C. Mâllrt
Les Œuvres de Condillac. - Manuel de ? histoire de la philosophie de Teiroemanii, — U Harpe, Cours ée mérature ( Philosophie du 4U-buiUtwe ilèçle, 1. 1, ch. 1, aect. 8. ) - Dictionnaire des sciences philosophiques, L I, p. MS-ftSl.
condivi ( Ascanio ), peintre et sculpteur, né en 1520, à Ripa-Transone, dans la marche d'Ancône. Bien qu'élève de Michel-Ange, il ne put, malgré son zèle et son ardeur au travail, s'élever au-dessus de la médiocrité, et il serait peu connu s'il n'eût rendu aux arts un service dont la postérité lui a su gré, en écrivant la vie de son maître, qu'il publia en 1553, dix ans avant la mort de ce grand artiste, et par conséquent sous ses yeux et à l'aide des renseignements. recueillis de sa bouche même. Une seconde édition a paru à Florence, en 1740, accompagnée de notes de Vasari , Mamii, Mariette, Filippo Buonarotti , etc. * E. B— n.
Lanzl, Storia pittorica. - Tlcozzi, Dlzionario. coifDORCBT (Jacques- Marie de Caritat de), évoque français, né au château de Condorcet (Dauphiné), en 1703, mort le 21 septembre 1783. Il fut d'abord militaire, prit ensuite la carrière ecclésiastique, et devint grand-vicaire de son oncle, Yse deSaléon, évoque de Bhodez. En 1741 Condorcet fut nommé à l'évêché de Gap, en 1754 à celui d'Auxerrc, et en 1761 à celui de Lisieux. Il se montra toujours ennemi des jansénistes, eut de vives contestations avec son clergé, et occasionna même par sa violence quel-
ques désordres dans son évêebé de Lisieux. On a de lui divers écrits contre le jansénisme.
coudoecjbt (Jean-Antoine-NicolaswChXh tàt, marquis de), l'on des plus illustres mathé* maticlcns, philosophes et publicistes français, secrétaire perpétuel de l'Académie des sciences et membre de l'Académie française, était issu d'nno très-ancienne et noble famille du comtat Venaissin, dont une Lrancbe embrassa le protes- 1 tantisme au seizième siècle. Il naquit à Riberoont, en Picardie (Aisne), le 17 septembre 1743. Pendant les huit premières années de son enfance, voué à la Vierge, par sa pieuse mère, qui craignait de perdre ce fils unique, il porta le costume d'une jeune fille. A onze ans, son oncle, successivement évéque de Gap, d'Auxerre et de («isieux, le plaça dans la maison des jésuites de Reims , ou il obtint des suocès littéraires. En 1758 il commençait ses études mathématiques au collège de Navarre à Paris; au bout de dix mois, à l'âge de seiie ans, il y soutint une thèse d'analyse très-difficile, avec tant de distinction, que D'Alembert et autres savants prédirent qu'il serait un jour leur confrère à l'Académie. Dans une lettre adressée en 1775 à Turgot, intitulée » Ma profession de foi, il rappelle que dès son adolescence il avait adopté une règle qui le dirt* gea toute sa vie : « Il fallait, disait-il, faire céder toute considération d'intérêt à l'obligation d'être juste, et ménager précieusement la sensibilité na« turelle, qu'il regardait comme la source de toute vertu. » Cette recommandation sert de base à son dernier écrit, intitulé : Conseils d'un père à sa fille. « Ma chère fille I écrit-il, conserve dans « tonte sa pureté, dans toute sa force le sentiment « qui nous fait partager la douleur de tout être « sensible. Ne te borne pas aux souffrances « des hommes : que ton humanité s'étende « même sur les animaux. Ne rends point mal- « heureux ceux qui t'appartiendront ; ne dé* « daigne pas de t'ooeuper de leur bien-être; ne « sois pas insensible a leur naïve et sincère re- « connaissance; ne cause a aucun des douleurs « inutiles.... » Ces paroles suffisent pour réfuter Terreur de ceux qui lui ont cm un cœur froid. Malgré les désirs de sa famille , qui voulait qu'il embrassât, comme son père, la carrière militaire, apanage de la noblesse, il se livra aux études qui devaient le ranger parmi les libres penseurs. Il n'avait pas vingtdeux ans lorsqu'il présenta à l'Académie un essai sur \* calcul inté» graL Cet écrit fut examiné, en mai 1765, par une commission, dont le rapporteur, D'Alembert, dit que l'œuvre annonçait les plus grands talents et méritait les encouragements de l'Académie. Le volume de 1 772 renferme un nouveau mémoire de Condorcet, sur lequel Lagrange portait le jugement suivant : « H est rempli d'idées sublimes et « fécondes, qui auraient pu fournir la matière de « plusieurs ouvrages. Le dernier article m'a ain- « gulièrement plu, par son élégance et par son « utilité. » II s'agissait, dit l'illustre Arago, dont
COITOO&CET
Htui de France eu 184 1, des séries récurrentes. On trouve des preuves de ce génie mathématique également dans les collections académiques étrangères de Berlin, Bologne, Pétershourg. Arago a d'ailleurs célébré les succès de Condorcet dans les applications de Vanalyte aux recherches astronomiques. En 1778 Condoroet partages, an jugement de l'Académie de Berlin , ave* Tempelbof, on prix qu'il aurait seul obtenu,
. selon Lagrange, s'il avait voulu appliquer sa méthode a quelque comète particulière ,( ainsi .que rédigeait la programme. I* calcul des ProbabitUéi, dont la découverte appartient 4 Pascal et à Fermât, dut beaucoup à Condoroet, et a contribué à l'abolition de la loterie et de plusieurs autres jeux de hasard. La Harpe, dans sa philosophie du dix-huitième siècle, lui a reproché de l'avoir appliqué à la jurisprudence. Mais s'il est vrai que c'est principale-* ment dans les conditions morales do l'huma* ailé que réside l'appréciation de l'uuiocence ou de lu culpabilité , le nombre élevé des voix dans le calcul des majorités a toujours été considéré nomme une des garanties principales des accusés. Une nation voisine va même jusqu'à exiger l'unanimité des voix dans les décisions du jury. Gondoreet fut reçu adjoint à la section de mécanique de l'Académie des sciences le 25 février 1769, et sa nomination fut confirmée le 8 mars par Louis XV (1). Il devint bientôt après membre titulaire de cette académie. Malgré ses succès dans cette carrière, Oondorost fut facilement conduit a s'occuper des discussions d'économie sociale, et il se jeta ensuite dans l'arène ardente de la polémique religieuse et philosophique.
Il était déjà en eorrespondance avec le patriarche de Ferney, Voltaire, parvenu à la vieillesse, mais animé encore de toute la vivacité de la jeunesse. Il loi fit une visite, en 1770, avec D'Alembert, et cette visite fut suivie d'une correspondance active et du plus grand intérêt. Néanmoins , son premier écrit polémique n'est que de 1 774. Il avait à cette époque publié treize éloges d'académiciens, morts entre Ifltfo et 1609. L'âge avancé do secrétaire perpétoel, Grandjean de Fooohy, successeur deFontenelle, les lui avait lait négliger. C'est sur la proposition de Grandjean lui-même qu'en avril 1773 Condoreet fut nommé secrétaire perpétoel en survivance. Cette élection rot disputée par un parti dirigé par Buffen, qui avait choisi Bailry pour son candidat,
* mais elle fut emportée par D'Alembert et ses amis, ainsi que par les titres antérieurs qu'avait acquis Condoroet.
Il débuta dans ses nouvelles fonctions par l'éloge de Fontaine, mort en 1 77 1 , et cet écrit est considéré comme un chef-d'œuvre. Les travaux littéraires et politiques qu'entreprit Condoreet ne
(l) Registres manosc de l'Académie.
l'empêchèrent pas de s'acquitter avec le même îèle, et avec plus de succès encore, des éloges des académiciens, jusqu'à la suppression des académies ( 8 août 1793 ); ils ne forment pas un des moindres titres de Condoreet a l'admiration de la postérité (1) : on remarque parmi eux ceux de ta Condamne, de Pascal, de T rudaine, des deux Jussieu, deFlamsteed, de D'Anville, et de Vaucanaon (1780 ), d'Euler et de D'Alembert (1763) , de Cassini, de Thury (1764), deBuOon (17811), de Franklin (1789). II est impossible de ne pas admirer, dans l'éloge de Buffon spécialement, le talent et l'impartialité avec lesquels, sans adopter les erreurs scientifiques du Pline français, il a peint les grands services rendus à l'histoire, naturelle par ce savant et l'éminence de son mérite comme écrivain. On ne croirait jamais, en lisant cet important élogB, que Buffon a employé en toute ciroonstance le crédit dont il jouissait à la cour et à l'Académie pour dénigrer son collègue.
On compte parmi les œuvres de Condoreet un mémoire inédit sur la meilleure organisation1 des sociétés savantes, destiné au gouvernement espagnol, auquel il conseillait de nejamais consulter pour les choix les principes religieux des candidats. « Croyez-vous, disait-il, qu'une académie qui « serait composée de l'athée (prétendu) Aristote, « du brahroe Pythagore, du musulman Alcha- « son» du catholique Descartes, du janséniste « Pascal, de i'ultramonlain Cassini, du calviniste « Huyghens, de l'anglican Bacon, de l'arien (uni- ■ tairien) Newton, du déiste Leihnits , n'en eût « point valu une autre? Pensez-vous qu'en pa- «i reille compagnie on ne se serait pas entendu « parfaitement, en géométrie, en physique, etc., « et que personne se fût amusé à parler d'autre « chose? »
Turgot, dont la pensée, digne d'un administrateur éclairé , était de tirer la France des inconvénients graves du monopole, inspira à Condoreet le goût de l'économie politique ; le savant secrétaire perpétuel, qui avait l'esprit très-large, aborda et soutint avec éclat le premier et le plus fécond de ces principes, celui de la libre circulation des grains, alors complètement méconnu (1775 etl776) (2) ; c'était la réfutation d'un écrit du financier Necker. B composa deux ouvrages sur l'abolition des corvées, en 1775 et 1776 (3), Enfin, il soutint les mesures adoptées et sanctionnées par Louis XVI. en 1776, pendant le court ministère de Turgot bientôt renversé par la coalition des parlements qui n'enregistraient les édita qu'avec résistance et des traitants, intéressés au maintien des abos Condoroet avait été nommé inspecteur des monnaies f pendant ce ministère; après la chute de Turgot, quand Necker lui succéda, il donna im-
(1) |xs éloges forment s vol. dans la dernière édit, complète des OEuvret de Condoreet.
(t) Tome XI, p. M, 89 et 99, de ses OEuvres. (3) Tome XI, p. 69 et 87, de s?« OEuvres»
CONDORCET
médiatement sa démission. Mais elle ne fat pas 1 acceptée, etCondorcet conserva cette place jusqu'en 1791. H fut alors nommé par le roi commissaire de la trésorerie, et exerça ces fonctions jusqu'à son élection à l'Assemblée législative.
Le premier écrit religieux polémique de Condorcet a pour titre Lettres d'un théologien ( 1774 ), et parut sous le voile de l'anonyme (1).
Les Lettres d'un théologienSonmôeat un écrit si piquant, qu'on l'attribua an patriarche de Ferney, qui le 20 août 1774 écrivait à Condorcct lui-même « qu'on y trouvait des plaisanteries et des morceaux d'éloquence dignes de Pascal ». Sa hardiesse était telle, disait-il (le 17 août) que pour être si audacieux il fallait commander deux cent mille soldats. On est disposé à croire que Condorcet Ait un flatteur de la popularité immense dont jouissait alors Voltaire en Europe; mais, malgré son admiration pour cet illustre vieillard, il lui écrivit en 1776 pour se plaindre des flatteries du patriarche à l'égard de Necker, que celui-ci décorait du titre de Caton^ en 1777 il s'élevait contre le projet de représentation de la tragédie d'Irène ; et le 2 janvier 1778 Voltaire le remerciait de ses critiques. Enfin, Condorcet ne voulait pas qu'on publiât les brochures préparées par Voltaire contre Montesquieu et V£sprit des lois. Lord Brougham a reproché à Condorcet de n'avoir point, en écrivant la vie de Voltaire, lu sa volumineuse correspondance. M. Génin, avec autant de vérité que d'esprit, a rappelé que c'est Condorcet qui, dans l'édition de Kehl, a recueilli et publié le premier la correspondance de Voltaire, dont par modestie il a retranché celle dans laquelle le patriarche de Ferney faisait son éloge (2). C'est dans la dernière édition des Œuvres de Condorcet qu'a para cette partie de la correspondance inédite, annotée par M. Génin (3). Au reste, la Vie de Voltaire par Condorcet est une œuvre considérable, inséparable des œuvres de Voltaire luimême , et aussi durable qu'elles. Les notes qui y sont jointes (4) ont fourni de nombreux et précieux matériaux aux biographes.
Condorcet, pénétré d'admiration pour toutes les gloires de la France, qu'il savait si bien mettre en lumière dans ses Éloges des académiciens, eut la modestie de concourir pour le prix proposé en 1777 par l'Académie française, et dont l'objet était l'éloge du chancelier L'Hôpital. Le prix fut adjugé à l'abbé Remy, pour une composition aujourd'hui oubliée; mais l'œuvre de Condorcet, qui ne craignit pas de compromettre dans ce concours la dignité du secrétaire perpétuel de l'Académie des sciences, est aujourd'hui beaucoup plus consultée. Il avait aussi porté ses réflexions sur notre législation criminelle, alors si imparfaite et
(l) Tome V, p. ns.
(S) Voy. Rmnte encfdop., pijpj. par M. Dtdot, octobre i-m. r
îsu, p. sie-m.
(S) Tome de m
(t)Tome IV, p
\ Œuvres,
si dangereuse pour les innocents. Il publia un premier écrit sur ce sujet en 1775 (1) , et en 1776 il protesta contre l'usage de brûler les livras. D publia quelques fragments sur la liberté de la presse (2).
L'école de Port-Royal avait fait une édition des Pensées de Pascal, extraites de ses manuscrits, et rédigée dans l'esprit do jansénisme. Condorcet les revit, et rétablit les pensées diverses de ce grand esprit,, en faisant d'ailleurs un éloge impartial du philosophe. Il y joignit des notes critiques en un vol. de 507 pag. in-8*; 1776. Voltaire fit réimprimer ce travail en 1777. M. Cousin, en revoyant de nouveau ces manuscrits de Pascal , a signalé (3) les lacunes de l'original , qui n'a point été terminé, et qui se compose de fragments, souvent sans liaison, en conseillant, dans un rapport à l'Académie française, d'en faire une nouvelle édition. M. Feugère a publié cette édition en 1846 ; mais les travaux de l'abbé Flottes (1843-1846), l'esquisse de M. Villemain et les considérations biographiques de M. Sainte- Beuve dans V Histoire de Port-Royal, prouvent combien Condorcet a eu raison d'appeler l'attention publique sur les infidélités de la première publication. La Harpe l'a témérairement accusé lui-même d'inexactitude calculée.
Condorcet porta ses investigations sur l'esclavage des nègres; c'était un sujet hardi et nouveau en France , car Montesquieu, dans V Esprit des lois, ne l'avait attaqué que sous le voile de l'ironie, et les planteurs y avaient vu m» éloge de l'institution. Henrion de Pansey, depuis premier président à la cour de cassation» l'avait traité en 1770, dans un plaidoyer pour on nègre devant le parlement de Paris, mais sans éclat En Angleterre , les quakers ne l'avaient pas encore dénoncé au public, et les gouvernements l'encourageaient par des primes; les négriers portaient la tète haute, et se prétendaient les bienfaiteurs des colonies. Condorcet avait abordé ce sujet dans les notes sur Pascal. En 1777, dans trois lettres adressées au Journal de Paris, il revint sur la question (4). En 1781 il le traita encore sous le nom du D. Schwartz (6) ; et en 1789 il rédigeait V Adresse aux assemblées électorales y distribuée par les soins de la Société des amis des noirs. C'est qu'une question qui s'attaquait à une espèce de propriété et à un abus invétéré ne pouvait être résolue que par des efforts réitérés et collectifs. Necker la signala vainement à l'attention des états généraux, dans le discours d'ouverture du 5 mai 1789. Elle n'a été résolue pour la France qu'après plusieurs révolutions, en 1848, sous le ministère d'Arago, puisqu'elle ne l'est pas encore en.' beaucoup de pays chrétiens.
(1) Tome V||.
(l)TODeXI,SSS-t14.
(3) Journal des savants, 184*.
(4) Tome I, p. 3M-S4S-8M.
(5) Tome VU, p. 61.
CONDORCET
En 1781 Condorcet préludait aussi à U défense de la liberté religieuse, en publiant des pièces sur l'état des protestants (1) et en devançant ainsi de plusieurs années les édits de Louis XVI en faveur des non-catholiques ainsi que la déclaration de l'Assemblée constituante.
lia même année Condorcet publiait une réponse au plaidoyer de D*Épresmenil , dans le procès du comte de Lalrj-Tolendal, accusé et pour concussion et abus de pouvoir i son gouvernement des établissements français de llnde (2).
Tant d'écrits en tous genres devaient loi ouvrir les portes de l'Académie française. U s'y présenta en 1782, et l'emporta sur Bailly, que Buflon et son parti hn opposaient toujours comme concurrent Bailly venait de publier son Atlantide, écrit qui ne reposait après tout que sur des rêveries relatives à un peuple antédiluvien, qui nous aurait tout appris, selon D'Alembert, excepté son nom et le lieu qu'il habitait Voltaire ne cessait, depuis 1771, d'exprimer les vœux les plus vifs pour que cette distinction littéraire rat accordée à Condorcet. Le discours de réception est du 21 février 1782 (3). Cette même année Condorcet rot chargé par l'Académie de prononcer le 6 juin un discours en présence du comte du Nord (Paul 1", empereur de Russie) (4). S rédigea aussi un petit dialogue entre Aristippe et Diocèse (5) , charmant écrit, qui serait lu aujourd'hui avec un grand plaisir : il y fait ressortir ce qu'un homme plein d'humanité et de vertu peut encore Caire dans un pays privé de son ancienne liberté, auprès de ceux qui disposent de la vie et des biens des citoyens. La scène est en Sicile, sous Denys.
fil 1784 il eut un sujet délicat à traiter : c'était la réponse au discours de réception de Bailly, son ancien antagoniste à l'Académie française. En quelques pages, U lait un éloge si bien senti de cet académicien, astronome et littérateur, et la critique de V Atlantide est si tempérée et si honorable qu'un écrivain, si distingué qu'il soit, doit se sentir heureux de l'avoir méritée. Il répondit aussi (6) au discours de réception du comte de Choiseul-Gouffier, ambassadeur à Constantinople, déjà célèbre par la publication du I" volume du Voyage pittoresque de la Grèce, et fit un discours à l'ouverture de l'Académie des sciences, en présence du prince Henri de Prusse (7). Lors de l'institution du Lycée, le 15 février. 1786, Condorcet prononça un discours sur les sciences mathématiques (8). L'année suivante il entretint les membres de cette société des découvertes de l'astronomie et
(l) OEwrres, tome V, p. an.
(I) Tome !, p. 868. t. VU, p. *8, t. XI, p. 318.
(8) Ibld., I, p. s».
(*) IMdn p. 416.
(5) Ibld., p. 887.
(6) Ibld., p. 488.
(7) lMd., p. U6-48S.
(S) Ibld., p. 4SS-481
du calcul des probabilités. On lui doit aussià cette époque une vie de Turgot (1) , ouvrage digne de l'homme d'État qui avait fait sanctionner par Louis XVI les fameux édits de 1776 sur l'abolition des jurandes et maîtrises, de la corvée et autres institutions. Sa mémoire était attaquée par les partisans des vieux abus.
L'âme ardente de Condorcet ne lui permit pas de garder le silence sur l'arrêt du parlement de Paris du 20 août 1786, qui, à la majorité de chiquante-cinq voix contre vingt-neuf, ordonna la suppression, comme feux et injurieux à la magistrature et attentatoire à l'autorité royale, d'un mémoire en révision du jugement capital qui avait condamné an supplice de la roue les trois accusés de Chaumont. Cet écrit, ou l'ironie se mêle à l'Indignation, a blâmé justement la conduite du président d'Ormessoii; il a de plus révélé le courage de Dupaty , président au parlement de Bordeaux, qui s'était déclaré l'auteur du mémoire justificatif brûlé par la main du bourreau, et qui voulut, mais en vain, se rendre opposant a cet arrêt L'écrit de Condorcet (2) fut suivi des réflexions d'un citoyen non gradué sur ce procès (3) ; a l'imitation de Voltaire, dont la voix ne pouvait plus se faire entendre, il aborda la justification des condamnés. Enfin, il traita de l'influencede la révolution des États-Unis de l'Amérique sur l'Europe (4).
En 1787 il s'occupa presque exclusivement de travaux sur la constitution politique des États, question qui commençait à préoccuper les esprits, et il publia les quatre lettres d'un bourgeois de Newhaven à un citoyen de Virginie sur l'inutilité du partage du corps législatif (5). Le 33 décembre 1787 H épousa, au château de Villette, la nièce du préskient Dupaty et du conseiller au parlement de Paris Fréteau.
Condorcet était si désintéressé, que quoiqu'il n'eût qu'une modeste fortune territoriale, avec la place qu'il occupait a la Monnaie et à l'Académie, il n'exigea pas de dot de la famille de la femme distinguéequ'il épousait ( voy. ci-après l'article de madame de Condorcet). Il se maria sans contrat Malgré ce désintéressement, on a prétendu, dans des ouvrages ignorés du public, dont M. de Lamartine s'est malheureusement rendu l'écho dans V Histoire des Girondins, qu'à l'occasion de ce mariage la famille de La Rochefoucault, avec laquelle Condorcet se trouva plus tard en dissidence politique, lui avait donné 100,000 livres, ou la rente perpétuelle qui les représentait. François Arago a déjà réfuté cette calomnie (6). Pour nous, qui avons eu un rôle actif dans les partages de famille des petits-enfants de Condorcet, et qui même avons vu de plus près que l'il-
(1) Œuvres, tome V, p. 4, 883.
(t) Tome I, p. 80k (8) Tome VII, p. 141.
(4) Tome Vill, p. 1.
(8) Tome IX, p. 1. 1».
(6) Remarques sur VHist: des Girondins, Ion». !•», p. CT.XXXHI de soo édition de Condorcet.
CONDORCET
lustre académicien les titres actifs et passifs de la succession, et particulièrement les actes notariés constatant la fortune de Condorcet, nous attestons à notre tour qu'il n'existe aucune trace de Faocroissement de sa fortune à l'époque de son mariage ni depuis, quoiqu'il y ait des actes nota* ries qui la constatent (1). Il est donc fâcheux que l'auteur des Girondins, averti de cette erreur, ne Tait pas rayée de son livre, on n'ait pas produit a l'appui de son assertion quelque pièce tirée des archives de la famille de La Rochefoucauld. La réputation de Condorcet importe asses à son pays, et l'honneur des lettres est d'un intérêt asses puissant pour que sa mémoire ne reste pas entachée d'ingratitude envers cette famille. . En 1788 Condorcet s'occupa de la constitution des assemblées provinciales (2), et de celle, plus importante, de la constitution générale de l'État (3), questions qui occupaient alors toute ia France, et qui étaient les précurseurs- de la grande révolution.
En 1 789, malgré son immense renommée scientifique et littéraire et sa capacité politique, Condorcet ne fut pas élu membre des états généraux. Il ne sollicitait les suffrages de personne, et cet homme éminent Ait satisfait des modestes fonctions de membre de la municipalité de Paris, où il siégea avec son collègue l'infortuné Bailly. Mais il ne bouda pas la révolution française, et chercha au contraire à éclairer ceux qui étaient chargés de la diriger et à la préserver des calamités qui l'ont suivie. Jamais sa plume ne fut plus féconde qu'à cette époque. Quand les institutions sont fondées, et qu'elles fonctionnent régulièrement, l'examen des droits des citoyens et des théories politiques a peu d'utilité; mais il arrive des temps où toutjeet remis en question, et où l'on a besoin de refaire son éducation politique. Les écrits de Condorcet, par leur clarté, leur généralité, et )la bonne foi avec laquelle il aborde les questions, seront toujours consultés et lus avec profit. Nous ne ferons pas rémunération des vingt-et-un écrits qu'il publia dans le cours de cette année- (4). Il ne rot pas moins fécond en 1790, où il fit paraître plos de vingt mémoires sur des sujets politiques, notamment sur cette question , toujours à l'ordre du jour : S'il est utile aux hommes d'être trompés (5) ?
Cependant, fl ne négligeait pas l'Intérêt des sciences : outre les éloges académiques qu'il continuait,etdans lesquelson remarque celui de Franklin (6), l'un des derniers, mais l'un des plus étendus et des plus remarquables, il fit deux mémoires à l'assemblée : l'un au nom de l'Académie des sciences (7), l'autre en sa qualité de commissaire
(1) Notamment acte de liquidation du * Juillet 1807. (t) OBuvres, tome VIII, p. lis, ISS, Vf S. (s) Lettres d'un citoyen des États-Unis a un Français, tome IX, p. 95.
;4) Tome IV, IX, X et XI.
18) Tome V, p. 5*8.
(«) Tome III, p. STl-483.
(7) Tome» X à XII.
des monnaies. Il est peu de sujets qu'il n ait abordés. En 1791, et jusqu'à la fuite du roiLouisXVI, il rot fidèle à la monarchie constitutionnelle. Cest parce que le pouvoir royal était délaissé qu'il examina, le 12 juillet (1), ai un rot était nécessaire à la conservation de la liberté, et qu'il se prononça pour la négative, mais en soumettant son jugement à celui de l'Assemblée constituante. Telle rot sa première profession de foi républicaine^ il ne se déclarait pas l'enMoû des rois, ni du dauphin, dont on lui faisait presaemtir qu'il pourrait être nommé le apuverneur, mais dont par ses principes il refusait la obarge. Dans deux autres opuscules, qui se suivirent de près, il se prononça plus catégoriquement pour la république; mais il ne voulait pas que le pouvoir exécutif fût exercé par le corna législatif* il demandait un conseil électif de gouvernement de sept personnes (2).
Il fut élu, en septembre 1791, député de Paris à ia deuxième assemblée , dite Législative, et rééhi, en septembre 1799, à la Convention nationale par le département de l'Aisne, son pays natal. De même que depuis la mort de Voltaire il avait été l'écrivain ie plus généralement en crédit, au moins auprès des académies, il rot l'homme le plus influent dans cette assemblée , par la dignité de son caractère, aa modération et son talent, n y rat chargé du rapport des plus grandes questions, et surtout de celles de la paix et de la guerre. En 1790 il avait écrit à propos de la constitution civile du clergé, sur la séparation de l'Église et de l'Etat, c'està-diro du civil et du spirituel (3). En octobre 1791 il soutint, comme député, la nécessité d'enlever au clergé les registres de l'état civil ; et cette décision , décrétée ie 20 septembre de l'année suivante, et consacrée par le Code Napoléon, est encore une des bases des institutions françaises.
Condorcet fut le principal auteur et le rédacteur decette belle déclaration de l'assemblée, du 29 décembre 1791, à l'adresse des gouvernements qui menaçaient la France d'une invasion, par laquelle la nation renonçait à entreprendre aucune guerre dans la vue de faire des conquêtes, et prenait l'engagement solennel de n'employer jamais ses forces contre la liberté d'aucun peuple. Il fut l'organe du comité d'instruction publique en avril 1792, pour un rapport et un projet de décret sur l'organisation générale de l'instruction publique, qui ne put être discuté (4). C'est un travail complet et de la plus haute importance ; il s'était préparé à traiter législativement le sujet par cinq mémoires, qu'il avait publiés dans un recueil périodique (5). En février 1793, il répondit au manifeste de guerre rédigé au nom du roi de la Grande-Bretagne par W. Pitt.
(1) OEuvres, tome XII, p. M7, Ml.
(1) Ibld. p. »»-t48.
(8) Ibld., p. 1, 8.
(4) Tome VU, p: US, SIS.
(5) Ibld., p. 187 à 4M.
GONDORGET
En défendant le décret du 36 août 179*2, relatif au serment civique imposé aux membre* do clergé, Condoroet avoua que l'exécution dea lois, peut-être trop rigoureuse à ce sujet, était une atteinte à la liberté religieuse, dont il était un des apôtres ; mais il soutint que le serment purement civique n'y était pas contraire, et que l'opposition manifeste du clergé aux institutions nouvelles était un motif légitime de défiance : elle exigeait des mesures de protection en faveur de la minorité de ce clergé qui s'était ralliée à ces institutions, et dont on entravait le sacerdoce. Au moment od la coalition étrangère courait aux armes contre la France, Condorcet fit des appels éloquents arc Suisses, aux Germains, aux Espagnols, aux Bataves (1). Il prononça à l'assemblée un discours sur une déclaration de l'empereur d'Allemagne empreinte d'un caractère d'hostilité. (7 janvier 1792) (2); le 10 février il rédigea , au nom de cette assemblée, l'adresse aux Français (3), si efficace pour stimuler leur patriotisme , et le 20 avril il publia le rapport exposant les motifs par lesquels la nation française se voyait forcée de déclarer la guerre à ce monarque (4). Le 9 août 11 fit le rapport au nom d'une commission extraordinaire sur le décret, adopté le lendemain, qui , vu les dangers de la patrie , suspendait la royauté, suspecte de connivence avec l'étranger (5). Condorcet n'y dissimula aucun des dangers qui pouvaient être la suite de cette mesure. Il fut aussi le rédacteur de l'adresse du 10 août, et de l'exposition des motifs du 13, sur la convocation d'une Convention nationale, de l'adresse du 19 août, et de celles du 4 et du 19 septembre (e). Le malheureux Louis XVI fut mis en jugement devant cette assemblée (novembre 1792). Condorcet émit l'avis que la Convention n'était pas compétente et était récusable, quoiqu'il ne crût le roi inviolable que pour les actes de son gouvernement contresignés par ses ministres, et non pour ses actes personnels et secrets (7). Dans la séance du 19 janvier 1793, avant de voter sur la culpabilité de ce prince, il demanda l'abolition de la peine de mort ; il déclara du reste qu'il ne se sentait pas la main assez ferme pour peser dans la balance les dangers qui menaçaient la patrie , dans l'une ou l'autre résolution à prendre en une circonstance aussi grave (8). Finalement Condorcet refusa de voter la peine de mort. U veta pour la plus grave après celle de la mort et pour l'appel au peuple de la fatale et injuste sentence prononcée contre Louis XVI (9).
Condorcet avait été membre du comité de
(1) QBwrres, tome XII, p. Mi, m, 149, trr. (1) Tome X, p. 9*3-399.
(S) Ibld., p. 319-348.
(*) Ibld., p. 441.
(5) IbW., p. M.
(6) Ibld.. p. 851 à 679 n) Tom. XII, p- 3S5.
(3) Tom. XII, p. 167.
(9) Ango, tom. i«, p. cxxiii, des OEuvres de Con-
oonstitntion qui devait présenter à la France une loi fondamentale , à la place de celle de 1791, de si courte durée; son plan est des 15 et 16 février 1793 (1). Mais au 31 mai arriva la proscription des Girondins. Un nouveau projet de constitution lui fut substitué par une commission de cinq membres, choisis par le fameux comité de salut public, et eut pour rapporteur Hérault de Séchelles, le 10 juin; il rat décrété le 24. Cette constitution rat suspendue presque immédiatement après, et n'a jamais été exécutée.
Condorcet en signala les imperfections dans une adresse aux citoyens français, qui fut dénoncée à la Convention le 8 juillet par Chabot (2), qui lui reprocha d'être un académicien, un conspirateur, un ennemi de la république, et d'attaquer l'ouvrage sublime des délégués du comité de salut public, la constitution mortenée adoptée dans une seule séance , par une assemblée mutilée et frappée d'une terreur légitime. Cette dénonciation fut immédiatement suivie d'un ordre d'arrestation (3). Condorcet protesta; et il écrivit à la Convention que comme elle n'était pas libre , U ne lui restait plus qu'à se dérober par la fuite à la poursuite des ennemis de la liberté. Cet acte le rendait contumace, le mettait hors la loi, frappait ses biens de confiscation. Le 3 octobre, la Convention décrétait d'accusation Caritat, oi-devant marquis de Condorcet, avec Brissot, Vergniaud et quarante autres députés autrefois inviolables, et renvoyait leurs personnes pour être jugées devant le tribunal de sang qui lut décoré du titre de révolutionnaire.
On mit les scellés à son domicile à AuteuiT et à Paris, de manière que tous moyens de subsistance furent enlevés à sa femme et à sa fille. L'histoire de leurs souffrances appartient à l'article de madame de Condorcet (ci-après). Cependant l'illustre proscrit, sur la recommandation de Pinel et de Boyer (devenus médecins célèbres ), obtint un asile rue Servandoni , chez madame Vernet, femme courageuse, dont le nom mérite une mention dans les annales de l'humanité ; là, pour se distraire des malheurs de la France et servir jusqu'à son dernier jour la cause qu'il avait embrassée, Condoroet se mit à tracer, sans livres, V Esquisse des progrès de l'esprit humain, ouvrage resté inachevé (4), mais étonnant encore, selon le jugement de Daunou et d'Arago, et dans lequel se révèle l'impassibilité d'une âme stoïque, car on n*y trouve pas un mot de récrimination, pas une allusion à ses malheurs et à ceux de sa famille. Mais il s'en faut qu'il eût une âme froide. U avait essayé en juillet 1 793 un projet de justification (5) ; il y renonça pour rédiger les conseils à sa fille,
(1) OBuvres, tome XII, p. 383.
(S) Ibld., p. 648.
(S) Ibld., p. est,
(4) Tome V. VI, p. S80-S9T.
(I) Tome I, p. 874.
CONDORCET
alors âgée de quatre ans (1), et pour exprimer en vers (les seuls qu'il ait composés), sous le titre d'un Polonais exilé en Sibérie ( décembre 1793), ses sentiments envers son admirable compagne et sa fille. En lisant ces écrits, il est impossible de douter de la bonté et de la sensibilité de ce géomètre, de cet économiste, de ce publiciste, en apparence si glacial, dont un de ses contemporains, D'Alembert, a dit que c'était un volcan couvert de neige. Pour le bien apprécier, il faut consulter le portrait qu'en a tracé mademoiselle de Lespinasse (2).
On lit dans les vers du Polonais exilé, (adressés à sa femme) :
Pour la septième fois renaît cette Journée
Qui vit à tes beaux jours unir ma destinée.
Je n'ai point par des vers célébré mon bonlieur ;
Mais on aime * parler, sitôt qu'on est a plaindre...
Ils m'ont dit : Cbolsls d'être oppresseur ou victime.
J'embrassai le malheur, et leur laissai le crime...
11 sentait que le moment du dernier sacrifice approchait En mars 1794 il écrivait (3) : « Je périrai comme Socrate etSidney, pour avoir servi la liberté de mon pays. » Enfin, il fit un testament (4), la veille du jour (6 avril 1794) où, craignant d'exposer à la peine de mort, récemment décrétée contre ceux qui donnaient asile aux proscrits, il résolut de quitter la cachette que madame Vernet lui avait ménagée, et où des avis indirects annonçaient qu'on devait faire une visite domiciliaire.
On prétend qu'il avait été depuis longtemps reconnu par un montagnard, pensionnaire dans cette maison, mais qui garda son secret. On voulut en vain le retenir; il partit le matin, mal déguisé , erra dans la campagne, se présenta à Fontenay-aux-Roses dans la maison de campagne de son collègue l'académicien Suard , où on lut promit de lui donner asile pendant la nuit, en laissant ouverte une porte donnant sur la campagne; mais il la trouva fermée, et se retira dans une carrière. Le lendemain, excédé de faim , il se présenta chez un cabaretier de Clamait, où l'exagération de ses demandes alimentaires , la blancheur de ses mains et de son linge, et le livre dont il était porteur (c'était Horace) excitèrent les soupçons et révélèrent bientôt ce qu'il était : mis en arrestation , il fut conduit h Bourg-la-Reine , où il fut incarcéré. Le lendemain matin, on l'y trouva^ mort; il s'était empoisonné avec un poison que lui avait donné son beau-frère le célèbre Cabanis, et qu'il portait dans une bague : c'était le même auquel, dit Arago, Napoléon voulut, plus tard, recourir à Fontainebleau, avant de signer son abdication. Ainsi périt , pour échapper aux outrages des proscripteurs de 1794, a 1 âge de cinquante ans six mois et quelques jours, un
(1) Œuvres, tome I, p. 6it.
(i) For. ce portrait, qui éUit resté Inédit, tome I,
(B) Frac**., tome I, p. 60S.
(4) Tome 1, p. 6î4.
des hommes les plus illustres de la France, un ami sincère et véritable de la liberté, un des fondateurs des principes et des libertés de 1789, un littérateur éminent, un géomètre distingué, victime, comme tant d'autre3, de la démagogie révolutionnaire, qui priva la France des bienfaits de la révolution et établit la terreur, qui a tant favorisé le retour de l'ancien régime.
Condorcet était d'une haute stature. L'immense volume de sa tète, ses larges épaules, son corps robuste, contrastaient avec des jambes restées toujours grêles.
Ses oeuvres mathématiques ne peuvent être appréciées que relativement à l'époque où il a vécu, et par le jugement qu'en a porté le juge le plus compétent, Arago, l'un de ses successeurs comme secrétaire perpétuel de l'Académie des sciences. Elles ont été rassemblées manuscrites, ainsi que sa correspondance avec les savants français et étrangers, par les soins de sa fille unique, et [déposées à la bibliothèque de l'Institut de France, le 15 mars 1853 (1).
La première et principale partie du Tableau des progrès de V esprit humain a été imprimée à 3,000 exemplaires, par ordre de la Convention, rendue à sa liberté, et comme hommage dû à sa mémoire v sur le rapport de l'illustre Daunou, le 13 germinal an m (2 avril 1795).
La première édition de ses Œuvres complètes, commencée en l'an ix (1801), par les soins de Garât et de Cabanis, son beau-frère, avec le concours actif de madame de Condorcet, a paru en 1804 (an xn), en 22 vol. in-8°; mais partagée entre l'éditeur français et un libraire allemand de Brunswick, elle a été dispersée, et se trouva rarement complète. La 2e édition, publiée en 12 gros vol. in-8% avec son portrait, dessmé d'après nature, en 1786, par Mercury, imprim. Didot, est bien plus complète (1847-1849). Elle est due aux soins d' Arago lui-même, du général de division O. Connor, le mari de sa fille, aidés par les vérifications et la collaboration de M. Génin. Ses discours officiels ont été vérifiés soigneusement sur les minutes conservées aux Archives de France. L'édition a été distribuée gratuitement aux principales bibliothèques de France et à l'étranger. Isambert.
Notice sur Condorcet, toe publiquement à la séance de l'Académie des sciences du 18 décembre 1841 . par Arago, son secrétaire perpétuel ; us pag. in-««, réiinprimée daos l'édition de 1849. — Documents authentique* communiques.
cou dorgbt ( Marie- Louise-Sophie he Grouchy de), épouse de Condorcet, sœur du maréchal de Groucby, naquit au château de Villette, en Normandie, près Meulan (Seine-et-Oise), en 1764, 3* mourut à Paris, le 8 septembre 1822. Elle dut «a première éducation à sa mère , femme très-instruite, sœur de Freteau, conseiller au parlement de Paris, l'auteur de la motion, adoptée par cette cour en 1788, qui demanda le rappel des états généraux (D 4 vol. in fol.
CONDORCET
Selon l'usage de ce temps, son pèse réservait sa fortune pour son fils aîné, et avait fait ad* mettre ses filles en qualité de ehanoinesses dans on chapitre noble, où elles ne faisaient pas de vœux et dont elles touchaient le revenu. Elle rencontra chez son oncle le président Dupaty le marquis de Condorcet, alors secrétaire perpétuel de l'Académie des sciences, directeur de la monnaie, et jouissant dans la société savante et littéraire de tous les honneurs dus à ses immenses travaux. Condorcet, séduit par les grâces, la beauté et la solidité d'esprit de M"* de Grouchy, demanda sa main et l'obtint (27 décembre 1787). M. Mfchdet et d'antres ont prétendu qu'elle avait conçu pour un jeune seigneur de la cour une 'passion ignorée de mi , et que cette passion persista après son mariage, jusqu'en 1790, où les grandes qualités de son époux la hn firent oublier. Cet amour, dont il n'a rien transpiré, n'est qu'une fable, et SU eût existé, le mariage avec Condorcet n'eût pas eu lieu (1). Eue était sans dot, et il ne rat pas dressé de contrat de mariage. Inutile de réfuter ici de nouveau l'assertion répétée par l'auteur de V Histoire des Girondins, qu'à l'occasion de cette union son mari rat gratifié par la famille La Rochefoucault d'une somme de cent mille livres, ou de la rente qui la représentait (1). Madame de Condorcet recevait à l'hôtel des Monnaies, où résidait son mari, une société choisie, qu'y attiraient ses qualités littéraires et sa beauté supérieure, ainsi que la haute réputation de son illustre époux. C'était le centre de l'Europe éclairée, et l'on y rencontrait, avec l'élite des gens de lettres et des savants de la France, les étrangers les plus distingués. Elle s'occupait déjà de travaux littéraires, et entre autres des Lettres sur la sympathie, qui ne furent publiées qu'après la mort de Condorcet, en 1798.
Elle s'associa complètement aux principes politiques de son mari; et il en résulta pour elle des séparations pénible», car à mesure que la révolution s'avançait , les rancunes de la noblesse multipliaient les ruptures avec les deux époux, qu'ils accusaient d'infidélité envers la classe le la société au sein de laquelle ils étaient nés. Mais ce fut à l'époque où se forma la Convention que ces rancunes sechangèrent en hostilité directe, tandis que les révolutionnaires s'indignaient des efforts que faisait Condorcet pour empêcher l'envahissement de l'anarchie et lui reprochaient ses votttdanskprocèsdeLouisXVI. Bientôt dénoncé et décrété d'arrestation pour ses liaisons avec les Girondins et son acte d'opposition à la constitution de 1793, il rat obligé de chercher un asile secret, dans lequel madame de Condorcet allait le visiter deux fois par semaine. Décrété d'accusation par la Convention, et privé, par sa contumace, de la jouissance de ses biens,
' (l) Mfchekt. Ut F*mmei de U Révolution i f M et il.
(t) Voiet art. Covdorcst.
Condorcet ne pouvait plus fournira la subsistance de sa femme et de sa fille. Madame de Condorcet prit alors la résolution de faire des portraits. Elle venait tous les jours à Paris, pour peindre ceux qui dans ces moments de terreur voulaient laisser un souvenir à leurs parents : elle pénétrait dans les prisons, alors remplies de personnes qui allaient tomber victimes des sentences du tribunal révolutionnaire. Pour en obtenir l'ouverture, et pour échapper elle-même à l'arrestation qui la menaçait sans cesse, comme une cidevant noble et comme femme d'un proscrit, combien de fois ne lui fiùrat-fl pas employer son pinceau en faveur des geôliers, des commandants de la force année, ou des agents de l'administration révolutionnaire ? Condorcet l'encourageait du fond de sa retraite, et lui parlait, en termes ^touchants, d'elle et de sa fille; mais, pour ne pas éveiller les soupçons, il était obligé de s'entourer de plus'.en plus de mystère. L'espace nous manque pour extraire de la pièce du Polonais exilé en Sibérie les accents déchirants que lui arrache le souvenir de sa femme et de sa fille, dont il prévoyait qu'il serait bientôt séparé sans retour :
Croto-tu que notre enfuit poisse encor retenir
De son père proscrit un teinte sonrenlr?
Qne son oœor de mes traits «H gardé quelque Image?
Dis-lui que Je l'aimais.....
« Je ne puis regretter la vie, écrivait-il ailleurs, que pour ma femme et mon Êlisa. Je périrai comme Socrate et Sidney... (1). » On connaît les Conseils de Condorcet à sa fille (1). Dans son testament, il lui dit que d'ustn* fragments, àktés ou écrits par sa mère , lui donneront sur le même sujet des vues très-utiles (3). Ainsi Condorcet connaissait les travaux qne sa femme avait préparés, et dont une partie seulement a vu le jour plus tard.
Ce fut madame de Condorcet qui, pour distraire le fugitif do déplorable spectacle des malheurs de la France, lui donna le conseil A'écxireY Esquisse sur les progrès de Pesprit humain, ouvrage auquel la Convention rendit plus tard hommage en en ordonnant l'impression aux frais de la nation. Elle seconda aussi Daunou dans cette publication. Quand des jours plus calmes eurent succédé à la terreur, et que l'échafaud politique fut abattu, le goût du portrait ayant cessé d'être en vogue et sa gène augmentant, madame de Condorcet publia la traduction de la Théorie des sentiments moraux d'Adam Smith, sur ta V édition ; Paris, 1798, 2 vol. in-8°. Elle y joignit les Lettres sur la sympathie, adressées à Cabanis, son beau-frère.
En 1799 elle publia les Éloges des académiciens écrits par Condorcet (5 voLin-12). De 1801 à 1 804, elle coopéra, avec Cabanis et Garât, à la publication de la première édition des Œuvres
(1) QBuv. de Condorcet, FTag., tome I, p. o».
00 MA.» p. eil-tn.
*)Iftkt,p.6».
CONDORCET — GONECTE
complètes de Condorcet La préface de la non- Telle édition de V Essai sur les progrès de Pesprit humain, qui s'y tarare comprise, est de sa plume (1). On remarque dans ses écrits la pureté et l'élégance du style alliées à la sévérité du langage philosophique.
Madame de Condoroet vécut, sons H consulat et sous l'empire, au milieu d'hommes distingues par leurs talents dans la politique et dans les lettres, Tracy,Garat, Cabanis, Thurot, Ginguenéetautita.
Pendant la réaction de 1815, elle s'employa activement et efficacement au saint de son frère, le maréchal de Groucfry), compris sur la première liste du 24 juillet, avec plusieurs autres généraux, renvoyés devant h» conseils de guerre pour les actes auxquels ils avaient pris part peu* dant les cent jours. Le maréchal y fut d'abord condamné par contumace $ mais à son retour en France, il trouva le gouvernement moins hostile, et en 1819 ce procès Ait anéanti. Madame de Condorcet y fut représentée par le mari de sa fille, le chef des Iriandais-unis, adopté par ta France, le général de division O'Gonnor (vog> ce mot). Madame de Oondorcet, qui résidait alternativement près de Médian et à Paris, décéda dans cette ville, à l'âge de cinquante-huit ans , ayant conservé et professé toute sa vie les principes élevés et philosophiques qu'elle partageait avec Condorcet. Isaji bert.
Biographie des contemporain* - Documenté particutters.
gokdebm {Charles de), théologien français, né à Vaubuin, près Soissons, en 1588, mort le 7 janvier 1641, avait d'abord été destiné par sa famille à la carrière militaire; mais une vocation irrésistible lui fit embrasser l'état ecclésiastique, et il rat reçu docteur de Sorbonne en 1615. Dès lors il renonça à tous les biens du monde, se consacra uniquement à des œuvres de charité, et entra enfin, en 1617, dans la congrégation du cardinal de Bérulle, qui le nomma, en 1622, supérieur de la maison de Saint-Magloire, et le choisit pour son directeur. Devenu malgré lui confesseur de Gaston, duc d'Orléans, il déploya une grande habileté dans des négociations difficiles. Après la mort du cardinal de Bérulle, en 1629, il fut élu à l'unanimité général de l'Oratoire. H refusa les archevêchés de Reims, de Lyon, et le chapeau de cardinal. On a de lui : Discours et lettres , deux parties ; Paris, 1643 et 1648, in-8° : ce recueil contient: Discours sur la manducatkm réelle dans l'Eucharistie, contre la créance des calvinistes et des luthériens; Discours contre P astrologie; Traité des équivoques, et quatre-vingt-onze lettres sur divers sujets de piété et de morale. — Idée du sacerdoce et sacrifice de Jésus- Christ; Paris, 1677, in-12.
Le P. Amelotte, Vie d* Père Condren ; Parts, 1643, ki-4°. — Le marquis L.*Aj de Câncctott ; Éloge dm P.
(4)Tome'VIII,p.l.
Condren „• Part*, in*, ln-ll.-~ Le Ras, Dictionnaire «tepci. de la France. — Richard et Qlraud, Bibliothèque sacrée.
* conecte ou connecte ( Thomas ), moine de l'ordre des Carmes, né à Rennes, dans le quatorzième siècle, mort à Rome, en 1434. il s'était déjà acquis au couvent de sa ville natale une grande réputation comme prédicateur lorsque, dévoré de la soif de réformer la licence de son temps, il se mit à courir le monde. Tl parcourut la Flandre, l'Artois , le Gambrésis, le Ponthieu, la Picardie, etc., et partout une foule immense s'attacha à ses pas. Les seigneurs, comme le peuple, formaient son cortège. Tous allaient audevant de lui tête nue, et chacun, noble ou manant , tenait à honneur de conduire sa mule par la bride jusqu'au logis auquel il accordait une préférence, briguée comme une insigne faveur. Dans les lieux où il s'arrêtait, on dressait des échafauds fort élevés et clos de riche* lapis* séries. Quinze ou seize mille personnes, accourues au bruit de sa renommée, écoutaient d'ordinaire ses sermons et la messe qu'il célébrait à un autel dressé sur cet immense amptiithéàtrc ; une corde séparait les hommes des femmes. Vêtu d'une simple robe de bure, la main armée d'un crucifix, il déclamait avec véhémence contre les désordres du clergé et le luxe des femmes, sur* tout contre l'usage qu'elles faisaient de hennins, sorte de coiffure tellement haute, que pour passer par certaines portes il leur fallait entrer de côté et eu se baissant. Il ne se bornait pas à parler contre le luxe : il brûlait les vêtements superflus, les parures immodestes, les cartes, les dés, tout ce qui lui semblait enfin présenter uu aliment à la licence et à la cupidité. Ne se faisant voir qu'en chaire, il, vivait très- relire, et n'acceptait que ce qui était indispensable pour le défrayer et vêtir les moines de son ordre ou les nombreux prosélytes qui marchaient à sa suite. Toutefois , il recueillait pour les églises des dons d'ornements précieux qu'on lui faisait à profusion. La réforme somptuaire qu'il parvint à introduire parmi les dames flamandes n'eut qu'une courte durée; car il ne fut pas plus tôt éloigné qu'elles reprirent leurs anciennes habitudes et ajoutèrent de nouveaux étages à leur ooiffure, comme si elles eussent voulu, dit Bayle, 4* dédommager du temps perdu; et ses déclajnetions bizarres et infructueuses contre les Fontanges du quinzième siècle ne lui donneraient a elles seules aucun droit d'occuper une place dans l'histoire, si elles n'avaient été le prélude de réformes plus durables et d'attaques dirigées contre des abus autrement scandaleux. Après un assez long séjour dans le. Pays-Bas, il passa en Italie, et vint à Mantoue, où il réforma les couvents de son ordre , malgré l'opposition de Nicolas Kenton, provincial des Cannes, qui le combattit dans divers écrits dédiés à Fa~ cius, général de Tordre, et depuis évêque de Reggto, De Mantoue il aUa à Venise, où il fut traité avec distinction et lorsqu'il suivit <
OONECTE - CONEGLIAUO
à Rome les ambassadeurs de la république ait* près d'Eugène IV, ceux-ci le «commandèrent au pape comme un homme de sainte vie et rempli de zèle. Mai* cette recommandation lui devint funeste ;car le pape, dès qull sut son arrifée, le fit mander. Gonecte, qui redoutait l'effet des préventions que ses ennemis avaient inspirées contre roi au souverain pontife, éluda les deux premières invitations. H ne se rendit qu'à la troisième ; encore lallut-fl employer la force. Le pape, sollicité par le cardinal d'Estouteville et par Noël de Venise, procureur de Tordre des Carmes, ordonna de lui faire son procès, qui rat instruit par deux cardinaux. On le trouva coupable d'hérésie, parce qu'il avait blâmé la dissolution du clergé et celle de la cour de Rome , et avait dit qu'il se faisait bien des abominations dans la moderne Babylone; que la discipline ecclésiastique avait besoin de réforme, qull ne fallait point craindre les excommunications dn pape quand on servait bien Dieu ; que les religieux pouvaient manger delà chair, et que, comme dans l'Église grecque, le mariage devait être permis aux ecclésiastiques qui n'avaient pas le don de continence. Tous ces griefs n'étaient que des prétextes; il fallait ou réformer le clergé ou imposer silence à Gonecte. Condamné an supplice que Savonarole devait subir soixante-quatre ans plus tard, pour les mêmes causes, il fut solennellement dégradé et brûlé en 1434. Impassible au milieu des tortures, il tonnait encore, du haut de son bûcher, repoussant avec énergie toutes les offres qui lui furent faites de racheter sa vie par une rétractation. L'opinion générale des catholiques rat que Gonecte avait été injustement condamné. Les protestant» , de leur coté, l'ont placé au nombre de ceux qui ont combattu avec un zèle sincère pour la réforme ; un d'eux, il est vrai, Chassanion (Histoires métnorables des grands et merveilleux jugements de Dieu, chap. 12) t'accuse d'hypocrisie. Singulière hypocrisie, on en conviendra, que celle qui résiste aux tortures du feu. Baptiste Mantouan, dans son livre de Vita beata, porte sur Gonecte un jugement bien différent, rapporté par D'Argentré. Après un éloge bien naturel chez un supérieur, le général de Tordre des Carmes, adversaire d'aiDeur8trts-pron(mcé,cotnmeConecte, des dé* sordres de l'Eglise et du luxe des femmes, fait de ce dernier un saint et un martyr. Ce qui estincontestable, c'est que Conecte paya le tort d'être venu un siècle trop tôt et de n'avoir pas eu la puissance d'action et de langage nécessaire pour faire adopter une réforme commandée par l'intérêt sainement entendu de l'Église. Sous une forme abrupte, grotesque, il prêcha des vérités salutaires, et si quelques erreurs s'y mêlèrent, elles n'avalent pas de caractère assez dangereux pour motiver la barbare et inconcevable condamnation dont il fut frappé. Le pape Eugène IV se reprocha, dit-on, toute sa vie d'à* voir prêté les mains au supplice de ce moine.
Harlem a compote bot son repentir le quatrain suivant :
Eut estas, nettereae teadeai quod IneldJeee Morte virt fMrit eredaliu ipte mails,
iDgemult crebro tir qnod Um sencttu obtoet , Hoc qaoque pr» caactti cooqoerttar efeteiu. P. Levot.
De VUNcrt, «M. et****., p. stt. - D'Argentré, HitL de Arvtaene, il». X» ehep. 181, edlL de IMS. - Pendis, 4nn. de Bourgogne, p. 700-701. - Cfaeuenon, Hist. mé Morable ses grands H «erveilleut jugements de Dten -
COMEi ou cauhb, en latin CONJEVS (George) , théologien écossais , mort à Rome , le 10 janvier 1640. Il quitta fort jeune son pays, et alla à Modène, puis à Rome. Le pape Urbain VIII l'envoya, en qualité de nonce, près de la reine d'Angleterre Henriette-Marie. On a de lui : La vie et le martyre de Marie Stuart, reine d'Ecosse; Rome, 1624 ; — de Institutione principes;— de Duplici statu religionis apudScotos; Rome, 1628; — les Preuves de la foi. catholique, en m livres, avec une Hymne à la Vierge; Bologne, 1631.
Victor de Roui, PVnacotheca, l, chap. 7». — Le Mire ScrtptoressmwH septini-éecimi. - Dupln, Table des auteurs eccMsiastUtues, dlx-iefttlesM elècle. p. ivrs. - Tanner, MbliotA. hist. ScoL 'GOMBCLIANO (DUCDB). Voy.MORCBT.
comM&LiANO (Giovanni - Battista Cuu, dit Le), peintre italien, né en 1460, à Coneghano, petite vlllede la marche Trévisane, située au pied d'une colline couronnée d'un antique château , qu'il a reproduit dans presque tous ses tableaux ; il vivait encore en 1517. On croit, mais sans autre preuve qu'une certaine ressembianoe de manière, qu'il fut élève de Giovanni Bellini. Son style est un peu moins délicat que celui qu'adopta Bellini dans sa vieillesse ; mais ses figures ont plus de mouvement, et son coloris plus de vigueur. On voit plusieurs beaux tableaux du Coneghano dans les églises de Venise; les plu» estimés sont le Saint Jean-Baptiste de Santa- Maria deiT Orto; Constantin et Sainte Hélène soutenant la croix, h San-Giovanni in Bragora; enfin, Raphaël, Tobie, Saint Jacques et Saint Nicolas , à l'Abbazia.
On cite encore parmi les bons ouvrages de ce maître un très-beau tableau de la cathédrale de Parme et une Madone entre saint Jacques et saint Jérôme, au palais public de Vicence. On en trouve dans la plupart des galeries de l'Europe ; le meilleur des quatre qui existent au musée de Milan est un Saint Pierre martyr. On conserve au musée de Dresde une Présentation de la Vierge au temple; k laPinacothè. que de Munich, une Vierge entre saint Jérôme et la Madeleine; enfin, au Louvre» la Vierge et Venfant Jésus adores par la Madeleine et saint Jean.
Coneghano eut un fils» Carlo Cima , qui dé» 1493 travaillait, presque enfant, dans la principale église de sa patrie. 11 fit depuis d'assez notable* progrès, mais il mourut jeune , vers 1517.