‹ Nouvelle biographie générale depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours, avec les renseignements bibliographiques et l'indication des sources à consulter;Chapitre 85 sur 133 · IÎ · texte numérisé non relu

IÎ

naturels. Ils renvoyèrent les femmes et les enfants , et s'armèrent de piques et de pierres. L'an d'eux, qui tenait une pierre et un long poignardate fer, appelé paohooa, s'approcha de Cook, se mit à le défier en brandissant son arme, et le menaça de lui lancer, sa pierre. Le capitaine l'invita a cesser ses provocations; mais l'insolence de son ennemi ayant augmenté , U lui tira nn coup chargé à plomb. L'insulaire était vêtu d'une natte de guerre» que la charge ne put traverser ; lorsqu'il sentit qu'il n'était point blessé, il devint plus audacieux et ses compagnons plus hardis. Plusieurs pierres furent lancées aux soldats : un des chefs essaya même de poignarder le lien-* tenant , mais celui-ci le terrassa d'un coup de crosse. Cook tira alors son second coup, chargé à balle, et tua l'insulaire le plus avancé. Aussitôt les naturels lancèrent une grêle de pierres. Les soldats et les matelots des embarcations ripostèrent par une décharge de mousqueterie. Les insulaires soutinrent le feu avec courage, et se précipitèrent sur les Anglais avant que ceux-ci eussent eu le temps de recharger. Une scène d'horreur et de confusion s'accomplit alors. Quatre soldats de marine, atteints dans les rochers, furent aussitôt massacrés, trois autres furent blessés dangereusement; le lieutenant, frappé d'un coup de paohooa entre les deux épaules , tua son ennemi avant qu'il ait pu redoubler. Cook cria aux canots de cesser le feu et d'approcher du rivage, afin d'embarquer sa petite troupe ; peut-être aussi voulait-il arrêter l'effusion du sang. Quoi qull en soit, tant qu'il fit face aux naturels, aucun d'eux ne se peiwit de violence directe contre lui ; mais sitôt qu'il se fut letourné pour donner ses ordres aux matelots, il fut poignardé par derrière, et tomba le visage dans la mer. Les insulaires poussèrent des cris de joie lorsqu'ils le virent renversé; ils traînèrent aussitôt son corps sur le rivage, et s'enlevant le poignard les uns aux antres , ils s'acharnèrent tous à lui porter des coups, lorsque déjà il n'était plus qu'un cadavre.

Immédiatement après le meurtre de leur commandant, les Anglais échappés au massacre se jetèrent à l'eau , et couverts par le feu très-vif qui partait des canots , ils réassirent a s'éloigner. Quand la consternation que cet affreux événement jeta parmi les équipages eut un peu diminué , Clerke , capitaine de la Découverte, prit le commandement en chef de l'expédition. Il s'occupa immédiatement du détachement qui se trouvait encore a terre, chargé de la garde de la mâture en réparation. Grâce aux courageuses dispositions des lieutenants King et Bligh , ce détachement soutint avec succès plusieurs attaques et put être recueilli , ainsi que les mâts , les voiles, et l'appareil astronomique. Les vaisseaux se trouvaient en si mauvais état

(l) En i8U, le capitaine Byroa a fait eïeyer un poteau anr le lieu même où le meurtre fut commit. Une lnacrlplon rappelle lea circonstances de la sort de Cook.

et la discipline était si relâchée, que les officiers anglais décidèrent qu'on tenterait des mesure» pacifiques pour obtenir les restes de Cook et des soldats massacrés. Cette modération ne put réussir ; les insulaires tendirent de nombreux pièges aux Anglais , ceux-ci n'y échappèrent que puune extrême prudence. Les naturels, voyant la guerre déclarée, firent des sacrifices à leurs divinités, et brûlèrent les corps des quatre soldats. Quant â celui de Cook, qu'ils regardaient comme appartenant à une nature supérieure , il fut dépecé et envoyé dans les différentes parties de 111e; néanmoins, le 15 au soir deux prêtres rapportèrent clandestinement un petit paquet couvert d'étoffes, qui contenait un morceau de chair humaine d'environ huit à neuf livres : c'était la part qu'ils avaient reçue pour l'employer à des cérémonies religieuses. Ils déclarèrent que Terreeoboo et les autres chefs avaient la tête et les os, excepté ceux de la poitrine, de restomac etds ventre, qui, ainsi que le reste de la chair, avaient été brûlés. «.Nous leur demandâmes, rapporte King, s'ils n'en avaient pas mangé une partie. A cette idée, ils témoignèrent sur-le-champ l'horreur qu'aurait pu montrer un Européen, et ils nous demandèrent très-natnrellement si nous étions dans l'usage de manger de la chair humaine. Os s'écrièrent ensuite plusieurs fois, avec beaucoup d'inquiétude et de frayeur. « Quand Orono reviendra- t-ti? Que nous fera-t-il à son retour? » Les Anglais, voyant les négociations inutiles, canonnèrent les côtes, brûlèrent un village et tuèrent nn certain nombre d'insulaires. Ces représailles eurent un plein succès; le 20 nn chef nommé Fappo, accompagné d'une mura'* tude de peuple, vint au vaisseau, et remit au milieu des marques du respect général les restes de Cook, enveloppés dans une très-helle étoffe neuve et couverts d'un manteau de plumes nôtres et blanches. « Nous y trouvâmes, continue King, les mains du capitaine bien entières : nous les reconnûmes aisément à une large cicatrice qui séparait le pouce de l'avant-doigt ; nous y trouvâmes de plus l'os du. métacarpe et la tête dépouillée de la chair (la chevelure avait été coupée ; elle était séparée et jointe aux oreilles ) ; les os de la face manquaient Nous trouvâmes ensuite ceux des bras, auxquels pendait la peau des avant-bras; les os des jambes et des cuisses réunis, mais sans pieds. Les ligaments des jointures étaient en bon état : le tout semblait avoir été an feu, si j'en excepte les mains, qui conservaient leur chair, mais qui étaient découpées en plusieurs endroits et remplies de sel. La partie du derrière de la tête offrait une estafilade, mais on ne voyait point de fracture au crâne. H ne nous restait plus qui procéder aux funérailles de notre illustre et malheureux commandant Noos renvoyâmes Eappo, en lui enjoignant de mettre le taboo sur toute la baie , et les ossements de Mi Cook ayant été déposés dans une Mère, oa les jete à fenw avec TappareU accoutumé. »

Page 1