‹ Nouvelle biographie générale depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours, avec les renseignements bibliographiques et l'indication des sources à consulter;Chapitre 116 sur 133 · I.a gloire a des trésors qu'on ne peut épolaer · texte numérisé non relu

I.a gloire a des trésors qu'on ne peut épolaer

Bt plus elle en prodigue à noua favoriser.

Plus elle en garde encore où chacun pe*t prétesrfre.

Une sixième comédie, la Place royale, jouée en 1635, eut un grand succès, qu'on ne pourrait expliquer aujourd'hui, si on ne comparait cette pièce à ce que la scène comique avait alors dé plus remarquable dans sec informes essais. Les dames se plaignirent vivement d'avoir été trop maltraitées dans la Place royale par Corneille, qui, dans sa dédicace à Gaston, duc d'Orléans, disait : i Je les prie de se souvenir que par « d'autres poèmes j'ai asses relevé leur gloire et « soutenu leur pouvoir pour effacer les manvai- « ses idées que celui-ci leur pourra taire con- « cevoir de mon esprit. »

Il avait donné dans Fespace de six ans six comédies, toutes en cinq actes et en vers, torsqo'en 1636 11 aborda la scène tragique, et fit jouer Médée, dont un seul vers est resté célèbre :

Dans on si grand revers que voua reate-t-fl? — Moi. Dans cette pièce se trouvent beaucoup de ver? traduits ou imités de la Médée de Sénèque; de? traits fiers et hardis brillent par intervalles dans cette pièce, dont le sujet , atroce sans être touchant, et fondé sur le pouvoir des enchantement < magiques . serait de nos jours trop dénué de vraisemblance. J1 Tétait bien moins alors, et Corneille, en le traitant, ne faisait que se conformer au goût de ses contemporains. Déjà Fauteur s'élève beaucoup au-dessus des auteurs tragiques ses contemporains ; mais le grand Corneffle ne 6e révèle point encore.

Kn 1636 fut jouée son Illusion enmlTtee, comédie en cinq actes et en vers. Cette pièce réussit, malgré ses irrégularités. Le râle de Matamore (1) est devenu depuis caractéristique, et sert à désigner le faux brave. Il est bon de dire connaître quel était alors le gont dominant pour les caractères outrés et pour le merveilleux le plus grotesque : « 11 y domine, ditFontenellc,on personnage de capitan , qui abat d'un souffle le grand Sophi de Perse et le Graftd-Mogol , et qui une fois en sa vie avait empêché le soleil de se lever à son heure ordinaire, parce qu'on ne trouvait point l'Aurore, qui était couchée avec ce merveilleux brave. » Plus sévère pour lui-même que ne l'était le public, Corneille avoue, dans l'examen qu'il fait de sa comédie, que c'est « une planterie extravagante, qui ne mérite pas d'être considérée». Après Médée, V Illusion comique était une chute; mais Corneille allait glorieusement se relever. Il avait alors près de trente ans : il était mûr pour les plus grandes entreprises du génie. La méditation sur les ressources de Fart, Fétude des anciens, l'expérience que ses premiers ouvrages lui avaient donnée du théâtre, tout avait développé et éclairé ses hautes facultés. (Test

(t Le Matamore est une reproduction du Mil* »/*• riosvff personnage si populaire sur la aeène latine et que Planta et Térence avalent eux -inemea emprunte a u comédie grecque.

CORNEILLE

•ion qu'un M. de Ghalon, ancien secrétaire delà reine Marie de Médicis, et retiré à Rouen, lui donna dea conseils qui lui ouvrirent une des mines les plus riches que son génie pût exploiter. Le vieillard l'engagea à apprendre l'espagnol, lui en donua des leçons, et lui mit d'abord entre les mains Gulllen de Oastro. De cette lecture, et du travail qui en rat la suite, sortit le ohef-d 'oeuvre qui devait nous créer un théâtre, le Cid. Dans le Cid, ce ne sont plus, comme dans Miédée, quelques élans de passion et de génie perdus dans les longueurs d'une intrigue froidement atroce, d'un dialogue plein d'enflure et de vaine déclamation : c'est l'un des plus heureux sujets que puisse offrir le théâtre ; c'est une intrigue noble et touchante; c'est le combat des passions entre elles» du devoir contre les passions; c'est l'art, encore inconnu , de disposer, de mouvoir les grands ressorts dramatiques, l'art d'élever les âmes et de toucher les cœurs ; en un mot, c'est la vraie tragédie. Rien n'avait encore approché de ce degré d'intérêt , de naturel et de charme ; aussi l'enthousiasme alla-t-il jusqu'au transport. « U est mai aisé , dit Pélisson, au- « teur contemporain, de s'imaginer avec quelle « approbation cette pièce fut reçue de la cour et * do public. On ne pouvait se lasser de la voir; « on n'entendait autre chose dans les compa- « gnies ; chacun en savait quelques parties par « cœur ; on la faisait apprendre aux entants, et « en plusieurs endroits de la France il était passé « en proverbe de dire : Cela est beau comme « le Cid. » Le succès, trop éclatant pour le repos de l'auteur, était si bien mérité, qu'il excita contre lui une des persécutions les plus violentes dont l'histoire des lettres ait conservé le souvenir. A la tête des ennemis de Corneille se plaça le tout-puissant cardinal , qu'il avait eu l'imprudence ou le courage d'offenser. On a dit que le ressentiment du ministre et son acharnement à poursuivre le Cid venaient de ce qu'ayant offert à l'auteur de lui acheter sa pièce pour cent mille écus, il avait essuyé un refus humiliant. Cette anecdote n'est nullement prouvée, et n'est pas nécesbaire d'ailleurs pour expliquer la persécution du Cid. On n'excusera pas la conduite de Richelieu , mais on la comprendra si on se rappelle que Corneille, blessé du mécontentement que lui avait témoigné le ministre an sujet de ces changements faits dans le canevas d'un drame, impatient du reproche qui lui avait été Tait de n'avoir pas un esprit de suite, c'est-àdire de n'être pas assez rampant, avait brusquement demandé son congé et renoncé à sa pension. Les motifs de cette retraite hautaine durent être empoisonnés par les flatteurs du cardinal, jaloux de l'homme de génie. Justement, dans le même temps, Corneille publia une Êpitre à Aritte, oh il exprimait sa confiance dans son talent avec une libre hardiesse, disant que son travail n'avait pas besoin d'appui, et qu'il ne faisait point de ligue pour se faire admirer. Ces traits

durent être rapportés, commentés, et vinrent achever d'indisposer le cardinal contre son ancien favori, qu'on tfd présentait comme un ingrat insolent. Les choses étaient dans cet état quand te Cid parut, et éclipsa tout ce qu'on avait admiré jusque alors. Un sucées aussi éclatant, par lequel le poète semblait prendre une revanche de sa disgrâce, et prouver qu'en effet II n'avait pas besoin d'appui , dut faire sur le ministre vindicatif et jaloux l'effet d'une humiliation qu'on ne peut pas supporter. Les hommes de lettres lancés par lui sur Corneille triomphant entreprirent d'anéantir ee grand succès et de prouver au public que le Cid était le commencement de la décadence du théâtre. Mairet, qui avait loué dans Corneille l'auteur comique, s'épouvanta. Le fameux Scudéry, auteur de douze tragi-comédies en un moment et pour toujours éclipsées, publia des Observations critiques sur le Cid (i). Le cardinal les approuva, et voulut que l'Académie française, dont il était le protecteur, prononçât son jugement ; Scudéry le sollicita. Boisrobert, facétieux académicien et booflbn du cardinal, pressa Corneille d'accéder aux volontés du maître, et Corneille répondit : « Messieurs de « l'Académie peuvent faire ce qull leur plaira. « Puisque vous m'écrivez que Monseigneur se- « rait bien aise d'en voir leur jugement, et que « cela doit divertir son Émlnence, je n'ai rien à « dire. » La position de l'Académie était difficile ; elle s'assembla le 0 juin 1637, etnomma trois commissaires examinateurs : Chapelain, dontBoileau a fait justice ; l'abbé Amante de Bourzeis, théologien controversiste et prédicateur obscur; Jean Des Marets, auteur des Visionnaires et de plusieurs tragi-comédies oubliées, de plus, selon Fontanelle, confident de Richelieu et son premier commis dans le département des affaires poétiques. Après cinq mois de débats, de négociations entre le premier ministre, qui ordonnait de proscrire la pièce, et les juges, qui craignaient de révolter le public et ne pouvaient d'ailleurs étouffer leur propre admiration , on vit enfin paraître les Sentiments de V Académie sur le Cid, imprimés en 1688, 1 vol. in-fi° de près de deux cents pages. Chapelain avait tenu la plume, sans trop de complaisance pour le tout-puissant ministre.

(1) Dans le fimeax procès da Cid, Scudéry Joua le rôle d'accasatenr. Votcl le débat de son réquisitoire. C'est an curieux échantillon da style de cet derlralns matamore : « J'attaque , dIMI, le Cid, et non pas son auteur; J'en veux S son ouvrage, et non 1 s.i personne. Bt comme les combats et la civilité ne sont pas Incompatible*, Je veai baiser le fleuret dont Je prétends lui porter une botte franche. Je ne fais ni une satire ni an libelle diffamatoire, mal* de simples observations, et hors les paroles qui seront de l'essence de mon sujet, 11 ne m'en échappera pas nu l'on remarque de l'aigreur. Je le prie d'en user avec la même retenue, sll me répond, parte que Je ne saurais dire ni souffrir d'injures. Je prétends donc prouver contre cette pièce du Cid, que le sujet n'en vautrlen du tout ; qu'il eboque les principales régies du poème dramatique s qu'il manque de Jugement en sa conduite ; qu'il a beaucoup de méchants vers ; que presque tout ce qull a de beautés sont dérobées, et qu'ainsi l'estime qu'on ea fait est Injuste. »

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Les conclusions de l'Académie étaient : « que le « sujet do Cid n'est pas bon , qu'il pèche dans son « dénotaient, qu'il est chargé d'épisodes inutiles; que la bienséance y manque en beaucoup « de Ueux, aussi bien que la bonne disposition « du théâtre, et qu'il y a beaucoup de vers bas « et de façons de parler impures , etc. » Apres cette part trop large faite à la critique, l'Académie accordait an poète de justes éloges , et reconnaissait en somme dans le Cid un chef-d'œuvre. Ce jugement, que Richelieu ne trouva pas assez sévère, parut injuste au public, qui le cassa ; et longtemps après Boileao disait :

En rata contre le Cid on ministre te ligue , Tool Parte pour Cblmène a lea yeux de Rodrigue ; L'Académie an corps a beau le censurer, Le public, révolté, s'obstine à l'admirer.

Quoique Claveret et Mairet, et Scudéry armé de cinq brochures, fussent venus en aide à l'Académie, jamais démenti plus universel ne lui fut donné ; car, dans la Vie de Corneille, Fontenelle dit : « Corneille avait dans son cabinet cette a pièce traduite en toutes les langues de l'Eu- « rope, honnis la turque et l'esdavonne. » Enfin, Je Cid est la première tragédie française qui ait pu traverser deux siècles et se maintenir au répertoire , toujours jeune de son ancien succès.

En 1639 Corneille donna la tragédie d' Horace ( qu'on a depuis mal à propos appelée les Horace»), et, par une vengeance digne de son génie, il dédia sa pièce au cardinal de Richelieu. Il disait à l'orgueilleuse Éminence : « C'est d'elle que « je tiens tout ce que je suis »; et par une allusion à Mirame et à d'autres tragi-comédies que le cardinal avait élaborées avec Colletet, Des Marets et L'Étoile, le poète ajoutait : « Nous vous « avons deux obligations très-signalées, l'une « d'avoir ennobli le but de l'art, l'autre de nous « en avoir facilité la connaissance. » Mais où la vanité du ministre trouva sans doute un éloge , n'est-il pas permis aujourd'hui de voir une épigramme ? Corneille va plus loin encore : « J'ai « souvent appris en deux heures (dans ses entre- « tiens avec le ministre littérateur) ce que mes « livres n'eussent pu m'apprendre en dix ans : « c'est là que j'ai puisé ce qui m'a valu l'applau- « dissement du public, ce que j'ai de réputation, « dont je vous suis entièrement redevable. » Une anecdote, rapportée par Pélisson, semble annoncer ce qo*il pouvait y avoir d'ironie cachée dans l'exagération de tels éloges. Le bruit ayant couru que l'Académie porterait encore un jugement sur la nouvelle tragédie, Corneille répondit avec une noble fierté : « Horace fut condamné « par les duuravirs; mais il fut absous par le « peuple. *

Cette pièce peut être regardée comme une réponse victorieuse aux critiques dirigées contre le Cid. Les détracteurs de cette pièce répétaient que l'auteur de Médée et du Cid ne saurait jamais qu'imiter et traduire, <jq'U avait dérobé |a

première de ses tragédies à Sénèque, et la seconde à Guillen de Castro. Corneille, abandonnant plusieurs projets d'imitations espagnoles, qu'il avait conçus, chercha un sujet que personne n'eût traité avant lui, que lui seul pot avoir l'audace de traiter, qui pour être mis sur la scène exigeât des prodiges d'invention; et il créa Horace. L'envie rat forcée de se taire devant les beautés de cette œuvre énergique et subtiine, qui enlève l'Ame par des traits d'une si fière éloquence, par des situations si profondément dramatiques. Du reste, cette pièce, qui atteste an immense progrès, était, dans son ensemble, plus défectueuse que le Cid. « 11 y a trois tragédies dans Horace , dit Voltaire. L'unité d'action est violée, l'ordonnance vicieuse; souvent inème les subtilités , les analyses froides, les raisonnements languissants , le faux esprit déparent le dialogue. Le plaisir qu'on goûte en lisant cette pièce n'est pas celui que procure la perfection également répandue sur toutes les parties d'un ouvrage : il faut penser que l'ascendant de os génie est bien grand, puisque tous ces détails ou l'admiration est remplacée par la critique, n'ôtent rien à l'enthousiasme qu'il inspire. »

Cinna, qui survit Horace à quelques mois de distance, n'oflre point d'infraction à l'unité d'action ; mais l'unité de caractère y est manifestement violée. Le personnage de Cinna n'est pas soutenu , et ses variations inexplicables lu ôtent la noblesse et parfois l'intérêt. Cette énergie romaine-espagnole , qui produit des effets si sublimes, approche quelquefois de la déclamation, ou même y tourne tout à fait : la grandeur des sentiments et des pensées devient parfois une grandeur de parade, et, malgré tout ce qu'on peut donner à l'idéal, cesse d'être naturelle, vraie, sincère. Mais enfin, et il n'est pas besoin de le démontrer ici, le nombre des beautés domine, et ces beautés sont d'un ordre à racheter tous les défauts. C'est le jugement de la postérité, et ce rat aussi l'avis des contemporains. Lorsque Balzac eut lu cette pièce, il écrivit à l'auteur : « Je crie miracle !... Vous nous laites « voir Rome ce qu'elle peut être à Paris, et ne « l'avez point brisée en la remuant Aux en- « droits où Rome est de brique, vous la rétaboV « sez de marbre; quand vous trouvez du vide, « vous le remplissez d'un chef-d'œuvre, et je « prends garde que ce que vous prêtez à ITms- « toireest toujours meilleur que ce que vous ero- « pruntez d'elle. » Corneille dédia Cinna à na président au parlement de Toulouse, nommé de Montauron , qualifié « trésorier de l'épargne >, et qui fit présent de 1,000 pistoles an poète, croyant sans doute ne pouvoir payer moins cher l'honneur de se trouver, assez mal à propos, comparé à Auguste. Et depuis cette époque les dédicaces lucratives ont été appelées des épUres à la Montauron. Disons ici, en passant, qui ne finit point chercher le grand Corneille dans m épttres dédicatoires, et qu'on le trouve

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ment dans les ouvrages que ces malheureuses épitres précèdent (1).

Polyeucte, jouée en 1640, marque le plus haut point de perfection du génie de Corneille. Avant de donner sa tragédie au théâtre , le poète rayait lue à l'hôtel de Rambouillet, « souverain tribunal, dit Fontenelle, des affaires d'esprit en ce temps-là ». VoHore se chargea de faire connaître à l'auteur que sa pièce avait été généralement condamnée, et Corneille, alarmé, allait la retirer de l'étude quand il fut détourné de ce dessein par un comédien obscur, nommé La Roque, qui, jugeant mieux que tout l'hôtel de Rambouillet, eut le mérite de conserver à la scène française un de ses chefs-d'œuvre. C'est avec le Cid celui des ouvrages de Corneille dont le plan est le mieux conçu; c'est le seul où il a su allier le pathétique gracieux et tendre à la force et Sa sublime. Le rôle de Pauline est sous ce rapport une création unique de son théâtre ; car il avait plus de grandeur que de sensibilité dans l'âme, plus d'énergie que de souplesse. Il n'était réservé qu'au seul Racine d'unir presque constamment ces deux caractères.

Avec Polyeucte Corneille avait atteint l'apogée de son génie et de sa gloire ; il ne devait pas s'élever plus haut. Mais pendant plusieurs années encore il se maintint, sauf quelques chutes, sinon à la même hauteur, du moins dans une région moyenne, qui n'était pas encore la décadence. Son talent dramatique semble même prendre de nouveaux développements et gagner en étendue ce qu'il perd en élévation. Pompée et le Menteur, représentés presque simultanément (1641, 1642), en offrent un double exemple. La conception de Pompée est imposante, et il est malheureux que le dialogue soit si souvententaché d'enflure à la Lucain. On a mille fois remarqué l'originalité majestueuse du début, où l'exposition du sujet renferme le nœud de la pièce. Le personnage noble et touchant de la veuve de Pompée était encore une création, après les caractères de Pauline et d'Emilie.

La tragédie française était créée; et quand le Cid parut Racine n'était pas encore né. Cinq tragédies de Corneille, qu'on revoit toujours avec admiration, étaient les cinq premiers chefsd'œuvre de notre scène. Mais la comédie était encore à naître ; jusque là les pièces qui portaient ce titre n'offraient ni naturel ni véritables peintures de mœurs. Un amas d'extravagances,

(1) Ces normales laadatlres auxquelles l'usage général astreignait les auteurs de dédicaces, et dont l'Académie française donnait elle-même l'exemple dans la préface de son Dictionnaire de l'Académie, trouvent leur excuse dans la modestie et la simplicité de Corneille. Son génie ne pensait pas s'humilier en descendant Jusqu'à sollletter les protections des nommes puissants alors. On ne doit donc pas attacher a ces formules plus d'Importance qu'à ces locutions banales de foi V honneur d'itr990trttrét-kumbieettréi-obéissant»er9tt&urtdont tous nos neveu riront un Jour, et qui paraîtraient encore plus ridicules et serrlles aux Romains et aux Grecs, où le moindre personnage tutoyait Cétar et Périelét en lut écrivant d'égal à égal. A.-F. D.

qui n'avaient rien de réel, faisaient tout le comique de la scène française. Ramenant les deux scènes à la nature et à la vérité , Corneille montra dans le Menteur ce que devait être la comédie, comme il avait appris à ses contemporains par le Cid ce qu'était la tragédie. En un mot, dans l'espace de six ans, il avait tracé la route à Racine et à Molière. Le Menteur est imité d'une pièce espagnole , la Verdad sospechosa, que Corneille appelle, dans sa préface, une merveille , et il ajoute : « Je ne trouve rien qui lui soit comparable en ce genre, ni parmi les anciens ni parmi les modernes. » Cependant, il déclare que quoiqu'il ait beaucoup emprunté, « il y a peu de rapport entre le fran- « çais et l'original, » qui fut d'abord attribué à Lope de Vega et qui depuis a été reconnu être de D. Juan d'Alarcon.

En l643CorneUle donna la Suite du Menteur, imitée aussi d'une pièce espagnole de Lope de Vega, intitulée Amor sin saber a quien. On y trouve une belle tirade sur la sympathie ; mais les suites d'un chef-d'œuvre sont rarement heureuses.

C'était la première fois que Corneille voyait le public accueillir avec froideur un de ses ouvrages ; mais il allait prendre une revanche éclatante. Rodogune fut représentée en 1644. C'est de toutes les pièces de Corneille celle qu'il préférait; le succès en fut très-grand. Dans le cinquième acte le talent de Corneille se montra sous un aspect nouveau. Jusque là il avait produit ses grands effets par le ressort de l'admiration, quelquefois uni au ressort de la pitié, qui le rendait plus tragique : ici l'admiration a fait place à l'effroi ; une affreuse incertitude obsède l'âme des spectateurs; des combinaisons savantes préparent et développent un des plus imposants spectacles de terreur qu'ait offerts le théâtre.

Théodore, jouée en 1646, fut un grave échec Encouragé par le succès à» Polyeucte, Corneille avait cru pouvoir emprunter au IIe livre des Vierges de saint Ambroise le sujet d'une nouvelle pièce religieuse. Sans doute une jeune fille placée entre le déshonneur et l'apostasie offre une situation tragique, mais bien difficile à mettre sur le théâtre. Le grand Corneille échoua complètement. « On ne put souffrir, dit Fontenelle, la seule idée du péril de la prostitution; et si le public était devenu si délicat, à qui M. Corneille devait-il s'en prendre, qu'à lui-même? Avant lui le viol réussissait. » Ce défaut essentiel n'était d'ailleurs pas le seul ; Corneille l'avoue lui-même avec sa franchise ordinaire : « Théodore, dit-il, n'a aucune passion qui l'agite, et là même où son zèle pour Dieu, qui occupe toute son âme, devrait éclater le plus, c'est-àdire dans sa contestation avec Didyme, je lui ai donné si peu de chaleur , que cette scène, bien que très-courte , ne laisse pas d'ennuyer. Aussi, pour en parler sainement, une vierge et

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martyre sur un théâtre n'est autre chose qu'un terme , qui n'a ni jambes ni bras , et par conséquent point d'action. » Même dans cette pièce, dont le sujet était si malheureusement choisi, l'auteur de Polgeuete se laisse entrevoir par in* tervalles. La cinquième scène du troisième acte et le quatrième acte tout entier sont dignes du grand Corneille.

Dans Héraclius, donné en 1647, Corneille retrouva tout son génie; tnaig,'an Heu de le consacrer tont entier à la peinture des passions et des caractères, il l'employa en partie à nouer et à dénouer les fils d'une des intrigues les pins compliquées qui aient jamais été mises au théâtre. Les inventions du poète, quoique fort belles, sont si entremêlées et brouillée*, comme on disait alors, qu'elles produisent dans respritdes spectateurs presque autant de fatigue que d'admiration. Cependant le nombre et la nouveauté des combinaisons dramatiques font dé culte pièce sinon un des chefc-d*œuvre, du moins une des plus étonnantes créations, de Cornettle. On l'ao cusa d'avoir pris son sujet dans Calderon \ il s'en défendit , et depuis le père Tournemine a prouvé que V Héraclius espagnol, sons le titra de Tout dans la vie #t mensong* et vérité (En «ta vida todo es verdad y todo mentira), était postérieur k Y Héraclius français.

Corneille avait publié tous «as chen-dVnuvre, et il n'était pas encore de l'Académie française. La première chose que l'Académie avait à frira après la publication de ans Sentiments sur le Cid, c'était de recevoir dans son sein l'auteur du Cid. Le nombre des quarante premiers membres n'était pas encore rempli; Corneille s'était inutilement prenante plusieurs fois. L'historien de l'Académie, Nisaou, raconta ingénument que d'abord elle lui préféra le président Salomon ; puis, que M. Faret étant mort an 1*46, elle lui préféra encore Du Ryer ; et qu'enfin le grand Cornettle ne fut reçu en 1647 que parce que l'obscur Balesdens, qui allait être préféré encore, « écrivit, dans une lettre pleine de beau- « coup de civilités pour l'Académie et pour « M. Corneille, qu'il priait la compagnie de vuu- « loir bien le préférer à lui. »

L'admirable génie qui avait donné à la France la tragédie et la comédie la dote, en 1660, quoique avec moins de succès, d'un genre intermédiaire, qui tient de la tragédie parla position et les sentiments des fieraeasnujes, de In comédie par l'intrigue et le dénouement. « Voici, dit-il lui-même dans l'épltre dédioataîre, un poème d'une espèce nouvelle, et qui n'a point d'exemple chef les anciens. Vous connaisses l'humeur de nos Français : ils aiment la nouveauté, et je hasarde non tam métier* quam nova , sur l'espérance de les mieux divertir. ■ Cette pièce d'un nouveau genre s'appelait Den Sancht d'Aragon , comédie héroïque. « Elle eut d'abord, dit Corneille, grand éclat sur te théâtre,; mai* une disgrâce particulière fit avorter aa

fortune ; le refus d* un illustre suffrage dissipa les applaudissements que le public lui avait donnés trop libéralement, et anéantit ai bien tous les arrêts que Paris et le reste de la cour avaient prononcés en sa laveur, qu'au bout de quelque temps elle se trouva reléguée dans la province. » Cet illustre suffrage qui manqua à Don Sanche éP Aragon était celui dn grand Coudé; mais ce ne Ait pas la seule cause de la chute de cette pièce. Corneille en convient : « Le sujet, dit-il, n'a pas grand artifice; c'est un inconnu assez honnête homme pour se faire aimer de deux reines; l'inégalité des conditions met un obstacle au bien qu'elles lui veulent , durant quatre actes et demi ; quand B nuit de nécessité finir la pièce, un homme semble tomber des nues pour mire développer le secret de sa naissance, qui le rend mari de l'une, en le fusant reconnaître pour frère de l'autre. »

La même année, Andromède, pièce à machines, â décorations magnifiques et à grand spectacle, dont le sujet est tiré des Métamorphoses d'Ovide, eut quarante-cinq représentations, ce qui était alors un succès prodigieux. Ainsi, le créateur de la tragédie et de la comédie en France y donna la première Idée d'un genre de spectacle d'oo plus tard devaient naître l'opéra, ses machines et ses ballets.

Deux des collègues de Corneille à l'Académie, Charpentier et La Monnoye, ont écrit qu'après avoir publié une chanson licencieuse en quarante couplets, intitulée V Occasion perdue et recouvrée, il fut conduit h confesse par le chancelier Beguier lui-même, et qu'un moine lui imposa pour pénitence de traduire l'Imitation en vers français. Mais il est reconnu maintenant que cette fameuse chanson, oeuvre d'un sieur de Cantenac, ne parut pour la première fois qu'en 1662, dans un recueil intitulé Poésies nouvelles et galantes, tandis que le premier livre de 17mitation traduit par Cornettle avait déjà été publié en 1651. Ce lut donc volontairement, et sans pénfteace imposée, que Corneille entreprit et poursuivit, comme II le déclare lui-même, avec beaucoup de temps et beaucoup de peine, une entreprise qull trouvait difficile et qui ne rat (tramée qu'en 1666. Cet ouvrage, qui eut, dsVon, trente-deux éditions, est aujourd%ui tombé dans un oubli peut-4tre insusérité. Ou j reconnaît pur intervaltes la touche orignal* et grande de l'auteur de Polveuete. Parfois même IVuenne un peu rude et hautaine du vers cornélien s'adoucit jusqu'à rendre avec une grâce aéuurahW la sublime stmptietté de l'origmal , comme dans ce passage» par exemple :

four féterer de terre, homtoe, n te tant deux lile*

La pureté du cxeûjr et U ftlmpHcilê;

Elle* te porteront avec hcllllé

Josqu** l'abîme heureux de» clartés elerâfilb*»

Tout «travaillant à cette œuvre de piéb!, Corneille se sentait encore entraîné ver» la scène tragique. Kn 1652 il donna Nicomède, Cette pièce

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offre dans le personnage principal no développe* ment nouveau du génie de Corneille. Un héros environné de périls, qnll ne repousse qu'avec \% ronie, telle est la donnée du premier rôle, mise en œuvre par le poète avec une rare habileté. C'est le caractère comique du railleur, élevé, par la grandeur d'âme, par le rang et les dangers du personnage, à f énergie, à la dignité, au subUmemème de la haute tragédie. Lorsqu'on songe que Afcn* mède est la vingt-et-unième pièce de Corneille, et que ce grand poète avait déjà fait réciter au théâtre , comme fl le dit lui-même, quarante mille vers , il est impossible de ne pas admirer cette force de génie qui le poussait toujours vers des voies nouvelles et lui faisait rencontrera chaque pas les créations les plus originales ; mais après tant de travaoxla lassitude et la défaillance étaient mevftaMi»;l'anteur de Mcemède allait en faire la dure expérience.

La chute de Ptrth*rité, en 1**3, tat depuis te &d le premier grand revers de Corneille. Cette pièce n'eut que deux représentations. Le publie tepoosaa dans le ml des Lombards un mari qui voulait racheter sa femme en cédant un royaume. Cet échec surprit Corneille, et l*affHgoa, comme une tajuste disgrâce. Méconnais sant l'Immense Intervalle qui séparait ses ehefs- <f oeuvre d'un ouvrage si peu digne de lui, et «a croyant autant de droits aux applaudkaemtents qu'à l'époque du Pie?, fl accusa le pubHc de légèreté et d'une cruelle inconstance. Il ae retira du théâtre en répandant dans des plaintes hautaines l'amertume de son âme. « La mauvaise réception que le nunttc a mita è est ouvrage, cfit-il dans In prête* de sa pièce» m'avertit qu'ai est tempe une je sonne la retraite, et que des préceptes de mon Horace je ne songe plus è pratiquer que celui >ci :

Sol ve Benesceatem mâture ttiM eqawa, «« Pc«et a* «itraran rMcatfus et Uta duoat

Il vaut mieux que je prenne congé de metaieue que d'attendre qu'on tne te donne tout à mit : i; est juste qu'après vingt années de travail je commence à m'apercevoir que je deviens trop vieux pour être encomè Umeo^r en importe cette satisfaction que je laisse le théâtre français eu meilleur état que je ne l'ai trouvé, et du côté de l'art et du eotédes mœurs. Les grands gantea qui lui ont prête leurs ventes de mon temps y ont beaucoup contribué; et je me flatte jusqu'à penser que mes seins n'y ont pas nui. H en Tien* dra de plus heureux après nous, qui te mettront è sa perfection, et qui achèveront de réparer : je tesouhsitedeloutinettoomr. »

En déclarant ainsi qui! renonçait pour ton* jours au théâtre, OorneWe avait promis plus qu'il ne pouvait tenrr. Du fond de la retraite où il achevait de traduire V finit atUm, il ne cessait de reporter avec regret ses regards sur le théâtre. Cependant, en défiance non de lui-même, triais du public , i) redoutait autant qu'A désirait d'y reparaître. Les conseils du

Fouquet le décidèrent , malheureusement pour sa gloire, à sortir de son repos. Il revint au théâtre en 1669, pour défigurer le plus beau, le plus pathétique sujet de la tragédie antique : il donna son Œdipe, Cette triste composition réus* nfC cependant; et ce succès, si doux è un vieux triomphateur, tertuganeadepias beUedans Ucar» rière. H tenta un nouvel essai pour réunir le chant et la poésie, et la Ibimn dTOr, jouée en 1662, excita des ap^audiiieements dus en grande partie aux décorations. L'année suivante, "a tragédie de Sërtortuê obtint encore beaucoup de succè*. EUe le méritait, par tenobte caractère du principal personnage, par des mots sublimes et une des plus belles scènes qui soient an théâtre français. C'est en assistant à une représentation de cette pièce que Tureune , dit-on, s'écria : « Où donc Corneille a-Wi appris l'art de la guerre? » Mais parmi tes lottes de ce temps, D'Aubignac, auteur de mauvaises tragédies, mauvais poète et mauvais prédicateur, après avoir accusé l'auteur de Seriorius d'être affamé d'argent, couronna sa critique de cette tragédie par ces incroyables turpitudes : « Déntftes-voeê, monsieur de Cora neflte, de ces mauvaises façons déparier, qui « sont encore plus mauvaises que vos vers. Vous * êtes sans doute te marquis de Mascarilte, qui « piaille toujours* ne dit jamais rien qui vaille.»

En 1664, Sophûnisàfy moins heureuse que Sértorttts, ne flt point oublier ou plutôt fit remettre au théâtre la tragédie que Maint avait donnée sons le même titre, sept ans avant It Clé.

Le génie de Corneille, quoique vieillissant, vint encore ae révéler dans Othon ( 1666). Les caractères de Galba et d'Othon sont peints d'après Tacite avec une si fidèle énergie, que le ma* T^et^(teGwnmoiito^^:«Coriieiltea\>itètre le bréviaire des rote* »

L'année 1666 vit tomber VAgétUas de Corneille, et bientôt après Racine obtint dans jtndromnquê son premier succès éclatant. C'étaient comme deux astres, dent l'un se levait quand l'autre était à son couchant. En 1667 Attila fut un peu plus heureux qa'Agésths auprès du public, sans être mieux accueilli des «jeu* degoflt. On connaît les deux éjngraromes de ftoileau, qui n'ont d'ailleurs d'autre mérite que celui de la vérité.

La pièce âeTiteet Béréniee tut jouée en 1670. On dit qu'une princesse do la cour du grand roi (Henriette d'Angleterre, alors duchesse d'Orléans) mit aux mains, è leur insu, le jeune Racine et le vieux Corneilte, qui devait succomber dans ce qu'on appela un duel.

La comédie-ballet de Psyché, en vera libres, avec des paroles lyriques qui forent le premier essai en ce genre de Quinanlt, et dont Lulli fit la musique, ne doit être citée id que pour la coopération de Corneille avec Molière dans la confection de cet ouvrage ( 1671 ).

Un an après ( 1672 ) parut Pulchérie, qui réus-

CORNEILLE

8it,et dont le cinquième acte est encore estimé. On a cru que Corneille avait voulu se peindre luimême dans le rôle de Martian. Enfin, le père do théâtre français termina sa longue carrière dramatique, qui avait duré quarante-cinq ans, en 1675, par la tragédie de Suréna. Dans cette trente-troisième et dernière pièce jaillirent encore quelques étincelles du feu poétique qui l'avait animé, et notre grand tragique eutrhouneur mérité de clore son théâtre par un vers (1) qu'on a justement qualifié de sublime.

H fout rattacher au théâtre de Corneille ses préfaces, tes savants examen* qu'il a faits do ses pièces, et ses trois Discours : De l'utilité et des parties du poème dramatique; De la tragédie; Des trois unités. C'est là qu'on remarque aussi la profondeur de ses études, de ses combinaisons, de sa théorie, et que dans le premier modèle de la scène française on reconnaît son premier législateur.

On a encore de P. Corneille un volume à' Œuvres diverses, recueillies par Granet, 1 738, in-1 2 ; on y trouve un poème sur les Victoires de Louis XIV, qui avait été imprimé en 1668, in-8°; les Louanges de la sainte Vierge, de saint Bonaventure, traduites en vers et qui avaient paru à Rouen, 1665, in-1 2; plusieurs traductions en versdeSanteul, du P. La Rue, etc. ; des rondeaux, des sonnets, des élégies, des madrigaux, des stances, des chansons, etc. Corneille avait inséré des pièces de vers dans les Triomphes de Louis le Juste ; Paris, 1659, in-fol. Il avait aussi traduit les deux premiers livres de la Thébaide de Stace; mais on n'en connaît qu'un seul vers , cité dans le Ménagiana. On a dit que Corneille avait supprimé lui-même tous les exemplaires de cette version ; mais ne se pourrait-il pas aussi qu'elle n'eut jamais été imprimée? Après cette énumération des ouvrages de Corneille, nous n'ajouterons que quelques mots sur ses dernières années. Elles s'écoulèrent dans la gène et la tristesse. Le noble vieillard, blessé des succès de son jeune rival, se plaignait de l'injustice des contemporains. 11 éprouva un vif sentiment de joie en apprenant que le roi avait fait représenter à Versailles Cinna, Pompée, Horace, Sertorius, Œdipe, Rodogune. Son feu

(1) Surent vtent de périr, «saaaslné par l'ordre «l'on prince qui lui devait le saint de ton empire ; Palmta , m scrar, maudit les meurtriers de ce grand général, et reproche * Eurydice, princesse partne, aimée de Suréna de roir sans indignation et sans larmes nn crime qu'elle n'a pas su prévenir. Eurydice répond en se poignardant. Voici tout ce passage •. Ce sont les derniers vers que Corneille a fait entendre au théâtre :

Paxmis.

Bt vont, madame» et vous, dont l'amour Inutile, Dont l'intrépide orgueil parait encor tranquille, Vous qui, brûlant pour lui, sans vous déterminer, Ne l'avez tant aimé qnr pour l'assassiner. Allez d'un tel amour, allés voir tout l'ouvrage. En recueillir le fruit, en goûter l'avantage. Quoi I vous causes sa perte et n'avex point de pleura.

BURTDtCE.

Heu, Je ne pleure point, madame} mais Je meurs.

poétique se réveilla ; il adressa des i au monarque, et sollicita la même faveur pour se? dernières pièces. Cette épltre, ou l'on trouve de beaux vers, ceux-ci entre autres :

Pour bien écrire eoeor, J'ai trop longtemps écrit Bt.lea rides du front passent Jusqu'à l'esprit^.

Cette épltre est comme le dernier éclair du génie de Corneille. Ce grand poète vécut encore huit ans, loind'une société qui commençait à l'oublier. Lorsqu'il mourut, le marquis de Dtngean écrivît sur son journal, à la date du 1er octobre 16*4 : « Aujourd'hui est mort le bonhomme Corneille. »

Pierre Corneille avait épousé , sous le règne de Louis XIII, une fille du lieutenant général des Andelys; il en eut trois fils : l'alné, capitaine de cavalerie et gentilhomme ordinaire du roi , fut père de Pierre- Alexis, marié à Mevers, en 1717, et dont le fils, Claude-Etienne, donna le jour à Jeanne-Marie Corneille et à Pierre- Alexis, kqui a laissé cinq enfants, dont trois sont encore vivants : Pierre-Alexis, qui en 1817 était réduit à demander au ministre des finances une petite place an nom du gtand Corneille, « dont je suis, écrivait-il, le vrai sang en ligne directe, » et qui depuis a été nommé professeur au oolléjge royal de Rouen, inspecteur d'académie et membre du corps législatif. Un de ses frères avait sous la Restauration une petite boutique de libraire près de la place des Victoires, et achetait dans 1» ventes des livres pour la Ubnotbèque des avocats. Une de ses sœurs a voulu , à la même époque, débuter au Théâtre-Français dans la tragédie. Voltaire n'avait connu qu'une petitenièce de Corneille, et ce lut pour lui constituer une dot qu'il publia, en 1764, ses Commentaires, Sous le règne de Louis XVI, le vertueux Maiesherbes eut le bonheur de connaître dans Jeanne- Marie Corneille une descendante directe du grand homme; il en fit sa pupille, et par ses soins die obtint une pension sur la ComânVFraiicaise. Elle avait sous la Restauration un petit bureau de tabac, rue Montmartre, à Paris; et ce fut die qui, avec de bien mimes ressources, éleva les cinq enfants de son frère. C'est à son profit que M. Lepan a donné sa bonne édition des Chefsd'œuvre de Corneille.

En 1767 , l'Académie de Rouen proposa pour sujet de prix Véloçe de Corneille. L'année suivante le prix fut décerné à Gaillard, depuis membre de l'Académie française, et le célèbre Baffly obtint l'accessit. Ces deux ouvrages sont imprimés. En 1807, l'Académie française mit aussi au concours Vèioge de Corneille, et en 1808 VictorinFabre remporta le prix; Auger eut l'accessit. Par une singularité remarquable , le célèbre Montyon, qui a si richement doté l'Institut, se mit an nombre des candidatR, et fit imprimer à Londres (in-*° de 43 p.) son Éloge de Corneille, avec cette note un peu chagrine : « 11 « parait que, par des considérations étrangères <ila littérature, cet éloge de Corneille n'a » point été admis au concours ouvert par JU-

CORNEILLE

cadémie natwnale. » En 1812 la Société libre d'émulation de Rouen proposa pour .sujet 'de prix cette question : « Quelle a été l'influence du « grand Corneille sur la littérature française et « sur le caractère national? » Le prix fut remporté par un auteur de dix-neuf ans, M. Thorel de Saint-Martin.

On voit encore à Rouen, rue de la Pie, l'humble maison où naquit le grand homme. Les voyageurs la visitent avec respect, et les habitants la montrent avec orgueil; mais telle est la vicissitude des choses d'ici-bas que le berceau du grand Corneille est devenu la forge d'un serrurier.

En 1834, le 6 juin, la ville de Rouen a inauguré dans ses murs la statue de Corneille. Une souscription avait été ouverte dans toute la France. Parmi les députaUons envoyées à cette solennité, on remarquait celles de l'Institut et du Théâtre-Français.

Le portrait de Corneille est difficile à tracer.

Comment le louer sans être au-dessous du sujet?

Son plus magnifique éloge est peut-être dans

ce vers de Voltaire :

Le grand Cundé pleurant ani vers do grand Corneille.

11 avait pris pour devise : Et mihi res , non rébus, me submittere conor. Il a peint son caractère dans ces vers (Œuvres diverses) :

Pour Die faire admirer Je ne fais point de ligne.... Mon travail tans appui monte sar le théâtre.

Il avait le sentiment de son génie quand il disait (itod.) :

Je ne doU qu'à moi seul tonte ma renommée...

Le prix que nous valons, qui le sait mieux que nous?

Quand l'Académie cherchait à corriger la langue que Pascal devait fixer et Racine polir, Corneille la formait et la créait pour ainsi dire en lui donnant la force et la justesse dans le raisonnement, l'énergie et la profondeur dans le discours, l'élévation et le sublime dans les sentiments, la noblesse et la majesté dans. le langage des rois et des héros. Né dans des temps de troubles et de factions, Corneille vit son génie grandir au milieu de ces crises politiques où les grandes âmes se portent plus haut quand les âmes communes y laissent leur vertu. Recueilli, il fut profond; vertueux, il rat grand. H parait n'avoir rien emprunté des Grecs. Ses auteurs favoris furent les deux Sénèque, Tacite et Lucain. Il aimait le théâtre espagnol, et y trouvait, comme dans Lucain, cette force trop souvent voisine de l'enflure. H opposa aux fureurs de l'envie le calme, anx injures le silence, à l'injustice le temps , à ses ennemis sa [gloire , et il les punit par sa renommée. L. J.

Les éditions originales et séparées des pièces de Corneille, depuis Mélite, 1633, jusqu'à Suréna, 1674 , sont très-rares et presque impossibles à réunir; eues offrent des variantes précieuses, qu'il serait important de faire connaître. L'édition de Rouen, 1664, 2 vol. in-folio, présente des

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