‹ Nouvelle biographie générale depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours, avec les renseignements bibliographiques et l'indication des sources à consulter;Chapitre 74 sur 133 · CONSTANCE OU CONSTANTIN FAULKON · texte numérisé non relu

CONSTANCE OU CONSTANTIN FAULKON

ou phaulkon ou PA17LRON, aventurier grec, né à Custode, village de Céphalouie, en 1648, mort à Siam, en 168a. Il était fils d'une femme noble de cette lie, et d'un Vénitien, cabaretier selon Forbin, noble et fils du gouverneur de l'île, suivant la plupart des historiens. Il s'attacha d'abord au service d'un capitaine de vaisseau anglais, que le commerce attirait à Céphalonie, et passa avec lui en Angleterre. Ne voyant aucun moyen d'y faire prompteroent fortune, il s'embarqua pour l'Inde, sur un vaisseau de la compagnie anglaise. Plusieurs voyages qu'il fit à Siam et dans tes royaumes voisins lui procurèrent assex de profits pour le mettre en état d'acheter un vaisseau et de négocier pour son propre compte. H ne se laissa point abattre par deux naufrages qu'il eut à essuyer à l'embouchure de la rivière de Siam. Un troisième naufrage, sur la côte de Malabar, au lieu d'être la cause de sa ruine entière, devint celle de son élévation. Jeté seul sur le rivage, après avoir vu les flots engloutir son navire, dont il n'avait pu sauver que deux mille écus, il se livra longtemps à de tristes pensées, maudissant le présent et désespérant de l'avenir, il finit par s'endormir.

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Si Fou en croit le P. d'Orléans, historien, trop crédule peut-être, de cet aventurier, Constance rit en songe un homme d'une figure majestueuse, qui lui ordonna, d'une voix pleine d'autorité, de retourner dans l'endroit d'où il était venu. Réveillé par cette vision, Constance courut an rivage; il y rencontra un homme dont le visage pâle et les vêtements dégouttants d'eau annonçaient on naufragé. C'était un ambassadeur du roi de Siâm. n avait fait naufrage en revenant de Perse, et s'était sauvé sans argent, sans bardes et sans suite. Moins dénué que l'ambassadeur, Constance acheta une barque, et le ramena dans le royaume de Siam. L'ambassadeur, pour reconnaître ce service, recommanda Constance au barcalnft, ou premier ministre. Celui-ci, après une entrevue, conçut de l'étranger une opinion si favorable qu'il l'attacha au service du roi. Chargé d'abord de l'intendance des cérémonies, Constance tes rendit plus magnifiques et beaucoup moins dispendieuses. Ce fut l'origine de sa fortune. Le ministre, qui entendait les affaires et aimait le plaisir, fut heureux de se reposer sur un homme habile, qui était à ta fois son favori et oelui du roi. A la mort du ministre, le roi offrit la place de barcalon à Constance. Celui-ci refusa une charge qui aurait excité au plus haut point la jalousie des mandarins , et eut toute l'autorité de premier ministre, sans en prendre le titre. Sa qualité d'étranger parvenu lui inspirait les plus vives inquiétudes sur son avenir. 11 comprenait que tout l'édifice de sa fortune s'écroulerait proiuptement si le roi de Siam, qui était fort âgé, venait à mourir. Se sentant liai des naturels, U résolut d'appeler les étrangers. 11 commença par renoncer au protestantisme, qu'il avait embrassé en Angleterre , et fit abjuration entre les mains des jésuites , le 2 mai 1682. Il se servit de ces religieux pour entrer en correspondance avec le gouvernement de Louis XIV. Déjà, en 1681 , il avait envoyé à la cour de France une ambassade, qui périt dans la traversée. Cet accident ne changea rien aux dispositions de Constance. Il ne cessa pas de demander des missionnaires et des troupes. Enfin, en 1 685 Louis XIV envoya une ambassade à Siam (voy. Cboisy ). Constance répon» dit pleinement à l'espérance qu'avait conçue de lui la cour de France. Il favorisa les conversions des Siamois au catliolicisme, et promit d'ouvrir aux Français les principales villes du royaume. Mais il faisait toutes ces avances dans un but intéressé, que les ambassadeurs français n'eurent pas de peine à pénétrer. « J'ai dit beaucoup de bien de M. Constance dans mon journal, raconte Cboisy, et je n'ai rien dit que de vrai. C'était un des hommes du monde qui avait le plus d'esprit, libéral, magnifique, intrépide, plein de grandes idées ; et peut-être qu'il ne voulait avoir des troupes françaises que pour tâcher de se faire roi lui-même a la mort de son maître , qu'il voyait fort prochaine. Il était fier, cruel , d'une ambition démesurée. H avait soutenu la

religion chrétienne parce qu'elle pouvait le soutenir; et je ne me serais jamais fié à lin dans les choses où son élévation n'anrait pas trouvé son compte* » Choisy résume ses impressions sur Constance par ces mots piquants ; « C'est un drôle qui aurait eu de l'esprit à Versailles. » L'esprit en effet ne manquait pas à Constance ; cet habile aventurier, ne négligeant aucun moyen de cimenter l'alliance qu'il avait fait naître, décida le roi de Siam à envoyer à Louis XIV une nouvelle ambassade, composée de trois mandarins. Elle fut reçue par le monarque français avec une pompe magnifique, dont parlent tous les historiens contemporains. Voltaire , dans son Siècle de Louis XIV ', a diminué un peu trop l'importance de l'ambassade siamoise, et un écrivait de notre époque n'a vu dans cette mission diplomatique qu'une comédie préparée par les ministres de Louis XIV pour flatter la vanité de leur maître. Une pareille assertion paratn>u moins très*hasardée. Quanta l'importance des négociations, elle est incontestable; elles ne réussirent pas, il est vrai, mais elles furent sur le point de donner à la France un royaume dans les Indes. Constance chargea le père Tachait, qui jouissait de toute sa confiance et qu'il munit d'une lettre de créance du roi de Siam, de se rendre auprès de Louis XIV et de lui porter les propositions suivantes : les Français seraient établis pour gouverneurs dans toutes les places dn royaume; tous les postes qu'ils demanderaient leur seraient remis ; la nation française aurait dans le royaume de Siam une entière liberté de commerce aux conditions les plus avantageuses. Il demandait qu'on envoyât immédiatement des vaisseaux, des troupes de terre et de mer, et des ingénieurs pour fortifier les places. Il réclamait de Louis XIV la permission de se retirer en France s'il survenait quelque changement qui compromit sa sûreté et celle de sa famille dans le royaume de Siam. Il montrait le désir d'être naturalisé Français et l'intention d'envoyer prochainement son fils à Paris. Louis XIV s'empressa de répondre à des offres aussi avantageuses. Il accorda à Constance des lettres de naturalisation pour lui et sa famille , an brevet d'assurance pour une terre donnant titre de comte en France, avec la permission de porter trois fleurs de lis dans ses armes. Il le nomma de plus chevalier de l'ordre de Saint-Michel. Cinq vaisseaux partirent de Brest, emportant six cents homme» d'infanterie, sans compter les équipages, un assez grand nombre d'officiers de marine et des bombardiers avec des mortiers et des bombes. Ces troupes étaient commandées par un maréchal de camp , nommé Desfargea, vieux; soldat, qui montra dans cette mission plus de courage que d'habileté. La flotte française arriva devant Siam au commencement d'octobre 1687. Constance, fidèle à ses engagements, remit Banltok et Merguy, les plus fortes places dn royaume, entre les mains de Desfargea. En même temps H s'associa pour 300,000 livres au com-

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merce de la compagnie française des Indes orientales, qu'il protégeait de tout son crédit. Jusque là tout avait réussi à Constance; mais sa prospérité ne devait pas dorer. Son crédit excitait la jalousie et la haine des mandarins. Les Français étaient détestés par les Siamois, qui se voyaient menacés dans leur indépendance nationale. Enfin, la désunion s'était mise parmi les agents français. Pour faire face à un danger dont il prévoyait toute la gravité, Constance renvoya de nouveau en France le père Tachait, chargé de demander de nouvelles troupes et une garde spéciale pour le roi de Siam. Le père jésuite n'eut aucune peine à obtenir ce qu'il demandait On accorda au roi de Siani une garde composée de quatre-vingts cavaliers, commandés par le marquis d'Éragny* Celui-ci , sous le titre d'ordonnateur et d'inspecteur général, devait avoir la direction principale des affaires. Mais au moment où le marquis d'Éragny allait mettre à la voile, au commencement d'avril 1689, il apprit la catastrophe qui depuis près d'un an avait renversé Constance Phâulkon. Un des principaux mandarins ou opras, nommé Pitracha, exploita habilement la haine des Siamois contre les étrangers, et picpara la chute du roi de Siam et celle de son ministre. Constance, pendant ce temps , travaillait activement aux fortifications de Bankok et de Merguy, fondait un collège pour les missionnaires français de la propagande , et faisait construire des maisons aux jésuites dans les villes de Siam et de Louvo. Inquiet des menées de Pitracha, il résolut de le foire arrêter, et réclama l'aide de Desfarges. Celui-ci promit son concours; mais bientôt, pour des motifs qui sont restés obscurs, il le refusa. Il se mit en route avec une partie de la garnison de Bankok pour Louvo, où se trouvaient le roi, Constance et Pitracha ; mais arrivé à Siam , il ne voulut pas aller plus loin, retourna à Bankok, et rien ne put l'en faire sortir. Cette inconcevable retraite devint le signal d'une révolte contre les étrangers. Pitracha s'empara dé la personne du roi. Constance, rassemblant à la hâte une petite troupe d'Européens, essaya vainement d'arracher le roi aux insurgés, et tomba lui-même entre leurs mains. Quoique réclamé instamment comme Français par Desfarges, il fut déclaré coupable de haute trahison , condamné à mort et exécuté au mois de juin 1688, après avoir souffert dans aa prison des tourments de toutes sortes. H mourut en chrétien et en homme plein de courage. Sa femme, née à Siam et d'origine japonaise, se nommait dona Guyomar de Pina. Sollicitée par le fils de Pitracha d'entrer dans son sérail, elle se réfugia dans Bankok, que les Français occupaient encore. Elle vint plus tard en France avec son fils, et réclama les fonds que son mari avait fournis à la compagnie des Indes. Ces fonds, qui avaient été donnés au marquis de Seignelay, ne furent point restitués ; et la compagnie se contenta de faire aux héritiers de Constance une

rente qui leur permit de subsister. Le fils de Constance Phâulkon, devenu capitaine de vaisseau, quitta le service de la France, et retourna à Siam,où il parvint à de liantes dignités. Sa prodigalité l'empêcha de laisser aucune fortune à de nombreux enfants, qui vécurent dans l'obscurité. Chaumont, Relation du voyage à la cour de Siam,- — Le P. Tachard, Voyage* dé Siam des PP. jésuites. — Cholay, Journal du vopaee de Siam; Mémoires, t. VI. - Claude Forbin, Mémoires. - DeaUndea, Histoire do Constance. - Le P. D'Orléans, Fié de M. Constance. — Le P. Le Blanc, Histoire de'' ta révolution de Siam. - Mercure calant, 16M, 1687, 168*. - J. d'Anneau, la rouage des ambassadeunPde Siam en France. — Voilant des Verqoalns, Histoire de la révolution de Siam. — Destarges, Relation des révolutions arrivées a Siam dans Tannée îetS; Amsterdam, îeti. - Etienne-Gallois. e Expédition de Siam au dlx-septieme sUele, extrait du Moniteur universel des 10, il, il et 1S aoiU 19&3.

constance D'AQUITAINE, surnommée Blanche ou Blandine, reine de France, morte en 989. D'abord femme de Louis V, le Fainéant, puis première femme de Robert le Pieux, elle était fille, selon les uns d'un grand seigneur d'Aquitaine, dont le nom est inconnu (Mézeray croit qu'il s'agit de la Provence, à cause du mot Aquœ, Aix ) , selon d'autres, du premier comte d'Arles, nommé Bottiland, ou Guillaume (1). Elle épousa Louis encore très-jeune (adhuc puer, disent les chroniques de Saint-Maissant et de Verdun), deux ans après son association à la royauté par son père Lothaire (985 ou 986). Ce mariage, assez mal assorti, entre une femme courageuse et galante et un prince à peine âgé de dix-neuf ans , ne fut pas heureux. On croit cependant que Louis chérissait tendrement son épouse : elle sut dissimuler adroitement le chagrin qu'elle ressentait en prévoyant que son mari ne serait jamais aussi grand prince que son père. Femme d'esprit ( ingénia callida, disent les chroniques) et maîtresse de la volonté de Louis, elle lui persuada de se rendre en Aquitaine, lui promettant de l'y (aire reconnaître comme seigneur, à l'aide des droits d'hérédité qu'elle y possédait; mais c'était une feinte. A peine arrivée dans son pays, Constance abandonna son mari , et se retira chez ses parents, où Lothaire, accompagné de son fils, fut obligé de l'aller chercher jusqu'au fond de la province, comme il avait déjà fait lors du mariage. Ramenée par force près de son mari, Constance ne lui montra pas plus d'affection ni de fidélité ; mais elle continua de s'en faire aimer, et lui persuada d'écrire en sa faveur un testament ( 21 mai 987) d'après lequel il léguait son royaume à sa tres-chère épouse, à condition qu'après le temps prescrit par les lois et les canons, elle épouserait le roi futur jjuturus rex, dit la chronique de Tours), c'est-à-dire Robert, fils de Hugues Capet. Cette convention fut jurée solennellement par le roi Hugues, la reine Constance, le prince Robert , le duc Richard de Normandie et les autres grands du royaume, au palais de

(i) On ne sait d'après quels renseignements Wastebourg la fait fllle dn roi de Navarre.

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Corapiègne. Dom Bouquet remarque avec ration que Louis fut nommé fainéant ( fjudovicus, qui nihil fecit, comme s'expriment les vieux annalistes) non parce qu'il vivait dans la paresse et les plaisirs , mais parce que le peu de durée de son règne ne lui permit pas de s'illustrer. En eftet, on ne sait d'après quelles raisons Mézeray et les antres historiens à sa suite ont avancé que ce prince , qui montra , du moins en germe» des qualités royales, de l'activité, parut « JaiMe et méprisable » aux yeux de sa femme. H est probable que. les dédains de Constance prirent leur source dans ses passions méridionales et le besoin d'une existence variée par des intrigues légères plutôt que dans les débuts mêmes de son mari. Quoiqu'il en soit, Louis étant mort subitement, sans enfants , avant sa vingtième année ( 22 juin 987), non sans soupçon de poison de la part de son épouse (accusation qui n'a jamais été prouvée), Robert, âgé de dix-sept ans, prince accompli à cette époque, présomptif héritier de son père, mais non encore couronné, épousa solennellement la veuve du dernier roi carlovingien, après raccomplisaement du temps légal. On ignore quels furent les résultats de ce second mariage et si les nouveaux époux furent plus heureux et plus unis que les premiers ; mais du moins leur chaîne fut courte : Constance mourut l'année suivante, sans laisser d'enfants d'aucun de ses maris.

Plusieurs chroniqueurs se sont trompés en attribuant à Hugues Capet (alors marié avec Adélaïde) tes faits relatifs au second mariage de Constance. Dom Bouquet, que la confusion des mots Hugo et Hugonides embarrasse beaucoup, après avoir repoussé ce mariage, finit par l'accepter en considération de l'autorité derécrivain contemporain Odoran. L'abbé De Camps, s'appuyant des témoignages très-précis, rejetés à tort par Du Radier, de Gervais de Tilbury, de la chronique manuscrite de Tours, interpolée par le moine Jean de Marmoutiers, de Raoul Glaner, d'Aîmoin de Fleury, des chroniques de Maillezais, de Verdun, de Henri Ier, de la liste des rois de France dressée sous Louis le Gros, du manuscrit de l'abbaye de Saint-Florentin sur Loire, de l'histoire d'Aimade Chabannais, prouve clairement la réalité de ce mariage, le premier des cinq contractés par Robert. Ce roi est, en cet endroit spécial, désigné parle mot Hugo, mis à tort par Duchesne et les Bénédictins à la place de Hugonides , o'est-a-dire fils de Hugues, selon les habitudes gréco-latines.

A. db Maktonhe.

Hecueil des historiens de Franc* , de dom Bouquet , t. VIII. IX, X; de Duchesne, II. in, IV; de Pllbon, p. 147-414. — Labbe, Table génial, de» rois de la IIP lignée, etc., art. 16, p. 40, et Biblioth. des mss. de PÂauitatou, L II, p. 107, «».- r/Achery et MabiUon, Actaianctorum ordinit Sancti-BenedicH, ssec. W, p. 771. — Bol- «an dis te*, t. II. — Dissertation sur les cinq mariages de Robert le Pieux, par l'abbé De Camps ; dans le Mercure de France, mars I7ts. — Aoteull, Histoire des ministres d'État, p. si. - Wassebourg, antiquités de (a Gaule.

Belgique, tlcjM.-Chronique de Omis, Interpolée par le motne de HannooUen ; BibL top. n. tan, fol. 1*9, col. 1. ■as. de la btbl. de Petaa. n° 14s. — Bely, Mémoire pour servir a l'histoire de la Bibliothèque du roy, Mes. — terrais de Tilbury, OUa imperialia, Btbl. AngL - Histoire ecclésiastique d'Anastasa le bibliothécaire, nu. de i. de Tkoo. — jintiquitates Besvensis abbmttse. cAroniam,nM. Mb! Un p., 9SS4, foL 61. -Codex BibUothecm pe-

gohstabtcb d'aklbs, reine de France, morte à Melon, le 25 juillet 1032. Deuxième femme du roi Robert le Pieux, elle était fille de Guillaume V, comted'Arlesou de Provence, et d'Alix, Adèle ou Adélaïde d'Anjou, sœur de Foulques Nerra, comte d'Anjou. Mariée en 1006 (et non en 998, comme le dit la Biographie universelle de Michaud) (1), cette princesse, surnommée Blanche ou Candide, comme sa mère, à cause de son teint, succédant à la reine Berthe, récemment répudiée, amenadu midi les jongleurs et les troubadours. C'est à eUe que l'on doit l'introduction d'une poésie nationale en France ( où l'on ne connaissait encore que la versification latine) et probablement le goût de la rime. Ce changement littéraire rot nécessairement accompagné d'une modification dans les mœurs, qui, de graves et simples , de- Tenues légères et bruyantes, ont excité le blâme des chroniqueurs contemporains, et notamment de Raoul Glaber. On lit dans sa chronique le détail de cette révolution pacifique. Constance, femme d'une beauté accomplie, mais d'un caractère fier et hargneux, jalouse de tout autre crédit que le sien, se mit à régenter son mari. « Elle inquiétait, dit un historien, remuait et renversait tout le palais. » Le roi ne pouvait garder aucun secret, ni accorder aucune grâce, sans la participation de la reine, de telle sorte que sll avait été assez heureux pour accorder un Wenfeit en cachette, il ajoutait : « Faites en sorte que Constance ne l'apprenne pas. » Aussi, d'après Belleforest et Mézeray, Robert ne l'appelait-il jamais ni reine ni épouse , mais seulement de son nom de baptême. Cependant elle désirait fort que Robert (qui était un savant de ce temps-là) composât quelque poésie en son nom. Mais Robert ne se sentait aucune inspiration de ce côté. Un jour, elle entra ches lui an moment où il venait d'achever une hymne, et réitéra sa demande. Le roi, trouvant tout à coup dans son œuvre une application heureuse au nom de sa femme et à la vertu dont il avait besoin pour vivre avec elle, lui montra le parchemin. La reine lut les deux premiers mots, et, dans son ignorance, se retira satisfaite. Cest le répons célèbre : 0 Constantia martyrum (2) !

(i) D. Bouquet calcule, d'après les diplômes, que Bertbe fut répudiée avant la An de 1004, et Constance épousée avant 1007, année de la naissance de Hugues, son premierné : donc vers 1006. Glaber, qui met le mariage vers l'an 1000, manque de précision et de clarté. Dom Bouquet place le voyage de Robert à Rome vers 1016. Il faut sur tontes les époques de la vie de Robert, consulter l'excellente dissertation du savant bénédictin, t. X, p. B6B et buIv. dans la Collect. des hlstor. de France.

(S) C'est le plus célèbre des répons composés par le rot

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Le roi , à défaut d'une compagne , s'était fait un ami. Hugues, son premier ministre, comblé d'honneurs et de richesses, comte du palais, premier comte de Bcauvais (selon Loysel), comte de Paris ( c'est-à-dire gouverneur de l'Ilede-France), conseillait à son maître de secouer un joug insupportable. Après vingt et une années de patience, Robert, laissant sa femme et son fils Hugues au château de Teil, du pays de Sens , communiqua son dessein à quelques évêques, passa en Italie, et se rendit à Rome, dans l'intention de répudier sa seconde femme, sous le prétexte de parenté, et de reprendre la première. Berthe, pressant ses démarches pour la réhabilitation de son mariage , rejoignit le roi, sans doute de connivence avec lui. Constance, craignant d'être vaincue par sa rivale, se tourna vers le ciel. Le moine Odoran raconte à ce sujet une légende suivant laquelle saint Savinieo, martyr, premier évoque de Sens, auquel la reine avait une dévotion particulière, « apparut à elle, et l'assura que Dieu avait en sa faveur changé la volonté du roi ». (Mézeray.) Quelle que soit la vérité sur ce prétendu miracle, Robert revint de Rome; sans qu'on sache s'il consulta en effet le pape sur son divorce, ou si, l'ayant consulté, il en reçut une réponse contraire ou favorable, ses intentions semblaient tout à fait modifiées ; il ne les expliqua point, mais ne parla plus de quitter son épouse. Constance, certaine du trône désormais, après une telle épreuve, se montra de pins en plus arrogante , et résolut de détruire le dernier obstacle qu'elle rencontrait dans le cœur de son époux , c'est-à dire l'amitié de Hugues de Beauvais. Elle pria son oncle, le comte d'Anjou, de la débarrasser de ce ministre. Foulques, dit Bourdigné « lui manda qu'elle fit lionne chière, et que de brief elle serait vengée de Hugues , et que jà ne sanroit être monté en si haute autorité qu'on ne l'en fit bien descendre », Peu après, douze cavaliers angevins , ayant épié longtemps le favori, le massacrèrent en présence du roi, qui fut couvert de son sang, dans une chambre du palais, selon Mézeray, mais plus probablement, selon le témoignage de Raoul Glaber, dans une forêt, au milieu d'une partie de chasse. Le roi, irrité de cet attentat, résolut une seconde fois de secouer le joug; quelques évêques négocièrent une réconciliation nécessaire à l'État, fâcheuse pour le bonheur du priuce.

Les enfants de Constance furent pour elle un nouveau sujet de contrariétés et de tracasseries.

Robert. On le chantait Jadis seulement « à Saint-Denis en France «; il se trouve dans quelques proceaslonnaux, au Commun des Martyrs, quoique écrit particulièrement pour saint Denis et ses compagnon». Dom Rivet raconte autrement l'anecdote : <* Divers historiens prétendent qne Robert le commença pour laire cesser les lmportunltés de la reine Constance, qui le pressait de faire quelque clmse à sa louange. » Par la même innocente supercherie, le roi aurait pu montrer à sa belle mais peu douce moi- Ué son répons sur saint Martin, qui commence par ces paroles : O quam admirabilU.

Sa constante préoccupation était de faire préférer le troisième, Robert, aux deux aînés. Décriant les premiers pour exalter son favori, elle prétendait « que ce n'était pas l'Age, mais le mérite et la vertu qui devaient décider de la préférence ». Ce système, qui dut alors paraître bien étrange, fut suivi d'un autre, plus étrange encore, d'après lequel elle tenta sérieusement de faire passer Robert pour l'alné. De là sortirent tous les malheurs qui signalèrent la fin du règne de Robert Hugues, l'aîné, couronné (1017), malgré sa mère, du vivant de son père, selon l'usage des Capétiens, retenu dans une dure captivité et dans une pauvreté honteuse , par la haine et l'avarice de Constance, échappe à ses chaînes, et se soumet à un exil volontaire. Henri, errant sans suite et sans secours, comme un aventurier, est arrêté par Guillaume, comte de Bellesme, et relâché sur les instances de son père, averti par Fulbert, évéque de Chartres. Hugues étant mort misérablement (1026), Henri, sacré à sa place, toujours contre l'avis de sa mère, tenu par elle dans le même dénuement, ne peut ainsi s'enfuir de la cour. Constance, levant le drapeau de la guerre civile, assemble en faveur de Robert un parti formidable, composé des principaux vassaux de la couronne : Baudoin à là Barbe, comte de Flandres, Eudes, comte de Champagne, Rainard, comte de Sens, un grand nombre d'évoqués, tels que Fulbert, évêque de Chartres. Ainsi se trouve menacée par une reine la race capétienne dès sa naissance.

Henri parvient à se saisir du château de Dreux, Robert d'Âvalon et de Beaune en Bourgogne. Le roi marche contre le dernier : ses fils, effrayés, mettent bas les armes et se soumettent; mais Constance persiste dans ses manœuvres. Après la mort du roi (1031 ) et l'avènement de Henri, Constance recommence la lutte, et, attirant dans son camp la majeure partie du royaume, s'empare des meilleures places, de Soissons et de Sens , des forts de Dammartin, de Mehm et de Coucy. Henri , abandonné de tous , aurait sans âoute'perdu la couronne, et sa mère aurait réussi dans son projet de substituer sur le trône le cadet à l'alné, si Robert se fût montré un prince actif et ambitieux, et non un homme doux, pacifique et équitable. Henri, forcé de passer en Normandie, avec onze serviteurs seulement, pour implorer le secours dn duc Robert H, rentre en France avec une forte armée, reprend sur Constance les villes dont elle s'était emparée : Sentis, Beauvais, Amiens, Laon, Reims, Noyoft, Arras, Péronne, Sens, avec tout le Vermandois, et contraint ses ennemis à accepter nn traité qui lui assure la couronne et à Robert le duché de Bourgogne. Constance, abandonnée à son tour par son oncle, le comte d'Anjou, forcée par son fils de quitter le maniement des affaires, outrée de n'avoir pu perpétuer la division entre ses fils, et ne pouvant supporter la condition privée, meurt de chagrin, au château deMelun, trois ans

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après la mort de son mari (1034), selon Mézeray, ou seulement an an (1032), selon quelques autres auteurs. Elle est inhumée à Saint-Denis, à coté de celui « dont elle avait toujours troublé le repos», comme Ta judicieusement observé le même historien. Constance enrichit le monastère de Saint-Pierre le Tif à Sens, où elle fournit une châsse magnifique au corps de saint Savinien. Elle fit rendre de grands honneurs, dans l'abbaye de SainWean d'Angély , à uneprétendue tète de saint Jean-Baptiste, trouvée dans une muraille où le roi Pépin l'avait, dit-on, cachée. Elle bâtit l'église de Notre-Dame de Poissy, et un monastère dans cette Tille pour des religieux de l'ordre de Saint- Augustin) enfin, elle fortifia le château dn Puiseten Beauce, pour réprimer l'insolence de quelques seigneurs du pays qui tourmentaient les ecclésias* tiques. Sa cruauté se montre également dans un trait des mœurs sauvages dn omièrae siècle. Elle assista gans l'église au jugement de son propre confesseur Etienne, condamné an feu avec dix de ses confrères pour une sorte d'hérésie nommée le manichéisme. L'ayant rencontré en sortant, elle lui crève les yeux avec un bâton, l'accable d'injures, et se plaît à veir exécuter son supplice. On appelait alors piété ces acte» Inhumains.

Constance laissa six enfants, dont quatre princes : Hugues, mort avant son père ; Henri l'r, roi de France; Robert, duc de Bourgogne, chef de la maison de Bourgogne ancienne; Eudes, évéque d'Auxerre ; et deux princesses ; Adélaïde, femme de Renaud, comte de Nevers; Adèle, femme de Richard III, duc de Normandie, puis de Baudoin Y, comte de Flandres.

Suivant l'abbé De Camps, le roi Robert fut marié cinq fois, et non deux. Sa dernière femme, qull appelait Vinconstante Constance ( « taconstans Constantia nxor meft », selon les expressions d'Helgaud ), le rendit trèe-malbenreox f et ne sera jamais inscrite dans le riche catalogue des bonnes reines françaises.

A. db MAKToime.

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Boberti reois, blb. de N.-D. de Tarif, I, «. - Recueil de dom BaUennot, t X de aea Fraemenis d'histoire, p. tu ; blbL Imp. -Brève ehronicon reçum Fremcorum, a Pippéno reçe usque ad Hsniicum Francorum regem, euetore canonico ; Blbl. imp , fonds de Satnt-Ocrmaln-des- Préa. - AnnaleVjrAnfouy part. II.

* CONSTANCE De castille (Elisabeth), reine de France, morte à Paris, en 1160. Fille aînée d'Ahonse VTÎÎ, roi de Castille ( qui prit le titre d'empereur des Espagnes), et de Bérengelle ou Bérengère, sœur de Raymond, comte de Barcelone, elle était seconde femme de Louis VII, le Jenne, et succéda à Êléonore de Guienne, répudiée en 1 1 5 2, de qui ce prince n'avait point eu d'enfant mâle. Le roi envoya en Espagne fugues, archevêque de Sens , pour demander a Alfonse la main de sa fille. Ge prince, quoique lié avec Raymond de Barcelone, prince d'Aragon, contre don Sanche, roi de Navarre, allié de Louis, n'osa pas refuser les offres d'un si grand monarque, et la jeune reine, ramenée en France par l'ambassadeur avec un train magnifique, reçue par son mari avec une grande joie, fut mariée, puis couronnée à Orléans, en 1154, malgré les protestations de l'archevêque de Reims. Ce mariage fut plus utile à l'Espagne qu'à la France , car le roi se montra le protecteur de son beau-père, et déclara à ses ennemis que l'attaquer ce serait s'en prendre à lui* même. Deux mois après, Louis fit un voyage en Espagne. Mézeray veut que ce soit uniquement pour accomplir un vœu à Saint-Jacques de Compostelle , ou pour traiter quelques affaires avec les autres princes de ce pays. Mata la plupart des historiens, et à leur tête l'écrivain espagnol Mariana, racontent le fait autrement. Le bruit s'était répandu que Constance était bâtarde; la dignité des rois de France, oints, revêtus d'un caractère sacré , assimilés au clergé, et capables de posséder des dignités eeclésiastiqneê, ne leur permettait d'épouser que des filles légitimes. Louis, retombant des scrupules de parenté dans des difficultés nouvelles, voulut mettre sa conscience en repos, et saisit un prétexte pour Féclaircir. Alfonse, après avoir reçu son gendre avec une pompe extraordinaire, et ravoir traité royalement à Burgos, non sans lui faire entendre qu'il serait fort honoré d'épouser la bâtarde d'un roi de Castille, l'assura cependant de la légitimité de sa femme, et le renvoya plus tranquille.

Constance, femme d'une beauté éclatante et d'une vertu rare, demeura peu de temps sur le trône. Elle mourut en couches, de sa fille Marguerite, six ana après son mariage ( 1160). et non deux ans , comme le dit a tort Mézeray , et fut inhumée à l'Abbaye de Barbeau. Les historiens ne lui donnent qu'une fille, Marguerite, femme de Henri Court-Mantel, fils de Henri II d'Angleterre, puis reine de Hongrie. On ne sait d'après quel témoignage Legcndre lui attribue une seconde fille, « Alix, décédée après sa mère », lorsqu'il vient de dire, déjà à tort, qu'elle mourut « après un an de mariage ». Selon Dreux Du

CONSTANCE

Radier, elle mourut bien en couches, mais non de Marguerite, née « quelques années auparavant ». Ge compilateur ne donne pas d'autre explication. L'éloignement du temps et le peu de durée de sa vie permettent seulement d'affirmer qu'elle justifie cette parole de Mézeray : « Nous avons cette obligation aux Espagnols de nous avoir toujours donné de bonnes reines. »

A. DE MAaTOMlIB.

Dachesne, Recueil des historiens de France, t. IV et V. — Dont Bouquet, id., L VI et VIII. — MabUlon, Analecta, t. III. - Legendre, Histoire de France, t 11. — Mézeray. id., id. - 0. Luc WAcbéry, SpicUegium, L II et III. — Dertc et Vaissette, Histoire de Languedoc, t. II et III. — D. Martenne et Durand, Collect. vet. script., IV.- Ubbe, Nouvelle bibUoth. des manusc., t. I. — Histoire des croisades de Guillaume de Tyr, ColL des historiens de France. - Recueil des historiens de Ldbnttx, publié par Eccard ; id., par Fréher. — Recueil des .douze historiens contemporains, de Plthou. — Le père Lelong, la rie de Sucer. - L'Histoire des croisades du père Maimbourg. - Chronique de Mathieu Parla. - Histoire a? Espagne. — Martini, de Rébus hispanis, Ut. II, ch. S, ma. - Suite de l'Histoire française de frère René Mace, religieux de la Trinité à Veo • doue, qui contient l'ntetotre de boula le Jeune, Blbl. lmpM lin. - Chronicon a Cerolo Magno ad PhUippum- Auguste tenue Saint- Victor, n« M. - Chronicon Ricardi Pictamiensis, monachi Ctuniacensit, ad annum 1161. - Vatican, me. de la reine de Suède, 1CS ( publié par D. Malienne, t V, p. 11»). — Portefeattle de Fontanieu, ma/de l'abbé Fr. lie Campa, X1„X1X. - Pièces aw je régna de Louis VII, Blbl. tmp.

*cohbtamcb, impératrice d'Allemagne et reine de Sicile, née en 1156, morte le 27 novembre 1198. Elle était fille de Roger II, dit le Jeune , et devait monter sur le trône après la mort de son neveu Guillaume II, dit le Bon. Il n'en fut rien : Tancrède, fils naturel de Roger, s'empara du pouvoir en 1 189. Constance, d'abord religieuse, avait épousé, en 1185, l'empereur Henri VI : celui-ci se fit couronner à Rome, et entra dans la Pouille sur la fin d'avril 1 191 , pour y taire valoir les droits de son épouse. Après s'être emparé de plusieurs places, il échoua devant Naples. Rappelé en Allemagne, il laissa Constance à Salerne. Cette princesse fut livrée par les Salerons à Tancrède, qui la renvoya sans rançon à Henri VI. Tancrède étant mort, son fils, Guillaume 111, lui succéda; mais le retour d'Henri VI changea la face des affaires. L'empereur reprit Salerne, dont il fit massacrer les habitants; pois, aidé des Génois, il s'empara de Messine, de Païenne, et se fit de nouveau couronner roi de Sicile, en octobre 1194. Malgré les prières de Constance, il fit arrêter un grand nombre de prélats et de nobles; les premiers eurent les yeux crevés, les autres furent pendus ou brûlés vifs. Il fit même ouvrir les sépulcres de Tancrède et de son fils Roger, pour arracher les ornements royaux qui couvraient les cadavres de ces princes. 11 reprit ensuite la route d'Allemagne, emportant des richesses immenses. Les Siciliens, exaspérés, se soulèvent de nouveau, et Constance, qui regardait les malheurs de ses sujets comme les siens propres, parut favoriser leur révolte. Henri profita du passage des croisés allemands pour ravager à leur tête la Pouille et

compléter ses terribles vengeances; 0 1 suite en Sicile, et mourut subitement, à Messine, le 28 septembre 1 197. On soupçonna Constance d'avoir participé à rempoisonnement de son mari. Quoi qu'il en soit, cette nouvelle remplit de joie la Sicile et l'Italie, qui avaient surnommé l'empereur Henri le Cyclopt. La reine fut reconnue régeute durant la minorité de son fils, Frédéric Roger. A sa mort elle nomma, par son testament, Innocent III régent du royaume.

Richard de Saint-Germain, Chronic. rerum Motte.. VU, 970. - Chronic monasterU Fossse Notes, VU, «71. —Otbon de Saint- Biaise, Chronic., cap. xxxix, p. SHV- Mnratori, Annatt dTitaUa, X, ISS. - Chronologie des rois de Sicile, dans tArt de vérifier les dates, \" partie, XVIII, us. - Biographie des femmes célèbres. - Stomondl, Histoire des républiques italiennes, IL, MO.

cohstahce, reine d'Aragon et de Sicile, morte à Rome, en 1298. Elle était fille de Mainfroi, roi de Sicile, et son héritière. En 1261, elle épousa Pcdio HI, roi d'Aragon. Mainfroi ayant désigné pour successeur Conradin, son neveu, Pedro et Constance n'élevèrent de prétentions au trône de Sicile qu'après le supplice de Conradin, en 1268. Cependant, comme la Sicile était sous la domination de Charles d'Anjou, ils ne firent aucun armement pour revendiquer leurs droits. En 1281, Jean de Procida, seigneur napolitain, banni de sa patrie, se réfugia en Aragon, et persuada à Pedro IH de délivrer la Sicile de la domination française. Les vêpres siciliennes s'accomplirent peu après. Charles d'Anjou, furieux de ce massacre, fit excommunier les révoltés, appela les croises français, et vint avec trois cents bâtiments mettre le siège devant Messine. Pedro, de son côté, accourut d'Afrique avec une armée imposante, et fit couronner sa femme à Païenne. Roger de Loria, amirauté d'Aragon, défit deux fois la flotte de Charles, et obligea ce monarque à se retirer en terre ferme. Un troisième combat naval ne fut pas plus heureux pour les Français; Charles le Boiteux, duc de Salerne, fils aîné du roi de Naples, tomba au pouvoir des Aragonais. Emmené à Païenne!, tes Siciliens demandèrent sa mort pour venger celle de Conradin. Constance s'y opposa; mais enfin, vaincue par les instances de ses sujets, elle céda, et fit avertir le prince de Salerne qu'il eût à se préparera monter sur l'échafaud. C'était un vendredi : le prince répondit que la mort lui serait d'autant moins cruelle qu'elle lui serait donnée le même jour que Jésus-Christ. Cette réponse fut rapportée à la reine, qui déclara que « puisque le prince de Salerne acceptait si volontiers la mort à cause du souvenir «le J.-C., il fallait lui faire grâce pour l'amour du Rédempteur »; le prince fut donc épargné et transporté en Aragon. Excommuniés par différents papes, Pedro <-t Constance conservèrent néanmoins le trône de Sicile, grâce à rattachement qu'ils avaient su inspirer â leur peuple. Bonhace VIII ayant réconcilié les maisons d'Aragon et de France, Constance vint à Rome recevoir l'absolution du saintpère, et mourut peu après.

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