CORNUEL
ans elle a charmé, par ses bons mots et la libre allure de son ingénieuse conversation, les meilleurs cercles du dix-septième siècle. Mais c'est surtout à partir de son mariage qu'elle se répandit dans le inonde et qu'elle acquit cette universelle renommée d'esprit mordant et de maligne causticité qui a fait parvenir son nom jusqu'à nous. Elle avait épousé Cornuel, trésorier de l'extraordinaire des guerres, qui en était devenu amoureux peu de temps après la mort de «a première femme : c'était un homme fort riche en rentes sur l'hôtel de ville ; mais quand ces rentes eurent été réduites, et que lui-même, par son étourderie et par de maladroites entreprises , se fut engagé dans de fâcheux embarras , il se trouva bien déchu de sa première opulence. Heureusement madame Cornuel n'était pas femme à s'en désespérer. D'un caractère noble et généreux, avec un grain de légèreté et même de galanterie, f 'il faut en croire ce que rapporte Tallemant, qui ne manque jamais de médire des liaisons de madame Cornuel avec Genlis et surtout avec le marquis de Sourdis, « elle était, dit Vigneul-Marville , indifférente aux bizarreries de la fortune comme à celles du temps et des saisons. Admise partout, malgré son origine et son nom bourgeois, aimée de tous, pour la simplicité de son caractère et sa verve sans fiel, elle passa par tous les salons de l'époque , et vit même s'assembler chez elle les personnages de la plus haute distinction, qu'y attiraient son esprit et celui de mademoiselle Lcgendre (1) et de Margot Cornuel, sa belle^iHle. S'étant fait un privilège de franchise et de libre langage, que nul ne songeait à lui contester, elle allait distribuant , sans apprêt et sans prétention, ses reparties d'une naïveté malicieuse, ses appréciations d'une bonhomie caustique, ses mots pleins de sens et de sel à la fois, habile à saisir le côté ridicule ou comique et à le faire ressortir en un trait court et pittoresque, qu'elle décochait tranquillement et avec négligence, sans avoir l'air d'y prendre garde. La conversation, c'était là son domaine; c'était là qu'elle régnait, sans craindre de rivale. Elle s'était fait de la sorte une renommée aussi grande que pas un des beaux esprits du temps. Encore aujourd'hui elle a sa place parmi ces femmes qui se sont acquis un certain nom, sans avoir écrit et sans s'être trouvée mêlée à quelque grand événement , comme madame Pilou, sa contemporaine et son amie, comme plus tard madame Geoffrin, comme de nos jours madame Récamier. Elle songeait bien à écrire vraiement ! elle aimait mieux causer et épancher sa verve à son aise dans ces cercles où on l'accueillait comme une vieille connaissance, à qui tout était permis. C'était un esprit essentiellement gaulois, d'une sève mordante et forte encore plus que brillante , d'un esprit en qui l'originalité caustique passait avec la finesse et surtout la grâce :
(l) C'était la fille de la veure Lcgendre, qui a?alt été la première femme de M. Cornuel.
chacun de ses mots emportait la pièce. C'est elle qui disait dw huit maréchaux par lesquels on remplaça Turenne : « Cest la monnaie de M. de Turenne. » Elle disait de M. Jeannin de Castilte, qu'il était « né mort » ; de madame détonne, qui avait été fort coquette et qui sur le retour soutenait les débris de ses charmes par beaucoup de pierreries, que c'était « du lard dans une souricière ; » de la comtesse de Fiesque, qu'elle « s'entretenait dans l'extravagance , comme les cerises dans l'eau-de-vie » ; etc. Je n'en puis citer davantage; les curieux trouveront facilement bon nombre de ses autres trait* dans les recueils du temps, où on les enregistrait comme autant d'oracles. Mais il faut reconnaître que pour la plupart ils ont bien perdu aujourd'hui de ce qui en faisait le charme et le piquant attrait : l'esprit, j'entends celui de la conversation, est chose légère et sujette à s'évaporer par l'action du temps; il change avec les époques, comme les habitudes et la physionomie de la conversation elle-même. Tous ceux qui ont parlé de madame Cornuel sont unanimes dans leur admiration pour cette verve, que l'âge même ne put tarir. « Elle a de l'esprit autant qu'on en peut avoir, • dit Tallemant, dont les historiettes ont surtout contribué à remettre en lumière cette franche et vive figure. « Ne trouvez-vous pas madame Cornuel admirable? » écrivait à sa fille la marquise de Sévigné, qui avait certes le droit de se montrer difficile. Quanta Vigneul-Marvilte, il en fait un panégyrique en règle, et trace toute une théorie du bon mot, pour démontrer que M** Cornuel l'a possédée dans la perfection et qu'elle est l'héroïne du genre : « Outre qu'il ne lui échappait rien, dit-il , qui pût ni la faire rougir ni faire rougir personne, elle disait si à propos toutes choses et revêtait ses pensées de termes si propres et si agréables, qu'ils instruisaient toujours, sans jamais blesser; de sorte que ses mots étaient bons en ce qu'ils étaient utiles et plaisaient à tons ceux qui aiment une vérité bien dite... Elle ne parlait point par vanité, mais par raison, et avec autant de jugement que d'esprit... » Voilà un grand éloge; il est juste et vrai sans doute dans son sens général; il ne faudrait pas toutefois vouloir rappliquer rigoureusement à certains des bons mots qu'on attribue à madame Cornuel.
Cette dame accorte et fine, comme dit une poésie du temps, devait médiocrement se plaire avec un financier fort peu causeur et fort peo lettré. Mais elle devint veuve vers 1650, et survécut longtemps à son mari; car ce ne fat que quatorze ans après qu'elle mourut, dans une extrême vieillesse, qui ne lui avait rien enlevé de sa gaieté et de sa tranquillité d'âme. On fit pour die une épitaphe où se lisent les vers suivants :
Dans se* mœurs quelle pottteese !
Quel' tour, quelle déUcateaae
Eclatait dans tons ses discours !
Ce sel tant Tante de la Grèce
En faisait 1'aesaitonoement ;
OORNUEL — CORNUT
Et malgré la froide tlelllesse, Son esprit léger et charmant Kut de la brillante Jeunesse Tout l'éclat et tout l'enjouement
Victor Fouricbl.
Lettres de madame de Sévlgné. - Historiettes de TsUeoant dea Beau. — Mélanges de Vlgneul-Mar-
vlile.
cormtole, on carniole, on corgm- ▼ole, oa C0R510LE ( Giovanni delle ou Jean des Cornalines), graveur en pierres fines italien, vivait dans la seconde moitié du quinzième siècle. Élevé à la cour de Laurent de Medicis, il étudia beaucoup les pierres gravées antiques, et les imita avec une habileté remarquable. Son ouvrage le plus connu est un portrait de Savonarole, avec cette légende : Hieronymus Ferrariensis, ord. Prxd. propheta, vir et martyr. Il mourut à Florence, à l'époque où Dominico de Cainei, qui devait être son rival de gloire, se faisait connaître.
Nagler, If eues Mlçem. Kûnstlcr-Lexieon.
cornut, en latin corn crus, efnon cornrri(l) (Jacques-Philippe), botaniste français, né à Paris, le 19 octobre (et non le 29) 1626, mort le 23 août 1651. Il était probablement fils de George Cornut , natif de Lyon et doyen de la faculté de médecine de Paris en 1608 et 1609. Il fit ses études sous les auspices de son père , obtint le grade'de docteur, et prit surtout la botanique en affection. Il entretint longtemps des relations d'amitié avec le caustique et spirituel Guy-Patin, qui lui adressa une épitre en vers latins. Mais vers la fin de ses jours ils se brouillèrent ensemble au sujet de l'émétique , médicament alors fort à la mode, et qu'on employait dans presque toutes les maladies. L'un des clients de Cornut, la dame d'Aligre, grosse de deux mois, en mourut, deux heures après en avoir pris une trop forte dose. Guy- Patiu, qui ne cessait de tonner contre l'abus de fémétique, allait citer l'imprudent médecin devant un comité de la faculté dont il était doyen, lorsque Cornut vint à mourir. On a de lui : Canadenshtm Plantarum aliarumque nondum editarum Historia; cui est aâjectum ad calcem Enchiridion botanicum parisiense, quœ in pagis, silvis, pratis et montosisjuxta Parisioslocisnascuntur; Paris (Simon Le Moyne), 1635. A cette époque, la France possédait le Canada ; elle y avait fondé plusieurs établissements prospères, et les savants s'intéressaient aux productions naturelles de ce pays. Jean et Vespasien Robin, auxquels nous devons l'introdnetfon du robinier (vulgairement acacia) , aujourd'hui si commun en Europe, et Pierre Morin cultivaient dans leurs .jardins à Paris un certain nombre de plantes qu'Us avaient fait venir du Canada et d'antres pays lointains.
(1) C'est à tort que presque tous les btograpbee, y compris DupeUt-Thooars (dans la Biographie tmfo. de Mlehand), l'appellent Cornuti, eu Italianisant son nom ; l'erreur, assez grossière d'ailleurs, vtei Mènent du titre latte : Cornut* Historia.