‹ Nouvelle biographie générale depuis les temps les plus recules jusqu'à nos jours (volume 2)Chapitre 5 sur 118 · CHARTIER · texte numérisé non relu

CHARTIER

d'âéTatkm durable (1). Mous consacrerons successivement à chacun de ces trois frères une notice spéciale.

GHABTiBB (Alain )yécriyain français, la plus grande renommée littéraire du quinzième siècle. La date de sa naissance, ainsi que celle de sa mort, est incertaine. La Monnaie place en 1457 l'époque où fl termina ses jours ; André Duchesne et Etienne Pasquier, en 1458 ; d'autres la font remonter à l'année 1449, et disent qu'il fut inliumé à l'église des Antonins d'Avignon, où l'on voyait son épitaphe. Ce qui est certain, c'est qu'A ne vivait plus en 1463, puisque Jean de Guerdiy, bailli d'Auxerre, mort à cette époque, écrivit alors ces vers:

KaltreAltln, daqael Oictt ait rame, Lequel cy gM «oui ane lame (S).

La vie d'Alain Cliartier présente de grandes analogies avec celle de Ronsard. Comme le poète dn seizième siècle, il est de ces écrivains exceptionnels que la fortune et la gloire accueillent dès leur jeunesse et conduisent à travers la vie au milieu d'un long cortège de joies, mais dont la postérité, compensation posthume de cet excès de bonheur, ensevelit les œuvres dans un oubli dédaigneux. A peine sorti de l'université de Paris, Alain commence à se faire connaître, et dès lors son existence entière n'est plus qu'un triomphe. 11 est successivement secrétaire des rois Charles YI et Chartes YII ; plus lard,', s'il faut en croire Daniel Chartier, l'un de ses descendants, il devint chanoine de Paris, et envoyé [comme ambassadeur en Ecosse; il anrait même été, d'après lui, dès l'origine de sa fortune, secrétah^ de Charles V, et aurait ainsi joui de la faveur de trois rois.

On disait de lui qu'il était un des plus beaux esprits et des plus laids Jiommes deson siècle. Ses œuvres étaient tellement admirées, qu'un jour Marguerite d'Ecosse, femme du dauphin de France, qui ftit depuis Louis XI, pa^ gant par une salle où fl était endormi, lui donna un baiser sur la bouche dans son sommeil; et

(I) Stmon CkartieTf pettt-flls oa pellt-neyeo do poète àUlD. moornt en ink. Son flis Matthieu, mort en 1569. eot poor flb un autre Matthieu, mort en IBM. Ces troU penonnagea occupèrent succesdTement un rang dlsUngoé dans le barrean et dans la maffUtrature parlatenne. La flile da dernier, nommée Marie Chartier, épousa Edouard Mole, préaident i mortier, père du célèbre Matthieu Holé, garde des sceaux et premier président da parlement de Paris à l'époque de la Fronde.

(t) Abln Chartier est mentionné comme mort dans le nnnan du Cœur tPamour etprie, ouvrage daté de lUT. Oo y trotiTe un personnage, nommé Dérir, qui montre à Ccmr rhùtpitatttamours, et loi dit :

L'ens Terrez maint épiude ( éplUphe )

Ung y a, de fresche mémoire,

Qal.fut homme digne de gloire;

Ce tat malstre Alain ChaneUer

Qui tant sceust û'awtours le mestfer.

qnfll en flst les très plus beaux dlti,

Qu'oncques puis son temps furent ditz.

(Le Roman du Cceur (Vamour esprit, dans les Œuvres de René d'Jnjou, édit. Quatrebarbes, 1848, 1d-4% t III, p. 96, 101 et IM. ) (V.)

comme, rapporte Bonchet (Annales d* Aquitaine ), les seigneurs de sa suite hii exprimaient leur étonnement qu'elle eût pu donner uc baisera un homme si laid : « Ce n'est pas à l'homme, répondit la princesse, que j'ai donné ce baiser, mais à la précieuse bouche de laquelle sont issus et sortis tant de bons mots et vertueuses sentences. »

Oa comprend, du reste, jusqu'à un certain pomt, quand on a vu les œuvres d'Alain Chartier, l'admiration passionnée de ses contemporains pour cet écrivant. C'est presque toujours dans les hautes classes de la société que les idées nouvelles, lorsqu'elles se présentent sous une forme pacifique, trouvent leurs premiers adeptes, et qu'elles en sont accueillies et prônées. Alafai Chartier, qui s'adressait à un public de cour, à des artistes, à des savants et à des poètes, est certainement l'un des précurseurs les plus éloquents des grands réformateurs dn seizième siècle. Ainsi, son livre intitulé : Traité de l'BS' pérance, ou consolation de la foi et de la charité, est un réquisitoire énergique contre les désordres de la discipline cléricale : on est surpris d'y trouver des idées d'une hardiesse singulière , d'y lire, par exemple, une apologie très-nettement formulée du mariage des piètres (1) ; on Test surtout de l'ordonnance régulière de la phrase, de la vigueur de l'expression et de l'ainphnir magistrale du style, quoique les formes de ce vieux langage soient parfois choquantes pour le lecteur moderne.

Mais Al2^ Chartier est aussi un esprit profondément national. Dans un temps où la France presque tout entière était aux mains des Anglais, il fit le Quadriloque invectif, sorte de discussion dont les interiocuteurs sont France, Noblesse, Peuple, et Clergé, et qui est un appel au patriotisme fatigué de la nation. Peu après la bataille d'Azincourt il publia le Lay des quatre dames, poésie conçue dans la même pensée, puis fl donna le Bréviaire des nobles, la Ballade deFougières, que les Anglais, anciens ennemis de France, prirent pendant les trêves, comme parjures.

On conçoit qu'Etienne Pasquier, qui lui consacre le chap. 16, Kv 6, de ses Recherches historiques, le compare à Sénèque; que Pierre Fabry, curé de Méray, le propose à imiter à la jeunesse curieuse de la poésie française; qu'Octavien deSaint-Gelais, que Clément Marot le louent comme écrivain et comme poète. Aux uns, qui étaient des libres penseurs, il devait plaire nécessairement par l'indépendance de ses idées; à tous, comme étant celui de leurs devanciers à qui la langue française était le plus redevable de ses progrès. Alain Chartier a du reste une plus grande valeur comme prosateur que comme poète, bien qu'il y ait de fort jolies choses au milieu du long bavardage de ses rimes. 11 passe pour Tinventcurdu rondeau déclinatif.

(1) Vojr. Œuvres S Alain CAar((er (édition Duchesne,

ti

GHÂBT1ER

Les oiimges eo prose d'Alain Ohartier sont:

VSipéranee, ou etmsolaiUm des trois vertus Fùif Espérance et Charité; — le Curial, on* rrage fort court» et qa'on a soirteni confondo, dans les ancimiMW éditkma , avec le premier, bien <iu11 en soit évidemment fort distinct. Les éditions complètes d*Alain Chartier contiennent encore, sons son nom, une Histoire de Charles VI et de Charles Vil. André Dudiesne la hii attribue formellement; mais on est d*acoonl aujoui^ dlioi pour reooonaltre qu*dle n'est pas de lui, mais d\m héraut d'armes, nommé Gille Le Bouvier^ dit Berry,

Lee ouvrages poétiques ont pour titre : le Bréviaire des Nobles, Jean Le Masles, qui a commenté ce poème, assure que l'on obligeait les pages et les Jeunes gentilshommes à en apprendre et réciter diaque jour quelques fragments ansdi eudement que les prêtres font de leur bréviiire. On a souvent confondu ce poëme d'Alain GhartKr aToc un livre du même nom , de d'Al- VottDè, genfîlhororoe angevhi; — le Livre des quatre dames ; — le Débat du réveille-matin ; '-labelleDamesansmerctf;—'le Laydepaiof, baiiié à mmisieur le due de Bourgogne; ^la Ballade de Fougières ;— te Régime de/ortune, en sepi baUades ;—le Débat des deux fortunes ^amour. On a douté que ce poëme Itit de Chartier. Goujet cite comme preuve de sa paternité la conclusion do poëme, où fl est dit qu'il a été composé par maître Alain; mais cette preuve est insuflBsante, car nous savons, par les renseigneroents fournis par Daniel Chartier, qu'il y avait à Fépoque où virait notre auteur deux écrî- Mins portant comme lui le nom d'Alain. Du reste, le poëme en question a eu plusieurs titres ; on Ta nommé aussi le Débat des deux fortunes et le Débat du gras et du maigre.

L*œuvre de Chartier comprend encore nombre de n»deaux, ballades, lays, regrets, etc.; mais, de ravis de Clément Marot, il y a dans les éditions complètes quelques i)oëmes, tels qne/e Parlement d'amour, V Hôpital d^amour, la Complainte de saint-Valentin Grandson, etc., qui ne lui appartiennent pas.

Daniel Chartier cite, enfin, de lui plusirars oovrag^ en langue latfaie : Epistola Alani Aurigx de Detestatione belli gallici et suasione pacis;— Invectiva contra ingratum amicum; — Epistola ad universitatem post egressum régis Caroli ab eadem civitate; — DUdogus familiaris de instante desolatione gallicx calamitatis. L'auteur des poésies publiées sous le nom de Clo^de de Surville attribue à Alain Chartier : une traduction des Nuits altiques d'Aulu-Gdle ; — la Fleur de belle Bhé» torique-, — Un traité Sur la nature des feux de Fermer, et un autre Sur les ailes des Chérubins. M. BarHer (Dtc^. des Anonymes) M attribue à son tour les Demandes d'amour (Paris, Michel Lenoir, in-4'').

La Croix du Mafaie dte comme fai première

édition des œuvres de notre auteur celle qui (ut publiée en 1526, à Paris, chei Galliot-Dupré ; mais il en avait paru une en 1625, Paris, in-4% sous ce titre : Les faits et dits demaUre Alain Chartier, contenant en soi doute livres; titre erroné , car ce vohnne est en réalité divisé en dix-sept livres. H parait que ce n'est pas môme la première édition connue, et qn'û en existe deux autresin-fol., gothique, datant des années 1484 et 1489.LeQuadrao^eiin;ecff/'futimpriméà Bruges, séparément, par OoUard-liansion, 1487. Nous connaissons encore une édition de 1529 , «mforme à celle de 1528 ; une de 1583, publiée chex Oorroiet; enfin, en 1617, André Duchesne en publia une dernière à Paris, in-4°, la plus exacte et la plus complète, augmentée d'une préface historique sur la personne et les écrits de l'auteur, et dédiée par André Duchesne à Matthieu Mole, descendant par sa mère d'Alain Chartier. Citons, enfin, une édition séparée du traité do l'Espérance et du Curial, confondus sous un même titre; — le CuricU, publié à Paris, 1582, in-foL, chez René Chevillot, par les sofais de Daniel Chartier, sieur de la Bonlardière , Oriéanais, et dédiée à monsieur Matthieu Chartier, seigneur de Lafîis et de Allainville, conseiller au parlement de Paris. Nous n'ayons vu mentionner nulle part l'existence de ce Tolume, qui contient une notice liistoriqueide Daniel Cliartier sur la vie de son aïeul. L. Dahicourt.

La vie et les œuvres d'Alain Chartier sont encore aujourd'hui mal connues. L'erreur de Duchesne, qui, adoptant une opinion antérieurement reçue, avait imputé à ce poète la chronique du héraut Berry, fat assez promptement rectifiée; mais les conséquences de cette erreur ont subite, en ce sens que les divers éléments biographiques tirés de cette chronique et ras> semblés par Duchesne, comme se rapportant à Vauteur, ont oontinué d'être attribués à Chartier, tandis qu'ils appartiennent à Berry. De plus, l'édition des œuvres donnée par Duchesne contient d'autres pièces qui ne sont pas d'Alain Chartier : autre source d'erreurs et de méprises. Enfin, les nombreux manuscrits d'Alain Chartier qui nous sont restés renferment une dernière classe d'écrits qui n'ont point été réunis à ses oeuvres imprimées, et dont il est cependant l'auteur. Pour compléter la notice littéraire qui précède, nous allons indiquer d-après lesprindpaux points sur lesquds devrait porter ce travail de distinction et de res^t^u^ion. Le peu de notions biographiques certaines que nous possédons sur notre poète sont extraites , pour la plupart, de ses œuvres. Nous commencerons donc par exposer une analyse succincte de ces œuvres, en suivant l'ordre chronologique ; nous terminerons par qudques rensdgnements nouveaux touchant la vie de l'auteur.

Œuvres. — Elles se composent premièrement de divers opuscules en langue latine : Sur la sortie de Paris par le dauphin (1418); — • Ha-

CEL/IRTIER

rangue aux Bussites » par Alain Chartier, ambaasadeur du roi de France à Prague , yers 1419 ;

— Sur les maux de la guerre, Ters 1420; — A son frère Guillaume, avant que celui-ci entrât à U eouTy deux lettres, entre 1426 et 1430;

— lettre à un prince d'Allemagne Sur la Pu^ celle (1), juillet 1429; etc. Ses écrite en français les plus importante sont les suivante : Le livre des quatre dames. La date de cet opuscule, postérieure à 1415 , ne saurait être trèséloif^iée de ce millésime. Quatre dames, par des liortnnes diverses, ont perdu chacune leur amy h la funeste journée d'Azincourt; Tun y est mort en brave; Tautre y a été pris; le troisième a dispara', perdu dans la presse; le quatrième a Ali lâchement. De ces quatre veuves, le poète, dans sa noble ^ingénieuse fiction, montre que le plus grand deuil est pour la dernière; — le QuadriloqueHnvecttf porte avec hii la date de 1422 ; c'est un dialogue inspiré aussi à son auteur par un juste sentiment de douleur patriotique, entre France, le Peuple, le Chevalier et le Clergé ;-^ l* Espérance, ou consolation des trois vertus, if est assavoir For, £sp^4nce, et ChaiutA; en prose et en vers. Cette pièce, qui débute ainsi:

An dliléme an de mon dolent eiU, a donné lieu aux interprétations les plus erronées. Le poète fait ici allusion à l'invasion de la Normandie par les Anglais (de 1415 à 1418), qui le réduisit, ainsi que beaucoup de ses malheureux compatriotes ( voyez les articles Basin [ Thomas J et Blondbl [Robert]), à un dolent exil. C'est donc vers 1428, à l'instant mème«où la Providence suscitait Jeanne Darc, que l'auteur de V Espérance flBdsait entendre ce noovd appel aux sentimente les plus élevés de la nation; — le Curial, composé vers 1430, n'est autre chose qu'une traduction en français , par l'auteur luimême, de la deuxième lettre latine qu'il adressait à son frère ( voy, ci-dessus ). Les vices de la cour et du temps sont bien peinte dans ce curieux tebleau; — leLay de paix, baillé à monseigneur de Bourgogne, dut précéder le traité d'alliance et de réconciliation passé en 1435, à Arras, entre Charies Vil et Philippe le Bon; — enfin la Ballade de Fougières, que les Anglais prindrent pendant les trêves, fait allusion à la surprise de cette ville, qui eut lieu en mars 1449. La plupart de ces pièces se trouvent dans le recueil de Duchesne, ou ailleurs, mais sans ordre, et quelques-unes d'entre elles, ainsi que d'autres, sont restées manuscrites. On trouvera dans le Manuel du libraire de M. Brunet, au mot Chartier, et mieux encore, dans Alain Chartier, étude bibliographique, etc., par M. Mancel, Bayeux, 1849, in-8*', p. 43, une liste à peu près complète des diverses éditions qui ont été données jusqu'à ce jour de cet écrivain célèbre. La Bibliothèque impériale de Paris pos-

. (t) Voy Qnicberati Procès, ete., t V, p. 13}.

sède à elle seule plus de quarante manuscrite des onivres d'Alain Chartier, qui ne sont pas rares non plus dans les autres dép6te littéraires. Les meilleurs de ces manuscrite sont , pour les oeuvres latines, ceux qui portent, à la Bibliothèque impériale, les n'*' 5961 et 8767; pour les œuvres françaises : 6796, 7215? 7274, 2, 2.

( Voy. P. Paris, les Manusarits français, ete., tome I, p. 232, et t. VU, p. 251. )

Alain Chartier était né à Bayeur., et, selon la croyance locale (1), dans une maison, qui subsiste encore, à l'angle des raes Saint-André et du Goulet. On ignore Tannée précise de sa naissance ; mais elle peut être placée à coup sûr de 1380 à 1390 environ. Alain vint faire ses études à Tuniversite de Paris. Surpris , au moment où il les avait terminées, par les désastres de sa province natale, il s'attacha de bonne heure à la fortune de Charles, dauphin, qui (ut depuis Charles VII. Vers 1420, il fut retenu par ce prince en qualité de clerc, notaire 'et secrétaire des finances. A ce titre on le voit figurer pour des sommes assez fortes, et comme ayant bouche en cour, dans un .document authentique (2) qui s*étend de 1421 à 1423. n parait que Chartier avait déjà rempli, sous te règne précédent, des missions importantes. Si l'on en croit un autre document, que nous citerons bientôt, il obtint aussi, selon l'usage, et cumulativement avec les faveurs royales, des bénéfices et dignités ecclésiastiques, tels qu'une prébende et l'un des arcliidiaconats à Notre-Dame de Paris. Indépendamment de ses harangues et autres compositions en langue savante, Alain s'éteit livré avec succès, dès sa jeunesse, à divers essais litteraires. Les circonstances vinrent donner à ces œuvres, d'abord légères, un champ de plus en plus vaste et une vériteble importance historique. Moins énergique que Robert Blondd, mais ayant sur lui l'avantege de parier à ses contemporains Fidiome national, il fit entendre au prince dont il éteit le familier, à la cour et aux esprite cultivés de son temps, dont il fut Tidole littéraire, un langage constamment digne du vrai po^; il contribua ainsi pour une part à la régénération morale et politique de sa patrie. On peut suivre dans ses chante comme les échos, ou plutôt, la propliétie poétique des grands faite de ce rè^c. Ses derniers vers stigmatisent l'hnprudente agression des Anglais , et leur annonce une expiation imminente. En effet, les Anglais furent chassés en 1450 de la Normandie, et peu de temps après de la France entière. Les écrite du poète se taisent sur ce triomphe, qui couronna TiBuvre de l'indépendance nationale et qui rendit ses foyers à sa propre famille. Nous voyons dans celte droonstance une des meilleures considérations qui nous portent à regarder comme autlienlique une épitephe latine, découverte au dix-huitième

(I) Mancel. p. 14.

(S) Comptei de la chambré aux deniêrt dm davphin s ArcUv. de femp., reg. n« so., foL 19, t«.

GHARTIER

tiède en l'éi^se de Saioi-Antoine d'Avignon , et dtée par l'abbé Expilly, dans son Dictionnain géo^fraphàque. Cette épitapbe, dont le style a sans doute été rajeuni par rapport à Tépoque où moanit l'homme dont elle célèbre la mémoire, est le seul document qui nous instruise de la daite de sa mort et de quelques particularités de sa Tîe. La voici traduite en français : « Gi-gft Alain Cbartier, illustre par ses vertus, sa sdenoe et son âoqnence, né à Bayeux, en Normandie; archidiacre de Paris, conseiller du roi, son ambassadeur près l'empereur et pluslenn antres rois ; qui composa du style le plus élé- 0uit divers ouvrages, et s'endormit enfin dans le Seigneor en cette ville d'Avignon, l'an de l'IncamatioD 1440 (1). » Vallbt de Virivillb.

GeolcC, MNiofMffW frtmçoàiê^ t. IX, p., IS7-i77. — De la Eoc, Marén ttjùngleyrs, U Ul, p. 9Vl - Coap«, Soirée» HUérmHw, t. XV, p. 168-180 - G. Mancel, Jlain Ok^rtier, étmé» MèKo^rapMfiM «t liUéraUf, 18M, la-f. — Vlotel-Udoe, miMothèqm poétiqiu, 1, 67.

1BR (Jean), frère polné du précér, natif de Bayeux , mort vers 1461. A entra probablement jeune à l'abbaye rayafe de SainM)enis, près de Paris, et devint diantre de ce monastère. L'abbaye de Saint- Denis conservait dans son trésor le corps des cfaroniqiies de la monarchie, qui foisait foi en matière d'histoire. Depuis Suger, un religieux du eonrenl avait toujours été, de règne en règne, chargé de continuer ces annales. Jean Chartier remplit cette fonction officielle pour la période de Charles YII. Dans un compte déjà cité (voy. ct-dessos, col. 18, note), Jean Chartier figure à côté de son frère comme l'un des commensaux et fiunlUars du dauphin, atladiés à sa personne, an mois d'octobre 1422 (2). Or, comme la chronique de cet écrivain embrasse le règne entier, il y a lieu de croire que c'est en qualité de chroniqueur que Jean Chartier fut dès lors compris dans la dépense de la maison royale.

La chronique de Jean Chartier est son principal titre au souvenir de la; postérité; luimême s'est peint au vif dans Peiercice de ses fonctions, en nous racontant à propos du siège dUarfleur, en décembre 1449, les quelques détails qu'on va lire : « Ce siège fut ainsi conduit par les seigneurs que dit est. Ce que je, frère Jehan Chartier, chantre de Saint-Denis en France , et chroniqueur de France, certifie avoh* veu, et y avoir esté présent, endurant de grandes froidures et souffrant beaucoup de vexations, combien que j'estois sallarié et défrayé pour les despens, tant de moy, que de mes chevaux, par l'ordonnance et volonté du roy comme de tout temps estoit et est encore accoustumée {3}. » Il ne Cuit dttnander à l'auteur de cette chronique ni élévation de pensée, ni indépendance de sentiment, ni originalité de style, ni talent

(1) ^00. le Dtetion/utire géoçropkique d'EiptUy, aa aot Atyosos.

iD Archives de femplre, regUtre so. fol. u.

iD DaM Oodcfiroy, BÊCueU de Charte» ni, p. 19(W

te

littéraire remarquable» ni môme une complète exactitude. Quant à la lOterté ou à la pénétration de son jugement, Jean Chartier nous a laissé dans la page qui suit celle que nous venons de citer un passage tout à Dût caractéristique. C'est lorsque le bon religieux, ayant à s'expliquer sur la liaison de la belle Agnès avee le roi, déclare qu'après avoir examiné par serment divers chevaliers, écuyers, physiciens, ou médecms , chirurgiens et autres, U a trouvé « ... que... oncques ne la virent toucher par le roy au-dessous du menton (i) ». Mais cette naïveté même fait le principal mtérêt de son témoignage ; car on y trouve plus ou moins habilement reproduits, sous une forme en quelque sorte officielle, non-seulement les faits choisis par le roi pour être confiés à l'histoire, mais le sens ou le jour sous lequel Q entendait qu'ils fhssent appréciés. Louis XI avait des raisons pour entretenir à son service un autre chroniqueur que cehii de son père. Aussi, dès l'avènement de ce prince au trône en 1401 , Jean Chartier fut-il remplacé dans les fonctions qu^il avait jusque là remplies.

n est probable qu'il survécut peu de temps à cette disgrâce, et l'on ne trouve plus à partir de cette époque aucune trace de son existence.

L'ouvre de Chartier a été fondue dans la collection des textes connus sous le nom de Grandet chroniques de Saint-Denis. Il existe à la Bibliothèque impériale de Paris plusieurs manuscrits de l'ouvrage spécial de Jean Chartier ; le meilleur et le plus beau porte le n<* 8350. Godefroy a publié ce livre dans son Recueil de Charles Vif, mais, selon son habitude , avec peu de respect pour tout ce qui constitue la forme propre de l'original. L'abbé de Goasco, Dissertations historiques, etc., Toomay, 1751, in-12, tome I, page 173 , attribue également à Jean Chartier une histoire manuscrite des différends entre les rois de France et d'Angleterre.

Denya Godefroy, HUtoire de Charles r/l par Jean CbarUer. etc.; Paris, 1661. In-folio. - M»», de la BièlMh, tmp, 8SI0 . 8198, 9676, Colb., «, a ; Harlay. 9 ; N. D. 187 ; Salnt-Germaln, 1589 et IMO.

CHARTIER (GtiiUaume), évêque de Paris, frère puiné du précédent, né à Bayeux, vers 1400, mort dans sa ville épiscopale» le 1'" mai 1472. Guillaume, comme son frère Alain, et probablement sur la recommandation de ce dernier, fut élève de l'université de Paris : Charles VII y pourvut à l'aide de ses libéralités, témoin ces vers de Bfartial d'Auvergne :

Le fe« bon roy, esmea de bonne eole, Teaoit des cterei et bourders ik l'escbote, Et fut Jadis son cscbuller premier Le bon évesque de Paris Charretier.

Après aroir acquis le grade de licencié en droit civil et canon , il tenta de s'ouvrir avec le crédit du poète une carrière dans les fonctions publiques. En 1432 il fut appelé par Charles YII à professer la jurisprudence canonique à l'uni-

(1) Dana Godefroy, Rtemil de Ouarlm ^, ^ iM.

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