‹ Nouvelle biographie générale depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours, avec les renseignements bibliographiques et l'indication des sources à consulter;Chapitre 32 sur 133 · COLLIN · texte numérisé non relu

COLLIN

vent, même dans sa propre famille. Son père lui servit de modèle pour V Optimiste.

Il fit ses études au collège de Lisieux , où la protection puissante du maréchal de Noailles, possesseur du magnifique château de Maintenon, loi avait fait obtenir une bourse. Dans toutes ses classes, il obtint les succès les plus brillants, bien qu'il ne poursuivit pas ses études au delà des cours d'humanités et de rhétorique. Au sortir du collège, il entra comme clerc chez un procureur au parlement. Mais copier des rôles, ou se livrer aux autres travaux de Yétude , ne convenait pas à son imagination, vive et ardente; aussi quittat-il son procureur pour se livrer à la carrière dramatique, dont le goût avait pris naissance chez lui dès sa plus tendre enfance. Cependant, pour ne pas déplaire à ses parents, il demeura environ cinq années chez son procureur. Ce fut pendant ce temps qu'il composa son premier ouvrage, intitulé : les Infortunes d'un clerc au parlement. « Cette petite folie, dit-il, est à peu « près le seul fruit que j'aie retiré de quatre ou « cinq ans de cléricature. »

Plusieurs jeunes gens, qui tous étaient doués d'un certain talent, logeaient ensemble à Paris, dans un petit hôtel de la rue des Anglais, près la rue des Noyers. La plupart avaient fait leurs études avec Collin , et étaient liés intimement avec lui. En première ligne était le spirituel auteur des Étourdis , qui fut toujours pour lui non un condisciple, non un ami, mais un véritable père. Jamais leur tendre et mutuelle affection ne se démentit un seul instant; la mort seule les sépara. Collin habitait depuis trois années ce modeste réduit, quand il mit au jour sa première pièce, VInconstant. N'ayant encore aucune réputation ni protection, il n'osait espérer que sa pièce serait jouée autre part que sur les théâtres des boulevards; aussi la destinait-il à l'Ambigu-Comique. Cependant, cédant aux sollicitations de ses amis , qui lui représentaient que ce serait folie à lui d'enrichir d'une semblable pièce le répertoire d'un théâtre de second ordre, tandis qu'elle était digne de figurer sur celui de la Comédie-Française, il alla trouver Préville, et obtint de ce dernier qu'il examinerait son manuscrit. VInconstant n'était alors qu'une petite comédie en un acte et en prose. Préville donna des encouragements à Collin, lui fit observer que la nature du sujet comportait plus qu'un acte, lui conseilla de versifier sa comédie, d'y faire quelques ajoutés, et de la mettre en cinq actes. « Ce serait, lui dit-il, une « pièce qui vous ferait honneur. » Collin suivit le conseil de Préville, mit sa pièce en vers et en cinq actes. Plus tard il la réduisit en trois, telle qu'elle est aujourd'hui. La première représentation de VInconstant eut lieu à Versailles, devant la cour, sur le petit théâtre du château. Ce fut an crédit de Madame de Campan que Collin dut cette faveur. Mole consentit à se charger du principal rôle. La pièce fut goûtée et

appréciée ; mais cependant elle n eut pas au début tout le succès que l'auteur espérait Ce petit échec porta pendant quelque temps le découragement dans son esprit. Il fut môme sur le point de céder aux sollicitations de sa famille, et de renoncer à la carrière dramatique pour se faire avocat. Mais il n'avait pas oublié que Diderot avait dit après avoir lu VInconstant : « H y a là-dedans beaucoup de talent. Les vers « sont faciles et bien tournés ; mais l'action est « faible; c'est une pelure d'oignon brodée en « paillettes d'or et d'argent. » Ces paroles prononcées par Diderot étaient plus qu'on encouragement pour Collin ; aussi au bout de quelque temps quitta-t-il de nouveau sa famille, au sein de laquelle il était rentré , pour revenir à Paris et se livrer à son pencnant. Eo 1786 eut lieu à la Comédie-Française la première représentation de VInconstant, c'est-à-dire deux ans après le premier essai qui en avait été fait à Versailles. Cette fois la pièce eut un succès complet. Palissot en fit le plus grand éloge dans son journal. « Depuis plus de quarante ans, « dit-il, jamais début d'auteur ne donna de plus « grandes espérances. » Collin reprit donc courage, et se mit à l'œuvre pour composer sa seconde pièce , VOpttmiste. Quelques mois foi avaient suffi pour cela; car elle était terminée à la fin de 1786 et mise en répétition au commencement de l'année suivante. Son père, ayonsnous dit, lui avait servi de modèle pour le caractère de ce rôle. Ce fut aussi dans VOptimiste que Mole quitta pour la première fois le costume svelte et élégant des jeunes premiers pour endosser l'habit caduc et sévère des pères nobles. Ce changement de condition de la part do grand acteur produisit sensation, non-seulement parce qu'il était tout à fait inattendu des spectateurs, mais aussi à cause des talents que déploya Mole.

A l'Optimiste succéda les Châteaux en Espagne, comédie en cinq actes et en vers , d'un grand fonds de gaieté, dans laquelle on trouve une foule de traits saillants. Le cinquième acte laissait beaucoup à désirer lors des premières représentations. Collin le refit en treize jours. La pièce, quoique goûtée du public, eut moins de succès que VOptimiste.

Voici quelle est l'opinion de La Harpe sur ces trois pièces. Si cette opinion n'avait pas été émise par un critique aussi éminent , nous ne l'aurions pas rapportée ici; mais venant de La Harpe , elle ne doit pas être passée sous silence : « On est convenu que VInconstant était un sujet mal choisi; il n'y a point d'homme qui dans l'espace d'une journée aime trois femmes l'une après l'autre, de manière à vouloir les épouser : cela n'est nullement dans la nature, qui a marqué certaines bornes à nos défauts comme à nos vertus. Cette espèce de démence fait dans certains moments jouer un rôle trop méprisable au principal personnage. H finit la

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pièce en disant qu'il ta m jeter dans un cloître : le spectateur judicieux ne peut que renvoyer aux petites-maisons (1). »

Ce jugement nous semble un peu sévère; il est probable qu'il en parut de même à La Harpe, car plus loin il se hâte d'ajouter : « Tout le fond de Fourrage n'est antre chose que la succession brusque des divers changements de V Inconstant; ils offrent des détails agréables , et surtout le strie est toujours naturel, sans manquer d'élégance. (Test le seul talent qu'annonçât ce coup d'essai. L'Optimiste est très-supérieur à ï Inconstant, et ce progrès est même une nouvelle preuve d'un talent véritable. L'intrigue est un peu noble, mais bien conduite et bien ménagée. Leearadère de f Optimiste, quoiqu'il nesoitças trèfrconni, n'est pourtant pas hors nature. Les Ûs de l'intrigue sont minces et déliés, mais Tuteur les conduit et lea soutient avec assez d'adresse, jusqu'à un dénouement qui satisfait tes spectateurs. Il y a dans cette pièce beaucoup plus de vers heureux et de situation que dans lapremière. La conduite dos Châteaux en Espagne n'est pas à beaucoup pies aussi bien entendue que celle de f Optimiste. C'était le fonds kphMœmkïueqaerauteur eût encore traité, non pasàcauM des visions de l'homme aux Châteaux, qui ne peuvent jamais être qu'un lieu commun , toujoufi à peu près le même; mais la fable sut laquelle l'auteur a bâti son plan offrait par elle-même un fonds de situation piquante (2). » Une maladie assez grave avait forcé CoUin à garder le lit pendant plusieurs semaines. Tout travail appliquant lui était interdit par son médecin; mais il ne tenait nullement compte de cette injonction, et, loin de se livrer à un repos d'esprit complet, il passait toutes ses nuits à composer une nouvelle pièce, dont le vers suivant de Dubuisson lui avait donné la première idée:

Et j'ai pensé rioat fois épouaer ma •errante. Dès qu'il lui fut possible d'écrire, il se hâta de confier an papier les vers qu'il avait faits, craignant que sa mémoire, altérée par cette longue maladie, ne les conservât pas fidèlement. Peu de jours après, tout le manuscrit du Vieux Célibataire était coordonné, mis au net, et CoUin en faisait la lecture à Andrieux. Lorsque l'on prononce les noms de Piron, de Gresset, de Itetouche, de Regnard, les titres de leurs cuefs-d'aeuvre, la Métromanie, le Méchant, fe Glorieux, le Joueur, se présentent à notre esprit; il en est de même pour Coflin d'Harlerflle : en prononçant son nom, nous nous soutenons du Vieux Célibataire. De toutes ses pi蜻, c'est la meilleure; c'est celle dans laquelle fla dépldyé le plus de talent. On la lit toujours >vec plaisir; elle perpétuera le nom de son autour. Personne n'a mis sur la scène un carac-

(U U Harpe, Cour» M littérature, L XI II, p. Uit* fl: /Wtf., p. US.

tère mieux étudié et plus pariait que celui de M. Dubriage.

L'ammant ennui du Vieux célibataire,

a dit Ducis. Elle fut représentée pour la première Ibis en 1792. Inutile d'ajouter que le succès qu'elle obtint dépassa toute prévision.

Collin d'Harieville , lors de la création de lins* titut national , fut éhi un des premiers membres de ce corps, il composa douze comédies, dont sept forent représentées an Théâtre -Français. H composa en outre un grand nombre de poésies fugitives, entre antres une pièce allégorique qui fut reçue au Ttaéàire-Fïançais, intitulée : Apollon et les Muses; vingt-six de ces divers morceaux ont été insérés dans l'édition complète de ses couvres , 4 vol. in-8°. Ses comédies ont une grande analogie avec celles de Regnard. Quant à son style, La Harpe en porte le jugement suivant : « Le dialogue est la grande ressource de l'auteur; c'est la partie de l'art qu'il entend le mieux, et celle qui fait le plus d'honneur à son talent. Il en a un peu compromis la réputation par des épttres qu'il a publiées dans différents recueils on journaux : elles sont écrites du style de ses comédies ; et Fauteur parait s'être entièrement mépris sur les différences des genres. II a oublié que sur la scène ce sont de» personnages qui conversent, mais que dans un épltre en vers c'est le poète qui parle , et qu'il est obligé d'être lui-même , c'est-à-dire poète. D'ailleurs, il y parle trop de lui et de sa bonhomie, n faut mettre de la mesure dans tout, et même dans le plaisir qu'on prend à parler de soi , et dans le bien qu'on en dit (1). »

Voici la liste complète des ouvrages de Collin d'Harieville : V Inconstant, comédie en cinq actes et en vers ; Paris, 1786, in-8°; — V Optimiste, ou Vhomme content de tout, comédie en cinq actes et en vers; Paris, 1788, in-8°; — Rose et Picard, ou la suite de V Optimiste, comédie en un acte et en vers ; Paris, 1794, nv8° ; — ilfalice pour malice, comédie en trois actes et en vers; Paris, 1793,in-8°; — les Artistes, comédie en quatre actes et en vers; Paris , 1797, in-8°; — Melpomène et Thalie, poème allégorique; Paris, 1799, in-8°; — Pièces de vers lues à V Institut; Paris, 1799, in-8°; — les Mœurs du jour, ou V école des jeunes femmes, comédie en cinq actes et en vers; Paris, 1800, in-8° ; — les Châteaux en Espagne, comédie en cinq actes et en vers; Paris, 1803, in-8°; — Monsieur de Crac dans son petit castel, ou les Gascons, comédie en un acte et en vers, avec divertissement; Paris, 1803, in-8°; — le Vieillard et les Jeunes Gens, comédie en cinq actes et envers; Paris , 1804, in-8°; — le Vieux Célibataire, comédie en cinq actes et en vers ; Paris, 1793, 1806, in-8°, et 1824, in-8°, avec une notice par Andrieux; — la Querelle des deux Frères, ou la famille bretonne, comédie pos-

(i) U Harpe, p. «8- u

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