ABDALLAH
à consulter sur l'accomplissement de ce vœu fatal une femme du Hedjaz à laquelle ses comiaissances surnaturelles avaient valu le noua d'El-Kahineh, ou la devineresse. Cette femme s'informa d'abord de la loi pratiquée chez les habitants de la Mecque pour le rachat dfl sang. On lui apprit que le prix du sang était de dix chameaux. Alors elle donna l'ordre de placer dix chameaux d'un côté, de l'autre le jeune Abdallah; de tirer au sort et d'ajouter dix chameaux de plus , autant de fois que le sort se montrerait contraire au fils d'Abdelmottalib. Ce fut à la dixième fois seulement que la chance lui devint favorable; en sorte qu'Abdelmottalib dut immoler cent chameaux à la place de son fils , et que ce nombre devint depuis lors, chez les Koréïschites , le prix ou l'expiation du sang. Comme Abdallah sortait du temple, une femme qui se trouvait sur son passage, remarquant sur sa figure un éclat particulier, s'approcha, et lui dit à l'oreille : « Je suis prête à te donner autant de chameaux qu'on vient d'en sacrifier pour toi, si tu veux ra'accorder un tête-à-tête. » Cette femme avait pour frère un certain docteur auquel elle avait entendu dire qu'un prophète devait bientôt naître parmi les Arabes. L'éclat exti'aordinaire dont brillait le visage d'Abdallah lui avait fait supposer qu'il pouvait être destiné à devenir le père de ce messie, et telle était la cause de la proposition si vive qu'elle lui avait faite : mais Abdallah avait d'autres engagements. Il épousa dès le soir même Amina, fille de Wahb, chef de la tribu des Benou-Zahra ; et le lendemain la même femme lui montrant un air de réserve tout différent de l'empressement de la veille, Abdallah lui demanda si elle n'était plus dans les mêmes dispositions à son égard : « Non, lui ditelle ; car la lumière qui brillait en toi s'est étemte. » En effet, Mahomet venait d'être conçu.
Quelques mois plus tard, et à la suite de cette expédition des Abyssins contre la Mecque appelée la guerre de l'Éléphant , Abdallah fut chargé par son père d'aller à Médine, qui portait alors le nom d'Yathreb, pour y acheter une provision de dattes. Il mourut dans cette ville à l'^e de vingtcinq ans, et y fut enterré chez les Benou-Adi, ses oncles maternels. Noël des Vergers.
El-Makin, Hist. Saracen., dans Erpenius, p. 62. — Aboultéda, Annal. Mosl.,l. — M. Noël des Vergers, Histoire de l'Arabie ( dans l'Univers; Firmin Didot, 1846). M. Caussin de l'erceval, Essai sur l'histoire des Arabes.
AiîDALLAH-BEis-zOBAÏR, souverain delà Mecque , né à Médine dans la première année de l'hégire, mort à la Mecque en l'an de J.-C. 692. L'un des personnages les plus éminents des premiers temps de l'islamisme fut sanscontredit Abdallah, fils de Zobaïr, compagnon de Mahomet , et d'Asma , fille d'Aboubekr. Né quelques mois après la fuite des Mohadjériens à Médine, il fut accueilli par tous les disciples du nouveau législateur avec une joie extrême; car sa naissance démentait le bruit qu'on avait fait courir que les sectateurs de l'Islam devaient mourir sans pos- '
térité. Élevé près du prophète par Aïescha , sa tante , qui le regardait comme un fils , il accompagna son père dès les premières expéditions des Arabes contre les Grecs , prit part à la conquête de l'Egypte, à celle de l'Afrique, et y acquit une belle réputation militaire. Toutefois cène fut qu'à l'avènement d'Ali au khalifat que commença le rôle politique d'Abdallah-ben-Zobaïr, qui, par attachement pour sa tante Aïescha, devint l'un des ennemis les plus acharnés du khalife. Dangereusement blessé dans la célèbre bataille connue chez les Arabes sous le nom de combat du Chameau , Abdallah dut se soumettre : mais son ambition n'était pas éteinte ; et quand Ali succomba sous le poignard d'un fanatique , la haine d'Abdallah changeant d'objet se porta tout entière sur l'heureux compétiteur d'Ah, Moawiah, chef de la dynastie des Omeyyades. Ce prince , universellement reconnu pour maître de l'empire musulman , ne craignait pas personnellement les efforts d'Abdallah ; il prévoyait, toutefois, que le projet qu'n avait formé de transmettre le khalifat à ses fils aurait pour antagoniste redoutable le fils de Zobaïr : aussi chercha-t-il à le gagner à sa cause en lui offrant pour gendre son fds aîné lézid , auquel il destinait la couronne. Abdallah , prévenu de ce dessein , se hâta de marier sa fille à un de ses parents , pauvre et sans influence : de telle sorte que Moawiah , voyant tout espoir d'accommodement perdu, donnait à son fils, sur son lit de mort, le conseil de se méfier, pardessus tous les autres compétiteurs , d'Abdallahben-Zobaïr, qui, brave jusqu'à la témérité et rusé jusqu'à la perfidie , disait-il , deviendrait le plus dangereux ennemi de la maison d'Omeyyah. Sa prédiction ne tarda pas à se réahser.
Abdallah , qui redoutait l'influence des Alides , auxquels il reconnaissait sans doute, au fond de sa conscience, des droits supérieurs aux siens , commença par les engager à combattre en leur propre nom les prétentions d'Iézid ; puis, quand il eut appris la mort de Hoçaïn et l'anéantissement de son parti à la journée de Kerbela , il annonça hautement , à la Mecque, ses prétentions à être reconnu comme seul khalife ou successeur du prophète. Instruit de ce fait par le gouverneur de la ville, lézid espéra qu'un simple appel de sa part suffirait pour ramener le rebelle. Il envoya vers lui dix habitants de la Syrie chargés de le conduire à la cour de Damas. Mais arrivés à la Mecque, les députés trouvèrent toute la ville déclarée en faveur du nouveau khalife, et n'obtinrent la permission de retourner à Damas qu'après un mois de prison. Irrité au plus haut point , lézid eut recours aux armes , et deux mille hommes envoyés contre le Hedjaz furent complètement défaits. Dès que ce premier succès fut connu à Médine, alors gouvernée par Merwan, parent d'Iézid, tous les partisans de la maison d'Omeyyah furent chassés de la ville à la suite d'un mouvement populaire, et bientôt le khalife apprit à Damas que les deux cités saintes obéissaient au fils de Zobaïr. L'obs^