NECKER
f!j\-m^mes d'an commentaire bien propre à toucher les esprits. « Tî y blâmatt la monajchie /l'aroir jusqu'alors fait un mystère de Pélat dc« finances. Il dénonçaît te mensonge des andens t^dils , se raillant de ces préambules, trop souyeirt les mêmes pour être toujours Traîs. Après avoir tracé gravement te tableau de ses réformes, il en pariait tantôt avec complaisance, tantôt avec une modestie qui semblait n'être qne la ^Htesse de son orgueil. L'ordre qu'il avait întrodmt dans les affaires du trésor, il le mit dans son exposé, sorte de traité élémentaire et lumineux, évidemment destiné à commencer Téduration publique en matière d'administration. Profits de la finance, pensions, domaines, forêts, dépenses de la maison du roi, impôts, corvées, commerce des grains , poids et mesures, monnaies, roonts-depiété, prisons, hôpitaux, il passa tout en revue ; et, après avoir montré du doigt les abus sans nombre qu'il avait réformés, il appela Tattention publique sur les asiles d'où elle se détourne trop souvent, sur la situation des enfants-trouvés , des indigents, de la population hâve des hospice, de tous les mallieureux. f^a dernière pensée du Compte-rendu fut une pensée personnelle, mais aussi honorable que fière. « Je n'ai sacrifié, disait Necker, ni au crédit ni k la puissance. J'ai dédaigné les jouissances <îe la vanité. J'ai renoncé à la plus (toucc des satisfactions privées, celle dé servir inps amis, ou d'obtenir la reconnaissauce de ceui qui m'entourent. Si quelqu'un doit à ma simple faveur une place, un emploi, qu'on le nomme(l).i> Faire appel à f opinion publique dans l'ancienne monarchie française était une grave innovation, mai^; parfaitement justifiée parle but; ce qui est moins justifiable, c'e:$t la manière dont Tïecker a établi son compte, ne portant que les recettes et les dépenses ordinaires et omettant toutes les charges extraordinaires. Il donnait ainsi un budget normal qui orTrait un excédant de 10 millions , au lieu du budget réel , qui aurait accusé on déficit considérable. « En dernier résultat, dit Droz,le Com/)/e-ren(/u était un travail tort ingénieux, qui paraissait prouver beaucoup^ et qui ne prouvait rien. » La faveur de Necker était grande à la cour et auprès de la reine ; mais il avait des ennemis redoutables parmi ses coUè- {^ues. Le premier ministre, Maurepas,railla publiquement le Compte rendu, qu'il appelait un conte bleu , parce qu'il était couvert de papier bleu. M de Vergennes, ministre des affaires étrangères, s'attacha dans un mémoire confidentiel au roi à prouver qu'il était très-dangereux 'le laisser dans les mains d'un étranger, d'un c(^pubrieain. d'un protestant, la plus déKcate des î«^tninistrations du royaume. Un mémoire de ^♦'CkAr sur les administrations provinciales Pressé an roi et contenant des vérités dures sur les pariemenu fut livré à l'impression par un
(;^ Lottta BUne, HUtokn 4e ta révoitMm ftançaUt,
abus de confiance. Necker voyant crottre le nombre de ses ennemis, voulut leur opposer un témoignage de la faveur royale, *et demanda l'entréie au conseil. Maurepas proposa ironiquement qu'on accueillît sa demande s'il abjurait les erreurs de Calvin. Necker, irrité, envoya sa démission, qui fut immédiatement acceptée (19 mai 1781). L'opinion publique se prononça avec énergie pour le ministre disgracié. Il s'était retiré à sa campagne, près de Saint -Ouen. Beaucoup de personnages de la plus haute noblesse s'empressèrent de Ini rendre visite. Le prince de Condé, les ducs d'Oriéans et de Chartres, le prince de Beauvau , le duc d'e Luxembourg , le maréchal de Richefieu, l'archevêque de Paris donnèrent Texemple. Dans sa retraite triomphante, entouré dliommages, Necker prépara un cmopte rendu nouveau et plus étendu de son adminiS" tration, lequel parut, en 1784, sous ce titre Administration des finances. L'effet en fut trèsgrand sur l'opinion publique en France et en Europe, et l'on prétend qu'il s'en vendit en peu de temps itlus de quatre- vingt mille exemplaires. La médiocrité de ses successeurs, Joly de Fleury et d'Ormesson, l'administration dissipatrice de Calonne le faisaient vivement regretter. c( Consultons, écrivait le parlement de Rouen à Louis XVI, au sujet de l'arrêt du 30 août 1784» consultons un ouvrage récent {Y Administration des finances), honoré des regards de Votre Majesté et des applaudissements de la nation, ouvrage patriotique, qui ajoute encore à la haute idée que l'auteur avait donnée de son génie, et qui manifeste avec éclat toutes les ressources de la France. » Calonne, devant un déficit toujours croissant, fut obligé d'exposer devant l'Assemblée des notables la détresse des finances, et en rejeta la faute sur ses prédécesseurs, y compris Necker (février 1737). Il établit un parallèle spirituellement impertinent entre une économie toute d'oatentation, affichant la rigueur pour les moindres objets, faisant beaucoup pour l'opinion, rien pour la réalité, et une économie qui s'attadie à tout ce qui a dé l'importance et n'affiche pas l'austérité pour ce qui n'en a aucune. Dans une autre séance, il prétendit qu'en 1781 le déficit était réellement de 70 million». Or, comme le Compte rendu annonçait un excédant de 10 millions de recettes sur les dépenses» M. de Calonne supposait de la part de Necker une erreur de 80 millions. Necker ne pouvait rester sous le poids d'une pareille imputation ; contrairement à la volonté de Louis XVI, il publia un mémoire où les accusations de Calonne étaient réfutées avec une habileté spécieuse, et ses prodigalités démontrées avec une évidence impitoyable ( avril 1787 ). Il fut immédiatement exilé par lettre de cachet ; mais Calonne avait déjà été renversé par l'opposition des notables (1). Brienne, qui sueoéda à Calonne dans la
(0 La cour des atdci de Bonteanz, dans une IcUm 1 adressée aa roi, à l'occasloo da renvoi de Caloane, de-
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direction des finances , ne remédia à rien, et bientôt les choses empirèrent au point qoMl fit proposer à Necker le contrôle général des finances. Necker, ne se souciant pas d'être le subordonné d*un ministre impopulaire, répondit que son dévouement ne pourrait être utile qu'autant qu'il aurait seul la direction des finances, avec Tautorité nécessaire sur toutes les branches d'administration qui s*y rapportent. 11 fallut subir ses conditions. Brienne donna sa démission, le 2a août 1788« et le lendemain Necker entra au conseil avec le titre de directeur général des finances. Sa rentrée excita un enthousiasme inouï, et il faift reconnaître que comme financier il ne resta pas au-dessous de Tattente publique. N Son second ministère, dit M. Droz, est sous le rapport des finances tieaucoup plus remarquable que le premier. Lorsque cet administrateur fut rappelé, il ne trouva pas cinq cent mille livres au trésor; il fallait dans la semaine plusieurs millions pour les dépenses ur« génies ; tons les effets du goavemement étaient dépréciés ; le crédit était nul. Les embarras, déjà si grands, furent bientôt compliqués par des besoins extraordinaires ; la disette rendit la misère générale ; les achats de grains et les secours pécuniaires s'élevèrent à 70 millions. Necker, pendant près d'une année, avec les seules forces que lui donnaient ses talents et sa réputation, parvint à lutter avec succès contre tant d'obstacles. Une pareille administration tient du prodige. Toutes les ressources de banque, si bien connues de ce ministre, furent mises en œuvre ; mais quelle que fût son habileté, elle aurait échoué si elle n'eût pas été soutenue par la confiance qu'inspirait son intégrité. La présence de Necker fit en un jour remonter de trente pour cent les effets publics. Il prêta au gouvernement deux millions de sa propre fortune. Quelques capitalistes osèrent faire des avances ; les notaires de Paris versèrent six millions au trésor. Ces secours étaient faibles comparés aux dettes et aux dépenses; il fallait que des créanciers consentissent à ne recevoir que des à-compte et des promesses; la réputation du directeur général aplanissait les difficultés. Sa grande force fut toute morale. » Malheureusement Necker, admirable comme financier, ne fut pas comme homme politique «N la hauteur des circonstances immensément \liffîciles où se trouvait la France. Avant son entrée aux alTaires, il avait été déclaré que If^s états généraux se réuniraient le f mai
mandait Indirectement le rappel de Necker. Après le tableau le ploa flatteur de l'administration de ce mlnUice, elle ajoutatr : « Une si belle aurore «'est conTcrtle en un Jour ténébreux Votre Majesté, abnsée. éloigna dn maniement dm affaires un homme sage.amoareot do bien public, et loi sQbstltna un mlntatre conno i>ar sa i^rofonttc corruption. [)è* Inrs une Influence- fatale dirigoji toutes les opemiions... Ces «bus Inoul-t prrpétiM>root If! soutenir de cet admlnlstratear, et prouveront A jamais que le bonheur des peoplra tient an choli des mlntstrêi , puisque sans eux Im rois ne conserveraient qne le tHd ùtstr de rendre leurs sujets beureni. s
1789. II était à craindre que les représentants des trois ordres , abandonnés à eux-roéoies, se fissent que des mouvements désordonnés oo se lançassent trop loin; il aurait fallu les aborder avec un plan de réformes bien enlendocs, issa complètes pour satisfaire les griefs de la lutioi sans compromettre la monarchie. Necker.neiMnént rien et ne prépara rien. Tout annonce que ses idées de*réfonne étaient vagues et incerlaiwt. Âa fond une monarchie tempérée par des institotioiis philanthropiques et contrôlée par Topink» publiqoelui semblait suffisante, et il désirait à peiae une autre forme de gouvernement ; il ne fit ries du moins pour la préparer : « Je n'ai jamais été appelé, dit-il, à examiner de près ce que je posvais faire, à l'époque de ma rentrée an mmtsr tère, de mon estime si'profonde et si particulièTe pour le gouvernement d'Angleterre ; car si de bonne heure mes réflexions et mes discoors durent se ressentir de l'opinion dont j'étais pénétré, de bonne heure aussi je vis l'éloignement du roi pour tout ce qui pouvait ressembler aux usages et aux institutions politiques de l'Angleterre. » Pendant quelques mois Louis XYI suivit docilement les conseils de Necker, sans ea rien attendre de bon. L'inertie défiante da monarque, la médiocrité politique du ministre laissèrent aux états généraux le soin de traiter au milieu d'une violente agitation des questions qui auraient pu se résoudre avant la réaniûo de cette assemblée. £n vain les hommes le» plus éclairés et les plus modérés, Malouet, Mouaier insistèrent pour que Ton prit des mesures indispensables. Necker, qui voulait plaire à toot le monde, qui craignait extrêmement de blesser la noblesse et le clergé, n'osa pas même accorder la double représentation du tiers état que ropnion publique réclamait impérieusement. De peur de se compromettre, il résolut de Gonsalkr les notables, qui à la surprise générale furent rappelés ( novembre 1788). Les notables, à la majorité do 112 voix contre 33, se prononoèreot contre le doublement de la représentation du tiers. Necker, désappointé, mais n'osant pas résister à l'opinion publique, après avoir niootre nne indécision déplorable et assemblé iautilement les notables pour leur demander on ari$, qu'il ne voulait pas suivre, proposa au roi d'accorder la double représentation. Cette importante décision fut promulguée le 27 décembre. Pour être logique, il aurait fallu accorder en roèoBe temps la délibération en commun. Necker n y songea pas, et, satisfait de sa popularité, il attendit la réunion des états générant , roaigrr Malouet, qui ne cessait de lui répéter : « PTâK' pas l'imprudence de livrer aux hasards d'une délibération tumultueuse les bases de Tautorito royale; faites largement la part des réfoYo»^' et défendez résolument la royauté coni*«J^ tentatives anarchiques. » Les roerob*fis les plo» éôlairés du clergé » M. de Cic6 M. de la L»leme, lui donnèrent inutilement les inémM «»-
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seils ; il s'obstina dans son oncueilleuse inertie. Les états se réunirent le 5 mai 1789. Necl^er leur présenta nn Toluminenx rapport, spécieux au point de vue financier, déplorable au point de vne politique. An lieu d'indiquer nettement, fermement les vues du gouvernement, il annonça en termes yagnes d'excellentes intentions et pour le reste s'en remit à douze cents députés sans aucune expérience, avec beancoop de pr^ugés et de passions. Les états, livrés à eux-mêmes, furent bientôt en rupture ouverte sur l'importante question du vote en commun. Plus d'un mois 8e passa dans d'interminables discussions qui poussèrent jusqu'à la foreur les passions des |)artis. Enfin Necker prit une .résolution vraiment digue d'un bomme d'État. Il proposa à Louis XVI de tenir une séance royale et de s'y porter pour médiateur souverain entre les ordres. Le roi annoncerait que pendant la préi^ente session des états généraux les trois ordres délibéreraient en commun sur toutes les affaires générales, et en chambres séparées lorsqu'il s'agirait de privilèges honorifiques, ou de droits attachés aux terres et aux fiefs; il devait déclarer qu'il n'autoriserait jamais l'établissement d'un corps législatif formé d'une seule chambre, et qu'il se réservait le pouvoir exécutif dans toute sa plénitude, particulièrement en ce qui concernait l'armée. Ceproiet, très-bien conçu, fut présenté an roi comme une œuvre démagogique, et le monarque, qui Pavait d'abord bien accueilli, lui fit subir des corrections qui le dénaturèrent. La séance eut lieu le 23 juin sans que Necker y assistât , et produisit l'effet le plus fâcheux. Le tiers état refusa d'obéir aux ordres du roi, qui , étonné d'une résistance inattendue, tomba dans le découragement. Necker, que son absence de la séance faisait regarder comme démissionnaire, fut appelé auprès du roi et de la leloe, qui le supplièrent de rester aux affahres. Il y consentit, et eut le tort grave de ne pas exiger le renvoi des ministres qui avaient conseillé l'acte du 23 juin. Il se contenta d'obtenir la réunion des trois ordres (27 juin). La cour céda, et se promit de prendre une revanche éclatante. Le baron de Bretenil et le maréchal de Broglie s'occupèrent activement de rassembler les moyens de comprimer par les armes la résistance de l'Assemblée. Quand la cour se crut suffisamment forte,' elle ne ménagea plus Necker. Le 10 juillet le comte d'Artois l'insulta publiquement, et le 11, à trois heures du soir, il reçut un billet du roi qui lui ordonnait de quitter la France promptement et secrètement. Q était à table lorsqu'on lui remit l'ordre d'exil. « Il lut le message d*un aie impassible, continua de s'entretenir librement avec ses convives, et à ta fin du dtner, prétextant ^ mal de têta, il pria madame Necker de Vac- <^ontpagner à un tour de promenade. Ils montèrent aussitôt en voiture, et ils entraient à Bruxelles qoe la baronne de Staël ignorait encore les circonstances de la chute et de la fuite
de son père, tant le ministre disgracié avait mis de soin à ne pas devenir une occasion de trouble ! Or Lafayette lui avait iait dire : « Si l'on vous renvoie, trente mille Parisiens vous ramèneront à Versailles (1). «La prédiction de Lafayette se réalisa. La nouvelle du renvoi de Necker, apportée à Paris, le 12 juillet vers midi, excita une insurrection ; le 13 l'Assemblée, nationale déctara i que Necker emportait son estime et ses regreta ; le 14 la Bastille fut prise ; le 16, le rappel de Necker fut convenu , et le 20 juillet il reçut à BAle la lettre du roi qui le priait de venir reprendre la direction des affaires. 11 ne se dissimulait pas les difltcultés de la tâche, et ce ne fut pas sans tristesse qu'il reprit le chemin de Paris. Un enthousiasme inouï accueillit son retoun; mais ces manifestations ne pouvaient changer en rien la réalité des choses. Necker se retrouvait en présence d'un peuple soulevé , d'une cour effrayée et irritée, d'une assemblée disposée â se saisir de tous les pouvoirs. Le lendemain de son arrivée, il se rendit à l'Assemblée, qui l'accueillit par de broyants applaudissements. Le jour suivant il alla remercier les Parisiejis, et dans une effusion d'imprudente bonté il demanda aux électeurs représentants de la commune une amnistie en faveur des royalistes, Besenval entre autres, compromisdans les derniers événemento. Dans l'état d'irritation et de défiance des esprito une pareille mesure était prématurée ; dans tous les cas elle n'aurait dû émaner que du roi et de l'Assemblée nationale. Les électeurs de Paris , dans un élan d'enthousiasme, accordèrent tout, et Necker partit heureux de sa popularité, plus heureux de l'usage qu'il venait d'en faire, croyant la révolution terminée et prévoyant pour ta France une ère de liberté, de sagesse et de bonheur. Le rêve fut de courte durée. Les agitateurs Taccusèrent.de protéger les ennemis du peuple *, les électeurs, revenant sur leur décret par une interprétation qui l'annulait, déctarèrent qu'ils avaient entendu soustraire les inculpés aux fureurs du peuple et non à l'action de la justice; l'Assemblée confirma cette interprétation. Le roi et la reine, qui avaient beaucoup espéré de son retour, voyant que son influence se bornait â obtenir des acclamations , perdirent toute confiance en lui. Il avait de plus un redoutable ennemi dans Mirabeau, ancien adversaire dont il méprisait trop le caractere et n'estimait pas assez les talenU. Dès lors, malgré son titre de pretnier ministre des finances (6 août 1789), qui semblait le fairechef du cabinet, il s'effaça de plus en plus, et pour un honnête homme orgueilleux comme lui, être inutile et oublié était le plus cruel supplice. Il s'efforça vainement de lutter contre la désorganisation qui atteignait le gouvernement et l'ordre social tout entier. Son influence sur l'Assemblée était presque nulle; ses efforU et son habileté ne purent remédier â la
(!} Uuis BUdc, aat, de ta révotutUm françaite, t II.