T. XI
COEHORN
en avant de sa quintuple enceinte, le fort Guillaume, où il se renferma avec son propre régiment. Il y rat serré de si près, que le découragement gagna bientôt sa troupe ; une partie déserta, et l'assiégeant put pénétrer par surprise dans l'ouvrage de Coehorn : celui-ci , d'ailleurs blessé, accepta une honorable capitulation. Huit jours après la capitulation de Coehorn, le château de Namur se rendit (30 juin 1092 ).
Le roi Guillaume m voulut ouvrir la campagne de 1695 par la reprise de Namur, dont Yauban avait eu le temps de perfectionner les ouvrages. Coehorn, nommé lieutenant général, rat chargé d'en diriger* le siège à son tour. Namur capitula le 4 août 1695, et la reddition de la place rat suivie, le 5 septembre, de celle des châteaux. Cette lutte des deux plus grands ingénieurs de l'époque fut un beau sujet d'études et de controverses pour les militaires de l'Europe. Pendant les deux sièges de Namur, « on vit, dit M. Allent, en des attaques si diverses, quel génie différent animait Yauban et Coehorn. Vauban, n'employant que l'artillerie nécessaire , n'usant de son influence que pour modérer l'ardeur des soldats,.... couverts (sous la protection de ses travaux ) jusqu'au pied de chaque ouvrage, avait mis son étude et sa gloire à les éparguer, et l'avait fait sans ralentir le siège. Coehorn , accumulant les bouches à feu, envoyant les troupes découvertes à des assauts éloignés , et sacrifiant tout au désir d'abréger le siège, d'effrayer et de surprendre les défenseurs, n'avait économisé ni les dépenses, ni les hommes, ni le temps même. Vauban avait cerné , resserré , coupé, morcelé les assiégés; Coehorn ne s'était occupé que de les accabler : c'était la force substituée à l'industrie, ou plutôt l'industrie employée à multiplier les moyens de destruction. On jugea que le premier s'était conduit comme un chef habile et qui manœuvre; le second, comme un homme impétuenx, qui ne songe qu'à rompre et détruire l'ennemi. Dans les attaques de Coehorn, l'appareil des feux, l'audace et la combinaison des assauts éblouit les esprits ; on admira dans celles de Vauban une méthode à la fois plus sûre , plus rapide, moins sanglante ; en un mot, l'art de détruire soumis et devant sa perfection à l'art de conserver. »
Après la conclusion de la paix de Ryswick, Coehorn acquit un nouveau degré de gloire par ses derniers ouvrages, que les gens de l'art mettent avec raison fort au-dessus de ses inventions et de sa tactique de guerre : tels sont les retranchements de Zwol et de Grœningue, les fortifications de Nimègue, Breda, Namur et Berg-op-Zoom.
Dans la guerre de la succession d'Espagne, Coehorn assiégea et réduisit tour à tour Venloo, Stephenswœrth, Ruremonde et Liège; et cette seule campagne rendit les alliés maîtres du cours de la Meuse depuis la Hollande jusqu'au-dessous d'Huy. La campagne suivante lut ouverte par la
prise de Bonn, à laquelle Coehorn eut la principale part, encore bien que les historiens en fassent honneur à Marlborough. Il est vrai aussi que les moyens développés par l'ingénieur hollandais devant cette place lut ont valu des reproches de cruauté : outre une immense artillerie, il y employa cinq cents de ses petits mortiers à lancer des grenades. A l'avantage de pouvoir être servis et même transportés par un seul homme, ces mortiers à la Coehorn joignaient celui d'une économie considérable de munitions, et ils s'appropriaient plus particulièrement à l'attaque, tant par la facilité qu'ils donnaient de lancer une pluie de grenades sur tout point donné dont il importait de déloger l'ennemi , qu'à cause de l'immense activité d'action des projectiles dirigés par masse sur les batteries, les parapets, les magasins ou les places d'armes. Après la prise de Bonn, Coehorn, à la tête d'un corps de troupes, passa avec le baron Sparr dans la Flandre hollandaise : ils y forcèrent les lignes des Français sur le pays de Waës, entre la rive ganHie de l'Escaut et la mer. Ramené ensuite sur la Meuse, il dirigea le siège de Huy, et cette plaide fut enlevée sans effort à la vue du maréchal de vnicroy. Ce fut le dernier exploit de Coehorn, qui mourut d'une attaque d'apoplexie, à La Haye, où il était venu conférer avec Marlborough des plans d'une nouvelle campagne. Il comptait quarante-sept ans de service et avait le titre d'ingénieur en chef. Un monument funèbre lui a été érigé par ses entants, au bourg de Wykel, et J. Ypey a fait son éloge historique, sous ce titre : Narratio de rébus gestis Mennonls Cohorni (Franecker, 1771, lri-8*).
Les principes de fortification que Coehorn a exposés dans son ouvrage embrassent trois systèmes, dont aucun n'a été mis complètement par lui en application ; ils sont restés un intéressant sujet d'études, et le premier a été mis à exécution en 1724, à Manheim. M. de Bousmard, dans son Essai général de fortification et d'attaque et défense des places (t. I*r, chap. x, xi et xir), en donne une analyse très-étendue, et qui a été reproduite en grande partie par L. Marini, dans sa Biblioteea di forlificazionc. (in-4°, 1810, c. 1, 2e part., Proteg. delV architett.). Voici le jugement que M. de Bousmard (Essai gén. de fortif., t. Ier, p. 283, édit. de 1814) porte sur l'ingénieur hollandais : « Sa fortification, admirée de son temps par les seuls connaisseurs , a reçu depuis sa mort de l'opinion publique une sanction que le temps et les événements pouvaient seuls lui donner. » Ailleurs, le même auteur ajoute : « On est forcé de reconnaître , à l'honneur de Coehorn , que seul, entre tous les ingénieurs modernes, il a sais une grande vérité : c'est que le même genre de fortification ne convient pas aux places à fossés pleins d*eau et aux places à fossés secs. » Mais, et c'est là peut-être ce qui forme le caractère particulier de ses fortifications , Coc-
COEHORN — COELIUS
bore, tuntatf lés fins que la nature du terrain s'y est prêté, a enoeint set ouvrages de deux fossés : le premier que l'ateaillaiit ait à franchir est nient d'eau, ee qui permet d'opposer de premiers carnages eu terre au canon de i'enaerai ; le second est sec, presque toujours large de 10 toises, et sous l'abri des feux de la place en triple étage : il sert de places d'armes an troupes de l'assiégé, et dans quelques cas peut recevoir des détachements de cavalerie. [ Sue. des g. du m.]
Ktoefa* Ypej, NarraUé de reètu vesti* Memmàs Cekandi Fmaeker, mu - Bnch et Grubcr, JUç. Encre. — Zastrow , CetchichU der bestândigen Be/estigvng ; Leipzig, tttt. — Mandat-, de V Architecture de$ forteresses.— Bammêté, Essai général de fàrHfieatUm.
cobwu ou oraoam (Louis ni), général fianeais,néàStraefaourg,en 1771, mort en 1*13, à Leipzig. D était de la famille du fameux Coehorn, surnommé le Vauban hollandais. Capitaineen 1792, il fit en cette qualité plusieurs campagnes dans les colonies. A son retour en France, il prit part à presque toutes les affaires qui eurent lieu pendant la mémorable campagne du Palatinat, et combattit avec beaucoup de valeur à la bataille dTUmgsnetà celle de Langenbruck. Son amour pour la discipline faillit lui coûter la vie après la prise de Kaiserskatern. Employé , en 1799, à l'armée du Danube, sous le général Jourdan, il se distingua aux affaires d'Oster- Ach et de Liptingen, ou fl fut blessé d'un coup defeu. U fut mit adjudant général la même année, et reçut te commandement de la ligne du Rhin depuis Strasbourg jusqu'à Neuinisack. Là encore il déploya maintes fois contrôles Autrichiens sa valeur ordinaire. Il fit ensuite la campagne de Prusse en 1805, celle d'Autriche en 1806, et fut créé général de brigade en 1 807. Il fut blessé d'anebnlleàFriedlnnd, passa en 1808àDantàck, et fit la campagne d'Autriche en 1809, socs les ordres de Claparede. Le général Coeaorn déploya la plus grande râleur dans l'affaire dTJ*rKberg , où sa division , séparée momentaaérnent du reste de l'armée par l'incendie dn pont sôr la Traun, eut à lutter pendant trois heures et avec quatre pièces d'artillerie seulement, contre trente mille Autrichiens. Coehorn se trouva ensuite aux hatailles d'Aspern , d'Essling et de Wagram. Employé en 1813 à la grande armée d'Allemagne, sous les ordres de Marmont, 3 prit part aux batailles de Lutsen et Bautzen, et eut la cuisse emportée par un boulet à la bataille de Leiprig. Resté au pouvoir de l'ennemi, Coehorn fut transporté à LeiptJg, où il
La famille de Coehorn a fourni plusieurs rejetons, qui s'établirent dès le quatorzième siècle dans le comtat Venaissin, entre autres un habile officier de la marine française, Joseph ne Coimiifl, mort en 1715, àCarpentras, sa ville natale, après s'être distingué en plusieurs occasions et spécialement en 1604, à l'attaque de Gigeri en Barbarie, sous les ordres do duc de Beaufort .
U Bai. Met, enne. de ta fronce. — Munit, vniv. - Vict. et conq. des Français. — ArnatUt, Jooy, etc., Bioç. nmn. des eentemp. «
* CŒLESTiïtcs, théologien français, de l'ordre des Capucins, né vers 1 596, à Mont-de-Marsan, mort à Toulouse, en 1659. Ses principaux ouvrages sont : Synopsis prosopochronica historiés ecclesiasticx ; Toulouse , 1644 , m-fol.; — Prosopochronica S. Scripturœ ; Paris, 1648, in-fol.; — C lavis David, sive arcana Scripturx S.; Bordeaux, 1650, in-fol.; — Spéculum sine macula in quo Ecclesiœ fades in triplici statu, naturx, legis, et gratte, exhibetur; ibid., 1651 .
Bernard de Bologne, BibL Capuc.
cours ou cjMJ un aubbliahvs, médecin latin , vivait probablement au cinquième siècle de l'ère chrétienne. On ne sait rien de sa vie, son nom même n'est pas bien connu , car on l'appelle quelquefois» L. Cadras Arrianus. Les manuscrits mi donnent le surnom de Siccensis, d'où on a conclu qu'il était né à Sicca Venerea, ville de Numidie. La date de sa vie ne peut être fixée qu'approiimativement et par conjecture. On est certain qu'il ne vivait pas avant le deuxième siècle de l'ère chrétienne, puisqu'il a traduit Soranus. Gomme il ne fait jamais mention de Galion, on l'a cru antérieur à ce médecin; mais il ne cite pas non plus Théophraste, Dioscoride , Celse, Pline, bien qu'il ait vécu certainementaprès tous ces écrivains. Galieo, de son côté, qui parle de tant de méViecms inférieurs à Cœlius, n'a jamais nommé ce dernier, et on peut en induire avec quelque probabilité que celui-ci est postérieure Galien. Cette conjecture, confirmée par la barbarie de style particulière à Cœlius, a décidé Reinesius et Haller à le placer au cinquième siècle après J.-C. Cette date, qui fait presque de Cœlius Aurelianus un auteur du moyen âne , son origine africaine, et son éducation fort imparfaite sans doute, comme celle de la plupart des médecins méthodiques, expliquent l'incnirection grossière de son style et les singuliers contre-sens qu'il commet en traduisant le grec
Cœlius cite lui-même plusieurs ouvrages de sa composition, et entre autres un livre de lettres grecques, dans lequel il combattait fortement l'usage de la bière, médicament purgatif dont Thémison s'était servi. 11 cite encore un livre qu'il avait dédié à un nommé Lucretiua , et qui contenait m abrégé de la médecine par demandes et par réponses ; des livres de chirurgie ; d'autres sur les fièvres, sur les causes des maladies, sur les remèdes ordinaires , sur la composition des médicaments, sur les maladies des femmes et sur la conservation de la santé. U ue nous est resté des ouvrages de Cœlius que les suivants : Celerumpassionum libri 1res (Traité des maladies aiguës , en trois livres) ,—Taraarum passionvm libri quinque (Traité sur les maladies chroniques en cinq livres). Ces ouvrages ne sont en grande partie , de l'aveu même de l'auteur, que la traduction des traités aujourd'hui perdus de