ABDALLAH
tacle le plus grand pour parvenir à réprimer la révolte était peut-être de pouvoir déterminer les Arabes à marcher en ennemis contre les saints lieux. En effet, le premier général auquel lézid s'adressa refusa d'obéir. Un second accepta : c'était Moslem, surnommé 3Iousri/ ou le Prodigue, par allusion au sang qu'il avait fait verser. Il s'empara de Médine ; mais, comme si la Providence eût voulu venger la profanation de la ville sainte, le vainqueur mourut de maladie sur la route de Médine à la Mecque. Cependant son successeur vint mettre le siège devant les murs de la Mecque , et déjà la ville se trouvait réduite à la dernière extrémité ; déjà la Caaba avait été brûlée par les torches lancées sur ce saint temple, lorsqu'on apprit qu'Iézid à peine âgé de trente-trois afls venait de mourir, nouvelle qui déterminala retraite des assiégeants, effrayés de leur propre audace. La mort d'Iézid ouvrit aux prétentions d'Abdallah une ère nouvelle. H prit plus hautement encore le titre de khalife, et tous les hommes influents qui se trouvaient à la Mecque vinrent lui prêter serment de fidélité , le saluant du titre de commandeur des croyants. Bientôt Médine suivit une seconde fois l'exemple de la Mecque. Merwan-ben-Hakim, qui la gouvernait au nom des khalifes de Damas , fut obligé de s'enfuir en Syrie avec son fils Abdel- Mélik et tous les hommes qui, de loin ou de près, tenaient aux Omeyyades. Les Arabes du désert, ceux de llrak , du Yémen , l'Egypte , une partie de la Syrie , se tournèrent du côté du nouveau khalife, et la dynastie d'Omeyyah, qui n'avait encore donné que deux souverains à l'Arabie, fut alors sur le point de périr.
A lézid avait succédé son fils Moawiah : jeune, timide , sans ambition personnelle, il s'effraya des efforts à faire pour conserver la couronne , et abdiqua en faveur de son parent Merwan , le même qui venait d'être obligé d'abandonner Médine aux partisans d'Abdallah. La guerre se ralluma donc, et il est probable qu'elle n'eût pas duré longtemps, si Abdallah , marchant en personne conti'e la Syrie , fût venu ranimer par sa présence ses nombreux partisans ; mais cet honuûe,dont la brillante valeur s'était déployée sur tant de champs de bataille , les abandonnait maintenant, et semblait n'avoir eu pour but que de régner sur les villes saintes. Maître de la Mecque et de Médine, il ne les quitta plus, et ne sut pas comprendre que si l'empire tout entier ne lui appartenait pas, on saurait plus tard lui en arracher jusqu'à la dernière province. Dès qu'il s'était vu possesseur paisible de la Mecque, il avait voulu réédifier le temple de la Caaba, presque entièrement détruit pendant le dernier siège. La première proposition qu'il en fit aux Mecquois fut fort mal accueillie : il fallait raser ce qui restait de murailles ébranlées par l'incendie, et l'idée de porter sur ces murs sacrés une main sacrilège effrayait les plus hardis. Telle était en effet la terreur superstitieuse éveillée par ceprojet,qu'Abdallahayantannoncéqu'il assumait
sur lui toute la responsabilité et porterait lé premier coup, tous les habitants sortirent de la ville, et allèrent attendre dans une vallée voisine la catastrophe qui devait punir l'audacieux. Rassurés enfin par l'absence de tout prodige , ils vinrent aider leur souverain, et reconstruisirent l'édifice avec un luxe et une magnificence jusqu'alors inconnus. La reconstruction du temple de la Caaba par Abdallah, événement célèbre dans les annales de l'Arabie , fut achevée dans la soixante-sixième année de l'hégire (685 de J.-C. ) ; et, cette même année, mourut le khalife de Syrie, Merwan-ben- Hakim , laissant l'empire à son fils Abd-el-Mélik. Trois rivaux se partageaient alors le vaste territoire islamique. Abd-el-Mélik régnait sur la Syrie, l'Egypte et l'Afrique; Abdallah, sur l'Arabie. Quant à l'Irak, sur lequel il avait d'abord exercé sa puissance, un chef nommé Mokhtar venait de le soulever au nom des Alides. Cet homme habile et énergique résista à toutes les forces d'Abd-el- Mélik , mais il ne put résister à Abdallah , et la ville de Coufah fut prise par Mosab-ben-Zobaïr, son frère , qui devint gouverneur de l'Irak , une seconde fois soumis. Abd-el-Mélik n'apprit pas sans une vive inquiétude que son redoutable antagoniste avait réussi là où il avait échoué luimême : pressé tout à la fois par le désir qu'il avait de rétabhr à son profit l'unité de l'empire, et par les solUcitations des habitants de Coufah et de Bassorah qui se plaignaient des exactions de Mosab , il rassembla une armée aussi nombreuse que purent la lui fournir l'Egypte et la Syrie; puis, profitant des intelligences qu'il avait chez l'ennemi, il reconquit l'Irak en quelques semaines, et résolut ensuite d'aller attaquer Abdallah au centre de sa puissance.
En effet, la possession de la Mecque était pour le fils de Zobaïr, aux yeux des musulmans , un titre dont son rival comprenait toute la valeur. Si ses sujets allaient, à l'époque du pèlerinage, accomplir autour de la Caaba les rites sacrés, ils y entendaient les imprécations prononcées du haut de la chaire par Abdallah, contre celui qu'il appelait l'usurpateur de la Syrie ; et ces protestations solennelles, partant de cette tribune d'où Mahomet avait enseigné son peuple , ébranlaient les plus dévoués partisans d'Abd-el-Mélik. Aussi ce prince avait-il tenté d'élever autel contre autel, en faisant bâtir à Jérusalem une mosquée , vers laquelle il dirigeait les Syriens lorsque venait le temps du pèlerinage; mais il n'en sentait pas moins combien la possession des villes saintes était nécessaire à sa puissance. Ce fut Hadjadj-ben-Ioucef qui prit le commandement de l'armée d'invasion. Ses progrès furent rapides : Médine , Taïef se rendirent sans résistance. Bientôt Abdallah se trouva renfermé dans la Mecque avec deux mille hommes de garnison. Malgré ce petit nombre de défenseurs, la ville résista plusieurs mois ; déjà elle était en partie détruite par les décharges continuelles dos machines de guerre, les provisions étaient épui-
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sées , la famine faisait chaque jour des victimes , et Abdallah, alors âgé de soixante-douze ans, résistait encore. Il semblait avoir retrouvé, à cette heure suprême , toute l'énergie de la jeimesse. Retiré dans la Caaba lorsque tout le reste de la ville était pris, il fut enfin renversé par une tuile qui lui fracassa le crâne, et eut la tête coupée par un Arabe de la tribu de Morad. On était alors au quatorzième jour du mois de djoumada I", de l'an de l'hégire 73 (692 de J.-C). A la nouvelle de la mort d'Abdallah , toute l'armée syrienne s'écria : Allah Âkbar, Dieu est grand. Abdallahben-Omar, alors vieux et aveugle, entendant tout ce bruit, en' demanda la cause; on la lui apprit : <( Hélas! dit-il, comment se fait-il que ce même peuple, qui a accueilli par de longs cris de joie la naissance d'Abdallah-ben-Zobaïr, célèbre par les mêmes cris de joie son martyre ? »
Noël des Vergers.
Mémoire de' M. Etienne Quatremère sur Abdallah-ben- 7obaïr, dans lo Journal Asiatique, nouvelle série, tomes IX cl X. — Matin, Hist. Saracen. — Aboulféda , Annal. JIIosl., I. — M. Noël des Vergers, l'Arabie (dans la Collection de TUnivers; Firmin Didot, Paris, 184C).
*ABDArLAH-EBN-BALKiN, quatrième et dernier souverain de Grenade, succéda, en 1073, à Badis , son gi-and-père, et mourut dans la captivité à Aghmat, en Afrique. Il cultiva les lettres, écrivit des commentaires sur le Koran , et orna Grenade de plusieurs beaux édifices, dont on voit encore aujourd'hui des débris. Ses États tombèrent, en 1090, au pouvoir de l'ambitieux Youssouf-Tachefyn , roi de Maroc.
Fxiievarria, l'aséos por Granada; Grenade, 1314, t. II, p. 30. — Ebn-Khaldoun, Histoire des Berbères. — Casirij Bibliolheca arab. fiisp. escur.,U, 98.