COMMODE
Augustu* , Berculeus , Romanus , Exsuperaiorius. Non content d'imposer ses surnoms aux mois, Commode Toolut que le siècle qni avait le bonheur de le posséder prît le nom de seculum aureum Commodianum, que la nation s'appelât Commodiana, le sénat Commodianus 9 les soldats Commodéani ; fl ordonna, enfin, que la ville éternelle changeât son nom en celui de Colonia Commodiana. Bientôt l'orgueil de ce féroce insensé ne se contenta plus des honneurs humains. Déjà longtemps avant lui les Grecs avaient comparé à des dieux leurs chefs nationaux et étrangers; les Roinains avaient donné à certaines médailles de leurs empereurs des attributs qui semblaient appartenir à la Divinité. Cependant aucune inscription n'avait encore donné oovertement le titre de dieu à un empereur vivant; on ne divinisait les princes romains qu'après leur mort Commode, pressé de jouir de sa rature divinité, ne tint pas compte de cette sage restriction. Trouvant que ses exploits contre les bêles du cirque lui donnaient beaucoup de ressemblance avec le héros de lïrynthe, il se fit adorer sous le nom d'Hercule. A partir de l'an 191, nous avons un grand nombre de pièces où il est représenté en costume d'Hercule, avec cette légende Hercules Commodianus ou Hercules Romanus. Ses statues aussi, comme nous l'apprenons des historiens contemporains, lurent revêtues du costume consacré; et on leur offrait publiquement des sacrifices comme à celles des dieux. Chaque fois qu'il sortait, il taisait porter devant lui une peau de lion et les antres insignes du fils d'Alcmène. Pour imiter tes exploits de son divin modèle, qui extérminaitles monstres, il fit rassembler tousceux qui, par maladie ou par quelque autre accident, avaient perdu l'usage des pieds, leur fit lier les genoux avec des cordes en forme de serpents, et mettre entre les mains des éponges, afin qu'Us se les jetassent les uns aux autres en guise de pierres, et finit par les assommer avec une massue.
De teus les titres que Commode se prodiguait à lui-même, le moins immérité fut peut-être celui de pacificateur de V univers. Les Biarcomans vaincus par Marc-Aurèle obtinrent un traité de paix : ils devaient donner des otages, rendre les prisonniers, payer tous les ans un tribut en blé et fournir un certain nombre de troupes auxiliaires. L'empereur leur défendit de s'assembler, si ce n'est une fois par mois, en un lieu désigné , et sons la surveillance d'un centurion romain. U ajouta à cette défense celle de combattre les Jazygeset les Vandales. A ces conditions, l'armée romaine abandonna les forts construits au delà du Danube. C'était renoncer à une conquête incertaine, et peut-être plus embarrassante que profitable. Des négociations furent aussi nouées avec les Bures, qui habitaient vers les sources de l'Oder et de la Vistule. Elles aboutirent à un traité semblable. Seulement, Commode exigea que ces tribus laissassent entre leur territoire et l'extrême limite houv. biocr. Gétnta. — . t. xi.
de la Dacie un espace désert de quarante stades, sans habitation et sans culture. Enfin, douze mille Daces, chassés par Trajan, reçurent des terres romaines dans leur ancien pays, et furent organises pour la défense de l'empire.
Ces traités, conclus dans les premiers temps du règne de Commode, donnèrent aux Roinains plusieurs années de paix. Pendant treize ans il n'y eut qu'une seule guerre dans la Grande- Bretagne. Les Bretons franchirent le mur d'Adrien, et ravagèrent toute la province romaine; ils taillèrent en pièces une armée impériale. Mais un soldat formé à l'école de Marc-Aurèle, Ulpns Marcellus, envoyé de Rome pour arrêter les barbares, les rejeta, en 184, dans leurs retraites. Les barbares tentèrent aussi quelques incursions sur la frontière de la Dacie; mais ils furent repoussés par Clodius Albinus et par Vescennius Niger, le même qni, après la mort de Pertinax, disputa le trône à Septime Sévère. H est curieux devoir latranquillité de l'empire, perpétuellement troublée sons Marc-Aurèle, presque toujours maintenue sous Commode, do moins aux frontières et faisant contraste avec les violences de l'empereur à Rome et les intrigues sanglantes de la cour.
Jusqu'à la fin de son règne, Commode ne cessa • point de braver les dieux et les hommes par ses emportements monstrueux ; le sénat ne se lassa point d'égaler les adulations aux crimes et aux opprobres. Il faut lire ces détails dans Lampride, compilateur d'anecdotes non moins diligent que Suétone : ils sont curieux pour l'histoire du peuple romain. Nous autres modernes, nous ne pouvons pas concevoir jusqu'où les mœurs publiques en ce temps-là permettaient à un empereur de pousser la démence. Enfin , la fantaisie lui vint d'inaugurer le premier jour de l'année 193 en habit de consul et de gladiateur à la fois, et de tuer les consuls désignés pour se faire place. H confia son projet à Marcia, l'amazone, sa favorite, qui tâcha de l'en dissuader, et dont les prières furent appuyées par les représentations du chambellan Eclectus et de Laetns , préfet du prétoire; ils ne réussirent qu'à exciter sa colère. Il écrivit pour le lendemain une liste de proscription, et il s'endormit. En tête de la liste étaient les noms d'Eclectus , !de Laetus et de Marcia. Ces tablettes tombèrent, entre les mains d'un enfant, un de ces misérables prostitués en bas âge que les Romains opulents entretenaient dans leurs maisons. Marcia rencontre cet enfant, qui courait et jouait dans les appartements : elle lui prend les tablettes, et va les lire à Eclectus et à Lœtus. Ils empoisonnèrent Commode avec un breuvage que Marcia lui offrit, lorsque, après son sommeil, il se fût échauffé à ses divertissements ordinaires; et. le poison n'agissant pas assez sûrement et assez vite, ils firent étrangler leur ennemi dans le bain par l'athlète Narcisse. Le brait courut d'abord qu'il avait succombé à une apoplexie ; le peuple et le sénat se réjouirent.