elle, le 10 juillet 1805, ne fut que le premier et le plus dévoué de ses sujets. Jalouse de son autorité, Élisa gouverna
toajoars seule par elle-même, présida coistamment le conseil de ses hauU fonctionnaires, organisa et simplifia l'administration de sa prind* pauté avec un tact et une fermeté rares, fit exécuter de nombreiix travaux d'utilité publique, et compléter les fortifications des cAtes et des Tilles. Investie do gouvernement général des départements de la Toscane , avec le titre de grande-duebesse (3 mars 1809), elle apporta dans cette nouvelle position le même esprit d'ordre, d'activité et de progrès. Les lettres et les sciences, la peinture et la sculpture furent encouragées sons son gouvernement ; Tagriculture, grâce aux primes qui lui furent accordées, prit un grand développement ; les routes , négligées pendant plusieurs années, furent répanîes et purgées des bandits qui les infestaient; l^instmctton do peuple fut poussée avec activité, et les villes furent dotées de plusieurs embellissements et de travaux utiles. Par ses talents, encore plus que par l'étendue de son territoire, on a pu l'appeler, sans trop d'épigramme, la Sefniramis de Lacques, Son esprit juste et tenace, son énergie à toute épreuve, son caractère vif et impétueux , ses connaissances politiques et administratives, et son goût prononcé pour l*art militaire l'ont placée au-dessus de son sexe. Élisa avait une tendresse extrême pour l'empereur à la politique duquel elle sut pleinement s'identifier.
Après les événements de 1814, Élisa résida pendant quelque temps à Bologne; elle!'qultta ritaKe en 1 816 pour venir à Trieste, et peu après se réunit avec sa famille à sa sœur Caroline, veuve du roi Murât, d'abord an château de Halmbonrg, près de Vienne, pnis, an château de Brunn. En dernier lieu , elle i^da an château de Santo- Andréa, près de Trieste, o5 elle mourut d'une fièvre nerveuse, à l'âge de quarante-trois ans et demi. Elle avait pris le titre de comtesse de Campignano.
De son mariage arec F. Bacciochl, la princesse Elisa laissa :
1* CharUS'JMme , né le 3 jm'llel 1810, mort à Rome en 18S0, d'une chute de dieval;
7^ Napoléone-Élisafiiéd le 3 juin 1806, mariée au comte Camerata. Napoléon III lui a donné rang à la cour avec les titres de princesse et d'altesse. La princesse Bacdochi s'occupe beaucoup d'agriculture dans on magnifique domaine qu'elle possède en Bretagne.
PAULimt {Marte ' Pauline Borapartr), princesse Bobchèsb, duchesse de Goastalla, seconde soeur de Napoléon l», née à Ajaccio, le 20 octobre 1780, morte à Florence, le 9 juin 1825. Elle suivit sa famiHe à Marseille en 1793, et y Alt successivement demandée en mariage par le conventionnel Fréron , et par le général Duphot; mais oe n'est qu'au commencement de 1801 qu'elle prit à Milan on époux de son choix, en s'unissant an général Leclerc qui était devenu éperdûment amoureux d'elle lorsqu'en
NAPOLÉON (ÉLISA, Pauline 44S0*
1795 et 1796 il avait été chef d'étatmajor de la division h Marseille. Son mari fut, celte méoK année, chargé da commandement d'un corps d'armée destiné à soumettre le Portugal ; il aval mené cette entreprise à bonne fin lorsque te premier consul lui confia hi mission de 1^ rentrer Saint-Domingue sons la domination frasçaise et lui donna le titre de capitaine général Il exigea aussi que sa sœur accompa^iât sn mari au delà des mers. Tout entière à ses d^ voirs d'épouse et de mère, indifférente alors an plaisirs de la capitale, Pauline, à peine relevée de couches, s'emttarqua à Brest (décembre 1801} avec son jeune enfant et son mari. L'armée française arriva dans l'ile le 1*' février 1802, d trois mois suffirent pour rétablir l'autorité de Ii métropole, n ne restait plus qu'à forcer qoelqaef chefs isolés à déposer les armes lorsque la fièm jaune se déclara dans l'Ile et exerça d'affireox ravages. Les chefs noirs en profitèrent poor opérer une insurrection et attaquer les Français. Leclerc envoya l'ordre de transporter à bord d'un vaisseau sa femme et son fils. Paa- Une refusa d'obéir. Sourde aux supplications des dames de la ville qui saivaient à qnels terribles ennemis elles pouvaient être livrées, elle leur disait : « Vous devez pleurer, vous; voos n'êtes pas comme mot sœur de Dooaparfe. Je ne m'embarquerai qu'avec mon mari, ou je mourrai. » On allait la faire embarquer de force lorsqu'on aide de camp vint hri apprendre la nouvelle de la défaite des noirs. « Je le savais bien, dit- elle firoidement, que je ne m'embarqD^ rats pas; retournons à la résidence. « Bienftdt après, Leclerc fut à son tour atteint de la fièvre jaune ; Pauline ne laissa pas de le suivre dans 111e de la Torioe en face du Gap, et ne le quitta plus jusqu'à sa mort arrivée le 2 novembre 1801. Revenue en France avec la dépouille moridle du général Leclerc, Pauline fut mariée par sco frère, le 28 août 1803, au prince Camille Borghèse, le chef d'une des plus illustres ^milles de Rome. Le prince était un honnête homme, mais d'une grande folMesse de caractère. Des intrigants éveillèrent adroitement la jalousie dans son âme, et le décidèrent à se séparer de sa femme. Le prince se retira à Florence d'où , après la paix de Tilsit, Napoléon V l*ïippela à Turin avec le litre de gouverneur général des départements français au delà des Alpes. Pauline, nommée depuis 1806 duchesse de Guaflalla, se résigna aisément à Pabandon de son époux; dte s^ouma alternativement en France et en Italie; à Neuilly elle possédait un château magnifiquet et à Rome le prince Borghète lui avait lai^ l'entière jouissance de la célèbre villa qui porte son nom. Pauline n'avait ni l'éneiigie, ni les talents politiques de sa sœur Élisa ; mais eDe était d'une bienfaisance intarissable et d'un dévouement à toute épreuve. Elle consacra une partie des richesses dont l'empereur l'avait dotée à consoler les infortunes d'aotrui, à créer plusieurs établis-
NAPOLÉON (Pauline, Caboline)
céments cbaritables, et à Fédacation des orphelins. Elle aimait les arts et les lettres; elle aimait également le luxe et les plaisirs. Après la chate de l'Empire, elle se trouva sans resàources et réduite à recourir à la fortune particulière de son mari, c Pauline, dit l'empereur dans le Mémorial de Sainie-BélèneféUAi trop prodigue : elle avait trop d'alMndon; elle devait être immensément riche par tout ce que je lui ai (loané; mais elle donnait tout à son tour, et sa mère la sermonnât souvent à cet égard, lui prédisant qu'elle pourrait mourir à l'hôpital. »
Malgré la tendre aOTection que Napoléon l*'lui portait, ii l'éloigna, en 1810, de la cour pour avoir manqué publiquement à Timpératrice Marie- Louise, à Bruxelles. Elle se trouvait à Nice avec U comtesse de Cavour, sa dame d'honneur, et le comte de Clermont-Tonnerre, l'un de ses chambellans-, quand* Napoléon I^^ abdiqua en 1814; elle retourna alors à Borne ; mais, dètf que l'empereur fut arrivé à l'tle d'Elbe, elle se hâta dQ le rejoindre avec W^^ Lœtitia, et employa toutes les ressources de son esprit pour lui adoucir les douleurs de l'exil. Ce flirent elle et sa mère qui intercédèrent en faveur de Murât et amenèrent une réconciliation complète entre l'empereur et son frère Lucien. Lorsque Napoléon 1er eut quitté l'tle d'Elbe, Pauline se retira à Naples, puis à Borne. Le gouvernement français manquait de ressources, les caisses étaient vides et il fallait plus d'argent que jamais pour tenir tôte à l'Europe : Pauline envoya ses diamants h Tempereur comme une preuve de son attachemoit à la France ; mais les alliés s'en emparèrent dam une des voitures de l'empereur à Waterloo, et Ton ignore ce qu'ils sont devenus.
L'intention de Pauline était de retourner à Paris ; le désastre de Waterloo et la seconde abdication de l'empereur ne lui en laissèrent pas le temps. Elle demeura à Rome où Pie VII« qui se rappelait les déférences qu'elle avait eues pour luiyjorsqull était prisonnier en France, lui témoigna une affection toute paternelle et ne négligea rien pour lui faire oublier ses malheurs. La transportation de son frère bien-aimé à Sainte-Hélène fut pour Pauline un coup des plus douloureux : vainement elle sollicita l'autorisation de s'y rendre. En apprenant la mort de l'empereur, elle tomba dans une maladie de langueur dont elle ne se releva plus. Sa santé s'altéra de jour en jour, et elle vit sans se plaindre les progrès rapides de sa destruction. Le prince Borghèse, alors à Florence, l'appela auprès de lui ; mais leur réunion fut de courte durée. Pauline expira peu de temps après aitre les bras de son mari le 9 juin 1825 , avant d'avoir atteint sa quarante-einquièmeannée. Le prince Borghèse lui prodigua pendant ses derniers jours toute sorte d'éganls , et reconnut les legs nombreux que la trop généreuse Pauline avait faits à son lit de mort, sans consulter sa fortune. Sa dépouille
mortelle fut transportée à Rome et y est inhumée dans l'église de Sainte-Marie-Majeui-e, en la chapelle de la famille Borghèse.
Pauline était d'une beauté remarquable. Canova, chargé de faire sa statue, ne crut pouvoir mieux la représenter qu'en reproduisant les traits de la Vénus victorieuse de Praxitèle. Ce marbre précieux appartient aujourd'hui à la reine d'Angleterre. Lord Cawdor, en le voyant, priaCanova de lui en faire une copie; cette copie est une Nymphe couchée sur une peau de lion.
Le fils que ta princesse Pauline avait eu du général Leclerc mourut en 1804; elle n'eut point de |X>stérité du prince Borghèse.
CAROLiNB ( Marie- Annonciade- Caroline Bonaparte), reine de Naples, troisième sœur de Napoléon !«', née à Ajaccio, le 25 mars 1782, morte à Florence, le 18 mai 1839. Elle avait à peine onze ans quand elle quitta la Corse, et habita Marseille jusqu'en 1796, époque oîi M.^e Laetitia vint se fixer à Paris. Jeune et jolie, douée de tous les charmes de l'esprit, et réunissant aux grâces de sa personne un caractère insinuant et une Ame énergique, elle attira bientôt l'attention du général Murât ; Bonaparte agréa avec plaisir la demande qu'il lui fit de la main de sa plus jeune sœur. Le mariage eut lieu à Paris le 20 janvier 1800. Successivement grande-duchesse de Berg et de Clèves (15 mars 1806), reine de Naples (15 juillet 1808), Caroline se montra digne de sa haute position par ses talents et par sa finesse dans les affaires. Pleine de résolution et d'énergie, exerçant sur son époux un empire absolu, elle prit une part active à l'administration du royaume, et, à plusieurs reprises, tint elle-même, en qualité de régente, les rênes de l'État avec habileté. Amie des lettres et des arts, elle fonda, au moyen>de sa fortune particulière, des institutions qui existent encore. Le naufrage de l'Empire français laissa debout le trône de Joachim et de Caroline, mais pour quelques mois seulement* Ayant voulu seconder, en 1815, le retour de l'empereur que lui et sa femme avaient abandonné au milieu des revers, dans un moment de profonde ingratitude, le roi de Naples fut battu et forcé de se réfugier en France (21 mal 1815). Trahie et délaissée à son tour, privée de forces pour conjurer l'orage, menacée au sein de Naples par la populace et par les partisans de Ferdinand IV, Caroline, avant de quitter la capitale, stipula avec le Commodore Campbell, chef de la flotte anglaise, la conservation des propriétés de ses anciens sujets, et ne s'occupa de ses intérêts per^ sonnels qu'après avoir obtenu des garanties pour les intérêts du pays qu'elle avait administré avec tant de sollicitude. Elle n'eut ensuite d*autre ressource que de se confier aux Autrichiens qui, le même jour, avaient pris possession de Naples au nom de Ferdinand IV. Ceux-ci, au mépris de la capitulation, l'emmenèrent prisonnière à Trieste, elle et ses quatre enfants qu'elle avait
447 (,*«) NAPOLfiON
envoyés à Gaëte. Il lui fut ensuite permis de se fixer au château de Haimbourg, près de Vienne, et c*est là qu'elle apprit, peu de mois après, la fin tragique de son malheureux époux ( octobre 1815). Elle obtint plus tard Tautorlsation de se rendre à Trieste sous le notn de comtesse de Lipona (anagramme du nom italien de Naples), et de résider auprès de sa sœur Élisa. Caroline était sans fortune. Elle avait apporté à Naples des sommes considérables qui s'étaient encore accrues par son domaine particulier; mais Ferdinand IV, en faisant fusiller au Pizzoleroi Joachim, avait, par un raffinement de vengeance, confisqué à son profit les biens-fonds qui constituaient Tunique ressource de la veuve de Murât, et qui s'élevaient à plusieurs millions. La reine réclama en vain contre cette spoliation. Résignée à son sort, elle se consacra à Téducation de ses enfants. Elle passa près de vingt années à Trieste.
(Caroline ) 44»i^^,
En 1838, elle vint en France pour faire lùm quelques réclamations pécuniaires à charge da trésor. Les chambres, sollicitées en sa bvear, lui votèrent une pension viagère de cent milie francs (2 juin 1838). Quelques mois après soa retour de Paris, elle mourut à Floreoce, dm cancer à Testomac.
Outre les deux fils dont nous avons parlé (voy. Murât), la reine Caroline eut deuxfilks; LxtUia-Josèphe , née le 25 avril 1802, mariée au marquis Pepoii, et Loutse-Julie-Ccarolm^ née le 22 mars 1805, mariée au comte Raspusi, à Ravenne. F.
Wontcra . Les Bonaparte depuit ISll fut^tià w fourt. .- M>* Darand, 3îes touveiUrt smr NapoUn, » famille et sa cour; Parti, 1819-1810. t toL In-ê*. - Dffauconpret, Anecdotes sur la cour et fintérieur delt famille de l\f, Bonaparte; Paris, 18 1 8, In-s*. — jfinileur universel. — Rabbe. viellb de Botojolla et SaUtt- Preure, Biogr. univ, et portât, des Contemporaim.
NAPPER-TANDY — NARBONNE-PELET
HAPPBR-TANDT (Jomes), chef des Irlandais oois, né dans les environs de Dublin, en 1747, mort à Bordeaux, le 24 août 1803. li eut de bonne heure des principes d'indépendance, et se montra partisan de la révolution française; dès 1791 il publia au nom de ses compatriotes on plan de réformes qui le rendit suspect au gouvernémeDt anglais. Forcé de s'expatrier, il vint à Paris, obtint du Directoire en 1798 un corps d*année, et débarqua en Iriande sur la côte occidentale de Donegal. Il fut bien accueilli par les Iriaodaia ; mais avec de faibles ressouces, il voulut tenter une trop grande entreprise : ses troupes furent battues. Il se rembarqua, et parvint à Hambouiig. Le gouvernement de cette ville, placé entre la France et PAngleterre, qui demandaient Tune qu'on mit en liberté Nappcr- Tandy, Tautre qu'on le lui livrât, céda aux menaces d'une escadre anglaise, he réfugié, conduit dans les prisons de Dut>Kn, comparut devant la cour du Banc du Roi, et fut condamné à mort : il avait été excepté, avec un des frères de O' Connor, du bill d'amnistie. L'intervention du premier consul empêcha l'exécution. Après une détention de deux ans, Napper-Tandy fut mis en liberté, grâce à une nouvelle intervention du gouvernement français ; il fut conduit au port de Wicklow, où il s'embarqua pour Bordeaux. Le& précautions qui furent prises durant le trajet de Dublin à Wiclilow pour l'empèdier de communiquer avec aucun de ses compatriotes témoi* gnent de la crainte qu'il inspirait au gouvernement anglais. Il mourut un an après son arrivée à Bordeaux. A. H — t.
Amaalt, Jay, etc.. Biographie nouvaie dêt CorOemp,
NARBONNB (Vicomtes de). Cette maison reconnaît pour auteur ioini Guillaume ( voy, ce nom), mort le 28 mal 812. Parmi ses descendants on remarque :
Bérenger, mort en 1067. Raymond Bérenger, comte de Barcelone, qu'il secourut en 1048 contre les Bfaores, lui donna la ville de Tarragone, qui ne passa point à ses successeurs. Un de ses fils, Pierre^ évèque de Rodez en 1052, s'empara de l'archevêché de Narbonne, en 1079, et fut excommunié.
Aimeri /«'', mort en 1106, à Alep, rénnit en sa personne la vicomte de Narbonne, qui dès lors Tut héréditaire.
Aimeri V/, mort le 19 juin 1328. Charles d'Anjou, qu'il avait suivi àla conquête du royaume de Naples, le donna aux Florentins pour commander leurs troupes. Il ravagea les terres du gouverneur d'Arezzo et battit l'évêque de cette ville, le 1 1 juin 1299, dans la plaine de Campeldino, près de Poppi II rendit de grands services au roi Philippe le Bel dans ses querelles avec le pape Boniface VIII.
Aimeri /X, né à Narbonne , en 1324, mort après le mois d'avril 1388. Après avoir en 1355 vainement tenté de s'opposer à l'invasion d'Edouard, prince de Galles, qui incendia les fau-
mOT. BIOGH. CiNÉR. — T. XXWII.
bourgs de Narbonne, il combattit en 1356 à Poitiers, et fut blessé et fait prisonnier. Il paya de nouveau de sa liberté un combat qu'il livra aux Anglais, le 14 août 1366, près de Montauban. Par lettres do 8 décembre 1369, Charles V le créa amiral de France ; mais l'histoire est muette sur les circonstances qui amenèrent sa destitution en 1373, et, par suite, sa retraite totale de la scène politique.
Guillaume //, tué le 17 août 1424. Il disputa à Martin et à Louis, rois de Sicile, une partie de la Sardaigne sur laquelle il prétendait avoir quelques droits du chef de sa mère. Neveu, par sa femme, de Bernard d'Armagnac, connétable de France, il contribua de tout son pouvoir à soutenir la tyrannie du connétable dans Paris. Un des principaux conseillers du dauphin, il signa, le 11 juillet 1419, le traité de paix conclu entre ce prince et Jean sans Peur, duc de Bourgogne, sur le pont de Pooilly-le-Fort, près de Melun. Le 10 septembre suivant, il assistait à l'assassinat de Jean à Montereau. Il se distingua en 1421 à la bataille de Bangé, livrée par le maréchal de La Fayette au duc de Clarence, peu après au siège de Cosne, et périt enfin à la bataille de Vemeuil. Les Anglais ayant reconnu son cadavre dans les fossés de la ville le firent écarteler, et ses membres en lambeaux furent attachés à diverses potences, parce que le vicomte était complice du meurtre du duc de Bourgogne. H. F.
p. Anselme, HM. des ifrands qfdcien de la covronne. — Lachesoajre-DcsboU, Diet. de la noblesse. - M 'zeray, Hisi. de France, — CalUa CkrUtlana, t. V|. - Trouvé, États de Languedoe. — Oon ValasieUe, Hlst. de Lançuedoe. — D'AlgrefealUe, ÊUst, de Montpellier, 1. 1«'.
Il A a B01I3I B- PBLBT ( Francots- Kaymond* Joseph' fferméneçilde-Amalric, vicomte ob), général français, né le 21 octobre 1715, mort vers 1780. Descendant des vicomtes de Narbonne, il appartenait à une branche qui prit ao douzième siècle le surnom de Pelet et qui possédait les fiefs de Combas, Fontanès , Montairat, etc., dans le bas Languedoc. Après avoir épousé en 1734 une nièce du cardinal de Fleury, il devint gouverneur de Sommières , servit en Allemagne et en Flandre, et fut promu aux grades de maréchal de camp en 174.5, et de lieutenant général en 1750. Il eut un ttére, ffenri^lMUis, qui fut maréclial-de-camp. p. L.
Ploard , Chronologie miltt., V, m.
N ABBONKB-PBLBT (Jean-FronçoiSf comte DB), général français, né en 1725, à Saint* Paul- Trois-CbAteaux (Drôme), mort en 1804. H appartenait à la branche de Moreton en i>auphiné. 11 assista au siège de MInorque, et passa en 1757 à l'armée du Rhin pour y faire fonctions d'aide major général de l'infanterie. Devenu colonel d'un régiment de grenadiers royaux , il défendit, en 1762, le poste de Fritzlar, arrêta pendant trois jours les Prussiens, et permit ainsi au duc de Broglie de dégager l'armée, qui mena^it d'élre coui>ée. Afin de perpétuer le souvenir de ce
NAKBONNIv.PELET*— NARBONNR-LARA
beau fait d'armes, Louis XV Toulat que Narbonne ajoutât h bob nom celui de FrUzlar. Louis XVi le nomma lieutenant général (1784) et grand croix de Saint-Louis. De son mariage avec sa oounne Louise- Cbarlotte-Pbilippnie de Narbonne-Pelet, nièce du cardinal de Bernis, il eut un fils qui laissa trois enfante : Àlbérie, employé dans les armées de rAutriche, Àimery et Ermelinde, duchesse de Clievreuse, morte en 1812. P* I<.
CouiceliM, Diet. kUt det çénérau» françali.
HARBONRB - FBLET (Ratfmond-Ja€qtte9' Marie t comte, puis duc ns), diplomate français, né à Fontanei ( Gard ), le 24 juin 1771, mort à Paris, le 3t octobre 1855. Fils de François-Bernard, comte de Narbonne-Pelet, capitaine des vaisseaux du roi au département de Toulon, il émigra avec sa famille en 1791, et demeura sans fonctions sous Templre. Louis XVIII le nomma pair de France le 17 aoAt 1815, et deux mois aupararant, il Tavait accrédité comme son chargé d'afTaires auprès du roi des Deux-Siciles. M. de Narbonne remplit ces fonctions jusqa*à la fin de 1821. Louis XVin le créa duc par lettres patentes du 31 août 1817; puis, Ie9 jauTier 1822, il le nomma ministre d'État et membre du conseil privé. Chartes X le fit cfaeTalîer des ordres, le 30 mal 1825. Le duc de Narbonne-Pelet ne satisfit point à la loi du 31 août 1830, et cessa de siéger à la diarobre, aux travaux de laquelle il avait toujours pris une part importante. Il avait épousé M^te Emilie de Sérenl; mais comme cette union avait été stérile» aoa cousin Français- Raumond-Aimericeomte de Narbonne*Pelet, avait été substitué à ses titres et rang de duc et pair par ordonnance royale du 28 août 1828. On a de lui : Réflexions adressées par vn pair de France aux habitants de son départe* ment, à ^occasion des prochaines élections; Xtmes, 1830, în-8'». H. F.
De Coorcelles , Dictionn, hUt» dei pairt de France, t. VIII. — Moniteur univ^ 1818 à 18M. — Qiiérard> La Frmnee ÎMtirair:
HABBOifRE-LABA (Le eomte lOtCtf.K), homme polHiqne et général français, né à Colomo (duché de Parme), le 24 août 1755, mort à Torgan (Allemagne), le 14 janvier 1814. Il descendait d'une branche des Lara de Castille, une des familles les plus anciennes et les pins illustres d'Espagne. Sa mère était dame d'honneur de la duchesse de Parme , Elisabeth de France, fille de Louis XV, et son père, premier gentilhomme de la chambre. A la mort de cette princesse (1760) , jl Ait amené tout jeune eolint à Tersailles , et élevé sons les yeux et sons la tutelle des tilles do roi. De bonne heuro il Ait confié aux Oratonens de Juilly. On dit que le grand dauphin, qui partageait la prédileetfon de ses soBors pour cet enûint, doué d'une intelligenee précoce, lui donna lui- même, dans ses loisirs, des leçons de grec. Ses éludes achevées, H prit dn service dans l'aiiillerie» la quitta pour devoiir
capitaine de dragons , puis guidon de la nendarmerie de France. A vingt-cinq ans ii fut noouiié colonel du riment d'Angoumois, et passa casuile avec le mûme grade au régiment de Piémont, qu'il eemroanda plusieurs années. ▲ ce service il joignait le titre de chevalier d*bQBneur de madanse Adélaïde, fiUe alotée du feu roi Louis XV, lante du roi reliant, près de iaquelte sa mère, élevée an titre de doobeaso, jouiasait d\ine entière laveur, et remplissait lea foaâioss de dame d'honneur. Jeune, de noble Baisaaace, il avait dooo devant hû une brillante canière. De bonne heure il s'appliqua à s'en renére dipK. 11 fit, dans les diverses armes, une étnde attentive et pratique de son métier militaire. Ariiie d'une instruction plus élevée, il étudia les lan|^» étrangères, la diplomatie, et se tre«vaot ea nsidence à Straslmurg, il suivit pendant deux liivers les savantes leçons du professeur Koch, qri remplissait la chaire d'histoure et de droit public créée dès 1780. Dana ses Aiéqaentss^orsà Versailles , il eontÛMa ses études dtplomatiqueK acx arehtves des aftàires étrangères, que lui oavrilie ministro de Vergennes. Il eut des relalioBi fcsidues avec deux honimes distingués dont la eosversatioa était aussi féconde que spiiilueUe. L'un était Rayneval, premier commis do mioistèrf; l'autre Rhulière, honome de lettres et philosophe , qui avait joui des oonfideaces de granHâ personnages. Cest ainsi que Karteane acquit cette éruditiea diplomatique dont pies taré il fit bon usage. £n 1782, il épousa M*^ de BloaUiokm (Marie-AdéUnde), fille d'un pctniâer \nÀdent da parlement de Rouen , et deitioée da côté de sa mère à 300.000 livres de renteft dis» notre colonie de Saint-Domingue (1). Par a isariage, NarboBBC se trouva eneore pins sii^agé dans le monde parisien de la haute magninture, de la finance et de la philosophie, oè il paoTait goMer plus qui Versailles rentretîen des Unmes les plus distmgués de l'époqueL 11 joâmil doue de tous les avantages que peuvent as urrr le rang, la fortune, des relationa suivies <lias la hante société, lorsque la révohitioB écbti Quoique attaché par devoir à tai maison de Bearbon, et par reconnaissance à maéanseAdélai^. dont 11 était le chevalier d'honneur, fl était trop tntelHgent pour ne pas être fhvorabie aax réformes qui devaient régénérer à la lUs la nanarchie et l'ordre social. Il avait adopté plaeienrs des idées nouvelles ; et an fend dn oonr, il admirait ces instilotioBS de ffberfé qoll avail étudiées dans Montesquieu et dans les oosn àf droit public à Strasbourg. It était lié d'aniïié avec plusieurs des membres les plus disfisf^ de l'Assemblée constKnaate; mais il n'enftps> partie. En 1790, le régfraent de Piémont se trou*
(1) Celte Jeune fille avatt aUn qnaConesaa, ri cS»"^ remarqaable, apréa a*olr trarersé les revolntloas 4»^ ^' sont auceédë sepiib ua dfmk«aléele, avair m b né<« enllère de ceUe grand* tortiiii^» elle tt*cat ■•rttf'^^ DOS jours A MÉcoa , âgée de qiuU>e-fiiiKU ans Jib^ ^^ 1S4S<.
4SZ
ISAABONNE-LARA
vaut à Befiânçoa, Karbonne, qui en était colonel, fut cbargé da oominaiidenieDt des gardes oationales du Doobs. Des troobies sérieux éclatèrent dans oette province , où dominait l'esprit religieux, au si^et de la oonstitation civile du clergé. Il parvint à rétablir le calme, ce qui ne Tempécha pas d'être insulté dans quelques journaux de Paris par deux ou trois écrivains fomgoeux ; mais il fut soutenu et vengé par la reconnaissance publique. L'année suivante, il fut rappelé à Paris par son service près de Mesdames de France, tantes do roi. Ces princesses, fort effrayées des scènes Tiolentes 4|oi se snocédâient de jour en jour, résolurent de partir pour Rame. II les accompagna; mais àÂrnai-le-Duc^ le Tojage fnl interrompu par le peuple» qui ne l'oulut entendre aucune raison. Karbonne revint k Paris pour solliciter de l'Assemblée constituante un décret qui rendit aux princesses la liberté de voyager. Dès qu'il l'eut obtenu, il repartit sans délai pour dâUvrta* les prisonnières mises en surveillance par la municipalité , et les conduisit dans les £tats du roi de Sardaigpe, et de Ik k Rome, oit elles furent accueillies dans le palais dn cardinal de Remis, il ne tarda pas à revenir ett France , fut promu au grade de maréchal de camp par l'Assemblée; mais il ne voulut être remis sur le taUean qu'après que le roi eut accepté la constitution. Depuis le funeste évéoeroent de Varennei, il a'avait plus qu'une pensée, s^associer aux efforts des hommes poiitiques qui voulaient rendre k la royauté quelque force. Au mois de déct^mbre 1791, peu après l'ouverture de l'Assemblée législative, il accepta le ministère de la guerre. Les fonctions étaient délicates et d'une grave responsabilité. Jeune et plein d'ardeur, il se proposa deux ctiosas : agir isur une grande partie de l'Assemblée par la confiance, par Tunion,^ par de loyales concessions rie pouvoir; et, d*uo autre c6té, relever le preslige et la force de la royauté, et lui préparer une armée contre l'étranger. Déployant une prodigieuse activité, il visita les frontières et éft à la ^nite de ce voyage un rapport brillant à l'Assemblée sur les ressources militaires de la France. Il remnot» le RMiériel des ptooes fortes, rétabiit les garnisons , et organisa trots années , dont il <lonna le commandement aux généraux RocAam* l'eau, Luckner et Lafayette. il obtint, pour le» deox pramiers, le bâion de marédial de France. Chaque jour il adressait à TAssemblée de nouvelle demander pour taire face aux dépenses de son ministère. Plus d'une toi», ses Tues trouvèrent de ropposition. Un jour, vers la. fin de janvier, la patience lui écbapps^f et après avoir rappelé avec éaergie les besoins des armées, et <léclaré qnll donnerait sa démi^ion si on persistait à lui refuser les seeoura demandé», il s'écria : « Eb bien ! messi<w^ , me refusant à attendre la honte comme ministre , j'Irai chercher la mort comme soldat de la coestitHtioo, et c'qsX dans ce dernier pesie qu'il me sera permis
de ne plus ealculer le nombre et la force de nos ennemis 1 >• Ce langage pathétique, un peu théâtral peut-être , fut applaudi et suivi d'un plein succès. Ce n'était pas seulement dans l'Assemblée qu'il avait des adversaires. Le ministère était divisé de vuea et d'action, en proie aux passions et aux rivalités. Traversé par plusieurs de se& coilÈgues, sans appui daoa le roi, qui giaûtait peu cet esprit prompt et décisif, mal secouru par les modérés, Narbonne se découragea, et manifesta le désir de quitter son poste. Les trois généraux en chef lui écrivirent pour l'e^détourner. Leurs lettres étant devenues pubUques, on lui ea imputa la publicité^ et on l'en accusa comme d'une intrigue. L'ioimitié de ses adversaires exploita les défiances et les hostilités soulevées contre lui dans les deux partis. Le portefeuille de ta guerre lui fut retiré, par une lettre très -laconique du roi, le 10 mars 1792; il l'avait eu trois mois et trois jours. » Et après sa retraite , dit M. Villemain« le ministère resta plus faible et plus divisé que jamais,, autour d'une royauté mourante ï » Le ministre disgracié repartit aussitôt pour l'armée du nord, où il donna l'exemple de la plus active discipline, et ne revint à Paris, après quelques mois, que sur un ordre secret dp roi. 11 arriva pour assister avec désespoir à l'insurrection du 10 Août, et le lendemain il fiit décrété d'accttsatioa et mis hors la loi. Dénoncé avec violence dans les clubs jacobins comme l'ancien (auteur du traître Lafayette; accusé d'avoir organisé l'armée , non pour la défense du aol, mais. pour œlle du « tyran, » il ne dut son salut q^'à l'anûtié courageuse de madame de Staël, qui le garda caché dans TLiôtel de l'ambassade de Suède, jusqu'à ce que la violence des agitations populaires se fO^ un peu calmée* Il parvint à. 8*écliapper»seul et déguisé, et aprèa avoir passé quelque temps eaSuiase^il se rendit en Angleterre. Là, il se trouva en relations avec ses adversaires rayaUstee de Taonée précédente et quelques persoua^es émineats de l'aristocratie angjaijBe. Il eut un ou deux entretiena avec le ministre Pitt,. qjui voulait connaître sea ofiinîons sur Tétat et les ressources de la France. U répondit avec beaucoup de réserve aux insinuatioBS du ministre, dont il soupçonnait les projets ultérieucs» «t la conversation a'eut aucun résultat. Quelques semaines après, la guerre fut déclarée contre la France» et il re^iit ordre de quitter l'Anf^eterre. Réûigié de nouveau en Suisse^ il y passa quelques années dans la retraite et rétude ; puis au début du Directoire, il voyagea en Souabe et en Saxe, oui il avait d'anciennes relations de cour et d'amitié. Il profita des loisirs que \m ûiisait l'exil pour se perfectionner daiis l'allemand > pour suivi» de longues et savantes lectures « 11 y eut là, disait-il plus tard à un ami» pour moi d'autres quartiers d'blvec, un autre semestre de garnison, avec cette difTérenee que,, moins jeune et plus pauvre, j'eo profitais encore mieux. » Ce-