‹ Nouvelle biographie universelle depuis les temps les plus reculés jusqu'a nos jours, avec les renseignements bibliographiques et l'indication des sources a consulter; (volume 2)Chapitre 102 sur 180 · AGNES · texte numérisé non relu

AGNES

de ses capifain rançois I^'' a voulu en consacrer lui-même le souvenir par ces vers :

Gentille Agnès, plus d'honneur tu mérite, La cause estant de France recouvrer.

Que ce que peut dedans un clnistre ouvrer Clause nonaia ou bien dévot liermlte.

Cependant le Dauphin, qui plus tard fut Louis XI, et le peuple, qui voyait le roi prodiguer à Agnès de l'argent et des terres, lui donner le comté de Penthièvre en Bretagne, deux seigneuries dans le Berri, le château de Beauté sur la Marne, et celui de Loches sur la Loire, montrèrent en toute occasion à la favorite leur haine ou leur mépris. Le Dauphin s'emporta un jour jusqu'à la frapper, et les Parisiens la sifflèrent. Quant à la reine, elle ne s'offensait pas d'une liaison que les mœurs des princes de cette époque autorisaient. Cependant, lorsqu'on 1450 Agnès Sorel, qui s'était retirée depuis quelque temps de la cour, vint, durant l'expédition contre les Anglais en Normandie, retrouver le roi dans l'abbaye de Jumiéges, le luxe qu'elle afficha, le bruit répandu qu'elle cherchait elle-même de nouvelles maîtresses pour le roi , blessèrent profondément Marie d'Anjou ; et le Dauphin , quelque relâchée que fût sa morale , adopta les ressentiments de sa mère. Le puMic, de son côté, ne croyant pas alors qu'Agnès , comme on l'a dit depuis , eût hispiré à Charles son nouvel héroïsme, montrait pour ■cette mtrigue une sévérité qui s'étend raremejoit jusqu'aux rois. On parut voir de mauvais œil surtout l'effronterie avec laquelle Agnès venait rejoindre le roi dans une abbaye , et aux yeux de toute son armée. Tout à coup la dame de Beauté, qui était grosse , tomba malade à Jumiéges d'un ■flux de ventre, et y mourut. Elle avait fait un testament par lequel elle disposait d'environ soixante mille écus de legs; et elle avait clioisi , pour ses exécuteurs testamentaires , Jacques Cœur, argentier du roi, et deux autres personnes de sa maison.

La rapidité de sa maladie , la jalousie de la reine, du Dauphin, de ses partisans, et l'animosité du peuple, firent concevoir sur cette mort des soupçons que les courtisans de Charles Vn ne tardèrent pas à exploiter. Mais auparavant Jean Chartier, que Charles avait appelé auprès de lui pour être son historiographe, eut ordre de détruire, dans son histoire, les bruits injurieux à la belle Agnès, qui circulaient à la cour. « Or j'ai trouvé , dit-il , tant par le récit de chevaliers , escuyers, conseUlers, physiciens ou médecins et chirurgiens , comme par le rapport d'autres de divers estats , et amenez par serment comme à mon office appartient, afin d'oster et lever l'abus du peuple,... que, pendant les cinq ans que ladite damoiselle a demeuré avec la roine, oncques le roy ne deslaissa de coucher avec sa femme, dont, il a eu quantité de beaulx enfants... ; que quand le roy alloit voir les dames et damoiselies, mesmemcnt en l'absence de la roine, ou qu icelle belle Agnès les venoit voir, il y avoit toujours grande

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