‹ Nouvelle biographie générale depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours, avec les renseignements bibliographiques et l'indication des sources à consulter;Chapitre 69 sur 133 · CONRART · texte numérisé non relu

CONRART

encore ecclésiastique, Gombauld, Chapelain, Habert, commissaire de l'artillerie, l'abbé de Cérisy, son frère, Maleville, Giry et Serizay. Dans ces assemblées, ils s'entretenaient familièrement de toutes choses, et particulièrement de belles-lettres , se communiquaient leurs ouisjvges, s'aidaient de leurs conseils réciproques, et couronnaient sou?ent leurs conférences par des promenades et des collations. Conrart, quoiqu'il mt sans doute celui dont l'éducation première avait été le plus négligée, s'y distinguait entre tous par la sûreté de son goût et la sagacité de son jugement naturel. Ces réunions intimes continuèrent ainsi trois ou quatre ans, sans que rien en troublât le charme et la concorde; en sorte que ce rat là véritablement l'âge d'or de l'Académie. Mais bientôt l'indiscrétion de Maleville; divulgua le secret, et peu à peu des étrangers vinrent s'adjoindre à ce petit cercle. Ce fut d'abord Faret, puis Desmarets de •fiaint-Sortin , qui assista à quelques-unes de ces assemblées, et lut le premier volume de son Ariane; de sorte qu'il n'y eut plus moyen de ne pas l'admettre; ensuite Boisrobert, qui charmé de tout ce qu'il vit en parla au cardinal, près duquel il était en grande faveur. Richelieu fit offrir sa protection à la compagnie, qui en fut d'abord contrariée plutôt que satisfaite, et qui eût préféré la douce et paisible familiarité deses réunions habituelles à l'honneur qu'on voulait lui faire de la constituer officiellement en société publique. Néanmoins, sur les instances de Chapelain, et malgré les représentations de Serizay et de Maleville , on accepta la proposition du cardinal ; et ce fut ainsi que l'Académie française prit naissance, en l'année 1634. Elle s'adjoignit alors plusieurs autres membres , surtout des grands seigneurs, qui se mirent sur les rangs pour faire leur cour à Richelieu. Montmor, maître des requêtes, Chastelet et Bautru, conseillers d'État, Servien, secrétaire d'État, puis le garde des sceaux Seguier. On s'occupa ensuite de créer trois officiers, un directeur et un chancelier, tous deux annuels et indiqués par le sort, un secrétaire perpétuel, élu par les suffrages de l'assemblée. Conrart, quoique absent alors , fut choisi d'un consentement unanime. Ce fut à partir du 13 mars 1634 qu'il commença à tenir registre des séances, et il s'acquitta de cette charge avec le plus grand zèle, pendant les quaranto-et un ans qui s'écoulèrent jusqu'à sa mort Les lettres patentes pour la fondation de l'Académie, dressées par lui vers la fin de 1634, et signées par le roi en janvier 1635, ne furent vérifiées au parlement que le 10 juillet 1637.

Les collègues de Conrart, aussi bien que ses •mis, n'eurent jamais qu'à se louer de leurs relations avec lui. Sa bienveillance et sa bonté naturelles rendaient son commerce agréable, quoi qu'en ait dit Tallemant, qui l'accuse d'avoir spéculé sur ses liaisons avec les plus célèbres

écrivains de l'époque pour se Caire un nom, qu'il ne pouvait acquérir autrement Les atroces douleurs que la goutte lui fit -souffrir presque sans relâche pendant les trente dernières années «le sa vie, n'altérèrent en rien son égalité d'humeur. Il était très-répandu dans la meilleure et la plus haute société, et non-seulement la religion qu'il professait ne nuisit jamais à ses relations avec tant d'hommes illustres, mais même elle ne l'empêcha pas de remplir les charges de conseiller et de secrétaire du roi. Aimé de tous pour la douceur de son caractère, il n'était pas moins considéré pour la rectitude de son goût et pour les agréments de son esprit. On a été jusqu'à prétendre fort sérieusement que, quoiqu'il n'eût pas la moindre teinture des langues anciennes, il devinait néanmoins, en entendant lire une traduction, à quel endroit s'était trompé le traducteur et que son oreille pouvait faire la différence entre un vers de Virgile et un vers de tout autre poète de la même langue. Il ne faut jurer de rien; mais ces assertions ont bien l'air d'une hyperbole dictée par l'aveugle enthousiasme de l'amitié. Toutefois, Balzac a été plus loin encore: il se dit persuadé, dans ses lettres, que si Courait n'a pas appris le latin, il le sait par révélation, et qu'il serait capable d'écrire dans cette langue de manière à rendre Heinsius, Saumaise et Ménage jaloux. Ce sont là du moins d'irrécusables témoignages de la haute idée qu'on se faisait des talents de Conrart. On ne peut, pour ainsi dire, ouvrir un livre de cette époque sans y voir son éloge : c'est on concert de louanges que troublent à peine quelques voix discordantes, telles que celles de Liniere, de Tallemant et de Boileau. D'Olivet a fait de lui le pais complet panégyrique dans son Histoire de V Académie française; le chevalier d'Aceiïiy, Gilles Boileau, Tristan l'Ermite, etc. ,l'ont célébré dans leurs vers ; Chapelain, aussi bon critique que mauvais poète, a rendu en sa faveur le jugement le plus favorable ; Balzac, son ami, entretenait avec lui une correspondance suivie, et lui prodiguait les doctes hyperboles de son admiration ; Castagne, Giry, Borel, Castar, Ménage, d'Ablaneonrt, etc., lui dédièrent plusieurs de leurs ouvrages. Tous les beaux esprits du temps l'avaient pris pour confident et pour juge. On dit même qu'il revoyait les écrits du ministre Claude avant leur publication , comme il revit aussi le livre de son coreligionnaire Lefaucheur, sur Y Action de rotateur, qui parut même sous son nom. Ce fut lui qui, en recommandant Godeau à Chapelain, hi ouvrit les portes de l'hôtel de Rambouillet, qui fit connaître Pélisson et procura à Fléchier la protection de M. de Montausier. Curieux de toutes les choses de l'esprit, il s'occupait à recueillir parmi les morceaux de tous genres qui circulaient sans être imprimés t ceux qui lui semblaient les plus remarquables; et c'est ainsi qu'il a conservé en manuscrits une foule de pièces importantes, littéraires, historiques, théologiques,

potitiem» mène, qui sans Mènent péri. H avait également la passion de* livrée, et sa WNkrthèqoe, quoique veuve d'ouvrages grecs et latins, était une des plu belles du tempe. C'était enfin, dans toute la force do met, ce qu'on appelait alors un honnête homme.

Conrart vécut ainsi d'une existence uniforme et paisible, jouissant doucement d'une réputation conquise à si peu de frais, lisant beaucoup et produisant peu, par modestie, disaient ses amis, par prudence, a dit Boileau, qui pourrait bien avoir raison. H avait en effet sous les yeux, pour l'avertir, l'exemple récent de Cbapelain, qu'on avait toujours pris pour un grand poète tant qu'il n'avait pas publié sa PueeUe, et qui après l'avoir publiée ne passa plus que pour un ridicule rimeur. H n'est donc nullement impossible qu'il craignit de compromettre mal à propos une gloire que presque personne ne songeait à lui contester. Linière dit, dans une de ses épigrammes, que Conrart n'a jamais fait imprimer que son nom : c'est une calomnie; mais vil est vrai qu'à n'a pas composé un seul ouvrage de quelque étendue et de quelque importance; il est du nombre de ceux qui se sont fait une réputation littéraire sans avoir écrit pour ainsi dire. L'époque, U est vrai, se prêtait beaucoup à ces usurpations de renommée, qui ne devaient régner qu'un moment C'était un temps de renaissance et de mouvement littéraires de salons, de cefeto et d'académies intimes, qui avaient chacun leurs héros, leurs oracles, dont ils exaltaient outre mesure le savoir et le talent, par amitié ou par esprit de coterie. On devenait célèbre alors avec un sonnet ou même un madrigal, comme plus tard le marquis de Saint-Aulaire avec son fameux quatrain. Combien n'est-il pas de ces auteurs dont on est tout étonné de trouver le bagage littéraire ai mince et si insignifiant, et de voir tes noms si éclatants, si vénérés autrefois, et mis par les contemporain» à la hauteur des pins grands, confinés aujourd'hui à bon droit dan* les plus petits recoins des biographies! Conrart surtout est de ce nombre: on ne peut s'en rapporter, pour l'apprécier, an junt de ses contemporains, parce que ce ju- , vrai et juste peut-être pour l'homme, est évidemment au-dessus delà valeur de l'écrivain, et que h postérité ne prononce que d'après tes œuvres. Or il est bien difficile de juger 4 coup sûr Conrart d'après les siennes, tant elles sont peu de chose ; on y trouve seulement en général une sobriété correcte, et qui ne manque pas d'élégance, car un de ses mérites les plus incontestables parait avoir été une connaissance parfaite de la langue française. Quant à ses vers, ils ont de la facilité, mais rien de plus, et il n'y faut chercher ni harmonie ni souffle poétique.

Conrart s'était marié en 1634, l'année même de la fondation officielle de l'Académie ; mais il n'eut point d'enfents. Il mourut, à l'âge de soixante-douze ans. Ses ouvrages sont : une

CONRART — COimiWG

Épitre dédicatoirt, à la tête de te Vie de Philippe de Mornay; Leyde, Enevir, in-4°, 1647 : cette vie, suivant l'opinion commune, avait été écrite par Jean d'Aile , ministre protestant; — une Épttre en vers , insérée dans la première partie des Œuvres de Boisrobert; — une Ballade, en réponse à celle de Sarrazin intitulée : le Goutteux sans pareil, dans les Œuvres de ce dernier ; — Préface des traités posthumes de Gombauld touchant la religion : l'abbé d'Olivet en a inséré une grande partie dans son Histoire de V Académie, àj l'article de Gombauld -y — Imitation en vers du psaume XCH, dans le Recueil des poésies chrétiennes et diverses dit de Brienné; — - les Psaumes retouchés sur V ancienne version de Clément Marot; Charenton, 1677 : ce travail l'occupa pendant les dernières années de sa vie; mais il ne le termina que sur cinquante et un psaumes; — Lettres familières de Conrart à Jf.JVtiMen; Paris, 168l,in-12: sans intérêt; — des Mémoires sur l'histoire de son temps, retrouvés récemment et publiés en 1825, dans la collection des Mémoires de M. Petitot: c'est son ouvrage le plus important, quoiqu'il soit assez court. Conrart a laissé en outre quelques manuscrits conservés à la bibliothèque de l'Arsenal. Victor Foubhel.

Histoire de T Académie, par Péllason et l'abbé d'Olivet. — Historiettes de Tallemant des fléaux, t. 11. — Trésor des recherches dès antiquités gauloises et françaises, par BoreL — Menaçiana.— Ptsmasse'Jrançais de Du TUIet. — Dictionnaire de Moréri. - Notice sur Conrart, far M. ée Moomeitiué, «• série de ta collection des Mémoires relatifs à Vkiêt. de France, de M. Petitot, t. 48.

eemuM» {Herman), médecin et publiciste allemand, né à Norden, dans l'Ost-Frise, le 9 novembre 1606, mort le 1 2 décembre 1681 . Il était fils d'un pasteur de Norden. Atteint de la peste à l'âge de cinq ans, il ne triompha du fléau qu'après une longue convalescence. Ses facultés intellectuelles prirent ensuite un développement inattendu. A quatorze ans il composa une satire contre les poètes couronnés, et cette œuvre d'un adolescent eut du succès : tombée entre les mains du professeur Martini d'Helmstaedt, elle valut au jeune auteur la protection du savant, qui offrit au père de Conring de faire continuer à Herman ses études. Il se rendit donc à HelmstsBdt en 1620, et y étudia sous la direction de Martini jusqu'à la mort de ce maître, en 1621. Heureusement qu'il trouva dans un autre savant, le professeur Diephotd, un guide également éclairé. Pendant les deux années qu'il put profiter de cet enseignement, il se fortifia non-seulement dans la connaissance du grec, mais encore dans celle de la géographie et de l'histoire. La peste et les guerres qui ravageaient le pays motivèrent son retour à Norden, d'où, suivant l'usage d'alors, il se rendit, en 1625, à Leyde pour y compléter ses études aux cours universitaires, regardés alors comme le couronnement nécessaire d'une bonne éducation. 11 y consacra un

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