‹ Nouvelle biographie générale depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours, avec les renseignements bibliographiques et l'indication des sources à consulter;Chapitre 121 sur 133 · CORNET · texte numérisé non relu

CORNET

ges. Devenu membre do directoire do département de la Loire-Inférieure, il se démit de ce titre en 1791, et se retira à Beaugency, où il se conduisit avec humanité envers les cent-trentedeux Nantais envoyés au tribunal révolutionnaire par Carrier. Emprisonné au Plessis à Paris pour ce fait, considéré comme un crime, il recouvra sa liberté après le 9 thermidor. A son retour à Beaugency, il y fut nommé commissaire du Directoire, et après le coup d'État du 18 fructidor ( 1797), il fut élu membre du Conseil des Anciens.

C'est à partir de ce moment que date, à vrai dire , la carrière politique de Cornet. La république devait voir succomber ou déserter ses défenseurs. On peut ranger le nouveau dépoté dans 1a seconde catégorie; seulement il dirigea sa conduite suivant les circonstances. Il combattit le projet de loi relatif aux fôtes décadaires , fl s'opposa à la loi des otages, et fit interdire la tenue des clubs dans les lieux dépendant àe l'enceinte extérieure du Conseil. Sur sa dénonciation, le club du Manège fut fermé. Il s'opposa ensuite, et il ne mérite pour ce fait que des éloges, à la mise en jugement des naufragés de Calais. En même temps il se fit entendre sur plusieurs matières importantes d'intérêt public, telles que le régime hypothécaire, l'impôt du sel, la taxe des portes et fenêtres. Le 4 septembre 1799 il prononça, en sa qualité de président du Conseil des Anciens, un discours à l'occasion de la fête du 18 fructidor. Ne prévoyant pas encore les changements que le temps préparait à la France, il s'éleva contre la royauté autant que contre le drapeau rouge. » Le trône et l'autel peuvent, dit l'orateur, redevenir des mots magiques qui asserviront de nouveau l'univers ; » et qui asservirent Cornet lui-même, destiné à s'appeler le comte de Cornet sous le roi Louis XVIII. Le 11 septembre suivant le président prononça l'oraison funèbre du général Joubert; et le 23 dn même mois il combattit Je projet de loi qui prononçait la peine de mort contre quiconque s'exprimerait ou agirait dans le sens d'une modification de la constitution de l'an m ou de l'intégralité du territoire; c'est-à-dire qu'il sentait venir une révolution, et il avait souvent reconnu avec Baudin, son collègue de la commission des inspecteurs de la salle , la nécessité d'un coup d'Etat. A la nouvelle do débarquement de Bonaparte à Fréjus, Cornet ne cacha pas que c'était de ce général qu'on devait attendre la grande mesure qui ferait la solution des difficultés présentes. Il raconte lui-même comment cette journée mémorable fut préparée. Bonaparte voulut d'abord tout faire par le Conseil des Anciens. « Les rôles furent distribués, dit Cornet : deux des Directeurs, les sieurs Sieyès et Roger-Ducos, entrèrent dans les vues du général. Les deux commissions d'inspecteurs des deux conseils y accédèrent; et il rat arrêté que le Conseil des Anciens rendrait un décret pour transférer les deux Conseils à Saint-

Cloud ; que Bonaparte serait nommé commandant de la première division, et serait ainsi chargé de l'exécution du décret. » Tout était parfaitement prévu, comme on voit. Cornet passa la nuit du 17 brumaire à la commission des inspecteur* : « Contrevents et rideaux fermés, contmoe-t-il, pour qu'on ne s'aperçût pas qu'on travaillait dans les bureaux... On expédia des lettres de convocation pour les membres du Conseil ; mais on en retint une douzaine, qui étaient destinées à ceux dont on redoutait l'audace : celles-ci ne furent envoyées qu'après que le décret fnt rendu. » Cornet présida la séance des Anciens, qu'il ouvrit par une allocution dont le style était, comme cela lui était habituel, enflé, mais subtil. Il y faisait allusion à un complot menaçant les représentants : « Votre commission des inspecteurs sait, dit-il, que les conjurés se rendent en foule à Paris , que ceux qui s'y trouvent déjà n'attendent qu'un signal pour lever leurs poignards sur des représentants de la nation, un*

des membres des premières autorités Le

Conseil des Anciens a dans ses mains les moyens de sauver la patrie et la liberté ». C'est donc au nom de la liberté que Cornet donnait les mains à un coup d'État.

Le décret de translation à Sairit-Cloud dn corps législatif et l'adresse des Anciens au peuple français étaient signés Cornet, président. A la suite du 18 brumaire, il devint on des membres influents du Conseil. Ce rat lui qui aHa porter le décret au général Bonaparte, et 11 caractérise luimême ainsi qu'il suit le résultat de cette journée : « Le pouvoir militaire était dans la main de Bonaparte, et dès ce moment il se regarda comme le seul maître des affaires... Cette journée dn 18 brumaire fut une j ou niée de dupes , en ce sens que le pouvoir passa dans les mains qu'on n'avait pas assez redoutées. » Cornet fut nommé membre de l'une des commissions intermédiaires qui remplacèrent les deux Conseils et qui rédigèrent avec les trois consuls provisoires la constitution de l'an vm. Sa carrière politique était déjà avancée; celle des emplois et des honneurs eut dès lors son tour. Il fut d'abord envoyé en mission par le premier consul, dans l'ouest insurgé. Le 24 décembre 1799 fl rat nommé sénateur, commandant de la Légion d'honneur ie 14 juin 1804, secrétaire du sénat et comte de l'empire, et le 30 juillet 1811 il fut élevé à la dignité de grand-officier de la Légion d'honneur. Voici comment Cornet essaye de justifier loimême tant de titres et d'emplois : « Tous les hommes, dit-il , que le premier consul a associés à son pouvoir ne pouvaient prospérer qu'à l'aide de sa toute-puissance ; les honneurs et les richesses ont été le prix de leur asservissement extérieur. Il est si doux de se voir entouré, sollicité, flatté; de pouvoir répandre des bienfaits sur sa famille et sur ses amis; de marcher vers l'opulence et la grandeur, quoiqu'elle ne soit souvent que relative ! H n'y a que ceux qui , soit

CORNET — CORNHERT

par défaut de moyens, soit par la fatalité des circonstances, ne peuvent pas participer à tons ces avantages, qui s'arment d'une grande austérité de caractère et de principes. » Ce langage n'a rien d'hyperbolique; il est par trop naïf.

Comblé par Napoléon Pr, le comte Cornet s'associa le 1er avril 1814 à l'acte du sénat qui prononçait la déchéance de l'empereur (1), et le 4 juin suivant il fut élevé à la pairie par Louis XYIH. Laissé à l'écart par Napoléon dorant les cent jours , il fit partie, à dater du 17 août, de la nouvelle chambre des pairs, dont le principe était l'hérédité. Le 31 août 1817 il reçut par lettres patentes du roi le titre de comte. Sa vie politique se résume ainsi dans les trois phases parcourues par sa signature : le citoyen Cornet, sous la république ; le comte Cornet, sons f empire; enfin, le comte de Cornet, sons la Restauration ; il adopta pour armes : trois, corps de chasse supportés par deux licornes , avec cette devise : Rex et Lex. 11 prit comme pair quelquefois la parole sur des questions de législation civile ou administrative. La vie de l'homme public a pu ne pas être exempte de reproches; elle n'implique pas celle de l'homme privé et n'en exclut pas les vertus. On a du comte Cornet : Notice sur le dix-huit brumaire; Paris, 1819; -Souvenirs sénatoriaux, précédés d'un essai sur la formation de la cour des pairs ; Paris, 1824, in-8°. V. R.

Lemerdei-y Éloge du comte Cornet, prononcé à la ehambre des pain le il décembre 1881. — Mon. univ., 1S3», p. tm. — !Coroct, Notice hist. sur le dix-huit bnmakrt. — Thlers, Hist de la rév. fr, — Qnérard, la France UiL - Arnaalt, Joujr, etc.. Galerie hisL des contemporain*.

cornet ( Nicolas ), théologien français, né à Amiens, en 1692; mort à Paris, le 18 avril 1663. Élevé dans sa ville natale, chez les jésuites, il fut reçu docteur en théologie à Paris en !62o. 11 devint ensuite grand-maltre du collège de Navarre et syndic de la (acuité de théologie. Cornet refusa d'être le confesseur de Richelieu; mais il corrigea les Méthodes de controverse de ce ministre, et en composa même, dit-on, la préface. 11 serait peu connu aujourd'hui s'il n'eût dénoncé à la faculté de théologie sept propositions, dont les cinq premières furent condamnées depuis à Rome, comme extraites de Y Auguste nus de Jansenius. Ce sèle orthodoxe, qui exposa Cornet aux attaques des écrivains de Port-Royal, a été célébré par Rossoet, qui avait été son élève et qui prononça son oraison funèbre.

Morért, Grand diet. hist. —Sainte-Beuve. Port-Bopal, toL II.

ooftiiBTTO ( Adrien, cardinal de). Foy. Càs-

TELLESI.

CORNETTE ( Claude- Melchior) , médecin français, né à Besançon, le 1" mars 1744, mort à Rome, le 1 1 mai 1794. Après avoir pris ses pre-

(1) Lç refo» de la sénatorerte de Florence, sollicité par Cornet, lai causa, dit-on, un mécontentement qui effaçait sans doute a ses yeux tous les antres bienfaits de l'empereur.

miers degrés dans l'université de sa ville natale, 11 vint à Paris achever ses études médicales. Il s'appliqua spécialement à la chimie, et fut reçu à l'Académie des sciences en 1779. Nommé médecin des tantes de Louis XVI, il les accompagna dans leur émigration. On a de lui un grand nombre de mémoires surs divers sujets de chimie, insérés dans les Mémoires de l'Académie des sciences et de la Société de médecine.

Biographie médicale.

*C0ftHBU8 ou dblla GOE6HA ( Pierre- Philippe ), légiste Italien, né à Pérouse, en 1420, mort en 1493; il professa avec éclat le droit à Pise, à Ferrare et dans sa patrie ; et il reçut de l'admiration de ses contemporains le titre de doctor subtilis. Ses ouvrages sont nombreux ; ce sont des Leçons (Lecturx)mt le Code et le Digeste, imprimées à Pérouse, à Pavie, à Lyon; des Consiliajuris; dont il existe deux éditions, chacune en quatre volumes in-fol. (Lyon, 1553; et Venise, 1572) ; et divers traités, dont il serait fort inutile de donner les titres.

Pandrollus x de Claris legum interprétants, II, 95. — But, Memoria délia Perugfna universitd, I, m, - Ttrasboacnl, Storia delta letteratura, XV, tio. — Vermlglloll, Biographia deqli scrittori ptruginL, I, *Si. — Gbittnl, Teat. d'Dom. letterat. - JacoblUl, Bibliot. Umftri*.

GOftMBftT OU COOBJfHBRT (Didéric), tit-

tératenrliollandais, né à Amsterdam, en 1522, mort à Gouda, le 20 octobre 1590. Né d'une ancienne famille hollandaise, il voyagea fort jeune en Espagne et en Portugal. A son retour, il épousa, malgré ses parents, une femme presque sans fortune', et rat obligé d'entrer en qualité de maître d'hôtel au service de Renaud de Brederode, baron de Yianen. 11 s'établit ensuite à Harlem comme graveur en taille-douce. U reproduisit avec son burin les plus belles peintures de Martin de Héemskerk , et fut le maître et le collaborateur de Gheem, Gollzius et Philippe Galle. Bien qu'il n'eût reçu presque aucune instruction, il se préoccopait vivement des questions religieuses. Il conçut quelques scrupules sur des sujets de théologie; et slmaginant qu'il en trouverait la solution dans saint Augustin, il apprit le latin à l'âge de trente ans , et fut bientôt capable de traduire en langue hollandaise les Offices de Cicéron. 11 cultivait aussi avec succès la musique et la poésie. La chanson si populaire en Hollande de Wilhelmus van Nassouwen est de sa composition. Quelques historiens littéraires l'attribuent à Philippe de Marnix. Nommé en 1564 secrétaire des bourgmestres de Harlem , il prit une part active aux délibérations et aux écrits qui préparèrent l'affranchissementde la Hollande. H composa le premier manifeste que Guillaume de Nassau fit paraître dans son camp, au mois de décembre 1 566, sous le titre de : Avertissement aux habitants des Pays-Bas, pour la loi, pour le roi et pour le troupeau. Arrêté et transféré dans une prison de La Haye, il se consola par des compositions

poétiques et reHaJenses. Sa femme donna à cette occasion an étrange exemple de dévouement conjugsl i ellealla visiter un hôpital de pestiférés, dans l'espoir de gagner la maladie, de la communiquer à son mari, et de le soustraire ainsi à l'échafaud et au bûcher. Cornhert fut rendu à la liberté, et se retira à Clèves , où il reprit, pour vivre, son ancien état de graveur. Les états de Hollande le rappelèrent en 1572, et lui confièrent la charge de secrétaire d'État. Mais, ayant voulu s'opposer aux désordres des gens de guerre, il devint odieux aux généraux, et fut forcé de s'exiler une seconde fois* H continua cependant de servir de sa plume la cause de la liberté de la Hollande. Ce fui à eette époque qu'il publia un Mémoire pour faire voir avec évidence à toutes les puissances chrétiennes que Vimurrection tics Pays-Bas contre le roi d'Espagne ne parte point du tout le caractère de la sédition, mais qu'elle est fondée sur lu première et la plus irréfragable loi de la nature% celle de la défense de soi. Après avoir séjourné quelque temps à Embden, il retourna a Harlem, et s'engagea dans des disputes religieuses, qui troublèrent la fin de sa vie et le firent bannir de Delft, où il avait fini par s'établir. * Cornhert, dit Bayle, se rendit fameux par des écrits un peu hétéroclites en matière de religion. On le met au nombre de certains spirituels ou enthousiastes qui croyaient que toutes les sectes du christianisme étaient corrompues depuis plusieurs siècles, et que sans une mission extraordinaire, .soutenue de miracles , personne n'avait le droit de s'immiscer aux fonctions du ministère évangélique. Il condamnait donc hautement l'entreprise de Luther et de Calvin, quoiqu'il reconnût Se la communion romaine n'était pas la vraie Use. H aurait voulu qu'en attendant que Dieu suscitât des réformateurs tout à fait semblables aux Apôtres, toutes les sectes chrétiennes se réunissent dans une sorte d'intérim , dont le plan était qu'on ne ferait autre chose que lire au peuple le texte de la parole de Dieu, sans proposer nulle explication, sans rien prescrire aux auditeurs par manière de précepte ou de défense, mais tout au plus par manière d'avertissement. Il ne croyait point que pour être un véritable chrétien il rat nécessaire d'être membre d'aucune Église visible; et d'après ce principe il ne communia ni avec les catholiques, ni avec les protestants, ni avec aucune secte, U écrivit avec beaucoup de hardiesse contre la retigun réformée, et nommément contre Calvin et Théodore de Bore. Il n'y avait rien qui lui parût pins contraire k la raison et à l'Évangile que de persécuter ceux

qui ne sont pas de la religion de l'État

Personne en ce tempe-là n'écrivit aussi fortetement que lui pour la liberté de son pays et la liberté de conscience. » Controversiste et tolérant jusqu'au dernier moment, il acheva sur son lit de mort son Traité contre la peine capitale des hérétiques. Ce livre, traduit en latin, Ait

GORlfHE&T ~ CORNIC-DVGHÊNE

publié èHanan, en 1593. Las œuvres complètes de Cornhert ont été recueillies; Amsterdam, 1630, 3 vol. in-fol. Membre de la chambre des Bbétoriciens d'Amsterdam, Cornhert stimula les efforts que faisait cette société littéraire pour fixer la langue hollandaise, et rédigea la préfixe de la grammaire qu'elle fit paraître en 1684. Ainsi, après avoir travaillé de toutes ses forces à l'affranchissement de sa patrie, il contribua a lui donner une littérature nationale,

Biyle. Dtottojtn. hitlor. McrUif**. - J.4e S'Grt?»wert. EtSQi §ur l'Mitoire dit IflMtUratvre néerlandais

cornu vi (Jean-Baptiste, oornte de), littétaur italien, né le 28 février 1742, A OruNuovt, près de Brescia; mort dans cette dernière ville, le 7 novembre 1813. H acheva ses études à Milan, et débuta par quelques ouvrages dramatiques : Vlnganno Jelice; il Matrimonio (s la mode, opéras } U Decemvirato et Qario in fabilonia , tragédies \ mais d'après les conseils de Mazzucbelli,dont U avait versifié la Mort de SocraU, il laissa le théâtre de côté pour se consacrer à l'histoire littéraire et à l'agronomie, On a de lui ; Saggio di storia letteraria deglï Ont- Nuovi; Brescia, 1771 ; — Saggio intorno alla poesiaalemanna; Brescia, 1771; —dellalegis- Umone relativamentealVagricolturaihnsm, 1780 ; cet ouvrage est formé de deux discours, lus par l'auteur à l'Académie d'agriculture de jfrescia; — Idée sulla végétations ; Brescia, 1781} — Principii di filosofia agraria appUeata al distritto degli Orzi- Nuovi; Brescia, 1782 ; — Saggio sopra Luciano; Baasano, 1789; *~ i Piaoeri dello spirito, ossia analisi d*\ principii del gusto e délia morale; Brescia, 1700 j — Jttflessioni sulle monete; Térone, 1798'; — i Seeoli délia letteratura ita- Hana dopo U suo risorgimento; commentaho ragionato; Brescia, 1804-1813, 9 vol. in-8". Cet important ouvrage est une histoire de la littérature italienne depuis le onzième siècle jusqu'au milieu du dix-huitième. Ce sujet avait déjà été traité par Tiraboschi avec beaucoup d'érudition; mais Corniani suivit un plan différent , le messe qui avait été adopté par les bénédictins pour leur Histoire littéraire de la France. Après on discours qui offre le tableau général et les caractères distmetifs de chaque siècle, viennent des notices particulières qui font connaître les principaux écrivains de ce siècle. Gingoené, qui a souvent profité des travaux de Corniani, a Eût plusieurs fois l'éloge de ce littérateur. Ttpaldo, Bioorafia deoh ItaL UhutrL

coa*ic-DFÇH**£ (Charles), marin français, né le 5 septembre 1731, à Morlaix, ou il mourut, le 12 septembre 1809. Il était issu d'une famille originaire de l'Ile de Brébat. Son père, capitaine, négociant et armateur, le destina de bonne heure à la profession de marin , hémiitaire dans sa famille ; mais le jeune Chartes se montra rebelle à la volonté paternelle, et ne céda que quand placé, comme le fils de Linné, dan*

œRJSICDUCHÉNE

l'échoppe don cordonnier, il eot reconnu, après hait joun d'un pénible noviciat, que «m obéissance pourrait seule fléebir son père. 11 n'avait alors que huit ans. Embarqué comme mousse sur les navires de son père , il fit onze campagnes en Irlande, en Angleterre, en Portugal, en Espagne , à Saint-Domingue , à Terre-Neuve et dans la Manche. Signalé au ministre de la marine pour divers actes de courage, il fut nommé, à Tâge de vingt ans, pilotin surnuméraire, les privilèges du grand-corps ( c'est-à-dire les officiers nobles de la marine ) ne permettant pas alors qu'on introduisit parmi eux les officiers bleus ou roturiers, quel que pût d'ailleurs être leur mérite. Garnie avait fait cinq nouvelles campagnes lorsque commença la guerre de sept ans. Le ministre sachant quel parti on pouvait tirer de l'intrépide corsaire, lui confia, mais sans lui donner aucun grade, le commandement de VAoalhe, cutter de six canons , navire de rebut, dont il eut à corriger la mâture ainsi que l'arrimage, et dont il parvint a faire un excellent voilier. Avec ce navire, il fit entrer à Brest vingtsix eonvois chargés de vivres et de munitions de guerre. Parti de Brest sur l'ordre du comte du Guay, pour reconnaître la force de l'amiral Hawtle, mouillé dans la rade de Portsmoutb, il prit en routa un navire de guerre et trois bâtiments marchands. En récompense de ces services , il fut nommé lieutenant de frégate (1757). Après avoir été chargé pendant quelque temps, Tannée suivante, du commandement de la corvette de douze canons la Cigogne , il prit celui H« la frégate de trente la Félicité, montée par 210 nommes d'équipage, et ayant mission de croiser le long des cotes, Sorti de Brest avec deux navires chargés pour Louiebourg, il rencontre deux corsaires anglais, prend l'un, chasse loutre , amène sa prise au port , en ressort aussitôt, va croiser à la hauteur de Belle-Ile, et se rend maître de quatre corsaires, de dix canons chacun, qu'il conduit à Lorient et à Brest. Queloees jours après (24 mai 1758), la Félicité, sortie de Brest le ît pour observer au large d'Ouessant les mouvements des croisières ennemies, fut prise en calme , à quatre liepes au sud de cette Ile, en vue d'une division anglaise qui lui barrait le passage de llroise : elle se composait de la corvette de vingt canons le Rum- Mer, de la frégate de trente-six la Tamise, et du vaisseau de soixante-quatre VAlcide. La frégate française fut dans l'impossibilité d'atteindre Onejsanti d'un autre coté, fuir devant l'ennemi, c'était se livrer k lui, et mieux valait, pour un homme comme Corpic, tenter les chances d'un combat , quelque Périlleuses qu'elles fussent. I) n'hésite pas. A minuit et demi, 'I vire de bord. Aussitôt la Tamise, arrivant sous le vent de la Félicité, et prévenant son attaque, la foudroie d'une de ses bordées et d'une décharge de mousqueterie; VAlcide suit cet exemfle, et d'un de ses boulets perce le grand mit '

de la frégate française, qui , de son côté , laisse arriver sur le Rumbler, et le coule. Délivrée pour quelques moments de VAlcidc, occupé à recueillir les naufragés du Rumbler, la Félicité lutte corps à corps avec la Tamise, et c'en était fait de la frégate anglaise si rAlcidt ne fut venu à son secours. Enfermé dans un cercle de mitraille qui a tué son second , son maître d'équipage , et blessé mortellement ses deux premiers lieutenants, Cornio soutient depuis deux heures cette lutte incroyable quand un boulet coupe la drisse de son pavillon. Us Anglais crient hurral et les canonnière français, croyant que4eur commandant s'est rendu, jettent leurs mèches à la mer. « Nonl s'écrie Cornic, je n'ai pas amené, et je n'amènerai pas| » Puis, s'élançant d'un bond sur la dunette, où tombe une pluie de feu, il bisse lui-même un nouveau pavillon. Le soleil, qui se lève, éclaire un nouveau combat. Vainement les Anglais, l'injure et la menace à la bouche, somment Cornic de se rendre; il descend dans la batterie , décharge son pistolet sur la lumière d'un canon, et son équipage, auquel il a communiqué sa fureur, balaye les ponts anglais. Enfin, après quatre heures et demie d'un combat dont l'acharnement n'a pas d'exemple , le» ennemis s'éloignent, et se réfugient, non sans peine, sous leurs voiles de fortune, dans le port de Plymouth, De llle de Molène, où il répara ses avaries les plus grave*, Cornic fit route pour Brest La joie qui accueillit son arrivée, le 25 juin, tenait du délire, Lorsqu'on vit rentrer la Félicité trouée jusqu'au-dessous de sa flottaison, ses mâU, ses voiles et son gréement en lambeaux , la foule salua avec transport la glorieuse frégate et l'intrépide capitaine de vingt-six ans qui consolait ainsi la France des désastres de sa marine, Cornic reçut en récompense une pension de 5ÛQ fr., mais point de grade : on craignait l'irritation du grand-corps , jaloux de son triomphe, la Félicité, radoubée, escorta dans les ports de la Manche, sans les laisser entamer par les Anglais, quinze ou seize convois de80 à îoo voiles. ISscortant ensuite le Robuste, de Bordeaux , chargé de munitions de guerre pour la Martinique, elle rencontra, è la hauteur du cap Finistère ( septembre 1758), le corsaire anglais de vingt-huit canons P Aigle, qu'elle prit après un rude combat d'une heure et qu'elle conduisit à La Rochelle. Sortie de ce port avec un convoi, elle s'empara en route d'un autre corsaire. L'année suivante, informé que Rodney, qui bloquait et bombardait le Havre, avait juré qu'il n'y entrerait pas vivant , Cornic appareilla de La Hogue, où il était relâché, et chassant devant lui la corvette le Scott , commandée par un de ses lieutenants, il passa an beau milieu de l'escadre anglaise, et, parvenu è l'extrémité de sa lime, il arbora son pavillon blanc, fit feu de trlpord et de habord, et entra au Havre aux acclamations des habitants accourus sur les remparts.

Commandant au commencement de 17<h le

vaisseau de la marine royale le Protée , de soixante-quatre canons, armé par des particuliers, Comte alla croiser dans la Manche, et en moins d'un mois il s'empara de cjnq navires anglais, du nombre desquels était le riche vaisseau de la compagnie des Indes VAjax, de soixante-quatre canons, qu'il prit à la hauteur des Sorlingues, après une heure de combat, par une grosse mer. A bord était une caisse renfermant pour plusieurs millions de diamants. Satisfait d'avoir procuré la liberté au marquis de Bussy, à douze officiers du grand-corps et à seize autres Français prisonniers de guerre à bord de PAjax , Cornic refusa la part à laquelle il avait droit dans .les richesses trouvées sur le bâtiment capturé; ce refus, qu'il aurait accompagné de paroles blessantes pour les officiers de la marine royale , détermina sept d'entre eux à se venger. Un jour qu'il débarquait sur la cale la Rose.Us lui demandèrent satisfaction. Il croisa le fer avec chacun d'eux successivement, et les blessa tous. L'exaspération contre lui devint telle, que le commandant de la marine fut obligé de lui donner une garde pour sa sûreté personnelle. Arraché par un ordre du duc de Choiseul aux dangers qu'il courait , il fut envoyé à Lorient. Le duc d'Aiguillon n'ayant pas voulu accepter son offre de détruire avec vingt-quatre brûlots l'escadre anglaise qui assiégeait Belle-Ile ( avril 1761 ), il fut dirigé sur Bordeaux avec la mission très-pacifique de suivre la construction de quatre navires. Fait capitaine de brûlot, le 5 novembre suivant, il gémissait de ne pouvoir se mesurer avec les Anglais, objet de ses constantes pensées , comme le prouve un projet de descente en Angleterre qu'il adressa au duc de Praslin (février 1762). Les vaisseaux dont il était chargé de suivre la construction n'étant pas terminés, il ne put en essayer qu'un lorsque la paix fut conclue l'année suivante. A son retour à Bordeaux, il fit construire la caiche la Guyane, qu'il fut appelé à commander (21 mai 1764), avec le brevet de lieutenant de frégate pour la campagne, brevet qui de provisoire devint définitif quelques mois après. Ce fut vers cette époque ( 19 avril 1764) qull se maria, à M"« de Kater, qui lui fut enlevée après dix jours d'union. Vivement affecté de cette perte, il accepta , comme moyen de diversion à sa douleur, une mission pour Cayenne. H aida le chevalier deTurgot, frère du célèbre ministre, à y faire cesser le désordre, fit exécuter des travaux dans le port, visita les eûtes, sonda les rivières, et revint avec le gouverneur rendre compte de son voyage au ministre ( 1765). A cette campagne en succéda une autre, sur les côtes d'Espagne, qull employa à rectifier les cartes françaises. H leva ensuite le plan du port et de la rade de Bayonne; puis, à la prière du prince de Beauvau , son ami, il alla aux états du Languedoc, et de là à Cette (1765- 1766), afin d'examiner un projet d'agrandissement de ce port, projet

Page 1