COIMBRE
être considérée comme une faveur éclatante; grâce à la bulle promnlguée le 16 juin 1428, les rois de Portugal acquirent le droit d'être désormais sacrés comme les rois d'Angleterre et de France. De l'Italie l'infant passa en Allemagne, et se présenta à l'empereur Sigismond. On était alors en présence de ces hordes formidables de Turcs qui se préparaient à envahir l'Europe; les services rendus par don Pedro furent assez eminents pour que Sigismond le récompensât de l'aide efficace qu'il en avait reçue, en lui concédant la marche Trévisane. A Venise, le docte infant se mêla aux savants italiens, et reçut en don un trésor qu'il apprécia peut-être plus que les terres dont il venait de recevoir (Investiture. La république le gratifia d'un exemplaire des ouvrages de Marco-Polo, et ce rat ce précieux ouvrage qui, répandu dès lors en Portugal, contribua sans aucun doute à guider le génie de Colomb. A la cour d'Angleterre, où les recommanàations de sa mère, le firent accueillir favorablement, il reçut de Henri VI, son cousin, l'ordre de la Jarretière, et il partagea cet honneur, comme le prouvent les histoires de l'Ordre, avec cet Almada duc d'Avranches qui paraît avoir été tellement lié par son serment de chevalier à don Pedro, que la mort seule put mettre fin à une fraternité d'armes vraiment héroïque (1).
L'infant don Pedro revint en Portugal par la Navarre , l'Aragon et par la Castflle , où Jean II, monarque essentiellement lettré, l'accueillit avec la plus hante-déférence. A l'exception du prince bohème Rosmithal de Platna, il n'y a pas, on le voit, de prince qui ait au quinzième siècle parcouru tant de régions. Aussi le peuple, émerveillé des courses exécutées par l'infant durant cette période de quatre ans , ne désigna-t-il désormais le prince don Pedro que sous le nom de ce- * lui qui avait parcouru les sept parties du monde». H est difficile de spécifier aujourd'hui l'époque précise à laquelle rat rédigée la relation apocryphe qui circule sous le nom d'un des serviteurs de l'infant ; mais selon tonte probabilité elle est d'une date infiniment plus récente que celle qu'on lui attribue, et eDecontredittropcomplétementtoutes les données historiques pour qu'on puisse l'admettre comme contemporaine du personnage dont elle raconte les aventures. Ce récit, digne en tout de la Bibliothèque bleue, parait basé sur la légende, fort accréditée alors, du prestre Jehan; l'esprit de critique y chercherait vainement quelques-uns des faits réels qui ont dû rendre si curieux les voyages de l'infant. De retour en Portugal, don Pedro s'occupa, comme don Henrique, de travaux scientifiques , auxquels la cartographie naissante n'était pas étrangère, et ce sera une perte à jamais regrettable que celle de la fameuse sphère que l'on conservait jadis, grâce à lui, dans les salles d'étude d'Alcobaça, et sur laquelle on a établi tant de cuti) Foy. à rarUcteALMADA.
rieuses hypothèses. Ce fut aussi peu de temps après sa rentrée dans Lisbonne qu'il se maria. 11 épousa, le 13 septembre 1428, dona Isabelle, fille aînée de don Jaime n , comte dfirgel,et d'une infante d'Aragon ; nulle princesse en ce temps n'unissait au même degré les nobles qualités de l'âme aux dons de l'intelligence ; on a conservé un traité de morale religieuse écrit par elle eu latin avec une rare élégance.
Après la mort d'Edouard, et pendant lamino rite d'Alphonse V, le duc de Coûnbre fut élu par les certes défenseur et régent du royaume; û prêta serment en cette qualité entre les mains de l'évêque dévora, le 1er novembre 1439. L'administration du duc fut marquée par des actes de haute prévision. Il ne s'en tint pas là ; on a la certitude aujourd'hui qu'il comprit à l'égal de son frère toute l'importance des découvertes nautiques auxquelles le Portugal allait devoir bientôt sa splendeur; il les encouragea, sans y attacher son nom. Non-seulement il favorisa les lettres, qu'il cultivait lui-même avec une sorte de passion; mais il inspira ce goût an jeune monarque, et le fit partager à toute sa famille. Malgré tant de droiture et tant de sagesse, des orages intérieurs se préparaient ; la dignité de connétable, réclamée pour sa branche par le duc de Bragance, fut, dit-on, la cause de ces premières dissensions de famille, qui amenèrent des dissensions publiques. Le mariage contracté, le 6 mai 1448, entre la fille du duc de Coimbre, dona Isabelle, et le jeune monarque put faire croire que le changement d'une administration à l'autre s'opérerait sans secousse violente!; il n'en rat pas ainsi. Dès 1446 le régent s'était démis en séance solennelle des cortès du pouvoir qu'il tenait de cette assemblée; mais le roi n'ayant que quatorze ans, la régence de fait était demeurée entre les mains de don Pedro. D'odieuses intrigues, basées sur des calomnies plus odieuses encore, ravirent à l'homme d'État plein de sagesse un pouvoir qu'il n'ambitionnait pas et qu'on lui enviait : il l'abandonna ; mais une longue inimitié, tenue dans l'ombre par tous les historiens, détermina bientôt la plus funeste catastrophe. En vain don Pedio se démit-il complètement du pouvoir, et se renra-t-il loin de la cour A la grandeur de sa naissance le duc de Bragance joignait l'influence que lui donnait son alliance avec la fille du saint connétable , Nuno Alvarez Pereira : non-seulement le peuple respectait la mémoire de ce libérateur du royaume à l'égal de celle du roi , mais il reportait sur son gendre la vénération dont il se sentait animé pour lui. Le jeune monarque , odieusement trompé , n'hésita pas à lever une armée pour marcher contre son oncle, accusé d'avoir voulu lui ravir la couronne en attentant à ses jours (1). Don Pedro eût voulu
(l) U Bibliothèque impériale pcméde parmi ses mannacrits noe ancienne copte de la lettre Justificative écrite par le doc à D. Fernando, comte d'Arrayolos, marquis de VtUa-viçota, le propre fila de son antagoniste, et * la