COLNET
giques de ce grand homme ( 1802, 2e édition, ln-8°). Sa plume se reposa jusqu'en 1810, époque où il rompit le sQence par un poème en quatre chants, VArt de dîner en ville, àPusage des gens de lettres (in-18). Ce badînage eut un succès qui nécessita trois éditions : la dernière , qui est de 1813, est suivie d'une liste des auteurs morts de faim. En même temps, Colnet créait un Journal des arts, des sciences et de la littérature, qui, commencé le 13 avril 1810, alla jusqu'en septembre 1814, en formant 18 vol. in-8#; ce journal paraissait tous les cinq jours, en cahiers d'une feuille et demie. La critique en est sage et plutôt indulgente que sévère. De 1811 à 1814, Colnet fut un des rédacteurs du Journal de Paris. Vers 1813, il réunit sa librairie de la rue du Bac à une autre qu'il possédait sur le quai Malaquais. Son cabinet , quoiqu'il ne fût séparé du ministère de la poHce que par un mur mitoyen , devint bientôt le rendez-vous des mécontents de l'époque ; aussi l'appelait-on la caverne. Le comte Real y venait quelquefois ; mais il se bornait à dire : « On sait bien que vous clabaudez; mais vous n'êtes pas dangereux. : on vous connaît pour deaprinoipters. » On essaya, toutefois, d'acheter an moins son silence et la clôture de sa caverne. Un jour son voisin, le ministre de la police, lui envoya un agent qui lui fit des proposition*. Colnet lui fixe un rendez-vous pour le lendemain. C'était à l'heure de son dîner, et lorsque l'envoyé du ministre arriva, il le trouva mangeant sa soupe dans une écuelle de terre, et terminant son repas par un morceau de bœuf, tout en l'écoutant — « Bh bien , vous été» décidé ? dit l'agent. — Oui, oui : dites à votre maître que vous avez assisté à mon dîner; que je suis très-satisfait de l'ordinaire que me procure mon travail , et que par conséquent je n'ai nui besoin de son or. » Pendant les cent jours, Colnet fut arrêté comme prévenu d'entretenir une correspondance avec Louis XVlir. Jay s'empressa d'aller trouver Real, qui le fit mettre en liberté. En 1816, après avoir été un des rédacteurs du Journal général, il passa à la Gazette de France, où il resta jusqu'à sa mort. Ses articles et ses feuilletons eurent un très-grand succès ; les principaux ont été réunis sous les titres de YBermite du faubourg Saint- Germain ( 1825, 2 vol. in-8°), et de YBermite de Belleville (1834, 2 vol. in-8°). Une certaine originalité, une morgue fine et agréable s'y font remarquer. En 1829 , Colnet se retira à Belleville. Après la chute de Charles X, il perdit presque même temps une pension de 1200 francs qu'il avait sur la cassette du roi, une autre pension de même somme au ministère de l'intérieur, et un capital assez élevé qu'il avait placé dans une maison de commerce; il ne lui restait plus que les 5,200 fr. qu'il recevait comme rédacteur à la Gazette. Mais il vivait de peu; négligeant, beaucoup trop même, sa toilette, son •meuHement et ses repas, qu'il prenait quelque-
— COLOM 20g
: fois au cabaret. L'épidémie du choléra, en 1832, I vint mettre fin à sa vie. Goyot de Père.
Cbazet, Notice en tête de Marmite de BeUeville. - 1 Deteiuru, les Siècles littéraires. —
colocci, en latin Collutius ou Coluccius, (Ange), littérateur italien, né à Sesi, en 1467, mort à Rome, le 1er mai 1549. À son retour de Naples, où il avait résidé six ans avec tonte sa famille, il fut député par ses concitoyens auprès du pape Alexandre VI. Il se fixa à Rome, et y obtint des emplois honorables. Veuf de sa seconde femme, il entra dans l'état ecclésiastique, et devint secrétaire de Léon X. Sou* le pape Clément VII, il fut envoyé dans plusieurs cours de l'Europe , pour y former cette funeste ligue qui amena le sac de Rome, dans lequel il eut luimême beaucoup à souflrïr. En (537 il prit possession de l'évêché de Nocera, dont il avait la survivance, et le céda neuf ans après à l'un de ses neveux. On doit à l'abbé Lancelotti la publication des poésies italiennes et latines d'Ange Colocci et du catalogue de ses ouvrages, parmi lesquels on remarque quelques opuscules de philosophie' et de mathématiques; Rome, 1772.
Fréd. Ubaldtm, Vie d'Ange Colocci.
* colocci (Benoit), savant italien, natif de Pistoie, mort vers 1515. On a de lui : Lazareus ad generosum juvenem Julianum Medicem; 1459; — Liber de discordiis Florentinorum; 1747; — Oratio ad ducem Calaoriœ Alphonsum, Ferdinandifilium; 1468, manuscrit; — IAber declamattonum, ad magnificum virum Julianum Medicem, écrit vers 1473, manuscrit; ■— Oratio ante lectionem Virgilu habita in municipio Collensi ; manuscrit.
Zacbarl» Bibl. hist. - Àdciuog, suppl. A JOcher, AUgem. Celehrten-Lexicon.
OOLOCOTRONI. Voy. KOLOCOTROIU.
*cologna (Abraham de), rabbin italien, né à Mantoue , en 1755, mort à Trieste, en 1832. S'étant dès sa première jeunesse livré à l'étude de la théologie judaïque et de la philosophie , il fut reçu membre du collège des Dotti de Mantoue, et en 1806 il fut appelé à Paris comme membre ecclésiastique des notables Israélites convoqués par Napoléon. En 1808 il fut nommé l'un des trois grands-rabbins du consistoire central. Président de ce consistoire en 1812, il en a rempli les fonctions jusqu'en 1826, où il quitta Paris pour remplir à Trieste celles de premier rabbin. Il fut l'un des principaux collaborateurs de V Israélite français, recueil périodique qui a été publié pendant quelque temps à Paris. On a aussi de lui une brochure sur l'ouvrage de M. Bail, les Juifs au dix-neuviàne siècle, et une autre concernant le même ouvrage et adressée à M. le baron Sylvestre de Sacy. [Enc. des g. du m. ]
Galerie historique des contemporains. - Querard , la France littéraire.
colom du clos (Isaac) f littérateur allemand, d'origine française, né & Mûnchberg, le 20 janvier 1708, mort le 26 janvier 1795. 11 fut
COLOM — COLOMB
d'abord le précepteur, puis le secrétaire intime et le bibliothécaire de Charles-Egar, prince d'Ost-Frise. Après la mort de ce prince , il enseigna ftnccesshrement la langue française a IlereM et à Gcettingue, où il obtint une chaire de philosophie. Ses principaux ouvrages sont : Chronique cTOst-Ftise, depuis Fan 1167 juiqv"à 1661, traduite de Jean-Fréd. Ravinga, et continuée jusqu'en 1744; Aurich, 1745, in-8# ; en allemand, 1745, in-**; — Principes de la lan* gue française, en allemand; Nordnansen, 1747, in-8° ; — Réflexions et remarques sur la manière d'écrire les lettres; 1749, 1754, 1763, in-a»; Gœttingue, 1778, in*0; — Modèles de lettres; 1760, 2 Toi. in-a" ; — les Aventures de Joseph Pignata; Leipzig, 1766, in-6*; ouvrage entièrement refondu ; — plusieurs traductions du français en allemand et de l'allemand en français. Cotom du Clos fut aussi l'éditeur de l'ouvrage de Jean Schild, de Chauds , nobilissimo Germanim populo; Aurich , 1742,
ffincMag, Hist . H*. Uondbuen.
coloma (D. Carlos), général et historien espagnol, né à Ahcante, en 1573, mort en 1637. — La famille de Coloma était puissante et en possession de charges importantes à la cour de Philippe II. Don Carlos entra au service dès l'âge de quinze ans, se distingua dans les campagnes des Pays-Bas, et parvint aux plus hautes dignités militaire*; gouverneur de Cambray, puis plug tard du Milanais , ambassadeur en Allemagne et en Angleterre, il reçut de Philippe m et de Philippe IV les titres de marquis d'Erpina, de commandeur de Montiel et de la Osa, de grand-maître du palais, etc. Mécontent de la manière dont on avait écrit l'histoire des événements dont il avait été le témoin, il fit lui-même un récit de la guerre des Pays-Bas (tas Guerras de los Estados Baxos; Anvers, 1 625, in-4°) depuis 1588 jusqu'en 1599, ouvrage estimable, où l'on trouve les particularités de la vie militaire de l'auteur. — Coloma a publié aussi une traduction en espagnol d'une partie de Tacite. Cet ou- TOge, imprimé à Dooay, 1629,in-4°, sous le pseudonyme de Fray Leandro de Saint-Martin, est précédé d'une épltre dédicatoire adressée à Carlos Coloma lui-même. A. de Santeuil.
Histoire de Philippe III et de Philippe ir. et fourrage <k Coloma. - Ticknor, Histor. o/spanUh literat., 11.
coloma (Pierre- Alphonse L\y m, comte), généalogiste flamand, né à Gand, le 12 novembre 1707, mort le 31 décembre 1788. De 1750 à 1777 il se livra à des recherches héraldiques sur sa piopre famille et sur d'autres familles du pays. Le résultat de ce travail, resté inachevé, fut imprimé à un petit nombre d'exemplaires et publié sous le nom de J.-F.-A.-F. de Azeveda, amide fauteur.
Biographie gén. des Belges.
•olomb, en italien Colombo, en espagnol Colon ou Colomo, en latin, en anglais et alle-
mand OoLonws (1), le plus grand des naviga* leurs, né vers 1436, près de Gênes , mort à Va!» ladottd, le 20 mai 1506. — Parmi les hommes dignes de nos souvenirs, les uns ont illustré une époque, une nation, une branche des connaissances humaines; les antres, par leur génie ou leurs travaux, ont servi l'humanité entière, et leur gloire se transmet de siècle easiècle par tous les peuples reconnaissants. Les premiers n'ont qu'une valeur relative, limitée, quelque grande et incontestable qu'elle soit d'ailleurs ; les derniers ont une valeur absolue, universelle. Cest à ceux-là que l'on devrait réserver plus particulièrement le titre, 8ibeau6tsirwe,deorait&Aomines.
Christophe Colomb est de ce nombre. Mais la poisaance du génie, a faut la chercher ici bien moins dans le lait matériel de la découverte du Nouveau Monde que dans la patience réfléchie, éclairée , opiniâtre, que pendant plus de vingt ans Colomb sot <>pposer à tous les préjugés de la science, è toutes les objections de ses contemporains, à toutes les fatalités do sort Telle est la trempe à laquelle se reconnaissent ces instruments que la Providence semble de temps à autre choisir pour Faccomplissement de ses desseins.
L'homme qui révéla tout un hémisphère, toute une face nouvelle de notre planète, vint au monde fort obscurément L'époque et le lieu même de sa naissance sont incertains (2); cène fut que plus tard que Gênes, les villages des environs et plusieurs villes d'Italie se disputèrent l'honneur de l'avoir vu naître, comme
(1) J. auckamer. le j la découverte de r Amérique ( UnèelannU L&nder; etc.; Nuremberg» 1S0S, c. S4), appelle Colomb Datcber, c'està-dire pigeon, en traduisant ce mot ( du latin columba)
(1) L'époque de sa nalasanop varie entre 14S0 ( date de Ramusio ) et 1418 ( d'après quelques suppositions suggérées par .la lettre datée de la Jamaïque le 7 Juillet 110* ) ; ce qui fait une différence de vingt-cinq ans. Entre ces deux eairêatea, le P. CharlevoU a choisi l'année 1U1 ; BossL IMS ; Bfuftoz, 1446 ; Robcrtson et Spor tono, 1447 ; Willard, 144t. J'ai adopté , d'accord arec André BernaMcs, curé de Loa Palacios, Navairete. Alex, de HomboMt, le chevalier Naptoac, la date de usa, comme la plus probable.
Quant a son Ueu de naissance, il est certain que Ch. Colomb naquit sur le territoire de Gènes ; mais on n'est pas d'accord sur la localité. Ainsi, André Bernaldez ( cura de Los Palacios, cap. Ut, ma. }, Augustin GiusU- Dlanl ( dans le Psautier polyglotte, publié a Gènes en 1116), Aies. Geraldlnt {l tin, ad r «g. subtequin.); Antonio Gallo (Maratori, Annal., L XXIII), Barlh. Senaraya ( Muratort. L XXIV ), Uberto Fogtietto (Blog. clar. Ltaur.), tous contemporains ou amis du grand navigateur, aJBrment que Cb. Colomb était né dans la ville même de Gènes. Dans nne pièce déclarée authentique devant les tribunaux d'Espagne, dans un testament qu'il fit en 1498, Colomb lui-même avoue Itératlvement qu'il est né dans la ville de Gènes : Siendo go nacido en Genova. Mais d'autres le font naître a Savone ( J.-B. Beloro, dans le Journal astronomique de Zacn, an. 1886 ); a Pradello, près de Plaisance (P.-M. Campt, dans son Hist. ecelés, de Plaisance ), a Luccsro, dans le Montferrat ( Balthazar Colomb devant le conseil des Indes ). Enfin, plusieurs villages des environs de Gènes, tels que OnegUa, Finale, Bogglasco, Cogoleto ou Cugureo, réclamèrent l'honneur d'avoir vu naître le grand amiral des Indes. A Cogoleto. on montre eaeore,eetoo Valéry {forage
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jadis les ▼files de la Grèce s'étaient disputé le berceau d'Homère, et on vit d'anciennes familles nobles réclamer pour leur arbre généalogique le premier amiral des Indes. Il làllait cependant que son origine fat bien obscure, puisque son fils et biographe, Fernand Colomb , n'a pu donner à cet égard que des renseignements fort vagues. * L'amiral, dit-il, nous apprend lui-même, dans une lettre, que son métier et celui de ses ancêtres ( êud magaiori) avait été de trafiquer sur mer. Pour m'en mieux assurer, je me rendis à Gugureo ( près de Gènes ), auprès des deux frères Colomb, les plus riches de l'endroit, et qui passaient pour être de la même famille ; mais le moins vieux , qui avait déjà cent ans passés, ne put me donner à cet égard aucun renseignement (1). »
Le père de Christophe Colomb s'appelait Do* minique, et sa mère Susanna Fontanarossa. D'après Giustiniani et d'autres écrivains, Dominique était cardeur de laine (2). Dans un testament dressé en 1494, à San-Stefano de Gènes, le père du grand navigateur se donne lui-même la qualité d'ancien tisserand (olim tester pannarum) (3), et il parait avoir, en 1469, transporté son atelier et son commerce de Gênes à Savone. 11 eut trois fils : Christophe, le sujet de cette notice , Barthélémy et Jacques ou Diego, et une fille, qui fut mariée à Jacques Bavarello, charcutier (pitiicagnolo).
On ne sait presque rien sur l'enfance de Christophe Colomb, lacune d'autant plus regret* table que c'est précisément la partie la plus curieuse et la plus instructive dans la vie d'un grand homme. Le fils de l'humble tisserand apprit de bonne heure à lire et à écrire, instruction rare à une époque où la plupart des seigneurs ne savaient signer leur nom que d'une croix (4). A l'école de Pavie , il étudia le dessin , le latin, la géographie, la cosmographie, la géométrie, l'astronomie, sciences qui eurent toujours pour lui un grand attrait, et qui lui firent, dès l'âge de quatorze ans, embrasser la vie de marin. Plus tard , quand son nom était déjà illustre , il aimait à se rappeler les études de son enfance; car, dans la lettre qu'il écrivit en 1501 au roi de Castille, il s'exprime ainsi : « Dès mon jeune âge, je navigue, et j'ai continué a courir les mers jusqu'à ce jour ( il avait alors soixante-
en Italie), la maison où 11 serait né, et l'Inscription «rivantes
L'nus erat mundus;
Duo tint, ait lits: fuere.
(i) Historié dtl S. D. Fernando Colombo, nelle quali fha particolare, et tera relatione délia vit a et de* fatti delV ammtragtio D. Christoforo Colombo, tuo p«dre, etc.: Venise. 1B71, in-i°. — Il eit*te de cet ouvrage une traduction française, sons le titre de la Vie Je Cristo/le Colomb, etc., S parties ; Paris, 1681. Cette traduction, d'après la comparaison que J'en at faite, est tout à fait Infidèle et défectueuse.
(1) Muratorl, jinnal., t. XXIII et XXIV.
(B) Codice diplomntieo Colomb. Amer., p. «8. — F oyez toast Senaraya, dons Muratorl, t. XXIV.
(4) De là l'origine des mot* signer, êifnaimre.
cinq ans); c'est l'art que doivent suivre ceux qui veulent connaître les secrets de ce monde La nautique, m'occupa beaucoup; l'astronomie, la géométrie et l'arithmétique ne me furent pas non plus étrangères. J'ai la main assez exercée et assez de savoir pour dessiner le globe terrestre , avec la position des villes, des montagnes, des fleuves, des Iles et de tous les ports qui s'y trouvent Tout jeune encore j'ai étudié les livres de cosmographie, d'histoire , de philosophie et d'autres sciences; c'est ce qui m'a aidé à mon entreprise... (1). »
Gènes partageait alors avec Venise l'empire du commerce maritime. Ce commerce était rempli de périls : des pirates infestaient les mers ; des seigneurs armaient des flottilles contre les ennemis de leurs suzerains; de simples aventuriers équipaient des bâtiments pour la recherche d'un butin illégitime. Si l'on y joint les querelles sanglantes des républiques italiennes, les guerres des mahométans, qui passaient et repassaient d'une rive à l'autre entre F Afrique et la presqu'île lbérienne, on aura un tableau propre à enflammer l'imagination et à tremper le courage d'un génie naissant. La vie aventureuse de marin prépara bientôt le jeu ne Colomb à supporter de dures privations, de rudes mécomptes, en même temps qu'à braver tous les obstacles dans une entreprise commencée. Comme pour tous les homme d'élite, l'école de l'adversité fut pour lui le complément pratique de ses études.
Malheureusement nous n'avons guère plus de détails certains sur l'histoire de ta jeunesse que sur celle deson enfance. Selon quelques auteurs, Christophe était au nombre des deux Colomb qui, partis de Gènes en 1469 , servirent Jean d'Anjou, duc de Calabre, dans son expédition navale pour reconquérir le royaume de N'apies (2). Mais cette assertion manque de preuves, quoiqu'elle ne soit nullement invraisemblable; car Christophe Colomb, dans une lettre datée du Nouveau Monde (janvier 1495), revient encore sur la première époque de sa vie, et nous apprend avec une simplicité touchante comment il avait été jadis au service du roi René, comte de Provence. Or, ce roi était le père de Jean d'Anjou. « Le roi Reinel , que Dieu ait son âme, écrivit-il d'Hispaniola, m'envoya un jour à Tunis pour capturer la galère Fernandine. Arrivé à la hauteur de l'Ile San-Pledro, en Sardaigne, j'appris que cette galère était accompagnée de-deux vaisseaux et d'une caraqne. Cette circonstance troubla tellement les gens de mon équipage, qu'ils allaient renoncer à aller plus loin, et retourner à Marseille pour chercher du renfort N'ayant aucun moyen de faire prévaloir ma volonté par la force, je fis semblant de me rendre à leurs désirs ; puis, je changeai le point de la boussole, et fis déployer toutes les voiles. C'était le soir ; le lendemain matin, dès le lever du soleil, nous
(\) Fern. Colombo, Iiist. dtl tuo padre, cap. 4. (1) Colnocclo, Hist. Efp., VU, 17
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COLOMB
avions dé)e UiMé derrière nous le cap de Carthagèoe, tandis que tous étaient convaincu* que
iiouftaliioesal»rderàlfaT8eiUe(l). »
Cet innocent stratagème ne faisait-il pas déjà présager ee hardi et indomptable navigateur, à la triple cuirasse d'airain, «s triplex circa pectus, selon la parole du poète?
Ici on perd pendant plusieurs années les traces de Christophe Colomb. D'après un fait rapporté dans le Ducatkana (part I, p. 143), il commanda, en 1474, plusieurs navires pour Louis XI, et donna la chasse aux Espagnols qui avaient fait une irruption dans le Roussillon. « 11 attaqua donc et prit, ajoute Chaufepiè, deux galères de cette nation, chargées pour le compte de divers particuliers. Sur les plaintes de cette action au roi Ferdinand, ce prince prit le parti d'en écrire à Louis XI. Sa lettre est datée du 9 décembre 1474. Ferdinand y qualifie Christophe Colomb de stfjet du roi louis Xi; oo sait que Colomb était Génois, et Louis XI seigneur souverain de Gènes, quoique cette ville et celle de Savone fessent tenues de lui en fief par le doc de Milan. » (2)
Mais Cnaufepié lui-même, en citant la source indiquée, ne semble pas y croire beaucoup. Peutêtre s'agit-il ici du vieil amiral génois Colomb, qui, selon Zurita et d'autres historiens, commandait à cette époque une escadre sur laquelle le roi de Portugal passa en France. C'est probablement l'escadre du même Colomb qui apparat en 1475 dans le Levant, et attaqua les navires Tëoiuto3 chargés de protéger l'Ile de Chypre (3). Rien ne s'oppose à admettre que Christophe servait alors sur l'escadre génoise sous les ordres de son homonyme. D'ailleurs, il dit luimême, dans une lettre à laquelle (ait allusion son fils (4), qu'il avait parcouru la mer du Levant, et que dans nie de Scio il avait vu, entre antres choses, la manière d'extraire le mastic de certains arbres.
Ses voyages ne s'étaient pas seulement bornés aux régions médHerranéennes; il avait visité aussi la mer du Nord , jusque au-dessus de l'Ecosse. C'est ce qu'il nous apprend encore bn-meme dans un inémoire cité par son fils , et qu'a avait écrit pour montrer que les cinq zones sont habitables. « En février de l'an 1477, je naviguai, dit-il , cent lieues au delà de l'île de Thulé , dont la partie méridionale est sous le soixante-troisième degré, et non sous le soixantetreizième , comme quelques-uns le prétendent; elle est beaucoup plus à l'occident de la ligne qui dans Ptolémée marque l'occident. Cette lie est aussi grande que l'Angleterre; c'est on lieu de tranc pour les Anglais*, et surtout pour les habitants de Bristol. A l'époque où je la visitai ,
11) Fera. Colomb, II Ut. del tuo padro, cap. 4. (ï) OMofcple, Nouveau dict. historique, article Colomb.
(3) Boni, Hi$t. Colomb., appeod. n* T.
[S) Fan. Colomb, Hist. dêl tuo padro, aap. ♦.
la mer n'était pas congelée, et les marées étaient si fortes que dans quelques endroits le niveau s'élevait à vingt-six brasses et descendait d'autant Cejn'est pas la Thulé dont parle Ptolémée; 111e dont je parle s'appelle aujourd'hui Frieslande (da'moderni è ckiamata Frieslan- <fo) (0* » — Le dernier mot est évidemment une simple erreur typographique; an lieu de Frieslande, il faut lire Islande. Cette erreur existe dans l'original italien (qui parait être la version d'un manuscrit espagnol perdu), et a été malheureusement reproduite par les traducteurs. La Frieslande est, comme on sait, le littoral de l'Allemagne, limitrophe de la Hollande, et non une tle.| Kt c'est la-dessus que l'on s'était en partie fondé pour révoquer en doute le voyage de Christophe Colomb dans les parages de l'Islande et peut-être même du Groenland.
Sept ans avant ce voyage (2), sans douteinjustement contesté , il avait servi, avec le neveu de l'amiral génois Colomb, sur une flottille de corsaire, donnant la chasse à quatre galères vénitiennes qui revenaient de Flandre richement chargées. La rencontre eut lieu sur les cotes du Portugal, entre Lisbonne et le cap Saint-Vincent : les bâtiments s'accrochèrent et les gens de l'équipage se battirent corps à corps depuis le matin jusqu'au soir. Quelques navires prirent feu, et Colomb, pour se soustraire à l'incendie, se jeta à la mer, et, en bon nageur, il s'aida pendant deux lieues d'une rame pour gagner la cote. Remis de ses fatigues, il se rendit ï Lisbonne , où il rencontra plusieurs Génois , ses compatriotes (3). Cette aventure a été révoquée en doute par ceux qui admettent que Colomb vint spontanément en Portugal, attiré par le bruit des expéditions maritimes du prince Henri. Quoi qu'il en soit, c'est de son arrivée è Lisbonne, en 1 470, que date une des phases les plus importantes de sa vie. Colomb était alors dans la force de l'âge ; son fils Fernand et Las Casas nous en font le portrait suivant : « 11 avait le visage long, le teint animé et marqué de quelques taches de rousseur; te nés aquilin; les os de la pommette un peu saillants; ses yeux, gris clair, avaient le regard vif et semblaient commander l'obéissance Ses cheveux, de couleur claire, avalent commencé à blanchir dès l'âge de trente ans. 11 était très-frugal et simple dans sa mise; il s'exprimait facilement et avec éloquence ; il était d'une douceur et d'une bonté extrêmes, qualités qui attachaient vivement à sa personne ceux qui le voyaient dans l'intimité. Naturellement irascible, il était parvenu à dompter son caractère, et montrait dans ses manières beaucoup de réserve et de discrétion. H était toujours attentif
(l) Fera. Colomb, Hist. del tuo padre, cap. t.
(S) Suivant Barrow t( rodage* in the arctte régions, p. J3) et MdRoe (Hist. del fifuovo Mundo, Itb. II), ce Toyage aurait en lieu non en 1478, mais arant 1470, c'est* à-dire ayant l'arrtrée de Ch. Colomb en Portugal
(S) Fera. Colomb, H Ut. del tuo padrê, cap. l. — Aot Sabelllco, hist. renet., dcc. IV, s.
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à remplir les devoirs de la religion, et sa piété consistait surtout à faire du bien à ses semblables (1). »
Ce fut à Lisbonne qu'il se maria arec Felipa Monis de Palestrello, pensionnaire du couvent de la Toussaint, où il avait coutume d'aller entendre le service divin. Elle était fille de Barthélémy de Palestrello, habile navigateur, qui, sous le prince Henri , avait fondé une colonie à Porto-Santo. Dona Felipa n'était pas riche : Colomb l'épousa par inclination. A la mort de Barthélémy Palestrello, arrivée peu de temps après ce mariage, il alla vivre, avec sa femme, auprès de sa belle-mère. Celle-ci l'entretenait souvent des voyages de son défunt mari et de son établissement à Porto-Santo ; à l'appui de ses récits, elle lui remit les papiers, journaux, cartes et instruments de marine que Palestrello avait laissés en mourant (2). C'était là pour Colomb un vrai trésor, la plus belle dot de dona Felipa. A cela il faut joindre un concours de circonstances qui devaient agir puissamment sur l'esprit de Colomb, déjà si bien préparé.
Depuis un siècle le Portugal étonnait le monde par ses découvertes géographiques. Les lies Fortunées, que les anciens plaçaient au loin dans l'océan Atlantique, avaient été retrouvées. Les Canaries, les Açores, Madère (3), étaient devenues le but des navigateurs qui les premiers osaient s'aventurer, à l'aide de la boussole, dans cet océan dont les mystères épouvantaient l'imagination. L'étoile polaire, la constellation de l'Ourse avaient suffi aux anciens navigateurs pour sillonner en tous sens la mer Méditerranée, et longer même les côtes orientales et occidentales de l'Afrique. Mais pour se reconnaître au milieu d'une mer inconnue, dont les rives opposées s'étaient jusque alors dérobées aux yeux des mortels, il fallait, pour tous les instants de la journée, un guide plus suret plus constant qu'une étoile ou une constellation. Quelle que soit la date de l'invention de la boussole, que Marco Polo l'ait apportée de la Chine, en 1260, ou que l'auteur d'un poème français l'ait déjà, avant cette époque, connue en Europe (4), il est
(t) Fero. Colomb, Uist. del tuo padre, cap. S. — Las Casas, ffiit lnd.t 1. i. - Ulescaa, hitt. Ponty., VI. - Wash. Irvlng, l/ist. de Ch. Colomb, t. Ier, p. M (de la trad. franc, de M. Dcfnuconpret ).
(S) Ovledo. Croniea de lot Indiat, II, t. (I) foy. l'article ALCoroRADO.
(4) L'auteur du poème français où 11 est pour la première fols question de l'usage et même de la fabrication de la boussole est, selon les uns, Guyot d> Provins, qui rc trouvait eo 1181 à Majcncc, A la cour de l'empereur Frédéric 1er ; selon les autres, Hugues de Bercy, qui vivait sous le règne de Louis IX fTrombellJ, de À eus nantie» in9entorttûzn*iesCommerU.Bonon.7t II, part. Ill,p.sss). Après avoir dit que les moeurs du pape devaient être pour toute la chrétienté ce que l'étoile polaire est aux oavlgateurs, le poète ajoute ces paroles remarquables :
Un art fort qui mentir ne puet ;
Par vertu do U Martnette,
Une pierre laide et noire lie.
Où le fer volontiers sejoln
Bt al regarde le droit
certain que cet instrument si simple, une aiguille aimantée qui, librement suspendue, se dirige perpétuellement, par une de ses extrémités, ver» le pôle nord, il est certain , dis-je , que la boussole ne reçut d'abord sa véritable application que dans les navigations extra -méditerranéennes, loin des côtes européennes et africaines ; et cette gloire revient incontestablement aux Portugais.
Colomb eut à Lisbonne les moyens et le loisir d'étudier les routes que de hardis marins venaient d'ouvrir, sous les auspices de don Henri. Il fabriquait lui-même des globes et des cartes pour faire vivre sa famille ; il employait aussi une partie de son modique revenu à l'entretien de son vieux père à Gènes et à l'éducation de ses deux, jeunes frères (1). Plus d'une fois il faisait partie des expéditions envoyées à la côte de Guinée (2). Il savait déjà que les régions voisines des glaces du Nord ne manquent pas d'habitants, et dans ses expéditions sur la côte occidentale de l'Afrique, il put «'assurer que la région de l'équateur est de même habitée. C'était là un grand résultat acquis pour lui, et qui détruisait une croyance commune, transmise par l'antiquité, savoir que les régions delà ligne équinoxiale étaient inhabitables, à cause de la chaleur. On verra quel parti il sut en tirer.
Colomb résida quelque temps à Porto-Santo, lie récemment découverte et située sur la route du Nouveau Monde, où il devait le premier aborder. Sa femme y avait hérité de quelques biens ; et dans cette môme lie elle lui donna un fils, appelé Diego. Sa belle-sœur, qui s'y trouvait aussi , avait épousé un navigateur célèbre, Pedro Correa , ancien gouverneur de Porto-Santo. Dans l'intimité de la vie domestique, ces personnes s'entretenaient souvent de voyages lointains, et se communiquaient leurs idées oo leurs impressions. Ainsi Pedro Correa racontait au'un jour il avait vu une pièce de bois sculptée apportée à l'Ile do Porto-Santo par un vent d'ouest. Des pilotes portugais avaient vu une semblable pièce ainsi que d'immenses roseau*, venus de l'ouest, flotter jusqu'aux Canaries et même jusqu'au cap Saint- Vincent. Les habitants des Açores parlaient de troncs de pins monstrueux, d'une espèce inconnue, emmenés par les
Puis que l'aiguille l'a touchée ,
Bt à un festu l'ont fichée.
Bn ilau te mettent sans pins ;
Kt 11 festus U Uent dessus.
Puis se tourne la pointe toute
Contre l'étoille ; si sans doute
Que Japer rien ne faussera,
Ne mariniers n'en doutera.
Contre l'étoille va la pointe :
Par ce sont les mariniers coinLe
De la droite voye teulr ;
C'est un art qui ne puet mentir.
La .prennent la forme, et le molle.
Que cette étoillc belle et claire;
Tal devtroit être le saint-père ;
Clerc deverolt être et cstable.
(1) Mnùox. H Ut. del N. Mundo, 11.
(S) Fera. Colomb, cap. 4.
COLOMB
vente de l'ouest, et Os donnaient des détails sur les cadavres de deux hommes jetés sur la plage de IHe de Flores, hommes dont les traits ne ressemblaient à ceux d'aucune race comme. Mille bnrits Bradaient sur des Iles mystérieuses qu'on apercerait quelquefois dans l'Océan. Un habitant de Madère, Antonio Leone, raconta à Colomb comment il «Tait to on jour trois lies dans l'éloignement Les habitants des Canaries, jouet dune iHnsion d'optique, s'étaient plus d'une fois adressés au roi de Portugal pour obtenir la permission d'aller s'emparer d'une Ue montagneuse, tfenvhxn quatre* vingU lieues de longueur, qu'ils voyaient quelquefois, par un beau soleil, se mirer à rhoràon, du coté de l'ouest Les uns Pimagimient à cent lieues de distance, lés autres à quarante, d'autres seulement à quinze ou dixheit; mais, défiant toutes les recherches, elle semblait reculer à mesure qu'on s'en approchait Simples effets de mirage, comme ces beaux lacs qui dans les déserts de l'Afrique sont pour le voyageur exténué de soif le supplice de Tantale, ces lies fantastiques (Jota Morgana) iraient même reçu des noms : elles s'appelaient lb*à%Saint-Brandan etdes 5epf-Cif*. D'après me pieuse légende , au sixième siècle, un moine écossais, saint Brandan ou Borandan, accompagné de son disciple saint Maclou ou saint Malo, se mit à la recherche des lies du Paradis (lies Fortunées), pour y convertir les infidèles. Un géant, baptisé sous le nom de MUdum , apprit aux deux saints qu'il y avait dans l'Océan une lie défendue par des murs d'or, brillants comme du cristal, mais qui manquaient d'entrée. A leur requête, le géant entreprit de les y conduire, et se jeta a la mer tramant le navire par un cable. Mais un ouragan les obligea de revenir sur leurs pas, et bientôt après le pilote géant mourut (1). L'Ile de Saint-Brandan se voit nu le globe terrestre de Martin Behaîm, tracé en 1492, et sur la plupart des cartes du temps de Colomb.
Des traditions analogues s'attachaient à la prétendue lie des Sept-Cités. Lors de l'invasion de l'Espagne par les Maures, vers l'an 912, sept évoques, dit-on, suivis de leurs ouailles, s'embarquèrent, et, après avoir vogué longtemps sur l'Océan, abordèrent À une lie inconnue, où ils bâtirent sept cités magnifiques. Comme jadis Agathode, les évèques brûlèrent leurs vaisseaux pour Mer à leurs fidèles tout espoir de retour. Dans la sotte, plusieurs navigateurs portugais arrivèrent également à cette lie ; mais ils n'en revinrent pas , retenus par les successeurs de ces évèques. Un jour, quelques marins se présentèrent devant le prince Henri pour lui dire qu'ils revenaient d'une expédition lointaine, pendant laquelle ils avaient visité 111e des Sept-Cités. Ils ajoutaient que les insolaires parlaient l'espagnol, qu'ils étaient ca-
(0 Teyjoo, Têatro critico, t. IV, dcc. X. — F.»G. Garcia, Ong. de ht Indios.
tholiques, et qu'ils demandaient si les Maures étaient encore les maîtres de l'Espagne et du Portugal; tandis que les uns étaient à l'église, les autres ramassaient du sable sur le rivage pour faire cuire leurs mets, et ils virent avec étonnemeut qu'un tiers dece sable était de l'or ; craignant d'être retenus malgré eux, les marins mirent à la voile, et s'enfuirent Telle fut l'histoire qu'ils contèrent à l'infant don Henri, dans l'espoir d'en obtenir une récompense. Mais le prince, mécontent de ce qu'ils avaient quitté 111e si vite, leur ordonna d'y retourner pour en rapporter des renseignements plus détaillés. Les marins se le tinrent pour dit, et personne n'entendit plus parler d'eux (1). Cette histoire fit du bruit, et Fernand de Ulmo , capitaine de 111e de Terceire, fit avec la couronne de Portugal un traité, déposé dans les archives de Torre di Torobo (2), traité dans lequel il s'engageait à tenter à ses frais la découverte de l'Ile, des lies ou du continent, qu'on supposait être l'Ile des Sept- Cités, à condition que lui et ses héritiers auraient droit de j uridiction sur ces terres , en payant au roi le dixième des revenus. Ulmo s'associa pour cette entreprise Juan Alfonso de! Estreito, et, aux termes de leur engagement, ils devaient partir en mars 1487, c'est-à-dire un an après la découverte du cap de Bonne-Espérance par Barthélémy Diaz. On ignore quel fut le résultat de cette expédition.
On crut longtemps à l'existence des Iles de Saint-Brandan et des Sept-Cités, et cette croyance du moyen âge était en quelque sorte légitimée par les traditions de l'antiquité sur l'Antilla, sur l'Atlantide et les lies Fortunées.
Aristote parle d'une grande Ue de l'Océan (Antilla), découverte par les Carthaginois. Voici ses paroles : « En dehors des Colonnes d'Hercule, les Carthaginois trouvèrent, dit-on, une lie déserte, abondante en bois et arrosée de fleuves navigables et riche en fruits : elle est à plusieurs journées du continent. Les Carthaginois la visitèrent souvent, et y établirent même des colonies; mais, jaloux de cette possession, ils faisaient mourir ceux qui auraient pu en parler (3). »
Diodore a voulu sans doute décrire la même lie quand il s'exprime en ces termes : « Du côté de la Libye , on trouve une lie dans la haute mer, d'une étendue considérable, et située dans l'Océan. Elle est éloignée de la Libye de plusieurs journées de navigation, et située à l'occident Son sol est fertile, montagneux , et d'une grande beauté. Cette lie est arrosée par des fleuves navigables. On y voit de nombreux jardins, plantés de toutes sortes d'arbres , et des vergers traversés par des sources d'eau douce. . On y trouve des maisons de campagne somptueusement construites et dont les parterres sont
(1) Fera. Colomb, HUt., cap. 10.
(S) Cancilleria dtl m don Juan 11, Mo. IV, fol. loi.
(S) Aristote, de Mirabilltois séuuuUatlonibus, en. 8*.
COLOMB
ornés de berceaux couverts de fleurs. Cest là que les habitants passent la saison de l'été, jouissant voluptueusement des biens que la campagne leur fournit en abondance. La région montagneuse est couverte de bois épais et d'arbres fruitiers de toutes espèces ; le séjour dans les montagnes est embelli par des vallons et de nombreuses sources. En un mot, tonte 111e est bien arrosée d'eaux douces, qui contribuent non-seulement au plaisir des habitants , mais encore à leur santé et à leur force. La chasse leur fournit nombre d'animaux divers, et leur procure des repas succulents et somptueux. La mer qui baigne cette lie renferme une multitude de poissons, car l'Océan est naturellement très-poissonneux. Enfin, l'air y est si tempéré, que les fruits des arbres et d'autres produits y croissent en abondance pendant la pins grande partie de l'année. En un root, cette lie est si belle, qu'elle parait plutôt le séjour heureux de quelques dieux que celui des hommes *(i).
C'est dans le Timée de Platon que Ton trouve la première mention de 111e Atlantide. Dans ce dialogue, Critias raconte, sur la foi de Solon : « Il y avait au devant du détroit, nommé les Colonnes d'Hercule , une tle plus grande q je la Libye et l'Asie. De cette lie on pouvait facilement passer aux antres Iles , et de celles-là à tout le continent qui borde tout autour la mer intérieure; car, ce qui est en deçà du détroit dont nous parlons ressemble à un port ayant une entrée étroite; mais c'est là nne véritable mer, et la terre qui l'environne un véritable continent. Dans cette lie Atlantide régnaient des rois d'une grande et merveilleuse puissance; ils avaient sous leur domination 111e entière, ainsi que plusieurs autres Iles et quelques parties du continent. En outre, en deçà du détroit, ils régnaient encore sur la Libye jusqu'à l'Egypte, et
sur l'Europe jusqu'à laTyrrhénie Dans la
suite, de grands tremblements survinrent, et 111e Atlantide disparut sous la mer. Aussi depuis ce temps la mer est-elle devenue inaccessible et a-t-elle cessé d'être navigable , par la quantité de limon que l'Ile animée a laissé à sa place (2). »
Quant aux lies Fortunées, leur tradition avait sans doute pour source cette croyance antique qui plaçait le séjour des morts à l'endroit où le soleil semblait disparaître sous l'horizon. Les cités des vivants avaient leurs nécropoles toujours au couchant Cependant les premières notions à peu près certaines sur l'existence des lies Fortunées, à l'occident de l'Europe et de l'Afrique, ne remontent pas au delà du siècle d'Auguste (3). Strabon, citant quelques
(1) Dlodore de Sicile, V, 19, trid. de Perd. Hoefer, arec la note du t II, p. i».
(S) Maton, Timée, L XII, p. m. Des fragment» de cette Ile, plus considérables que Ie« Canaries et les Açorea, devaient te trouver plus loin à l'ou/wt.
(»)!/! le des Blenhenreox ( Maxdpwv vrfaoç ), dont parle Hérodote, III, tt, était une oasis (probablement «yonah ) altoée à Test de Thèbea en Egypte.
vers d'Homère sur les champs Élyséens (Orfjw., IV, 561 ), ajoute, en guise de commentaire, que l'Ile des Bienheureux était située à l'ouest de l'extrême Maurusia (cote du Maroc) (1). — On trouve dans Pratarque ( Vie de Sertoriuê, S ) un eurieux passage, qui parait avoir été emprunté à un livre de SaUuste dont il ne reste pins que de faibles fragments (2). Sertorius, vaincu sur terre et sur mer, franchit le détroit de Cadix. « 11 y rencontra, dit Plutarqne, quelques marins qui venaient de visiter les Iles Atlantiques (in wv 'AtXormxâv vqoaev AvoncticXavKOttç ) ; elles sont au nombre de deux, séparées l'une de l'autre par un passage très-étroK ; leur distance de l'Afrique est de dix mille stades (3); on les nomme Iles des Bienheureux (Max4p»v).Les pluies y sont rares et peu abondantes; il n'y souille que des vents doux et légèrement humides, qui fécondent le sol et le rendent propre à la culture Beaucoup de fruits y viennent spontanément, et nourrissent sans peine on peuple heureux. La température et les saisons y entretiennent un air sain...., et la croyance que ces Iles sont les champs Élyséens dont parle Homère s'est répandue jusque chez les peuples barbares (4). »
On s'accorde à admettre que ces lies Fortunées étalent Madère, les Canaries on les Acores ( on laisse le choix ) ; les Carthaginois pouvaient en effet les connaître, car ils avaient des établissements de commerce importante sur la cote opposée de l'Afrique (5). Mais quelques auteurs aussi ont soutenu que l'une de ces Iles, que Ptolémée désigne sous le nom àAprositos, c'est-à-dire d'Inaccessible, était l'Ile de Saint* Brandan ou des Sept-Cités (6).
Toutes ces traditions diverses supposaient à l'ouest des colonnes d'Hercule, dans la mer inconnue, un continent ou des Iles dont la découverte était on mystère. Mais, chose remarquable, ce n'est pas là ce qui avait le plus frappé l'esprit de Colomb : ce qui le préoccupait surtout, c'était la recherche d'une route nouvelle pour arriver aux pays des épiées, de l'or et des éléphants, à llnde et à la Chine ( Cipango et Cathay ), dont on racontait tant de merveilles depuis le voyage de Marco «Polo ( voy. ce nom ).
Ce (ut là aussi le principal motif des voyages de découvertes entrepris depuis plus d'un siècle par les Portugais. Si l'Afrique, disaient-ils , à l'exception de l'Isthme de Suez , qui la joint à l'Asie, est de toutes parte environnée d'eau, on
(1) Strabon, 1, II, p. S, edlt. Caaaob.
(I) sattast, Fragmenta, p. 1M, édlt. de Oerlach de I8tt : JYadttur fuçom in tonçtnqua Oeeawl aoitavt*fa.... evjvs duos intuia» propinaua* intir-s* «l dacem stadiuxn.... procul a Cadious tatit constatai, smopU inçenio alimenta mortaliburyiynere.... tnsulat Portunatas Sol. inehuat eue ait Hom*ri carmfnimu,.. Voy. Heeren, ae Pantimu Plutarcki, p. 114.
(S) Environ cinq cents lleoes,
(4) Plot, Sertorius, cap. S.
(l) Voy. Ferd. Hoefer, le Maroc, toinVUntompUtoresçuê.
(•) Waata. irTtag, fia de Christophe Colomb, L IV, appendice , n* tt.
COLOMB
devra parvenir à l'Inde en longeant la cote occidentale et tournant la pointe australe de l'A* Irique, tout aussi bien qu'en suivant la route ancienne, par la mer Ronge. — Et il* raisonnaient juste, comme le démontrèrent plus tard les découvertes de Barthélémy Diax , Vasco de Gama et d'autres.
Colomb eut un projet plus hardi : se fiant à la boussole et à la Providence, dont il se croyait l'instrument, il voulait franchir la mer reconnue, ténébreuse (mare incoçnitum, teneèrosum), traverser l'océan Atlantique, ou la fable avait placé le séjour des morts ; il voulait, en un mot, comme il se plaisait à h) dire lutanéme, chercher l'Orient par l'Occident, el Levante par el Poniente. Quant aux lies, qu'il ne doutait pas de rencontrer dans cette traversée sens pareille, ce ne fat là pour lui qu'une affaire très- secondaire : oe qui lui importait le plus, c'était de débarquer sur les rives orientales de l'Asie, et de visiter, par une voie entièrement nouvelle, tout opposée à l'anrienne, le pays du grand-khan. Il fut inflexible* ment confirmé dans ce projet par une série d'idées dont l'histoire forme la partie certainement la plus instructive de la biographie de Colomb. H convient donc de nous y arrêter un moment.
Nous sommes dédaigneux à l'égard de nos prédécesseurs , parce que nous mesurons leurs efforts avec une somme de connaissances qui leur échappait C'est ainsi que leurs doctrines sur le monde, sur la forme et la grandeur de la terre, nous semblent aujourd'hui comme un be~ gayement d'enfant; mais si, par la pensée, nous nous mettons à leur place, il sera juste de reconnaître que nos prédécesseurs devaient se tromper de la meilleure foi du monde, parce qu'il leur I manquait encore un ou plusieurs termes essen- j frisais solution do problème proposé. Tantqu'on n'avait pas encore découvert l'hémisphère opposé an nôtre, le pays des antipodes, tant qu'on n'avait pas fait le tour du globe, nos ancêtres pouvaient discuter à perte de vue snr la grandeur et la forme de la terre (1); Us pouvaient même, sans
(i) D'après m Bible (psaumes ciu et av), 1* terre eet ww surface plane, suspendue miraculeusement daoa l'espace et soutenue par la volonté de Dieu. Dans la ftographie d'Homère, la terre est un dUqne plat, qu'entoure le fleuve Okeanos. Leueippe enseignait que la terre était plate. Dans ces théories, les plus anciennes de j toutes, il n'est pas encore question de la terre des antl- ; podci : Pomponlus Mêla, Macrobe, Isidore de Séville en ; parlent les premiers. Mais al la terre était an disque, ! quelle forme lui donnait-on? Selon les uns, le disque ; naît rond; selon les autres, il était carré ; d'antres, en- j fm, pour concilier ces deux opinions donnaient à la trrre i] forme d'un cercle Inscrit dans un carré. Posidonlus la disait ovoïde. Il y en avait qot la représentaient sous ia forme du manteau antique appelé chlamyde. D'après nn manuscrit du septième siècle , cité par M. de Saatarem, « la terre est de la forme d'un cône on d'nne :oupte, de aorte que sa surface va, selon ce système, en «élevant du midi au nord. A la partie septentrionale est le soumet du cône , et derrière le sommet le soleil se caebe pendant la nuit >. M. de Saatarem, Sêtai sur i hitUAré de la cosmographie; Farta, 18M, t. II, p. lx, i-itrod. Voyez aussi M. Bélnand, Introduction e?Aboulfcda ' 1. 1, p. us) , où la terre est comparée à une poire.
paraître déraisonner, faire tourner autour d'eux le soleil avec toute la voûte céleste. Mais cela n'était plus raisonnablement possible depuis Colomb et Magellan, qui devaient engendrer Copernic et Kepler.
Déjà, bien avant Colomb, on avait parlé, il est vrai, de la sphéricité de te terre et de la possibilité d'atteindre aux rives de l'Inde en naviguant à l'ouest de l'Espagne. Mais d'une vue A la réalité il y a encore loin. Aristote , ce génie qui avait en quelque aorte deviné toutes les grandes découvertes, dit, dans son traité dtt Ciel (11, 14) : « La terre n'est pas seulement ronde, mais pas trop grande, et la mer qui baigne le littoral en dehors des colonnes d'Hercule baigne aussi les cotes voisines de l'Inde. » — Cette assertion d'Aristote sur la petitesse de la terre devait surtout rassurer Colomb; car A quoi lui aurait servi la possibilité d'arriver A l'Orient par l'Occident, si pour cela la vie d'un homme peut-être n'eût pas suffi? L'autorité du maître, appuyée de celle, d'Averroès, son commentateur, lui était d'un grand secours dans les discussions qu'il eut plus tard A soutenir. Dans un autre ouvrage, Aristote revient sur son opinion , et ajoute : « 11 est probable qu'il y a dans les régions opposées aux nôtres d'autres terres an loin, les unes plus grandes, les autres plus petites, mais qui toutes nous sont inconnues. Ce que nos Iles sont à l'égard des mers qui les environnent, le continent l'est à l'égard de la mer Atlantique , et les autres terres inconnues, à l'égard de la mer prise dans sa totalité. Ces terres ne sont que do grandes lies, baignées par de grandes mers (1). »
Strabon, rapportant l'opinion d'Êratosthène, dit « que sans l'étendue de l'océan Atlantique on pourrait , sous le même parallèle se rendre de l'Espagne à l'Inde, que nous nommons terre habitée (olxovovpivr) ), et qui est la terre à nous connue; mais que dans la même xone il peut y avoir une ou même plusieurs terres habitées (2). » Ailleurs, il citePosidonius, qui prétendait qu'en naviguant à l'occident, par un bon vent d'est, on pouvait se rendre dans l'Inde (3).
Sénèque, dans ses Quxstiones naturales,
Boita, Coassas easaya de réfuter les auteurs qui , avec Ptolémée, admettaient, contrairement a la Bible et aux Pères de l'église, la sphéricité de la terre. Il soutenait « que ia terre était de la forme du tabernacle de Moïse élevé dans le désert, et, d'après cela, il considérait ce tabernacle comme une représentation du monde. Citant les textes de la Bible, Il psouve que le tabernacle avait la forme d'une grande caisse, plus longue que large, et 11 conclut de la que telle doit être la forme de l'univers, et qne la terre est, selon lui, de la forme d'un parallélogramme ou d'une table ayant une longueur double de sa largeur. » ( M. de Santarem Essai sur thist. de la cosmographie, L II, p. 16.)
(1) Aristote. Sur le Monde, en. *, p. 4M de YJristote de Ferd. Hoefer, dans la Blblloth. de Charpentier. 1843). Compares aussi Aristote, Météorotog., Il, s.
il ) Strabon, Géogr., I, 4. Voy. sur ce passage le savant commentaire de M. Alex, do Humboldt. dans l'Examen critique de Fhistoire de Us géographie du nouveau cou* Mnent.t.I,p. 147 et soi v.
(9) Ibld., II. s.
COLOMB
demande combien de tempe il faut pour se Tendre du littoral de l'Espagne à llnde (1) ; et fl répond lui-même : « Un très-petit nombre de jours, si le vent est favorable. » Mais un passage vraiment prophétique, souvent cité, c'est celui de Sénèque à la fin du chœur de la tragédie de Médée : « H viendra un siècle où l'Océan, brisant ses liens, fera voir une vaste région; Téthys découvrira de nouvelles terres, et Thulé ne sera plus aux confins du monde (2). » Ce passage avait singulièrement fixé l'attention de Colomb : on le trouve deux fois copié de sa main dans l'ébauche de son fameux livre de las Profecias, qu'il essaya de rédiger vers la fin de ses jours (3). Il invoqua aussi l'autorité de ce verset d'Esdras : « C'est le troisième jour que tu as ordonné aux eaux de se rassembler dans la septième partie de la terre (4) », pour convaincre ses contradicteurs que l'Océan n'est pas aussi grand qu'on se l'imagine.
Dans le petit traité de Plutarque, Sur la face de la lune , se lit un passage où le géographe Ortelius croyait reconnaître aux mots u*y âXi\ frcsipoc (grand continent) tout le continent dn Nouveau Monde (5).
Macrobe, dans son Commentaire sur le Songe de Scipion , divise le globe en quatre masses continentales, deux pour l'hémisphère boréal et deux pour l'hémisphère austral, de telle façon qu'on navigateur, en allant de l'ouest à l'est), devait rencontrer sur sa route le continent (des antipodes) qui n'avait pas encore été découvert (6).
Les géographes arabes et les écrivains chrétiens du moyen âge propagèrent ces idées, en y ajoutant quelques observations nouvelles. Ainsi, selon Eilrisi, géographe du douzième siècle, l'océan Atlantique, qu'il appelle la mer ténébreuse, est d'un niveau plus élevé que la Méditerranée; il fonda son opinion sur le grand courant pélagique qui vient se briser sur les cotes occidentales de l'Afrique et de l'Europe. « On appelle, dit-il, cette mer ténébreuse, parce que jusqu'à présent on n'a pu se procurer sur elle aucune lumière, à cause de sa navigation difficile et des ouragans qui y régnent. On sait cependant qu'elle renferme beaucoup d'tles, les unes habitées , les autres désertes.
(l) Scnec Quant nat, in pretfat. : Quantum enim est quod ab uttimis lUtoribus Bispanim ad Indo$ jacetf Paueissimorum dierum spatium, si navem suas vantas taiplevit.
(t) Sen.,Med., art. II, 876 «eqq. :
• "Veulent aonls Secola serti qaibui Oceanas Vlncala reram laxet, et logeas Pateat tellos, Tetbysqoe novoa Dctegat orbes, nec ait terris UMma Tbole.
(S) Fera. Colomb, Htst.% 7. - Navarrete, II, Kl. — AL de Homboldt, Examen critique. L I, p. 101.
(4) Esdras iv, 6. Et tertio die imperasti aquit congreçari in sepiima parte terrai.
(S)Ortellaa, Orbis terrarum, 1, 170.
(5) Macrobtus, Comment, in Somn. Scip.Jl, 9.
Elle communique avec la mer de Sin, qui baigne les terres de Gog et de Magog (cotes orientales de la Chine). Du côté de l'Asie, les dernières terres sont les lies OuaoOuac, au delà desquelles est l'inconnu (1). »
Au treizième siècle, Albert le Grand ne doutait pas que la surface du globe ne fut habitée jusqu'au 60° de latitude australe. Dans son traité (Liber cosmographicus) sur la nature des lieux (de Natura locorum), il commente ou paraphrase Aristote; et il y ajoute, entre autres, ce qui suit : « Toute la zone torride est habitable, et c'est une ignorance populaire de croire que ceux dont les pieds sont dirigés Ter» nous doivent nécessairement tomber. Les mêmes climats se répètent dans l'hémisphère inférieur, de l'autre coté de l'équateur, et il existe deux races d'Éthiopiens, ceux du tropique boréal et les noirs du tropique austral. L'hémisphère inférieur, antipode au notre, n'est pas tout à fait couvert d'eau, il est en grande partie habité; et si les hommes de ces régions éloignées ne parviennent pas jusqu'à nous, c'est à cause des vastes mers interposées, peut-être aussi parce qu'une force magnétique retient les chairs humaines (cames humanx), comme l'aimant retient le fer (2). n — Les antipodes et la chaleur des tropiques étaient au nombre des objections que Ton fit valoir contre le projet de Colomb.
Roger Bacon, contemporain d'Albert le Grand, s'attacha, dans son admirable Opus majus, à démontrer que la terre habitée ou habitable ne représentait pas , selon la science et les autorités anciennes', ,1a totalité du globe, et qu'il restait au moins un cinquième ou peut-être même un quart à découvrir. Il insiste beaucoup sur cette idée, et s'exprime, entre autres, ainsi : « La mer ne couvre donc pas, comme on le prétend, les trois quarts de la terre. Déjà il est évident (iam patet) qu'une grande partie de ce quart d<nt se trouver au-dessous de nos régions habitées ; car l'Orient est rapproché de l'Occident ; la mer qui les séparoest petite et ne dépasse pas la moitié de la sphère terrestre. Maisv quelle est cette distance? Voilà ce qui n'a pas été mesuré de nos jours, et nous ne le trouvons pas davantage dans les livres des anciens. Qu'ya-Ml donc d'étonnant que plus de la moitié de la quatrième partie de la terre que nous habitons nous soit inconnu? Et il y a bien des cités qui ne sont pas mentionnées par les philosophes, comme je vais le montrer, etc. (3) »
(1) Edrisl, Geogr. Jfric, p. 148.
(t) Alb. M ag., Uber cosmograpMcuf; Strasbourg, 1 si S. fol. 1*6. Comp. AL de Homboldt, Examen critique, 1. 1, p. ss et sotr.
(S) R. Bacon, Opus majus, p. iS4, Lond., nu,, in-foi., éd!L Jebb. Non igUur mare eooperiet très quarto* terrss, ut estimatur.... Jan, patet quod multum de quarta Wa subnostra erit kabltatione, propter hoc quod principta orientés et oeeidentis sont propet qmia mara parvum ea séparât ex altéra parte Urrx, rt idro kabitatio inter Orient émet Oeddentem non erit mediclas xqninoctiaiis circula née medietas rotunditati*
COLOMB
Ailleurs, fl y revient encore, et finit par cette conclusion remarquable ; Il est donc évident qgt depuis V extrême Occident jusqu'à ï extrême Inde il doit y avoir une sur/ace comprenant pius que la moitié de la terre (1). Ainsi, il ne s'agit plus d'une assertion Tague : rexistence d'un hémisphère habitable, opposé au notre, est pour Roger Bacon une conviction, ooe évidence : Mantfestum estt pour employer ses paroles. A celui qui fit connaître la poudre à canon, les propriétés de la lumière, la possibilité de naviguer dans l'air, etc., il appartenait aussi d'entrevoir le premier bien nettement la décooicrte d'un nouveau monde.
Colomb ne parait pas avoir connu l'ouvrage de Bacon ; mais il connaissait Y Imago Mundi de Pierre d'Ailly, titre emprunté aux Arabes (Djihan-nwma), et que l'on donnait alors à presque tous les traités de cosmographie (2) . Qu'il me soit permis de donner quelques détails sur ce fivre, qui fut en quelque sorte le manuel géographique, le vade-mecum du grand navigateur (3). l'Image du Monde du cardinal Pierre d'Ailly [Petrus de Alliaco), évoque de Cambray et aumônier du roi Charles VI, fut écrite en 1410, et imprimée probablement en 1490, in-4°. L'une des bibliothèques de Paris, celle de Sainte-Geniève, possède un exemplaire de ce livre rare, qui ne porte pas de date; il est imprimé en caractères gothiques, et à la fin du petit traité on lit : BxplicU YmagoMundi9 a domino Petrode Alfia», episcopo CatneracenofdeScriptura et ex pluribus auctoribus recollecta, anno Domini 1410, augusti àuodecimo (4). La Bibliothèque de Séville possède un exemplaire identique, mais
chargé «ta xttdvn marginal^ mamiafiritefl et même
de dessins qui paraissent être de la main même du Gh. Colomb (5). Pierre d'Ailly n'était qu'un compilateur, ainsi qu'il nous l'apprend lui-
urrm.- Quantum autem hoc sU, non est temporibus uottrts mensuration, nos invenimus m Ubri» anUquoron, ut oportet, certtficatum; nec mirum, quoniam Vint medietatis quart*, in qua $umxu, nobts ignotum ; me sunt ctpUates a philosophie comprenons*, ut patent exsequenttbus.
(i) Bsg. Bacon, Oput majus, p. m, Manifestum at içitmr quod a fine Occidentis usque ad ftnemJndi* testa terram or» longs pins quant medietat terrm.
(V On trouve à la IHbUotMqae Impériale de Paris plurieurs de ces traités manuscrite, dont les pins curieux «rat : Figuré et image du monde, par Jehan de Beauv»a; — Image du monde, par mestre Gossooln. Le premier, composé en 147», se conserve sons le n» 70*4 (ans. français), et le second, rédigé en IMS. sons le
(I) Voyex la lettre de Colomb datée de Haïti en 14S8, et adressée ans monarques espagnols : El Arittotel dioe eue este mundo es pequen ou e$ el ogua mug poca, g ose facilmente se puede pasar de Bspana a las Indias, 9 este confirma al Avenrga g le alega el eardenal Pedro de AUneot autorizando este dicir g aqual de Jes0ca,etc
(*) Kbllotb. Sainte-Geneviève, OB, 7» (de la réserve).
(*) Papres nue note communiquée par mon savant ami et collaborateur M. Ferdinand Denis, cette constatation a été faite récemment à SévUle par nn célèbre pobttctste, M. Ad. de Vsrnhagen, qui s fait aussi des recherches intéressantes sur le vojsge de|Colomb en Islande ; rosis tl n'en a pu trouver aucune preuve positive,
novY. Bioca. ctauta. T. XI.
même ; mais comme c'est, selon toute apparence, par ce canal que Colomb acquit en grande partie les connaissances géographiques de ses devanciers, fl a ici une certaine importance.
Dans le chapitre de Oceano, Pierre d'Ailly dit : En allant d'un pôle à l'autre, la mer s'étend entre les dernières limites de l'Espagne et le cominencement de l'Inde; l'eau couvre les trois quarts de la terre, parce que l'Orient est rapproché de l'Occident ( Quia principium Orientis et Occidentis sunt prope, cum mare parvum ea separet ex altéra parte terrx). » — - Dans beaucoup d'autres passages fl copie pour ainsi dire littéralement Roger Bacon (1).
Dans le chapitre vu de V Imago Mundi, chapitre intitulé : de Varietateopinionumcirca habitationem terrm, ontit:«IIyenaqui.
disent que la région située entre le tropique d'hiver et le cercle antarctique est d'un climat tempéré et aussi bien habitable que la région où nous sommes; ils disent aussi qu'il y a des antipodes, qui peuvent occuper des régions et des habitations comme nous, et qui onMIiiver quand nous avons l'été, et réciproquement, et qui ont le printemps quand nous, avons l'automne. Mais il n'y a pas de communication entre les antipodes et nous à cause de la xone torride et des chaleurs tropicales. C'est pourquoi cette nahoo n'aurait eu aucune notion de la parole dn Christ et des apôtres, contrairement à ce que dit l'Évangile : Et in omnem terram exivit sonus eorum (2). Aussi
(i) Tel est, entre antres, le passage solvant : Sed quod plus est quarto pars terrm tasmo efus medietat 9 huic medietaU opposita, cousiderando viam naturalis philosophim vtdetur esse habUobilis sieut nostra, et quod non sii tota eooperta aquls, tient unions mstimat. Nom Ula pare sut pedibus nostrit quantum ad remotUmem soUs et potorum consimilis est dispositionis, sieut ista et stmiliter quarto ultra mqumoeUalem eonsimills huic quartm.et ideo proporUonaliter débet esse utraque aqnis discoperta et consunUtter habitoMUs, licet quantum in eit habUetnr nondmmmsatnrab auctoribus certificatum. Pierre d'Ailly, imago Mundi; dans le livre Intitulé .• Epilogut mappm Mundi.
Dans le même volume, on troove d'autres écrits de Pierre d'Ailly, dsns l'ordre suivant : hnago Mundi; — Traetatus de légions et seetU, contra superstitiosos as - . - ExhoriaUo ad consWum générale super M : traité adressé an pape Jean XXIII , qui nmer Pierre d'Ailly cardinal ; ce traité est des pins remarquables : on y trouve toute la réforme dn calendrier grégorien. - Traetatus de vero egelo lunari, suivi d'une lettre du pape Jean XXII I sur la fixation de la fête de Pâques ; - Compendium cosmographim (Extrait de Ptolémée); un appendice à ce Compendium; figures (sphères), avec commentaires pour l'Intelligence de V Imago Mundi;— de Coneordia astronomie* usritaUs cum tkêologia ; - Etueidarium astronomie* concordiss cum theologica et historteaveritote ; - Prima apologeUca defensto astronomie* veritatis; - Secundo apologettca defensio ; — Traetatus de concordantio discordantimn astronomorwn ; — Tritoçium astrologue theotogisatm : édité, mis en ordre et rédigé (en 1418. par le chancelier Jean Geraoo, et écrit à l'usage du dauphin ; — Opustnlum Joan. GersonU contra superttitiosam dterum observaUonem ; — J cannes Gerson adversus doetrinam cujusdam mediel in Monte Pessulano, etc. à la lin du volume.
(t) Christophe Colomb mourut dans la croyance qu'il avait par sa découverte accompli ces paroles du psalmlstc. Cest pourquoi on trouve dans le psautier polyglotte ln>
COLOMB
saint Augustin, dans le chapitre xvi de la Cité de Dieu, rejette- t-il cette opinion; quelques-uns ia traitent de fable, et ajoutant que eette quatrième partie du monde est principalement couverte d'eau.... Au milieu de tant d'opinions diverses, je m'abstiens d'alléguer des raisons plus ou moins plausibles ; car dans ces sortes de choses il faut se laisser convaincre moins par des arguments imaginaires que par l'expérience et des allégations probables (in his rébus non tam imaginationiàus quant experimentis et probabilibus historiis reputo eertiiudinaMer adhxrendum). »
Ces dernières paroles témoignent d'an esprit sûr et de bonne trempe. La propagation du christianisme chez les antipodes était alors une des questions les plus controversées par les théologiens ; et en même temps elle devait intéresser tous ceux qui avaient à coeur les progrès de la géographie. Lldée religieuse , la conversion des infidèles, occupait alors tous les esprits. Ces paroles de Jésus-Christ : « Allez prêcher l'Évangile sur toute la terre, » poussèrent bien des voyageurs
primé à OêQfi , eo 1516, à la An 4e cet mots . et fei omnem terram exivit tonus eorumt en guise de commentaire, ane courte biographie du grand navigateur ( la première qui a été taaprlnjée ), dont voici qoelqoes fragments ; SaUem temportbus nostris , quitus mirabili ousu Christophori Columbi Genuensis, alter peneorbis repertus chrlstianorumque cmtui aggr*gaius. At ver» quonsam Coiumtut fréquenter prmdicabat se a Dca «Uctum ut par ipsum adtmpl*r*tvr hœc prophetia, non ali*num*zisttmavi vitam ipsius ftoc loeo insérer*. Igitur Christophorus coçnomento Columbus, patria Genuensis, vilibus ortus parentibus, nottra sttats fuit qui sua industria plus terrarum et pelagi esfploraeit paucis mensibus fuam pêne relioui omnee mortalês unlversis rétro actis ssnuUs... Hic pueriUbus anni* vix prima elementa edootus, puboseens Jam rei maritime: operam dédit; dein, profeeto m Lusitaniam fratre, ae Vlissippone ( Lisbonne ) eumstum instituent*, pingendarum tabeUarum ad usum maritimum , *fflgianttum maHa et portus et Utora , huju* modi maritimos sinus atque insulas dididt ab oo, qum 4M tum forte is a plurimis aceeperat, qui ** regio isutituto ibant quotannis ad explorandas inaeeessus Btkiopum terras et Oceani intra meridiem et oeeasum remota* plaças. Cum quibus>is plueies sermonem seren* , qumque ab hit aceeperat con/erens his ou* et lu suis ipso jam dudum futrat meditatus pieturis et legerat apud cosmographos , tandem vouerai in opintonem posse omnmo Jteri ut qui Bthiopum ad Libwcum ver* gentium Utora Unquem, reotus dirigat imter uphirum et. lÀbgcum navigation***, paucis mesuibus aut Insu* lam ùllquam, aut ultimas Ind&rum continentes terras assequeretur. Qum ubi satis exacte percepit a fratre.., — Qum prima est inventa es tnsulis Hitpana est nun~ cupata. In caque inventi mortalês innumeri paupertate et nuditate conspicui.. Piretnes nudm proreus incedunt, donec a viris qusbusdam, efus rei p*ritist osseo quoéam, veluti digito. virginitatem exuunt.. Deferuntur semlna et plantes arborum, nom MUcum, ut postea cegnitum est , ubi terres conditum fuerat, primo statim ad grandlutoulam altitudlnem crescens, paulo post evanescebat , quasi damnante natura navet cibariorum gênera, et eos suis radiclbus esse contentas jubente... Psalterium hebrmtm grmeum, arabicum et chaldwum, SmpresnH Petras Pools* Porros, Oeauss, me, In-fol. Ce livre ( de la Bibliothèque de M. Ambrotae Flrmin Dldot, si rlebc en Incunables ) est assea rare : U fut confisqué par les magistrats de la république de r.enes, parce que eette notice biographique attribuait le mérite de lldée première de Christophe Colomb à son frère Barthélémy. Voy. AI, de nomboldl, Kxam ©rtl.,t I, SI.
zélés dans des régions inconnues. Roger fia* con, un des esprits les plut éclairés du moyen âge, dit lui-même que la connaissance des lieux de la terre est surtout nécessaire à la république des fidèles, à 1a conversion des infidèles, à combattre les inéoréants et l'antiehriat (1).
Parmi les savants contemporains qui paraissant avoir exercé sur l'esprit de Oolomb une grande influence, il faut citer Martin Behaûn ( voy. en nom) , cosmographe allemand, et Tos* eanetti , géomètre italien. Les relations que Colomb eut avec la premier sont moins certaines) cependant, il peut l'avoir connu k Lisbonne ou même à Porto-Santo; peut-être eut-il connaissance de la fameuse mappemonde dressée par Behaim dans l'année même de la découverte du Nouveau Monde, et sur laquelle on trouve in* diquéesà l'ouest do l'Espagne, dans l'océan Atlantique, plusieurs terres inconnues. Quant à Toscanelli, il entretenait avec Oolomb mm correspondance do plus haut intérêt.
L'Italie, e'est-à-diro les Génois, les Pisana et les Vénitiens , avalent alors le monopole du commerce avec l'Asie australe, avec l'Inde, d'où ils tiraient le poivre, la moseade, la cannelle, les clous de girofle, et d'antres denrées, soit par la voie de la mer Kouge et d'Akxandrie , soit par la voie du golfe PersiqueetdeBasra,soit, enfin, par la voie de l'Asie centrale, que Marco- Polo avait parcourue. C'était toujours ae rendre dans l'Orient (Inde) par l'orient. ToseanaJIi eut de fréquents entretiens avec les négociants qtà revenaient de l'Inde ou même de l'archipel de la Sonde; et en combinant les résultats acquis avec ceux de la géographie ancienne, il ooaout la possibilité d'aller au pays des épiées, non plus par l'orient, mais par l'occident. Le vieux géomètre parait avoir longtemps mûri eette idée. Ici les dates acquièrent une importance réelle , ne fût-ce que pour détruire le conte rapporté par Garoilasso, Gomara et Aoosta (2), d'après lequel un pilote, Alonzo Sanchei de Huetva, poussé, dans une traversée d'Espagne aux Canaries, en 1484, jusqu'aux côtes de Saint-Domingue, aurait, à son retour, fait naître dans Colomb la première idée de son entreprise.
Nous avons vu que Colomb s'établit à Lisbonne vers 1470 , et qu'il y rencontra plusieurs négociants italiens. II se lia, entre autres, avec Lorenzo Girakh' de Florence, comme U s'était lié à Séville avec J. Berardi, chef d'une maison de commerce où était employé Amerigo Vespueci, le même qui devait donner ton nom au monde découvert par Colomb. Un jour Co-
(l) II. Bacon, Opus majus, p. IS» i Hsse eoanitio loeorum mundi valde necessaria est retpubiicm psaiium et conversioni injldelium, et ad obviandum tnJtdoUbut et jénUchPisto. - Pola alueure U dli ! Qui èoea mundi ignorât nescU non sohm quo vaamt, sed quo tendat, et idea, tic* pro conversion* infldcUum pwoMéscuiur, aut pro aliis Eceletim negotiis, neeessê ëttuuttiat ritus et condition** omnium noUonum.
(t) Garclllaaao, Comment, Beales, I.S. - Gomara- Hiet de las Indias, IS. - Acoata, I, IS.
COLOMB
lomb apprît d'un île se* compatriotes que le roi de Portugal, Alfonse V, avait chargé le chanoine Fernando Martinez de demander à Toscanelti , dont la réputation de seyant était européenne, une instruction détaillée sur le chemin de l'Inde par la voie de V ouest. ToseaoeUi avait alors soixante-dix-sept ans. Il s'empressa de répondre au chanoine du roi de Portugal, et sa lettre, datée de Florence le 26 jnin 1474, contient ces lignes mémorables : • Quoique j'aie souvent traité des avantages de cette route , je Tais encore aujourd'hui , d'après la demande expresse que m'a tait adresser le sérénissHne roi, donner une indication prédse sur le chemin qu'il mut suivre. Je pourrais, sa gktbe à la main , démontrer ce que Ton dé* are; mais j'aime mieux, pour faciliter l'intelagenee de l'entreprise , marquer le chemin sur une carte semblable aux cartes marines, où j'ai dessiné moi-même tonte l'extrémité de l'occident depuis l'Irlande jusqu'à la fin de la Guinée vers k Sud, avec toutes les lies qui se trouvent sur cette route. J'ai placé vis-à-vis des cotes d'Irlande et d'Afrique, droit à l'ouest, le commenceméat des Indes avec les Iles et les lieux où vous pourra aborder. Vous y verrez aussi à combien de milles voua pourrez vous éloigner du pôle arctique vers l'équateur, et à quelle distance vous arriverez à ces régions, si fertiles et si abondantes en épiceries et en pierres précieuses.... La carte que je vous transmets pour le roi tous indiquera l'espace entier compris entre le couchant (c'est-à-dire de l'Irlande à la côte de la Gainée) et le commencement des Indes. J'y ai dessiné de ma main tes lies et les lieux qui sont situés sur la route , et on l'on pourra s'arrêter s'A arrivait qu'à cause des venta contraires, on de quelque autre accident, il fallût chercher un asile. Vous ne serez pas surpris que je nomme ici le couchant le pays aux épices, appelé généralement parmi nous le Levant; car ceux qui continueront de naviguer à l'ouest trouveront vers l'occident ces mêmes lieux, que rencontrent ceux qui vont par terre dans la direction de Test.... »
Puis parlant des richesses de l'Orient, fl ajoute : < Du port de Zaïthoun partant tous les ans ptag de cent navires chargés de piment et d'autres épiceries. Plusieurs provinces et royaumes dépendent du grand-khan, qui est comme le roi des rois, et qui réside généralement dans le Cathay. Ses prédécesseurs désiraient établir des relations de commerce avec les chrétiens, et il y a deux cents ans qu'ils envoyèrent des ambas- •adeors aux papes pour leur demander des instituteurs qui fussent en état de les instruire dans notre foi. Mais ces ambassadeurs ne purent arri- ; ver à Rouie, et se trouvèrent forcés de rebrousser chemin, à cause des grandes difficultés qui s'op- ; posaient à leur voyage. Sous le règne du pape l Eugène IV vint un ambassadeur qui assura Sa Sainteté de l'affection que les princes et les ha-
I brtants de son pays avaient pour tes catholiques.
' J'ai eu une longue conversation avec cet ambas-
i sadeur : il me parla de la magnificence de son roi , de grandes rivières, dont une seule offrait sur ses bords deux cents villes, avec des ponts de marbre; de pays dans lesquels on choisit
, pour membres du gouvernement les hommes les plus lettrés, sans avoir égard à la naissance ni à la richesse; de cette ville de Quisay, nom qui veut dire Cité du Ciel, située dans la province de Mango, près du Cathay, et dont la circonférence est de vingt-cinq lieues (1). »
Colomb , préoccupé de l'idée d'aller à l'Inde par l'occident, eut communication de cette lettre deToscanelli; et ce qui l'y avait surtout frappé, c'était la description des pays du grand -khan, car dans le journal de son premier voyage il en reproduit des paroles presque textuelles : « D'après les informations que j'avais données à Vos Altesses (Ferdinand et Isabelle) d'un prince qui est appelé grand-khan , ce qui veut dire roi des rois, et de ce que plusieurs fois lui et ses prédécesseurs avaient envoyé à Rome y demander des docteurs en notre sainte foi, etc. » Colomb eut le désir ardent de se mettre en rapport avec le savant dont il partageait les vues. Lorenzo Giraldi fut son intermédiaire : il
! se chargea des lettres de Colomb adressées à Toscauelli. De ces lettres, nous n'en connaissons que les réponses, au nomnrededeux et sans date. Dans la première , Tosranellf s'exprime ainsi : « Je vois que vous avez le grand et le noble désir de passer dans le pays oh naissent les épiceries, et en réponse à votre lettre je vous envoie la copie de celle que j'adressai il y a quelques jours à un ami attaché au service du sérénissime» roi de Portugal (2), et qui avait eu l'ordre de Son Altesse de m'écrire sur le même sujet. »
Comme la lettre au chanoine Martinez est du 25 juin 1474, Colomb devait connaître dès le mois de juillet t47*, c'est-à-dire plus de dix-huit ans avant la découverte du Nouveau Monde, la carte marine où Toscanelli avait tracé l'itinéraire pour
; les navires qui pourraient se rendre des côtes occidentales de l'Europe et de l'Afrique aux cotes orientales de l'Asie. Dans la seconde lettre,
', le vieux géomètre confirme Colomb dans ses projets, et ajoute ? « Je loue votre désir de naviguer vers l'occident, et je suis persuadé que vous aurez reconnu, par ma lettre précédente, que l'expédition que vous voulez entreprendre n'est pas si facile; mais que la route, c'est-à-
' dire la traversée des cotes occidentales de l'Europe aux Indes des épices ( Indie délie spezierie ) est sûre en suivant les chemins que je vous ai désignés. Vous en seriez entièrement persuadé si , comme moi , vous aviez eu occasion
| de fréquenter un grand nombre de voyageur
(1) Al. de Humboldt, Examen critique, t. Ier, p. M, 114 et ttf.
1 (1) Le chanoine Martinez, de Lisbonne.
COLOMB
qui ont été dans ces pays. Soyez certain que tous y trouverez des royaumes puissants, de grandes cités bien peuplées, et de riches provinces. » (1).
Toutes ces autorités que nous venons de passer en revue, et dont il nous aurait été facile de multiplier le nombre, ne diminuent en rien la gloire de Colomb : elles font seulement mieux ressortir que les grandes découvertes ne sont que la réalisation ou la démonstration des grandes idées/ dont le germe est pour ainsi dire inné dans l'esprit humain , et qui se retrouvent, dans on état plus ou moins latent, aux différentes époques de l'histoire. Mais il font la puissance du génie, mens divinior, pour féconder ce germe. Cette intervention est d'autant plus nécessaire que les idées grandes et Traies sont trop simples pour attirer l'attention du vulgaire, et qu'elles sont toutes éclipsées par le brillant des idées fausses dont le monde est rempli. C'est la gloire de Colomb, gloire immortelle, d'avoir discerné dans les ténèbres un point lumineux, et de s'en être emparé comme d'un guide dans sa marche à travers l'inconnu. Ce que d'autres avaient plus ou moins confusément entrevu, ce qu'une grande partie du genre humain avait ignoré, Colomb le réalisa; et on pourrait rappeler ici l'histoire de l'œuf qu'il fit tenir droit après l'avoir cassé par un bout. Il est vrai qu'il découvrit tout autre chose que ce qu'il s'était imaginé, et on a souvent répété que la découverte du Nouveau Monde était due à une; grossière erreur de géographie. Mais pour que cette remarque, plus spirituelle que profonde, fût tout à fait vraie, fl aurait fallu y ajouter que Colomb, en prenant le Nouveau Monde pour l'Inde1, eut pour complices de son erreur les plus grandes lumières de l'antiquité et du moyen âge; et je ne crois pas foire injure aux Aristote et aux Roger Bacon modernes en supposant que s'ils avaient vécu du temps de leurs aînés, ils se seraient trompés comme eux. Eh quoi! parce qu'une erreur a été reconnue après coup, efle aurait dû l'être auparavant ? mais ce serait la réhabilitation de ce fameux argument scolastique : post hoc, ergo propter hoc.
Ici commence cette série d'épreuves que Dieu semble imposer aux grands hommes. PTest-oeJpas la destinée du génie de lutter contre ceux-là même qui doivent participer à ses bienfaits ?
Colomb était pauvre, et son plan immense. Pans cette perplexité, il songea, dit-on, d'abord à son pays natal, et demanda à la ville de Gênes les moyens d'aller à l'Orient par l'Occident. Sa proposition fut rejetée. H s'adressa ensuite au roi de Portugal, Jean II, qui venait de succédera AJfonse; et il était près de le persuader, lorsque ce monarque renvoya l'examen de la proposition à un conseil spécial, chargé de la direction des affaires maritimes. Ce conseil était composé de deux célèbres cosmographes, maîtres Joseph et Koderigo; ils taxèrent le projet de Colomb de
(i)Cotnp. Alex, de Humboldt , Examen critique, 1. 1,
chimérique et d'extravagant Cependant, le roi n'adopta pas cette sentence, et consulta son conseil privé, qui comptait parmi ses membres lés prélats les plus instruits du royaume (1). Deux opinions contraires s'y élevèrent. Diego Ortiz deCazadilla, évêque de Ceutaet confesseur du roi, se prononça nettement contre le projet de Colomb, : « Avant de prendre, disait-il, une dernière résolution touchant les entreprises qui regardent le bien public, il faut examiner si eHes sont justes, glorieuses et utiles : si elles manquent d'une de ces trois conditions, il est dangereux de les entreprendre. Celle que Christophe Colomb propose n'en est, ce me semble, revêtue d'aucune. On ne peut l'exécuter qu'avec des dépenses considérable*, en sacrifiant un bien certain à des espérances incertaines; en exposant la fleur do la jeunesse anx périls d'une longue navigation, et en nous privant des secours les plus pressants contre des ennemis voisins, qui ne manqueraient point de profiter de la diversion de nos forces. M'est-il pas plus glorieux, si nous devons faire la guerre, de la faire aux Manies d'Afrique, ennemis dn royaume, ennemis de notre religion , et qui ne respirent que lamine de toute l'Espagne? A l'égard de l'utilité, quels hommes, quelles richesses, quelles flottes ne seraient pas nécessaires pour exécuter l'entreprise dont il s'agit ! L'idée seule suffit pour en démontrer l'inutilité. Contentons-nous donc de porter la guerre en Afrique; le juste, le glorieux, l'utile, tout s'y trouve à la fois. Les Africains sont belliqueux, leurs richesses sont immenses, et leur haine contre notre religion est extrême : ces trois raisons ont engagé nos rois à leur faire une guerre éternelle. Ainsi , mou avis est qu'on préfère la réalité à la chimère; qu'à l'exemple de nos ancêtres, nous continuions nos expéditions contre ces ennemis cruels, et que lions nous appliquions sans relâche à abattre leur puissance redoutable. »
Pierre de Noronha, comte de Villareal, approuva au contraire le projet de Colomb, et répondit à son adversaire en ces termes : « Toutes les choses de la vie dépendent des dreonstanecs ; celles-ci règlent et doivent régler en tout la conduite des hommes. Lorsque les Maures avaient presque soumis sons leur puissance l'Espagne, toutes nos forces n'étaient point suffisantes pour opposer une digne à l'ambition. Mais aujourd'hui que nous avons repoussé au delà des mers ces barbares, que l'Espagne ne gémit plus sous les fers de ces cruels ennemis, que nous possédons des villes et des ports commodes dans leur pays, le bien de l'État, la gloire de la nation et l'intérêt de la religion nous invitent à de pins nobles entreprises. Ce que propose Colomb peut être douteux, dangereux même; mais cela ne doit pas nous faire abandonner le dessein de porter jusque dans l'Asie la gloire de nos ar~
(I) Vatcoooellos, Pidn del rey don Juan tt, vr.
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mes. L'Europe et l'Afrique eu ont éprouvé la force ; soumettons les Orientaux, et rien n'égalera notre gloire. D'ailleurs, l'expérience nous a appris qu'il n'est point de nation plus contraire à notre religion que les Maures; allons donc chercher des nations moins indociles et moins opposées par leur génie et par leurs mœurs aux Tentés de la loi de Jésus-Christ. Si la gloire de la nation tous est chère, si tous prenez intérêt aux progrès de la religion, et si tous roules voir le Portugal regorger de richesses, traversons ces mers immenses qui nous séparent des peuples orientaux; établissons entre eux et nous on commerce florissant ; éclairons-les des lumières de l'Évangile, et n'abandonnons point honteusement des entreprises que nulle nation, excepté la notre, n'a osé tenter. Nous n'avons rien à craindre de nos voisins : les Maures, bien loin de songer à porter la guerre dans notre pays, ne s'occupent qu'à la défense du leur; la paix règne entre la CastUtoet le Portugal, et si les Espagnols voulaient l'enfreindre, les richesses que nous retireions des Indes ne serviront qu'à nous mettre plus en état que nous ne l'avons Jamais été de réprimer leurs efforts ambitieux. Ainsi, je conclus qu'il sera juste, glorieux et utile d'aller à la découverte de la route inconnue, de travailler à la conversion de tant de peuples différents qui vivent dans une profonde ignorance de notre foi, d'établir un solide commerce entre eux et nous, et de ne point se rebuter par toutes tes difficultés qu'on pourra essuyer dans l'exécution d'une pareille entreprise (1). »
Le roi approuva ce discours, et déjà il allait donner ses ordres pour l'entreprise proposée, lorsqu'un courtisan rai conseilla un de ces stratagèmes odieux qui tournent toujours à la confusion de ceux qui les emploient. Ce courtisan suggéra au roi d'entamer des négociations avec Colomb, afin de le tenir en haleine, pendant qu'on enverrait secrètement un navire pour s'assurer de la réalité des théories développées par Colomb. Celui-ci fut alors invité à fournir au conseil tous ses documents, plans et cartes. Il s'empressa de les remettre. Aussitôt une caravelle Ait expédiée, en apparence pour approvisionner les lies du Cap-Vert, mais en réalité pour suivre la route indiquée sur les papier» de Colomb. Cette caravelle naviguait depuis quelques jours à l'ouest, lorsqu'une tempête vint effrayer les pilotes; ne Toyantdcvant eux que les flots irrités d'une mer inconnue, ils recalèrent d'épouvante : il aurait fallu Colomb pour avancer. As revinrent donc à Lisbonne, et pour masquer leur lâcheté ils tournèrent le projet de Colomb en ridicule. Ces basses menées excitèrent son indignation, et il refusa de donner suite aux négociations que le roi Jean aurait été disposé à renouer.
Colomb venait de perdre sa femme; aucun lieu ne le retenait plus en Portugal. Résolu de
(O La aède, Hist. du Portugal, t. lit («dit. UMt), P. 4M et soir.
quitter un pays où il avait été traité avec tant de mauvaise foi , il partit, vers 1484, de Lisbonne, emmenant avec lui son fils Diego. Ce départ eut heu en secret, pour se soustraire, dit-on, aux poursuites de ses créanciers (1).
Au rapport d'un historien espagnol , Colomb se rendit une seconde fois à Gènes, et y renouvela ses propositions, mais encore une fois en vain (J). Quoi qu'a en soit, à Gènes il revit son vieux père; et après avoir rempli un devoir de piété finale, il se remit en route pour aller frapper aux portes des rois et mendier en quelque sorte la découverte du Nouveau Monde. Ceci se passa en 1485.
A dater de ce moment nous le voyons mener la triste vie de solliciteur (3). Combien de fois né devait-il pas maudire les hommes et le sort! Mais l'adversité, loin de rabattre, le retrempa : mm/regit eum, $ed erexit, comme dit Nenos de Tbémistocle.
A une Heue de Palos de Moguer, petite ville de l'Andalousie, il y avait un couvent de franciscains, dédié à Sainte-Marie de Rairida. Un étranger, couvert de haillons, accompagné d'un enfant, de dix à onze ans, s'arrêta un jour devant la porte de ce couvent , et demanda au portier un peu de pain et d'eau. A ce moment vint à passer par hasard le prieur du couvent, Juan Perei de Marchena : il fut frappé de l'air et du maintien noble de cet étranger, se unit à converser avec lui, et apprit toute son histoire (4). Cet étranger était Christophe Colomb , accompagné de son fils Diego. Le prieur était un homme instruit, versé en géographie, et prenait depuis longtemps un vif intérêt aux expéditions lointaines des marinade Palos, les plus intrépides de l'Espagne. Il fut charmé de la conversation de Colomb, qui lui dévoila la grandeur^e sonjprojet Ce digne prieur en informa un de ses amis, Garcia Fernande^ médecin de Palos, et tous les trois discutèrent ensemble la découverte future, avec un intérêt et avec une attention qu'il aurait été difficile de rencontrer chez les sages et les philosophes de cour. Les vieux pilotes dePalosapportèrent aussi à ces conférences du paisible cloître de la Rabida le tribut de leur expérience. L'un d'entre eux, Pedro de Velasco, raconta que dans le cours d'un de ses voyages il avait été emporte fort loin au nord-ouest de l'Irlande, dans une mer calme et unie, ce qui , selon lui , supposerait dans cette
(i) Ce qui tendrait a prouver que ce fui là la véritable cause de son départ secret de Lisbonne, c'est que, dans une lettre découverte par Navarrete, le roi de Portugal Invite Colombie revenir auprès de loi, en lui promettant de; faire cesser tonte poursuite Judiciaire que l'on pourrait diriger contre lui. Na ▼arrête, Collect., t. II. S.
(S) Mono», Hist. del Nuooo Mundo, 11b. II.
(S Son voyage a Venise, où 11 aurait également essuyé un refus, paraît contronvé. Venise était alors en guerre avec Gênes, sa rivale.
(4) Pièces du procès entré Diego Colomb et la couronne d'Espagne (déposition du médecin Garcia Fernandez, demeurant à Palos), conservées en manuscrit dans les archives de Séville. Voyet Wasb. Irvtag, Fie do Christophe Colomb, U I, p. 78.
COLOMB
direction le voisinage de la terre. Bientôt l'hospitalité du bon prieur se changea en une amitié vive et sincère pour Colomb (1); et convaincu de la possibilité de l'entreprise , il recommanda son hôte et ami à un personnage influent, à Fernando de Talavera, prieur du couvent du Prado et confesseur de la reine Isabelle. Muni de cette lettre de recommandation, qui devait lui procurer rentrée à la cour des monarques espagnols, Colomb prit, an printemps de 1486, congé de son bienfaiteur, qui garda auprès de lui Diego, pour se charger de son entretien et de son éducation.
Ferdinand et Isabelle (voy. ees noms) étaient alors à Cordoue, occupés à pousser avec une grande vigueur la guerre contre les Maures, qui, après des luttes séculaires, s'étaient retranchés dans l'enceinte des montagnes de Grenade. Ce rat cette guerre contrôles infidèles qni valut au roi d'Espagne et à ses successeurs le titre de Majesté Très-Catholique. Colomb se rendit à Cordoue plein d'espoir; mais il fut, une fois déplus, cruellement déçu dans son attente : le confesseur de la reine, loin de se montrer son protecteur, le traita de visionnaire; peut-être la pauvreté de son costume formait-elleaux yeux des courtisans un contraste trop frappant avec la magnificence de son projet. C'est du moins ce que nous donne à entendre un historien contemporain, Oviedo, quand il dit : « Parce que Colomb était étranger, que sa mise était très-simple, et qu'il n'avait pour toute recommandation que la lettre d'un moine franciscain, ils n'ajoutaient pas foi à ses paroles, ils ne l'écoutaient même pas, ce qni le tourmentait étrangement (2). »
On a beaucoup reproché à la cour d'Espagne le temps que Colomb y perdit en sollicitations. Mais ce reproche est en grande partie Injuste : la guerre contre les Maures pressait; elle épuisait le trésor, et le projet de Colomb, c'était l'inconnu. La cour, comme une armée en campagne, se transportait de ville en ville. En juin 1486, Ferdinand et Isabelle se rendirent à Salamanque, pour y passer l'hiver. Colomb était resté à Cordoue, où il vécut dn ptuduit de la vente des sphères et des cartes qu'il faisait. Au milieu de l'infortune, il conserva toujours sou enthousiasme et sa fol, cherchant h recruter pour sa cause le pins grand nombre de partisans. Parmi ces derniers se trouvaient Akrazo de QuintanUla, contrôleur des finances de Castille, Antonio Geraldini, uonce du pape, et son frère Alexandre Geraldini, gouverneur des enfants de Ferdinand et d'Isabelle. Grâce à ces amis zélés, il rat présenté au premier personnage du royaume après la roi et la reine, à Pedro Gonzalez de Mendoza, archevêque de Tolède et grand-cardinal d'Espagne. Ferdinand et Isabelle
(1) Colomb c'en souvint toujours arec émotion; et plus tard, an mlllen de la foule de courtisans qui l'entooratent , tl n'oublia pas le vieux prieur de la Rablda.
(f) Oviedo, HUU central, de las. ind., Il, s. — Vojez aussi Salazar, Chron. del gran. Carden., I, 61
avaient ce prélat constamment auprès d'eux, en paix comme en guerre, et ils le consultaient dans toutes les conjonctures graves. Aussi Pierre d'Anghiera l'appelle-t-il spirituellement le troisième roi d'Espagne. Le grand-cardinal accueillit gracieusement Colomb; son orthodoxie s'alarma d'abord en entendant parler d'une nouvelle théorie de la terre, mais ses scrupules s'évanouirent bientôt devant la force des arguments développés par le novateur et il lui fit obtenir une audience de Ferdinand et d'Isabelle.
Colomb parut devant le roi et la reine avec une contenance modeste, mais sans embarras, car il se voyait « un instrument choisi par le ciel pour accomplir ses grands desseins (1) «. Ferdinand , prince ambitieux et circonspect à la fois, entrevit dans le vaste projet, dont on lui demandait les moyens de réalisation, la possibilité de surpasser la gloire maritime du Portugal ; mais avant de prendre une décision il voulut d'abord consulter les juges les plus compétents ; il chargea donc Ferdinand de Talavera, prieur du Prado, de convoquer les astronomes et les géographes les plus instruits du royaume à l'effet d'entendre Christophe Colomb et d examiner ses théories.
Ce conseil se réunit à Salamanque, dans le couvent des dominicains de Saint-Étienne, où Colomb reçut l'hospitalité. Plusieurs moines érudits et quelques dignitaires de l'Église y assistèrent. C'est une perte infiniment regrettable que celle des actes de ce docte aréopage, devant lequel Colomb plaida la cause de toute une moitié de la terre à découvrir. Très-probablement les juges , comme tous les savant* qui se croient infaillibles, étaient, avant même de l'entendre , prévenus contre l'audacieux suppliant qni cherchait à leur faire comprendre qu'ils ne savaient pas tout. Les religieux du couvent de Saint- Étienne l'écoutèrent seuls, dit-on, avec attention, tandis que les autres dédaignaient de prêter l'oreille à un marin obscur, à un aventurier qni en voulait remontrer anx plus grands philosophes.
Colomb croyait avoir à répondre à des arguments tirés de la science ; on ne lui opposa que des citations tronquées de la Bible et des saints. On renouvela la burlesque objection des antipodes , dont les anciens mêmes avaient déjà fait justice et que Lactance avait répétée par ironie plutôt que sérieusement : « Est-il rien de plus absurde, disait-on avec cet auteur, que de croire qu'il y a des antipodes, ayant leurs pieds opposés aux nôtres ; des gens qui marchent les talons en l'air et la tête en bas ? qu'il y a une partie du monde où tout est à l'envers, où les arbres poussent avec leurs branches de haut en bas , tandis qu'il pleut, qu'il grêle et qu'il neige de bas en haut? » — L'objection qui parait avoir le plus frappé Tes prit de Colomb était fondée sur l'autorité de
(D Lettre de 1601, adressée par Christophe Colomb à Ferdinand et a Isabelle. Voy. aussi ses Profecicu.
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Sarôt-An#»*in, déclarant une la théorie des antipodes etl hwompatible arec les donnes de la toi * car admettre l'existenoode terres dans l'hémisphère opposé, ce serait admettre des peuples qoi ne descendent pas d'Adam , puisqu'il teuf aurait été inipossiUe de frajulnr l'Océan, que Ton tondrait u-ateraet inalatenant — Quant à la sphéricité de la terre, ses adversaire* et juges lai répondaient par des textes de l'Ancien et du flouteau Testament, pour montrer qoe la terre dorait être plate et de la forme d'an tabernacle. Ceux qui ne triaient pont la sphéricité de la terre et les antipodes s'appuyaient de l'autorité de quelques anciens pour soutenir que les réglons tropicales étaient uihabrtables, à cause de la dialeur. —Quelques-uns citaient Épiaire* prétendant que ta terre n'était habitable et couverte de ta toute céleste que dans notre hémisphère, l'antre mortiéétant un chaos inabordable. - D'autres atténuaient la grandeur du globe, doit le tour exigerait un tôt âge de plus de trois aos.CTes1àeetteo1^r8taonqBe Oolomb tenait le plus â répondre; eaf dam ses lettres il insista pârtledUèretoeat sur la petitesse du globe* — Enfin, il y en atart qui prétendaient qu'aucun natigaterif ne poorratt aller en Orient par l'oeddent, parce qu'on rencontrerait en routa uni tttbérostté tasurraonta^to (1).
Ainsi eé tfttAll pas assetde la misère , il fallait etteore lutter contre les erreurs et la présomptueuse tanrté de l'Ignorance. Il est à croire que Colomb, podr défendre ses tues, se retrancha en grande partie derrière les autorités que nous atout exposées feus haut. Pour répondre^ entre autres* à l'objection tirée de llnhébitabUité do la zone torridé, il pourrait citer sa propre expérience, son vojnge ft SainVClestgé la Mina, en Guinée, Quant son teitee 6e l'Écriture, loin d'en dimi» suer la taleor, il les considérait au contraire comme les symbole* prophétiques de sa découverte, et II s'appuya* do l'autorité d'Eséra», 9es rataAneroeftte, Joint* à une démarche as* «orée, à un goste tamosant, aux accents ber* saasifs d'une étoquenoe naturelle^ à an air de conviction, à se regard pénétrant du génie, dont {orient Las Casas et d'autres historien* contemporains, firent Impression sur quelques tnembres du Conseil. De ce nombre rot le dominlcain Diego de Deza; professeur de théologie au content de Baintâtienne , et qui détint phis tard arenetèquo de Tolède. 11 obtint! ares le contours de ses frères, que Oolomb fut écouté avec moins de prétention. Cependant plusieurs conférences successives n'amenèrent aucun résultat. La plupart des membres, ateuglés par la puissance des préjuges érigés en axiomes, par l'orgueil d'un tain satolr, enfin par cette tielence de l'erreur à rencontre de la Tenté , prirent l'attitude d'une opposition systématique.
(1) On fanait Ici allusion à la forme de la terre, comparée a une poire, ce que M. Reioaud a le premier bien faiti
D'autres, fatigués par la longueur des débats sur des sujets étrangers à leurs études ordinaires, n'y toyaient que des théories irréalisables. Le prieur du Prado, nommé évéque d'Atila, et le grand-cardinal étaient trop occupés des affaires du royaume pour hâter la conclusion de l'enquête.
An printemps de 1487, la cour revint à Cordons» et prépara la célèbre campagne contre Matons, qui se rendit le 18 août de la même année. Colomb surfit Ferdinand et Isabelle dans leurs pérégrinations guerrières , et il fut, hâtons-nous do le rappeler, mieux traité par le roi et la reine que par leurs courtisans : il recevait partout un logement et une indemnité proportionnée à ses dépenses, dont on lit les détails dans le litre de ooroptes du trésorier royal, Francisco Gonzalez, de 8é ville, litre conservé dans les archives de Simancas (1). Pendant le1 siège de MaJaga, ville opiniâtrement défendue par les Maures, il faillit perdre la personne qui le soutenait auprès de la reine, dona Béatrix de Bobadilla , marquise de Moya. Un Maure fanatique s'était glissé dans le camp des Espagnols pour assassiner le rot et la reine j mais s'étant trompé de tente, il blessa grièvement don Alvarez de Portugal , tandis que la marquise de Moya parvint à s'échapper (2). Après la prise de Malaga, Ferdinand et Isabelle tinrent passer l'hiver à Saragosse; puis, après quelques nouveaux exploits, ils se refarèrént,en 1488, à Yalladolid. Ce fut dans cette année que Colomb reçut de Juan D, roi de Portugal, une lettre, datée do 20 mars, dans laquelle se prince l'invitait à retenir à sa cour, lui promettant de l'exempter de toutes poursuites, civiles ou criminelles, qui pourraient être exercées contre lui. Mais il ne crut pas devoir se rendre à cette invitation. En février 1489, Ferdinand et Isabelle se trouvaient à Médina del Catnpo, lorsqu'ils reçurent une ambassade de Henri VII, roi d'Angleterre, avec lequel ils formèrent une alliance. Peut-être Colomb reçut-il à la même époque une réponse de Henri VII à la lettre qu'il lui avait adressée (3).
An mois de mai , Ferdinand et Isabelle étaient de retour à Oordoue. Colomb les y rejoignit, et il fut alors question de reprendre les conférences qui avaient été interrompues par la campagne, « à laquelle, dit l'annaliste de Sétille, Colomb prit une part glorieuse, donnant des preuves de la bravoure signalée qui accompagnait sa sagesse et ses hantes conceptions (4) ». Pendant le siégé de la tille de Baza, qui se rendit le 22 décembre 1489, il tit arriver dans le camp espagnol deux religieux du Saint-Sépulcre à Jérusalem. Ils
(1) Un ordre royal ( publié par Navarrete, II, doc. 4 ), et daté de Cordouc le 13 mal 1489, enjoignait aux magistrats de toutes les filles de loger gratuite ment Christophe (.olomb et les gens de sa sotte, « attendu qa'U était occupé d'affaires relatives au service de leurs majestés ».
(*) Pulgar, Cronica. c. 87.
(S) Fern. Colomb, ffist., cap. 14.
(4) Diego Ortlz de Zuoiga, Annal, de Sevilla, lib. XII, p 404 (année 1489).
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apportaient le message du Soudan d'Egypte, menaçant de détruire le tombeau du Christ si Ferdinand et Isabelle ne renonçaient pas à la guerre contre les musulmans. On sait que cette menace ne changea rien aux projets des monarques espagnols. Mais le pieux zèle de Colomb en fut tellement enflammé, qu'A fit le rosu de consacrer les bénéfices de ses découvertes futures a la délivrance du Saint-Sépulcre. L'accomplissement de ce Toeux le tourmenta depuis sans cesse jusqu'à sa mort.
Le bruit des armes et les fêtes splendides célébrées à l'occasion du mariage de la fille aînée des monarques espagnols avec don Alonzo, héritier présomptif du trône de Portugal , s'opposèrent encore à la reprise des conférences ou du moins à la publication du rapport du docte conseil.
Eu février 1490 Ferdinand et Isabelle firent leur eutrée triomphale à Séville. Colomb, las de tant de lenteur, réunit ses derniers efforts pour être entendu. Enfin, dans l'hiver de 1491, on lui notifia le rapport du conseil de Salamanque, qui décidait « que le projet en question était vain et impossible, et qu'il ne convenait pas à de si grands princes de s'engager dans une entreprise de ce genre sur d'aussi faibles motifs que ceux quijavaient été produits (1) ». — Fernando de Talavera, qui s'était toujours montré si froid pour Colomb, fut chargé par Leurs Majestés de lui apprendre cette décision.
Il n'y a pas de courage de lion qui eût résisté à un pareil coup. Colomb était alors à Cordoue. N'en pouvant croire ses oreilles , il se rendit à Séville, et ce fut de la bouche même des souverains qu'il entendit son arrêt de condamnation. Cependant, pour adoucir ce qu'il pouvait y avoir de rigoureux, Ferdinand et Isabelle ajoutaient « qu'Us ne renonçaient que momentanément à l'entreprise , mais qu'ils s'y intéresseraient dès qu'ils seraient affranchis des soins et des dépenses de la guerre ».
Colomb, regardant cette réponse comme un refus poli , partit le cœur navré et le désespoir dans l'ame. Il aurait à jamais quitté l'Espagne, si un tendre lien ne l'y eut retenu. Une jeune dame, Beatrix Enriquez, qu'il connaissait depuis son premier séjour à Cordoue, et dont il recevait des consolations durant ces longs délais, lui avait donné un fils, Fernando, qui devint son biographe (voyez Colomb [Fernando]). Ayant échoué auprès des monarques espagnols, il s'adressa à quelques grands seigneurs, particulièrement au duc de Medina-Sidonia et au duc de Medina-Cœli. Le premier douta de la réalité du tableau qu'on lui présentait. Le second, après diverses négociations, était sur le point d'armer trois ou quatre caravelles, lorsque tout à coup il se ravisa, disant qu'une telle entreprise serait au-dessus d'un simple sujet et qu'elle ne conrien-
(l) Wasb. Irring, V\» de Ch. Colomb. t. 1, p. US.
drait qu'an souverain ; en même temps il engagea Colomb à renouveler ses démarches auprès de Ferdinand et d'Isabelle, et lui offrit sa médiation.
Mais Colomb répugnait à recommencer lamême vie; et comme dans l'Intervalle il avait reçu du roi de France, Charles VIII, une lettre d'encouragement, il résolut de se rendre à Paris sans délai (1). H retourna d'abord au couvent de Sainte- Marie de la Rabida, pour y chercher son fils Diego et le laisser à Cordoue avec son autre fils, Fernando. Le digne prieur, Juan Perez, fut bien ému en revoyant son protégé revenir à peu près dans le même costume et aussi pauvre que six ans auparavant, et il s'affligea vivement de la résolution de Colomb. Comme si le bon Père eût été inspiré du ciel , il supplia Colomb de différer son départ et d'essayer une dernière tentative. Pendant l'absence de son ami, il n'était pas resté inactif : il avait déjà converti bien du momie aux théories qu'avait rejetées rassemblée de Salamanque. Parmi les nouveaux adeptes, on remarquait Martin Alonzo Pinzon, chef d'une famille de riches navigateurs de Paies : il offrit de seconder Colomb de tous ses moyens et de pourvoir aux frais que pourraient exiger de nouvelles démarches. Colomb se laissa facilement persuader. Juan Perez, pour mieux réussir encore, fit valoir cette fois sa qualité d'ancien confesseur de la reine, et chargea Sébastien Rodriguez, pilote de Lepi, d'une lettre pour Isabelle. La reine répondit à Juan Perez de se rendre immédiatement à la cour. A la réception du message royal , le digne moine sella sa mule, et se mit aussitôt en route, vers minuit. Il traversa le pays nouvellement conquis sur les Maures, et se rendit à Santa-Fé, où les monarques étaient occupés à surveiller le siège de Grenade, dernier boulevard des musulmans. Admis en présence d'Isabelle , il plaida la cause de Colomb avec tant de chaleur qu'il fit partager sa conviction à la reine. Il avait été aussi secondé dans cette tache par le duc de Medina- Cœli et surtout par la marquise de Moya , favorite d'Isabelle. D'un caractère moins indécis que le roi, la reine demanda que Colomb vint la voir; et se rappelant l'humble costume dans lequel il s'était présenté à la cour, elle eut l'attention délicate de lui envoyer 20,000 maravédis ( environ 4,000 francs de notre monnaie ). Le bon Père écrivit sur-le-champ à Golomb, et lui fit parvenir cette somme. Celui-ci changea son vieux et modeste habit contre un costume plus convenable, acheta une mule, et partit à son tour pour le camp de Grenade.
A son arrivée, Colomb fut logé chez un ami , le contrôleur général des finances , Alonzo de QointaniUa. Grenade venait de se rendre : Boabdil, le dernier des rois maures, sortait de l'AIhambra pour présenter anx monarques chrétiens les clefs de l'antique résidence musulmane ; sa reddition mit fin à une lutte de près de huit siècles,
(1) Fera. Colomb, UUL, cap. lt.
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Cegrand triomphe delà croix surlecroissant était suivi de flûtes et de repuissances publiques ; partout l'air retentissait d'hymnes de reconnaissance.
Colomb aussi derait sentir sa joie renaître ; car le moment que Ferdinand et Isabelle loi avaient indique pour réaliser leur promesse était venu. En effet, des commissaires forent nommes pour entrer en négociations. Au nombre de ces commissaires se trouvait encore Fernando de Tala- Yera, toot récemment élevé an rang d'archevêque de Grenade. Colomb était si pénétré de la grandeur de son projet, qu'il Toulait stipuler des avantages qoi pouvaient alors paraître exagérés : il demandait, ayant tout, les titres et privilèges d'amiral et do vice-roi des pays qull décooTrirait, ainsi qu'on dixième de tous les bénéfices. Ces prétentions d'un étranger, regardé par quelques-ans comme un simple aventurier , révoltèrent l'orgueil des courtisans. L'un d'eux lui dit, en riant anx éclate, que c'était là un fort habile arrangement; car, quoi qull arrivât, il n'aurait rien à perdre et tout à gagner. A cette insinuation in-' jnrieuie Colomb répliqna en offrant de payer le hiritième de la dépense, à condition qu'on lui garantirait le huitième des profits. Fernando de Talavera représenta à la reine que, même en cas de succès, ce serait ternir l'éclat de la couronne que de prodiguer de si grands honneurs à un obscur étranger, et que , dans le cas contraire, le monde entier tournerait en dérision l'extrême crédulité des souverains d'Espagne. Là-dessus les négociations furent rompues dès leur début.
Les historiens et biographes se sont aérés avec indignation contre la résistance de ce prélat anx prétentions de Colomb. Selon moi, ils se trompent : 3s confondent ce qui est de l'homme et de son époque avec l'œuvre du temps. Qui sait si, à la place de Talavera, ils n'en auraient pas fait autant ! Il ne faut pas confondre une découverte faite avec une découverte à faire : la première était , il y a quatre siècles , traitée de rêve par l'immense majorité des hommes.
Dix-huit ans s'étaient déjà écoulés depuis sa correspondance avecToscanelli, et Colomb n'était goère plus avancé que le premier jour. Gela ne rappe)le-t-il pas ces légendes populaires où un pouvoir mystérieux, invisible, impose une longue série de pénibles épreuves à l'heureux mortel qui doit découvrir un jour le grand trésor, caché par des fées?
Enûo, le patient et infatigable solliciteur reprit sa résolution de se rendre en France : il monta sor sa mule, et partit de Santa-Fé au commencement de février 1493. A cette nouvelle , Louis de Saint- Angel, receveur des revenus ecclésiastiques en Aragon, l'un des partisans de la théorie de Colomb, recruté sans doute par le bon Père Juan Perez, demanda sur-le-champ une audience à la reine. Il l'obtint, et se rendit auprès d'Isabelle , accompagné d'Alonzo de QuintaniUa, l'ancien hôte et ami de Colomb. Us déployèrent toute leur éloquence et firent valoir tous les arguments I
en laveur de l'entreprise à tenter. La marquise de Moya les appuya chaleureusement. Le roi était opposé à un projet qui devait grever un trésor presque vide, de nouvelles dépenses. Mais Isabelle, comme si elle eût été inspiiée soudain, s'écria : « Je me charge de l'entreprise pour ma propre couronne de CastiUe, dusse je mettre mes bijoux en gage pour lever les fonds nécessaires. »
Cette fois le charme était rompu : celui qui avait si courageusement subi toutes les épreuves du sort reçut enfin de la main d'une reine la clef du trésor des Hespérides. Un courrier rappela Colomb, qui était déjà à dix lieues de Grenade, et la reine l'accueillit avec une bonté qui lui fit oublier les douleurs dupasse. Tontes les difficultés se trouvant aplanies, Juan de Gotoma, secrétaire de Leurs Majestés, fut chargé de rédiger le traité dont voici les danses :
« 1° Colomb aurait pour lui pendant sa vie, et pour ses héritiers et successeurs à perpétuité, l'office d'amiral dans toutes les terres, et continents qull pourrait découvrir ou acquérir dans l'Océan , avec les mêmes honneurs et les marnes prérogatives dont jouissait le grand-amiral de CastiUe dans sa juridiction ;
« 2° n serait vice-roi et gouverneur général de toutes les susdites terres et continents , avec le privilège de désigner, pour le gouvernement de chaque Ile ou province, trois candidats, dont l'un serait choisi par Ferdinand et Isabelle;
« 3° H aurait droit à on dixième de tontes tes perles, pierres précieuses, or, argent, épiées et toutes denrées et marchandises quelconques, trouvées, achetées, échangées ou obtenues de quelque manière que ce pût être dans les limites de sa juridiction /les frais préalablement déduits;
« 4* Lui ou son lieutenant serait seul juge de toutes les contestations qui pourraient s'élever sur des matières de commerce entre les pays découverts et l'Espagne, pourvu que le grand amiral de Castille eût le même privilège dans sa juridiction ;
« 5° n lui serait permis , alors et à toute autre époque, d'avancer un huitième des fiais de l'armement, et à raison de cette avance il retirerait un huitième des bénéfices (1). »
Les articles de ce traité furent signés par Ferdinand et Isabelle, à Santa-Fé, dans la Vega de Grenade, le 17 avril 1492. Une lettre de privilège annexée au traité portait que Colomb et ses héritiers seraient autorisés à prendre le titre de Don, alors exclusivement réservé aux personnes du plus haut rang. Le 30 avril, l'ordre fut expédié aux autorités de Palus de préparer, dans les dix jours qui suivraient l'expédition du message royal , deux caravelles et de les tenir avec leurs équipages à la disposition de Colomb, qui était en même temps autorisé à équiper un troisième bâtiment. Les équipages recevraient
(l) W»b. Irvlog, Fis de Ch. Colomb, t !, p. il».
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la même solde que ceux des vaisseaux degntm, et quatre mois leur seraient »payés d'avance. Ils devaient suivre telle direction qu'il plairait à Colomb de leur indiquer* et lui obéir en tontes choses, à cette seule condition que ni lui ni eux n'approcheraient d'aucun des établissements portugais sur la cote d'Afrique. Un certificat de leur bonne conduite , signé de Colomb, agissant au nom de Leurs Majestés, serait la décharge de leur engagement entefs la couronne (1).
Colomb s'empressa d'apporter la bonne non- Telle à son vieil ami le prieur Juan Père*, qui ftit comblé de Joie. Le message royal fut transmis au* autorités de Paies et lu publiquement; mais les habitants , quoique marins intrépides et habitués aux voyages de long cours, firent la sourde oreille. C'était à qui ne s'embarquerait pas pour oette région de ténèbres, que nul mortel n'avait encore visitée. Leur épouvante était si naturelle I H fallut un nouveau message, en date du 20 juin; qui employât la contrainte : il enjoignait aux magistrats de la côte de l'Andalousie de saisir tous les navires qu'ils trouveraient convenables, appartenante des sujets espagnols, et d'obliger les maîtres et les équipages à partir aveo Colomb, conformément à ses instructions. Un officier de la maison royale, Juan de Penoloaa, fut chargé de veiller à la prompte exécution de cet ordre, et il lui était, pendant toute la durée de sa mission, alloué deux cents maravédis par jour, somme qui devait être payée par les récalcitrants, sans préjudice d'autres peines, spécifiées dans un décret.
Enfin , après quelques nouvelles hésitations, Martin-Alonzo Pinzon et son frère Vincent- Yanes Pinzon donnèrent l'exemple : ils fournirent des bâtiments, et prirent parte l'expédition. Au commencement d'août, trois caravelles étaient prêtes à mettre en mer : la &anta- Maria, sur laquelle Colomb arbora son pavillon ; la Pin ta, sous les ordres de Martin-Alonio Pinzon, qui avait pour pilote son frère Francisco-Martin; et la Nina, commandée par Vincent-Yanez Pinzon, second frère d'Alonzo. Les autres pilotes se nommaient Saneho Ruix, Pedro-Alonao Nino, et Barthélémy Reidan. Roderigo Sanchez, de Ségovie, était inspecteur général de l'armement, Diego de Anna, de Cordoue, premier alguazil, et Roderigo de Esoobar remplissait les fonctions de notaire royal. 11 y avait aussi un médecin, un chirurgien, quelques aventuriers volontaires, un certain nombrede domestiques, et quatre-vingtdix matelote, ce qui faisait un total de cent vingt personnes. Les navires , tels que nous les représentent de vieilles estampes , étaient très-élevés à la poupe et à la proue, avec des gaillards d'avant et des cabines; mais ils étaient non pontés , à l'exception de celui de Colomb. On tremble à l'idée de cette expédition lointaine, entreprise avec des bâtiments sans ponts, dans une mer !
(1) Havarrele, L II, doc f .
César avait cinquante-six ans lorsqu'à fut assassiné. C'est l'âge qu'avait Christophe Colomb lorsqu'il lui fut permis de réaliser ses plans, et que, par la découverte de Niémisphère des antipodes, il ouvrit l'ère des temps modernes.
Comme César, il voulut aussi rédiger les Mémoires de ses expéditions; mais il les laissa de même inachevés (1). Le journal de son premier voyage nous a été en partie conservé par son ami Lan Casas, l'auteur de l'Histoire des Indes. L'introduction de ce journal, adressée à Ferdinand et Isabelle, s'est trouvée en entier dans les papiers que Colomb lui avait laissés ; c'est une pièce caractéristique, et qui mérite d'être reproduite ici (2).
« InnomineDomini nostriJesu Ghrtiti. Trèshauts, très-Cihrétiena, très-excellents et très-puissants princes, roi et reine d'Espagne et des lies de lamer, notre seigneur et notre souveraine, cette présente année 1492, après que Vos Altesses eurent mis fin à la guerre contre les Maures qui régnaient en Europe, et eurent ternunéoette guerre dans la très-grande cité de Grenade, où cette présente année, le deuxième jour du mois de janvier, je vis arborer, par la forée des armes , les bannières royales de Vos Altesses sur les tours de l'Alhambra, et où je vis le roi maure se rendre aux portes de la ville et y baiser les mains royales de Vos Altesses et du prince mon seigneur, aussitôt, dans ce présent mois , et après les informations qoe j'avais données à Vos Altesses des terres de l'Inde et d'un prince qui est appelé le grand-khan, ce qui veut dire, en notre langne vulgaire, rois des rois, et de ce que plusieurs fois lui et ses prédécesseurs avaient envoyé à Rome y demander des docteurs en notre sainte foi , pour qu'ils la lui enseignassent (3). Comme le saint-père ne l'en avait jamais pourvu, et que tant de peuples se perdaient en croyant aux idolâtries et en recevant en eux des sectes de perdition, Vos Altesses pensèrent, en leur qualité de catholiques chrétiens et de princes amis, propagateurs delà sainte foi chrétienne, et ennemis de la secte de Mahomet et de toutes les idolâtries et hérésies, à envover moi, Christophe Colomb, auxdites contrées de l'Inde, pour voir lesdits princes, et les peuples , et les pays, et leur disposition, et l'état de tout, et la manière dont on pourrait s'y prendre pour leur conversion à notre sainte foi. Elles m'ordonnèrent de ne point aller par terre à l'Orient , ainsi qu'on a coutume de le faire, mais de prendre, au con-
(i) Dans une lettre de Grenade, écrite en 1508. eradresfée aa pape Alexandre VI, Colomb dit loff-méne qa'H avait rédigé le Journal de se* voyages dans te genre des Commentaires de César, et qu'il ae proposait de les soumettre a Sa Sainteté.
(t) Navarrete, Relation det quatre inyàgcs entrepris par C'A. Colomb, t. Il, p. 1 et snlv. (de la trad. tranc de Verneull, Roquette, etc.'; Parla, 18*8). — Waab. Irring, riedoCh. Colomb, L I, p. 181 ( de la trad. fr.).
(8) Colomb cite Ici presque textuellement mie partie des renseignements qnli tenait de Toscane!!!, dans Me lettre écrite à Florence, le 11 Juin un, Voj. plus baiiiteoL Mo.
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traire, la roule de l'Occident, par laquelle nous ae savons pas jusque aujourd'hui, d'une manière positive, que personne ait jamais passé. En conséquence, après avoir chassé tons les juifs de vos royaumes, Yos Altesses me commandèrent de partir avec une flotte suffisante pour lesdites contrées de l'Inde. Et à cette occasion elles m'accordèrent de grandes grâces et m'anoblirent, afin que dorénavant je m'appelasse Don et fusse grand-amiral de la mer Océane et vice-roi et gouverneur perpétuel de toutes les lies et terres ferme» dont je ferais la découverte et la conquête, et dont ou ferait , par la suite, la découverte et la conquête dans ladite mer Océane, et elle* décrétèrent que mou fils aîné me succéderait, etqu'il eu serait ainsi de génération en gélation à tout jamais. »
J'interromps ici un moment le, récit de la découverte du Nouveau Monde, pour faire une réflexion qui me semble dominer toute l'histoire.
Les grande génies , comme les autres mortels , tiennent, avant tout, de l'homme et de leur époque; ce sont les historiens qui, jugeant le passé à travers le prisme du présent, nous en donnent une musse idée. C'est ainsi qu'ils nous représentent Colomb comme inspiré par la gloire de servir l'humanité; tandis qu'une pareille ambition ne lui était jamais prenne à l'esprit, pas pins qu'à Gutenberg, son contemporain, qui, avec Schoeffer et Faust, vendait pour des manuscrits les premiers livres Imprimés (1).
Colomb, avant de franchir l'Océan, eut d'abord soin de stipuler, pour hii et ses héritiers, des conditions vraiment royales : voila de l'homme. 11 eut ensuite à cœur de porter la foi catholique jusqu'aux antipodes et d'arracher le Saint-Sépulcre aux mains des infidèles : voilà de l'époque. 11 est vrai, enfin, que les résultats successifs de la découverte du Nouveau Monde ont fait de Colomb le bienfaiteur du genre humain : sa gloire a grandi et grandira encore avec les siècles, et la postérité acquitte une dette en lui élevant des stables. Voilà le coté divin, l'immortalité du génie.
Cela établi, je reprends le Journal de Colomb.
« Je partis de la ville de Grenade le samedi 12 du mois de mai de la même année 1492; je tins à la ville de Palos , qui est un port de mer, où j'équipai trois vaisseaux très- convenables pour une pareille entreprise, et je partis dudit port, très-bien pourvu de beaucoup de vivres et de beaucoup de gens de mer, le vendredi troisième jour du mois d'août de ladite année , une demi-heure avant le lever du soleil, et je suivis le chemin des lies Canaries, qui appartiennent à Vos Altesses, et qui sont situées dans ladite mer Océane, pour prendre de là une route et naviguer jusqu'à ce que j'arrivasse aux Indes, afin de m'y acquitter de l'ambassade de Vos Altesses auprès de ces princes, et d'exécuter ainsi ce qu'elles m'avaient commandé. Je pensai aussi, à
(l) Comparez ce que J'ai dit à ta fin de r article Ùua**
cet effet, à écrire ce voyage trèa-f>onctuellement et à relater jour par jour tout oe que je ferais et verrais et tout ce qui m'arriverait. De plus, outre que je me propose d'écrire chaque nuit oe qui aéra arrivé le jour, et le jour la navigation de la nuit;, j'ai rintention de mire une nouvelle carte marine , dans laquelle j'indiquerai la situation de toute la mer et de toutes les terres de la roei .Océane dans leurs propres positions , sous leur vent et dans les directions y relatives, et de composer un livre dans lequel je représenterai tout bien semblable en peinture, par latitude de la ligne équinoxiale et longitude de l'occident (1). U importe surtout beaucoup que j'oublie le sommeil et que j'étudie avec persévérance ma navigation pour remplir toutes les obligations qui me sont imposées, ce qui sera un grand travail. »
Las Casas abrégea ensuite la relation de Ch. Colomb, à l'exception de quelques passages, qui sont littéralement extraits des manuscrits de l'auteur. Voici les principaux incidents du premier et du plus important des voyages du grand navigateur.
Le troisième jour (6 août), le gouvernail de la Pinta se rompit. Colomb (que nous appellerons désormais Vamital) attribua cet accident à la malveillance de Cristobal Quintero et de Oomes Raacon, qui se repentaient déjà d'être de ce voyage. Le lendemain, le gouvernail se disloqua de uouteau : on le raccommoda tant bien que mal avec des cordes. C'est ce qui décida l'amiral à toucher aux Canaries, qui , selon lui, ne devaient pas être éloignées , bien que tous les pilotes fassent d'un avis contraire. L'événement prouva combien II était sûr de ses calculs. Le 9 août, au soir, on aborda à la Gomera et aille de Ténérlfle, où la Pinta fut réparée. Lee bâtiment* s'arrêtèrent près d'un mois (jusqu'au 6 sep* tembre) aux Canaries : les matelots prirent souvent l'alarme à la vue des torrents de flammes vomis parle volcan de Ténériffe. L'amiral les rassura en leur citant l'Etna et d'autres volcans connus.
Le 6 septembre, l'amiral partit du port de la Gomera, où il s'était pourvu d'eau, de bois, d'approvisloiraeffients. Il apprit en route, par un bâtiment qui venait de l'Ile de Fer, que trois caravelles portugaises se tenaient dans les environs pour le prendre et anéantir son expédition, sur l'ordre du roi Juan, jaloux de voir Colomb au service de Castille. Mais, par bonheur, après une journée de calme, un vent nord-est commença à souffler, les voiles se glonflèrent, et les navires laissèrent bientôt loin derrière eux les parages de l'île de Fer, la dernière des Canaries.
Dès lors Colomb entra à pleines voiles dans cette mer ténébreuse, que de toute antiquité l'imagination s'était plu à peupler de morts et de démons. Sa bravoure fut bien supérieure à celle
fl) Sa carte routière, qui (malhenreoaement ne noua a pas été oenservée, aratt été dressée sur le modèle de celle de Toscanelli. Le planisphère de BehaJm, teriolaé en 1491, en donne aana doute une Idée.
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qu'on déploie sur un champ de bataille; car ici, quelque nombreux que soit l'ennemi, on ne perd jamais l'espérance de vaincre. Biais là, point de précédent, point d'exemple à invoquer : c'était tout à lait l'inconnu, qui , selon l'expression de César, épouvante tant les hommes (1). Il fallait être, soi-même bien intrépide pour rassurer des marins qui avaient tant de fois bravé tes tempêtes!
A partir du 9 septembre, l'amiral usa d'un stratagème pour calmer la frayeur de l'équipage sur la longueur de la route : il tint deux livres de loch ou d'estime, l'un exact, qu'il gardait pour lui et les souverains d'Espagne, l'autre inexact, en ce qu'fl marquait une distance moindre que celle qui était réellement parcourue : celui-là, tous les gens de l'équipage pouvaient le consulter (2).
Le 11 septembre, à environ cent cinquante lieues à l'ouest de 111e de Fer, on vit flotter sur l'eau un fragment de mât, provenant d'un gros navire naufragé. Les matelots le prirent pour un signe de mauvais augure.
Le 13, nouveau sujet d'alarme; et cette fois Colomb lui-même ne devait pas être rassuré : la boussole, ce guide jusque là toujours si fidèle, changea de direction. Au Heu de rester invariablement dirigée vers rétoile polaire, l'aiguille varia tout à coup entre cinq ou six degrés au nord-ouest, et cette variation augmenta les jours suivants. Ce fut la première observation de la déclinaison magnétique, qui est devenue depuis un sujet d'études si fécondes. Ce phénomène, qui semblait annoncer le voisinage d'un monde où les lois mêmes de la nature étaient troublées par des puissances invisibles, frappa vivement l'esprit de Colomb, n le tint d'abord caché; mais bientôt les pilotes le remarquèrent à leur tour, et en furent consternés : ils tremblaient que la boussole ne perdit sa vertu dans cet Océan mystérieux et sans bornes. Mais Colomb dissipa leur frayeur, et, avec une admirable présence d'esprit, il leur persuada qu'ils étaient le jouet d'une illusion : il leur fit croire que ce qui variait, ce n'était pas la bonssolle, mais l'étoile polaire.
Le 14 septembre, un héron et une espèce de hoche -queue, rabo de Juneo des Espagnols (phaethon&thereiUyh.), vinrent voltiger autour de la Nina, et remplirent d'espoir le cœur des marins, qui y voyaient l'indice d'une terre peu éloignée. Le lendemain, on vit, pendant une belle nuit, tomber du ciel un météore lumineux , que Colomb appelle un maravilloso ramo defuego ( merveilleux rameau de feu ).
Le 16 septembre, les navires entrèrent dans la région des vents alizés. « Ce jour-là et tous les suivants , dit l'amiral, l'air fat si doux , que l'on éprouvait un vrai plaisir à jouir de la beauté des matinées, et il n'y manquait que le chant des
(l) César; BelL eiv., II, 8.
(S) Les distances se mesuraient, non pas en Jetant la ligne, mats an moyen d'horloges de sable, se vidant tontes les demi-heures.
rossignols. Le temps était alors comme au mois d'avril en Andalousie. » En même temps on vit beaucoup d'herbes flottantes : espoir trompeur, car On n'était que dans cette nappe singulière de l'Océan, couverte d'algues, dont les antiensavaient déjà quelque vague connaissance. Cest un banc d'herbes marines {fucus natans), qui s'étend de l'est à l'ouest , entre 25° et 30° de latitude , et va joindre deux antres bancs, dont l'un, plus grand, situé entre 19° et 34° de latitude, et l'autre, plus petit, entre 25 — 31° de lat. et 68* — 76° de long. Ces bancs de fucus sont connus sous le nom de Mer de Sargasse. Oviedo les appelle Prairies (praderias de Yerva) (1).
Colomb prit sur ces prairies mobiles un crabe vivant, qu'il conserva avec soin. On y vit aussi un oiseau blanc des tropiques, et l'équipage de la Nina prit un thon. « Ces signes , observe ici l'amiral, venaient du couchant, ou j'espère que ce Dieu puissant, entre les mains de qui sont toutes les victoires, nons fera bientôt trouver terre. » n crut remarquer que l'eau de la mer devenait plus fraîche à mesure qull avançait, et il l'attribua à ce que l'air était plus pur.
N'insistons pas sur ces apparences de terres si fréquentes sous les tropiques, et auxquelles Colomb et les siens se laissèrent tromper dorant cette miraculeuse expédition. Des brises douces les poussaient mollement vers le Nouveau
(1) Ces bancs de f verni occupent, selon Alci. de Husv boldt, une superficie six à sept fols plus grande que celle de l'Allemagne. « C'est la, ajoute l'illustre savant, qoe ■* végétation de I'Ooéan offre rexemple le pins remarquable dea plantai sociale* d'une seule espèce sur ta terre ferme: les savanes ou prairies de l'Amérique» les landes de bruyères (erieeta), les forêts du nord de l'Europe et de l'Asie, formées de conifères , de bétullnées et de satlcinées, présentent beaucoup moins d'uniformité que ces tbalassophytes. Dans nos landes de bruyères du Nord, nous voyons, a côté du calluna vulgarls, qui prédomine, l'eriea tetrallx, l'eriea cUlarit et l'ericct citurea; dans celles du Midi. I'erica arbore*, Verica tcopa-
| riat et I'erica mediterranea. Le fueui notant, par sa domination exclusive et l'uniformité de son aspect, ne saurait être comparé à aucune autre espèce végétale vivant en société. Quand on se rappelle que Pedro Vclasco, natif de Palos, port d'Espagne, avait déjà en USï découvert,' Ile de Flores, en se dirigeant, depuis Fayal
| d'après le vol de certains oiseaux, on doit, A cause du voisinage dn grand banc de fucus de Corvo et Flores, admettre comme presque impossible qu'une partie de la
■ prairie océanique n'ait pas été aperçue avant Christophe Colomb par des navigateurs que des tempêtes avaient poussés A l'ouest Cependant la surprise de l'amiral cl de ses compagnons quand ils se virent, depuis le 16 septembre Jusqu'au 8 octobre U91, continuellement environnés d'algues marines, donne A croire que la grandeur de ce phénomène était alors Inconnue aux navigateurs. Colomb ne mentionne pas, 11 est vrai, dans les extraits du Journal de marine publié par Las Casas, les Inquiétudes que causa la vue de cet énorme amas d'algues, di les murmures de ses compagnons. 11 parle seulement des plainte* et du mécontentement qu'excita le danger des vents d'est, si faibles et si inconstants. C'est le flts, Fernand Colomb, qui s'efforça, dans la Fie de ton père. de peindre, sous une forme un peu dramatique, les vives appréhensions de l'équipage. D'après mes recherches, Christophe Colomb traversa en 1491 le grand hane de fucus sous M* î/t de latitude; et en 1498, Il le traversa sous 87°, chaque fois sons *o° — 48* longitude. » ( Alei. de numboldt. Tableau» de la Nature , 1. 1 , p. 8t et suiv. de la trad. de Perd. Hoefer.)
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Monde. Cependant le voyage se prolongeait, contre l'attente de tous, et les équipages commençaient à murmurer, maudissant celui qui les avait conduits à leur perte. Les prairies flottantes où régnait le calme firent naître mille terreurs imaginaires. Mais bientôt la mer s'éleva sans que le vent soufflât, et devint si grosse que tous en étaient très-étonoés; et l'amiral, qui se croyait placé sous la protection immédiate de la Providence, ajoute ici : « Ainsi la grosse mer me fut tiès-nâxssaire; ce qui n'était pas encore arrivé, « ce n'est du temps des Juifs, quand les Égyptiens partirent d'Egypte à la poursuite de Moïse, qui délivrait les Hébreux de l'esclavage. » Cependant l'impatience de ses compagnons allait en croissant : ils traitaient d'illusoires les signes favorables qui avaient augmenté sa confiance, et ih s'apprêtaient à le contraindre de revenir sur ses pas. Quelques-uns , dans leur exaspération, proposaient, s'il refusait de virer de bord, de le jeter à la mer, et de dire, à leur retour en Espagne, que l'amiral était tombé dans l'eau en contemplant les astres (1). Colomb n'ignorait pas les intentions des rebelles; mais, conservant toute son énergie, fl désarma les uns par des paroles de douceur, excita l'avarice ou l'amour-propre des autres par la perspective des richesses ou de la gloire, et menaça les plus réfractairee d'un châtiment exemplaire. Le gouvernement espagnol a?ait promis dix mille maravédis de rente à celoi qui découvrirait le premier la terre; Colomb y ajouta un pourpoint de soie (Jubvn de seda). Avides d'obtenir cette récompense, les matelots, à la moindre apparence, poussaient à l'euvi te cri de « Terre! » Pour mettre un terme à ces annonces trompeuses, cause de désappointements cruels, l'amiral déclara que quiconque donnerait ce signal sans que la terre fut découverte trois jours après, perdrait à jamais tout droit à la récompense promise.
Le 1er octobre , l'estime que Colomb montrait à l'équipage était de 584, tandis que celle qu'il tenait secrète était de 707 lieues à l'ouest des Canaries. A quarante lieues il devait, selon ses calculs , trouver la fameuse fie de Cipango.
Dans la soirée du 6 octobre , Martin-Akmzo ftnzon n'eut plus confiance dans la route de l'ouest, suivie jusque alors, et proposa de porter vers le sud. Le lendemain Colomb se détermina à dévier vers l'ouest^^ud-ouest, en suivant la direction des oiseaux qui depuis quelques jours n'avaient cessé de voler autour des bâtiments. Les hérons, les hirondelles de mer, les pélicans, les thons, les dauphins, les herbes flottantes, tous ces signes de terre devinrent plus fréquents ; mais les équipages les virent avec une morne indifférence : ils s'étaient trompés tant de fois ! Us se récrièrent contre cette obstination à tenter la Providence, et insistèrent de nouveau pour reprendre le chemin de la patrie. Colomb de-
i) Fern. Colomb, HUt.t ctp. 1».
ineura inflexible, ajoutant d'un ton ferme « que leurs plaintes ne leur serviraient à rien, parce qu'il était venu pour se rendre aux Indes, et qu'il entendait poursuivre son voyage avec l'aide de Dieu ».
Le 11 octobre on vit un jonc vert près du navire amiral ; la Pinta aperçut un roseau , un bâton artistement travaillé, et une petite planche. Ces signes firent renaître la joie. Colomb reprit alors la route de l'ouest, et dans la soirée il réunit les marins à bord de son navire pour chanter le Salve, regina; après une allocution touchante, il leur rappela l'ordre qu'B leur ayait donné de ne point foire usage de la voile après minuit, et leur dit qu'ils seraient probablement en vue de la terre dans la nuit même; enfin, il leur recommanda d'être sans cesse aux aguets du haut du gaillard d'avant. Le plus grand enthousiasme avait succédé à rabattement général. A la nuit close, Colomb s'établit sur la dunette de son vaisseau; il plongeait un œil inquiet dans le sombre horizon. Soudain, vers les dix heures, il crut discerner au lointain un point lumineux. Se doutant encore de quelque illusion de ses sens, il appela près de lui Pedro Gutierez, gentilhomme de la chambre du roi, et lui demanda s'il voyait une lumière dans la direction qu'il lui indiquait Quoique la réponse fût affirmative, il s'adressa aussi à Rodrigo Sanchez, de Ségovie , qui lui fit la même réponse. Dans cet intervalle la lumière avait disparu. Us la revirent encore une ou deux fois passer et repasser à l'horizon, comme si elle éclairait quelque barque de pêcheur. Ses compagnons attachaient peu d'importance à cette lueur fugitive; mais lui , il la regarda comme un signe certain de la proximité de la terre, et il ne s'était point trompé.
Vers denx heures du matin, un coup do canon, tiré de la Pinta, donna le signal convenu du grand et joyeux événement
Colomb était parti de Palos le 3 août 1492 , un vendredi matin; ce fut aussi un vendredi matin, le 12 octobre 1492, c'est-à-dire après soixante-dix jours de navigation, qu'il contempla pour la première fois ce qu'A croyait être le pays du grand-khan, le littoral des Indes. Aussi les indigènes reçurent -ils le nom (qu'on leur donne encore) à1 Indiens, et leur pays celui d'Indes occidentales, comme si la postérité tenait à honneur de partager l'illusion d'un grand homme.
Colomb est mort avec la conviction d'avoir découvert la cote orientale de l'Asie, la route occidentale du pays aux épiées. Il n'y a là rien qui étonne celui qui connaltl'histoire des sciences. C'est dans la marche de l'esprit humain de sauter par-dessus l'inconnu qui s'interpose entre deux termes donnés. Ces deux termes étaient pour Colomb, d'une part, le littoral de l'Europe et de l'Afrique, et de l'autre, le littoral de l'Asie. Quant aux ,pays intermédiaires, il en faisait abstraction, exactement comme les na-
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vigateurs qui de nos jours ont tenté un passage au Nord pour aller d'un hémisphère à l'autre. C'est ainsi que pendant des siècles les astronomes avaient négligé l'atmosphère qui, placée entre les astres et l'œil de l'observateur, dévie les rayons de la lumière et fait voir les objets là où Os ne sont pas en réalité. Je pourrais multiplier les exemples pour montrer comment, en toutes choses, nous sommes condamnés à l'erreur avant d'arriver à la vérité.
Colomb jeta l'ancre en moe d'une lie plate, verdoyante, de plusieurs lieues d'étendue, couverte d'arbres et de fruits inconnus. On vit bientôt sortir des bois plusieurs habitants, tout nus , et accourir sur le rivage pour jouir d'un spectacle tout aussi étrange pour eux que jiour ces argonautes de nouvelle espèce. L'amiral , revêtu d'un riche costume écarlate et portant l'étendard royal, se rendit à terre, dans une barque armée, avec Martan-Atonio Pinson et Vincent- Yanez, son frère, capitaine de la Nina ; il prit possession de 111e au nom du roi et de la reine d'Espagne. En même temps les insulaires accoururent en foule. Ici il faut laisser parler l'amiral lui-même : « Afin qu'As nous prissent en amitié , et parce que je connus que c'étaient des gens qui se livreraient plus à nous et se convertiraient à notre sainte foi plutôt par la douceur et la persuasion que par la violence, je donnai à quelques-uns d'entre eux des bonnets de couleur et des perles de verre qu'ils mettaient à leur cou, et beaucoup d'autres choses de peu de valeur, qui leur firent grand plaisir et nous concilièrent tellement leur amitié que c'était merveille. Ils venaient ensuite à la nage aux embarcations des navires dans lesquelles nous étions, et nous apportaient des perroquets, du fd de coton en pelotes, des zagayes et beaucoup d'autres choses, et les échangeaient avec nous pour d'autres objets, que nous leur donnions , comme de petites perles de verre et des grelots. Enfin, ils pi enaient tout ce qu'on leur offrait, et donnaient très-volontiers de tout ce qu'ils avaient ; mais il me parut que c'étaient des gens bien pauvres sous tous les rapports. Hommes et femmes sont tout nus, comme lorsqu'ils sortent du setn de leur mère. Néanmoins, une seule de ces dernières était assez jeune, et parmi les hommes que je vis , il n'y en avait pas un seul qui eût plus de trente ans. Us étaient très-bien faits, avaient de beaux corps et de jolies figures (muy buenas caras) ; leurs cheveux étaient presque aussi gros que les crins de la queue des chevaux, courts, et tombant jusque sur les sourcils : ils en laissent par derrière une longue mèche, qu'ils ne coupent jamais. Quelques-uns d'entre eux se peignent d'une couleur noirâtre ; leur couleur naturelle est la même que celle des Canariens : ils ne sont ni noirs ni blancs ; mais il en est parmi eux qui se peignent en blanc, d'autres en rouge, d'autres avec la couleur qu'ils trouvent. Quelques-uns se peignent la figure, q uelques autres tout le corps ;
ceux-ci seulement les yeux, ceux-là seulement le nez. Ils ne portent pas d'armes, et ne les connaissent pas, car je leur montrai des sabres, et ils les prenaient par le tranchant, et se coupaient par ignorance. Ils n'ont pas de fer : leurs zagayes sont des hâtons sans fer, dont quelquesuns sont terminés par une dent de poisson , et d'autres par un autre corps dur quelconque. Us sont tous en général de belle taille ; ils sont bien faits, et leurs mouvements sont gracieux. J'en vis quelques-uns qui avaient sur leur corps des marques de blessures, et je leur demandai par signes ce que c'était, et ils me firent comprendre qu'il venait dans leur lie des troupes d'habitants des lies voisines qui voulaient les prendre, cl qu'ils se défendaient. Je crus et je crois encoru qu'on vient ici de la terre ferme pour les prendre et les réduire en esclavage. Ils doivent être bons serviteurs et de bon caractère. Je m'aperçois qu'ils répètent promptement tout ce qu'on leur dit, et je crois qu'ils se feraient chrétiens sans difficulté , car il me parait qu'ils n'appartiennent à aucune secte. S'il plaît à notre Seigneur, lors de mon départ, j'en emmènerai d'ici six à Vos Altesses, afin qu'ils apprennent à parler. Je n'ai vu dans celte lie aucune espèce d'animaux, si ce n'est des perroquets (1).
« J'allai ensuite le long de 111e, dans la direction nord-nord-est, pour en examiner l'autre partie, qui était de l'autre coté de l'est, et pour visiter leurs peuplades , et je ne tardai pas à en voir deux ou trois dont les habitants venaient tous à la plage, ndus appelant et rendant grâces à Dieu : les uns apportèrent de l'eau , les autres des choses à manger ; d'autres, quand ils voyaient que je ne me disposais pas à aller à terre, se jetaient à la mer à la nage et venaient nous trouver. Nous comprenions qu'ils nous demandaient si nous étions venus du ciel ; il y en eut un vieux qui vint jusque dans mon bateau , et d'autre* appelaient à grands cris tous les habitants, hommes et femmes : Venez voir, leur disaient-ils, les hommes qui sont descendus du ciel; apportez-leur à manger et à boire. 11 vint un grand nombre d'hommes et de femmes apportant tous quelque chose : ils remerciaient Dieu, se jetaient par terre, levaient les mains au ciel , et nous invitaient ensuite à venir à terre en faisant de bruyantes exclamations (S). »
Llle où Colomb avait posé le pied sur le Nouveau Monde s'appelait Guanahani, dans la langue des indigènes. Il lui donna le nom de San- Salvador. Elle fait partie du groupe des lies Lucayes ou de Bahama, voisines' de la côte septentrionale de Cuba, et parait être identique avec celle que les Anglais appellent Cat-lsland (lie du Chat) (3). Colomb se crut au milieu de cet archi-
(0 Cette particularité contribuait aussi S entreteolr l'illusion de Colomb; car c'était de l'Inde que les premiers perroquets avaient été apportés en Europe.
(l) Navarrete, Coliect., t. II.
(S) Selon quelques géographes c'est l'Ile û'Etgram Turio , située à «•, 80' lit.
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pel qui, selon Marco-Polo, se composait de plus de sept mille lies, situées le long de la cote orientale de l'Asie , abondant en épiées et en bois odoriférants. Le 16 octobre U prit possession de 111e, qu'il appela 8anta*Maria de la Conception : il y chercha en Tain l'or que les habitants de Guanahani lui avaient indiqué par des gestes. A une antre lie du même archipel il donna le nom de Fernandina ( aujourd'hui B&vma), en l'honneur du roi Ferdinand. Voici ce que Fainiral raconte de cette Ile : « Les naturels de Fernandina ressemblent à ceux des autres lies, dans leur langage, dans leurs mœurs et en tout, si ce n'est qu'ils me paraissent un peu plus apprivoisés (mas domestiea génie), plus civilisés même et plus rusés, parce que je rois qatte ont apporté à mon ▼aisseau du coton et d'autres petites choses , pour le payement desquelles ils savent beaucoup mieux marchander que les antres. Je ris même dans cette lie des morceaux de toile de coton faits comme des mantilles, et les habitants plus alertes et mieux ajustés. Les femmes y portent sur le devant du corps une petite pièce à étoffe de coton qui couvre à peine leur nature. Cette lie est très-verte, de surface plane et très-fertile, et je ne doute pas que ses habitants n'y sèment toute l'année du pénis (panizo), et n'y en recueillent abondamment ainsi que plusieurs autres choses. Je vis beaucoup d'arbres très-différents des noires, parmi lesquels beaucoup avaient les branches de diverses manières, et toutes venant d'un même tronc. Dans ces arbres , une branche est faite d'ime façon, une autre branche d'une autre; et elles sont si bizarres , que la diversité file leurs formes est la plus grande merveille du monde. Par exemple, une branche avait les feuilles comme celles du roseau, et une autre comme celles du lentisqne, et cela dans un seul et même arbre de cinq ou six formes diverses, lesquelles sont encore différentes dans chaque arbre; et ces arbres ne sont point entés , dans lequel cas on pourrait attribuer à la greffe une si étonnante diversité. Bien loin qull en soit ainsi, ces arbres se trouvent sur les montagnes et dans les forêta, et les habitants n'en prennent aucun soin. Je ne leur reconnais aucun culte religieux, et je crois qu'Us se feraient chrétiens sans difficulté, parce qu'ils ont beaucoup d'intelligence. Les poissons sont si différents des nôtres, que c'est merveille. U y en a quelques-uns qui sont faits comme des coqs, et dont les couleurs sont les plus belles <lu monde : il y en a de bleus , de jaunes , de rouges et de toutes couleurs; d'autres peints de mille manières , et leurs couleurs sont si parfaites, qu'Q n'y a personne qui n'en soit émerveillé et ne prenne grande récréation à les voir, il y a aussi des baleines. Je n'ai vu à terre aucun animal d'aucune espèce , si ce n'est des per roquets et des lézards (1). »
ft) Naiârrete, Collect., t. Il, p. «.
Une quatrième fie reçut le nom d'Isabelle (aujourd'hui Ma larça). Colomb en (ait un tableau enchanteur. Le 98 octobre il découvrit l'Ile de Cuba, qu'il prit jusqu'à sa mort pour uns portion de la terre ferme, où devait se trouver la fameuse ville de Quinsay, l'une des résidences du grand-khan. — Il m'est impossible d'entrer loi dans tous les détails qui suivirent la découverts de Cuba : ils appartiennent moins à la biographie qu'à l'histoire de la géographie. Je rappellerai seulement que le 10 novembre Alonzo Pinson déserta avee la Pinta la petite flottille, pour recueillir le premier les fruits d'une grande découverte, et que cette désertion changea tout les plans de Colomb, qui le 6 décembre, poursuivant le cours de ses explorations, découvrit l'Ue Hispaniola (aujourd'hui Haïti), il trouva ce pays si beau qu'il appela Tune des vallées le Paraiso (Paradis); il s'y lia avec le cacique Gnacanagari (eoy. ce nom), et construisit le fort de la Natividad (Nativité), qui devait être le premier fondement d'une colonie; il l'appela ainsi en mémoire de ce qu'ils avaient été sauvés du naufrage le jour de Hoel. Après y avoir laissé pour commandant Diego de Arana et pour lieutenants Pedro Gutieres et Rodrigo de Escobedo, avec un médecin, un tonnelier, un tailleur, un canounier, une chaloupe , diverses graines et objets de trafic , l'amiral se disposa à retourner en Europe. Vers la pointe orientale d'Hispaniola, il retrouva la Pinta, qui avait ramassé une grande quantité d'or : il écouta en silence les excuses du commandant Pinson , mais sans y croire. Le e janvier 1493 il découvrit le cap del £namorada (aujourd'hui cap Oabren); après l'avoir doublé , il jeta l'ancre dans une vaste baie qu'il supposait être un bras de mer séparant Hispa nioia de quelque autre Ile. Colomb descendit à terre, et vit des naturels bien différents de ceux qu'il venait de quitter : ils avaient l'aspect farouche, étaient peints d'une manière hideuse, portaient leurs cheveux longs et noués par derrière, et ornés de plumes de perroquet; ils étaient annés d'ares et de flèches, de massues de guerre et de formidables épées. C'étaient les alliés des Caraïbes. L'un d'eux visita le vaisseau amiral, et parla d'une lie Mantinino, « habitée seulement par des femmes, qui recevaient les Caraïbes parmi elles une fois par an, pour empêcher que la population de l'Ile ne vint à s'éteindre ». Colomb crut y reconnaître Vile des Amazones , dont il parle si souvent dans le cours de ses voyages, et qui était, comme le Gipango et Quinsay, une de ces illusions provenant du récit de Marco-Polo. Au moment ou quelques matelots , sur l'ordre de Colomb, voulaient troquer quelques armes de ces naturels, pour les emporter en Espagne comme objet de curiosité, un engagement sanglant éclata : les naturels furent poursuivis avec perte; ce fut le premier sang indigène versé par les Européens dans le Nouveau Monde. La paix rétablie , Colomb
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reprit la route de l'Espagne. A la hauteur des Açores, H essuya une violente tempête, qui, si elle était armée quatre mois plus tôt, aurait certainement empêché la découverte du Nouveau Monde. Colomb relâcha à 111e Sainte-Marie, dont le gouverneur, Oastagneta ; échoua dans sa lâche tentative de s'emparer de l'amiral, sur on ordre du roi de Portugal. A quelque distance du cap Saint-Vincent, la flottille de Colomb fut assaillie par une nouvelle tempête, et obligée de se réfugier à rentrée du Tage, en lace de RasteUo. Cette arrivée inattendue produisit une vive sensation à Lisbonne : tous voulaient venir voir le héros qui apportait avec lui tant de richesses et le secret de la route du pays aux épices. Le roi de Portugal reçut Colomb avec les plus grands honneurs , et écouta ses récits merveilleux avec une feinte joie , car il n'était pas sans se rappeler les offres qui lui avaient été faites ; il se demandait même si cette découverte ne devait pas revenir au Portugal, et si elle n'était pas comprise dans la bulle du pape qui lui accordait toutes les terres situées depuis le cap Noun jusqu'aux Indes.
Quoiqu'il en soit, Colomb ne rat pas autrement inquiété; dans l'intervalle, il informa de son arrivée le roi d'Espagne, remit à la voile, et le 15 mars 1493, à midi , il entra dans le port de Palos, après une absence de sept mofcm douze jours. La cour était alors à Barcelone. Colomb s'y rendit avec ses six Indiens, ainsi qu'avec les curiosités et productions diverses qu'il avait emmenées avec lui. Partout les populations se pressaient sur ses pas pour admirer des choses si étranges. Son entrée à Barcelone fut un triomphe. Les Indiens ouvraient la marche; ils étaient peints de diverses couleurs et parés d'ornements d'or. Après eux , on 'portait différentes sortes de perroquets vivants, des animaux empaillés d'espèces inconnues, des plantes à vertus rares; pois venaient des bracelets indiens et autres ornements d'or. Colomb, à cheval et entouré d'une cavalcade de jeunes Espagnols, fermait la marche. On lui avait préparé, sur une estrade , un dais de brocard d'or, au milieu d'un vaste salon, où l'attendaient le roi et la reine, entourés de tous les dignitaires de la couronne. A son approche, le roi et la reine se levèrent, et le firent asseoir en leur présence. Colomb fit le récit de son expédition, et ses paroles furent écoutées avec la plus vive émotion. Lorsqu'il eut cessé de parler, le roi et la reine tombèrent à genoux, adressant à Dieu des actions de grâces, et toute rassemblée entonna le Te Deum. « il semblait, dit le vénérable Las Casas, que tons les auditeurs eussent en ce moment un avantgoût des délices du paradis. »
Au milieu des réjouissances universelles que fit naître la grande nouvelle, Colomb songea à un second voyage, qui devait lui procurer les richesses nécessaires pour arracher le tombeau du Christ au pouvoir des infidèles.
Afin de s'assurer le bénéfice de la découverte, '
dont la nouvelle se répandit rapidement, Ferdinand et Isabelle s'adressèrent au pape Alexandre VI. Celui-ci promulgua alors une bulle qui accordait an roi et à la reine d'Espagne « les mêmes droits, privilèges et indulgences, par rapport aux régions récemment trouvées, que ceux qui avaient été accordés aux Portugais pour leurs découvertes en Afrique, sous la même condition de propager la religion catholique ».
Afin de prévenir toute contestation entre les deux puissances, une autre bulle traça cette fameuse ligue de démarcation tirée d'un pôle à l'autre , et passant à cent lieues à l'ouest des Açores et des Iles du Cap-Vert : « Tout pays découvert par les Espagnols à l'ouest de cette ligne idéale, et dont aucune puissance n'aurait pris possession avant le jour de Noël de l'année 1492, serait adjugé à la couronne d'Espagne , de même que tout pays découvert à l'est de cette ligne appartiendrait à la couronne de Portugal. » (1 ) Le souverain pontife ne prévoyait pas que les deux parties contondantes, ainsi renvoyées dos à dos, devaient eu poursuivant leur chemin se rencontrer un jour face à face aux antipodes, et y renouveler leur question de propriété.
Cinq mois après son arrivée, Colomb partit pour son second voyage; il s'embarqua à Palos, le 25 septembre 1493, muni de pouvoirs illimités, sur une flotte composée de trois grands navires , dits caraques, et de quatorze caravelles. Il s'était pourvu de tout ce qui était nécessaire à la fondation de plusieurs colonies. La plupart de nos animaux domestiques, notamment le porc, la poule ,Je canard , plusieurs de nos fruits , l'orange, le citron, le melon, furent alors introduits dans les Iles de l'Occident, où ils ont tant prospéré depuis. La traversée fut heureuse ; Colomb revit l'île Hispaniola; mais le fort de la Nativité était détruit, et les hommes qu'il y avait laissés avaient péri victimes de leur cupidité et de leur discorde. Il découvrit, dans le cours de ce voyage, l'île de la Guadeloupe (lie de Taruqueira), la Jamaïque; il explora Cuba, navigua au milieu des iles qu'il appelait les Jardins de la reine, et fonda la ville ou colonie Isabelle, où se déclarèrent, dit-on, les premiers symptômes de la maladie qui plus tard se propagea si rapidement en Europe. En même temps il eut à apaiser plusieurs troubles. Dès lors il fut déjà l'objet d'une jalouse et arrogante surveillance, et en butte à ces basses intrigues de cour qui empoisonnèrent le reste de sa vie. Le 11 juin 1496 les vaisseaux qui ramenaient Colomb avec son inquisiteur Aguado entrèrent dans la baie de Cadix , après une pénible traversée de huit mois , pendant
(i) Cette fameuse ligne 4e démarcation partit avoir été suggérée par Colomb lui-même. Bile coïncidait avec la mer des atgnes(voy col. ai», « qnl selon Colomb partageait le globe naturellement en deux parties et avait des rapports Intimes avec la configuration de la terre, ainsi qu'avec les variations de l'aiguille magnétique et des climats. » Voy. Al. de Humboldt, Tableaux de la Nature, 1. 1, p. tt ( de la traduction de Perd. Hœfer. '
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laquelle mourut l'intelligent cacique Caonabo.
C'est dans le cours des choses humaines de roir succéder à l'enthousiasme HnoWérence , mon le dédain. Attristé par l'accueil froid que le peuple lui faisait sur son passage» Colomh s'achemina lentement vers Burgos, où résidait alors la cour. Son Tisage était jauni par les souffrances; il avait laissé crottre sa barbe, et il portait un habit de franciscain, arec une corde pour ceinture. L'accueil que lui firent le roi et la reine fut plus gracieux qu'il ne s'y attendait, et, encouragé par leurbienreu1ance,lWaogable navigateur leur proposa une troisième expédition.
Après plusieurs contrariétés et délais, Colomb partit, le 30 mai 1498 , du port de San- Locar de Barrameda, avec six navires. 11 suivit une route différente de celles qu'il avait suivies la première et la seconde fois : en partant des tles do Cap- Vert, il gouverna au sud-ouest j osqu'à ce qnU arrivât sous la ligne , puis il cingla à l'ouest à la faveur des vents alizé. Dans ce troisième voyage, il visita le golfe de Paria, dont il regardait la cote comme un prolongement du confisent asiatique. II explora aussi la province de Xaragua, où û établit une chaîne de postes militaires, eut à combattre les manœuvres de Roldan et d'Ojéda, réprima l'insurrection de Guarionex, et calma les rebelles de Xaragua. Enfin, à la suite de nouvelles intrigues de cour, Bobadilla (tôt. ce nom ) Ait muni de pleins pouvoirs pour Caire une enquête sur la conduite et la gestion de ramiral : Colomb et ses frères forent arrêtés et envoyés en Espagne charges de fers. Villego et Andréas-Martin, qui avaient reçu la triste misnon de ramener ramiral en Espagne, compatirent à son sort, et voulurent lui ôter ses fers. • Non, dit-il avec une noble fierté, le roi et la reine m'ont écrit de me soumettre à tout ce que Bobadilla m'ordonnerait en leur nom : c'est en leur nom qu'A m'a chargé de ces fers, je les porterai jusqu'à ce qu'ils donnent l'ordre de me les ôter, et je les conserverai comme un monument de la récompense accordée à mes services (1). »— «Ces fers, ajoute Penaud Colomb, je les vis toujours depuis suspendus dans le cabinet de mon père ; et il ordonna qa'a sa mort ils fussent enfermés avec lui dans *m cercueil (2). »A son arrivée à Cadix , Colomb fit parvenir à une dame de la cour, à dona Juan de la Terre, favorite de la reine, une lettre ou il se plaint amèrement de l'Injustice des hommes et de l'ignoble traitement qu'on lui avait fex subir. H y disait entre autres : « Les catomnîe» d'hommes méprisables m'ont nui plus que tous mes services ne m'ont profité.... Telle est la mauvaise réputation qu'on m'a faite, que si je venais à fonder des hôpitaux et des églises, on les appellerait des cavernes de voleurs... La cause de tout le mal, c'est que la personne envoyée
(i) LmCmm, HUL Ind., I, iso (roi. }.
(•} FcrMad Colomb, Bist.t cap. 86.
rouv. Biocn. Gârts. — t. xi.
pour faire une enquête sur ma conduite savait que si les chefs d'accusation qu'elle pourrait recueillir semblaient sérieux, elle serait nommée à ma place (1). » Après que cette lettre eut été communiquée à Isabelle et à Ferdinand, ils désapprouvèrent hautement la conduite de Bobadilla, et donnèrent l'ordre que les prisonniers fossentà l'instant mis en liberté ; en mémetemps ils écrivirent à Colomb pour lui témoigner, dans les termes les plus affectueux, leurs regrets de tout ce qui lui était arrivé. L'accueil qu'il reçut ensuite à la cour était enharmonie avec les termes de cette lettre.
Cependant, les voyages de découvertes se multiplient depuis 1492 s il suffit de rappeler les noms de Yasco de Gama et de Costa Cabrai ; et toutes les autres nations rivalisaient de zèle pour y apporter leur contingent. Les régions que l'on entrevoyait étaient immenses par leur étendue et leurs richesses. Toutes ces circonstances réunies firent repentir les monarques espagnols, et particulièrement Ferdinand, d'avoir accordé de si grands pouvoirs et de si brillantes prérogatives à un simple sujet, à un étranger surtout L'audace de Bobadilla avait privé Colomb de ces prérogatives, et l'astucieux monarque résolut secrètement de ne jamais les lui rendre. D'ailleurs, Colomb n'était plus indispensable. Tels furent les mobiles de la conduite deFenlinaiid.Bobadilla rot remplacé, non par Colomb, mais par Nicolas de Ovando, en 1502.
Quoique souffrant et abreuvé de dégoûts, Colomb ne resta pas longtemps oisif. Animé de cet esprit religieux qui lui Misait à la fois commenter l'Apocalypse et songer à la délivrance du Saint-Sépulcre, il voulut entreprendre un quatrième voyage, qui devait, selon ses calculs, plus enrichir l'Espagne que les précédents. Ce fut dans cette exaltation fébrile, entretenue, d'un côté, par un cœur ulcéré, et, de l'autre, par l'accomplissement d'un vœu fervent, qu'il partit de Cadix le 9 mai 1502, avec son frère Barthélémy (wy. ce nom). Il explora de nouveau les environs de Cuba , et visita la côte des Mosquites , la Costa Ricca. Quelques naturels lui ayant parlé d'un pays plus éloigné, appelé le Ciguare, Colomb crut comprendre que la mer, faisant un coude à Costa-Ricca, allait jusqu'à Ciguare , qu'au delà; à dix journées de distance, se trouverait le Gange, et que Ciguare {tait sous la dépendance du grand-khan. B visita Veraguas, reconnut les mines d'or de cette opulente région, qui étaient selon lui les mines de la Chersonèse d'or mentionnées par les anciens. Au grand déplaisir des Indiens et de leur cacique Quibian \voy. ce nom), il essaya de fonder une colonie sur la rivière de Belen, qui lui semblait l'une des sources ou le roi Salomon avait puisé ses richesses. Il y établit son frère, Yadelantado, avec plusieurs de ses compagnons, dont la plu-
Wuli. Irvtog, r\*
(1) Lai Cmm, HUt. Ind., I, 181. • de C'A. Colomb, t 111, p 117.
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part nirent surpris et tués par tes sauvages. L'adelantado, avec le petit 'nombre d'Espagnole qui a? aient échappé an désastre, se construisit un rempart avec des caisses et des tonneau», pour se mettre à l'abri contre les attaques noctarnes des Indiens. Ce rat dans cette forteresse improvisée que les colons attendirent, ares anxiété, leur déHrrance. Colomb en fut instruit) mais ses navires, fracasses par les tempêtes, rongés par les ycts et prêts à tomber en pièces, ne lui permettaient pas d'approcher du rivage pour porter des secours à ses compagnons traqués par les sauvages, qu'excitait le retour de leurs frères et de leur chef, échappés des mains des Espagnols. Cette situation cruelle, qui se prolongea pendant neuf jours d'orage, jointe à des nuits sans repos , et des transes continuelles portèrent le dernier coup à une constitution déjà minée par l'âge et tant de fatigues. Dans le paroxysme de la fièvre, et au milieu des souffrances qui lui brisaient l'esprit et le corps, Colomb eut comme des instants de délire. Dans sa fameuse lettre datée de la Jamaïque le 7 juillet 1503, il fait le rédt solennel d'une vision qui vint le consoler : «c Épuisé, je m'étais endormi, dit-Il, lorsque j'entendis une voix plaintive m'adresser, d'un ton pénétré, ces paroles : O insensé et lent à croire et à servir ton Dieu, le Dieu de l'univers ! Que fit-il de phis pour Moïse et pour David, son serviteur? Des ta naissance, il a toujours pris le plus grand soin de toi. Dès qull te vit arrivé à l'âge convenable , Il a fait merveilieusenient retentir ton nom 3ur toute la terre. Les Indes, cette parue du monde si riche, il te les a données, te laissant d'en faire part à qui il te plairait Des barrières de l'Océan, fermées avec des chaînes si fortes, il t'a donné les clefs. Tu as été obéi dans tant de pays , et tu as obtenu auprès des chrétiens une si grande renommée 1 At-il fait davantage pour le peuple d'Israël, quand il le tira d'Egypte, ou pour David, qu'il lit de bergerroi de Judée? Tourne-toi vers mi, et reconnais ton erreur : sa miséricorde est infinie. . . J'en* tendis tout cela coraraeunhommeàdemi mort; la force me manqua pour répondre à un langage aussi vrai, et je me mis à pleurer. Celui qui m'a* vait ainsi parlé, quel qu'il fut, termina par ces mots : Courage, et ne crains rien : les tions sont écrites sur le marbre, et non cause (1)»»
Aussitôt après cette vision, qui rai paraissait une voix du ciel, la mer se calma; Colomb put communiquer avec la terre et délivrer ses compagnons. Vers la fin d'avril 1503, il quitta la cote funeste de Yeraguas, et se dirigea sur Hispaniola, pour y radouber ses navires et tes ravitailler avant de retourner en Europe. Mais bientôt, à la grande surprise de son équipage, il se mit de nouveau à longer la cote dans la direction de l'est, au lieu de cingler au nord, ce qui était la
(l) Lrttera rarissima Basaano, 1810, p. 1» » 'Sait 4t l'abbé Murclli ).
route directe aux yeux des pnotee* Ceux-ci en raunnurèrent, ignorant que Colomb avait pris cette direction pour éviter les courants rapides qui portent constamment à l'ouest. Sans faire attention à ces murmures, il atteignit Poito-BeUo, où il laissa une de ses caravelles, tellement vermouluequ'eue ne se maintenait plus à flot Tout l'équipage sa trouvait des lors entassé sur deux bâtiments, qui étaient eux-mêmes si délabrés qu'il allait fiâre nuit et jour travailler les matelots aux pompes pour les empêcher de couler bss. En pss*aiiâ devant le port d'ElBetrete, il vit on groupe dites auquel il donna le non de las Barbas (aujourd'hui Mulatas), un peu au delà de la Pointe-Biaa. Là il se croyait dans le Mangf, province du grand-khan, et décrite par Marco-Polo comme Ihmtrophe du Caihay. 11 avança enooredix lieues plus loin, jusqu'à l'entrée qu'on appelle aujourd'hui le golfe de Dariem. Mais sur les ieffrésentations de ses pilotes, il renonça à suivre la Terre-Ferme, et le icr mai il porta le cap au nord. Le 10 mai il arriva en vue des lies Tortngas (aujourd'hui les Caïmans), et, continuant à se diriger vers le nord, il se trouva le 30 mai au milieu des Jardins de la rallie, groupe dites au sud de Cuba. Il fut obligé de mouilter dans une anse à environ dix lieues de 111e principale i tes matelots monraient de faim et de fatigues. A peine vtnaeenftite de jeter l'ancre, qu'à minuit il s'éleva une ai violente tempête qu'on aurait dit, selon l'expressten de Colomb, que c'était In fin du monda (cks pareva cke il mondo Jàomse Jlme). Les navires chassèrent sur leurs ancres, la Bermuda fut lancée avec tant d'impétuosité contre la caravelle de l'amiral, que la proue de Tune et la poupe de l'autre sautèrent en éclats. La tempête passée, il remit à la voile, toucha au cap Cm et à Porto-Bueno (aujourd'hui le Havre Sec) , mate sans rencontrer d'indigènes ni de provisions. Luttant à la fois contre la faim, la soif et les courants contraires, il gagna lu port de Sen-Qloria (aujourd'hui baie de oox Christophe). Des navires Une restait plus que la carcasse; Colomb ordonna de tes faire attacher fortanertl'unoontreranti^e contre un roc à une portée de flèche du rivage : aussitôt ils forent remplis d'eau jusqu'au tiDac. Sur la poupe et la proue, portions qui seules faisaient saillie sur l'eau , on construisit des cabines couvertes de chaume pour loger l'équipage. Ainsi fortifié, au milieu de la mer, sur ces tristes débris, Colomb espérait à la fois se garantir contre toute attaque soudaine des Indiens et empêcher la désertion de ses matelote; car personne, sans une permission spéciale, ne pouvait se rendre à terre. Dana cette situation ex trème,il ne restait qu'une seule chance de salut : c'était d'implorer le secours d'Ovando, nooverneur de Saint-Domingue, Ilndigno rival de Colomb. Mais comment lui faire parvenir un message? La distance entre la Jamaïque et llispe-
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mots était de quarante lieues, à travers des courants très-dangereux, et il n'y avait d'autres moyens de transport que les légers canote de sauvages. Seul Diego Mondes (votf. oe nom) risqua l'aventure. Une première fols, Il échoua, et revint après «ne absence de qufnie Jours, semée de mille incidents drainatique*. Le brave Mendes partit une seconde fois. Ce lot dans cet intervalle que l'équipage se révolte, le X janvier 160*. François de Portas, que Colomb avait comblé de bienfaits, persuada aux matelots de ne fonder aucun espoir sur le retour de Mandez; que ce n'était là qu'une rose do l'amiral pour les apaiser, et que, banal de l'Es* pagne, il n'avait ni l'intention ni le désir d'y retourner. Ces paroles pitririsirent leur effet : l'équipage se souleva, Colomb, perdus de tous ses membres, était malade dans son tit Au bruit du soulèvement, il se trama hors de sa cabine, espérant par an présence apaiser les mutins. Sans le sang-froid de son frère Barthélémy et de quelque» fidèles serviteurs, il aurait été peut* être massacré par son propre équipage. Quarante-huit de ces rebelles se séparèrent de l'amiral , et gagnèrent Hispaniola, où ils commirent toutes sortes d'excès. Il ne resta avec lui que les infirmes et les malades. Bientôt la disette se fit sentir parmi ces infortunés, d'autant pins cruellement que les Indiens refusaient obstinément de leur apporter des provisions. Tout à coup une idée lumineuse se présente à l'esprit de Colomb : grâce à ses connaissances astronomiques, il prédit aux sauvages une éclipse de lune totale. « Le Dieu que j'adore, leur disait-il, pour faire voir combien il est irrité contre vous, tous donnera cette nuit même dans les cienx un signe visible de sa colère : vous verrez la lune se couvrir d'une ombre épaisse. » A cette prédiction, faite d'un ton solennel , les nns prirent l'alarme, d'autres eurent l'air de s'en moquer, mais tous attendaient la nuit dans une visible inquiétude. Dès qu'ils virent l'ombre s'avancer lentement sur le disque resplendissant de la lune, ils se mirent à trembler ; et lorsque la nature entière semblait couverte d'on voile mystérieux , leur terreur rat extrême. Poussant des cris lamentables, ils apportèrent toutes les provisions qu'ils parent se procurer, et se jetèrent aux pieds de Colomb, le suppliant d'intercéder auprès de son Bien pour obtenir l'étoignement des malheurs qui les menaçaient. Colomb leur répondit gravement qu'A allait se retirer pour s'entretenir avec la Divinité. S'enfermant alors dans sa cabine, il y resta pendant toute la durée de l'éclipsé, au mffleu des hurlements et des supplications des sauvages. Au moment où l'éclipsé allait finir, il sortit de sa retraite pour annoncer aux Indiens que, par son intercession, Dieu avait exaucé leur prière; et lorsqu'ils virent l'astre de la nuit reprendre toute sa splendeur, ils traitèrent Colomb comme uS être divin, et s'empressèrent de se le rendre propice par des offrandes de toute es-
pèce. Dès ce moment les provisions affluèrent dans le port, et les Espagnols n'eurent plus à craindre la famine (1).
Colomb songea ensuite à rappeler les rebelles, qui par leurs déprédations provoquaient de terribles représailles de la part des Indiens. 11 leur promit amnistie complète ; mais ils refusaient de se rendre à ces paroles de paix jusqu'à ce que, après un combat sanglant, Ils virent leur chef, Francisco Porras, lait prisonnier par I'adelantado, frère de Colomb. Ce combat entre des hommes blancs fut pour les sauvages un spectacle inattendu : ils se mirent à examiner avec stupeur les cadavres des êtres qu'ils avaient crustiramortels. Jetons un voile sur l'affreux massacre des indigènes à Xaragua, sur la guerre avec les naturels de l'Hinguay, enfin sur ces actes d'atrocité commis sous radrnmistratkm de cet Ovando qui laissait Colomb abandonné dans son navire naufragé et privé de son rjommandement. L'admhnstfation de Colomb, si elle avait paru être dure à quelques-uns , n'était ni cruelle ni sanguinaire : tous ses efforts tendaient à civiliser les Indiens , à en faire des sujets utiles, et non à les opprimer, à les détruire. Les voyant presque tous disparus dHispaniola pendant la suspension de son autorité, H ne put contenir son indignation , et s'en expliqua franchement dans une lettre adressés au roi : « Les Indiens d'Hispaniola, dit-Il, étaient et sont encore la véritable richesse de Me ; car ce sont eux qui cultivent la terre et apprêtent le pain pour les chrétiens, qui creusent les mines d'or et qui supportent toutes les fatigues, travaillant tout à la fois et comme des hommes et comme des bêtes de somme. J'apprends que depuis que j'ai quitté 111e 0 est mort les cinq sixièmes des naturels, tous par suite de traitements barbares ou d'une froide mbumanRé : les uns par l'épée, d'autres sous les coups, un grand nombre de faim ; la plus grande partie ont péri dans les montagnes et dans les cavernes oh ils s'étaient enfuis, faute de pouvoir supporter les travaux qu'on leur avait Imposés (2). »
Déplorons ces excès sanglante , mats en même temps voyons au delà du tombeau des victimes. Quel spectacle ! les peuples passent et se succèdent comme les individus; et an-dessus de la matière, qui varie et se renouvelle, plane, comme sur les eaux de la création, l'esprit divin, qui pousse les hommes vers leur unité d'espèce. Ici chaque nation s'est librement choisi sa voie : les Phéniciens, le commerce; les Grecs, les arts et les lettres; les Romains, la conquête. Enfin, quelques nations ont essayé de propager par le glaive une religion toute de charité, cette boussole universelle dont le genre humain n'a pas encore appris à se servir. Les nations et les races s'assimilent, s'absorbent ou s'exterminent à mesure qu'elles s'étendent : c'est une œuvre de
(1) Us Casas, MUt. Ind., Il, SB. - Petit. Colomb. Hist. à(î) Navarrete, t. II. - W. Irving t. III, p. WM.
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destruction et de régénération à la fois qne la civilisation porte dan» ses flancs. Depuis trois siècles et demi , les races non assimilables de l'Amérique disparaissent les ânes après les antres, et peut-être dans moins de cent ans dlri la race blanche, qui domine déjà l'ancien continent, tiendra seule le sceptre du Nouveau Monde.
Grâce aux soins de Mendez, Colomb quitta, le 28 juin 1505, le navire naufragé où il était resté si longtemps renfermé; après un court séjour à Saint-Domingue, il mit à la voile pour l'Espagne, et entra tout malade, le 7 novembre , dans le port de Lucar; de là il se fit conduire à Séville, pour y rétablir une santé affaiblie par l'âge (il avait soixante-neuf ans) et par tant de dures épreuves (1). H s'adressa de nouveau au roi et à la reine pour obtenir la restitution de ce qui lui étaH dû; mais fl n'en reçut que des réponses vagues et dilatoires. Sur ces entrefaites, la reine Isabelle, sa bonne étoile, venait de s'éteindre à la suite de chagrins domestiques. Colomb reçut cette fatale nouvelle au moment où il écrivait à son Aïs Diego ; et dans un postcriptum tracé à la hâte, il consacre à la mémoire de sa bienfiutrice ces paroles d'une touchante piété : « La première chose est de recommander à Dieu affectueusement l'âme de la reine : elle fut toujours prête à tout pour le service de Dieu; nous pouvons être assurés qu'elle est reçue dans sa gloire, et placée à l'abri des soucis et des tribulations de ce monde. » — Désormais les appels de Colomb à la justice du roi n'eurent plus d'écho à la cour. Une dernière lueur d'espoir ranima cependant son courage : la fille d'Isabelle , la princesse Juana, venait d'arriver de Flandre pour prendre possession dn trône de Castille. Retenu sur son Ut de douleur, fl envoya son frère Barthélémy pour plaider sa cause auprès de la nouvelle reine. Après le départ de son frère, la maladie (un rhumatisme général) qu'il avait gagnée dans ses voyages redoubla de violence; et quoique brisé au physique et an moral, il eut encore la force d'écrire un codicille où il transmit à son fils Diego ses dernières volontés, en l'instituant son héritier universel. Parmi les clauses minutieuses de ce codicille, qui toutes témoignent de son esprit d'ordre et de sa justice scrupuleuse dans tout ce qu'il faisait, on remarque surtout avec quel soin fl recommande à l'exécuteur testamentaire Ut mère de son fils Fernand, Beatrix Enriquez, dont l'union ne parait jamais avoir été sanctionnée par le mariage. Il ordonna à don Diego de pourvoir à ce que Béatrlx puisse, après lui, vivre dans une position indépendante : « et
(1) J'ai glissé rapidement «ir lea détails de» quatre voyages de Colomb , en renvoyant an articles : Colomb ( Barthélémy, — Diego, — Fernand), Bobadoxa, Las Casas , Otajtdo , Ojsda , Mendez ( Diego ) » Guacah aoari, Diaz ( Bornai ) , Pissco (Barthélémy ), Pobaas {FraneUco de), Bscobar ( Diego), Coktabaica, ( Juan di la Casa) etc.
que cela soit fait, ajoute-t-il, pour la décharge de ma conscience, car ce poinfpèse lourdement sur mon âme ». — Le lendemain, 20 mai L606, le jour de l'Ascension, Christophe Colomb expira , en s'écriant comme Jésus-Christ sur la croix : « Seigneur, je remets mon âme entre vos mains. » Ce furent ses dernières paroles (1).
Son corps même ne fut pas laissé en repos. D'abord déposé dans le couvent de Saint-François â Séville, il Ait, en 1513, transféré au monastère des Chartreux de la même ville. En 1536, on lui fit franchir la mer : fl fut transporté à HispanioU, et enterré dans la cathédrale de la ville de Saint-Domingue. Enfin, il rot de nouveau exhumé et transféré à La Havane, dans lUedeCuba.
La vie de Christophe Colomb, c'est tout un drame de la plus saisissante gradation. Voici un homme, pauvre et obscur, qui consacre toute sa jeunesse au triomphe d'une idée ; il aborde enfin la terre inconnue; à son retour fl est reçu avec enthousiasme ; au second voyage, avec froideur ; au troisième, dans les fers ; an quatrième, mourant. Quelle consécration du génie ! Fkrd. Hobfer.
(l) Fera. Colomb, Hist. 108. Us Casas, Hist. tnd^ II, M. Colomb a laissé divers écrits épart, qui à tons égards, mériteraient d'être recueillis. Ces écrits sont : Déclaration de la Tabla navegatoria, Imprimée daos la JHNotkeca oriental et occidental d'Ant Léon Plndlo ; Madrid, ira, p. 1U; - Lettre au trésorier Raphaël Souches, datée dn port de Lisbonne le 1* mars lias : cette lettre fat traduite par Leandro deCosco. Imprimée à Rome par Eucbartos Argyrius ( souvent réimprimée depuis ), sous le titre de : Bpistola Chrittophori Colom, cui estas nottra multum débet, de insulis tupra Gangam nuper inventés, ad quoi perquirendas octavoanUa mente, mmspicUs et sers invictisttmorum Ferdinandi et Elisabeth? Hispaniarum reçum, missut fuerat; ad magniâcum don Raphaelem Sanxis, eorumdem teren. reçum thesaurarium missa, quam gêner, et Utteratus vir Leander de Cosco ex hispano idiomats in latinum convertit, tertio kal. maii (U avril ) 1488; Rome, 1488; l'original espagnol n'a pu être retrouvé; — Relation du premier voyage, journal de Colomb, d'après un extrait de l'évcque Bartolomé de Las Casas, conservé dans les archives dn duc de llnfantado (Impr. dans Navarrete, Collect., t II); — Lettre écrite en partie le il février des Iles Tercelres, en partie du port de Lisbonne le 4 mars lift, a don Luis de Santangel, et conservée aux archives de Slmaneas ( Navarrete, lbld. ) ; - Mémorial ( pour le 1* voyage ). confié, dans la villa de Isabella, le M janvier im, à Antonio deTorrea, pour demander aux monarques espagnols leurs décisions sur plusieurs affaires relatives au gouvernement de 111e de Haïti (Navarrete, lbld.)- — Lettre ( S* voyage) écrite d'Hlapanlola, probablement en octobre IMS, et nne autre lettre, remplie de plaintes ancres, adressée, en 1*00. à Juana de la Torre, nourrice de l'Infant don Juan (Navarrete, lbld. ) ; — Relation du quatrième et dernier voyage, adressée, sous forme de leUre, à Ferdinand et à Isabelle, et datée de la Jamaïque le T Juillet 1W8 ; c'est U luttera rarissima reproduite par MoreUl, bibliothécaire de Venise ( Lettera rarissima de Christoforo Oelombo, riprodutta e iltustrata ); Bassano, 1810, In-*8 de 87 pages);— Libro de Profecias ( Liber site manipulus de auotoritaUbus, dietis me sententlis et prophetiis circa materiam reeuperandm Sonet» CivitaHs et montis Dei Sion, et inventionis et oonverskmis uvularum Indiat ), manuscrit de 70 feuillets, écrits en partie de la main de Colomb, que Mofiot a ttré de la Blbliot. Colombina ( de Fera. Colomb), à Séville; — Lettres familières et autres pièces conservées dans des dépôts publics ou privés. — La réunion de tons ees documents et leur publication ( qui ne formeraient guère plus d'un volume) serait le plus beau monument à élever à la gloire de Christophe Colomb.
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Séracs* : Fera. Colomb, Bittoria deltuo padref Vente, Ml, la-a». — Andréa Bemaldes oa Bernai ( curé de Lee Pttedos), Bût. du roi et de la reine Catholique*. - Barth. de Lu Casas, J5H«t. Jno\ ( au. ). - HerreYs, fltcoda. - Ovledo, Biit. gdmir. de las tndias. - Angtatera (Fletro-Martlre), Api*, de rébus OoeanieU; de in- «rfismoMT tmviUU. — Jobet «.acharner, Unbokamnto Lande, ettM Nnreinberg, IMS, to-8« ( c'est le premier oonage allemud qui perte de Christophe Colomb). Le Pmattsr, Imprimé par les soins d'Anges*. Gloattnlanl, e?eqee 4e Nebblo, ea Corée, à Gènes, sais, contient, a la mite dee prophéties du dU-hnttlème paanme : Et m sssnem Çsttw§ savoii Sonata eonmi e» tu jtnes OrMi ftrrar twroa sonmt, que Colomb prétendait avoir accomplies, ea gobe de commentaire, une biographie de Cn. Colomb - Grynmos, Notms Orbis. - Fraesuano de Montelbaddo, Mondo BovOf Vleenee, MJ7. - Bvde, lUnera Mundi,- Oxou. tétl. - Mort. Hytactayta» , Coaasooropaiar JMredajetto. — CbarleTOte, i/tsl. <fe iaamWtaasJiiomi. — Dsl primo seoprUore de! ctmttomte dêl Nwevo Monda; Firenae. 1808. ln-8». - BomL rtta *M Colomoo,- Milan, 1818. m-*»; tradalt en fruçala par Uraao; Parle, lSm, ln-a». — J.-B. Spoitono, Codée* rfiplomarfcw Cofomto Jmericano,- Geaota, 18», ln-4°. - Cotemotif Jtfemoriab, o/ a collection ôf amtiumc documm*ti Loadon, tau, tn-a». - Washington Inrtaf, a jsrfetory e/thc Jtft a** «op opes o/ Columeut; Uaaon, 1888, 4 vol. ln-t», oavrage plusieurs foie rétmpriœé et traduit en français par Defaucompret ; Perle, îm, 4 roL — P. de Navarreta, Relation du quatrt w» aets entrepris par Cariste»** Colomb, tradalt de l'espagnol et annoté ; Paris, 1818, 8 vol. ln-8*.— De Hamboldt» £z*sm» criUquê dé rhist. de la géographie, etc., 1 1 ; III, (Paris, 1887 ). - Caaeelnerl, Disserta*. SpisL $opra Cr. Gommée,- Borne, 18M. ln-8«. - Blanchettl, Elooio di Cr. Colombo; Gènes, 1880, ln-8». — Forester, Christ, Cohmbus; Leipzig, iSin, to-t». - fteta, rua di Cr. Cotons©; Paris, IBM, ln-4*. - Sangnlnettl, FUadi Cr. Ce Umbo; Gênes, lta. ln-sn. - Ms|or. Select letton of Coimmtms, wUh an introduction,- Londres. 1148, ta-f. -Alph. de Usuirttne, Vie de Christophe Colomb, dans Jr CMHsateur, septembre et octobre 1888,
golomb (D. Barthélémy), adelantado de Castflfc et seigncor de lUe de la Mona, né yen 1437, mort en 1514. Comme son frère Christophe , il naquit aux environs de Gènes. On sait fort pen de choses sur ses premières années; il est permis seulement de supposer qu'après avoir appris le latin à Parie ou bien à Gènes, il étudia sérieusement la cosmographie; il dessinait habilement les cartes géographiques. On suppose encore que lorsque Christophe se fat mis sous la protection du roi de Portugal Jean n, il alla le joindre à Lisbonne. Ce quMl y a de certain, et id le témoignage de las Casas est précis, c'est que vers l'année 14 M, c'est-àdire au temps de la grande découverte de Barthélémy Dias, il se rendit au Cap de Bonne- Espérance. On ignore si ce fut avec son frère qu'il visita le promontoire si redouté, et les expressions, assez ambignès, du vieil historien ne permettent pas d'affirmer s'il accompagna le navigateur portugais. On ne sait rien non plus sur les incidents qui occupèrent sa vie avant le mémorable voyage qu'il fit en Angleterre, lorsque son frère. , découragé par les ajournements de Jean n, Pesvoya vers Henri VII, afin de soumettre à ce souverain son grand projet. H est certain néanmoins qu'il rat pris , durant ce court voyage, par des pirates, et que cet événement retarda singulièrement l'accomplissement de sa mission, n fit un long séjour à la cour du roi
d'Angleterre, et l'on a la certitude que durant ce temps Christophe Colomb resta dans une ignorance absolue sur son compte. Les difficultés des communications étaient telles alors, que les deux frères ne purent échanger en sept ans une seule fois de leurs nouvelles. Barthélémy ne restait pas oisif à Londres, et l'on sait que vers 1488 il présenta au rot Henji Td une mappemonde dessinée par fan et au-dessous de laquelle il avait inscrit des vers (1).
Lorsque Christophe Colomb eut acquis la certitude que ses projets n'obtiendraient aucune solutk», ni des tètes couronnées de la péninsule, ni des ducs de Medina-Cœli et de lledina-Ssdonia , il songea à aller trouver Barthélémy en Angleterre ; après toutefois que ses propositions adressées ad roi de Fiance auraient échoué. Ses négociations avec Henri VH n'ayant pas eu d'issue, il retourna, on l'a supposé du moins, en Castille. Las Casas toutefois ne partage pas cette opinion, et il affirme qu'après avoir adressé ses propositions à% Henri VU, Barthélémy se fixa immédiatement en France, auprès de la duchesse de Bourbon; il était, dhVfl, à la cour de cette princesse lorsque Christophe le rappela en Espagne auprès de lui. Selon don Eustaquio F. Navarrete, il parait certain que ce rat à Paris que. Barthélémy reçut la première nouvelle de la grande découverte accomplie par son frère.
Après Tannée 1493, la position de la famille changea étrangement. A partir de cette époque tous les yeux se fixent sur elle; Barthélémy reçut môme alors, en pur don du roi de France, une somme de cent écus , afin qu'il pût commodément rçjomdre Ternirai. Le futur adelantado se hâta de partir pour l'Espagne; mais, quel que rat son empressement, il ne put arrivera temps pour retrouver Christophe dans le port de Séville ; celui-ci était parti pour son second voyage, à la tète d'une flotte de dix-sept navires. Tout enivré de gloire qu'il pouvait être, l'amiral n'avait pas oubHé son frère. On remit à Barthélémy des instructions précises laissées par Tamiral, instructions qui l'investissaient de ses droits sur sa famille. Prenant avec lui ses neveux don Diego et don Fernando,flsei^àltàya]ladolid,etflreçutàla cour un accueil digne du rang qu'on lui réservait.
On songeait alors à expédier trois bâtiments dont on voulait grossir la flotte destinée pour Hispaniola; Barthélémy en eut immédiatement le commandement, et ce fut an mois d'avril 1494 qu'il put enfin embrasser Christophe Colomb sur le lieu même ou se préparaient pour tous les deux tant d'événements mémorables. Là il retrouva aussi son frère Giacomo, dont la figure, un peu effacée, occupe un rang secondaire dans cette réunion d'hommes énergiques, mais dont l'âme tendre et le caractère intègre étaient devenus si nécessaires à Chr. Colomb, voué déjà à tant de luttes.
(l) François Bacon «oppose qae.ee fot d'après les vagues documenta obtenus ainsi qu'on expédia d'Angleterre Cabot à la recherche des réglons inconnues.
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Si Glacomo consolait le grand homme, s'il ranimait parfois son courage, prêt à faiblir, grâce à la vigueur de son esprit, à l'énergie de se» résolutions, Barthélémy sut l'aider d'une manière plus efficace, et surtout le faire respecter des factieux. De retour de cette excursion armée dans la Vega Real, qu'il avait parcourue par ordre de l'amiral, à la tète de Quatre cents Espagnols, Pedro Margarite arriva sur le bord de la mer peu de temps après le débarquement de Barthélémy. C'était , comme on sait , l'un des officiers les plus turbulents de l'expédition ; il profita des trois navires amenés par Barthélémy pour s'embarquer, de concert avec le père Boyl, et se diriger sur l'Espagne, où ses calomnies devaient noircir l'administration naissante qu'il n'avait pu renverser. Les soldats indisciplinés de ce chef se répandirent dans la campagne, et commencèrent dans les villages indiens cette série d'atrocités que l'amiral déplorait et qu'il ne pouvait réprimer; ce fut à Barthélémy qu'il appartint de donner, par son énergie , quelque répit aux malheureux Indiens. Les services qu'il rendit en maintes occasions, sa connaissance des hommes, sa promptitude de résolution dans les occasions difficiles décidèrent l'amiral à lui confier le poste le plus éminent qu'jl pût lui offrir; il le créa adelantado. Cette charge, d'une ancienne origine, donnait à la guerre le rang suprême. Barthélémy fit alors tout ce que l'on pouvait attendre de son habileté, pour justifier le choix de son frère (1). Après la prise de Caonabo, et durant cette expédition hasardeuse qui commença le 27 mars 1405 , ce fut à l'adelantado que Ton dut la pacification complète de la Vega Real. Deux cents hommes d'infanterie, vingt cavaliers, suffirent alors à Barthélémy pour remporter une victoire complète contre une armée de cent mille Indiens. Ainsi commença cette série de batailles gigantesques qui ont éternisé tes noms des Pizarre et des Cortez , et qui ont laissé dans l'oubli celui du frère de Colomb. Grâce aux dispositions prises par Barthélémy, l'amiral, qui avait voulu diriger lui-même l'expédition, vit fuir Manicatex, le chef le plus valeureux des Igneris. En neuf mois l'He se trouva complètement soumise; et Chr. Colomb put répondre à ses ennemis par la nouvelle d'une suite de victoires.
Lorsque, sur les dénonciations de Juan Aguado, l'amiral fut contraint de se rendre en Espagne , afin de s'y justifier , ce fnt à Barthélémy qu'il confia le soin de la colonisation. Celui-ci alla explorer alors le sud de l'Ile, et ayant trouvé un port commode, non loin des mines de San- Christobal, il y bâtit la forteresse (2 j de San-Do-
(1) Ferdinand, si Jalon de» droits de ia couronne, se montra par la suite mécontent d'une nomination que les souverain» s'étalent réservée. Comme vice-roi, Colomb n'avait pas outre- passé ses pouvoirs, et l'événement le Justifia. Barthélémy fut confirmé dans son titre, par ordonnance royale du If Juillet itir.
(S) En souvenu*, dit-on. de Dominique Colomb, père de l'amiral, et mort depuis l'année HU.
mtngo, qui bientôt devait donner son nom 4111e entière. A la suite d'un terrible ouragan , cette première construction fut sans doute renversée; mais lorsqu'à* 1602 Nicolas Ovando la rebâtit, sur un autre point, on s'aperçut de la sagacité déployée par l'adelantado dans le choix de son emplacement. Après ces travaux importants, Barthélémy se rendit dans la plaine fertile de Jaragua, et soumit pacifiquement à la coaronne les riches territoires gouvernés par Bohequio et par cette reine Anacaona qui se montra si supérieure à la plupart des chefs de la contrée. De Jaragua l'adelantado se rendit aux mines de Cibao, à la Vega Real , puis à l'Isabelle , et là il vit avec douleur que les maladies lui avalent enlevé déjà trois cents hommes ; il eut bientôt à combattre un plus terrible fléau. Pour chasser les étrangers, que leurs armes ne pouvaient vaincre, les Indiens avaient pris la résolution de ne plus ensemencer leurs terres, et de chasser par la famine ceux que leurs armes ne pouvaient atteindre. En butte à la cruelle famine qui se manifesta bientôt, il y pourvut; puis, lorsque les Indiens, toujours plus irrités, se réunirent sur les domaines de Guarionex, avec l'espérance, que l'élite de leurs guerriers pouvait enfin anéantir les chrétiens, ceux-ci ne durent encore leur salut qu'à l'intrépide activité de l'adelantado. Averti de cette nouvelle insurrection , Barthélémy quitta en toute hâte la forteresse de Santo- Domingo, gagna la Conception, et défit, avec une poignée d'hommes, plus de 15,000 Igneris. Sa réputation s'accrut dès lors de toute la terreur qu'il inspirait aux indigènes; mais s'il n'eut plus à redouter les quatorze caciques, dont la soumission était complète, 0 eut parmi les Européens ui» implacable antagoniste dans l'alcade mayor Roldan , et ce soldat turbulent attenta même à sa vie. La loyauté de l'aicaïde Bellester la lui sauva ; mais de nouveaux troubles intérieurs exigèrent de nouvelles preuves d'énergie jusqu'à ce que l'arrivée de Hernandex Coronel, qui débarqua à Hispaniola, le 3 février 1498, en lui apportant la confirmation de son titre d'adelantado, l'eut mis dans une position moins critique. Assuré désormais de l'autorité, il put lutter contre Roldan et ses partisans obstinés. Ce chef rebelle , tout en protestant de sa soumission au pouvoir, refusa d'obéir à l'adelantado, et se retira dans la plaine de Jaragua , où il prétendit se constituer le défenseur des Indiens. Cette résistance et le motif qu'on lui donnait compliquèrent singulièrement la situation de Barthélémy , et le contraignirent à des actes de cruauté qui ternissent certainement sa gloire , mais qui , s'ils ne peuvent être excuses , s'expliquent par l'esprit dont étaient animés tous les conquistadores. Hâtons-nous de le dire, une conduite empreinte du plus noble désintéressement , un sentiment de haute équité , des vertus presque antiques, peuvent être opposés en cette circonstance aux résolutions barbares qu'imposa
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k ftMtiirmc. En 1496, et lorsque le» secours qui lui étaient apportée tari permirent d'acooaspur cet acte eneigoua, il alla dans les montagnes dn Cigaay combattre les tribus les plus valeureuses de 111e; il poursuivit jusque dans oes gorges sauvages Guarfonex, devenu l'ennemi des Espagnols, d'ami fidèle qu'il était Reçu avec courage parMayonanex, le cacique de ees montagnes, Q ne tarda pas, grâce à nue conduite pleine de prudence et de magnanimité, à se trouver maître de cette région reculée et à se voir l'arbitre des chefs indiens, qu'il retint prisonniers, mais auxquels il accorda la vie. C'est la conduite qu'il tint durant cette mémorable campagne qui a inspiré à Washington-Irving une adnûrabon dont il se montre rarement prodigue : < Telle fut radministration prudente et active de l'adetontado, an milieu de tant de dangers et de tant de malheurs. On y trouve la preuve des grandes qualités et de l'énergie physique et morale de cet homme, qui s'était pour ainsi dire instruit et formé lui-même. Il réunissait au pins hant degré les talents dn marin, dn soldat et dn législateur. *
Christophe Colomb dit dans son testament one ses meilleurs amis furent toujours ses frères ; ces paroles touchantes trouvent ici leur application. En effet, lorsque la capitulation de 1499 eut restitué à Roldan ses privilèges et son titre d'alcade mayor, Barthélémy fit taire le souveoirde ses injures personnelles, et associa même ses efforts à ceux de son ancien ennemi, pour pacifier la contrée et donner des preuves nouvelles de dévouement au grand homme dont rantorité était méconnue. En Tannée 1500, il fit plus encore; il partagea la captivité de son frère, lorsqu'il eût pu échapper aux ordres injustes de Bohadilla. Ce fut dans la forteresse même qu'A avait fait construire, dans le lien témoin de ses succès, qu'il alla recevoir des chaînes et qu'à se soumit aux chances d'un jugement que devaient faire redouter et la maladie croissante de' la reine et la haine de l'évèque Fonseca; Sot une simple lettre de l'amiral, l'adeiantado, qui commandait des forces considérables dans les plaines de Jaragua, se soumit, et il fut embarqué sur la caravelle qui renfermait ses deux frères, sans avoir la consolation de partager d'abord le même cachot Nous ignorons si Aloaio de VOlejo Un offrit, comme il l'offrit à l'amiral, de le débarrasser de ses fers. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'ils tombèrent par ordre d'Isabelle | aussitôt que la caravelle renfermant les nobles prisonniers eut débarqué en Espagne. Comme ce frère bien aimé, dont il avait toujours partagé la fortune, Barthélémy pouvait dire : « les calomnies d'hommes méprisables m'ont uni plus que tons mes services ne m'ont profité; » mais il est incertain qne la réparation ait été pour lui ce qu'elle rot, avec de funestes resuicuoas, pour l'amiral. L'énergie un peu sauvage de son caractère effrayait probablement Isabelle.
Les actes de rigueur qu'il avait été contraint d'employer pour réprimer les prétentions de ses fongueux adversaires ne pouvaient lui être pardonnes sans doute par les Espagnols; son titre d'adotentsdo ne lui fut pas néanmoins contesté, et ce Ait en cette qualité qu'il amwapagna Colomb lors de son quatrième voyage. Une partit, en 1404, qu'aveo uno aorte de répugnance; il ressentait profondément les dégoûts dont on avait payé ces anoient services.
Il n'en remplit pas moins admirahlcjneut son devoir, et durant les quatre-vingt-biiH jours qui s'écoulèrent jusqu'au débarquement de la flottille a la Voragua, il donna les preuves les plus manifestes de sa rare habileté comme marin. Durant toutes les découvertes qui s'accomplirent alors , D. Barthélémy fut toujours celui qui débarqua le long de la cote pour prendre possession de oes régions lointaines au nom de l'Espagne. Laissé par son frère à la terre ferme, il y fonda, selon Herrera, le premier établissement qui ait été édifié dans cette partie du Nouveau Monde. Durant les collisions qui eurent lieu alors , il marcha résolument contre les Indiens, et fut blessé par une javeline qui l'atteignit è la poitrine; et dans cette occasion, où il montra un courage intrépide» plusieurs Espagnols succombèrent A rHe de la Jamaïque, lorsque la goutte retenait Christophe Colomb sur un lit de douleur, tout le poids des affaires retomba sur l'adelantado, et durant le soulèvement des frères Porras , qui méconnaissaient l'autorité de l'amiral , il fut contraint, pour sauver l'expédition, de combattre les Eapagnois eux-mêmes; grâce à lui, les révoltée se virant dans l'obligation de se soumettre, et le premier sang versé par les Espagnols qui combattaient contre leurs frères fut au moins effacé par le repentir. Aussitôt après l'expédition, Barthélémy revint en Catulle; mais il n'y fit pas un long séjour, et passa presque aussitôt en Italie. En 1605» un an avant la mort de son frère , il était à Borne, et il s'y occupait même d'un travail littéraire; car on Ut sur un exemplaire del Mondo Piovô possédé par la bibliothèque Magliabecchi, qu'il composait è la date signalée plus haut une relation dn premier voyage de Christophe Colomb, en la faisant suivre d'une carte, ou il avaitsignalé les premières découvertes. Ce travail précieux, dont on n'a pu découvrir la trace, fut offert par lui à un chanoine de Saint- Jean de Latran , lequel s'en défit à Venise, en faveur d'Alexandre Zoszi, son ami (1).
Le séjour de Barthélémy à Rome ne fut que très-limité, car dans la même année nous le voyons de retour en Espagne, et il est à Laredo,
(1) Le compilateur de l'ouvrage cité pion haut affirme qa'on lisait dan» le livre mentionné : Tina infirmazione Ai Bartetovm CùUmbo dellê navigation di Pontnte e Garbin nsl Mante Nuovo, dan* laquelle, entre autres Chose» curieuse», était mentionnée une oerte importante, qui terrait a Cbritlopbe Colomb, et qui, bien qac perdue jusqu'à ce Jour, pourra être retrouvée dam quelque bibliothèque d'Italie.
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où Ferdinand avait établi momentanément son séjour ; il y présente même à ee souverain une lettre de son frère, qui était tombé dangereusement malade à Se ville, et qui mourut Tannée suivante, à Valladolid. On ignore si l'adelantado revit Colomb dans les derniers moments de sa vie; mais il est certain que celui-ci le nomma l'un de ses exécuteurs testamentaires , et qu'il lui légua , en souvenir de l'aide puissante qu'il en avait reçue, une sente annuelle de 150,000 maravédis ; déjà il lui avait concédé en toute propriété l'Ile de la Mona. D. Barthélémy s'embarqua de nouveau pour Saint-Domingue, le 9 juin 1509. Il accompagnait alors son neveu D. Diego , toujours revêtu de son titre d'addautado; il se trouva de nouveau en présence des ennemis de son frère et an milieu d'hommes avides, qu'il avait jadis froissés. Redouté de Ferdinand, qui craignait l'énergie de son caractère, mais qui appréciait toute sa valeur, il ne fut pas employé aux conquêtes de la terre ferme, et retourna en Espagne. H est probable qu'il y servit les intérêts de son neveu, dont on attaquait l'administration. Il ne tarda pas à retourner auprès de lui ; il se trouvait alors mis définitivement en possession de l'Ile de la Mona , qui a environ six lieues de tour et n'est qu'à huit lieues de Saût-Domingue. La cour d'Espagne lui avait en outre concédé le droit de réduire en encomenda deux cents Indiens pour les nécessités de son service personnel. Lorsque D. Diego s'embarqua pour l'Espagne, en 1515 , afin de répondra personnellement aux accusations portées contre lui , il y avait fort peu de temps que l'adelantado avait cessé de vivre. C'est le seul renseignement positif qui nous ait été transmis sur la mort de cet homme éminent. D. Barthélémy Colomb mourut sans postérité (1).
Las Casas, qui avait connu personnellement l'adelantado, s'exprime ainsi sur son compte : « C'était un homme très-prudent et très-courageux, fort circonspect, rusé même à ce qu'il semblait , et de moins de simplicité que Christophe Colomb. Instruit dans les langues anciennes, et fort entendu en tout ce qui regarde les hommes de savoir, il avait à un point suprême l'expérience des choses de la mer, et ne se montrait guère moins docte en cosmographie que son frère, ayant d'ailleurs comme lui l'habitude des détails de cette science, au point de peindre des cartes marines, de dresser des sphères et de fabriquer les autres instruments nsités en cet art; peut*être même le surpassait-il en quelquesunes des choses désignées ici , bien qull les eôt apprises de lui. Il était plutôt grand que de taille moyenne ; il portait en toute sa personne l'aspect
(1) C'est à tort que Washtngton-lrvlng dit que Barthélémy Colomb mourut aprè» le t avril 181* ; ta eédule qui concède à sou neveu le litre d'adelantado est dn 16 Janvier 1515; le frère de l'amiral avait fait son testament dès le 16 avril iSM. Il est conservé dans les archives du duc de Veragua.
d'un homme d'honneur et d'autorité, non pas toutefois autant que l'amiral. »
Ferdmand Dens.
D. Euitaqnio Fernandez de Navarrete, Coleccion de documentât ineditos, t. XVI. — D. Martln-Fernandes Navarrete, Coteccion de vUtges. — Herrera, Décoda» de Indias. — F.-Bartti. de las Casas, ffistoria inedita. Ht. 1«, ebap. M. — G .-Féru, de Ovtedo. Bistoria, etc. édtt. de M. de Los Hlos. - Wasblngton-Irvtng. Histoire de Christophe Colomb. - Ferdinand Colomb, Kie de Vomirai.
* golomb (D. Diego ou Giacomo), deuxième frère de Colomb, né au quinzième siècle, mort dans la première moitié du seizième. Il embrassa l'état ecclésiastique. Ce ne fut que deux ans avant la mort de l'amiral qu'il se décida à changer sa nationalité; mais il seconda l'amiral de tous ses efforts durant les luttes que celui-ci eut à soutenir contre Bobadflla ; et en l'année 1500 il gouverna momentanément à Santo-Domingo, où il donna la preuve qu'il était digne par sa noble conduite d'appartenir au grand homme qui lui avait confié le sort de la colonie. A la suite de ces événements déplorables, il partagea la fortune de ses deux frères, et fut renvoyé, comme eux, en Espagne chargé de fers. Isabelle voulut sans doute le récompenser de ses services et le dédommager des rigueurs qu'il avait subies, car nous voyons, par une eédule en date du 8 février 1504, qu'il lui est accordé des lettres de naturalisation, afin qu'il puisse jouir librement des bénéfices ecclésiastiques que la couronne loi a concédés.
Sang lui être moins attaché qu'à l'adelantado, car il les confond tous les deux dans les mêmes expressions de tendresse, Christophe Colomb ne supposait pas que Diego eût les mêmes besoins de fortune ; il ne lui légua en conséquence que 100,000 maravédis de rente, en donnant pour motif que son second frère appartenait à l'Église.
En /509 Diego Colomb partit de nouveau pour le Nouveau Monde, avec son frère et son neveu; nous ignorons s'il revint en Europe; il est probable qu'il termina sa carrière à Saint- Domingue. Fermhàhd Denis.
Salva 7 Baranda, Coleccion de documento* ineditos, art. de M. Bustaqulo Fernandei Navarrete, t. XVf. — Navarrete , Coleccion de viages, etc. — Wasblngtou-lrwtag, Histoire de Christophe Colomb.
golomb ( Diego), second amiral des Indes , né vers 1474, mort en 1526. Ce fils aîné dn grand navigateur naquit à Porto-Santo, de dona Felippa Moniz de Perestreilo ; on n'a point de détails sur son enfance, mais on sait qu'il vint dès 1484 à Lisbonne avec son père, lorsque celui-ci alla proposer à Jean n la continuation des grandes découvertes qu'il entreprenait et auxquelles il «eût donné uue magnifique issue. Il était avec Colomb lorsque celui-ci quitta secrètement le Portugal pour se rendre en Espagne, et peut-être l'accompagna-t-il à Gênes en 1485. Un examen attentif des lettres de Colomb prouve à quel degré Diego lui fut toujours cher ; lorsqu'il revint en Espagne, il l'emmena avec loi, bien qu'il
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fût encore en bas Age. Ce fut ce pauvre enfuit que le digne Juan Ferez accueillit avec tant de bienveillance dans son couvent de la Rabida : il y était installé des l'année 1486, et l'excellent prieur parait avoir été pour lui un instituteur plein d'affection. Tandis que le grand homme, méconnu, renouvelait ses efforts pour accomplir sa nnssiofi, son fils, recueilli dans le couvent des Franciscains, recevait une première éducation , qui fut continuée plus tard à la ville voisine. Lorsque les propositions de Colomb furent acceptées, Diego fat nommé page du prince D. Juan, le 8 mai 1492, et le 18 février 1498 il passa sous le même titre avec son frère dans la maison de la reine, qui se trouvait alors à Alcala de Hénarès. Comme le prince royal, dont il partageait les études, il avait eu jusque alors pour professeur le célèbre Pierre Martir d'Anghiera. Aussi quelques historiens vantent-ils son instruction distinguée. Dès le 23 avril 1497, D. Diego avait été désigné par son père comme héritier du majorât que la couronne venait de fonder en sa faveur. En 1503 il est nommé habitué du palais (contino), aux émoluments de 50,000 maravédis , qui lui constituaient un revenu annuel. Si Diego Colomb s'aida que fort rarement son père dans ses vastes travaux, il suffit de lire la correspondance publiée dans les Mémoires de Navarrete, pour voir combien il lui fut utile par ses rapports avec la famille royale ; en maintes occasions, c'est hi dont il fait choix pour accomplir une mission délicate, et presque toujours des expressions de tendresse, dont la sincérité ne peut être douteuse, récompensent ce fils du xèle qu'il a montré. Colomb aime à répéter à Diego qu'il l'aime plus que lui-même, et que c'est surtout pour lui qu'D renouvelle tant d'efforts. Par le testament qu'il fit à Valladohd, en date du 19 mai 1506, le fils amé de l'amiral est déclaré héritier universel de ses biens et de ses privilèges, à la charge de payer plusieurs legs. U s'en faut bien, en réalité, que Diego prenne immédiatement possession de la situation avantageuse qui lui a été léguée : s'il a été reconnu immédiatement second amiral delà mer Océane, il ne peut percevoir les revenus anxquels il a droit. Le 2 juin 1506 Ferdinand ordonne à Ovando de payer à D. Diego les sommes en or qui lui reviennent par suite de la mort de son père; mais la notification reste inexécutée. Le roi estàNaplet,et se contente d'exprimer ses regrets de ce que le nouvel amiral a droit d'élever des plaintes. En 1507 le fils de Colomb peut renouveler personnellement ses réclamations, car il est choisi par la reine Jeanne pour aller recevoir son père revenant en Espagne. Ce n'est toutefois que le 29 octobre 1509 que le gouvernement des Indes est définitivement remis à D. Diego (1) , et encore supprime-t-on pour lui le titre de vice-roi.
(i} A la laite d*an procès Intenté au fisc, comme le fett observer Wastriagtoo-Irvlng. La décision Indépendante desjoges Jet honore Infiniment
Diego s'était marié depuis peu avec dona Maria de Totodo, fille de D. Fernando de ToJedo, grand commandeur de Léon, et nièce du duc d'Aine. Cette alliance avec une des premières ramilles de l'Espagne fit évanouir bien des difficultés. Grâce à son crédit, le nouvel amiral fut mis enfin en possession des avantages immenses dont Nicolas de Ovando jouissait à son détriment depuis tant d'années. Le 9 juin 1509, Diego Colomb, dont les droits venaient d'être reconnus solennellentent,s'embarqua enfin pour le Nouveau Monde. Il emmenait avec lui sa femme, ses deux oncles et son jeune frère, D. Fernand, qui touchait à l'âge viril; il avait avec lui une suite brillante ; et bien que la cour lui eût rerusé officiellement les privilèges de vice-roi, la courtoisie castillane lui accordait un titre qull avait ambitionné surtout par ce qu'il rehaussait les services de son père. Les mêmes honneurs étaient rendus avec empressement à sa jeune épouse ; car tous les historiens s'accordent à reconnaître en dona Maria une femme de l'esprit le plus élevé et du plus noble caractère. La présence de la vice-reine k Santo-Domingo exerça, comme cela devait être, une heureuse influence sur une société turbulente et qui jusque alors s'était refusée aux améliorations qu'on prétendait lui imposer. Le roi se montra jaloux du changement qui tout k coup s'était opéré dans la population d'Hispaniola; il restreignit les droits de D. Diego sur ses sujets d'outre mer, et il prêta même l'oreille aux suggestions perfides qui, après avoir abreuvé de dégoûts les derniers jours du père, se renouvelaient pour perdre le fils. Le trésorier Passamonte accusa D. Diego d'avoir donné à sa charge de gouverneur une extension excédant les pouvoirs accordés par la loi. Ces représentations, portées solennellement à la cour, prirent un caractère d'hostilité. En 1513 l'amiral reçut une lettre du conseil des Indes, tellement sévère qull résolut d'aller se défendre lui-même. Dona Maria resta à Saint-Domingue avec sa famille; quant à D. Diego, fl partit pour l'Europe te 15 avril 1515, et une fois débarqué en Espagne, il se rendit immédiatement à Vittoria, où était la cour. Il y exposa loyalement sa position et sa conduite. Il obtint la nomination d'une commission que devait présider l'équitable Loaysa. Mais, ballotté comme l'avait été son père, persécuté par la calomnie, suivant vainement la cour de Vittoria à Burgos et de Burgos à Valladolid ou à Tolède, plus de dix années se passèrent en démarches infructueuses. Vers la fin de 1525, U voulut malgré l'hiver se rendre à Séville. Il se sentait déjà malade ; vainement on le dissuada d'entreprendre un pareil voyage : le 21 février 1526, après s'être confessé , il monta en litière; mais parvenu à Montalvan, son mal s'accrut, et le 23 février il expira, n'ayant pas tout à fait accompli sa cinquantième année.
Diego Colomb, considéré par ses contemporains comme un homme distingué, fut contraint d'em-
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ployer à des lottes parfaitement inutiles pour îe bien pabfic une persévérance et une loyauté que son père avait su apprécier. De dona Maria de Toledo, restée à Hispamola, il laissa cinq enfents (1) , deux fils et trois filles : ee Ait l'atné, D. Luiz , auquel une ordonnance, en date du 19 janvier 1637, concéda le titre de duc delà Veragua, marquis de la Jamaïque, avec un majorât de vingt-cinq lieues carrées à prendre sur la terre ferme.
M. de Huinboldt a dit : « Avec le quatrième amiral, D. Diego Colon , second duc de Vers* gua, finit, en 1578, toute la lignée mâle et légitime du gi and Colomb, qui découvrit le Nouveau-Monde». Ferdwajto Diras.
Mémorial historiée y genealoçieo de las Cotai de Christoval Colon, marques de Leçanes y duque de Médina de lot Torres, marques de Canete, etc., etc.; sans dite, in-fol. (Wb. lrop. de P. ). — Fernande* de Navarrete, Colleeeion de viager etc. — flaira j Baranda, Coleccionde doeumentos inedUos, etc., t XVI. - Gooxalo Fernande» OMedo y Valdes, Historla gênerai y natural de las Indias, islas, y Herra firme, etc.,- publlea la Acad. real de la historia, lest, la foL - Washington ; Irving, Hist. de la vie et det voyages 4a Christophe*
coiomb, uiy.
colomb (Ferdinand), historien et géographe espagnol, né le 15 août 1488, mort le 8 juillet 1539 (2). Ce fils de l'immortel navigateur reçut à sa naissance le nom tout espagnol de Fernando Colon, bien qu'on ait contesté fortement la légitimité de sa naissance. Sa mère appartenait à la noblesse de l'Andalousie, et se nommait dona Beatriz Enriques, et elle demeurait habituellement à Cordoue. Christophe Colomb parait l'avoir tendrement aimée, et il la recommande avec une sollicitude particulière à son fils D. Diego, dans le testament par lequel il pourvoit également au sort de son second fils (3).
Il suffit de lire avec quelque attention les lettres du grand homme pour y trouver la preuve de la vive tendresse qu'il portait à cet enfant. S'il ne légitima pas son union avec dona Beatriz, chose encore incertaine , dit-on, son amour paternel mit D. Fernando absolument sur la même ligne que le fils aine , auquel il lègue sa fortune et ses honneurs. Par son testament en effet il appelle D. Fernando à jouir du titre d'amiral, en cas de décès de D. Diego; et son propre frère D. Barthélémy ne vient qu'en troisième ligne.
Colomb ne néglige pas non plus les occasions,
(l) I.c second flia de Colomb s'appelait, comnio ton grand-père, D. Chrlstoval. L'aîné© des filles, doba Maria, épousa par la faite D. Saacbo de Cordova ; la seconde, D. Juana, fat mariée à D. Lola de Cuva ; dona Isabelle fut unie à D. George de Portugal, comte de Gelves, D. Lulz avait eu un fils naturel, qui s'appelait D. Chrlstoval.
(1) On l'a 'tait naîtra le tt septembre Ht*, puis le •? août 1487, et mourir le it Juillet 1589. Nous rectifions ici les dates d'après les documents de M. Eustaqulo-Fernaodei de Navarrete.
(s) Quelqoea lignes très-sIgniflcaUves extraites du testament font senUr qu'un douloureux mystère plane sur eette union, et que pour mourir en paix Colomb a besoin de sentir D. BeatrU dans «me position Indépendante.
tontes naturelles, qu'il a de faire rassortir les bonnee qualités de son jeune fils. « C'est on enfantd'nn eicellentnainrel, dit-il ; il adu savoir, et fil en acquiert. » De bonne heure en effet, et sous la direction de son père, Fernando Coton s'était voué à l'étude des auteurs anciens. Isabelle de Castille l'admit au nombre de ses pages en 1408, dès l'année où son frère atné arriva à la cour avec le même titre* 11 nous parait incertain s'il a pu jouir des avantages attachés à cet emploi, puisqu'il n'avait alors que dix ans. Il ne fit probablement qu'en percevoir le revenu, fixé à 9,400 maravédis. Quatre ans plus tard il accompagnait son père sur les rives désertes dn Nouveau Monde, et il donnait des preuves de la rare énergie de son caractère. En 1506 il se rend à 6évilto ; il va étudier la cour, tous la protection de son frère D. Diego, auquel son père le recommande, et qui plus tard, en 1509, remmènera avec lui à Ifispaniola, lorsqu'il ira exercer dans les vastes régions découvertes par son pare la eharge d'amiral.
Les goûts studieux de D. Fernando, son amour exclusif pour les livres devaient l'empêcher de se fixer longtemps dans ces régions sauvages. Revenu en Europe, il alla visiter sa temille italienne à Cnguro, en 1512, et il trouva encore dans ce village des parents deson père. Pins tard Il accompagna Charles-Quint, et parcourut à sa suite l'Italie, la Flandre et l'Allemagne. D'autres voyages succédèrent à ces premiers voyages. Il visita non-seulement certaines parties de l'Afrique, mais il alla jusqu'en Asie, recueillant partent quelques docunients sdentmques, et rassemblant surtout des livres (1). Digne fils de Colomb, explorateur à sa inanièredes régions inconnues du monde intellectuel, il ne se reposa que lorsqu'il eut parcouru,* peu près du moins, toutes les villes où il pouvait satisfaire cette ardente et noble passion. Lorsqu'il alla se fixer enfin à Séville, lien où se passèrent ses dernières années, il avait déjà rassemblé une bibhotnèqee de 20,ooo volumes, nombre immense si on le compare avec celui des autres bibliothèques en renom durant la première moitié du seizième siècle, n ne se borna pas au titre de collecteur de livres; par un enseignement régulier, il voulut faire progresser la science pour laquelle son père avait tait plus qu'aucun homme. Ce fut dans ce but, et avecl'autorisstionde Charles-Quint, qu'il établit une école pour l'étude des sciences mathématiques à la porte de Goles, dans le lieu même où se trouve situé aujourd'hui le collège S.-Laureano (2). Pendant qu'il faisait élever un édifice dignede remplir le but qu'il se proposait, et
(1) Noos suivons tel l'opinion de D, Martin Fernande* de Navarrete. D. Eostaqufo suppose que Ferdinand Colomb fit encore un voyage dans le Nouveau Monde, entre lMt et 1810.
(l) On Usait au-dessus de la porte d'entrée une lnsrrtp tlon dont nous reproduirons lel tes abréviations : D. Frndo Colon hijo de D, X. P. evJ Colon, !• Mette que deseubrio las Indias, Jundo esta casa «fto atome.
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que par ses ordres od plantait sur les bords du fleuve un père verdoyant, où déjà, plus de cinq mille arbres rappelaient, selon le style de la renaissance, les jardina consacrés jadis à la science, la science l'absorbait tout entier. Averti des accidents déplorables 91e multipliaient les erreurs des cartes marines, Charles-Quint le chargea de rassembler les plus habiles cosmographes et les moDeurs pilotes pour remédier à tant d'imperfections et pour tracer enfin une mappemonde qui pot être conservée dans Sévtlle même et qui dirigeât désormais les pilotes. Des conférences eurent Heu à ce sujet, et dès 1510 la volonté prévoyante de Charles-Quint était exécutée. Lorsque des discussions s'élevèrent entre l'Espagne et le Portugal sur les droits de chacune de ces couronnes à la possession des Moluqnes , ce fut eneere lui qui, en l'année 1694, fut chargé d'examiner les ponts en IHJge ; et, craignant de commettre une erreur en décidant pour l'Espagne, Il s'écWra des lumières d'Acufia, de Manuel et de Barrieutos , qui le confirmèrent dans son opinion. L'Illustre Sébastien Cabot, lorsqu'il explorait le Mo de la Plate, écrivait au roi en insistant poarque certains points relatifs aux ordonnances de pilotage ne pussent pas recevoir leur exécution sansTassenthnent de Fernand Colomb et après que tes faits auraient été discutés en sa présence. Ce rat en espagnol que Fernand Colomb écrivit la Viede son père ; mais le manuscrit original de cette biographie, si souvent citée, a complètement disparu. On ne possède que la traduction Malienne qu'en a donnée Alonso de Ulloa , l'iécriftin qui traduisit aussi les deux premières décades de Barros. Ella porte au titre : Ferdinand Colombo, Historié del Almirante Christophoro Colombo, ttio padre, novamente dt lingua spagnuola traduite nelF italiana dal S. Afonso Ulloa; Venezla, 1571, ln-12 ; réimprimée en 1614. Elle a servi àC. Cotolendi, en 1681, pour donner sa traduction française, qui parut également in- lî(l). C'est également d'après cette Tersion que fut faite la traduction espagnole, si imparfaite, que Barda a publiée dans sa grande collection des écrivains primitifs des Indes.
Précieuse à plusd'un titre, cette biographie est malheureusement trop concise pour ne pas laisser beaucoup à désirer ; et elle a même jeté les critiques dans d'Interminables discussions sur plusieurs points capitaux. Mais malgré la vénération qu'il porte au souvenir de son père, Ferdinand Colomb n'avait point sans doute la prévision du rang qu'il devait occuper dans la postérité, et fi a négligé de nous transmettre plusieurs
(l) Sdon Barda, l'amiral D. Lnli Colon «Tait donné ravinai delà Via de Colomb, à S. Ballaao de Fornarl. lequel, maigre son Age avancé ( U avait aolia*ts-4li ans ), commença l'Impression du livre à Venise, eo espagnol, « ItaJteBet an Min. Il laisaa ce travail à J -B. Mariai, de VU l'a repris Jean MoJero, auquel oa doit la première cfllttoa lUttenoe da 1571. On Ignora complètement pourvoi le texte espagnol fat abandonné, et l'on u'a jamais «eeqnlltstdevcnn.
détails importants, dont il eût pu s'enquérir avec (acuité. Les discussions géographiques lui étaient d'ailleurs familières, et on en a la preuve dans un travail publié dans le t. 4 de la Collection de Navarrete ; il est intitulé : Mémorial de , D. ffêrnando Colon a los deputados lelrados j en la Junta de Badajoz para que declaren lo relativo al dereeno de S. M. al domlnio y pertenenciadel Maluco.
Ferdinand Colomb avait écrit deux autres ouvrages, qui n'ont jamais été imprimés : le premier avait pour titre : Tratado sobre la forma de descubrir y poblar en las Indias ; le second : Colon de Concordia. Dans cet ouvrage, divisé en trois livres, il tentait de prouver que la circumnavigation du monde pouvait s'opérer d'Orient en Occident, que la parole évangélique devait civiliser le globe, et enfin que l'empire universel était réservé à l'Espagne. Atteint, au sein de sa magnifique résidence, par la maladie incurable qui devait l'enlever, Ferdinand Colomb fit un long testament, qui témoigne de ses goûts littéraires, et qui est en même temps un curieux monument de l'extrême délicatesse de sa conscience. Ce Tut le fils aîné de son neveu, D. Luiz Colon, troisième amiral de la famille, qu'il institua pour héritier (1). Il voulut être enterré dans la cathédrale de Sévllle, derrière le chœur; mais ce lieu ne rot désigné par lui que dans le cas où sa tombe ne pourrait trouver une place au monastère de las Cuevas, à coté de celles de son père et de son frère. Ce fut dans la cathédrale qu'on plaça son monument funéraire ; il consiste en une superbe dalle de marbre blanc de deux varaa un quart de long, sur une largeur proportionnée; le testateur eut soin de faire remarquer dans ses dernières volontés qu'il ne disposait pas les choses ainsi par vanité on par pure ostentation, mais parce que sa taille et son obésité exigeaient de telles proportions, n fit graver sur cette pierre tombale les armes octroyées à son père, en y ajoutant quatre livres ouverts , un à chaque extrémité.
La première épitaphe que l'on y inscrivit était en espagnol , et beaucoup plus simple que la pompeuse inscription rapportée par Zuniga dans ses Annales de Sévllle. Cette sépulture s'est conservée intacte; c'est la seule que les dernières révolutions aient épargnée.
Ferpwawd Denis.
0. Bostaqulo-Fernandez de Navarrete, Colecciondê docvmentot ineditos, t XVI.— D Martin-Fernande* Navarrete, DittrtmeUm aoèra te kistoria de te Nautéca y <U tet cieneUi wimUtmaticas ; Madrid, jaw, ta4«. - Herrerajtff* toria ê* la* India*. —Washington lrvtng, Histoire éê CkrUtopkë&tomb. - Pons, fiajet d* Bspate.
colomb (Jean), savant théologien de Tordre des Bénédictins, né à Limoges, le 12 novembre 1688, mort vers 1773. Il entra dans les ordres en 1707, et, devenu, collaborateur de D. Rivet,
(1) Cette pièce prtttleose a été publiée in*xtan$o par I). Eustaqulu-Fernandez Navarrete.