DE CONCHES
cowcHiLLOS-FALCO(/«an),peintre et graveur espagnol, né à Valence (Espagne), en 1641, mort dans la même ville, le 14 mai 1711. Il était élève de Stephano Marc de Valence, et vint à Madrid étudier les grands maîtres. De retour dans sa patrie, une attaque de paralysie le priva de la parole et de la 'vue. Ses tableaux sont disséminés à Madrid, Valence, Valdigna, Aloquas et Murcie. Conchillos a laissé à son fils, Manuelo-Antonio, une quantité prodigieuse de dessins à la main; il avait gravé à l'eau forte, en 1672, une Descente du Christ, entouré par la Vierge, saint Jean et la Madeleine, Ses meilleures peintures sont deux tableaux de genre, où il a représenté sa première Entrevue avec Polomino et Denis Vidal devant Valence et inversement de voiture, avec les mêmes personnages.
QaUHet, DicU des peintres espagnols.
concimaus. Voy. Coquille.
'conciliai» (Carlo), chanteur italien, né à Sienne, en 1744: H débuta & Venise avec succès. En 1763 il fut attaché & la cour de Bavière ; puis fit partie de la chapelle de Frédéric H, roi de Prusse. En 1812 il avait rassemblé à Charlottenbourg une riche bibliothèque musicale. Les qualités de cet artiste étaient une belle mise de voix, une grande légèreté et un trille admirable.
Fétls, Biographie universelle des musiciens.
concqia (Daniele), théologien italien, né dans le Frioul, en 1686, mort à Venise, le 21 février 1756. Il entra dans l'ordre de Saint-Dominique le 16 mare 1708, se distingua par son talent pour la prédication, et reçut des preuves d'estime des papes Clément XII et Benoit XTV. n a laissé de nombreux ouvrages, dont voici les principaux : Prasfatio ad lectorem et animadverskmes critico-morales in menda Pontasiana, cum auctario duorum casuum qui in hoc dictionariodesiderabantur; Augsbourg, 1733;— Commentarius historico-apologeticus, in duos dissertations distributus, quorum anticriticis animadversionibus refellit qtue adversus paupertatis disciplinant a divo patrtarcha Dominico in suo ordine constitutam, intemperatiore eritice scriptis prodiderunt continuatores Bollandi, in Cornmentariis nuper in Acta ejusdem patriarche editis; altéra eamdem disciplinant a laxioribus P. Raphaelis de Pornasio interpretamentis vindicat; accedunt de origine disciplina regularis primum in ordine Prœdic. per S. Eaimundum de Vincis XXIII, magistr. gêner, ejusd. ordin., instaurais, dissertatio historica et quxstiuncula moralis de regularibus personatis ; Venise, 1736 in-4°; — '
DUcipltoaapostoltaHnonasticadissertationibus illustrata, et in duos partes distributa, in quorum prima de voto paupertatis vita eommuni dreumscripto, in altéra de essteris ejusdemdis&plinx capitibus disseritur; accedunt selecta quxdam veterum theologorum tnonumenta ; Venise, 1739, in-4° ; — Epistol» theologiOMnorales ad illustriss. JSpiscopp. NN. adversum librum inscriptum : Dissertatio in casus réservâtes Venetx diceceseos; Venise, 1744, in-4°; — in Eescriplum Bened. XIV, pont, max., ad postulata septem archiepiscopi Compostellx jejunU legem spectantia, commentarius théologiens; Venise, 1745, in-4* ; — Defensio concilU Tridentini et apostolicarum constitutionum Ecclesiss roman* in causa paupertatis monasticx, adversus duos libros inscriptos : Vita claustralis et Vindicte regularium; Bologne, 1745, in-4°; — in Epistolam encyclicam Benedicti XIV, adversus usuram, commentarius, etc.; Rome, 1746, in-4°; — Usura contractus trini dissertationibus historico-theologicis démonstrata, etc.; ibid.; — Theologia christiana dogmatico-moralis; Rome et Venise, 1749, 1 vol. in-4° : cet ouvrage est très-estimé; — de Spectaculis theatralïbus christiano cuiquey tum lateo, tum clerico vetitU, dissertations duse; aeeedit dissertatio tertia, de vresbyteris personatis; Rome, 1752, m-4°; — Ad. E.P. Carolum Nocetium epistoUs octo, desingularibus argumentis in ejusdem libro inscripto : Veritas vindieata, contentis; accedunt opinumes taxa quam plurinue ex variis casuistis collecta: ; Venise, 1755, fn-4° ; — de Socromentali absolutione .impartitnda aut differenda recidivis consuetudinariis, dissertatio theologica ;Kome, 1755, in-4°.
G ou Jet, Bibliothèque française, — Morérl, Grand dut. univ. — Richard et Glraud, Bibliothèque sacrée.
commua (Nicolas), philosophe italien, frère de Daniele, mort à Venise, en 1763. Il prit l'habit de dominicain, et professa la théologie et la philosophie. En 1732 il fut chargé d'enseigner la métaphysique à Padoue. En 1748 sa santé le força de se retirer à Venise. On a de lui : Oratio habita in gymnasio Patavino, cum primum ad metaphysicam publiée profitendam accéder et; Venise, 1732; — Synopsis tertûr, partis metaphysicx, hoc est theologûe naturalis; in-4° (sans date);— Origines et fundamenta et capita prima delineata juris naturalis et gentium;— Juris naturalis et gentium doctrma metaphysice assert a; Venise, 1736, in-8°.
Cinelll, Bibl vol — Àdeluog, supplément à Jdetaer, AUq. CeL-Ux. - Cbaodon et OeUndtac, Dictionnaire unioenel.
concini (Concino ), plus connu sous le nom de maréchal $ Ancre, né à Florence, mort le 24 avril 1617. Il était petit-fils d'un secrétaire d'État du grand-duc Corne. Son père ne fut que notaire de la ville de Florence. Concini, dans sa jeu-
concini
nesse, s'adonna à tontes les débauches imaginables, mangea tout son bien, et telle fut, dit-on, sa conduite que les pères défendaient à leurs enfonts de le fréquenter. N'ayant plus de quoi vivre, Contini alla à Rome, où il servit de croupier au cardinal de Lorraine, frère de la grandeduchesse de Toscane; mais il ne voulut pas le suivre, et revint dans son pays. Quand il sut qu'on formait une maison à Marie de Médids, mariée à Henri IV, il s'y fit recevoir en qualité de gentilhomme suivant, et vint en France avec elle. Marie de Médias avait pour femme de chambre Leonora Dori , dite Galigaï , fille de la nourrice de la reine, femme adroite, qui avait tant <f empire sur sa maltresse qu'elle lui faisait faire tout ce qu'elle voulait. Leonora était petite, brune, de taille assez agréable, ayant d'assez beaux traits , mais laide à force de maigreur. Concini, qui avait de l'esprit, s'attacha à elle, et hn rendit tant de petits soins qu'elle se résolut à l'épouser. La reine consentit à ce mariage, auquel le roi résista assez longtemps. Concini n'était ni sans mérite ni sans qualités : il avait du jugement, un cœur généreux, était d'un accès facile ; sa conversation était pleine de saillies et de gaieté. Il se fit d'abord aimer du peuple par les spectacles, les fêtes, les tournois, les carrousels qu'il donna, etdans lesquels il brillait, car il était assez bel homme et adroit à tous ces exercices. Après la mort de Henri IV le crédit des deux époux s'accrut de plus en plus. Concini acheta le marquisat d'Ancre, fut créé premier gentilhomme de la chambre, et obtint les gouvernements de Péronne» de Roye , de Montdidier, pois celui de Normandie. Peu après il fut nommé maréchal de France, sans jamais avoir tiré l'épée; il ne passait pas même pour vaillant Dans la querelle qu'il eut avec Bellegarde, il se sauva à l'hôtel de Rambouillet, et s'y cacha. Enfin, Concini devint ministre, sans connaître les lois du royaume. Cette haute fortune enfla son cœur et fit naître la jalousie des principaux seigneurs. D méprisait les princes, et « en cela il n'avait pas grand tort, » dit Tallemant des Réaux. Sa femme montra encore plus d'insolence et de bizarrerie dans son humeur. Elle refusait sa porte aux princes, aux princesses et aux plus grands du royaume. Concini leva 7,000 hommes à ses dépens , pour maintenir contre les mécontents l'autorité du jeune Louis XID, ou plutôt la sienne ; il fit renvoyer tous les anciens ministres du feu roi, et mit à leur place des personnes intéressées à servir son ambition.
L'âoignement des princes suivit de près celui des ministres : Concini suscita divers moyens de rendre leur conduite criminelle, et les contraignit ainsi de se jeter dans quelques places éloignées. Ce n'était pas encore assez pour lui : il voulut s'assurer de la personne du roi, en lui ôtant la liberté qu'il avait d'aller visiter ses villas des environs de Paris, et il réduisit ses divertissements à la seule promenade des Tui-
leries. Louis XIII ne tarda pas à sentir la contrainte où le mettait l'ambitieux maréchal : il avisa avec M. de Luynes, un de ceux en qui, il avait le plus de confiance , à divers moyens de sortir d'esclavage. Enfin , il fut résolu entre eux que lorsque Concini viendrait visiter le roi, il le mènerait dans le cabinet de ses armes, et que, sous prétexte d'ordonner au baron de Vitry, capitaine des gardes du corps, de lui faire voir le plan de la ville de Soissons, qui était alors assiégée, il exécuterait sur la personne de Concini Tordre qu'on lui donnerait. M. de Cliaulnes, qui était à Amboise, fut mandé en diligence pour soutenir l'entreprise. Le 24 avril 1617, Concini sortit de sa maison sur les dix heures pour se rendre an Louvre; il était accompagné de cinquante à soixante personnes. Le baron de Vitry avait placé des gens aux agnets,jet attendait dans la salle des Suisses; averti que le maréchal était à l'entrée du pont-dormant du Louvre, il vint à lui, et portant sa main sur le bras droit de Concini, lui dit : Le roi m'a ordonné de me saisir de votre personne. Le maréchal témoignant un grand étonnement et voulant mettre la main sur la garde de son épée, dit : De moi ? — Oui, de vous t repartit Vitry. Et le saisissant de pins près, il fit signe à ceux qui le suivaient de charger. Tous lâchent à l'instant leurs pistolets ; Concini tombe sur ses genoux, et Vitry d'un coup de pied l'étend par terre. Le cadavre du maréchal fut enlevé et enterré sans cérémonie ; mais quelques jours après, la populace, furieuse, l'exhuma, le trama par les rues jusqu'au Pont- Neuf, et U le pendit par les pieds à une des potences qu'il avait fait dresser pour ceux qui parleraient mal de lui. On le traîna jusqu'à la Grève, on le coupa par morceaux, on jeta ses entrailles dans la rivière, et ses restes sanglants furent brûlés devant la statue d'Henri IV. Un homme poussa la fureur jusqu'à faire cuire son cœur sur des charbons, et le mangea publiquement On trouva dans les poches de Concini pour 1 ,985,000 liv. de papiers , et dans sa petite maison 2,200,000 liv. d'autres reacriptions. Le parlement procéda contre sa mémoire, et condamna sa femme à être brûlée comme sorcière, tandis qu'il aurait dû la juger comme concussionnaire. On dit qu'il n'agit ainsi que pour couvrir l'honneur de la reine. Galigaï avoua qu'elle avait pour 1,200,000 écus de pierreries. Quand on Ini demanda àe quels charmes elle s'était servie pour s'emparer de l'esprit de la reine : « Pas d'autre chose, dit-elle, que du pouvoir qu'a une habile femme sur une balourde. » Cette réponse est révoquée en doute par l'auteur qui la rapporte. Le 8 juillet de la même année, Galigaï fut traînée dans un tombereau à la Grève, comme une femme de la lie du peuple. Toute la grâce qu'on lui fit Tut de lui couper la tète avant de livrer son corps aux flammes. Comme son mari, cette malheureuse Italienne ne fut ni soutenue ni regrettée par aucun courtisan. L'accusation
CONCI1N1 — CONCORREGIO
portée contre Contint relativement à sa prétendue complicité dan» l'assassinat de Henri IV n'est rien moins que prouvée. Quoi qu'on puisse pen- ' fier des inductions que les Mémoires de Sully, rédigés par L'Ecluse, paraissent offrir sur ce sujet ; malgré l'assertion de Mêlerai et les on dit de Sainte-Foi* ; malgré l'anecdote rapportée par Buri dans son Histoire de la vie d'Henri IV et les Réflexions historiques que Legouvé publia à la suite de sa tragédie de la Mort d'Henri IV, on ne peut se résoudre à rejeter le jugement de Voltaire et l'opinion d'Anquetil sur ce point d'histoire, Le double assassinat de Concini et de sa femme est une tache ineffaçable du règne de Louis XIH. [Enc. des g. du m.]
Michel de MarUUe, Relation exacte de tout ce qui s'est passé d la mort du maréchal d'ancre. — Bazin. Hiit. de France tous le régne de Louis XIII. — Tallemant des Beaux, Historiettes. — Stupondt, Met. des Fr.t I XII. - D. StDdelUoi, de 0. Cane, nta, Brescla, 1761, io-V».
* coNCioiO (..,), peintre, travaillait de 1198 à 1241. Cet artiste peut être regardé, après Uonizzo, comme le plus ancien peintre de l'école romaine dont le nom soit parvenu jusqu'à nous. Au monastère de Subiaco est une fresque de ce maître, représentant la Vierge sur un trône entre deuv anges i elle ne porte point de date, mais elle est signée : Magister Conxolus pixit hoc ofus. On sait que les fresques de Subiaco ont été exécutées sous le pontificat des papes Innocent 111, Honorius 111 et Grégoire IX ; il ne peut donc y avoir de doute sur l'époque où vivait Conciolo. Pu reste, ce peintre ne se recommande que par son ancienneté; ses fresques, comme celles de l'école gréco-italienne en général , sont encore inférieures à celles de l'écolo purement grecque. E. 6— n.
Tteoul, WzUmarto,
'GONciOLO (Antoine), jurisconsulte italien, vivait probablement dans la seconde moitié du dix-septième siècle. On a de lui : Allegationes forenses civiles et criminales ; Venise , f 684, in- fol.; —Resolutiones criminales ; ibid., 1684, în-fol. ; — Statuta cimtatis Eugubiu cum cjus annotatiùnibus ; Girone, 1685, in-fol.
Adelung, tuppl. à Jucher, Mlgctn. Celehrtcn-Uxicon.
* connus ( André ), alchimiste, né à Kœnigsberg, mort' vers 1680. Il a laissé un ouvrage intitulé : Physikalischer discours vJber den Stein der Weisen ; Kœningsberg, 1656, in-4'.
Jôcfaer, Mlyein. ÇeUàrten-Uxicon.
*concolitan (i), chef gaulois, vivait dans la première moitié du troisième siècle avant J.-C, et commandait, conjointement avec Anéroëst, vers l'an 225, la confédération des divers peuples des Alpes connus sons la dénomination générale de Gésates. S'étant avancé avec une armée formidable au secours des nations celtiques établies en Italie, et que les Romains voulaient asservir, Concolitan battit les légions dans une première journée, près de Fésule, et leur tua six mille hommes. 11 avait jurôdolennellement avec les auto Ceeun-coille-tan, ctaef 4« yayt des forèU.
très chefs, et avait fait jurer à ses soldats , » qu'ils « ne détacheraient pas leurs baudriers avant « d'être montés au Capitole. » Aussi Rome, saisie de terreur, s'attendait-elle à voir bientôt paraître à ses portes cet ennemi terrible, qui marquait sa route par le pillage et la ruine. Le consul JSmilius accourut près de Fésules, dans la nuit même qui suivit la défaite. Les confédérés, maîtres d'un riche butin , décampèrent aussitôt Tandis qu'jEmilius les poursuivait et les harcelait à l'arrière-garde, le Iiasarf voulut que le second consul, Attilius Regulus, vint débarquer avec des troupes près de Télamone, marchant, sans le savoir, au-devant des Gaulois. Enfermés ainsi de toutes parts, ils combattirent avec leur bravoure et leur acharnement ordinaires ; mais la mauvaise qualité de leurs armes causa leur défaite. Quarante mille restèrent sur la place et dix mille furent pris. Concolitan, tombé lui-même au pouvoir des Romains, fut tramé' devant le char du triomphateur ; pour ne pas le faire manquer à son serment, on lui avait laissé son baudrier. Il mourut dans les fers.
Poljbe, il, 31, — Le Bai, Die t. enc. de ta France* — Thierry, Hiit. des Gaules.
* concorde (Saint), prêtre et martyr, vivait vers 1"0. Il était fils de Gordien , prêtre romain d'une grande piété. La persécution qui s'éleva contre les chrétiens sous Marc-Aurèle força Concorde a se retirer à la campagne pour y pratiquer sa religion. Le bruit des miracles qull accomplissait le décela bientôt; Torquatos, gouverneur de Spolette, le cita devant lui. et fit tons ses efforts pour le décider à abjurer la fol chrétienne. Concorde fut Inébranlable. Torquatus le fit fustiger, étendre sur le chevalet, et fit disloquer ses membres; il fut jeté ensuite dans un cachot. Au bout de trois jours , des soldats et on prêtre portant une idole pénétrèrent dans le cachot de Concorde, avec ordre de la loi faire adorer ou de lui ôter la vie. Concorde 'ayant craché sur l'idole, l'un des soldats lui coopa la tète. Les martyrologes de saint Jérôme et de Bède ne font pas mention de ce martyr. Ses actes, quoique très-anciens, sont semés de traits nouveaux , qui font croire qu'ils ont été falsifiée. Concorde est honoré le 1er janvier, et sa translation se fête le 4 juillet. Le clergé espagnol affirme, sans preuves, avoir les reliques de ce saint dans un monastère de Girone (Catalogne).
Baillet, nés des Saintt. - Sorios. fit* J — Bollandus, Jeta Sunetarum. — Usuard, Martfroiojnu. - TUlcnoni, Mémoire*. - Norerl . Grand dictionnaire universel. — Richard et Gtraud, Biblioth. sacrée,
çoifCOBRBGio ou concoregio (Jean), médecin italien, né à Milan, vers 1380, mort à Pavie, vers 1440. 11 professa à Bologne en 1404, puis à Pavie et à Florence, enfin à Milan, en 1439. Les Arabes lui servirent de guide dans la composition de divers écrits, où l'on ne remarque aucune observation originale; il expose cependant assez bien les indications de la saignée dans la fièvre. Ses ouvrages ont été réunis sous le
CONCORRBGIO — CONDÉ
titra de : Practica nova, lucidarium et fias fera* pi*ftci«e nuncupatur; Pavie, 14&5, in-fol.; Yenise, 1515, in-fol,
ArgelaU,0iMlotteca script, medlol., vol. Il, part. Il, p. tfNL — Sjrwfel, r,e$0kk>kê9 d*r jérmuikmnde ( Histoire «t h irtdoatK ), t. H. » «W. - Étoy, JMfMoMMére
condammb (Charlet- Marie La) savant français. Koye; La Condammg.
coudé, branche collatérale de la inai&on de Bourbon. Le premier de cette branche est le suivant.
cordé (Louis Ier de Boukbon, prince DR), Qé «n 1530, mort en 1569. Ce chef de la maison de Coudé était le cinquième et dernier fils de Charles de Bourbon, duc de Vendôme , et frère cadet d'Antoine de Bourbon, roi do Navarre. Il fut l'un des plus braves capitaines du seizième siècle. Bien qu'issu de sang royal, il avait, comme on autre, **** chemin » faire; car sa fortune était loin de répondre à l'éclat de sa naissance. H était le cadet d'une maison nombreuse ; aussi quand il parut à la cour, son modeste équipage 9 fit sourire j il n'y pouvait faire grande figure, n'ayant guère, comme on le disait alors, que la cape et Çdpée. 11 débuta par de brillants faits d'armes en Piémont, ou il servît comme volontaire sou* le maréchal de Brissac « Celui-là n'eût pas été estimé bon fils de bonne mère, dit ViUars, dans ses Mémoires, qui ne se fût délogé pour aller voir et servir en cette guerre. » Après cette campagne, Louis de Condé rallia l'armée royale, et fut de ceux qui se jetèrent dans MeU pendant le grand singe de 1552, entrepris par Charles-Quint. Il y fit de brillantes sorties. L'année suivante, on le retrouve en Picardie , à un combat près de Dourlens, on il commandait six compagnies de chevau-légers , et où il décida le succès. Le prince de Condé dirigeait la cavalerie légère sur (a Meuse, en 1554, contre l'armée de Cbaries- Quint. Jl commandait encore la cavalerie légère au combat de Renti, puis à la fatale bataille de Saint- Quentin, imprudemment livrée par le connétable de Montmorency (1559). Enveloppé par l'ennemi, il réussit pourtant à se faire jour à travers une vallée profonde, et déroba sa retraite aux Espagnols. II prit bientôt une magnifique revanche , car il fut un de ceux qui rendirent Calais à la France.
Comme ses frères alors , le prince de Condé embrassa la Réforme, dont l'esprit austère contrastait cependant avec son humeur joyeuse et son penchant pour les plaisirs. Les humiliations qu'il avait essuyées, l'espoir d'attacher sa fortune aux chances de triomphe que la Réforme pouvait offrir, et surtout le sentiment de rivalité qui poussait les Bourbons à lutter contre la maison de Lorraine, eurent peut-être pins de part à cette détermination que les convictions religieuses. Quoi qu'il en soit, il fut le chef le plus actif et le plus valeureux du parti; et la part secrète qu'il prit à la conjuration d'Amboise faillit lui coûter la vie. Arrêté sous un autre prétexte arec son frère le roi de Navarre, Condé fut con-
damné à perdre la tète. « 11 ue faut pas souftrir, disait le duc de Guise, qu'un petit galant, pour prince qu'il soit, fasse de telles bravades. » Son supplice était fixé au'26 novembre 1560. « Déjà on avait mandé à Orléans trente ou quarante des plus experts bourreaux des villes voisines ; on les avait habillés d'une même livrée et parure; l'cchafaud pour trancher la tête au prince de Condé s'en alloit jà dressé devant le logis du roi , » quand la mort de François II déjoua ce coup dXtat des Guises et sauva les Bourbons.
A l'avènement de Charles IX, une autre politique prévalut, et le prince de Condé, rouais en liberté, obtint le gouvernement de Picardie. Replacé aussitôt à la tète de son parti , et mécontent do la part que l'on avait faite aux protestants, il sortit de Paris à la nouvelle du massacre de Yassy ; il se mit, à Meaux , à la tête de quinze cents cavaliers, tenta d'enlever le roi, puis il se jeta dans Orléans, et la guerre civile commença. Condé, maître de cette place et d'une partie de la Loire, organisa les forces, très-éparpiilées, de son parti ; il leva des troupes en Allemagne, traita avec Elisabeth, puis sortit d'Orléans, et marcha sur Paris, avec huit mille hommes de pied , cinq cents chevaux et Quelques pièces de campagne. Il enleva d'assaut plusieurs villes sur sa route, échoua devant Corbeil, et passa outre, pour tenter une attaque contre paris. Il l'aurait pris sans doute, s'il ne s'était laissé jouer par Catherine de Médicis. Tandis qu'il conférait avec elle dans un moulin a vent du faubourg Saint- Marceau, l'armée royale appelait des renforts, et Condé, surpris, dut s'éloigner de Paris. 11 se dirigeait vers le Havre, où il attendait de l'argent et des secours d'Elisabeth, quand l'armée catholique lui barra le chemin au bord de l'Eure, près de la ville de Dreux (1562). La bataille ne fut précédée d'aucune escarmouche, et les deux armées s'élancèrent en masse et se heurtèrent avec une sombre fureur. Le prince de Condé s'y montra plus intrépide cavalier que savant capitaine; on lui reprocha de la négligence dans sa marche et de n'avoir su dans te combat diriger que sa division. Cependant le connétable de Montmorency, son adversaire, l'attaqua en rase campagne , et mit les chances du coté de Condé, dont la cavalerie était supérieure à la sienne. Par un jeu singulier de la fortune, les chefs des deux années , Condé et Montmorency, furent l'un et l'autre blessés, démontés, et faits prisonniers dans cette bataille, où près de neuf mille hommes furent tués. François de Guise, qui avait dressé jadis un échafaud pour Condé, lui fit le soir grande amitié sous sa tente, jusqu'à vouloir qu'il partageât son lit. Le traité d'Amboise rendit pour un moment la paix aux deux partis et au prince de Condé la liberté (1563).
Les Anglais gardaient le Havre depuis leur alliance avec les protestants; il refusaient de l'évacuer, à moins d'avoir Calais en échange. Le siège fut entrepris. Condé parut au camp, et fut
GONDE
l'on des plas ardents à la tranchée, tandis que les huguenots intraitables se jetaient dans la place» préférant la cause de leur religion à celle de leur pays. La guerreayant éclaté de nouveau, en 1 567, les chefs protestants tentèrent un coup de main pour s'emparer de la reine mère et do roi , qui étaient à Meaux. Mais quelques bataillons suisses formèrent un carré, au sein duquel furent placés Charles IX et Catherine, et fls prirent le chemin de Paris. Condé, avec quatre cents cavaliers , voulut leur barrer le chemin ; il les harcela longtemps, sans pouvoir arrêter ni entamer ce bataillon. Bientôt le connétable de Montmorency sortit de Paris ; il avait plus de seize mille hommes \ les huguenots comptaient a peine quinze cents cavaliers et douze cents fantassins. La plupart, accourus de loin à la hâte, n'avaient pas d'armes ; « ils suivaient, dit D'Aubigné, les drapeaux pour leur sûreté, emplissant les rangs avec la casaque Manche et le pistolet ». Poussé par la foi de son parti, par son ardeur militaire, Condé se décida à la bataille, et rangea sa petite armée en plaine, à peu de distance de Saint-Dents (1567). Coligny se porta & la droite, et le prince au centre, barrant la route de Paris. L'action s'engagea par une canonnade du connétable, qui avait dix-huit pièces , tandis que ses adversaires n'en avaient qu'une. Sa cavalerie seule était supérieure à toute l'armée des protestants. A son aile gauche était un bataillon de bourgeois de Paris, resplendissant de galons d'or et de superbes armures, mais qui s'enfuit dès la première charge. Condé s'élança sur le centre de l'ennemi , mis à découvert par la prompte déroute de son aile gauche ; il culbuta les Suisses, et la cavalerie du connétable, qui fut tué au milieu de ses gens d'armes. La nuit survint, et rendit la bataille indécise.
Le fait suivant donne une idée du dévouement que portait au prince de Condé sa petite armée. Il manquait d'argent pour acquitter la solde : une fois les rettres, auxiliaires allemands, menacèrent de l'abandonner; alors il proposa aux siens, qu'il ne payait pas non plus, de solder eux-mêmes les étrangers, et tous se cotisèrent aussitôt. La petite armée calviniste se dirigea ensuite vers la Champagne, au-devant d'un renfort d'Allemands, qu'elle attendait. Elle fut harcelée dans ce trajet par l'armée catholique, qui l'attaqua, dit D'Aubigné, plusieurs fois. Une paix fut signée encore (1 568) : on l'appela la paix boiteuse ou mal assise, et la guerre se ralluma presque aussitôt. Catherine se disposait à faire arrêter dans leurs terres Condé et Coligny, qui, prévenus à temps, s'enfuirent à La Rochelle, où le midi leur envoya de prompts secours. Le duc d'Anjou , chef de l'armée catholique, passa la Charente par un stratagème, et surprit Coligny, séparé de plusieurs de ses corps. L'amiral reçut l'attaque, et recula après un feu meurtrier. Mais Condé accourait brideabattue avec quelques centaines de chevaux. Une sorte de fatalité s'attachait à lui sur le champ de bataille. Il avait déjà eu la veille le bras fra-
cassé dans une chute en rangeant ses cavaliers pour charger l'ennemi ; le cheval de La Rochefoucauld, son beau-frère, lui cassa une jambe en se cabrant : « Vous voyez , dit-il tranquillement, que les chevaux fougueux nuisent plus qu'ils ne servent dans une armée. » S'adressant à quatre cents gentilshommes qui le suivaient : « Allons, noblesse française, leur dit-il, void le combat que nous avons tant désiré; souvenezvous en quel état Louis de Bourbon y entre pour Christ et le pays. » Comptant sur le secours de son infanterie, qui débouchait de Jarnac, Condé s'élance, et perce les escadrons do duc de Guise et du comte de Brissac; mais il n'avait que ses quatre cents chevaux contre toute l'armée catholique ; son infanterie ne paraissait point Renversé de cheval, Coudé, tandis qu'on lui en cherchait un autre , combattait un genou à terre ; mais ses gentilshommes tombaient tour à tour à ses côtés. L'un d'eux, entre autres, nommé Lavergne, vieillard de quatre-vingts ans, se pressait autour du prince, avec vingt-cinq de ses lus et de ses petits-fils; il y fut taé avec quinze d'entre eux. Condé, enfin épuisé, meurtri, rendit son épée à un seigneur, nommé D'Argence, à qui il avait autrefois sauvé la la vie. On le conduisit sous un arbre. « Alors, dit Brantôme, un très-brave et trèshonnête gentilhomme , capitaine des gardes du duc d'Anjou , nommé Montesquiou , fondit sur lui en criant : « Tuez, mordieu, tuez! » et le renversa d'un coup de pistolet dans la tète » ( 15 décembre 1569).
Condé était de chétive apparence, petit et bossu, mais spirituel et aimable autant que courageux. Ses mœurs étaient loin de répondre à l'austère religion qu'il avait embrassée ; et les pièges où Catherine de Médicis le fit tomber plus d'une fois compromirent gravement son parti. « Le bon prince, dit Brantôme, étoit bien aussi mondain qu'un autre , et aimoit autant la femme d'autrui que la sienne , tenant fort du naturel de ceux de la race de Bourbon, qui ont tous été de fort amoureuse complexion. » Cet homme sensuel et léger avait cependant pour devise ces belles paroles , où semblait respirer une double foi : « Doux est le péril pour Christ et le pays ! » Condé eut de son mariage avec Éléonore de Roye, sa première femme : Henri , prince de Condé, François , prince de Conti, qui mourut sans postérité, et Charles, cardinal de Vendôme. De «a seconde femme, Françoise d'Oriéans-Longueville, il eut un quatrième fils, Charles de Bourbon, qui fut la tige de la branche de Soissons.
Amédée Renée.
Davlla, Mémoires dé Tavannes. — Mémoires de Castélnau. — . Palma-Cayet, Brantôme; D'Aubigné- — ne Thoo, Hitt. univ. — Desorraeanx . Mit. de la mais, de Condé — Le Bas, Dictionnaire encfc. de la France.
condé (Henri /*r de Bourbon, prince de), fils du précédent, né en 1552, mort en 1588. Ce jeune prince fut, suivant une expression du temps, la vraie âme de son père. Il fit de bonne heure l'apprentissage de la guerre, avec son cou-
CONDÉ
sin Henri de Navarre , depuis Henri IV, sous les ordres de l'amiral de Coligny. Les deux princes faillirent périr à la Saint-Barthélémy , et ne sauvèrent leur vie qu'en sacrifiant leur religion. Condé fit cependant en cette occasion une plus longue et plus digne résistance que son cousin. Charte» IX les fit comparaître tous deux devant lui pendant le massacre de la Saint-Barthélémy, et leur cria de choisir entre la mort et la messe. Henri de Bourbon n'osa résister ; mais Condé répondit : « Que Sa Majesté ordonnait comme il « lui plaisait de sa tête et de ses biens , qu'ils « étaient à sa disposition ; mais que pour sa re- ■ ligion , il n'en devait rendre compte qu'à Dieu « seul, duquel il en avait reçu la connaissance. » Cependant il promit ensuite d'abjurer ; vers la fin du règne de Charles IX, il s'enfuit en Allemagne, et parvint à y réunir quelques troupes , à la tête desquelles il rentra en France et se rendit au camp du duc d'Alençon (1575), où il fut élu généralissime des protestants. Il était à Coutras auprès de son cousin le Béarnais : dans l'allocution que celui-ci fit à ses capitaines, il s'adressa en ces termes à ses cousins Condé et Soissons : « Pour vous, je ne tous dirai autre chose, sinon que tous êtes de la maison de Bourbon , et, vire Dieu ! je vous montrerai que je suis votre aîné. » « Et nous, répondit Condé, nous tous ferons voir que tous ave* de bons cadets. » Condé combattit de sa main à outrance comme le roi de Navarre : il poursuivait les fuyards quand Saint-Luc, un des favoris de Henri 111, se retournant, courut sur loi la lance basse, et le désarçonna; puis, sautantde cheval, il lui offrit la main pour se relever, et le fit prisonnier. Henri de Condé mourut à peu de temps de là, et sa mort, attribuée au poison, jeta le trouble dans le parti huguenot , qui perdait en loi son chef le plus dévoué. Ce prince, au jugement de Sismondi , n'arait pas les talents d'un général, mais toute la bravoure du soldat et toute la constance et tout le dévouement d'un martyr à son Église. Sa femme, Catherine-Charlotte de La Trémouille, fut poursuivie comme auteur du crime; mais Henri IV, devenu roi de France, mit fin aux poursuites, et annula les témoignages, qui ne manquaient pas, contre la veuve de son parent Les historiens jugent et expliquent diversement le fond de cette affaire , qui est resté fort ténébreux. Amédéb Réftés. Brantôme ; de Tboa ; Caret ; O'Aoblgne.
condé (Henri II de Bourbon, prince de), fils posthume du précédent, naquit à Saint-Jeand'Angély, en 1588, et mourut en 1G46. Ayant épousé, en 1609, Charlotte de Montmorency, dont Henri IV était épris, il fut obligé de prendre la fuite pour mettre sa jeune femme à l'abri des poursuites du roi. Il se réfugia à Bruxelles, puis en Italie , et ne revint en France que sous la régence de Marie de Médicis , qu'il troubla par «es- intrigues et son ambition. Sa première révolte, qui date de Tan 1614, se termina la même
année par le traité de Sainte-Menehould. Mais ses prétentions n'ayant fait que s'accroître par les concessions qu'il avait obtenues de la reine, il reprit les armes, et devint si dangereux que la régente le fit arrêter. Marie de Médicis avait tout préparé pour sa fuite, dans le cas où le coup manquerait Condé, saisi par surprise, fut enfermé à Vincennes. Il y resta trois ans, et lorsqu'il en sortit, il avait perdu son énergie et ses prétentions de chef de parti. Rien ne saurait justifier ses entreprises, oh l'on ne trouve guère qu 'une ambition vulgaire, et qui ne furent pas même colorées d'une apparence de conviction. Le zèle fanatique dont il s'était épris pour la cause catholique était peu sincère, puisqu'il menaça plus d'une fois la cour de se faire huguenot. Le zèle furieux qu'il déploya contre le protestantisme avait pour but sans doute de Caire oublier qull était fils d'un réformé et qu'il avait dans son enfance appartenu à cette communion. Après la mort du connétable de Luynes (1621), le prince de Condé suivit le roi à 111e de Ré, oh furent défaits les huguenots. Voulant terminer la guerre par un coup d'éclat, il fit entreprendre le siège de Montpellier. Mais l'armée avait souffert, les maladies se mirent dans le camp, et Condé, qui avait plus de bravoure que de talent, dirigea mal les attaques. Cependant , Rolian désirant traiter, le prince de Condé quitta l'armée plutôt que de faire la paix avec les huguenots; il se rendit à Rexac, et resta en disgrâce auprès de Louis XITJ. Mais sa soumission lui gagna la faveur de Richelieu. Avide de richesses avant tout, il accepta pour son fils, le duc d'Enghien, la main d'une nièce du cardinal ; il eut le gouvernement de Bourgogne, et rat envoyé en Catalogne, oh il obtint quelques succès (1638). H dut plusieurs autres commandements à la faveur de Richelieu plus qu'à son mérite. A la mort de Louis XDI, il devint membre du conseil de régence. Les victoires du duc d'Enghien répandirent une gloire d'emprunt sur ses dernières années ; car son plus grand titre h la gloire, comme le dit Voltaire, fut d'avoir donné le jour au grand Condé. Amedee Renée.
Mémoires de madame de MotteviUe. — Mémoires de P. benêt. - fUxln, Hist. de Uwiê XUL - SIsmondL HitL des Fronça**, L XXI v, XXV.
condé ( Louis II de Bourbon , prince de ) , sornommé le Grand, né en 1621, mort en 1686, était fils de Henri H , prince de Condé, et de Charlotte de Montmorency. Ce grand capitaine, qui s'appela d'abord le duc d'Enghien, commença le métier de la guerre à dix-sept ans ; il s'y était préparé par toutes sortes d'études. 11 avait à peine dix-neuf ans quand il se signala devant Arras, en 1640. Leduc d'Enghien s'appliqua à la guerre comme il s'était appliqué à toutes choses , car son éducation avait été brillante et complète. Pendant tout le temps de ses classes , il n'écrivait à son père qu'en latin. Il avait composé à douze ans un traité de rhétorique. Plus jard il soutint des thèses pu-
GOMDÉ
nuques de philosophie. L'hôtel de Condé, à cette époque du règne des précieuses , ne le cédait guère a l'hôtel de Rambouillet; le savoir, la galanterie, le bel esprit occupaient tous les loisirs de ses illustres hôtes; c'était à qui célébrerait dans les vers et les romans la beauté, encore surprenante, de Charlotte de Montmorency ou les attraits naissants de mademoiselle de Bourbon , sa fille, « Le roman de Polyxandre, dit un contemporain, était fort en vogue, principalement & l'hôtel de Condé, qu'on regardait comme le temple de la galanterie et des beaux-arts. Le duc d'Enghien lisait ce livre à toute heure. » Ce prince faisait aussi des vers, et s'entendait à célébrer, selon le goût du temps, les plaisirs dont Chantilly était le théâtre ou la beauté dont il était épris (i). Il parait même qu'à l'exemple de ses héros, il épi ou va véritablement une grande passion. Il aima éperdûment, et pendant plusieurs années, la belle du Yigean, qu'il voulait épouser, et qui alla finir ses jours aux Carmélites, comme La VaJIière. Biais si occupé qu'il fût de romans et d'amours, le duc d'Enghien n'en lisait pas moins, entre ses campagnes, tous les écrits relatifs à la guerre et surtout l'histoire des capitaines fameux.
Le princedc Condé, avare etsenriie, força le duc d'Enghien à épouser (1641) une nièce de Bichelieu, Claire-Clémence de Maillé-Brézé, qu'il n'ai» mait pas. Le cardinal, qui osait tout, jusqu'à prendre le pas sur le premier prince du sang dans les cérémonies publiques, voulut mêler son sang à celui des Bourbons; il avait d'ailleurs une haute idée du jeune prince, et peut-étreentrevoyait-il, au fond de ses rêves d'ambition» qu'un jour viendrait où sa nièce remplacerait sur le trône cette Anne d'Autriche qu'il détestait. 11 allait élever au commandement des armées le prince qu'il s'était donné pour neveu, quand il mourut; mais Mazarin, continuateur de sa politique, remplit ses instructions. La grande guerre allumée par Richelieu occupait encore l'Europe; la mort du puissant ministre, la fin imminente et prévue du roi , la perspective d'une régence orageuse décidèrent l'ennemi à un grand effort. 11 concentra ses forces, et passa la frontière. Le duc d'Enghien, qui venait d'avoir vingt-deux ans, Ait choisi pour commander l'armée chargée de re-
(l) Volet quelque* vers d'une pièce attribuée A Condé, et dans laquelle II décrit lea passe-temps agréables de la société de Chantilly :
. . Oa leur dit aa laagoeor dédias tes promeudes A l'entour des cascades.
Et l'on s'estime heureui du seul contentement
De dire son tourment.
On donne tons les soirs de belles sérénade».
On (ait des mascarades; Mais surtout a paru parmi nos passe-temps
Le ballet du printemps.
Doiuede* pou galants, dont lea vols sont hardies,
Disent des ooutédlea, Sur on riche théâtre, en habits somptueux,
D'un ton majestueux
Màmucritdë Conrart, cHé par M. Cousin, dans 17ÏÙtoire «Je utadoma dé Ion? swptUa.
pousser les Espagnols. II trouva pour adversaires don Francisco de Mellos et le comte de Fuentès, Leur armée n'avait pas moins de réputation que ses généraux; elle se composait de ces vieilles bandes espagnoles qui avaient traversé toutes les guerres depuis Charles-Quint. Les Espagnols mirent le siège devant Rocroy, emportèrent les dehors de la place, comptant bientôt s'ouvrir par la Champagne le chemin de Paris. Le duc d'Enghien n'avait à leur opposer que vingt-deux mille hommes; ses adversaires en comptaient vingt-sept mille.
Ayant reconnu la position de l'ennemi , il prit sur lui de livrer bataille, 11 venait de recevoir, par un courrier, la nouvelle de la mort de Louis XIII, qui en expirant avait dit au prince de Condé : «Les ennemis sont à nos portes, mais votre fils les chassera. «Nonobstant cette prédiction, Maiarin lui écrivit de ne rien hasarder. Autour de lui, on lui représenta aussi les suites incalculables d'une défaite dans de pareilles circonstances. Le bouillant Gassion lui-même n'osait, pas plus que les autres, conseiller une bataille. « Je serai mort, lui dit le prince, avant d'être vaincu. » 11 est probable toutefois qu'outre sa gloire, il envisageait aussi l'ébranlement de l'État, qui pour se raffermir avait besoin d'une victoire. Il fit ses dispositions, donna ses ordres, visita tous les postes, pourvut à tout. Le jour venu, 19 mai 1643, « il fallut selon le mot de Bossuet, réveiller d'un profond sommeil cet autre Alexandre (1) ». L'Espagnol aussi souhaitait la bataille ; il avait laissé son adversaire venir à lui , et traverser librement un défilé étroit qui débouchait vers ses retranchetncnts. Les deux armées se déployèrent dans une plaine resserrée, fermée par des bois et des marais. Elles allaient se mesurer comme en un champ clos, où, nulle fuite n'étant possible, le vaincu devait être écrasé. Enghien fit deux lignes de son armée, et les soutint par une réserve. U se forma sur une colline, appuyant sa droite à des bois et sa gauche à un marais. Les Espagnols, dans un ordre à peu près pareil, étaient séparés des Français par un vallon. Le duc d'Enghien engagea l'attaque dès le point du jour, à la tête de son aile droite. Un millier de chevaux espagnols avaient été embusqués dans un petit bois qui descendait jusqu'au fond du vallon, pour prendre en flanc les Français à leur passage. Enghien les découvrit, et les prévint, par une charge inattendue, qui les déloge* et les culbuta; il s'élança alors sur l'aile gauche espagnole, que le duc d'Albuquerque commandait. Tandis qu'il l'attaquait de front, il la faisait prendre en flanc par le lieutenant général Gassion. Étonnés de cette double attaque, les escadrons espagnols se rompirent. Mais tandis que le prince triomphait à sa droite, la gauche, que commandait
(1) Selon d'autres versions, II ne se serait pas couché du tout; mats il est à croire que Bossoet, qui avait véeu dans la familiarité de Condé, tenait ce fait du héros hnoo de ceux qui avaient servi A ses cotés, av. 11.
CONDE
le inaréehal de L'Hôpital» essuyait un éobec de* plus complets. Toute sa cavalerie avait été enfoncée, et son canon pria par l'ennemi. Oe Ait alors que le prince, s'arrétant pour jeter on regard au» tour de loi , vit le péril dn vieux maréchal. « Un autre avant Condé, dit un écrivain célèbre de nos Jour», n'eût pas manqué de revenir sur ses pas, de retraverser dans une attitude équivoque le champ gtarieueement parcouru, et de se porter ainsi au secours de la gauche et de son centre. Oondé prit un tout autre parti i au lieu do reculer, il avança encore} puis, arrivé à la hauteur des ligne* ennemies où était placée l'infanterie Italienne, vallonné et allemande, il tourne à gauche, se jette sur cette infanterie, lui passe sur le ventre, et vient fondre sur les derrières de l'aile victorieuse (1). »
Gebeao mouvement surprit et enveloppa l'ennemi. Les deux ailes de l'armée espagnole étaient détruites, mais le centre restait debout. C'était la vieille infanterie que commandait Fuentès. II avait quatre-vingt-deux ans j perclus de goutte, il se faisait porter en litière sur le front de ses bataillons. Le due d*Enghieu reforma sa cavalerie, et fondit sur ces redoutables carrée. Il tenta sans les entamer plusieurs charges très-meurtrières, car ces carrés, s'ouvrent tout à coup, laissaient jouer une artillerie qui foudroyait les cavalière. Le prince, après deux heures d'efforts, appela sa réserve , son infanterie, son ce* non, et, donnant un élan prodigieux, rompit enfin les premiers rangs. La déroute alors fut terrible; l'armée qui devait marcher sur Paris fut d'un seul coup anéantie : neuf mille hommes restèrent sur le champ de bataille; sept mille tombèrent aux mains du vainqueur, avec tout le ha* gage et le canon. Le reste se dispersa et se perdit dans les bois et les marais. Beek et sa cavalerie allemande, qui venait à toute bride an secours des Espagnols, ne bissa pas aux Français la peine de le combattre j la terreur le prit, et il s'éloigna. Dans l'enivrement du triomphe, le due «TEnghlen mit pied à terre, et s'agenouilla} il rendit grâces à Dieu de sa victoire. Quand il découvrit sur le champ de bataille le corps de Fuentès , couvert de blessures , étendu près de sa litière, il dit en le contemplant ; « Si je n'avais Taincu,je Tondrais être mort ainsi. »
(t) M. Cousin, dana n belle Mùtêirt éê l^nevepUst. Cette mancravre de Condé n'avait point encore été eipUanée d'une manière aussi frappante. Voici comme elle est rapportée dans les Mémoires de Pierre- Lenet : « Après qu'il eut débit la caYalerte sjul loi était opposée, U gais* le derrière du reste de leur armée, où 11 tailla en pièce* toute l'Infanterie italienne, vallonné el allemande ; pois U passa comme un éclair i son aile gauche , où H trouva Stret combattant et qu'il seeooda. » ■tes que «es note : Il fssaoawmivn éclair 4 m» aile ««Koee, B/lndtquBtnas parfaitement qu'il passa derrière l'ennemi et le mit entre deux faux, nous ne faisons point de doute néanmoins qoe l'illustre philosophe n'ait bien aatsl et bien caractérisé ee beau mouvement; mais faut- Il ea conclure, comme hU, que cette manœuvre de Condé Inaugura une nouvelle école guerrière? Nous reviendrons plus tard sur ce Jugement ' km. n.
Enghien déploya après U bataille l'activité d'un générai qui sait profiter de la victoire. Après avoir enlevé en passant cinq ou six places qui résistèrent peu, il arriva devant Thionville : ee lût un siège de deux mois ; cette place, protégée d'un coté par la Moselle, enceinte de grands travaux et de fossés profonds, ne pouvait être abordée qu'à découvert. loua les ouvrages avancés furent emportés, et ce siège coûta plus de monde que Rocroy. Le prince s'y montra infatigable, polissant le jour et la nuit ses opérations. Ses mines s'étendant jusque sous la ville , U voulut l'épargner, et invita quelques officiera de la garnison è les visiter. Voyant sa situation deaespéree, la place capitula.
L'année suivante ( 1644), |e duc d'ftigbjea fut appelé è commander en chef en Allemagne, où Turenne, ce grand homme de guerre, se défendait avec peine contre Hercy ; ce dernier, qui venait de prendre Fribourg, s'était fait à l'entrée des montagnes une position presque inexpugnable, protégée par de profonds ravins et de grands abattis de bois. Le doc d'Ënghien conçut le projet d'une double attaque. 11 chargea Turenne de faire un long détour pour tomber sur un des flancs de l'ennemi, tandis que lui-même forcerait les redoutes dont son iront était couvert. Ses troupes, assaillies par un feu terrible, rebutées par les difficultés du terrain , hésitèrent un moment U mit pied à terre alors, et marcha à la tète du régiment de Coati sous la plus épaisse mitraille i il força le retranchement, emporta les redoutes et fit arriver sa cavalerie jusqu'au sommet. Mais Turenne, en faisant son attaque sur le liane des Impériaux, s'était trouvé aux prises avec de grands obstacle*) après une longue résistance , il pénétra enfin dans le camp ennemi ; mais la nuit vint, et Mercy en profita : voyant sa position forcée, il décampa sans bruit; et alla s'établir plus loin, sur un plateau de la MontagntvNoire. Là se livra le lendemain (6 août) un second combat, plus meurtrier que le premier : l'attaque fut ma) engagée; plusieurs corps, par excès d'ardeur, commencèrent trop tôt l'attaque et ne furent point soutenus. Le prince rallia ses troupes en désordre, et combattit de sa personne avec de prodigieux efforts. Le trait, souvent cite, de son bâton de commandement jeté dans les retranchements ennemis, parait controuvé ; mais ce qui est plus vrai, c'est qu'il s'y jeta lui-même (1). Le maréchal de Grammont raconte dans ses Mémoires qu'il aperçut le due d'Enghien qui se retirait avec peu de gens, le reste ayant été tué à ses eétés. Le prince loi dit « qu'un peu trop de chaleur avait emporté ses troupes, et que l'attaque ne s'était point faite de la manière qu'on l'avait résolue ». Il tenta avec toute sa cavalerie un nouveau combat sur un autre point, où fut tué le baron de Mercy, frère du général en chef. Mais cet habile
(i) Ce trait, auquel Sossact n eût pas manque de (aire allusion dans son oraiaon funèbre de Condé, n'est rapporté pnr aucun des contemporains.
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capitaine, bien retranché dans la montagne, dominait de partout les Français, qui, sept fois rejetés en arrière, dit Gualdo, étaient revenus à la charge sept fois. Il fallut cependant battre en retraite, et le combat resta indécis. Mais Enghien n'abandonnait pas la partie : Turenne et lui opérèrent de façon à couper les vivres à l'ennemi. Mercy en effet descendit au bout de quatre jours de sa montagne, et chercha à dérober sa marche ; mai8il fut forcée un troisième combat, et il couvrit sa fuite en abandonnant une partie de son bagage. « H s'est sauvé, écrivit d'Enghien, mais avec un désordre et une confusion étranges. »
Les terribles journées de Fribonrg si disputées, Enghien sut en user comme d'une victoire décisive. Il s'étendit dans tout le Palatinat. Mayence luKouvrit ses portes; trois jours de tranchée suffirent pour faire tomber Landau. « Le Rhin, dit-il dans sa relation, est retourné à ses anciens maîtres , qui depuis la seconde race de nos rois l'avaient perdu par leurs dissensions et leurs guerres civiles. » Le prince quitta l'armée, qui prit ses quartiers d'hiver, et Turenne fut chargé d'observer l'ennemi ; mais ce grand guerrier, dont le génie, moins précoce que celui de Gondé, mûrissait avec lenteur, se laissa surprendre par Mercy, et fut vaincu à Marienthal. A cette nouvelle le duc d'Enghien accourt avec des renforts ; il s'empare , chemin faisant , du fort de La Mothe en Lorraine. Turenne et lui franchirent le Necker ; après avoir enlevé Wimpfen, ils marchèrent audevant de Mercy, en Franconie, et le rencontrèrent près de Nordlingen (1645). Ce célèbre tacticien était posté sur deux collines, et avait couvert son front des plus forts retranchements, d'où il plongeait de toutes parts sur l'armée ennemie. Il se croyait si fort sur ses collines, qu'il dit, assure-t-on, à sa femme : « Voyez-vous cette armée qui s'avance ; elle est à moi tout entière. ( 1 ) » Le duc d'Enghien fit cependant ses dispositions d'attaque ; il passa devant toutes les troupes , en les animant du geste et de la voix; il se plaça au centre, avec une forte réserve de cavalerie. Un village qui formait le centre de la posi-
(1) Oo peut s'étonner de lire dans un ouvrage que l'Académie a honoré d'an de ses prix annuels pendant pins de quinze ans, l'Histoire de Lou.it Xlll par M. Bazin, des récits de combats tels que celui-ci : m Le duc d'Engblen, ayant continué sa route Jusqu'à Nordlingen, rencontra les Bavarois en plaine , et résolut de les attaquer avant qu'ils eussent pu choisir leur position et faire des retranchements. Le combat fut en effet livré pea d'heures après, etc.. L'infanterie, qui formait le centre, acharnée à la prise d'un village que l'ennemi défendait, s'y ruina sans profit,.. » Le seul mérite que H Bazin accorde à Condé. c'est d'avoir partout gaiement exposé sa vie. Un historien qui s'empare d'une époque remplie des batailles de Condé, de Turenne, de d'Harcourt, de Schomberg . de Duplexais - Praslln , aurait besoin de posséder quelque intelligence des opérations militaires. On vient de voir que M. Bazin ne parait pas soupçonner que ce village de Nordlingen, attaqué avec tant d'acharnement par Condé et défendu par Mercy en personne, était le point décisif de Faction : c'est ce que M. Cousin a fait ressortir dans le beau récit qu'il a donné de la bataille de Nordlingen ( Histoire de madame de Longue* vit le, tome !••■). An. B.
tion ennemie fut le point de mire des efforts de Condé. Le combat y devint terrible. Mercy avait concentré ses masses en avant du village ; les deux colonnes se foudroyèrent sous les yeux de leurs généraux; tous leurs officiers tombaient autour d'eux; le duc d'Enghien était grièvement blessé, mais Mercy fut frappé à mort, et le village fut emporté. Turenne, qui commandait l'aile gauche, tenait ferme ; mais l'aile droite, assaillie par la cavalerie de Jean de Werth, fuyait en désordre; Grammont, son général, était prisonnier. Le duc d'Enghien, si bien secondé par Turenne, croyait la journée à lui, quand il lui fallut remonter à cheval à la nuit tombante. Malgré ses blessures» il se sentit capable des mêmes élans : à la tête de sa réserve de cavalerie, il se jeta au-devant des escadrons de Jean de Werth, qui s'en revenaient de la poursuite des Français. Ce général, apprenant alors la défaite et la mort de Mercy , profita de la nuit pour faire sa retraite. Mazarin dit à la reine, en lui annonçant cette bataille : « Tant de gens sont morts, Madame, qu'il ne faut quasi pas que Votre Majesté se rejouisse. »
On a reproché à Condé de n'avoir pas épargné le sang de ses soldats. Ses pertes, en officiers surtout, étaient énormes; il répondait à cela que ses opérations, destructives mais promptes, coûtaient moins de monde que ces longues campagnes, que ces sièges de plusieurs mois où les maladies emportent plus d'hommes que le feu de l'ennemi. « On croit qu'il expose les troupes, a dit Bossuet, son grand panégyriste ; il les ménage en abrégeant le temps des périls par la vigueur des attaques. » Il est présumante toutefois que ce système tenait plus à son naturel qu'à des calculs d'humanité. La bataille de Nordlingen eût mieux profité à nos armes si le duc d'Enghien, malade de ses blessures et des efforts surhumains qu'il avait faits, n'eût été contraint de rentrer en France. La guerre continuait au milieu des négociations commencées depuis quatre ans par Mazarin. Ce ministre porta le gros des forces françaises dans les Pays-Bas, et le duc d'Enghien fut adjoint au duc d'Orléans pour diriger les opérations. Us assiégèrent Courtray, qui capitula. N'ayant pu forcer les Espagnols à une bataille, ils prirent Bergues, puis Mardick, où le duc d'Enghien fut blessé au visage d'un éclat de grenade. Le duc d'Orléans quitta l'armée, et le vainqueur de Rocroy , libre enfin de ses desseins, voulut tenter un grand coup : il fit le siège de Dunkerque. Les difficultés en furent immenses : l'armée espagnole était postée derrière lui; les tranchées, creusées dans le sable, étaient chaque jour dispersées par le vent. Dunkerque enfin capitula après vingt-six jours de travaux ( 1646 ). Enghien, ou plutôt Condé ( car il venait d'hériter de ce titre), fut le général qui fit à la France ce riche présent Le gouvernement, contrariant la direction de son génie, l'envoya en Catalogne (1647), où le vice-roi, le comte d'Harcourt, venait d'essuyer des re-
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yen. Condé reprit le fliége de Lérida, et fit ouvrir la tranchée an son des violons : c'était une mode de ce temps, qui faisait de la guerre une fête; mais le vainqueur de Bocroy en fut cette fois pour ses frais de musique ; après d'énormes pertes, le siège fut levé. C'était le premier revers qu'essuyât cet infatigable vainqueur. Il faut le louer cette fois d'avoir su placer le salut de son armée avant son orgueil. Cependant il ne repassa pas les Pyrénées sans quelque revanche : il prit la ville et le château d'Ager.
Condé fat rappelé, en 1648, dans les Pays- Bas; là il retrouvait ses troupes et un champ d'opérations plus approprié à son génie que la guerre dans les montagnes. Le maréchal de Gas- 8km, son lieutenant à Rocroy, venait d'être tué devant Lens, et l'archiduc Léopold menaçait déjà la frontière. Condé n'avait que quatorze mille hommes à opposer à l'archidoc. 11 débuta par la conquête d"Ypres, puis il marcha vers Lens, où campait Léopold; par une savante manœuvre, il fit perdre à l'ennemi la forte position qu'il occupait; il fit ses dispositions de bataille tout en simulant une retraite. La journée pourtant commença par un échec réel. Condé, abandonné, dans une panique, par son propre régiment, resta seul sur le champ de bataille, et faillit être pris par l'ennemi. Mais « tout ce qu'il y avait à foire , dit le maréchal de Grammont dans ses Mémoires , se présenta à lui en un instant » : H refit ses dispositions au pied d'une colline; puis il raffermit les plus ébranlés par d'énergiques allocutions : « Ayez bon courage! dit-il ; souvenez-vous de Rocroy, de Fribourg et de Nordlingen! » L'aile droite, où commandait Condé, fut la première victorieuse; à la tête du régiment de Yillette , il enfonça successivement , Fépée à la main , la ligne espagnole et les bataillons lorrains. Il recommença la charge deux fois. Rapidedeconception comme de mouvement, multipliant ses ordres sous le feu, se multipliant lui-même, il était partout avec la vitesse de l'éclair : « la promptitude de son action ne laissait pas le loisir de la traverser ». Ce fut une victoire éclatante, qui coûta à l'ennemi tout son canon, ses bagages, ses drapeaux, trois mille morts et six mille prisonniers. Lens Ait le tombeau de cette infanterie célèbre, déjà entamée à Rocroy. C'était la fortune de Condé, et comme un complément à sa gloire, de laisser de son sang sur tous ses champs de bataille. Atteint d'un coup de feu à Lens, il rat encore blessé devant Fumes, qu'il reprit aussitôt La paix de Westphalie fut signée avec l'empereur le mois suivant ( 24 octobre 1648 ). Elle fut avantageuse à la France; mais si Richelieu eût vécu encore, les victoires de Condé lui auraient sans nul doute profité davantage.
Après le drame de la grande guerre contre l'Autriche, vint l'épisode bouffon de la Fronde, où les héros se travestirent tout à coup. Condé et Turenne vont beaucoup perdre sur ce nouveau
théâtre. Cette lutte sanglante et comique commença par un conflit du parlement avec la cour. Les princes mécontents s'y jetèrent. La cabale des Importants, « ces mélancoliques, comme les appelle le cardinal de Retz, qui avaient la mine de penser creux » ; les Vendôme, le prince de Conti, le duc de Bouillon , puis Turenne se déclarèrent contre Mazarin, qui leur opposa tout d'abord Condé et son armée. La reine et son ministre sortirent de Paris, et le firent assiéger par if. te Prince, tandis que Turenne, égaré un instant par un amour doublement malheureux (voy. madame de Lohguevuxb), n'ayant pu débaucher ses troupes, s'enfuyait à l'étranger. Condé prit Charenton, où furent tués quatrevingts officiers de la Fronde. Il enleva encore quelques places autour de Paris. Son frère Conti, sa sœur, madame de Longueville, figuraient dans le parti des Frondeurs. De Retz peint à merveille et en quelques traits, dans ses Mémoires, la physionomie de cette guerre d'intrigue et de galanterie : « On voyait, dit-ii, les gentilshommes en foule à l'hôtel de ville, revenant du combat, entrer tout cuirassés dans la chambre de madame de Longueville, qui était toute pleine de dames. Ce mélange d'écharpes bleues, de dames, de cuirasses, de violons qui étaient dans la salle et de trompettes qui étaient dans la place, donnait un spectacle qui se voit plus souvent dans les romans qu'ailleurs. » Condé, contre son attente, fut près de trois mois devant Paris (1649). Son orgueil, ses duretés, ses emportements avec tout le mondeavaientlassélacour, qui l'employait. Par ses prétentions croissantes, Condé était devenu plus rebelle* que les Frondeurs. Il avait plusieurs grands gouvernements, et il en voulait encore ; il exigeait tout , s'emparait de tout Enivré de sa gloire, de sa grandeur, de ses richesses , il ne pouvait rien endurer de plus haut que lui ; au conseil il voulut avoir, aussi bien que Monsieur, son secrétaire et ses officiers derrière sa chaise. Il n'allait an palais qu'avec une escorte de gentilshommes armés; il fallait qu'on n'envoyât à l'armée ni général ni officiers qui ne fussent de son choix. « Il savait mieux , dit la duchesse de Nemours (1), gagner des batailles que des cœurs. Dans la vie ordinaire, il était si impraticable, qu'on n'y pouvait tenir; il avait des airs si moqueurs et disait des choses si offensantes, que personne ne le pouvait souffrir. De quelque qualité qu'on fût, on attendait des temps infinis dans l'antichambre de M. le Prince. Dans les visites qu'on lui rendait, il montrait un ennui si dédaigneux , qu'il témoignait ouvertement qu'on l'importunait. »
La reine et son ministre, poussés à bout, se décidèrent à l'arrestation de Condé. 11 leur fallut pour cela se réconcilier avec les chefs de la Fronde, et aller jusqu'à offrir à Retz le chapeau de cardinal. M. le Prince, son frère Conti et le duc de
(i) Mémoires de ta dmehesse de Itemeurs.
coudé
Longueville, mandés au Palais Royal pour assister au conseil, y furent arrêtés ( 13 janvier 1660). On les conduisit à Vincennes, pute à Marcoussy, et enfin au Havre de Grâce. Quand iia en sortirait, après plus d'un an, Coudé avait juré de pousser loin sa vengeance. « J'entrai dans cette prison , disait-il à Bossuet sur la fin de M vie , le plue innocent des hommes et J'en sortis le plus cou* pable. » La reine, de son coté, consultait des ce* suistes sur la manière de se défaire de M. le Prince. L'un des plus fameux répondit qu'elle le pouvait traiter comme un ennemi de l'État, criminel de lèse» majesté. si l'on on o*0** l6 cardinal de Rets, le maréchal d'Hocquincourt aurait proposé tout bonnement de l'expédier, en l'attaquant dans la rue, comme Jean sans Peur avait tué son cou* 8in d'Orléans. « Je vis d'Hocquincourt, dit le cardinal , à l'hôtel de Chevreuse, qui me conta familièrement tout le particulier de l'offre qu'il avait faite à la reine (1). » îousoes bruits arrivé» rent aux oreilles de M. le Prince , qui se fortifia dans son hôtel, et finit par sortir de Paris. La reine fit un manifeste contre lui. Il se préparait à la guerre, et pourtant, dit Sismondi, il ne s'y portait qu'avec répugnance. « vous le voulez, dit enfin Condé; mais sachet que si je tire l'épée, je serai le dernier à la remettre dans le fourreau. » C'étaient les femmes surtout qui pous* saient leurs amants dans cette mêlée. Jouet, comme les autres , de leurs passions mobiles , Condé se mit enfin à la tète d'une nouvelle Fronde , qui se proposa quelque chose de plus que l'expulsion de Mazarin.
Quels étaient donc alors ces desseins de Condé? Qif entrevoyait-H au bout de cette voie scabreuse où il s'était précipité? D'après l'aveu que son repentir fit à Bossuet, d'après les paroles adressées par la reine à Turenne après le combat de Gien : « Vous venez de replacer la couronne sur la tête de mon fils ; » d'après les insinuations de Coligny et d'autres indices encore, on peut supposer que M. le Prince ne visait pas à moins qu'à détrôner Louis XIV. Mais oe projet fut-il arrêté dans son esprit, ou bien n'y euMI là pour lui qu'une possibilité et une espérance • c'est là ce qu'on ne saurait décider, n'oublions pas toutefois qu'il était poussé par tons les aiguillons de l'orgueil et de la vengeance , qu'il haïssait la reine mortellement et la soupçonnait d'en vouloir à sa vie. Pour un homme de l'ambition de Condé et pour un parti tel que le sien, la longue stérilité d'Anne d'Autriche , sa maternité si tardive devaient rendre bien suspecte la légitimité de Louis XIV. Si Condé, vainqueur de Turenne à Gien , se rot trouvé maître de la reine et de ses enfants, la tentation pour lui eût été bien forte de forcer le parlement à les déclarer illégitimes et à déférer la couronne
(i) On peut rappeler ici, a l'honneur ée Condé, q«Tnsutté en plein parlement par de ReU, dans la séance du 19 août, U arrêta le bras de se* amis, qui voulaient tner le cardinal sor la place.
à Gaston, qui était son héritier. Quoi qu'il en soit deees conjectures, si Condé n'eût pas jiortéiamaia sur la couronne même , on ne peut guère douter qu'il n'eût démembré le royaume, en faisant de son gouvernement de Guyenne le eentre d'une souveraineté indépendante au delà de la Loire. En effet, M. le Prince avait obtenu, en sortant de sa prison, le gouvernement de Guyenne; il en profita pour aller s'établir à Bordeaux, et entama des négociations avec l'Espagne. Nous trouvons dans une lettre inédite de Condé au maréchal de Grainmont, son ami, alors gouverneur du Roussillon , cette amère confidence de ses ressentiments i
« Bordeaux, 18 septembre IftSi.
« Jo m'assure que vous me connoissez assez pour croire que voua ne doutez pas du déplaisir que i'ay de me voir réduit par me3 ennemis à prendre les résolutions que j'ai prises. Mais enfin il y va de ma vie, de mon honneur, et par conséquent de tout. Vous êtes témoin de toutes mes pensées, et vous savez que je ne me suis résolu à faire ce que j'ai fait qu'à l'extrémité. Mais puisqu'on m'y a forcé, j'agirai de sorte qu'on se repentira de m'y avoir poussé ; et à vous, à qui je ne puis rien celer, je vous dirai que je n'épargnerai rien pour sortir glorieusement du pas où je suis. J'en ai assez de moyens, et j'ai assez peu d'estime pour mes ennemis pour ne les guère appréhender. Je souhaite avec passion, dans ces fâcheuses rencontres, qu'il ne se passe rien qui puisse diminuer notre amitié. De mon côté, je ferai tout ce que je dois pour cela, et je ne doute pas que vous ne fassiez de même du vôtre (1) >
Condé, si Ton en croit un écrivain anglais de cette époque (2), aurait proposé alors à Cromwetl de se faire huguenot , comme l'avaient été ses pères, pour acheter l'assistance des Anglais.
La guerre commencée, il fit attaquer Cognac, s'y rendit lui-même, et n'y put réussir. 11 échoua de même devant la petite place de Miradoux. Près d'Auvillars, il fut surpris par le comte d'Harcourt, et eut un nouvel échec : ce fut une campagne peu digne de Condé. Il menait au feu, il est vrai, de nouvelles levées, qui combattaient mal et résistaient fort peu. Réduit à s'enfermer dans; Agen, où les bourgeois élevèrent des barricades contre ses troupes, Condé se résolut à quitter le midi et à regagner la Loire, où son parti était plus fort. II fit plus de cent lieues déguisé , à travers bien des risques, souvent près d'êtrsj enlevé par des détachements ennemis. Enfin, il rejoignit les ducs de Nemours et de Beaufort, campés avec quinze mille hommes près d'Orléans.
Le maréchal d'Hocquincourt, qui commandait les troupes royales, venait de les mettre en cantonnement près de Bléneau. Condé le surprit
(1) Coll. d'autographes de M. Rtthery.
(1) Bernet : Hi$t. 4* mon tmpt.
COUDÉ
t ta ttH (lA59),et par les plus rapides attaques toi enleva céttq de soi quartiers. Il l'eût écrasé tout à fret; mais Turent*, détaché des Espagnoèi, vttathVle rentrer en gréée, érénement fleèeux pour Coudé et qui était le ftit de ses habitudes hauhrinea t toujours itnpotftkrae dans son orgueil, il n'avait pas en ménager Tureane, Madame de Longueville, de son coté, avait mal aooiieiiti eea hommages , ou plutôt s'était Jouée de sa passion. Cela leur coula, bien eher; oar par Tureane, Gondé sans doute eut
Itorenue accourut, ignorant l'arrivée de M. le Prince, et se portant vers une éminence, il observa Isa mouvements de rennemi; puis, après un moment de réflexion, Il dit à ses officiers: « M. le Prince est arrivé, c'est lui qui commande cette armée. » Ce fut alors que les deux plue atandscapiUines du siècle commencèrent cette** vante lutta, qui dura cinq ans. n ne restait pas à Turenne quatre mille hommes pour défendre Gien, où se trouvaient le roi et la cour. Condé en avait quinze mille. Il y avait antre eux un marais traversé par une chaussée où deux bataillons se tenaient à peine de front. Turenne fit un mouvement de retraite, pour attirer son adversaire dansée mauvais pas. Condédonaa dans le piège, y laissa une partie de son avantgarde, et recula sous un feu meurtrier. « Vous venez, dit Anne d'Autri- « ehe à Turenne, de remettre une seconde Ibis la couronne sur la tête de mon fila. » Condé essuya un nouvel échec dans Étampes, oh l'ennemi lui tua plus de mille hommes et força les faubourgs. Qu'était devenu le vainqueur de Rocroy? Condé, on le voit, n'était plus lui-même; il avait perdu son coup d'coil avec sa vertu : sa conscience troublait son génie (1).
Maltraité de la sorte par Turenne, M. le Prince se jeta dans Paris. A l'approche de son adversaire, il tenta un coup de main sur SeinM>enis ; mais il n'avait avec lui que quelques gentilshommes et les gens des faubourgs ramassés par le duc de Beaufort. Cette cohue lâcha pied dès les premières décharges, et laissa Condé presque
(1) Vold quelque» passages d'une lettre Inédite de Condé à Gaston d'Orléans, qui serviraient de preuve authentique des retattom qu'il entretenait dea oeil» époque avec Itt
Espagnols au nord et au aUdi » Dans les résolution*
qui ont été prises* Je n'ai point balancé a suivre le parti qu'on m'a témoigné être aut souhaits et dans l'Intérêt de Votre Altesse Royale, que Je préférerai toujours è tous teeeaieas. Malt, MOMoIftjntur, pardouMs-oiot si jetait dis qu'on a compromis Ici toutes ses affaires, et qu'on a rendu, par une conduite qui ne se peut concevoir, une affaire tore, et ta plut glorieuse et ta ptaa utile do monda pour vas Intérêts et poar oeoi du parti, quart perdue. Et J'oae assurer Votre Altesse Royale que tout se perdra st, par me conduite plus vigoureuse, on ne répare toa fautas passées, «t si on ne songe de bonne heure à s'ateurer tas postes de la rivière de Seine, de Loire et de Marne ; oar ce seroit tromper Votre Altesse Royale que de loi dire qu'on puisse demeurer dans le pays sans eatobtir la communication mveo la Fkmdrë par lea passages de Seine et de Marne, et avoir l'entrée dans la province de delà, sans avoir un poste sur la Loire.... (*). »
(*) CM. itantoprtphm de M. Am Mm*.
senl. Il réunit quelques bonnes troupes , renouvela t'attaque, et réussit.
L'armée des princes s'approchent de Paris, Condé en reprit le commandement; Il établit son quartier à Saint-Cloud, en rnaiMMirrant sur les deux rives de la Berne. Les mouvements de Turenne le déridèrent a se porter sur Charenton. Il suivait ce qu'on a nommé depuis Chemin de la Révolte, quand Turenne l'atteignit comme il touchait an faubourg Saint-Antoine, et le força d'accepter le combat. Trois des rues principales en furent le champ de bataille (5 juillet 165*). Ce fat moins une action en règle qu'une lutte corps a corps et une furieuse mêlée d'hommes et deehevaux. Le choc dura du matin jusqu'au soir. Condé, à la tète de cinquante de ses plus braves gentilshommes, combattit jusqu'à rendement Les Parisiens s'émurent en voyant, du haut des remparts, M. le Prince couvert de sang et de poussière. U entra dans on jardin , Jeta son casque et sa cuirasse, et se roula nu sur le gaion pour essuyer ta soeur dont il était baigné. Le maréchal de La Ferté ayant rejoint Tarenne vers midi avec de l'artillerie , Condé et son parti allaient être écrasés, lorsque Mademoiselle, fille de Gaston, qui alors était éprise de M. le Prince, fit ouvrir les portes de la ville, puis elle monta snr les tours de la Bastille, et au nom de son père At tirer le canon sur les troupes du roi. Ces coups de canon , qui tuèrent, selon le mot de Mazarin, le mari de la princesse, sauvèrent Condé, qui, triompliant dans sa défaite, traversa Paris et la Seine, et alla camper sur l'autre bord.
Mademoiselle raconte ainsi, dans ses Mémoires, quelques épisodes de ce combat bfearre et meurtrier. Elle fit appeler Condé dans une maison où elle se trouvait, près de la Bastille. « n m'y vint voir, dit-elle, dans un état pitoya* Me. 11 avait deux doigts de poussière sur le visage, ses cheveux tout mêlés ; son collet et sa chemise étaient pleins de sang, quoiqu'il n'eût pas été blessé ;. . . sa cuirasse était pleine de coups, et il tenait son épée nue à la main, ayant perdu le fourreau. — « Vous voyez, me M- il, on homme au désespoir ; j'ai perdu tous me? amis, MM. de Nemours, de La Rocliefoucauld, de Clincharaps, tous blessés à mort... » Il était tout à toit affligé, lorsqu'il entra; il se jeta sur un siège; il pleurait, et me disait : « Pardonne* à la douleur ou je sois. »
Condé se porta aux prus violents excès pour décider Paris à faire des sacrifices à sa cause. Mécontent de l'hôtel de ville, il le fit prendre d'assaut par la populace, qui égorgea plusieurs échevins. Cependant la Fronde touchait a l'agonie: divisés d'intérêt entre eux, fatigués de tant d*mtrignes,)a plupart des frondeurs n'attendaient plus que l'occasion pour traiter avec Mazarin. L'amnistie parut bientôt, et le cardinal prit le parti de sortir encore une fois du royaume pour faciliter la conciliation. Mais Condé, pour sa part, y était peu disposé, car il était allé bien loin pour
CONDÉ
revenir snr ses pas. Furieux d'avoir manqué le but auquel il avait cru toucher, aigri par l'abandon de ses partisan», par les sarcasmes des pamphlétaires, il exigea des sûretés, de grands dédommagements; il fit ses conditions si dures, que tout accord avec lui fut impossible. Alors il entraîna dans sa cause quelques troupes, un assez grand nombre de gentilshommes , et rejoignit le duc de Lorraine, qui s'avançait sur Paris. Leurs forces réunies s'élevaient à quatre-vingts escadrons et huit mille hommes de pied. Turenne en avait à peine la moitié; mais il manœuvra avec tant d'art autour de Paris, qu'on ne put Tentamer. Condé s'éloigna; et quand le roi, rentré au Louvre, publia une seconde amnistie ( octobre 16&2 ), M. le Prince avait passé la frontière , après avoir enlevé plusieurs places chemin faisant. Peu de temps après, il étaitgénéralissime des armées espagnoles, tandis qu'un arrêt du parlement le déclarait criminel de lèse-majesté et traître envers l'État.
Nous nous arrêterons peu sur cette triste guerre, où le destructeur des vieilles bandes espagnoles devint un émigré mercenaire, à la solde de Philippe IV. Doit-on compter dans sa gloire militaire ce qui laisse une tache sur sa vie ? La Yillede Rocroy, qu'il reprit pour le compte de l'Espagne, comme pour désavouer sa propre gloire, la belle retraite qu'il fit devant Turenne près d'Arras, sans être entamé (1654) ; son entrée dans Cambray, assiégé par Turenne (1654) ; la levée du siégé de Valenciennes, dont il força les lignes (1656), sont autant de beaux faits militaires, mais qu'on aimerait mieux effacer de son histoire. Dans cette partie presque toujours égale, et qui dura plus de six ans, Turenne et Condé entretinrent une correspondance, se donnant des témoignages d'estime et d'admiration sur leurs mutuelles opérations (1). Condé cependant fut vaincu par Turenne à la bataille des Dunes (1658). Mais il avait prévu la défaite ; c'est qu'H n'était plus le maître alors , et qu'il subissait chez l'étranger le sort réservé à tous les transfuges : don Juan d'Autriche voulut combattre, sans écouter ses avis; ils n'avaient point d'artillerie, et point d'espace pour se déployer. « Jeune homme, dit Condé au duc de Glocester, une heure avant le combat, vous n'avez jamais vu de bataille; vous allez voir bientôt comme on en perd une. » L'aile gauche, où était Condé avec ses gentilshommes, lutta la dernière et longtemps. Les négociations, peu de
(1) 11 paraît toutefois qu'une dépêche écrite par Turenne à Mazarlo, à t'oecaslon d'une retraite de Condé, Ait Interceptée et tomba aux m a lu* de ce dernier, qui, s'en trouvant blessé, écrivit à Turenne une lettre furieuse, qui fit cesser leurs rapports éplstolafres.
Où lit encore que Condé ayant envoyé au rot des drapeaux français tombés dans ses mains, en lui écrivant « qu'il n'avait pu souffrir que les fleurs de Us servissent de trophée aux Espagnol* », le roi les lut renvoya avec cette réponse : « qu'il était si rare de voir les Es* psgnols battre les Français, que lorsque cela leur arrivait. Il ne fallait pas leur «ter le plaisir d'en garder les «arques. » Mim. 4ê MonlgUU, p. M*.
temps après, s'ouvrirent entre les deux couronnes. Condé en était l'nne des grosses difficultés : « Écoutez, dit Bossuet , quels furent ses ordres : il mande à ses agents dans la conférence, qu'il n'est pas juste que la paix de la chrétienté soit retardée davantage à sa considération : qu'on ait soin de ses amis; quant à lui, qu'on lui laisse suivre sa fortune. Mais quand les choses change rentalors, et que l'Espagne lui voulut donner Cambray ou ses environs, ou le Luxembourg en pleine souveraineté, il déclara qu'il préférait à ces avantages, et à tout ce qu'on pouvait jamais lui offrir de plus grand, son devoir et les bonnes grâces dn roi ».
tfrantau devoir, on pourrait répondre qu*U était bien tard pour s'en souvenir. En réalité, Condé était las de sa vie d'émigré. L'Espagne, de son coté, se soudait peu de lui faire à ses dépens une souveraineté dans les Pays-Bas. La cour de France, d'autre part, ne voulait à aucun prix voir couronner à sa porte un prétendant si redoutable, qui eût pu donner naissance à une nouvelle maison de Bourgogne. On préféra donc hisser rentrer Condé et ses amis. La paix des Pyrénées fut signée alors, et l'on vit avec étonnement rétablir dans tous ses honneurs auprès du trône l'homme qui l'avait si violemment ébranlé.
Partant des Pays-Bas, Condé traversa la France, et alla en Provence, où le roi et sa mère se trouvaient alors. Il leur demanda, un genou en terre, le pardon de ses fautes. « Mon cousin, lui répondit le jeune roi , après les grands services que vous avez rendus à ma couronne, je n'ai garde de me souvenir d'un mal qui n'a causé de dommage qu'à vous-même. »
Louis, néanmoins, en garda bonne mémoire, et il est à présomer que Condé, confiné à Chantilly, n'eût jamais revu les champs de bataille si Turenne ne se fût brouillé avec Louvois. Les antipathies du ministre passant naturellement avant celles du roi, Condé fut préféré à son ancien adversaire pour commander les troupes dirigées contre la Franche-Comté. Spectacle étrange ! il marcha contre cette année espagnole qu'il avait commandée à quelques années de là. C'était en effet une guerre nouvelle contre l'Espagne. Condé entra dans la Franche-Comté (1668)1; il assiégea Besançon, Dole, et les fit capituler. Au bout de trois semaines, la province fut soumise.
Cette conquête dut le réconcilier arec le rot; et cependant quand la Pologne, émue de cette grande renommée, jeta les yeux sur Condé pour succéder à Casimir (1669), Louis XIV fit agir en secret pour empêcher cette élection. Était-ce rancune , ou désir de conserver un tel général à ses armées? Peut-être aussi ne se sentait-il pas la générosité de procurer une couronne à celui qui s'était vu si près de disposer de la sienne. Il lui était permis de croire aussi qu'un homme de l'humeur impérieuse de Condé ne se plierait guère à sesdesseins. En effet, ce grand général était fait
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pour 1a guerre, et non pour le gouvernement, et il n'en avait pas fini avec les champs de bataille. Le roi retrouva bientôt l'occasion de l'employer : 0 lui donna à commander l'on des quatre corps destinés à marcher contre la Hollande (1672). Coudé s'avança entre laMense et le Rhin, et assiégea d'abord Wesel, qui était la clef de la Hollande; cette place etplusieursautres capitulèrent. Ce prince alors tenta le passage du Rhin auprès d'une vieOle.tour qui servait de bureau de péage. Comme il sortait de son bateau, il eut le poignet fracassé d'un coup de pistolet. Transporté à Utrecht, il y P&wa une partie de Tannée 1673, pour la garde des provinces conquises.
La France, abandonnée de ses alliés l'année suivante, ayant à faire tète à une coalition formidable, mit sur pied quatre armées. Condé fut chargé d'opérer contre les Hollaudais avec quarante mille nommes, tandis que Turenne combattrait les Impériaux sur le Rhin. Le prince d'Orange, fort de soixante-dix mille hommes environ, gagnait du terrain, et venait de se joindre aux Espagnols. Condé, attentif à ses mouvements, s'élança sur son arrière garde à Senef (1674) ; comme elleétaitengagée dans un défilé, il l'écrasa après un choc furieux. Le prince d'Orange étant revenu en arrière au bruit du canon, Condé r atteignit, et le fit reculer avec une énorme perte. H le poursuivit jusqu'au village du Fay, où s'engagea un troisième combat. Les alliés étaient postés sur une hauteur, gardés par un marais et un bois, protégés par un château. Condé voulut emporter cette position. Ce fut une faute qui lui conta cher en soldats : la perte, égale des deux côlés, s'éleva à vingt-cinq mille hommes. Tout davantage des Français fut dans les prisonniers et les bagages qu'ils enlevèrent, à l'ennemi. Le vieux Condé, tout perclus de goutte, combattit avec l'ivresse d'un jeune homme. 11 eut son cheval tué sous lui dans la mêlée, et il voulait encore aborder l'ennemi le lendemain. D sut toutefois manœuvrer de façon à faire lever au prince d'Orange le siège d'Oudenarde, qu'il avait commencé. Turenne à ce moment ayant été enlevé à la France (1675) , M. le Prince fut envoyé sur le Rhin pour le remplacer. H manœuvra pour secourir Haguenau, Saverne, et parvint à éloigner Montecuculli. On rapporte qu'il dit en prenant le commandement de cette nouvelle armée : « Je voudrais bien causer deux heures avec F ombre de Turenne sur les affaires de ce pays. »
Ce fut la dernière campagne de Condé; sa santé exigeait le repos. Le roi d'ailleurs ne lui avait point pardonné tout le sang répandu à Senef. Folard, écrivain militaire', caractérise ainsi Condé : « Incapable de céder, quelque obstacle qu'il rencontrât dans la poursuite de ses desseins; d'un esprit extrêmement vif, tout plein de feu, de ressources et de lumières, d'un coup d'œU admirable; impérieux, quelquefois violent dans le commandement, plus encore dans l'action, ottiil suivait assez volontiers les jroies raeor-
. BJOCR. GÊNER. — T. XI.
trières. » Un autre contemporain, Saint-Évreroond, met ainsi en regard Turenne et Condé : « Vous trouverez en M. le Prince une lumière vive, nette, toujours présente... jamais incertain dans les conseils, prenant son parti mieux qu'homme du monde; l'autre se faisant un plan de sa guerre, disposant toutes choses à ses fins.... L'activité du premier se porte au delà des choses nécessaires...; l'autre n'oublie rien d'utile, ne
fait rien de superflu Mais il ne prend pas
si bien dans l'action ces temps imprévus qui font gagner pleinement une victoire; c'est par là que ses avantages ne sont pas entiers.... M. le Prince a des lumières plus présentes et l'action plus vive; il remédie lui-même à tout, rétablit ses désordres et pousse ses avantages.... Sa vertu n'a pas moins de lumière que de force...; mais, à dire la vérité, elle a moins de suite et de liaison que celle de M. de Turenne. »
Tous les contemporains qui nous parlent de Condé, s'ils sont d'accord sur le guerrier, ne le sont point autant sur l'homme. Il faut que l'histoire retranche une partie de ces perfections que Bossuet lui attribue ; mais il faut se défier tout autant de lapassionde ses détracteurs. Saint-Simon, si suspect dans sa probité haineuse, la duchesse de Nemours , belle-fille et rivale de madame de Longueville, le comte de Coligny, le bras droit de Condé dans la Fronde , son confident pendant l'exil, et son ennemi depuis leur retour. Tous ces personnages (le dernier surtout) ont beaucoup maltraité, dans leurs Mémoires, le vainqueur de Rocroy. Il n'est guère de torts ni de vices dont ils ne l'accusent II est vrai que sa gloire précoce l'enivra, et son orgueil fut la source de ces fautes qu'aucune gloire ne peut plus effacer. Plus tard, revenu de ses idées d'ambition, il fut pris, avec l'âge, de la passion des richesses. Coligny l'accuse de mœurs abominables, et en fait serment sur son missel; mais ses expressions témoignent de toute la violence de sa haine. A l'en croire, Condé était ingrat et malfaisant avec une sorte de volupté ; « il mitonnait y dit-il, son ingratitude ». D'autres parlent, au contraire, du vif attachement de M. le Prince pour ses amis : quoi qu'en dise Coligny, il stipula leurs intérêts comme les siens propres, lors du traité des Pyrénées. Mademoiselle de Montpensier nous a dit qu'au combat de Saint-Antoine u\ sanglotait de douleur d'avoir vu tomber plusieurs de ses amis à ses cotés. Les lettres , les rapports militaires de Condé font valoir généreusement la part que Turenne, Sirot, Gassion, ou Grammont eurent à ses victoires. On dit même que, pressé d'écrire ses mémoires, il s'y refusa, en alléguant pour raison qu'il serait forcé de dire du mal de trop de gens.
Usé prématurément par les travaux de te guerre, par ses vicissitudes et ses passions r Condé, sur la fin de sa vie, se retira presque tout à fait à Chantilly, qu'il embellit encore, et où il avait, au temps de sa jeunesse, passé de si
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agréables jours. 11 y reprit son goût pour les lettres et les belles conversations. Il avait eu de tout temps le sentiment de la poésie et du sublime en toutes choses : il pleurait d'admiration au* tragédies de Corneille. La Bruyère et Santeoil faisaient partie de sa maison. Il aimait à posséder à Chantilly, comme il recherchait a Venelles , Racine, Molière, La Fontaine, Bofleau ; fl s'intéressait à leurs ouvrages, goûtait leurs entretiens, les protégeait, leur faisait des pensions; mais il resta avec eux toujours enclin au sarcasme et aux emportements. Aussi Boileau dfsahVil on Jour, après avoir essuyé «ne de ses boutades : « Je ne discuterai plus avec M. le Prince quand il aura tort. »
Dans ses dernières années, eeM versBossuet que le héros inclina. Il se laissa ramener a la religion par cette grande voix qui devait se faire entendre sur son cercueil, et qui fat si utile à sa gloire ; car l'effet de cette parole ne s'est plus effacé ; l'orateur en quelque sorte s'est imposé a rhistoire : le Coudé populaire de l'oraison funèbre nous est resté dans le souvenir. 11 aconservé dans la mémoire des hommes cet air de grandeur, cette pose héroïque qui nous frappent dans lediscoursdeBossnet L'histoire à son tour l'a appelé le grand Condé,; cependant elle ne ta point rangé parmi les hommes du premier ordre, parmi ceux qui, tels qu'Alexandre, Oésar, Frédéric, Gustave, Napoléon, ont joint de grandes vues politiques à de grandes innovations éans la guerre. Condé ne fut point un novateur, un chef d'école dans l'art nnlitaire , bien qu'à son école se soient formés d'excellents généraux. L'on des plus célèbres écrivains de nos jours, en rapportant, dam un livre sérieux et charmant que nous avons cité (1) , la bette manœuvre de Rocroy, nous a dit que cette manœuvre inaugura une nouvelle école guerrière. Ne seraSt-ce pas donner une portée exagérée à l'un de ces aperçus rapides du champ de nataflle, « un de ces moyens, comme dit Feuquières, qu'on ne trouve qu'au moment du combat », et où la spontanéité du coup d'o*fl a plus de part que la science. Condé seranVil le premier qui, eût. pris r ennemi a revers, et par le plus court chemin , pour le placer entre deux feux ? 11 avait à secourir une de ses ailes mine en déroute; le temps pressait, et il opéra son mouvement avec l'impétuosité et l'à-propos qui caractérisaient ses attaques; mais on n'y voit point apparaître un principe nouveau , une de ces lots de la guerre qu'il soit bon d'appliquer dans les mêmes circonstances. Parexemple, supposez au lieu de Condé , un général moins opiniâtre et moins ardent , et voulant percer comme lui jusqu'à la dernière ligne 'espagnole : la résistance eût été plus longue et le centre de l'ennemi, derrière lequel Condé passa comme la foudre, aurait eu le temps de Changer de front et de loi barrer le chemin : psi conséquent il n'eût point
(0 £a Jeunesse de Madame de UmgneviUe, par M. Victor Cousin.
secouru son aile droite en temps utile, et, coupé lui-même dans son mouvement, il eût peut-être payé cher le coup d'audace de aa manœuvre. Le succès de Condé à Boeroy tint donc bien plus à l'occasion saisit et à sa bouillante valeur qu'à l'application d'un principe nouveau. 11 est à eroire en effet que ce principe n'eût pas échappé è l'attention des théoriciens; et bobs ne voyons pas qu'aucun d'entre eux ait vu dans Condé le créateur d'une nouvelle école; aucune invention, aucun perfectionnement de l'art no lui sont attribués. D a fait ses disposition* do combat et rangé ses troupes selon l'ordre en usage avant lui; le général Lamarque prétend même (article Bataille, dans Y Encyclopédie moderne) que « Condé innova moins que Henri IV «.
Le parallèle ingénieux que M. Cousin établit, dans le même livre, entre les prennère* campagne* de Condé et les campagnesdltaliede Napoléon ne semblera-t-H pas aussi par trop flatteur pour Condé ? Condé eut pour adversaires, cela est vrai, les plus grands généraux de l'Allemagne, Mercy HontecuculH , supérieurs à ceux que Napoléon eut à combattre en Italie ; mais on ne doit pas oublier que Condé n'avait pas encore vaincu Mercy, quand ce grand tacticien tomba frappé d'une balleà NbrdKngen, et que plus tard il n'ont que l'honneur d'arrêter les succès de Monteoncolti. Condé, d'ailleurs, combattit toufuors à forces égales, ou à peu près , tandis que le vainqueur de Rivoli écrasa coup sur coup quatre armées. La première campagne d'Italie, qui ne fut qu'us préfuée pour Napoléon, offre à eue seule autant de bataflles que la vie de Coudé tout entière. Terminons donc : Condé fit mieux que (V exposer sa vie gaiement, comme l'a ékX nu historien dépourvu d'autorité; mais ses opéra* tions n'ont eu rien de nouveau pour la science; il n'a rien inventé, rien perfectionné dans la guerre. Napoléon, au contraire, qui ne ae vantait pus d'à* voir fondé une nouvelle école, qui disait n'avoir fait qu'appliquer des principes éternels, < d'Alexandre, de César, de Gustave, de 1 de Frédéric , Napoléon innova tant dans la \ tique, qu'il déconcerta tous les calcula de ses ennemis.AinsI, malgré ses talents innés pour ht guerre, ses illuminations (1) et non admirable valeur, il ne faut pas mesurer Oendéaur Unième échelle qoe Napoléon.
Mém. de ijmet. - Mémoires de madame de Motteville, - Mém de la drtheeee de Remania. - Memu du eamte deCettgay. - Mém. de U aaahefamanld. -Ta* lemaot des Aéaui. — Mem.au cardinal de ReU. — Menu du comte de Orammoot. — Mém. de Mademoiselle. — Lettres de madame de Sévlffné. — «rwlao» AtnUrm ée aemwet. - <h*ncy, êNtf. mit - M. Umaln, Mittoire de madame de IxmgmevUie.
ce* Dé (HenrWules un Bocuon, prince ne), sus unique du grand Condé, né en 1643, mort eu 1709. Sa mère. Clémence de Maillé, lui fit jouer
(t) Mot te Boaaoet dan» foratoon ftmebrc de Coudé.
CONDE
tout enfant on rôle dans la Fronde , tandis que son père était prisonnier de Masarin (1650). Les princesses de Coudé (mère et fille) étaient à Chantilly lorsqu'y arriva un gentilhomme ordinaire du roi, avec ordre de conduire en Berry la jeune duchesse et son fils. Une de ses femmes, se faisant passer pour sa maltresse, avec un enfant supposé, parvint à abuser pendant huit jours cet envoyé du roi, tandis que le duc d'Enghien et sa mère, voyageant de nuit, s'enfuyaient au delà de la Loire, empruntant, faute de relais, les chevaux des gentilshommes le long du chemin. Après s'être enfermée dans le château de Montrond, en Berry, la princesse poussa jusqu'à Bordeaux, résolue de soulever le midi (1). Elle partit de la forteresse à minuit, montée en croupe derrière le comte de Collgny, et le petit duc porté entre les bras de son écuyer Viaias. Ils trouvèrent en chemin les ducs de Bouillon et de La Rochefoucauld, accourus à leur rencontre, à la tète de quelques escadrons. Leduc d'Enghien, qui avait sept ans, passa dans leurs rangs le chapeau au poing, et débita l'épée nue ce petit compliment à leur chef : « Je n'ai, en vérité, {dus peur du Maseru» , puisque je me trouve ici avec tant de braves gens, et je n'espère la liberté de mon bon papa que de leur valeur et de la vôtre. » Clémence et son fils s'embarquèrent sur la Dordogne, et arrivèrent à Bordeaux, où le peuple brisa les portes pour les recevoir. La nouvelle Fronde, maltresse de Bordeaux, mit tout en jeu pour s'y défendre contre l'armée du roi, qui s'avançait.
On voyait la princesse de Condé avec son fils et ses dames porter de la terre aux retranchements dans des paniers ornés de rubans. Après un siège de quatre mois , Clémence de Maillé traita , et sortit de Bordeaux sur sa galère avec ses dames et son fils. Trois ans après ( 1654), Os rejoignirent le prince de Condé dans les Pays- Bas. Le duc d'Enghien se trouva à la bataille des Dunes à la tète de son régiment. Il s'annonça brillamment dans cette carrière qui lut la seule gloire de Ai maison. Rentré en grâce comme son père, le duc d'Enghien servit dans l'armée de Flandre ( 1667 ) , en Franche-Comté ( 1668 ) , et dans la guerre de Hollande (1672). Il passa le Rhin avec son père, combattit à ses cotés à Senef, y fut blessé comme lui, et lui sauva la vie, en aidant le comte d'Ostain à le replacer sur son cheval. Mais il n'eut point le bonheur de rencontrer d'antres occasions pareilles , et les souvenirs que son nom réveille ne sont pas tous du génie liéroïque. La bizarrerie de son humeur, son avarice, ses vapeurs et les attentions ridicules qu'il donnait à sa santé, le rendirent la fable de la cour.
(I) L'expédition de U princesse de Condé est racontée dans les Mémoire* de Pierre Lenet, on des partisans de sa Maison, mec nn prodlgleui Intérêt. « Anenn livre, dit SiânoondJ, •« fait mieux connaître l'état et les mœurs de la France * Cette campagne de six mots lui fodrnit ja maUére de deui ▼olumcs.
Voici le portrait de ce prince, tracé par le plus grand maître en ce genre, le duc de Saint-Simon ; « C'était un petit homme très-mince, trèsmaigre , dont le visage, d'assez petite mine, nt laissait pas que d'imposer par le feu et l'audace de ses yeux. Personne n'a eu plus d'esprit, et de toutes sortes d'esprit, ni rarement tant de savoir, en presque tous les genres , et pour la plupart à fond. Jamais encore une valeur plus franche et pins naturelle , ni une plus grande envie de bien faire; et quand il voulait plaire , jamais tant de discernement, de grâce , de gentillesse r de politesse, de noblesse , tant d'art caolié coulant comme de source.... Jamais aussi tant de talents inutiles, tant de génie sans usage, et une si continuelle et si vire imaginât on, uniquement propre à le rendre son bourreau et le bourreau des antres.... Fils dénaturé, cruel père, maître détestable, pernicieux voisin , il fit le malheur de tous ceux qui eurent avec lui quelques rapports (i). » Les singularités de ce personnage ont défrayé tous les Mémoires du temps ; il finit par être atteint de la plu» bizarre des folies : il se persuada qu'il était mort, et concluait de là qu'il ne devait plus manger. Un médecin cependant réussit à lui faire croire que les morts mangeaient quelquefois ; et il fit apparaître devant lui des gens couverts de liuceuls qui se mirent à table et firent grand honneur au souper; vaincu par leur exemple , il finit par faire comme eux. La fantaisie lui prit ensuite de peser tout ce qui sortait de son corps. Tel Ait le fils du grand Condé. An. Rénén.
Mémoires de 6alnl*ttanen. *- Némoèr** de la do* cnesse d'Orléans. — Journal 4e Pangeaji.
cojiDat (Uws-JotepÀ de ftwaaoN, prince de )„ général français , né à Chantilly , le 9 août 1736, mort le 13 mai Jfitf. Son père, le duc de Bourbon qui avait succédé au duc d'Orléans comme premier ministre de Louis XV, à peine majeur, le laissa orphelin à trois ans. Q eut pour tuteur le comte de Charolais, son onde. Dès l'enfance, le prince de Condé fut dirigé ver» tes études militaires, mais sans négliger les autres branches de connaissances. Jl acquit une instruction élastique approfondie 2 jusque dans ses dernières années, i) conserva le goût des lettres, et il aimait à citer les auteurs anciens. U écrivit même une vie du grand Condé, le plus illustre de ses aïeux. Pans ce travail, œuvre de sa jeunesse, le prince de Condé n'hésite pas devant la vérité, dit-elle être une censure pour le héros dont il descendait; il inflige un hjaine sévère à la dureté inhumaine et despotique de Louvois ; il montre en plus d'un passage uu libéralisme d'idées qui étonnerait peut-être bien des lecteurs, et qui témoigne de l'esprit éclairé qui avait présidé à son éducation.
(1) Il ne fnt pas moins Impitoyable qne son père pour rWortunée Clémence de Maillé, sa mère, qui avait donné tant de preuves de dévouement à leur maison. Le AU, pour s'approprier ses biens» la lalwa mourir dans la prison où le mari l'avait enfermée.
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La guerre de sept ans vint offrir au prince de Condé l'occasion de joindre la pratique à la théorie. Il y fit preuve de talent et de bravoure , notamment à la bataille d'Hastembeck, et à celle de Johaiini&berg ( 30 octobre i 762 ), dans laquelle il eut à combattre le prince héréditaire de Brunswick, à peu près du même âge que lui, et commençant sa carrière avec le même éclat. A dixsept ans, le prince de Condé avait épousé M"e de Rohan-Soobise, qui mourut à la fleur de Tage, en 1760. Elle lui. laissait deux enfants, le dut de Bourbon et la princesse Louise. Pendant la longue période de paix continentale commencée en 1703, le prince de Condé continua de s'occuper particulièrement de Tannée. ,11 s'opposa fortement à l'adoption de la discipline du Nord et de la bastonnade, que le comte de Saint- Germain, ministre de la guerre, voulaitjntroduire en France, et il se montra toujours disposé à élargir les voies d'avancement pour les officiers qui n'étaient pas nobles. Dans l'affaire des parlements, en 1771, il signa la protestation des princes contre le chancelier Maupeou. En même temps le prince de Condé se plaisait à embellir sa magnifique résidence de Chantilly, où il fit la réception la plusaplendideà d'illustres visiteurs : l'empereur Joseph II, le grand-duc de Russie, depuis Paul Ier, Gustave m, roi de Suède, et le prince de Brunswick, son ancien adversaire. Par une attention courtoise, le prince de Condé avait lait ôter les canons, trophées et souvenir de sa victoire de Johannisberg. Son hôte s'en aperçut : « Ah, prince 1 dit-il, vous avez voulu me vaincre deux fois : à la guerre par vos armes, dans la paix par votre modestie. » Le prince de Condé répandait autour de lui de nombreux bienfaits. Dans la disette de 1775, il fit acheter, coûte que coûte, de grandes quantités de grains, et les habitants de ses domaines purent s'en pourvoir aux mêmes prix que dans les meilleures années. La Bourgogne , dont il était gouverneur, lui dut une grande partie de précieuses améliorations, routes, ponts, encouragements aux travaux d'art, aux institutions littéraires. Les gens de lettres et les savants trouvaient en lui une constante bienveillance. Chamfort était son secrétaire des commandements, et Valmont de Bomare rat chargé d'organiser le beau cabinet d'histoire naturelle de Chantilly. En 1784, l'Académie de Dijon ayant mis au concours l'éloge de Vauban, le lauréat reçut le prix de la main du prince de Condé, présent à la séance : ce lauréat était le capitaine du génie Carnot. En 1787, à l'Assemblée des notables, le prince de Condé présida le deuxième bureau, et se prononça pour les mesures d'ordre et d'économie, pour les réformes utiles que l'opinion réclamait. Mais les événements devenant plus significatifs, il prit une attitude qui souleva contre lui des clameurs et des menaces violentes. Aussitôt après la prise de la Bastille , il sortit de France avec sa famille, n se rendit d'abord dans les Pays-
Bas autrichiens, puis à Turin, pour donner la main aux tentatives de contre-révolution préparées à Lyon et dans le midi de la France. Ces plans ayant échoué, le prince de Condé vînt s'établir sur les bords du Rhin, à Wornts, où il fut rejoint par un grand nombre d'officiers qui avaient quitté leurs régiments.
Le nom et les anciens services du vainqueur de Joliannisberg le désignaient comme le chef naturel de l'émigration militaire. Le 16 mars 1791, un décret de l'Assemblée constituante le priva de 600,000 livres de rente, constituées jadis par l'État à la maison de Condé, en échange du Clermontois. Sommé de rentrer en France ou de s'éloigner des frontières en renonçant a toute entreprise, il répondit négativement. D'accord avec le comte d'Artois, il considéra comme extorquée par la violence une lettre de Louis XVI conçue dans le même sens, et jura d'employer tous ses efforts à rétablir l'autorité monarchique. Ses ressources étant épuisées, il vendit, pour y suppléer, son argenterie, ses diamants, tous ses bijoux. En 1792 , quand la guerre éclata, et que l'armée dite des Piinces, où se trouvaient les frères du roi, entra en Champagne avec les Prussiens, le corps de Condé , fort d'environ cinq mille hommes, resta sur la rive droite du Rhin, dans le margraviat deBade, et ne fut pas appelé aux opérations actives ; mais après cette campagne, il fut seul conservé : quelques fonds envoyés par l'impératrice Catherine II aidèrent à son entretien, et peu après l'Autriche le prit à sa solde.
A la nouvelle de la mort de Louis XVI, le prince de Condé , qui avait son quartier général a Yillingeu, y proclama solennellement la royauté de Louis XVII. Dans la campagne de 1793, ie corps de Condé fit partie de l'année du maréclial Wurmser. Après diverses affaires de détait aux environs de Landau, il coopéra puissamment ( 13 octobre) à la prise des lignes de Wissembourg, entra en Alsace et occupa Berstheim , en avant d'Hagnenau. Attaqué dans cette position le 2 décembre, le prince de Condé y remporta un brillant avantage. Il marcha en personne, à la tête ds son infanterie noble, sur le village de Berstheim , qui fut repris à la baïonnette. Les ducs de Bourbon et d'Enghien déployèrent la même valeur dans ce combat, auquel s'appliquent les vers connus de Delille, dans son poème de la Pitié:
Condé, Bourbon, d'Enghien ce font d'antres Roeroys, £t rejetons d'un sang chéri de la victoire, Trois générations vont ensemble à la gloire.
Le 8 du même mois, le prince de Condé repoussa une nouvelle attaque ; mais les lignes des Autrichiens ayant été foréées sur un autre point, il dut, comme eux, repasser le Bhin.
Pendant les deux campagnes suivantes, le corps de Condé, stationné le long dn Rhin, dans le Brisgau, resta inactif. Il souffrit plus d'une fois du mauvais vouloir des Autrichiens, qui ne loi
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accordaient que le rebut de leurs magasins ; par exemple, de vieilles farines avariées. Dans ces pénibles privations , le prince donnait l'exemple de la patience, et ne voulut pas pour sa table de meilleur pain que celui de ses soldats. Durant ce repos forcé, en 1795, il noua des intelligences avec Pkhegru, qui commandait l'armée républicaine sur l'autre bord du Rhin. Dans le plan qui fut convenu, le prince de Coudé devait passer le fleuve; réuni à Pichegru, qui se flattait d'entraîner ses troupes, il aurait marché sur Paris pour rétablir la royauté. Mais, placé sous les ordres de Wurmser, le prince de Condé se crut obligé de lui communiquer ce projet : le général autrichien, d'après les instructions du cabinet de Vienne, refusa son assentiment, à moins que Strasbourg et les autres places fortes de l'Alsace ne fussent remises aux troupes impériales. Les sentiments personnels du prince et les conditions arrêtées avec Pichegru , qui exigeait qu'aucun Autrichien ne mit le pied sur le sol français, s'opposaient à un tel marché : l'affaire ne put donc avoir de suites. D'ailleurs, le secret, imprudemment confié à l'intrigant Montgaillard, fut vendu par cet agent, et une surveillance attentive entoura Pichegru, en attendant la journée du 18 fructidor.
L'année de Condé, passée à la solde de l'Angleterre, fut portée, en 179e, à 10,000 hommes , y compris plusieurs régiments ou cadres principalement formés d'Allemands et de déserteurs répubbcains. Le 28 avril de cette année, Louis XVTJI, repoussé injurieusement des États de Venise, arriva au camp condéen, à Steinstadt» où sa présence excita le plus vif enthousiasme. Mais le passage du Rhin par Moreau coupa court à ces espérances. Le roi chercha un autre asile, et le prince de Condé, après de vifs engagements partiels , fut enveloppé dans la retraite des Autrichiens, qui lui laissaient toujours le poste le plus difficile et le plus périlleux. Isolé de leurs généraux, pressé par des forces très-supérieures, il tenta contre elles une brusque attaque -de nuit. Ce combat d'Ober-Kamlach (13 août 1796) fut des plus meurtriers. Mal engagés , les deux bataillons nobles surtout y firent des prodiges de valeur et essuyèrent de grandes pertes. Posté ensuite en arrière de Munich, le prince de Condé reprit l'offensive avec les Autrichiens, quand la retraite de l'armée de Sambre et Meuse, sous Jourdan, força Moreau de commencer la sienne. Mais cet habile général ne la fit que pas à pas, en disputant souvent le terrain. Le 2 octobre, à la bataille de Biberach , l'armée autrichienne , mise dans un désarroi complet, ne dut son salut qu'à la prompte résolution, à la vigoureuse attitude du prince de Condé et de ses troupes.
L'année suivante, après .la paix de Campo- Formio, le prince de Condé n'eut d'autre ressource pour lui et son corps, réduit de moitié par les combats et les réformes , que d'accepter les propositions du czar Paul 1er. Jl se rendit d'a-
bord à Biankenboorg, résidence de Louis X^llI, et arriva le 2 décembre 1797 à Saint-Pétersbourg, où Paul Itr mi fit un accueil empressé. De là il rejoignit ses compagnons d'armes , cantonnés en Volhynie, dans la. Pologne russe. Son quartier général et sa résidence furent établis à Dubro. Dans la guerre de 1799, le corps de Condé fit partie des troupes que la Russie mît en campagne. A l'affaire de Constance (7 octobre 1799 ), le prince courut de grands dangers. A la suite de cette campagne, Paul 1er, mécontent de l'Autriche, ayant fait sa paix , le corps émigré repassa à la solde anglaise. Dans la campagne de 1800, il devait combattre en Italie, et fut dirigé vers ce pays j mais à Pordenone , avant Udine , il reçut contre-ordre, revint en Bavière, et fut chargé de garder les passages de l*Inn, qull défendit contre plusieurs attaques. La journée d'Hobenlinden (3 décembre 1800.) ayant mis le comble aux revers de l'Autriche, le corps condéen dut se.reptier jusqu'en Styrie , où il prit ses cantonnements, tandis que les négociations s'ouvraient. Une de leurs premières conséquences nt son licenciement. Le prince de Condé , établi au château de Windish-Feistritz, eutàs'occoper pendant plusieurs mois des détails de cette pénible opération. Enfin, le 1er juin 1801, il partit pour l'Angleterre, où résidait déjà son fils. Des moyens d'existence convenables lui étaient assurés par le gouvernement britannique. Le 23 janvier J802, peu de mois après son arrivée à Londres, un individu vint, dit-on, lui offrir d'assassiner le premier consul Bonaparte : cette proposition fut repoussée avec horreur.
La catastrophe du duc d*Enghien priva le prince de Condé d'un petit-fils, dernier espoir de sa race. Fixé dans l'ancienne abbaye de Melmesbury, le malheureux vieillard eut du moins une compagne dévouée dans la princesse douairière de Monaco, née Brignulé , amie éprouvée depuis longtemps et qull avait épousée en Angleterre, nia perdit en 1813, quand la France allait«nfin se rouvrir pour lui. Débarqué à Calais , le prince de Condé rentra à Paris le 3 mai 1814, avec Louis XVIII. Presque octogénaire, les cent jours lui infligèrent un nouvel exil. Bien affaibli par l'âge, le prince de Condé, à l'approche de Napoléon, retrouva un éclair de sa vieille énergie. U refusait de s'éloigner sans résistance. « Il font se battre! » répétait-il, jusqu'au moment où sa voiture l'emporta. Ramené par la seconde restauration, il partagea sa résidence entre le Palais-Bourbon et le petit château de Chantilly, seul débris de ce superbe séjour, et il prit encore part à plusieurs grandes chasses, son plaisir favori d'autrefois. Louis XVEU lui avait rendu ses anciennes charges de grand-maître de la maison du roi et de colonel général de l'infanterie française; mais le titre qu'il appréciait le plus était celui de protecteur de l'Association paternelle des chevaliers de Saint-Louis. 11 mourut à Paris, dans sa quatre-vingt-deuxième an-
née, et fut enterré à Saint-Denis. Par ordre de Louis XVIII, ton corps Ait placé dans le caveau des rois de France. M. Fraysslnous, évoque d'Hermopolis, prononça son oraison funèbre. L'Académie de Dijon mit son éloge au concours ; le prit fut remporté par M. Foisset, âgé de vingt ans.
Le prince Louis-Joseph de Coudé avait une physionomie ouverte et bienveillante; il était d'une taille médiocre , mais robuste. Sa conversation était agréable en même temps que substantielle. — Le travail dont nous avons parlé plus haut a été publié sous ce titre : Essai sur la vie du grand Condé, par Louis^Joseph de Bourbon, cl-dewwt* prince de Condé, son quatrième descendant, 1798, in-8°j *"* édition, Paris, 1806. Cet essai a été réimprimé dans les Mémoires de la maison de Condé, publiés par Sévclinges , 1820, in-8° , où û forme 247 pages. Le style ne manque ni de fermeté ni d'élégance, comme on en pourra juger par le passage suivant sur les erreurs politiques du vainqueur de Rucroy : « Ce grand prince eût été toute sa vie l'objet de la reconliaiêsance et de l'amour de son pays , si le malheur des temps , les mauvais conseils de ses amis, les intrigues du cardinal de Retz , le caractère d'Anne d'Autriche et la duplicité de Matarin , ne l'avaient précipité dans ces égarements, qui sans doute augmentent sa célébrité , mais que sa gloire désavoue. Dans ces temps orageux, où le choc des intérêts des grands allume ces feux cachés dont les seoousses ébranlent les empires, et dont l'explosion souvent les embrase, les grands événements disposent des grands hommes; et la modération, cette vertu si rare et si nécessaire, ne parait alors aux âmes élevées que le partage de la (ai- Messe ou le sceau de la médiocrité, M. le prince de Condé pouvait-il échapper au précipice qui s'ouvrait sous ses pas? 0 tomba dans cette erreur, dont les règnes précédents avaient frayé la route dangereuse. Mais n'écoutons point la renommée , et cachons, s'il est possible, sous les lauriers dont M. le Prince se couvrit en servant l'État, ceux qu'il ne cueillit qu'a regret en ©ombattant contre la cour. »
Une quarantaine de lettres inédites du même prince , imprimées d'après les originaui, font partie des pièces justificatives de V Histoire de V armée de Vende1 ', par l'auteur du présent article. Elles ont rapport aux campagnes de cette année, principalement à celle de 1796.
Tu. Moiiet.
fie au prince de Condé, par ChambelUnd. - Campagne* du û&rpê de Condé, par d'Ecqnefllly. - Histoire de F Armée de Condé, par Th. Muret j Parte, l»U.
cohoA ( Louise* Adélaïde de Bourbon), princesse française, fille du précédent, née à Chantilly, le 6 octobre 1757, morte le 10 mare 1824. Elle porta d'abord le nom de Mademoiselle, et fut destinée par Louis XV à son petit-fils le Comte d'Artois; mais toute Jeune elle avait mon-
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| tiré de grandes dispositions pour une piété austère. Nommée abbesse de Remiremont (1786), titre qui conférait de hautes prérogatives, elle continua néanmoins de vivre à la cour, et fut intimement liée avec la vertueuse madame Elisabeth , sœur de Louis XVI. Elle se montra digue d'une telle amitié, malgré une correspondance, toute platonique d'ailleurs, avec un jeune officier, M. de la Gervaisais, correspondance dont elle ne tarda pas à sentir d'elle-même le danger.
Émigrée avec sa famille, mademoiselle de Condé entra ches les Carmélites de Turin, séjourna ensuite à Vienne , puis, le 17 septembre 1797, elle prit le voile, sous le nom de soeur Marie-Joseph, au monastère de la Sainte- Vallée de Dieu, ou Valsainte^ près de Martigny, en Valais. L'invasion de l'armée républicaine en Suisse l'ayant chassée de cet asile, mademoiselle de Condé partit sur une misérable charrette , avec ses coropagnes,et arriva ainsi à Constance : de là elle se rendit à Lints , et enfin à Orcha , dans la Russie Blanche , où les trappistes avaient commencé différents établissements. Protégés d'abord par Paul 1er, Hs furent durement renvoyés l'année suivante , quand ce prince changea brusquement de dispositions et de politique. Aprèsje plus pénible voyage, par un hiver du Mord , mademoiselle de Condé trouva un autre refuge à Varsovie, chek les bénédictines de l'Adoration perpétuelle. Elle prononça ses vœux dans ce monastère , sous le nom de sœur Marie-Louise de la Miséricorde. Lors de la catastrophe de son neveu , le duc d'Knghien, elle passa en Angleterre pour prodiguer ses consolations fraternelles au père de ce malheureux prince. Revenue en France en 1816 , mademoiselle de Oondé reçut du roi la maison du Temple ; elle y établit son institution de l'Adoration perpétuelle, près de remplacementde la tour tropcélèbreoù Louis XVI et sa famille avaient subi une si douloureuse captivité. Ce fut là qu'elle vécut jusqu'à sa mort. Elle fut inhumée dans les caveaux de ce couvent. <- Les lettres de cette princesse à M. de la Gervaisais, écrites* en 1786 et 1787, ont été publiées en 1834 par M. Ballanche.
Th. Munit.
Biographie dêt contemporain*. '
* condé (Louis- Henri- Joseph de Bourbon , prince na ), né le 13 aoot 1756, mort le 27 août 1830. Voyez Bourbon ( Louis-Henri Joseph , doc ne).
*coNDé (Princesse Marie de). Voyez Clêvbs (Marie m).
* connu (Nicolas), théologien lorrain, né àdermonten Argonne, en 1609, mort le 5 octobre m 1 654. 11 entra chez les Jésuites le 2 mai 1 622, et y enseigna la rhétorique de 1632 à 1636, et ensuite la philosophie jusqu'en 1639. Il se faisait aussi remarquer dans la prédication. On a de lui : Oraison funèbre de Louis XIII ; Dijon, 1643, in-4° ; — l'Année chrétienne dans son parfait accomplissement, ou fern/ploi de tette nie
aux conquêtes de l'éternité, précédée de VÉloge de Vabbé Sujfren; Paris, 1649, in-4°; — Vie du R, P. Chaules de lorraine, de la Compagnie de Jésus , grand prince, grand évéque, grand religieux; Paris, 16&2, in- 12.
Dom Calmet, Histoire de Lorraine. — Morérl, Grand àiet. kist. — Mcbard et Gfraud, Biographie sacrée.
co*M (José- Antonio) y orientaliste et historien espagnol , né à Paraleja (Guença)frers 1705, mort à Madrid, le 20 octobre 1820. Il était membre de la Société royale de Madrid, bibliothécaire archiviste du ministère de l'intérieur, |xris eomerTatear de la bibliothèque de l'Escurial , et passa sa vie à étudier et à traduire tes manuscrits arabes. En 1814 il fut exilé pouf cause politique. Les travaux de Coude ont eu de la réputation. On a toutefois vivement contesté l'exactitude de ses recherches. Il n'aurait pas eu, selon les critiques dont il a été l'objet, une connaissance assez approfondie de la langue et des imeurs des Arabes. On a de lui : Description de V Espagne , trad. de l'arabe du chérif Al-Edris le Nubien, avec texte et notes; 1799, in-12; — Mémoire sur les monnaies arabes, notamment sur celles qui Jurent frappées en Espagne sous les prinées musulmans; dans les Mémoires de V Académie espagnole, IV ; 1804 , ln-4°; — ffistorta de la dominacion de los Arabes en JBspaûas; acada de varios manuscritos y memorias arabigas ; Madrid, 1820*21, 3 vol. m-fbl.,avec planches, et Paris, 1840, tn-8°; trad. en français par de Mariés, Paris, 1825, 3 vol. m-8°; en allemand, par Kuttschmann, 1824-25, 3 vol. et grav.
Quérard, la France littéraire. - Bteeraphte dm ïyntemporaiM.
* centra» (Jean ), ministre anglais non-conforaiste, né à Wimple, dans le comte de Gain* bridge,en 1714 ; mort à Pavement, près de Moor- AtMs, m 1781. Il M élevé à Londres. Après avoir été placé à la tête de l'académie de Mile- End , établissement où Ton préparait les Jeunes gens au ministère ecclésiastique, il devint un des prédicateurs du meeting (assemblée des non-emifonhistes) de Pavement. On a de lui quelques sermons et un Sssay on the importance of the ministeriai charaeter.
Rote, New oUoraphieal dictionan/.
COHDILLAC (L'abbé tienne Bonhot de) , célèbre philosophe français, né à Grenoble, en 1 7 1 5; mort dans sa terre de Flux, près de Beaugency, le 3 août 1780. H eut pour frère aîné l'abbé de Mably. Dans sa jeunesse, il Ait lié avec J.-J. Rouaseau, Diderot, Duclos , et quelques autres philosophes; mais il brisa plus lard ces relations, ou plutôt les laissa s'éteindre. A une époque où la gravité des mœurs était une qualité bien rare parmi les élégants et mondains abbés de la capitale et de la cour, Condillac sut conserver toujours un caractère et des habitudes sérieuses et dignes, au maintien desquelles contribua indubitablement la vie laborieuse à laquelle il s'était voué. Jeune encore, il fut appelé à rcin-
OONDÉ — CONDILLAC
plir les importantes fonctions de précepteur : de l'infant depuis duc de Parme , petit-fils de Louis XV. A l'âge de cinquantertrois ans, le 22 '. décembre 1768, il fut élu par l'Académie française pour succéder à l'abbé d'Olivet Le dis- : cours de réception qu'il prononça est une rapide ; esquisse des progrès de l'esprit humain. Con- | dillac y décrit le développement de cet esprit | chez les nations modernes ; il montre que les progrès de l'art de raisonner furent et durent ; être très-lents, mais qull n'en fut pas ainsi dn : goût, qui se développe de lui-même aussitôt i qu'un peuple commence à s'éclairer, et qui est | proprement l'aurore du jour qui va luire. Con- 1 dillac définit le goût un Jugement rapide, qui, joignant la finesse à la simplicité, se fait comme à notre insu. Mais que faut-il pour former le goût? L'orateur estime qull ne suffit pas d'étudier les langues mortes , mais qu'il faut encore cultiver celle qui nous est devenue naturelle, parce que c'est dans cette langue que nous pensons , et que les tours dont elle nous fait une liabitude sont comme les moules de nos pensées. Ces réflexions sont suivies de quelques aperçus sur les progrès du goût d'abord dans la littérature italienne au seizième siècle, puis dans la littérature française au dix-septième. Ici se place, en quelques lignes, l'éloge de Richelieu, le fondateur de l'Académie; celui de Louis XIV; celui de Louis XV, que Condillac désigne par son sur* nom de bien aimé, bien que depuis longtemps déjà il eût cessé d'en être digne ; enfin, celui de l'abbé d'Olivet, qu'il loue surtout pour ses travaux sur la grammaire et sur la prosodie.
Les écrits de Conduise sont considérables, tout à la fois par leur nombre, leur étendue et leur valeur. Ils ont été réunis en 23 volumes in-8% dans une édition qui fut publiée dix-huit ans après sa mort, à Paris, Tan vi de la république française (1798), d'après ses manuscrits autographes. Cette édition, qui est celle que nous avons -eue sous les yeux pour ce travail , a été suivie d'une autre en 32 vol. in-12; Paris, 1803. Plusieurs éditions partielles, contenant ceux d'entre ces ouvrages dont se co/npose le Cours d'études, ont été successivement publiées, notamment à Parme et & Deux-Ponts. L'ensemble de ces écrits se compose, ainsi qu'il suit, dans l'ordre chronologique de leur publication : 1° Essai sur r origine des connaissances humaines (tome Ier de l'édit. en 23 vol. in-8°, de 1798). Cet ouvrage, le premier de tous ceux que publia Condillac, et qui contient en germe la plupart des doctrines qu'il développa depuis, parut en 1746, en 2 volumes in-12- Ainsi que presque tous les ouvrages de Condillac, il se divise en deux parties. La première partie a pour objet les matériaux de nos connaissances, et particulièrement les opérations dé l'Ame; la seconde traite du langage et de la méthode.
2° Traité des systèmes ( t. H de l'édit. de 1798). Il fut publié, en 2 vol. in-12, en 1749,
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Les principaux systèmes que Fauteur y discale et entreprend de réfuter sont celui des idées innées, de Descartes ; celui des idées en Dieu, de Malebranohe ; ceux des monades et de l'harmonie* préétablie, de LeihnKz; enfin, la doctrine de Spinoaa, qu'il analyse et examine dans les principes contenus au premier livre de V Éthique.
3° Traité des sensations ( t III de redit, de 1798), publié en 1754, en 2 vol. in-12. Dans cet ouvrage, qui se compose de quatre parties, Condillac entreprend de frire voir quelles sont les idées que nous devons à chaque sens. A cet effet, et sur les traces de Locke, qui avait, au deuxième livre de son Essai sur V entendement humain, posé l'hypothèse delà table rase, Condillac imagine une statue organisée intérieurement comme nous, et animée d'un esprit dénué de toute espèce d'idées. H suppose encore que l'extérieur, tout de marbre, ne permet à cette statue l'usage d'aucun sens, et fl se réserve la liberté de les ouvrir, à son choix , aux différentes impressions dont ils sont susceptibles. D commence par le sens de l'odorat, parce que c'est, de tous les sens, celui qui parait contribuer le moins au développement de l'esprit humain , et poursuit ensuite son hypothèse sur le sens de l'ouïe, sur celui du goût, sur celui de la vue, enfin sur celui du toucher.
4° Grammaire. Cet ouvrage forme le t. Y de l'édit. de 1798 et le tome Ier du Cours d'études, composé pour l'instruction de l'Infant de Parme, et qui parut en 1755, en 13 vol. in-8% renfermant, indépendamment de la Grammaire, VArt d'écrire, VArt de raisonner, VArt de penser, V Histoire ancienne et Y Histoire moderne, V Étude de V histoire. Condillac regarde la grammaire comme la première partie de l'art de penser. Pour découvrir les progrès du langage, il faut observer comment nous pensons; il faut chercher ces principes dans l'analyse même de la. pensée. Or, l'analyse de la pensée est toute faite dans le discours. Elle l'est avec plus ou moins de précision , suivant que les langues sont plus ou moins parfaites , et suivant que ceux qui les parient ont l'esprit plus ou moins juste. Condillac considère donc les langues comme autant de méthodes analytiques; et il se propose, dans sa Grammaire, de rechercher quels sont les signes et quelles sont les règles de cette méthode. A cet effet, fl divise cet ouvrage en deux parties. Dans la première, qu'il intitule Analyse du discours , fl cherche les signes que les langues nous fournissent pour analyser la pensée. Cette première partie est donc une grammaire générale , qui découvre les éléments du langage et les règles communes à toutes les langues. Dans la seconde, intitulée des Éléments du discours, il observe les éléments que lui a donnés la première partie , et il s'attache à découvrir les règles que prescrit la langue française pour porter dans l'analyse de nos pensées la plus grande clarté et la plus grande précision.
La Grammaire étant, ainsi que nous le disons plus haut, le tome Pr du Cours d'études à Tusage de l'infant de Parme, Condillac y a joint un discours préliminaire, divisé en plusieurs articles, dans lesquels sont traitées une série de questions ayant pour objet : 1° les différentes espèces d'idées, 2° les opérations de l'âme, 3° les habitudes , 4° la différence de l'âme et du corps, 5° la manière dont nous nous élevons à la connaissance de Dieu.
5° VArt d'écrire (t. VII de l'édit de 179$; , divisé en quatre livres. Après avoir établi que deux choses sont à considérer dans le style» la netteté et le caractère, défini l'une et l'autre de ces deux qualités , et montré que les mêmes pensées prennent différents caractères suivant les circonstances, Condillac entreprend , dans le premier livre, d'indiquer ce qui est nécessaire à la netteté des constructions. Le second livre a pour objet de montrer comment les tours doivent varier suivant le caractère des pensées. Le troisième développe le tissu du discours tel qu'il se forme par la suite des idées principales et des idées accessoires. Enfin , dans le quatrième livre , l'auteur examine le style par rapport aux différents genres d'ouvrages, et à ce sujet il traite, entre autres questions, du genre didactique, du genre narratif, de l'éloquence et du style poétique. Ce traité est suivi d'une dissertation sur l'harmonie du style. Condillac y recherche d'abord les conditions les plus propres à rendre une. langue harmonieuse; puis il essaye de décrire l'harmonie que comporte la langue française.
6° VArt de penser ( t VI de l'édit. de 1798 ), divisé en deux parties. Dans la première, 1 auteur examine comment la nature même nous en* soigne l'analyse, et comment, d'après cette méthode, on explique l'origine et la génération soit des idées, soit des facultés de l'âme. La seconde partie a pour objet l'analyse considérée dans ses moyens et dans ses effets, ou fart de raisonner réduit à une langue bien frite.
7° VArt de raisonner ( t. vm de l'édit de 1798) , divisé en cinq livres. Le premier a pour objet les différents moyens dont nous disposons pour nous assurer de la vérité; il y est traité de l'évidence de raison, de l'évidence de sentiment, de l'évidence de fait Dans le second, l'auteur montre, par des exemples, comment l'évidence de fait et l'évidence de raison concourent à la découverte de la vérité. Ces exemples sont pris dans la mécanique et dans la physique, tels que l'accélération du mouvement dans la chute des corps , le mouvement d'un oorps descendant le long d'un plan incliné, les oscillations du pendule, etc. Le troisième a pour objet de montrer comment l'évidence de fait et l'évidence de raison démontrent le système de Newton. Le quatrième traite des moyens par lesquels l'esprit humain tache de suppléer à l'évidence, à savoir les conjectures et l'analogie. Le cinquième a
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pour objet l'application des procédés logiques antérieurement décrits, à savoir les conjectures, l'analogie, l'observation, le raisonnement, à certaines questions cosmographiques , telles que le mouvement de la terre, sa figure, son orbite, la mesure des degrés d'un méridien, l'inégalité des jours et des nuits. On voit que Condillac, au lieu de s'arrêter aux insignifiantes banalités qui serrent d'exemples dans la plupart des traités de logique, a pris tous ses exemples dans l'ordre scientifique. « Pour tous faire connaître, dit-il à son élève, les différentes manières de juger et de raisonner, il me suffira de tous exercer sur ries exemples. Je vais donc en apporter plusieurs, et je ne m'assujettirai d'ailleurs à aucun plan. U importe peu que je tous fasse un traité de l'art de raisonner; mais il importe que tous raisonniez. Cet art tous sera connu quand tous aurez été suffisamment exercé. »
8» V Histoire ancienne (t IX, X, XI, XII, XJH, XIV, de l'édit. de 1798) , divisée en dixsept livres. Les deux premiers livres embrassent l'histoire des temps antérieurs aux guerres médiques, les guerres médiques, et l'histoire grecque jusqu'à la conquête romaine inclusivement. Le livre m se compose d'une série de considérations sur les opinions religieuses et philosophiques des anciens. Le livre IV a pour objet une description des jeux de la Gièce, quelques considérations sur les Juifs, des réflexions sur les lois et la nature des gouvernements, soit libres, soit despotiques. Les livres V, VI, VII, VHI, IX, X, renferment l'histoire romaine jusqu'à Octave-Auguste; le livre XI, des considérations sur la jurisprudence et la philosophie romaines; les livres XII, Xm, XIV, l'histoire de l'empire romain jusqu'à Constantin; le livre XV, des considérations sur les progrès de la religion dans les trois premiers siècles de l'ère chrétienne; les livres XVI et XVII, la suite de l'histoire de l'empire romain depuis l'avénc» ment de Constantin jusqu'à la prise de Rome par Alaric.
9* V Histoire moderne (t. XV, XVI, XVII, XVm, XIX, XX, de Pédit. de 1798) , divisée en vingt livres, comprenant l'histoire des peuples modernes, et conunençant à la chute de J'empire d'Occident Les faits politiques n'y sont pas seuls racontés, mais encore les révolutions dans les lettres, les sciences, la plûlosophie. Ainsi que dans Y Histoire ancienne, l'exposé des faits, généralement exact et dénotant une consciencieuse érudition , est fréquemment accompagné des réflexions les plus judicieuses
10° De Pétude de Phistoire (t. XXI de l'édit. de 1798), divisé en trois parties. Dans la première l'auteur établit que l'histoire doit être une école de morale et de politique. La seconde renferme des réflexions sur le gouvernement de plusieurs États européens, tel3 que le Danemark, la Pologne, Venise, Gênes, l'Allemagne, la Suède,
l'Angleterre, la Hollande. La troisième partie a pour objet les causes générales ou particulières qui entretiennent les goarernements dans leurs vices, et la méthode par laquelle un prince doit procéder à la réforme du gouvernement et des lois. C'est à tort que, dans rénumération des écrits de Condillac, on n'a pas fait une mention spéciale de cet ouvrage, en le confondant avec V Histoire. V Étude de Phistoire est un ouvrage distinct , qui fait suite à Y Histoire ancienne et à Y Histoire moderne , mais ne se confond pas avec elles. C'est à tort également qu'on a prétendu quelquefois que cet ouvrage est de Mably, et non de Condillac II suffit d'en hre le premier et le dernier chapitre pour se convaincre qu'il est bien réellement le complément de Y Histoire ancienne et do l'Histoire moderne. C'est en quelque sorte une leçon morale et politique tirée de Phistoire. La conclusion de cet ouvrage renferme les plus sages conseils donnés par Condillac à l'infant appelé à régner un jour sur les principautés de Parme et de Plaisance, et qui devraient faire partie de l'éducation de tous les princes. « Si vous voulez être un grand homme, lui dit-il entre antres choses, oubliez que vous êtes un prince. Aux maximes erronées que la flatterie publie dans les cours, substituez les principes que vous dictera votre raison. Les princes sont les administrateurs et non pas les maîtres des nations. »
■ 1 1° Traité des animaux. Cet ouvrage, publié en 2 vol. in-12, en 1775, frit suite an Traité des sensations dans le t. Ifl de l'édit. de 1798. H est divisé en deux parties. Dans la première, Condillac critique le système de Descartes et l'hypothèse de Buffon sur les animaux ; il entreprend d'établir que les bêtes ne sont pas de purs automates; que si elles sentent, eues sentent comme nous; qu'elles comparent, jugent /ont des idées et de la mémoire. Dans la seconde, il s'attache principalement à établir en quoi l'homme diffère de la bête, par les passions, l'entendement et la volonté. Cette seconde partie offre une certaine analogie avec la cinquième partie du Traité de la connaissance de Dieu et de soimême de fiossuet, dans laquelle se trouve établi un parallèle entre l'homme et la brute , à cette fin de démontrer la supériorité de notre nature psychologique sur la sienne.
12° Le commerce et le gouvernement (t. IV de l'édit. de 1798), publié en 1776, en 2 vol. in-12. C'est à tort que cet ouvrage a été classé par quelques biographes parmi ceux qui font partie du Cours d'études pour l'instruction du prince de Parme. Ainsi que Condillac s'en explique lui-même en son introduction , l'objet de cet ouvrage est la science économique. Dans le plan primitif de l'auteur, ce traité devait avoir trois parties; mais la troisième partie n'a jamais été publiée, soit que le temps ait manqué à l'auteur, soit plutôt qu'il ait jugé suffisant» les nouveaux développements apportés par lui aux deux
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parties déjà composées. La première deoss deux parties contient les principes de la science économique, ou notions élémentaires sur le commerce; la seconde a pour objet le commerce et le gouvernement considérés relativement l'un à l'autre. Dans ces deux parties se trouvent traitées les questions les plus importantes de l'économie politique, telles que la question de l'accroissement et de la distribution de la richesse, la question du salaire , celle de l'impôt, celle des subsistances, celle de la production et de la consommation , celle de la liberté du commerce, celle du droit de propriété.
13° La Logique (t. XXII de ledit, de 1798), publiée, en 2 vol. in-12, en 1780, quelques mois seulement avant la mort de Condillac, et divisée en deux parties : la première , traitant de nos Idées et de leurs causes ; la deuxième, ayant pour objet les moyens les plus propres a nous faire acquérir des connaissances. Cet ouvrage offre en quelque sorte un résumé des travaux philosophiques de Condillac. Les plus importantes d'entre les questions traitées dans les précédents ouvrages y apparaissent de nouveau, pour y recevoir cette fois une solution moins exclusive , plus conforme aux croyances du sens commun, et par conséquent plus acceptable.
14° La Langue des calculs (t. XXIII del'édit. de 1798) , ouvrage posthume, qui ne fut publié qu'eu 1798, c'est-à-dire dix -huit ans après la mort de l'auteur. Cet ouvrage se divise en deux livres. Dans le premier, il est traité de la langue des calculs considérée dans ses commencements $ le second a pour objet les opérations du calcul avec les chiffres et avec les lettres. Un célèbre métaphysicien de notre époque, M. Laremiguière, qui a passé sa vie à amender la doctrine de Condillac et à lui ôter oe qu'elle lui paraissait avoir de trop exclusif, a composé, à l'occasion de La langue des calculs, un remarquable travail, intitulé Discours sur le raisonnement (1), dans la deuxième partie duquel il apprécieainsi l'ouvrage de Condillac* « La Langue des calculs est un ouvrage de pur raisonnement. Tout ce qu'on y dit se rapporte au raisonnement; et si l'on y cheichait des méthodes pour l'art expérimental, pour l'analyse descriptive, ou pour tout ce qui n'est que simples sensations, on ne pourrait les trouver, parce/qu'on chercherait dans cet ouvrage ce qni ne devait pas y entrer et ce que l'auteur n'a pas voulu y mettre, puisqu'il n'a eu d'autre dessein que de nous présenter le modèle d'une langue de raisonnement. Quelque jugement qu'on porte sur la doctrine de la Langue des calculs , on admirera la méthode qui a présidé à l'arrangement des idées. En passant de l'une à l'autre , on s'étonne de ne rien
(1) Leçtms de philosophie, 6« édlt., t. Ier, p. 3S»-4tL - Ce Discours sur lé raisonnement, qui fut d'abord Imprimé en 1*0S, sous le Utre de Paradoxes de Condillac, a «té attribué à tort à Conduite par quelques bibliographes.
apprendre, on se souvient ou l'on devine; ou plutôt c'est une même idée sous des formes toujours nouvelles; c'est la plus riche variété dans la plus rigoureuse unité ; unité sans laquelle 0 n'existe pas de vraie science pour l'homme, et dont la nature a fait la loi nécessaire des intelligences bornées qui veulent la connaître. »
Tels sont les différents ouvrages de Condillac, et tel est l'objet général de chacun dîeux. Maintenant, quelles doctrines sont contenues dans ces divers ouvrages? Quelle psychologie , quelle théodicée, quelle morale, queue logique surtout ( car on voit déjà que c'est vers ce but qu'ont été dirigés presque tous les travaux de Condillac) y rencontre-t-on? C'est ce que nous allons entreprendre de rechercher et d'exposer.
Il y a (et nous le montrerons) dans la psychologie condillacienne d'autres théories que celle de l'origine des idées et du développement des facultés. Toutefois, on ne saurait méconnaître que ces deux théories, si souvent reproduites par les métaphysiciens du dix-huitième siècle et du commencement du nôtre, et non moins souvent controversées par les philosophes de nos jours, sont, par les développements qu'elles ont reçus de Qondillac, au nombre des plus importantes de toutes celles dont se constitue cette psychologie. La première de ces deux questions se trouve traitée, mais avec des développements inégaux, dans YMssai sur l'origine des connaissances humaines (l), dans le Traité des sensations (2), dans Y Art de penser (3), dans la Logique (4). C'est à tort que l'on a prétendu que le dernier mot de Condillac sur cette question psychologique se trouve dans le Traité des sensations, il se rencontre bien plutôt dans la Logique, publiée vingt-six ans après ce traité , et l'année même où devait mourir Condillac. L'auteur, qui avait eu le temps de mûrir son système, revient, dans la Logique, à une doctrine moins exclusive. Il pense toujours que toutes nos idées ont leur origine dans la sensation; mais il reconnaît que plusieurs d'entre elles sont dues en même temps au travail de l'esprit sur les données sensibles. Locke avait dit, au livre II de son lissai sur V entendement humain, que toutes nos idées, quelles qu'elles soient, ont leur origine dans la sensation et dans la réflexion, et que toutes les autres procèdent de celles-là par voie d'addition, de soustraction, de composition, de décomposition, et de combinaison. La théorie à laquelle parait s'arrêter définitivement Condillac ressemble , en la plupart des points essentiels , à celle du philosophe anglais. Après avoir posé en principe (5) que nous trouvons dans nos sensations l'origine de toutes nos connaissances et de toutes nos facultés, il se demande (6) com-
(1) !*• partie.
(!) In extenso.
(») I" partie, ehap. r, tv, v, vi.
{%) \— part, chap. i et vin.
(8) IftpifiM, 1** part., cb. x.
(9) Ibld., ch. tiii.
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ment nous tient l'idée des facultés de notre àme ; et la réponse qu'il apporte à cette question est * analogue à cette de Locke. Les sens, dit-il , nous donnent les idées d'attention , de comparaison, de jugement, mais ils ne les donnent qu'autant qu'ils sont aidée par la réflexion de l'esprit} ce qui revient à dire qu'à l'occasion des données des sens notre esprit fait acte d'attention , de comparaison, de jugement, et qu'à mesure que ces actes ont lieu, l'exercice de la conscience ou de la réflexion nous lee fait connaître. VoHà donc pour Condillac, comme pour Locke, le point de départ de rintelngence) et bien que dans les formules les systèmes de ces deux philosophes semblent différer l'un de l'autre , au fond et en réalité ils se ressemblent, attendu que pour l'un comme pour l'autre les premières idées dont l'esprit entre en possession sont des idées sensibles, et qu'il n'acquiert qu'ultérieurement les idées de ses propres opérations. Cette base du développement intellectuel ainsi posée, toutes les antres Idées ne sont, pour Gondillac (1) comme pour Locke, que des dérivations de oes deux premières espèces. 6i nous nous bornons à juger des qualités sensibles que nos sens aperçoivent dans les objets» soit iinjuridiatement , soit par le secours de quelque instrument, nous nous faisons toutes les idées abstraites de mathématique, et de physique* Si nous jugeons par analogie des qualités spirituelles qui appartiennent aux ohjets, nous découvrons les facultés intérieures des animaux. Si nous jugeons de la cause par les effets, noue nous étevontfpar la considération de l'univers, à la connaissance de Dieu. Enfin, si nous considérons toutes nos facultés relativement à l« fin à laquelle nous connaissons par la raison que Dieu nous destine, nous nous formons des idées de religion naturelle, de principes de morale, de vertu et de vice, etc. C'est dans les idées abstraites, qui sont le fruit de différentes combinaisons, qu'on reconnaît l'ouvrage de l'esprit. Ainsi, les idées abstraites de couleur, de son, etc., viennent immédiatement des sens; celles des facultés de notre Âme sont dues tout à la fois aux sens et à ''esprit ; et les idées de la Divinité et de la morale appartiennent à l'esprit seul, parce que les sens n'y concourent plus par eux-mêmes; ils ont fourni les matériaux , et c'est l'esprit qui les met en œuvre. Telle est, dans son expression dernière, la théorie de Conduise sur l'origine des idées. Cette théorie S'est dépouillée, comme on le voit) de ce qu'elle pouvait avoir d'exagéré dans le Traité des sensations. Et cet amendement, apporté par Condillac à son système primitif, est si considérable, qu'il en est venu, dans sa Logique, à regarder les sens comme n'étant qu'occasionnellement la source de nos connaissances. Or, ce qui se fait à l'occasion d'une chose peut se faire sans elle, attendu qu'un effet ne dépend de sa
(l) Logique, !»• part., eb. thi.
cause occasionnelle que dans une certaine hypothèse. Aussi, Condillac reconnaît-il que l'aine peut absolument, sans le secours des sens , acquérir des idées, et que c'est ce qui aura lieu après sa séparation d'avec le corps. Que si Ion objecte que, dans la supposition où toutes nos idées et toutes nos facultés naissent des sensations, il s'ensuit que la dissolution du corps enlève à rame toutes ses idées et toutes ses facultés ; Condillac répond que le système dans lequel l'âme jouit aujourd'hui d'une liberté qui la rend capable de mérite et de démérite, démontre l'existence d'un autre système, où elle se trouvera avec toutes ses facultés pour être récompensée ou pour être punie. Alors Dieu suppléera an défaut des sens par des moyens qui nous sont inconnus. Assurés, par la foi et par la raison, de l'immortalité de l'àme, nous ne devons pas porter notre curiosité plus loin : ce n'est pas à nous à pénétrer dans les voies du Créateur. L'auteur de la Logique ajoute d'ailleurs , et avec raison, que la même difficulté à résoudre existe pour l'hypothèse des idées innées; car, même dans cette hypothèse, on est obligé de reconnaître que rame ne porte son attention sur les idées prétendues innées qu'autant qu'elle y est déterminée par l'action des sens. Quand donc elle sera séparée du corps, elle n'exercera plus cette attention, et alors ces idées seront |>our elles comme si elles n'existaient pas.
Parmi les principaux caractères de nos idées, Condillac, sans mériter le reproche qui lui a été adressé quelquefois d'avoir méconnu les caractères de contingence et de nécessité, parait s'être plus spécialement attaché dans plusieurs de ses écrits, et notamment dans VArt de penser (I) à décrire la formation des idées générales , qui remplissent un rôle si important dans le raisonnement et dans le langage. 11 fait remarquer, et avec raison, que comme il n'existe dans la nature que des individus, nos premières idées- ne •ont que des idées individuelles, des idées de tel ou tel objet. L'homme m'a pas imaginé des noms pour chaque individu; il a seulement distribué les individus en différentes classes, qu'il a distinguées par des noms particuliers ; et ces classes sont ce qu'on nomme genres et espèces. Par exemple, on a mis dans la classe arbres les plantes dont la tige s'élève à une certaine hauteur pour se diviser en une multitude de branches et former de tous ces rameaux une touffe plus ou moins grande. Lorsque ensuite on a observé que ces arbres diffèrent par la grandeur, par la structure, par les fruits, on a distingue d'autres classes, subordonnées à celle qui les comprend toutes , et ces classes subordonnées sont ce qu'on nomme espèces. C'est ainsi que nous distribuons dans différentes classes toutes les choses qui peuvent venir à notre connaissance ; par ce moyen nous leur donnons à chacune une
(t) L. I, eh. iv.
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place marquée, et nous savons toujours où les reprendre. Condillac signale l'utilité de ces classifications, qui ont pour effet de soulager la mémoire et d'aider puissamment l'intelligence. Oublions, dit-il, ces classes pour un moment, et imaginons qu'on eût donné à chaque individu un nom différent : nous sentons aussitôt que la multitude des noms eût fatigué notre mémoire pour tout confondre, et qu'il nous eût été impossible d'étudier les objets qui se multiplient sous nos yeux, et de nous en faire des idées distinctes. Rien n'est donc plus raisonnable que cette distribution ; et quand on considère combien elle nous est utile ou même nécessaire, on serait porté a croire que nous l'avons faite à dessein ; mais on se tromperait : ce dessein appartient uniquement à la nature; c'est elle qui a commencé à notre insu. En effet, un enfant nommera arbre, d'après nous, le premierarbreque nous lui montrerons, et ce nom sera pour lui le nom d'un individu. Cependant, si on lui en montre un autre, il n'imaginera pas d'en demander le nom : il le nommera arbre, et il rendra ce nom commun à deux individus. 11 le rendra de même commun à trois, à quatre, et enfin à toutes les plantes qui lui paraîtront avoir quelque ressemblance avec les premiers arbres qu'H a vus. Ce nom deviendra même si général, qu'il nommera arbre tout ce que nous nommons plante. Il est naturellement porté à généraliser, parce qu'il sait qu'il lui est plus commode de se servir d'un nom qu'il sait, que d'en apprendre un nouveau. Il généralise donc sans avoir le dessein de généraliser, et sans même remarquer qu'il généralise. C'est ainsi qu'une idée individuelle devient tout à coup générale ; souvent même elle le devient trop, et cela arrive toutes les fois que nous confondons des choses qu'il eût été utile de distinguer. Cet enfant le sentira bientôt lui-même. Une dira pas : J'ai trop généralisé, il faut que je distingue différentes espèces d'arbres: il formera sans dessein, et sans le remarquer, des classes subordonnées, comme il a formé sans dessein, et sans le remarquer, une classe générale. Il ne fera en cela qu'obéir à ses besoins. C'est pourquoi il fera ces distributions naturellement et à son insu. En effet, si on le mène dans un jardin, et qu'où lui fasse cueillir et manger différentes sortes de fruits, nous verrons qu'il apprendra bientôt les noms de cerisier, pécher, poirier, pommier, et qu'A distinguera différentes espèces d'arbres. Condillac regarde donc nos idées comme étant d'abord individuelles, pour devenir tout à coup aussi générales qu'il est possible , sauf à être distribuées ensuite en différentes classes, suivant que l'esprit en sent le besoin. Voilà Tordre de leur génération. Maintenant, l'idée générale, qui est dans notre esprit, a-t-elle au dehors quelque réalité qui lui corresponde? On rencontre ici le problème dont la solution a été si longtemps et si vivement débattue entre les nominalistes et les réalistes. Condillac est franchement
nommah*8te. C'est uniquement, dit-il (1), par l'artifice de la généralisation que nous mettons de l'ordre dans nos idées; mais cet artifice ne fait que cela , et il faut bien remarquer qu'il ne fait rien de Iplus. En effet, nous nous tromperions grossièrement si nous nous imaginions qu'il y a dans la nature des espèces et des genres parce qu'il y a des espèces et des genres dans notre manière de concevoir. Les noms généraux ne sont proprement les noms d'aucune chose existante; ils n'expriment que les vues de l'esprit lorsque nous considérons les choses sous les rapports de ressemblance et de différence. H n'y a point d'arbre en général, de poirier en général ; il n'y a quo des individus. Donc il n'y a dans la nature ni genres ni espèces.
La question des facultés de l'âme envisagées quant à leur développement se rencontre dans plusieurs ouvrages de Condillac. Presque toute la première partie de Y Essai sur l'origine des connaissances humaines lui est consacrée. Le Traité des sensations, en indiquant les idées qui sont dues à l'action isolée de chacun de nos sens, montre en même temps comment les diverses facultés de l'Ame entrent en exercice et se développent à l'occasion de cette même action. Le Discours préliminaire joint par Condillac à sa Grammaire contient également, sous une forme sommaire, une théorie des facultés de l'âme. Mais c'est surtout dans FArt de penser (1) que se trouve exposée la théorie à laquelle Condillac a attaché son nom, et dans laquelle il entreprend d'expliquer ce qu'il appelle l'origine et la génération des facultés, et ce qu'il eût appelé plus convenablement leur développement successif, attendu que nos facultés, étant innées au même titre, ne sauraient avoir ni génération ni origine. Lorsque, dit-il, une campagne s'offre à ma vue, je vois tout d'un premier coup d'œil, et je ne discerne rien encore. Pour démêler différents objets, et me faire une idée de leur forme et de leur situation, il faut que j'arrête mes regards sur chacun d'eux. Mais quand j'en regarde un, les autres, quoique je les voie encore, sont cependant par rapport à moi comme si je ne les voyais plus; et parmi tant de sensations qui se font à la fois, il semble que je n'en éprouve qu'une, celle de l'objet sur lequel je fixe mes regards. Ce regard est une action par laquelle mon œil tend à l'objet sur lequel il se dirige; par cette raison, je loi donne le nom d'attention; et il m'est évident que cette direction de l'organe est toute la part que le corps peut avoir à l'attention. Quelle est donc la part de l'âme? Une sensation, que nous éprouvons comme si elle était seule, parce que toutes les autres sont comme si nous ne les éprouvions pas. L'attention que nous donnons à un objet n'est donc de la part de l'âme que la sensation que cet objet fait sur nous : sensation
(i) Art. de pensir, 1. 1", ch. ir.
(l) Paru 1", chap. vu et vin.
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qni devient en quelque sorte exclusive; et cette faculté est la première que nous remarquons dans la faculté de sentir. » Cette base une fois posée, Condillac élève sur elle l'édifiée entier de aa théorie des (acuités de l'âme. Une double attention prend le nom de comparaison : elle consiste dans deux sensations qu'on éprouve comme si on les éprouvait seules, et qui excluent toutes les autres. — Un objet est présent ou absent. S'il est présent, l'attention est la sensation qu'il lait actuellement sur nous ; s'il est absent, l'attention est le souvenir de la sensation qu'il a faite : voilà
la mémoire Nous ne pouvons comparer deux
objets, ou éprouver, comme l'une à coté de l'autre, les deux sensations qu'ils font exclusivement sur nous , qu'aussitôt nous n'apercevions qu'ils se ressemblent ou qu'ils diffèrent. Or, apercevoir des ressemblances ou des différences , c'est juger. Le jugement n'est donc encore que sensation. — Irréflexion n'est qu'une suite de jugements, qui se font par une suite de comparaisons ; et puisque dans les comparaisons et dans les jugements il n'y a que des sensations, fl n'y a donc aussi que dés sensations dans la réflexion. La réflexion quand elle combine des images prend le nom d'imagination. — Un jugement que je prononce peut en renfermer un autre , que je ne prononce pas. Lorsqu'un second jugement est ainsi renfermé dans un autre, on le peut prononcer comme une suite du premier, et par cette raison on dit qu'il en est la conséquence. On dira, par exemple : Cette voûte est bien pesante ; donc si elle n'est pas suffisamment soutenue, elle tombera. Voilà ce qu'on entend parfaire un raisonnement; ce n'est autre chose que prononcer des jugements de cette sorte. H n'y a donc que des sensations dans nos raisonnements comme dans nos jugements. — La réunion de toutes ces facultés s'appelle entendement L'entendement comprend donc l'attention, la comparaison, le jugement, la réflexion, l'imagination, le raisonnement. — En considérant toutes nos sensations comme représentatives, nous Tenons d'en voir naître toutes les opérations de l'entendement. Si nous les considérons comme agréables ou désagréables, nous en verrons sortir toutes les opérations qui se rapportent à la volonté. Une sensation désagréable engendre X inquiétude y et l'inquiétude, à son tour, engendre le désir. Le désir tourné en habitude, ou porté à un haut degré de vivacité , devient la passion. Si lorsque nous désirons une chose, nous jugeons que nous l'obtiendrons, ce jugement joint au désir produit X espérance. Un autre jugement produit la volonté: c'est celui que nous portons lorsque l'expérience nous a fait une habitude de juger, et que nous ne devons trouver aucun obstacle à nos désirs. Je veux signifie : Je désire, et rien ne peut s'opposer à mon dé' sir; tout doit y concourir. Telle est, au propre, l'acception du mot volonté. Mais on est dans l'usage de donner à ce mot une signification plus
étendue, et l'on entend par volonté une faculté qui comprend toutes les habitudes qui naissent du besoin, les désirs, les passions, l'espérance, le désespoir, la crainte, la confiance, la présomption; et plusieurs antres, dont il est facile de se (aire des idées. Enfin, le mot pensée, pins général encore, comprend dans son acception toutes les facultés de l'entendement et toutes celles de la volonté; car penser, c'est sentir, donner son attention, comparer, juger, réfléchir, imaginer, raisonner, désirer, avoir des passions, espérer, craindre. — C'est ainsi que Condillac essaye d'établir que tontes les facultés de l'âme naissent successivement de la sensation , en d'autres termes, qu'elles ne sont que la sensation, qui se transforme pour devenir chacune d'elles.
Parmi ces facultés de rame, dont nous venons d'exposer la théorie d'après Condillac, il en est deux que l'auteur de l'Art de penser s'attache plus spécialement à décrire, et dont, pour nous servir de ses expressions, il cherche à déterminer les causes. Ces deux facultés sont : 1° la sensibilité, faculté générale qui enveloppe en quelque sorte tontes les autres; 2° M mémoire.
Après avoir répudié l'hypothèse cartésienne des esprits animaux, Condillac (1) assigne pour cause à la sensibilité la communication que la nature a établie entre les organes et le cerveau, grâce à laquelle l'animal, et surtout l'homme , s'élève au-dessus de la vie végétative. Il remarque qu'il y a dans ranimai tin mouvement qui est le principe de la végétation et de la sensibilité. L'animal vit tant que ce mouvement subsiste; il meurt dès que ce mouvement cesse. L'expérience nous apprend que l'animal peut être réduit à un état de végétation : il y est naturellement par un sommeil profond , il y est accidentellement par une attaque d'apoplexie. Mais quand l'animal sort de l'état de végétation pour devenir sensible, le mouvement obéit à d'autres lois et suit d'autres déterminations. Si l'œil, par exemple, s'ouvre à la lumière, les rayons qui le frappent font prendre au mouvement qui le faisait végéter les déterminations qui le rendent sensible. H en est de même des autres sens. Chaque espèce de sentiment a donc pour cause une espèce particulière de détermination dans le mouvement qui est le principe delà vie. On voit par là que le mouvement qui rend l'animal sensible ne peut être qu'une modification .du mouvement qui le fait végéter, modification occasionnée par l'action des objets extérieurs sur les sens. Mais le mouvement qui rend sensible ne se fait pas seulement dans l'organe exposé à l'action des objets extérieurs ; il se transmet encore jusqu'au cerveau , c'est-à-dire jusqu'à l'organe que l'observation démontre être le premier et le principal organe du sentiment. La sensi-
(1) Art de penser, part. I, cfcap, de.
COHDUXAG
bilité a donc pour cause la communication qui est entre les organes et le cerveau. En effet , que le carreau , comprimé par quelque cause , ne puisse pas obéir aux impressions envoyées par les organes , aussitôt ranimai devient insensibte. La liberté est-elle rendue à ce premier ressort, alors les organes agissent sur lui , il réagit sur eux, et le sentiment se reproduit. Quoique libre, il pourrait arriver que ie cerveau eût peu ou même n'eut pas de communication avec quelque autre partie. Une obstruction, par exemple, ou une forte ligature au bras , diminuerait on suspendrait le commerce dn cerveau arec la main. Le sentiment de la main s'affaiblirait doue ou cesserait entièrement. Tout cela est constaté par l'observation.
La théorie de la mémoire est fondée tout entière sur la propriété dont jouit ie cerveau de se mouvoir lui-même de la même manière qu'il était mu lorsque l'objet qui est celui de notre souvenir était présent et frappait nos sens. Condillac (1), jugeant, par analogie, du cerveau d'après les autres sens, se croit en droit de conclure que toutes les habftndes dn corps passent jusqu'à lui, et que par conséquent les fibres qui le composent, propres, par leur flexibilité, à des mouvements de toutes espèces, acquièrent , comme les doigts sur la clavecin , l'habitude d'obéir à différentes sortes de mouvements déterminés. La cause physique ou occasionnelle do rappel ou de la conservation des Idées lui parait donc être dans les déterminations dont le cerveau, ce principal organe du sentiment, s'est fait une habitude , et qui subsistent encore en se reproduisent lors même que les sens cessent d'y concourir; car nous ne nous retracerions pas les objets que nous avons vus, entendus, touchés , si le mouvement ne prenait pas les mêmes déterminations que lorsque nous voyons, entendons, touchons. En un mot, l'action mécanique suit les mêmes lois, soit qu'on éprouve nos sensation, soit qu'on se souvienne seulement de l'avoir éprouvée, et la mémoire n'est qu'une manière de sentir. Que si Ton demande, ainsi qu'on l'a ntt quelquefois : Que deviennent les idées dont on cesse de s'occuper? Où se conserventeUes? D'où reviennent-elles lorsqu'elles se représentent à nous ? Est-ce dans l'Ame qu'elles existent, pendant ces longs intervalles où nous n'y pensons point? Est-ce dans le corps? A ces questions CondiUac, sur les traces de Locke, répond qu'il ne faut pas croire que les idées soient comme tontes les choses dont nous faisons des provisions, et que la mémoire ne soit qu'un vaste magasin. Il serait tout aussi raisonnable de donner l'existence aux différentes figures qu'un corps a eues successivement, et de demander ce que devient la rondeur de ee corps lorsqu'il prend une antre figure. Les idées sont comme les sensations , des manières d'être de
(1) Art de venter, part. I, th. oc .
l'âme. Elles existent tant qu'elles la modifient; elles n'existent plus des qu'elles cessent de la modifier. Chercher dans l'Ame ceUes auxquelles je ne pense point du tout , c'est les chercher où elles ne sont plus ; les chercher dans le corps , c'est les chercher où elles n'ont jamais été. Où sont-elles donc? Nulle part. Ne serait-il pas ■ absurde de demander où sont les sons d'un clavecin lorsque cet instrument a cessé de résonner P Et ne répondrait-on pas : Us ne sont nulle part» Mais si les doigts frappent le clavier et se meuvent comme ils se sont mus, ils reproduiront les mêmes sons. H faut donc répondre que nos idées ne sont nulle part lorsque notre Ame cesse d'y penser, mais qu'elles se retracent à nous aussitôt que lés mouvements propres à les reproduire se renouvellent Quels sont ces mouvements ? Conduise n'a pas la prétention de les décrire; mais il en juge par analogie, et il estime que bien qu'on ne connaisse pas le mécanisme du cerveau , on peut juger que ses différentes parties ont acquis la facilité de se mouvoir d'elles-mêmes de la même manière dont elles ont été mues par l'action des sens ; que les habitudes de cet organe se conservent; que toutes les fois qu'il leur obéit, il retrace les mêmes idées, parce que les mêmes mouvements se renouvellent en lui; qu'en un mot, on a des idées dans la mémoire comme on a dans les doigts des pièces de clavecin; c'est-à-dire que le cerveau a, comme tous les autres sens, la faculté de se mouvoir suivant les déterminations dont il s'est fait une habitude. De telle sorte que nous éprouvons des sensations à peu près comme un clavecin rend des sons. Les organes extérieurs du corps humain sont comme les touches; les objets qui les frappent sont comme les doigts sur le clavier; les organes intérieurs sont comme le corps du clavecin ; les sensations ou les idées sont comme les sons; et la mémoire a heu lorsque les idées qui ont été produites par l'action des objets sur les sens sont reproduites par les mouvements dont le cerveau a conservé l'habitude. C'est donc dans les habitudes du cerveau que Condillac cherche l'explication de tous les phénomènes de la mémoire. Sile souvenir, lent ou rapide, retrace les choses, tantôt avec ordre, tantôt avec contusion, c'estque la multitude des idées suppose dans le cerveau des mouvements en si grand nombre et si variés, qu'il n'est pas possibft . qu'ils se reproduisent toujours avec la même facilité et avec la même exactitude. De même que la multitude des pièces qu'on apprend sur le clavecin ne permet pas toujours auxdoigts de conserver les habitudes propres à les exécuter avec facilité et netteté, de même la multitude des choses dont on veut se ressouvenir ne permet pas toujours au cerveau de conserver les habitudes propres à retracer les idées avec facilité et précision. Après avoir ainsi cherché A expliquer comment se contractent les habitudes qui font la mémoire, GendiUac énumere les causes qui font qu'elles se
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perdent En premier Heu, si elles ne sont pas continuellement entretenues, on du moins renouvelees fréquemment : ce sera le sort détentes celles auxqnefles les sens cesseront de donner occasion ; en second lien, si elles se multiplient à on certain point, car alors il y en aura que nous négligerons : aussi nous échappera-t-il des connaissances à mesure que nous en acquerrons ; en troisième lieu, une indisposition dans le cerveau affaiblirait ou troublerait la mémoire, si elle était un obstacle à quelques-uns des mouvements dont il s'est fait une habitude ; en quatrième Ken , une paralysie dans les organes produirait le même effet : les habitodes du cerveau ne manqueraient pas de se perdre peu à peu lorsqu'elles ne seraient pas entretenues par faction des sens. Enfin, la vieillesse porte coup à la mémoire : alors les parties du .cerveau sont comme les doigts , qui ne sont plus assez flexibles pour se mouvoir sutvant toutes les déterminations qui leur ont été familières. Les habitudes se perdent peu'à peu ; il ne reste que des sensations faibles, qui vont bientôt échapper; la mouvement qui parait les entretenir est prêt h finir lui"4nêmc.
La question de Y origine des idées , celle de leur formation , la théorie générale des facultés de Time, la théorie de la sensibilité, la théorie de la mémoire, tels sont les principaux éléments de ce qu'on peut appeler la psychologie de CondiAac. 11 faut y Joindre, comme complément, les observations par lesquelles, dans son Traité des animaux, il constate la différence qui existe entre la nature psychologique de Fhomme et celle des bêtes. Il commence par établir, contrairement au système cartésien, que les animaux ne sont pas de purs automates; et en même temps il soutient , contre Buffon , que ails sentent, ils sentent comme nous; ou que si Ton nie cette proposition , le mot sentir appliqué aux animaux n'est plus qu'un mot auquel on n'attache aucune idée*. Il établit expérimentalement, contre le grand métaphysicien du (Bx-septième siècle et contre le grand naturaliste du dix-huitième, que les animaux comparent , jugent et se souviennent. H y en a même qui sentent, comme nous , le besoin de vivre en société; mais Condfflac , qui tient à ne pas exagérer sa thèse , reconnaît en même temps que leur société manque de ce ressort qui donne tons les jours à la nôtre de nouveaux mouvements , et qui la fait tendre à une plus haute perfection. Ce ressort est le langage, qui contribue puissamment aux progrès de l'esprit humain. Principe admirable de la communauté des idées , il fait circuler parfont la sève hiteDectuelle, qui donne aux arts et aux sciences la naissance et l'accroissement. Les animaux n'ont pour tout langage que les sons inarticulés; la parole leur est refusée, n n'est pas étonnant que l'homme, qui leur est aussi supérieur par l'organisation que par la ir: t-.ii e do l'esprit qui ranime, ait seul le don de
la parole. Mais de ce que les animaux n'ont pas cet avantage, s'ensuhVil que ce soient des automates, comme le pense Descartes, ou des êtres sensibles privés de toute espèce d'intelligence, ainsi que parait le croire Buffon f Conduise ne le pense pas; et H estime qu'on est seulement autorisé à conclure une puisqu'ils n'ont qu'un langage fort imparfait, ils sont à peu près bornés aux connaissances que chaque individu peut acquérir par lui-même. Mais si les animaux pensent, s'ils font connaître quelques-uns do leurs sentiments, enfin sH y en a qui entendent quelque chose à notre tangage, en quoi diffèrent-Us de rhonuneP Condillac n'hésite pas a reconnaître que l'iMtinct de l'animai est infiniment inférieur à la raison humaine» Nous aurions cet Instinct, dhVfl, et nous n'aurions que rai', si notre réflexion était aussi bornée que celle des brutes. Nous jugerions aussi sûrement si nous jugions aussi peu qu'elles. Housse tombons dans plus d'erreurs que pane que noue acquérons plus de omuuissaness. De tons les
tromper est cehu qui possède la plus petite pot* faon d'intelligence. B s'attache ensuite àtircrdo l'expérience quelques exemplesde la supériorité de l'homme sur la brute. L'un de ces exemples eut tiré de la connaissance de la Divinité; un autre, de la connaissance de la loi morale. Après avoir montré, par ces deux exemples surtout, combien rfateffigencede l'homme est supérieure à celle des bêtes , Condillac recherche en quoi les passions de l'homme différent de cette* de la brute. Après avoir établi que l'amour-propre est le germe de toutes les passions, et que ce germe est le même dans tous les animaux, il remarque que le sol n'est point propre à rendre oe germe partout également foeoad. Tandis que les que» IHés morales multiplient à notre égard les rapports des objets, nous offrent sans cesse de nouveaux plalstra, nous inc—c tnt de nouvelles peines, nous font une infinité de besoins, et par la nous intéressent et nous tint à tout, l'instinct des bêtes, borné au physique, non-seulement s'oppose à la naissance de bien des désirs , mais en coreil diminue le nombre et la vivacité des sentiments qui pourraient aeomipagaer tes passions; c'est-à-dire qui! retranche ce qui mérite principalement de nous occuper, ce qui peut seul faire le bonheur ou le malheur d'un être raisonnable. Voilà pourquoi nous ne voyons dans les actes des bêtes qu'une brutalité qui avilirait les nôtres. L'activité de leur ame est momentanée; elle cesse avec les besoins du corps, ot ne se renouvelle qu'avec eux. EUas n'ont qu'une vie empruntée, qni, unièmement excitée partfrapresston des objets sensibles , fiait bientôt place à une espèce de léthargie. Leurs espérances, leurs craintes, leur amour, leur haine, leur colère, leur chagrin, leur tristesse ne sont que des habitudes qui les font agir sans réflexion. Suscités par tes biens et par les maux physiques, ce*
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sentiments s'oignent aussitôt que ces biens et ces maux disparaissent. Leur âme s'est fait une habitude (d'agir peu. En vain voudrait-on faire 'violence à leurs facultés, il n'est pas possible de leur donner plus d'activité. Mais l'homme, capable de mettre de la délicatesse dans les besoins du corps , capable de se faire des besoins d'une espèce toute différente , a toujours dans son âme un principe d'activité qui agit de humème. Sa vie est en lui; il continue de réfléchir et de désirer an moment même où son corps ne lui demande plus rien. Ses espérances, ses craintes, son amour, sa haine, sa colère, son chagrin, sa tristesse, sont des sentiments raisonnés , qui entretiennent l'activité de son âme, et qui se nourrissent de tout ce que les circonstances peuvent leur offrir. Le bonheur et le malheur de l'homme différent donc du bonheur et du malheur des botes. OeUes-d sont heureuses lorsqu'elles ont des sensations agréables , malheureuses lorsqu'elles en ont de désagréables ; de telle sorte qu'il n'y a que le physique de bon ou de mauvais pour elles. Hais si nous exceptons les douleurs vives, les qualités physiques, comparées aux qualités morales, s'évanouissent, pour ainsi dire, aux yeux de l'homme. Les premières peuvent commencer notre bonheur ou notre malheur; les dernières peuvent seules mettre le comble à l'un ou à l'autre; celles-là sont bonnes ou mauvaises sans doute, cellesci sont toujours meilleures ou pires. Enjin mot, le moral , qui dans le principe n'est que l'accessoire des passions , devient le principal entre les mains de l'homme. Condillac achève cette psychologie comparée en mettant en parallèle l'entendement et la volonté , tels qu'ils sont dans l'homme, avec ce qu'ils sont dans les animaux. Dans les bêtes rentendement et la) volonté ne comprennent que les opérations dont l'éme s'est fait une habitude , tandis que dans l'homme ces facultés s'étendent à toutes les opérations auxquelles la réflexion préside. De cette réflexion naissent les actes volontaires et libres; car Je veux ne signifie pas seulement qu'une chose m'est agréable, il signifie encore qu'elle est l'objet de mon choix. Or, on ne choisit que parmi les choses dont on dispose. On ne dispose de rien quand on ne fait qu'obéir à ses habitudes; on suit seulement l'impulsion donnée par les circonstances. Le droit de choisir, la liberté, n'appartient donc qu'à la réflexion. Les circonstances commandent les bêtes; l'homme, au contraire, les juge; il s'y prête, il s'y refuse, il se eonduit lui-même, il veut, il est libre.
En logique, les questions que Condillac a traitées avec le plus de complaisance et de développement sont celle de la méthode, celle du langage, celle du raisonnement, celle de la certitude, enfin cette des causes de nos erreurs.
La question de la méthode a une place, plus ou moins considérable, dans la plupart des écrits de Condillac; -mais on la trouve surtout traitée
avec développement dans V Essai sur Vcrigine des connaissances (1), dans l'Art de penser (2), enfin, dans la Logique (3). Comme l'art de mouvoir de grandes masses (comparaison empruntée par Condillac à Bacon) a ses lois dans les facultés du corps et dans les leviers dont nos bras ont appris à faire usage, l'art dépenser a les siennes dans les facultés de l'âme et dans les moyens dont notre esprit a également appris à se servir. Il faut donc observer ces facultés et ces moyens. C'est la nature seule qui règle les facultés de l'esprit, oomme elle a réglé les facultés du corps; et si dans la suite nous sommes capables de nous conduire nous-mêmes, ce n'est qu'autant que nous continuons comme elle nous a fait commencer. Mous devons nos premiers progrès aux premières leçons qu'elle nous donne. Or, la nature elle-même nous enseigne l'analyse comme méthode propre à la direction de l'esprit. L'analyse est l'unique méthode pour acquérir des connaissances, et nous l'apprenons de la nature eUe-même. Un premier coup d'oeil ne nous donne point d'idée claire des choses que nous voyons. Pour nous en former une véritable notion, nous devons les observer Tune après l'autre, comme le voyageur, qui, contemplant la campagne du haut d'un château, ne verrait que des massée indistinctes, tant qu'il promènerait ses regards au hasard, et ne commencerait à se faire une idée exacte du spectacle qui se déroule sous ses yeux que lorsqu'au lieu de le voir confwéinent, il l'aurait examiné distinctement et par parties. C'est ce qui s'appelle analyser. L'analyse est la décomposition d'un objet, et la distribution de ses parties dans l'ordre où la génération devient facile. L'analyse est le vrai secret des découvertes, parce qu'elle tend, par sa nature, à nous faire remonter à l'origine des choses. Elle a cet avantage, qu'elle n'offre jamais que peu d'idées à la fois , et toujours dans la gradation la plus simple. Elle est ennemie des principes vagues et de tout ce qui peut être contraire à l'exactitude et à la précision. Ce n'est point avec le secours des propositions générales qu'elle cherche la vérité, mais toujours par une espèce de calcul, c'est-à-dire en composant et décomposant les notions , jusqu'à ce qu'on les ait comparées sous tous les rapports aux découvertes que l'on a en vue. Ce n'est pas non plus par les définitions, qui d'ordinaire ne font que multiplier les disputes, c'est en expliquant la génération de chaque idée. On voit par là qu'elle est la seule méthode qui puisse donner de l'ordre à nos raisonnements, et par conséquent la seule qu'on doive suivre dans la recherche de la vérité. Quant à l'ordre qu'il convient de suivre dans l'exposition de la vérité, Condillac estime que cet ordre doit être précisément celui dans lequel elle a été trouvée, attendu qu'il lui semble que la meilleure ma-
(1) Tonte la 1* partie (t) 1" partie, ch. net m.
(S) 11* partie tout entière.
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nière d'instruire les autres, c'est de les conduire par la route qu'on a dû tenir pour s'instruire soimême. Par ce moyen , on ne paraîtrait pas tant démontrer des vérités déjà découvertes que faire chercher et trouver des vérités nouvelles; par ce moyen encore, on ne convaincrait pas seulement le lecteur, mais encore on l'éclairerait , on rai apprendrait à frire des découvertes par luimême, on lui présenterait la vérité sous le jour le plus intéressant, enfin on le mettrait en état de rendre raison de toutes ses démarches : il saurait toujours où il est, d'où il vient, où il ▼a ; il pourrait donc juger par lui-même de la route que ce guide lui tracerait, et en prendre une plus sûre toutes les fois qu'il verrait du danger à la suivre.
L'analyse une fois reconnue comme l'unique méthode qui peut nous conduire a toutes les connaissances, et comme étant, pour ainsi dire, le levier de l'esprit, Condillac est conduit à l'étudier dans ses moyens, qui sont les signes ou le langage. Cette importante question du langage se rencontre dans la plupart des écrits de Condillac, et notamment dans la Grammaire (1), dans Y Essai sur V origine des connaissances humaines (2), dans la Logique (3), dans VArt de penser (4). Condillac envisage le langage non pas seulement comme un moyen dont l'homme dispose de communiquer ses pensées, mais encore et surtout comme un moyen de penser : non pas qui! croie, ainsi qu'on le lui a quelquefois attribué , qu'en l'absence du langage l'homme serait dénué de toute pensée; mais il estime, et avec raison, que le langage est pour l'homme l'indispensable condition de toute pensée précise et méthodique. Il répète mille fois que les langues sont autant de méthodes analytiques, et que si on ne l'a pas vu plus tôt, c'est que n'ayant pas remarqué combien les mots nous sont nécessaires pour nous faire des idées de toutes sortes, on a cru qu'ils n'avaient d'antre avantage que d'être un moyen de nous communiquer nos pensées. Alors même qu'un homme ne voudrait calculer que pour lui seul, il serait obligé d'inventer des signes tout autant que sll voulait communiquer ses calculs. Biais pourquoi ce qui est vrai en arithmétique ne le serait-il pas dans les autres sciences? Pourrions-nous jamais réfléchir sur la métaphysique et sur la morale, si nous n'avions inventé des signes pour fixer nos idées à mesure que nous avons formé de nouvelles collections? Il est évident, par cette dernière observation , que nous reproduisons textuellement, que Condillac ne va pas du signe à l'idée, ainsi qu'il lui a été reproché quelquefois, mais inversement, et que, dans le progrès des sciences , c'est le signe qu'il subordonne à l'idée , et non l'idée au signe. Maintenant, ces signes de
<l) Part, 11.
(S) Part I, eh. vi et vu.
(*) Part. II, c!l i, ii, m, rv.
HOUV. BIO0R. GÉRER. — T.
nos idées, où ont-ils leur origine? Condillac commence par reconnaître, conformément au récit biblique, qu'au sortir des mains de Dieu Adam et Eve furent en état de réfléchir et de se comnMuiiquer leurs pensées; mais en même temps il demande (1) qu'on lui permette de supposer deux enfants de l'un et de l'autre sexe égarés dans des déserts, quelque temps après le déluge, avant de connaître l'usage d'aucun signe. Cela posé, il s'attache à rechercher comment, par des moyens purement naturels, ces enfants et leur postérité auront pu parvenir à se faire une langue. Leur langage n'aura dû être dans l'origine qu'un langage d'action, auquel se seront mêlés quelques sons inarticulés. Mais avec le temps ces hommes auront acquis l'habitude de lier quelques idées à des signes arbitraires, et dès lors les cris naturels leur auront servi de modèle pour former un nouveau langage. Ils auront articulé de nouveaux sons, et en les répétant plusieurs fois, et en les accompagnant de quelques gestes destinés à indiquer les objets qu'ils voulaient (aire remarquer, ils se seront accoutumés à donner des noms aux choses. Les premiers progrès du langage durent néanmoins être très-lents. L'organe de la parole était d'abord si peu flexible , qu'il ne pouvait articuler facilement que peu de sons fort simples. Les obstacles pour en prononcer d'autres empêchèrent même de soupçonner que la voix rot propre à se varier au delà du petit nombre de mots qu'on avait imaginés. D'ailleurs, le langage d'action, alors si naturel, était lui-même un grand obstacle à surmonter. Pouvait-on l'abandonner pour un autre, dont on ne prévoyait pas encore les avantages, et dont les difficultés se faisaient si bien sentir? Toutefois, à mesure que le langage des sons articulés devint plus abondant, il fut plus propre à exercer de bonne heure l'organe de la voix et à lui faire contracter plus de flexibilité. Il parut alors aussi commode que le langage d'action; on se servit également de l'un et de l'autre; enfin l'usage des sons articulés devint si facile, qu'il prévalut On voit, par cette théorie, que Condillac regarde le langage articulé comme ayant été , ou du moins comme ayant pu être, d'invention humaine,
A la théorie du langage se lie intimement, dans la philosophie condillacienne, la théorie du raisonnement, que l'on rencontre surtout dans la langue des calculs (2), dans VArt de raisonmer (3), dans VArt de penser (4). Condillac, qui regarde l'analyse comme la méthode par excellence, ou plutôt comme la seule méthode légitime, commence, sur les traces de Locke, par réprouver le syllogisme, qui est le grand instrument de la synthèse. Sur ce grand principe ,
(1) Estai sur Vorigim ée$ connaissance* humaines, part. Il, cb. i. ; (») In extenso.
(S) In eiteofto.
{*) U* partie, cb. ni, v, vu, via.
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dit il, que deux choses égales à une troisième sont égales entre elles , les logiciens ont imaginé des idées qu'ils appellent moyennes; et, comparant séparément à la même idée moyenne dent idées dont ils veulent démontrer lé rapport, ils font deux propositions, et Us tirent une conclusion qui énonce ce rapport. Tel est l'artifice du syllogisme; mais c'est faire consister le raisonnement dans la forme dn discours plutôt que dans le développement des idées. Quand on dit que les méchants méritent d'être punis; que les voleurs sont méchants , et qu'ainsi les voleurs méritent d'être punit , on a lldée moyenne méchants > qui convient dans une proposition à méritent d'être punis, et dans l'autre, à voleurs; et les voleurs méritent d'être punis est la conclusion. Mais rien n'est plus frivole que cette méthode ; car fl suffit de décomposer l'idée de voleur et cette d'homme ? ui mérite d'être puni pour découvrir une identité entre l'une et l'autre. Dès lors il est démontré que les voleurs méritent d'être punis. 11 importe peu de la forme que je donne à mon raisonnement : toute la force de b démonstration est dam l'identité» que la décomposition des idées rend sensible. Si l'on avait remarqué que les langues sont autant de méthodes analytiques , fl n'aurait pas été difficile de trouver l'art de raisonner. Oet art (et cette proposition est restée l'un des axiomes de la philosophie condinatienne) se réduit à une langue bien faite. Porter, raisonner, se faire des idées générales ou abstraites y c'est au fond la même chose. L'art de raisonner ne se réduit à une langue bien faite que parce que l'ordre de nos idées n'est lui-même que la subordination qui existe entre les noms donnés aux genres et aux espèces; et puisque nous n'avons de nouvelles idées que parce que nous formons de nouvelles classes , fl est évident que nous ne déterminerons les idées qu'autant que nous déterminerons les classes mêmes. Alors nous raisonnerons bien , parce que l'analogie nous conduira dans nos jugements comme dans l'intelligence des mots. Le langage algébrique est très-propre à nous montrer d'une manière sensible comment les jugements sont liés les uns aux autres dans un raisonnement. Le dernier n'est renfermé dans le pénultième , le pénultième dans celui qui le précède, et ainsi de suite en remontant, que parce que le dernier est identique avec le pénultième, celui-ci avec celui qui le précède, etc.; de telle sorte que l'évidence d'un raisonnement consiste uniquement dans l'identité qui se montre d'un jugement à l'autre. En dehors de ralgèbre, et lorsqu'au lieu de se développer avec des lettres, un raisonnement se développe avec des mot*, l'évidence consiste également dans l'identité qui est sensible d'un jugement à l'autre. En effet, la suite des jugements est la même, et il n'y a que l'expression qui change. Il faut seulement remarquer que l'identité s'aperçoit plus facilement lorsqu'on s'énonce avec des
algébriques. Hait que l'identité s'aperçoive plus ou moins mollement, il suffit qu'elle se montre pour être assuré qu'un raisonnement est une démonstration rigoureuse; et il ne faut pas s'imaginer que les sciences ne sont exactes, et qu'on n'y démontre à la rigueur, que lorsqu'on y parle avec des s» des a et de* k Si donc il y a des sciences non exactes, os n'est pan pane qu'on n'y parle pas algèbre, n'est parée que les langues en sont mal faites. Queues sont donc les conditions d'une langue bien laite? Oondillac regarde comme les plus essentielles la parfaite détermination des mots et l'analogie. Nous saurons, dit-il, nous servir des mots lorsqu'au lieu d'y chercher des essences que nous n'avons pas pu y mettre, nous n'y chercherons que ce que nous y avons mis , les rapports des choses à nous et ceux qu'elles ont entre elles. Nous saurons nous en servir lorsque, les considérant relativement à la limitation de notre esprit, nous ne tes regarderons que comme un moyen dont nous avons besoin pour penser. Alors nous sentirions que la pins grande analogie en doit déterminer toutes tes acceptions, et nous bornerions nécessairement te nombre des mots au nombre dont nous aurions besoin. Nous ne nous égarerions plus parmi des distinctions frivoles, des divisions et des sous-divisions sans fin, et des mots étranges, qui deviennent barbares dans notre langue. Enfin, nous saurons nous servir des mots lorsque l'analyse nous aura fait contracter l'habitude d'en chercher la première acception dans leur premier emploi, et toutes les autres dans l'analogie.
La question de la certitude et de ses différents degrés est traitée par Condiuae dans l'un des derniers chapitres de l'Art de penser (l). Conduise reconnaît trois sortes d'évidence, à savoir : évidence de raison, évidence de fait, évidence de sentiment. L'évidence de raison consiste uniquement dans l'identité : ainsi, par exemple, il est évident qu'un triangle est unesiirface terminée par trois lignes, parce que, pour quiconque connaît la valeur des termes, sur/ace terminée par trois lignes est la même chose que triangle. L'évidence de fait provient de l'observation des phénomènes extérieurs; c'est ainsi, par exemple, qu'on arrive à savoir que l'or est malléable. L'é» videncede sentiment est la connaissance certaine d'un genre de phénomènes que noosobservons «*n nous-mêmes ? cette dernière sorte d'évidence, qu'on pourrait également appeler évidence de fait» Oondillac l'appelle évidence de sentiment pares que c'est par le sentiment (le nom de sens intime conviendrait mieux) que ces sortes de phénomènes nous sont connus. Intérieurement à l'évidence, Condiuae signale les conjectures et l'analogie, lesquelles ne donnent plus lieu, comme l'évidence, à la certitude, mais à la simple probabilité. Les conjectures paraissent à Cendillac
(1) Part. II, cta. ix.
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constituer une sorte dlatettnédfcire entre l'évidence et l'analogie, qui n'est souvent elle-même qu'une Aiftto Conjecture. U est conduit ainsi à distinguer dans l'analogie différents degrés, sui- Tant qu'elle est fondée sur des rapports de reasemhlanoe, sur des rapports du moyen à la fin, ou sur des rapports de cause à effet ou d'effet à «anse. Condiliac apporte des exemples propres à feire «maître ces trois sortes d'analogie, et ces exemples, il les choisit dans la science eosmographique. La terre est habitée, donc les planètes le sont Voilà la plus faible des analogies, parce qu'elle n'est fondée que sur un rapport de ressemblance. Mais si l'on remarque que tes planètes ont des révolutions diurnes et annuelles, et que par conséquent leurs parties sent successivement éclairées et échauffées, ces précautions'ne semblent-elles pas aroir été prises pour la conservation de quelques habitants? Cette analogie, qui est fondée sur le rapport des moyens à la fin, a plus de force que la première. Cependant , si die prouve que la terre n'est pas seule habitée , elle ne prouve pas que toutes les planètes le soient; car ce que l'auteur de la nature répète dans plusieurs parties de l'univers pour une même fin, U se peut qu'il ne le permette quelquefois que comme une snitedo système général ; il se peut encore que d'une planète haMtée une révolution fosse un désert. L'analogie qui est fondée sur le rapport des effets à la cause, ou de la cause aux effets, est celle qui a le plus de force : elle devient même une démonstration quand elle est confirmée par le concours de toutes les circonstances. C est une évidence de fait qu'il y a pour la terre des révolutions diurnes et annuelles ; et c'est une évidence de raison que [ces révolutions peuvent être produites par le mouvement de la Terre, par celui du Soleil, ou par tous les deux. Mais nous observons que les phmètes décrivent des orbites autour du Soleil ; et nous nous assurons également, par l'évidence du fait, que quelques-unes ont un mouvement de rotation but leur axe plus ou moins incliné. Or, il est d'évidence de raison que cette double révolution doit produire des Jours , des saisons et des années. Donc la Terre a une double révolution, puisqu'elle a des jours, des saisons et des années. Cette analogie suppose que les mêmes effets ont les mêmes causes : supposition qui, étant confirmée par de nouvelles analogies et par de nouvelles observations, ne pourra plus être révoquée en doute. Tels sont les exemples apportés pat Condillac. C'est ainsi, ajoute-t-il, que les bons philosophes se sont conduits ; et si l'on veut apprendre à raisonner, le meilleur moyen est d'étudier les découvertes qui ont été dites depuis Galilée jusqu'à Newton. La question des causes de nos erreurs a été principalement traitée par Condillac dans la £egiqve \i). Ce philosophe fait consister la prin-
(i) Part., oh. V, et part. Il, ch. u.
cipeie cause des erreurs dans l'habitude où nous sommes de raisonner sur des choses dont nous n'avons pas d'idées, ou dont nous n'avons que des Idées peu exactes : car alors nous nous servons des mots avant d'en avoir déterminé la signification, et même sans avoir senti le besoin de la déterminer. Si l'origine de l'erreur est dans le défaut dldées, ou dans les idées mal déterminées, celle de la vérité doit être dans les idées bien déterminées. Les mathématiques en sont la preuve. Sur quelque sujet que nous ayons des idées exactes, elles seront toujours suffisantes pour nous faire discerner la vérité. Sl,'au contraire, nous n'en avons pas, nous aurons beau prendre toutes les précautions imaginables, nous confondrons toujours tout. En un mot, en métaphysique on marcherait d'un pas assuré avec des idées bien déterminées, et sans ces idées on s'égarerait même en arithmétique. Mais comment les arithméticiens out-fl* des idées si exactes ? C'est que, connaissant de quelle manière elles s'engendrent, ils sont toujours en état de les composer ou de les décomposer pour les comparer sous tous leurs rapports. Or, dans toutes les sciences, comme en arithmétique, la vérité ne se découvre que par décomposition. Si l'on n'y raisonne pas habituellement avec la même justesse, c'est qu'on n'a point encore trouvé de règles sûres pour composer et décomposer toujours exactement les idées , et que par conséquent ou ne peutfpas les déterminer avec précision. Indépendamment de ces considérations Bur les causes générales de nos erreurs, Condillac a consacré tout un chapitre (1) à l'examen de ce qu'on est convenu d'appeler les erreurs des sens. 11 essaye d'établir que ce ne sont pas nos sens qui nous trompent, mais bien des jugements que nous formons d'après des idées qulls ne nous donnent pas. A cette occasion , il distingue trois choses dans nos sensations : 1* la perception que nous acquérons, î° le rapport que nous en faisons à quelque chose hors de nous, 3e le jugement que nous rapportons aux choses leur appartient en effet. Cela posé, il estime qu'il n'y a ni erreur, ni obscurité, ni confusion dans ce qui se passe en nous, non plus que dans le rapport que nous en faisons au dehors. Si nous réfléchissons, par exemple, que nous avons les idées d'une certaine grandeur et d'une certaine figure, et que nous les rapportons à tel corps, il n'y a rien là qui ne soit vrai, clair et distinct. VoOà où toutes les vérités ont leur source. Si l'erreur survient, ce n'est qu'autant que nous jugeons que telle grandeur et telle figure appartiennent en effet à tel corps. Si, par exemple, je vois de loin un bâtiment carré, il me paraîtra rond. T a-Wl donc de IMbftcurKé et de la confusion dans l'idée de rondeur? Aucunement. Mais si je juge que la rondeur est effectivement et réellement la figure de la tour que j'aperçois,
(i) Jri de penser, part 1, oh. u.
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ici commencera l'erreur ; et ce n'est point à mes sens, mais à mon jugement qu'elle sera imputable.
Condillac est avant tout un psychologue et un logicien. Néanmoins , ce serait une erreur de penser que 'sa philosophie soit restée complètement étrangère à toute question de théodicée et de morale. Dans la dernière partie (1) de Y Introduction qu'il a mise en tête de sa Grammaire, il examine comment nous nous élevons à la connaissance de Dieu. Il discute la même question dans son Traité des animaux, et il y est conduit, ainsi que nous l'avons montré plus haut, en signalant les principales différences qui séparent l'homme d'avec la brute, et qui consistent surtout en ce que l'homme a la connaissance de la loi morale et l'idée de la Divinité. Après avoir écarté ce qu'il appelle V hypothèse cartésienne de VinnéUé, Condillac établit que les effets que nous percevons par nos différents sens nous conduisent tous a l'idée d'une cause première, qui en dispose ou qui les arrange. Nous arrivons ensuite à concevoir que le principe qui arrange- toutes choses est le même qui donne l'existence : voilà la création, laquelle n'est à notre égard que l'action d'un premier principe, par qui les êtres passent de la nonexistence à l'existence. Tout est présent à ce premier principe, puisque tout est renfermé dans son essence. Si tout lui est présent, il est de tous les temps, il est immense, il est éternel. 11 n'imagine donc pas comme nous, et son intelligence consiste à concevoir. Mais il y a bien de la différence entre sa manière de concevoir et la nôtre: 1° ses idées n'ont pas la même origine ; 2° il ne les forme pas les unes des autres par voie de génération; 3° il n'a pas besoin de signes pour les arranger dans sa mémoire; il n'a pas même besoin de mémoire, puisque tout lui est présent; 4" il ne s'élève pas de connaissance en connaissance par différents progrès. Il voit tout à la fois tous les êtres, tant possibles que présents. Il en voit dans un même instant la nature, toutes les propriétés, toutes les combinaisons, et tous les plans qui doivent en résulter. C'est de la sorte qu'il doit être intelligent Mais comment s'assurer qu'il l'est? 11 n'y a qu'un moyen. Les mêmes effets qui nous ont conduits à cette première cause nous feront connaître ce qu'elle est, quand nous réfléchirons snr ce qu'ils sont eux-mêmes. Considérons les différents êtres qu'il a arrangés. Peut-on voir l'ordre des parties de l'univers, la subordination qui est entre elles, et comment tant de choses différentes forment un tout si durable, et rester convaincu que l'univers a pour cause un principe qui n'a aucune connaissance de ce qu'il a produit; qui sans dessein, sansvue, rapporte cependant chaque être à des fins particulières, subordonnées à une fin générale? Si l'objet est trop vaste , que l'on jette les yeux
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sur le plus vil insecte. Que de finesse ! que de beauté! que de magnificence dans les organes I Que de précautions dans le choix des armes, tant offensives que défensives 1 Que de sagesse dans ~ les moyens dont il a été pourvu à sa subsistance! Mais c'est surtout en nous-mêmes que Condillac découvre et signale des preuves de l'intelligence divine. Que chacun de nous considère avec quel ordre les sens concourent à sa conservation, comment il dépend de tout ce qui l'environne et tient à tout par des sentiments de plaisir et de douleur; qu'il remarque comment les organes sont faits pour lui transmettre des perceptions et son âme pour opérer sur ces perceptions, en former tous les jours de nouvelles idées , et acquérir une intelligence qu'elle ose refuser au premier être : il conclura sans doute que celui qui nous enrichit de tant de sensations différentes connaît le présent qu'il nous fait, qu'il ne donne point à l'âme la façon d'opérer sur ses sensations sans savoir ce qu'il lui donne; que l'âme ne peut par l'exercice de ses opérations acquérir de l'intelligence, qu'il n'ait lui-même une idée de cette intelligence ; qu'en un mot, il connaît le système par lequel toutes facultés naissent-du sentiment, et que par conséquent il nous a formés avec connaissance et avec dessein. A coté de l'intelligence, Condillac reconnaît encore, à titre d'attribut divin, la liberté; car, puisque le premier être est indépendant , rien n'empêche qu'il ne soit libre. Nous trouvons en effet dans les attributs, déjà démontrés, de puissance, d'indépendance et d'intelligence, tout ce qui constitue la liberté, attendu qu'on y trouve connaissance , détermination et pouvoir d'agir. Ceci est si vrai, que ceux qui ont voulu nier la liberté de la première cause ont été obligés, pour raisonner conséquemment, de lui refuser l'intelligence. Mais ce ne sont encore là que des attributs métaphysiques et intellectuels. Condillac reconnaît, comme s'y ajoutant, des attributs moraux. En effet, le premier être , en tant qu'intelligent , discerne le bien etle mal , juge du mérite et du démérite, apprécie tout ; en tant que libre, il se détermine et agit en conséquence de ce qu'il connaît. Ainsi, de son intelligence et de sa liberté naissent sa bonté, sa justice, sa miséricorde, en un mot sa providence. Telle est l'esquisse de théodicée que contient la deuxième partie du Traité des animaux, à l'occasion de l'idée de la Divinité, qui est une de celles qui distinguent surtout notre intelligence d'avec celle des bêtes. On y voit que c'est par l'expérience, c'est-à-dire par l'action du principe de causalité et surtout par l'action du principe de la cause finale, appliqués l'un et l'autre aux phénomènes qui tombent sous les sens, ou qui se produisent dans le for intérieur, que Condillac explique l'avénement de cette idée.
L'esprit humain n'est pas seulement en possession de l'idée de Dieu ; fl possède encore la notion de moralité. Comment cette notion lui ar-
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rive-t-ftfle?Daiis la doctrine de Ctakhllac, elle n'est pas plus innée que celle de Dieu, et l'homme l'acquiert par le seul usage de ses facultés. U n'est point d'homme qui ignore absolument la loi morale; car nous ne saurions former une société , quelque imparfaite qu'elle soit, qu'aussitôt nous ne nous obligions les uns à l'égard des autres. U ne faut pas, du reste, confondre les moyens que nous avons de découvrir la loi morale avec le principe qui en fait toute la force. Nos facultés sont tes moyens pour la connaître ; Dieu seul est le principe d'où elle émane. Elle était en lui avant qu'il créât l'homme; c'est elle qu'il a consultée lorsqu'il nous a formés , et c'est a elle qu'il a voulu nous assujettir* Ces principes établis, ajoute Conduise, nous sommes capables de mérite ou de démérite envers Çieo même; il est donc de sa justice de nous récompenser ou de nous punir, liais ce n'est pas dans ce monde que les biens et les maux sont proportionnés au mérite et au démérite. Il y a donc une autre vie, où le juste sera récompensé, où le méchant sera puni , et notre âme est immortelle. Cependant, si nous ne considérons que sa nature, elle peut cesser d'être ; celui qui l'a créée peut la laisser rentrer dans Je néant. Elle ne continuera donc d'exister que parce que Dieu est juste; mais par là l'immortalité lui est aussi assurée que si elle était une suite de son essence. Cette série de propositions, que nous empruntons également a la seconde partie du Traité des animaux, renferme, sous une forme sommaire, les principes généraux de la morale. Ainsi que dans la théodkée, CondiBac s'y montre spirituatiste , puisqu'il croit à l'existence de la loi morale, à son caractère obligatoire, au mérite et au démérite moral, à la justice de Dieu, à l'immortalité de l'âme, à une vie future.
H nous reste à envisager Condillac comme publiciste et économiste. Parmi les principales questions qu'il a traitées dans le livre intitulé le Commerce et le Gouvernement, deux surtout méritent d'attirer notre attention , à savoir la question de la liberté du commerce et celle du droit de propriété. Sur la première de ces deux questions , Condillac appartient à l'école libérale : il se montre sans déguisement le partisan de la liberté absolue du commerce et de la liberté absolue d'importation et d'exportation, qui lui paraissent être pour une nation les sour- . ces dé toute industrie, de toute richesse, de toute prospérité (1). Sur la deuxième question, il se rattache à l'école du bon sens et de la saine morale; et en pensant ne combattre que quelques paradoxes anciens, il réfute, par anticipation des théories qui quelques années plus tard devaient se produire dans les écrits de Babeuf, de Saint-Simon, de Fourier et, plus près de nos jours, dans les ouvrages de leurs disciples. Condillac regarde le droit de propriété comme fondé
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tout à la fois sur la première occupation ou sur le partage, et sur le travail ou lorsque les terres, dit-il (1) eurent été partagées, chacun put dire : Ce champ est à moi, et il n'est qu'à moi. Tel est le premier fondement du droit de propriété. Au temps de la récolte , chacun peut dire encore : « Si ce champ inculte était à moi parce qu'il m'est tombé en partage, aujourd'hui qu'il est cultivé , il est à moi à plus d'un titre , puisque sa culture est mon ouvrage. U est à moi avec tout son produit, parce que son produit est en même temps le produit de mon travail. » La propriété sur les terres est doue fondée tout à la fois sur le partage qui en a été fait et sur le travail qui les rend fertiles. Et non-seulement Condillac estime que la terre est légitimement à celui qui, après l'avoir eue par voie de première occupation ou par voie de partage , Ta fertilisée par son travail, mais encore il croit que celui-ci a le droit d'en disposer même après lui. En d'autres termes, au droit de propriété il ajoute comme complément nécessaire le droit d'hérédité. Lorsque je défriche un champ, dit-il , le produit des avances que je fois ne peut être qu'à moi; j'ai le droit d'en jouir : pourquoi donc, au moment de mourir, n'en cèderais-je pas la jouissance? J'ai défriché des marais; j'ai élevé des digues qui mettent mes terres à l'abri des inondations; j'ai conduit des eaux dans des prairies qu'elles rendent fertiles; j'ai fait des plantations dont le produit m'appartient, et dont cependant je ne jouirai pas; en un mot, j'ai donné à des terres sans valeur une valeur qui est à moi tant qu'elle dure, et sur laquelle, par conséquent, je conserve des droits pour le temps où je ne serai plus. Reprenez ces terres dans l'état de friche où je les ai trouvées, ou laissez-les moi en culture et en valeur. Vous ne pouvez séparer ces deux choses : convenez donc que j'ai droit de disposer de l'une comme de l'autre. Si celui qui défriche un champ acquiert le droit d'en disposer après lui , il le transporte avec ce droit à celui à qui il le lègue ; et de génération en génération tout propriétaire jouit du même droit. Quel est l'homme qui s'occuperait des moyens de donner à une terre une valeur qu'elle n'aurait qu'après lui , s'il ne lui est pas permis d'en disposer en faveur de ceux qu'il veut en faire jouir? Dira-t-on qu'il y sera porté par l'amour du bien? Mais pourquoi ôter au citoyen un motif qui le déterminera plus sûrement : l'intérêt qu'il prend à ses enfants et aux personnes qu'il aime ? Telles sont, dans l'ordre psychologique, logique, moral, économique, les doctrines de Condillac, que notre véritable tâche était moins de critiquer que d'exposer. Ces doctrines s'étendent, comme on le voit, à la philosophie tout entière. C'est donc à tort qu'on a quelquefois prétendu réduire toute la philosophie de Condillac à deux théories seulement, celle de l'ori-
(i)Part I, cbxn.