‹ Nouvelle biographie générale depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours, avec les renseignements bibliographiques et l'indication des sources à consulter;Chapitre 34 sur 133 · COLLINS · texte numérisé non relu

COLLINS

King's-Collége de Cambridge. H Tint ensuite à Londres pour s'y livrer à l'étade des lois; mais se sentant peu de goût pour cette branche des connaissances humaines, fl se borna bientôt à la culture des lettres et de la philosophie. En 1703 et 1704 il fut en correspondance avec le célèbre Locke, qui lui témoigna la plus haute estime et une véritable affection. On trouve dans la collection de Des Maizeaux (1720, 8 vol. in-8°) vingtcinq lettres adressées à Collins par l'auteur de Y Essai sur V entendement humain. H en est une, datée du 11 septembre 1704, qui résume la pensée de ce grand philosophe sur Collins : « Votre âme, y est-il dit, est douée des plus belles facultés de notre nature, la bienveillance et la sincérité; combien je me sens heureux de posséder un tel ami , un tel guide vers les plus hautes spéculations de l'intelligence! » ( Your soûl is enriched with the most valuable qualities of human nature, truth andfriendship; what a treasure hâve 1 then in such a friênd with whom I can converse, and be enlightened about the highest spéculations ). Dans une autre lettre, en date du 1er octobre suivant, Locke, pressentant sa fin prochaine (il mourut dans l'année), supplie Collins de se hâter, « sans quoi, dit le philosophe, je n'aurai pas la satisfaction de revoir un homme que je place au premier rang parmi ceux que je laisse après moi (unless you make haste hither I may lose the satisfaction of ever seen again a mon that I value in the first rank of those 1 leave behind me). La part active, incessante que prit Collins aux controverses philosophiques de l'époque justifie l'opinion que Locke avait de lui. H erra sans doute souvent : quel philosophe peut se vanter de n'avoir jamais erré! mais, comme Locke l'avait si bien remarqué, Collins fut toujours de bonne foi ; et ce qui est rare, fl réfuta mais n'injuria jamais ses adversaires. En 1707 Collins publia son Essai sur l'usage de la raison dans les propositions dont l'évidence dépend du témoignage humain ( Bssay conceming the use of reason, in propositions the évidence of which rests on human testitnony). Cet ouvrage Ait critiqué par l'évoque Gastrell. Collins fit paraître la même année une lettre à- Dodwell, dans laquelle il combattait les arguments de Clarke, en faveur de l'immatérialité et de l'immortalité de l'âme. En 1710 il publia a Vindication of. the divine attributes (Explication des attributs de la divinité) , ouvrage composé à l'occasion d'un sermon de l'archevêque de Dublin , dans lequel ce prélat établissait l'accord de la prescience divine avec le libre arbitre humain. L'année suivante, 1711, Collins se rendit en Hollande , où il se lia avec Le Clerc et d'autres savants du pays. A son retour en Angleterre, en 1713, il fit paraître son fameux discours de la liberté de penser (Discourse onfree thinking ), dont les doctrines firent scandale et lui valurent de nombreuses réfutations, parmi lesquelles on

cite comme la plus remarquable celle du docteur Bentley, intitulée : Remarks on the Discourse qffreethinking by Phileutherus Lip siensis (Remarques sur le discours de la liberté de penser par Phileuthàrede Leipzig). L'ouvrage de Collins intitulé : Philosophical Inquiry conceming liberty and necessity (Recherches philosophiques sur la liberté et la nécessité; 1716 et 1717 ), ne produisit pas une moindre sensatioo. C'est en même temps l'œuvre la plus importante de ce philosophe. Clarke, qui s'était déjà trouvé parmi les plus déterminés contradicteurs de Collins, le combattit encore cette fois.

Collins ne s'en tint pas à cette vie de théories et de doctrines ; il prit part aussi aux affaires de son pays. Après avoir rempli en honnête homme les fonctions de juge de paix, il devint trésorier du comté d'Essex, et s'acquitta de cet emploi avec la même intégrité. Il contribua même de ses deniers à l'amortissement de la dette du comté, grossie sous ses prédécesseurs. Cependant, il n'abandonnait passes travaux philosophiques ; en 1724 il fit paraître : Principes et fondements de la religion chrétienne ( G rounds and reasons of the Christian religion). 11 y représenta le christianisme comme une dérivation nécessaire, indivisible du judaïsme. Cet ouvrage en fit naître un grand nombre d'autres dans le camp de ses adversaires. 11 en compta lui-même jusqu'à trente-cinq dans sa réplique finale intitulée : Scheme of LUeral prophecy; 1726. Frappé dans ses plus chères affections par la mort de son fils unique, il laissa une partie dé ses biens aux pauvres. Parmi ses légataires figurent deux de ses antagonistes, le docteur Sykes et Des Maiseaux. Ce trait le peint tout entier et s'accorde avec tes témoignages unanimes de ses contemporains sur l'égalité d'ame et le caractère bienveillant de ce philosophe, à l'honneur duquel il faut ajouter que sa bibliothèque, richo et bien composée, était ouverte même à ceux qui le combattaient. Collins n'était pas athée, comme des écrivains trop prévenus l'ont avancé. C'est an dernier moment que la plupart du temps « le masque tombe , l'homme reste ». Sur le point de mourir, Collins fit entendre ces paroles. « Je me suis toujours efforcé de servir dignement mon Dieu, mon roi et ma patrie; j'ai donc tout lieu d'espérer que Dieu me recevra au séjour destiné à ceux qui l'ont aimé ; or, la religion catholique n'a en vue que l'amour de Dieu et dn prochain. » (i hâve always endeavoured to the best of my ability to serve my God, my king, and my country, and i am certain i am gain g to that place which God had designedfor those who love him; for the catholic religion is to love God and to love mon). Imbu des doctrines de Locke, il les a développées et parfois exagérées. C'est ainsi que dans la lettre à Dodwell, poussant à sa limite extrême l'idée de Locke que Dieu aurait pu donner l'intelligence à la matière, Collins établit qu'eu admet-

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