‹ Nouvelle biographie universelle depuis les temps les plus reculés jusqu'a nos jours, avec les renseignements bibliographiques et l'indication des sources a consulter; (volume 2)Chapitre 12 sur 180 · ABDALLAH-EBN- MOHAMMED- AI.- AZDI · texte numérisé non relu

ABDALLAH-EBN- MOHAMMED- AI.- AZDI

{Aboul-Walis) , historien arabe, né à Cordoue en 962 de J.-C, mort en 1013. Il a écrit un Dictionnaire biographique des plus célèbres théologiens maures, et une Histoire des poètes d'Andalousie, dont on trouve des fragments dans Al-Makkari , dans Ebn-Saïd et Ebn-el-Khattib.

Ebn-Khallekan, Dictionnaire biographique (en arabe). — Caslri, Bibliotli. arab. hisp. escur., t. Il, p. 142.

*AB»ALLAH-EBN-MOSLEM-EBlV-ROTEY-

BAH { Mohammed- Addlnawari), historien arabe, né à Bagdad, en 828 de J.-C, mort en 890. Parmi ses ouvrages nombreux on remarque : 1° une Histoire généalogique des Arabes, dont Eichhorn a publié des extraits dans Monumenta antiquis. hist. Arab. ; Gotha, 1775, in-8°, et dont M. Wiistenfeld vient de doimer une édition lithographiée ; Leipsig, 1850; — 2° la Source de l'Histoire (manusc. n° 7525 du Musée Britannifjue) ; — 3° les Règles du Scribe (manusc. n° 570 de la biblioth. de l'Escurial, et n° 348 de la Biblioth. nationale , Supplément des manuscrits arabes, rédigé par M. Reinaud).

Ebn-Khallekan , Dictionnaire biographique. ( La vie d'Abdallah-ebn-Hoslem a été traduite de l'arabe par Hamacker, Leyde, 1820.)

* ABDALLAu-EBN-HiD JARi, historien arabe, né à Cangera, sur les bords du Guadalaxcra, en

ABDALLATIF

lliede J.-C,morfenll95. n avait écrit une iTistoire de V Espagne, ouvrage considérable dont Al-makkari, dans son Histoire des Mahométans en Espagne, nous a conservé des fragments.

Casiri, Biblioth. arab. hisp. esc, t. II, p. 120. *ABDALLAÏÎ-EBlV-TAÏB-ABOUL-FARADJ ,

natif de l'Irak , médecin chrétien, de la secte des Nestoriens, mort vers 1043 de J.-C II a écrit des commentaires sur Aristote et sur Galien. En outre, on a de lui un grand nombre d'ouvrages, encore inédits, sur la médecine et la théologie.

Wiistenfeld, CeschicMe der Arabischen Aerzte.

ABDALLATIF {MovaJfik-Eddin-abd-el-lai^yf), philosophe et médecin arabe, naquit à Bagdad au mois de février ou mars de l'an 557 de l'hégire ( 1 162 de J.-C ), et mourut le 12 de moharrem 629 de l'hégire (Snovemb. 1231 de J.-C). n étudia les sciences dans sa ville natale , et y exerça la médecine jusqu'en 1 185 (581 de l'hégire). A cette époque il quitta Bagdad , et vint habiter successivement Mossoul, Damas et Jérusalem. Là il se lia d'amitié avec le vizir Bohadin, qui jouissait de toute la faveur du sultan Saladin. Il profita de cette liaison pour obtenir tous les moyens nécessaires pour parcourir fructueusement l'Égj'pte, contrée qu'il désirait voir depuis longtemps. Au Caire, il fit connaissance avec le célèbre Moimonide. Au retour do ce voyage , il obtint du fameux sultan Saladin la place de professeur de la grande mosquée à Damas, avec une pension considérable qui lui fut continuée après la mort de ce prince ( en 1 193 ). H se ti-ouvait de nouveau en Égj^ite pendant la peste, dont il donne la description. Il séjourna quelque temps à Alep, parcourut l'Asie Mineure, s'acquit une grande réputation comme praticien, et mourut à Bagdad, au moment où il allait entreprendre le pèlerinage de la Mecque. — Abdallatif est particulièrement connu comme auteur de deux ouvrages très -importants pour l'histoire , les antiquités et la géographie de l'Egypte. L'un de ces ouvrages, dont les biographes arabes ne nous ont consers é que le titre, est une description de l'Egypte divisée en treize livi'es ; l'autre est intitulé , dans l'original arabe. Relation abrégée de l'Egypte, et, dans un manuscrit d'Oxford ( bibliothèque Bodléienne ) , apporté de l'Orient par Pococke , et le seul que l'on connaisse en Europe : Considérations utiles et instructives, tirées des choses que l'auteur a vues et des événements dont il a été témoin en Egypte; il a été publié en arabe et en latin par M. Joseph White (Adollatiphi hisforiœ jEgypti compendium, arabice et latine, à Oxford, 1800, vol. in-4°). Ce second ouvrage d' Abdallatif n'est qu'un extrait du premier, ainsi qu'il l'assure lui-même dans une préface omise par M. White, et rétablie par M. Silvestre de Sacy à la suite de la traduction française que cet illustre savant a donnée du livre du médecin de Bagdad, sous ce titre : Relation de l'Egypte par Abdallatif, iné"

65 ABDALLATIF — ABD-

decin arabe de Bagdad, suivie de divers extraits d'écrivains orientaux, et d'un état des provinces et des villages de l'Egypte dans le quatorzième siècle, etc. ; Paris , 1810, 752 pages in-4°. Cet ouvrage se divise en deux parties : la première traite de la situation et du climat de TÉgypte, de ses plantes et des animaux, des monuments antiques, des édifices , des navires et des différentes espèces de nourriture; la seconde ti'aite du Nil et de ses paiticularités, et enfin de la peste qui affligea l'Egypte en 1200 et 1201. Le professeur Wahl en a publié mie traduction allemande (Halle, 1790 , in-8° ), bien inférieure àla traduction française , qui est surtout estimée à cause des nombreuses notes botaniques et zoologiques qui l'accompagnent. Ibn-Abou-Ossaybieh cite les titi-es de cent trente-six écrits d'Abdallatif , dont le quart concerne les sciences médicales. F. D.

Ibn-Abou-Ossaybieli, P'ied'AbdaUatif^mTahe.ti\aWa, publiée par Mousiey ; Oxford, 1808, in-4° ; Irad. en fr.nnçais par Sylvestre de Sacy. — WiistcDfeld, Histoire des médecins arabes ( en allemand ). — Schnurrer, Bibliotkeca arabica.

ABDALOSYME (1) , établi Toi de Tyr par Alexandre le Grand. Diodore le nomme Ballonyinus, Plutarque ^Zî/no??ii«, et Arrien Azelmicus. Voici comment Diodore raconte cette histoire : «■ L'ancien roi Straton perdit le trône par son amitié pour Darius. Alexandre laissa Hephœstion maître de choisir parmi ses hôtes celui qu'il voudrait pour roi de Tyr. Voulant du bien à l'hôte chez lequel il était logé, Hephaestion avait d'abord songé à le proclamer souverain de la ville. Mais celui-ci, quoiqu'un des citoyens les plus riches et les plus considérés, refusa cette offre , comme n'ayant aucune parenté avec la famille royale. Hephaestion lui demanda alors de désigner à son choix un descendant de race royale; son hôte lui répondit qu'il en existait un, homme sage et vertueux, mais extrêmement pauvre. Hephaestion lui ayant répliqué qu'il le ferait nommer roi, l'hôte se chargea de la négociation. Il se rendit donc auprès de celui qui venait d'être désigné comme roi de Tyr, et lui apporta le manteau royal. Il trouva ce pauvre homme couvert de haillons, et occupé dans unjardin à puiser de l'eau pour un faible salaire; après lui avoir appris l'événement , il le revêtit des ornements royaux , le conduisit sur la place publique, et le proclama roi des Tyriens. La multitude accueOlit ce nouveau roi avec des démonstrations de joie, et admira elle-même ce caprice de la fortune. Ballonymus resta attaché à Alexandre, et sa royauté peut servir d'exemple à ceux qui ignorent les vicissitudes du sort. »

Diodore, tom. MI, p. 227 de la traduction de Ferd. lloefcr. — Quinte-Curcc, IV; Justin, XI, 10.

ACn-AL-RAHMAN, AIÎD-EL-ItAlIMAN, OU

ARDKRAME. Voy. Abd-eu-rahman.

(0 Ce nom, d'origine phénicienne ou s(;mitiqiie , signiDe esclave de Dieu (de abad eu abd, T^îT» esclave, et lUo'im , D'n7ÏN> Dieu); il est synonyme de l'aiabc Abd-Allah.

^o^;v. niocr.. lniveus. — t. i.

ELHAKK-EBN-GHALIB

ABDAS ou AUDAS , martyr, évêque de Suse, vivait au commencement du cinquième siècle , sous le règne de Yezdedjerd I^*", de la dynastie des Sassanides. Dans son zèle pour le christia- . nisme , il brûla un temple de Feu , ce qui iri'ita beaucoup les Guèbres (adorateurs du feu). Le roi lui ordonna de rebâtir le temple ; l'évêque aima mieux souffrir le mai'tyre (vers 430 de J.-C.) qu'obéir à cet ordre. A la suite de cet événement, les chrétiens furent persécutés dans toute la Perse pendant trente ans. La fête de ce martyr se célèbre le 16 mai.

Théodoret, Hist. ecclés., V, 39. — Socrate, Hist. ecclés., VII, 8. — Nicéphore, IV, 9.

ABD-EL-AZYz, chef dcs Wahabis, fils de Mohammed-Ibn-Sehoud , mourut assassiné le 13 novembre 1803. Par son courage et sou adresse il acheva de soumettre les tribus jusqu'alors réfractaires au Wahabisme, et se vit bientôt à la tête d'une armée formidable. La puissance des nouveaux sectaires troubla une partie de l'empire ottoman. Le pacha de Bagdad reçut ordre de marcher contre Abd-el- Azyz. Celui-ci entra en négociation, et obtint une trêve. U en profita pour réunu* des troupes nombreuses , avec lesquelles il s'empara à l'improviste de la ville d'Iman-Hussaïn , qui renfemre le tombeau d'Ali ; et, peu de temps après, il se signala par la prise de la Mecque. Mais il fut poignardé, au milieu de ses triomphes, par un Persan fanatique. La puissance des Wahabis fut ensuite détruite par Méhémet-Ali, pacha d'Egypte , qui s'acquit par là des titres impérissables à la reconnaissance des vrais musulmans. Voy. Abdallah.

Corancez, Histoire des JValiabys. — Burckliardt, Materials for a History of the JFahabijs ; Lond., 1830.

ABD-EL-AZYZ , second vice-roi arabe d'Espagne, mis à mort en 717 de J.-C. Il seconda son père Mouça, lieutenant du khalife Walid I", dans la conquête de l'Espagne, et s'empara, en 7 1 3, des provinces de Jaën , de Murcie et de Grenade. H défît Théodomire, prince goth, dans les plaines de Carthagène , et prit Tarragone , ce qui acheva en partie la conquête de la Péninsule ibérique. Après le rappel de son père, Abd-el-Azyz ne voulut plus reconnaître l'autorité du khalife Soliman. Celui-ci le traita en rebelle, et le fit assassiner, au miheu de la prière, dans une mosquée. Selon d'autres , Abd-el-Azyz périt par la main de ses officiers , [tarée qu'il s'était laisse proclamer roi , en cédant à sa passion pour la reine Égilone, venve de Roderic, dernier roi des Goths en Espagne.

Al-Makliarl, Maham. Dijnasl., I, 261, etsuiv. — Casiri, Diblioth. arab. Iiisp. esc, 11,105, 234. — Cnndc, Histoire do la domination des Arabes en Espaynr. — M. Kelnaud , Invasion des Sarrasins en France , etc.

ABD-EL-AZYZ. Voy. Alchaeitius.

*ABD-EL-HAKR-EBN-GHALIB , théologien

et poète arabe, né à Calsena (province de Grenade), en 1088 de J.-C, mort à Lorca en 1 152. Ses dix volumes de commentaires sur le Koran

ABD-EL-HAKK-EBN-GHALIB — ABD-EL-ICADER

étaient très-estimés des Arabes de l'Occident; le huitième volume se conserve en manuscrit à la bibliothèque de l'Escurial, sous le n" 1275. Le vizir Ibn-Al-Khatib , qui a publié , au quatorzième siècle, un Dictionnaire biographique des musulmans célèbres, cite de lui quelques fragments de poésie.

Casirî , BibUoth. arab. hisp. esciir.

* ABD-EL-KADER ( Sidv-el-Hadji-Oulecl-Mahiàdin ), célèbre émir arabe , né aux environs de Mascara vers le commencement de 1807 , actuellement détenu au château d'Amboise (1). Jugé au point de vue historique, en dehors de tous îes préjugés de notre civilisation , c'est un des îiommes les plus extraordinaires de notre époque. Jugurtha moderne, il a, pendant quatorze ans, tenu en échec les forces d'une des plus puissantes nations de la terre. Sa biographie , c'est rhistoire même de nos succès et de nos revers sur la terre d'Afrique. Aussi mérite-t-elle ici une large place.

Lorsque le gouvernement du roi Charles X entreprit, en 1830, l'expédition d'Alger, il n'était préoccupé que de l'idée d'exercer, par une victoire éclatante', une influence morale sur l'accomplissement de ses projets politiques; il déclara au ministère anglais, dans une dépêche de M. de Polignac, que l'expédition n'avait pom' but que de détruire la piraterie , et que , ce résultat obtenu, le sort de l'Afrique serait réglé par un congi'ès européen. Un territoire de deux cent cinquante lieues de côtes entre le Maroc et Tunis, sur une largeur de soixante à quatrevingts lieues, bornée parle désert, territoire où les villes, peu nombreuses, sont peuplées en majorité de Maures et de Juifs, deux races également faibles et déchues , tandis que les plaines , les vallées et les montagnes sont partagées entre deux races énergiques , divisées en nombreuses tribus agricoles et guerrières , la race arabe , issue des conquérants du septième siècle, et la race des Kabyles, peuples opiniâtres, indomptables, descendants des Numides, qui diffèrent des Aiiibes par la physionomie et le langage, et qui combattent en général à pied , tandis que ceux-ci combattent à cheval , mais qui sont unis à eux par le lien religieux : tel était le pays , régi au moment de notre conquête par quelques milliers de Turcs , dernier reste de cette redoutable république militaire qui s'établit à Alger dans le cours du seizième siècle. La conquête de ce pays fut d'abord un fardeau embarrassant pour le nouveau gouvernement du roi Louis-Philippe. Celui-ci s'en serait -volontiers débarrassé, pour ne pas déplaire à l'Angleterre , et en face des éventualités d'une guerre européenne. Mais l'opinion publique , cette Égérie souveraine que les hommes d'État devraient toujours consulter dans

(i) Cet article a été revu et accompagné de notes par W. Boissonnet, commandant supérieur du ciiàteau d'Amboise, l'un d.s officiers qui connaissent le mieux toute rbistoiic «i'Abd-el-Kader.

les conjonctures difficiles , se prononça formellement contre tout projet d'abandon: la France, avec son admirable instinct, sentit qu'il y avait là pour elle, non-seulement ime question d'honneur, mais une mission civilisati'ice à remplir. Le gouvernement de juillet, n'osant pas abandonner l'Algérie, se décida pour l'ajournement de la question , et envoya en Afrique le maréchal Clausel , en lui recommandant « d'agir le moins possible. »

Cependant les indigènes, voyant que nous nous renfermions dans Alger, commençaient à douter que la fatalité nous eût destinés à les soumetti'e; et ce doute une fois entré dans leur esprit, ils ne tardèrent pas à se persuader que la fatalité les destinait, au contraire, à nous chasser. Des trois beys relevant d'Alger, un seul, celui d'Oran, s'offrait à nous. Les deux autres beys étaient loin de nouiiir des intentions aussi pacifiques ; Achmet-Bey se maintenait à Constantine, et défiait les chrétiens de venir l'y joindre : quant au bey de la province de Tittery, se trouvant plus rapproché d'Alger, il pensa que c'était à lui qu'il appartenait de nous porter les premiers coups : il prêcha la guerre sainte, et vint nous bloquer dans notre conquête. Il n'y avait pas moyen de se dispenser d'agir. Après avoir pourvu aux premiers besoins de l'administration , le maréchal Clausel passa, pour la première fois, le fameux col du Téniah , battit les Arabes , occupa Médéah, la capitale du beylick, et destitua le bey ; mais là se borna son entreprise, qui dépassait déjà les hmites de ses instructions. Le général Berthezène fut envoyé pour remplacer ce chef compromettant, avec l'ordre d'arranger les choses de manière à ce qu'il fût bien constaté que nous ne savions pas si nous garderions Alger, n s'en acquitta à merveille, et on lui laissa neuf mille hommes , uniquement pour empêcher les Arabes de lui couper la tête.

Le premier résultat d'une conquête ainsi entendue avait été de livrer les indigènes à la plus complète anarchie. Parmi les tribus, les unes nous priaient de vouloir bien les gouverner, les auti'es se disputaient le pouvoir à main armée, d'autres enfin cherchaient à s'organiser sous l'autorité d'un marabout vénéré , de la tribu des Hachems, nommé Sidi-el-Hadji-Mahiddin. Il leur fit entendre qu'au lieu de s'entre-égorger, elles feraient mieux de se réunir contre les chrétiens enfermés derrière les murailles d'Oran, et de profiter de la chute des Turcs pour rétablir la nation arabe dans le pouvoir qu'elle possédait avant eux. Les prédictions du vieux marabout eurent un plein succès; les tribus qui avoisinent Mascara voulaient le reconnaître pour chef suprême; il refusa cet honneur, en alléguant son grand âge : mais en refusant pour lui il offiit à sa place le troisième de ses quatre fils, et l'annonça comme réunissant seul toutes les qualités d'intelligence, d'activité, de valeur et de piété nécessaires pour assurer le succès de l'entreprise;

ABD-EL-KADER

il raconta de pins que, dans" son voyage à la Mecque, un vieux fakir avait prédit à son fils qu'il deviendrait sultan des Arabes. Ce fils , c'était Abd-el-Kader, né à la guetna de son père, à une douzaine de kilomètres à l'ouest de Mascara.

La guetna de Mahiddin est une espèce de séminaire où les marabouts réunissaient des jeunes gens pour les instruire dans les letti'es , dans la tbéologie et la jurisprudence. Abd-el- Kader devint ainsi de bonne heure tiès-versé dans la lecture du Koran; ses explications devançaient celles des plus habiles commentateurs. Il se livra aussi avec zèle à l'étude de l'éloquence et de l'histoire, et il apprit parfaitement l'histoire de sa nation. La réputation d'un thaleb (savant) distingué ne lui fit pas négliger les exercices du corps , qui font une partie essentielle de l'éducation d'un Arabe. Quoique petit de taille et médiocrement vigoureux, il se fit remarquer par son habileté à manier le cheval , le yatagan et la lance. Pour acquérir le titre de liadji (saint), il fit deux fois le pèlerinage de la Mecque en compagnie de son père , une première fois tout enfant , et plus tard , en 1828 , déjà jeune homme. Au retour, il se maria avec une femme qu'il aime tendrement , et qui lui donna deux fils. Il vécut dans l'obscurité , se distinguant par la sévérité de ses mœurs , sa piété religieuse et son zèle à observer tous les préceptes du Koran , jusqu'au moment où son vieux père le fit proclamer émir par les habitants de Mascara. H se mit alors à prêcher la guerre sainte ( rf/e^dd ) ; et tous deux, le père et le fils , ayant rassemblé dix mille cavaliers , vinrent, au mois de mai 1832, donner l'assaut à la ville d'Oran. Ils renouvelèrent leurs attaques pendant trois jours avec un grand acharnement , mais ils furent repoussés avec perte. Pour son coup d'essai comme soldat, Abd-el- Kader se montra , dit-on , fort valeureux. Les Arabes se laissaient encore, à cette époque, facilement intimider par le feu de l'artillerie ; pour leur apprendre à le mépriser, le jeune émir lança plusieurs fois son cheval contre les boulets et les obus qu'il voyait ricocher, et saluait de ses plaisanteries ceux qu'il entendait siffler à ses oreilles.

Le général Desmichels parut d'abord vouloir sortir du système d'inaction auquel avaient été condamnés ses prédécesseurs, et il se porta à la i-encontre des Arabes. Après une razzia faite chez les Gharbas, il résolut de surprendre Abdel-Kader dans son camp par une marche de nuit. Dissuadé de ce projet, il se contenta de le repousser le lendemain, et étendit le cercle de l'occupation française en mettant garnison sur deux points importants de la côte, à Arzew et à Moslaganem (3 et 29 juillet 1833). Cependant Abd-el-Kader, de son côté, cherchait à centraliser les forces des Arabes. Son pouvoir n'était encore reconnu que dans un rayon de quinze lieues autour de Mascara; il résolut de le porter

jusqu'à l'extrémité de la province, et il marcha sur Tlemsen. Cette ville était alors divisée en deux partis : les Turcs et les Coulouglis qui occupaient la citadelle, et les Hadars ou Maures, qui étaient maîtres de la ville. Abd-el-Kader commença par livi'er combat aux Maures, et n'eut pas de peine à les vaincre ; leur chef prit la fuite. Une fois vaincus, il les traita avec douceur, leur choisit un nouveau kaïd ( chef) , et leur fit reconnaître son autorité; mais il ne put obtenir le même résultat auprès des Tui'cs qui occupaient la citadelle ; ceux-ci refusèrent de le recevoir : et n'ayant pas d'artillerie pour les forcer, il reprit le chemin de Mascara, où il apprit avec une profonde affliction la mort de son vieux père.

Dès le commencement on avait cru de bonne politique de nous décharger sur les indigènes de tous les embarras de l'occupation. Ce fut conformément à cette politique fatale que le général Desmichels accorda à Aid-el-Kader un traité qui le constituait de fait souverain de la province d'Oran , avec le droit d'en monopoliser tout le commerce à la manière de Méhémet-Ali , dont l'émir avait étudié l'administration en Egypte. Aux termes de ce traité, tous les échanges devaient se faire exclusivement dans le port d 'Arzew ; il était interdit aux Arabes de traiter directement avec les Européens; ils devaient vendre à l'agent de l'émir à des prix fixés par lui-même , et ce dernier revendait à sa fantaisie aux marchands européens. Ce traité avait été divisé en deux parties, contenant : la première, les conditions des Arabes ; la seconde , les conditions des Français. Le général Desmichels ne communiqua d'abord au gouvernement que la seconde, et ce ne fut qu'à la suite des réclamations que soulevait l'exécution du traité telle que l'entendait Abd-el-Kader, que l'on connut enfin la première. Il en résulta entre le gouverneur général Yoirol et le général Desmichels une mésintelligence qu' Abd-el-Kader sut attiser avec l'habileté la plus raffinée.

Tout chef ambitieux n'a pas seulement à combattre l'ennemi en rase campagne : il lui faut encore faire face aux sourdes menées des siens, qui, jaloux de son élévation, ne cherchent qu'à le renverser, fût-il même le défenseur de la Foi. C'est ce qui arriva aussi à Abd-el-Kader. Plusieurs kaïds se déclarèrent contre lui. Mustapha-ben-Ismaël, chef des Douaires, arbora le premier l'étendard de la révolte , surprit l'émir dans la nuit du 12 avril 1834, le mit en pleine déroute, malgré sa valeureuse résistance ; et il l'eût tué ou pris, si l'un de ses compagnons fidèles ne l'eût enlevé de la mêlée et remis à cheval. A la première nouvelle de cette défaite , quelques autres chefs mécontents se levèrent contre lui ; et ce fut encore le général Desmichels qui se chargea de lui venir en aide en repoussant l'alliance du vieux Mustapha-ben- Ismaèl, qui devait être notre plus fidèle aini, ou

ABD-EL-KADER

envoyant à Abd-el-Kader des fusils et de la poudre , et en se mettant lui-même en campagne pour lui faciliter les moyens de prendre sa reyanche. Notre occupation ne comprenait encore qu'Alger, Bone, Bougie, Oran, Mostaganem , Arzew , et partout nous étions bloqués par l'ennemi, aiispar le traité Desmichelsen possession de toute la province d'Oran, AM-el-Kader conçut le projet de soumettre la province d'Alger et celle de Tittery. Il traverse le Chéliff, entre en triomphateur à Médéah , destitue et nomme les autorités, déplace des tribus soumises, et rentre dans ses limites. Le général Trézel, qui avait remplacé le général Desmicliels à Oran , marche sur l'émir (1); il le joint à la Macta et l'attaque, quoique l'armée ennemie fût six. fois plus nombreuse que la sienne. Malheureusement, la journée brillamment commencée se termina par une défaite ( 28 juin 1835) : sur^rnse dans un défilé de la Macta, la ligne des blessés et des bagages fut rompue , et ce ne fut qu'en faisant des prodiges de valeur, et après avoir laissé cinq cents têtes à l'ennemi, que le général Trézel parvint à opérer sa retraite.

La nouvelle de ce premier revers souleva en France l'opinion publique contre le système d'hésitation suivi jusqu'alors , et fit adopter au gouvernement une ligne de conduite plus ferme. Le maréchal Clausel fut envoyé pour prendre une éclatante revanche sur Abd-el-Kader. Jl marcha ( 3 décembre 1836 ) sans coup férir sur la capitale de l'émir, Mascara , qu'il trouva ruinée et abandonnée; et, après avoir achevé de détruire cette ville , il revint à Oran pour se remettre en campagne le 8 janvier 1836, en se dirigeant sur Tlemsen, qu'il occupa. Là il frappa sur ceux-là mêmes qui nous avaient appelés , sur nos amis les Coulouglis, cette fameuse contribution qui a donné lieu à tant de commentaires injurieux; et après ces deux promenades, durant lesquelles Abd-el-Kader n'avait cessé de l'accompagner de loin , sans s'engager sérieusement , le maréchal rentre à Alger, persuadé, à en juger par ses bulletins , qu'il avait exterminé Abd-el-Kader. Quelque temps après, le général d'Arlanges partit d'Oran pour conduire un convoi de ravitaillement à Tlemsen, où devaient s'exécuter des travaux de communication avec la mer. Pendant sa marche il rencontra l'émir, qui revenait de la frontière de Maroc avec des forces considérables. Le combat fut des plus vifs, et les troupes françaises furent repoussées avec perte (24 et 25 avril 1836).

(i) D'après l'opinion généralement admise, le général Tréï.el marcha contre l'émir, pour le châtier d'avoir le premier violé le traité Desmichels. Le fait est inexact. c< L'émir n'élait point sorti des limites du territoire que le traité lui assignait : il se préparait sans doute à nous combattre , no croyant pas à la durée de la paix ; mais c'est le général Tré/.el qui est allé l'attaquer sur son territoire : le nôtre demeurait pleinement respecté. Pour la question de domination sur telle ou telle catégorie de musulmans, Témir avait encore le traité pour lui, quoique là ait été la véritable cause de l'agression du général Trézel. » ( Note de M. le commandant Doissonnct. )

Cet échec , ajouté à celui de la première expédition sur Constantine, provoqua une manière d'agir un peu plus énergique. Le général Bugeaud fut chargé de mettre Abd-el-Kader dans l'inaction, soit par un traité de paix , soit par les armes , pendant que le général Damrémont dirigeait une nouvelle expédition sur Constantine , qui cette fois fut enlevée d'assaut , mais avec des pertes vivement regrettées ( Yoijez Co.irBES et Damrémont ). Repoussé dans ses ouvertures pacifiques , le général Bugeaud attaque son ennemi au passage de la Sikak ( 6 juillet 1830 ) ; il le bat à outrance. Douze à quinze cents Arabes fuirent tués ou blessés ; et," au lieu de presser les conséquences de cette victoire, il laisse l'émir reprendre haleine, se l'établir dans son autorité, et, quelques mois après , il traite avec lui sur le même pied, comme s'il avait été battu luimême. Pendant l'entrevue qui eut lieu entre Abd-el-Kader et le général Bugeaud, celui-ci montra une brusquerie ( il enleva de terre son interlocuteur) et une fierté qui contrastent singulièrement avec les clauses du traité. Ce traité de la Tafna, si vivement critiqué de part et d'autre, Uvi-ait à Abd-el-Kader presque les trois quarts de l'Algérie (les provinces d'Oran, de Tittery, et une partie de celle d'Alger ), et lui réservait la faculté d'acheter en France la poudre, le soufre et les armes dont il aurait besoin ( article 7 du traité ).

Cependant l'exécution de ce traité suscita de nombreuses difficultés. La question des limites était très-importante : Abd-el-Kader exploital'obscurité du texte pour s'étendre dans l'est, et éluda sans cesse nos propositions de règlement. Au mois de décembre 1837, il plaça son camp dans le voisinage de Hamza, où il reçut la soumission de toutes les ti'ibus de ces contrées. Les progrès d'Abd-el-Kader jetèrent l'alarme jusqu'à l'extrémité de la Mitidja; et le maréchal Valée se vit dans l'obligation , pour rassurer les esprits, d'établir un camp de deux mille cinq cents hommes sur le haut Khamis. Sur ces entrefaites nous vîmes arriver à nous les débris de la tribu des Ouled-Zeïtoun , que l'émir venait de surprendre et de massacrer, sous prétexte qu'ils avaient méconnu son autorité. En même temps il institua un kaïdpour le Sebaou, pays situé entre l'Oued-Khadara et les montagnes. Ces deux actes parurent alors une violation flagrante du traité de la Tafna (1). Ils déterminèrent de la

(i) Ces deux actes ont été souvent reprochés à Abd-el- Kadcr, comme étant une violation llagrante du traité de la Tafna. Mais ce reproche n'est pas plus fondé que celui pour lu traité Desmichels. « II est de la dernière évidence que nous n'avions aucun droit de juridiction au delà de l'Oued-Khadara : l'émir y était rhe?. lui. Le texte arabe du traité était formel à cet égard, 11 n'est pas vrai d'ailleurs que l'émir ait fait massacrer la tribu des Ouled-Zeiloun. Cette tribu, toute militaire, avait refusé l'impôt et combattu l'émir. Elle n'eut de tués que cinquante-deux hommes dans le combat; uu seul perdit la vie après la lutte. Oji ne peut appeler ce cliàliment un massacre. Voir la Gramh'. Kabylic de M. le général Daumas, p. 175. )> ( Noie de M. te commandant Boisscniiel. )

M. le commandant Doissonnet accompagne cette note île ces réûexions généreuses ; a Aujourd'hui nous devons plus que jamais être justes envers notre ennemi. Ma conviction est qiiJ

ABD-EL-KADER

part du gouverneur général des protestations si énergiques , qu'Ahd-el-Kader consentit enfin à nommer im agent pour discuter les bases de la convention interprétative de l'article deux du traité du 30 mai 1837. Mouloud-ben-Aracli , qui s'était rendu à Paris pour offrir au roi des présents envoyés par son maître, fut chargé des négociations. A son retour à Alger il signa, le 14 juillet 1838, en vertu des pouvoirs dont il était investi, une convention complémentaire et raodificative de trois articles du traité. L'émir profita de la paix pour régulariser l'administration des tribus soumises à son commmandement. Mohammed-el-Berkani fut rétabli à Médéah comme khalifa ; dans l'est, sur les pentes sud du Jur-Jura, il confia le pouvoir à Ben-Salem ; à Ben-Âllat , pour le pays de Miliana ; à Ben- Arach, dans le bas Chéliff; Mascara obéissait à son beau-frère Ben-Tarmi ; à Tlemsen , l'autorité était aux mains de Bou-Hamedi : tous ces personnages appartenaient à- de grandes familles de marabouts, et jouissaient déjà à ce titre d'une influence considérable sur les populations. Chacune de ces vastes circonscriptions de conunandement était subdivisée en arrondissements moins étendus , à la tête desquels il plaça des chefs qui exerçaient, avec le titre d'qgha, une autorité administrative et militaire. Toute l'organisation adoptée par l'émir semblait inspirée par ces deux pensées principales : 1° entretenir la ferveur religieuse dans les tribus, en la faisant servir à fortifier l'administration ; 2° donner à la population une constitution militaire vigoureuse, afin de la préparer à chasser, par un effort unanime et énergique, les chrétiens de la terre d'Afrique.

Dans la prévision de la reprise des hostilités, Abd-el-Kader s'était créé une seconde ligne de défense en an-ière des villes de l'intérieur, sur la limite du petit désert. Ainsi, au sud de Médéah il avait établi un poste , et des magasins à Boghar ; au sud de Mostaganem , il avait relevé les ruines de Tekendempt ; plus à l'ouest, Saïda correspondait à Mascara; enfm, au sud de Tlemsen il créa le poste de Sebdou. II fit servir ses établissements à augmenter ses moyens d'action sur les tribus du sud. H nomma un khalifa pour toute cette population nomade qui venait annuellement faire ses approvisionnements de grains dans le Tell. Son influence s'étendit jusque dans les oasis Sahariennes, qui relevaient auti-efois de Constantine, et où notre cheikh-elarab n'avait pu faire reconnaître son autorité. Le passage d'une armée française à travers les Portes-de-JFer causa une immense impression parmi les indigènes : cet acte hardi frappa nos ennemis de stupeur. Abd-el-Kader profita ha-

iious n'avons aucun acte de mauvaise foi à reprochera l'iniir, et que c'est à tort que nous l'accusons de la rupture de» deux traités Desmichels et Bugeaud. Ces deux traités , dans l'esprit même de ceux qui les contractèrent, n'étaient pas faits pour durer ; mais leur violation formelle vient de nos généraux, qui les trouvaient impolitiques. Vos preuves, me demandcre?,-yous ? tllcs sont dans le texte même des traités. »

bilement de cette occasion pour déclarer la guerre sur toute la ligne, et arriver à la réalisation des projets que le ti-aité de la Tafna lui avaient donné le temps et le moyen de mûrir. Il écrivit au gouverneur général la lettre dont voici la traduction : « Je vous ai déjà écrit que tous les Arabes de la régence sont d'accord, et qu'il ne leur reste d'autres paroles que la guerre sainte. J'ai employé mes efforts pour changer leur idée, mais personne n'a voulu de la durée de la paix : ils ont tous été d'accord pour faire la guerre sainte, et je ne trouve pas d'autre moyen que de les écouter, pour être fidèle à notre chère loi, qui le commande. Ainsi, je ne vous trahis pas, et vous avertis de ce qui est. Renvoyez mon Oukil d'Oran, pour qu'il rentre dans sa famille. Tenezvous prêts à ce que tous les musulmans vous fassent la guerre sainte. »

Enhardi par l'imprudente sécurité du maréchal Vallée , qui lui avait permis de tout prépa- ]-er pour une insurrection générale, Abd-el-Kader donne ( 14 décembre 1839 ) le signal d'une lutte à mort. Nos colons , surpris dans la Mitidja , sont massacrés par les Hadjoutes , nos établissements brûlés et pillés ; les coureurs de l'ennemi pénètrent jusque dans le massif d'Alger; enfin nous ne possédons plus que les territoires compris dans les enceintes fortifiées (I).

A la nouvelle de cette levée générale de boucliers , le duc d'Orléans avait demandé de venir prendi'e une part active à la guerre. H débarqua à Alger avec le duc d'Aumale le 13 avril 1840. Mais les opérations du vaste plan suivi par le général Vallée n'amenèrent aucun résultat décisif, bien que dans vingt actions de guerre meurtrières , parmi lesquelles on compte l'héroïque défense de Mazagran par une poignée de braves, l'armée fi-ançaise eût donné aux indigènes une haute idée de sa bravoure. Le général Bugeaud fut ajjpelé (décembre 1840) à remplacer le maréchal Vallée, avec la mission expresse de déti-uire la puissance d' Abd-el-Kader et de soumettre toute l'Algérie. Après quelques mois d'entrée en campagne , il avait déjà détruit Tekendempt, Boghar, Thaza, nouvelles forteresses bâties par Abd-el-Kader ; il avait pris Mascara, enlevé les troupeaux, détruit les moissons des tribus ennemies, et occasionné dans les rangs de l'émir un grand nombre de défections. Dans la campagne suivante (au commencement de 1842),

(i) « M. le maréchal Vallée ne pouvait empêcher les mouvements de rémir, qui était maître chez lui. C'est bien malgré Jui que les colons s'étaient éparpillés dans la plaine. Le maréchal avait déclaré la guerre en violant le traité, et traversant, par la force des armes, le territoire de l'émir dans son retour de Constantine. Bien plus de quinze jours avant d'attaquer nos colons dans la Mitidja, l'émir avait annoncé l'époque où il commencerait les hostilités, se conformant par là aux vieilles traditions de la chevalerie , dont j'ai moi-même vu les Arabes se souvenir plus d'une fois. Du reste , nos désastres dans la Mitidja ont été fort peu dechose. Je ne crois pasqu'on y ait alors massacré dix colons; et quant aux pertes matérielles , elles ont été presque nulles, couvertes depuis par des indemnités fort supérieures aux pertes. Nos élablissements étaient de la pins grande insignifiance , au delà même des enceintes que lu sage prévoyance de M. le maiéchal Vallée avait fait exécuter avec tant d'ardeur dans l'hiver de 1889 à 1840. u ( Noie de M. le comm andant Boissorinet, )

ABD-EL-KADER

il avait fait occuper Mascara à demeure par le général de Lamoricière, qui de là rayonnait dans toutes les directious. L'ennemi était réduit à la défensive, et la France déclarait enfin, par la bouche *8u roi , la terre d'Afrique « une terre désormais et pour toujours française. « {Discours de la couronne, 1842.)

Dès ce moment Abd-el-Kader fut traité, non plus conmie im prince souverain, mais coimne un rebelle. On ne saurait s'imaginer combien il dépensa de génie et d'activité dans cette lutte suprême. Vers le milieu de l'année 1842, Abd-el-Kader, après une vigoui-euse résistance, avait perdu les cinq sixièmes de ses États, tous ses forts ou dépôts de guerre , son armée régulière, et le prestige de sa situation antérieure. Le théâti-e de la guerre était concentré entre le Chéliff et la Mina , dans un carré d'environ vingt-cinq lieues. Cependant l'indomptable émir ne se décourageait pas : suivi de quelques milliers de chevaux , il allait de tribu en tribu , déti'uisant l'effet de chacune de nos expéditions, et rallumant sur chaque point l'incendie que nous venions d'éteindi-e. « Vous abandonnez donc, écrivait-il aux tribus incertaines, la foi de vos pères, et vous vous livrez lâchement aux chrétiens ! N'avez-vous donc pas assez de courage et assez de persévérance pour supporter encore pendant quelque temps les maux de la guerre.' Encore quelques mois de résistance, et vous lasserez les infidèles qui souillent votre sol. Mais si vous n'êtes plus de vi-ais croyants , si vous faites un honteux abandon de votre reUgion et de tous les biens que Dieu vous a promis , ne croyez pas que vous obtiendrez le repos par cette faiblesse indigne. Tant qu'il me restera un souffle de vie, je ferai la guerre aux chrétiens , et je vous suivrai comme votre ombre. Je vous reprocherai en face votre honte : pour vous punir de votre lâcheté, je troublerai votre sommeil par des coups de fiisil qui retentiront autour de vos douars devenus chrétiens. » {Moniteur Algérien du 5 juillet 1842).

L'émir se multiplait, pour ainsi dire, par la rapidité de ses mouvements , ce qui nécessitait la dispersion des troupes françaises. On le croyait dans le sud, quand on apprit tout à coup qu'il avait surpris et décimé les tribus établies dans le bas de la vallée du Chéhff. Delà, franchissant quatrevingts kilomètres en une seule marche, il tombe à l'improviste sur les Ouled-Khouïdem ; puis, par une course tout aussi rapide, il se porte chez lesldama, auxquels il enlève un butin considérable. Après avoir déposé ses prises chez les Beni- Ouragh , il s'avance jusqu'à vingt kilomètres de Blascara. L'épouvante se répand parmi toutes les tribus soumises ; elles vont supplier le général de Lamoricière de les protéger : celui-ci leur répond qu'elles ont à se défendre ellesmêmes, et que, pour le moment, il croyait plus important d'achever la dispersion des partisans d'AM-el-Kader, réunis encore dans le désert. En

effet, sans se préoccuper autrement des mouvements de l'émir, la colonne s'avance dans le sud jusqu'aux sources du Taguin, mais sans atteinch-e l'émigration , qui fuyait devant elle, A son retour, pendant que nos troupes étaient occupées à vider les silos des ennemis , sur les rives du Riou , Abd-el-Kader va piller nos alliés du voisinage; un combat très-vif s'engage à Isna; l'ennemi est dispersé, et Abd-el-Kader lui-même est sur le point d'être fait prisonnier, son cheval s'étant abattu parmi les rochers. Après cette défaite, l'émir se retira, et nos troupes rentrèrent à Mascara ( fin de novembre

1842. ) Cependant Abd-el-Kader, qui nous avait laissé ravager et soumettre tranquillement les tribus de l'Ouarsenis , reparut tout à coup au milieu du pays que nous venions de parcourir.

Il avait trouvé un nouvel élément de résistance dans le secours des Kabyles de Bougie, poussés par lui à une démonstration contre Cherchell. Cette dernière tentative fut déjouée par le général Bugeaud , qui n'hésita point à venir au cœur de l'hiver, dans les régions escarpées du Jurjura, dissoudre le rassemblement ennemi. Pendant les mois de mars et d'avril ( 1843 ) , des razzias incessantes exercées sur tout ce qui restait de tribus rebelles , et bientôt couronnées par le brillant coup de main du duc d'Aumale , enlevant au galop la zmalah d' Abd-el-Kader, précipitèrent sa ruine (16 mai 1843). Le dernier conibat livré sur l'Oued-Malah, le 11 octobre

1843, l'acheva. L'émir perdit dans cette rencontre les restes de son infanterie régulière, et son plus brave lieutenant, le borgne Sidi-Embarek. Tracpié à la fois par les troupes françaises et par les tiibus arabes, qui ne s'inclinaient que devant le courage victorieux, Abd-el-Kader se décida à se réfugier sur la frontière de l'empire du Maroc. Ses prédications soulevèrent les populations marocaines ; et bientôt, malgré les hésitations de l'empereur, il parvint à entraîner ces populations dans la querelle. La guerre de la France avec le Maroc fut l'œuvre de l'émir infatigable. On sait comment le maréchal Bugeaud a su calmer à Isly l'ardeur des Marocains, tandis que le prince de Joinville opérait dans le même but à Tanger et à Mogador.

Après la bataille d'Isly il y avait deux partis à prendre : ou profiter de la victoire en forçant immédiatement l'empereur à livrer Abdel-Kader , ou laisser ce soin aux événements , faciles à prévoir. On crut devoir adopter ce dernier parti. Pour juger sainement de l'état des choses, il faut se metti-e un moment à la place des hommes mêmes qui étaient en présence : Abd-er- Rhaman et Abd-el-Kader devaient avoir au fond du cœur, l'un pour l'autre, des sentiments de haine, de crainte ou de défiance. Sans doute la religion impose à tous les musulmans de combattre pour la loi du prophète , qui exige l'extermination, sinon la conversiondetous les chrétiens ; mais l'un et l'autre n'avaient nullement les

77 ABD-EL-KA.DER

mêmes intérêts à se constituer les champions de l'islamisme : Abd-er-Rhanian avait un empire à conserver, tandis c[u'Abd-el-Kader en avait un à conquérir. Et, supposé même que l'empereur du Maroc se fût sincèrement joint à l'émir pour combattre les infidèles, qui des deux en aurait recueilli la gloire ? En toute occasion, les troupes marocaines se seraient empressées d'accourir à la voix du chef pieux ; les montagnards berbères, dont la fidélité envers l'empereur est loin d'êti'e inébranlable, se seraient les premiers rangés sous l'étendard du nouveau chérif ; car Abd-el-Kader se dit également issu de la famille du prophète. Abd-el-Kader, depuis qu'il avait été refoulé dans le Maroc avec les débris des tribus qui avaient suivi sa fortime , était placé dans l'alternative ou de détrôner Abd-er-Rhaman, ou d'abdiquer toute action sur les affaires d'Algérie. Il tenta, d'abord par la voie des négociations , puis par la force , ime de ces révolutions si fréquentes dans les annales de l'islamisme.

Sans ressources au milieu de populations irritées, en lutte ouverte avec le chef reconnu de sa religion, errant comme un lion traqué par des chassem's, n'ayant d'autre patrie que son cheval , d'autre abri que sa tente, d'autre royaume que le désert, le grand émir inspirait encore la terreur, et obligeait ses ennemis à tenir sur pied une armée de quatrevingt mille hommes pour se garder de lui. Dans le mois de novembre 1 847 , étant campé à Zalin dans le Eif, Abd-el-Kader envoya auprès de l'empereur son khalifat Bou-Hamédi, pour faire des propositions d'accommodement. Inquiet de ne pas recevoir des nouvelles de Bou-Hamédi , et présumant qu'il allait avoir un engagement avec les Marocains, il quitta la position de Zalin , et vint camper sur la rive gauche de la Malouina, dans un endroit appelé Enerma. Appuyé d'un côté à la rivière , de l'autre aux montagnes de Kedbana , dont les habitants voulaient rester neutres , sa déira se trouvait dans une position facile à défendre avec une poignée de guerriers. Dans la journée du 9 décembre, deux cavaliers de l'empereur, accompagnés d'un serviteur de Bou-Hamédi, lui apportèrent vine lettre de Mouley-Abd-er-Rhaman, et une autre de son khalifat. L'empereur lui disait en substance ({u'il ne pouvait écouter de lui aucune proposition tant qu'il resterait dans le pays qu'il occupait ; que s'il voulait venir à Fez, il sel'ait traité aussi bien qu'il pourrait le désirer; que ses cavaliers et ses fantassins seraient admis dans les troupes marocaines ; que la population de la déira recevi-ait des terres, etc. ; que s'il refusait ces propositions, le chemin du désert était libre, et (pi'il pouvait le prendre, s'il n'acceptait aucun jde ces deux partis. Abd-el-Kader prit immédiatement sa résolution : il renvoya les cavaliers marocains sans réponse , et réunit toute la population de la déira, ainsi que ses réguliers. Il leur expose quelle était sa situation, sans rien dissimuler; leur dit qu'il était résoin à tenter la

foitune ; qu'il allait essayer de prendre un des fils de l'empereur, pour se faire rendre son khalifat; que, s'il était vainqueur, il continuerait sa marche vers l'ouest , où la déira aurait à le rejoindre ; que , s'il était vaincu , la déira serait probablement pillée , mais qu'il serait toujours temps d'aller demander un asUe aux Français.

Voici maintenant quel était son plan d'opérations : il fit partir son infanterie dans la direction du camp marocain, qui était, suivant les uns, à Aïoun-Keart , suivant d'autres , à Aïn-Tigaout. Les camps marocains, d'après les mêmes renseignements, paraissaient s'être concentrés vers l'un ou l'autre de ces deux points , sans s'êti'e complètement réunis pour n'en former qu'un seul. Abd-el-Kader rejoignit son infanterie le 10 décembre, au soir ; il avait avec lui mille à douze cents chevaux, et de huit cents à mille hommes à pied ; il avait laissé ses canons à la déira. Son intention était de surprendre les Marocains par une attaque de nuit. Pour la faciliter, il inventa le stratagème suivant : Quatre chevaux entièrement enduits de goudron furent chargés d'herbes sèches , broyées avec les mains et réduites en étoupes. Ce chargement fut aussi enduit de goudron. Quatre fantassins, qui reçurent chacun cent douras à l'avance, conduisaient ces animaux : ils devaient, en arrivant près du camp marocain, mettre le feu aux matières inflammables dont ils étaient revêtus. Grâce à ce stratagème aussi hardi qu'ingénieux, l'émir surprit, dans la nuit du 11 au 12 novembre, les camps marocains. Cette attaque soudaine causa de grandes pertes au magbzen de l'empereur; mais Abd-el- Kader avait affaire à un ennemi si nombreux, qu'il dut s'arrêter devant une masse compacte plutôt que devant une défense à peu près nulle. II rallia donc sa déira, et concentra tout son monde vers l'embouchure de la Malouina, entre la rive gauche de cette rivière et la mer. Les camps marocains continuèrent de resserrer le cercle qui enveloppait l'ennemi. Acculé aux bords de la rivière, et dans l'impossibilité de résister à la supériorité du nombre, l'émir, songeant moins à lui qu'aux siens, résolut de faire passer les bagages , les femmes et les enfants de ses compagnons d'armes dans la plaine de la Triffa, afin de les soustraire aux attaques de l'ennemi. Le commencement du passage de la rivière fut le signal du combat que les Kabyles marocains, . excités par l'appât du butin, engagèrent avec furie; mais les cavaliers de l'émir soutinrent jusqu'au bout leur vieille l'éputation et accomplirent leur mission généreuse : ils résistèrent tout le jour ; pas un mulet, pas un bagage ne fut enlevé. Après avoir ainsi fait passer sa déira sur le territoire français, pour la mettre à l'abri du pillage des Marocains, l'émir la quitta, et, suivi d'mi petit nombre des siens, se retira chez une fraction des Béni-Snassen, qui était restée fidèle à sa cause. C'est par |ii <iu'il espérait ga-

ABD-EL-KADER

gner le sud. Mais la vigilance du général de Lainoricière prévint l'exécution de ce projet.

« J'avais été prévenu, dit ce général dans son rapport , que l'émir devait avoir gagné le pays des Béni-Snassen ; mais il s'agissait d'en sortir. Or la seule fraction la mieux disposée pour lui est précisément la plus rapprochée de notre territoire. Le col qui débouche dans la plaine par le pays de ces Béni-Snassen a son issue à une-lieue et demie environ de la frontière. Je me décidai à garder ce passage ; et ce qui me détermina, c'est que le frère du kaïd d'Ouchda nous avait écrit le soir même pour nous engager à surveiller cette direction , par laquelle l'émir devait sans doute passer. Mais il fallait prendre cette mesure sans doimer l'éveil aux tribus qui sont campées sur la route.

<c Dans ce but, deux détachements de ^ingt spahis choisis, revêtus de bournous blancs, commandés, le premier par le lieutenant Bou-Krauïa, l'auti-e par le sous-heutenant Brahim, furent chargés de cette mission. Le premier se rendit au col même, et le deuxième avait une position intermédiaire entre le point et noti-e camp. La cavalerie sella ses chevaux, et le reste de la colonne se tint aussi prêt à partir au premier ordre. Enfin, pour être préparé à tout événement, après avoir calculé la marche probable de l'émir, je fis prendre les armes à deux heures du matin, pour porter ma colonne sur la frontière. J'avais à peine fait une lieue et demie, que des cavaliers renvoyés par le; heutenant Bou-Krauïa me prévinrent qu'il était en présence d'Alb-el-Kader , et qu'il était engagé. Le deuxième détachement s'était porté au secours, et je fis de même aussi vite que possible avec toute la cavalerie. H était environ trois heures du matin. Chemin faisant, je reçus les députés de la déira qui venaient se soumettre, et auxquels j'ai donné l'aman au grand trot, en les envoyant à mon camp pour y chercher des lettres.

« Enfin , quelques instants après, je rencontrai le lieutenant Bou-Krauïa lui-même qui revenait avec deux hommes des plus dévoués de l'émir, et qui étaient chargés de me dire qu'Abd-el-Kader, voyant qu'il ne pouvait déboucher dans la plaine et suivre son projet, demandait à se soumettre. Bou-Krauïa avait causé lui-même avec l'émir , qui lui avait remis une feuille de papier sur laquelle il avait apposé son cachet, et sur laquelle le vent, la pluie et la nuit l'avaient empêché de rien écrire. H me demandait une lettre d'aman pour lui et ceux qui l'accompagnaient. H m'était impossible d'écrire par la même raison qui s'était opposée à ce que l'émir pût le faire, et, de plus, je n'avais point mon cachet. Les hommes voulaient absolument quelque chose qui prouvât qu'ils m'avaient parlé. Je leur remis mon sabre et le cachet du commandant Bazaine , en leur donnant verbalement la promesse d'aman la plus solennelle. Les deux envoyés del'émirme demandèrent de les faire accompagner par Bou-Krauïa,

que je fis partir' avec quatre spahis. Tout cela se fit en marchant ; car je voulais néanmoins arriver avant le jour au point de notice frontière le plus rapproché du col de Kerbous.

« Parvenu à ce point vers cinq heures et demie, j'y restai jusqu'à onze heures et demie. Je ne recevais aucmie réponse, mais j'étais bien convaincu que la présence de la cavalerie avait fait renoncer l'émir à traverser la plaine. A ce moment, j'ai dû prendre des dispositions différentes. Nos coureurs avaient rencontré et m'avaient amené plusieurs cavaliers réguliers , qui erraient à l'aventure dans le pays, peut-êti-e dans le dessein de rejoindre Abd-el-Kader. Je sus par eux que la déira qui m'avait envoyé l'aman , mais qui ne l'avait pas encore reçu, était fort inquiète chez les Mésirdas, qui avaient commencé à la troubler par des brigandages pendant la nuit précédente, et qui se disposaient à continuer.

« J'envoyai alors le colonel Moutauban, avec cinq cents chevaux, bivouaquer près de la déira. Je fis partir le colonel Mac-Mahon pour aller camper sur les puits de Sidi-Bon-Djenan , avec les zouaves et un bataillon du neuvième de ligne ; et, après être resté encore près de deux heures en observation, j'ai regj^né mon camp avec le reste de mes troupes. La venue de tous les hommes avec lesquels j'ai causé ce soir me montrait l'abandon dans lequel était l'émir, et m'indiquait encore l'embarras très-réel dans lequel l'avaient mis nos quelques coups de fusil de cette nuit. J'étais sous cette impression lorsque me sont revenus Bou-Krauïa et les deux émissaires d'Abd-el-Kader. Il me rapportait mon sabre et le cachet du commandant Bazaine, et, en outre, une lettre de l'émir, qui est de l'écriture de Mus-

tapha-ben-Thami Bou-Krauïa et ses deux

compagnons sont repartis ce soir; les quatre spaliis étaient restés avec l'émir, qui avait été bien aise de garder ce renfort pour la sûreté de sa famille chez les Béni-Snassen. J'ai donné à Bou-Krauïa quatre autres spahis choisis, et avec ces huit hommes il sera aussi fort que toute l'escorte de celui contre lequel l'empire de Maroc se ruait avant-hier avec trente-huit mille Jiommes. » (Monifeiir du 2 janvier 1848).

Tel est le récit détaillé du général de Lamoricière, qui a pris une part si active à la reddition d'Abd-el-Kader. Dans la journée du 23 décembre, l'émir vint lui-même se confier avec sa famille à la générosité de la France. Le 24 janvier, dans l'après-midi , il fut reçu au marabout de Sidi- Brahim par le colonel de Montauban, que rejoignirent bientôt les généraux de Lamoricière et Cavaignac. Une heure après , amené à Djemma- Gazouat, il fut présenté au gouverneur général, duc d'Aumale, qui y était arrivé le matin même, et auquel il remit son cheval de soumission. Le gouverneur général ratifia la parole donnée par le général de Lamoricière, qn'Abd-el-Kader serait conduit à Alexandrie ou à Saint- Jean d'Acre, « avec le ferme espoir que le gouvernement du roi

81 ' ADB-EL-KADER

lui donnera sa sanction. « Le 25 janvier, Abd-el- Kader s'embarcpia pour Oran ; et d'Oran , l'Asmodée le conduisit à Toulon, où il arriva le 29, avec sa famille et sa suite. Après avoir passé au lazaret le temps exigé par la quarantaine, il fut transféré au fort Lamalgue. Depuis la révolution de février, l'émii- a rappelé au gouvernement françaises conditions auxquelles il s'était soumis, et demandé l'exécution de la promesse formelle que lui avaient donnée le général de Lamoricière et le duc d'Aumale. Mais tout ce que l'on a pu faire jusqu'à présent, c'a été de rendre sa captivité aussi douce que possible. De Toulon, l'émir fut d'abord transféré avec sa suite au château de Pau, puis de là (en novembre 1848) au château d'Amboise, près de Blois, où il est encore actuellement.

Abd-el-Kader estaujora-d'hui âgé de quarantequatre ans. Son visage est pâle et d'une beauté régulière , pleme de gravité et de mélancolie. Le lom- de ses paupières peint en noir donne à ses yeux une expression de fatigue et de souffrance. De petites moustaches peu fournies , et une barbe noire , ornent sa figure, qu'encadrent les plis d'un voile de soie fixé autour de sa tête par un large cordon roulé à triple tour. Tout cet ajustement est recouvert d'un Icaïk de serge brune qui laisse voir l'extrémité de ses bras nus. Son langage abonde en expressions métaphoriques : « Vous devez souffrir du froid, » lui disait le préfet, venu pour le recevoir. « Oh non ! répondit-il , la chaleur de votre amitié fait fondre pour moi la glace de l'air. » La zmala (famille et suite) de l'émir, à son arrivée en France, comptait rpiatre- vingt-seize personnes , savoir, trente-quatre hommes, trente-deux femmes et trente enfants). Elle se trouve maintenant réduite de plus d'un quart ( 1 ) .Toute la zmala est d'une grandefrugalité : aucun de ses membres n'a de fortune que quelques vêtements et des livi'es ; l'émir seul a rapporté en France quelques milliers de francs, produit de la vente de ses chevaux. C'est dans cette modique réserve qu'il puise pour satisfaire ses goûts de bienfaisance (en quittant Pau, il a fait remettre 300 fr. aux pauvres). Chaque jour, à trois heures du soir, la prière a lieu en commun ; elle est suivie de la lecture du Koran. L'émir passe le reste de son temps à lire ou en méditation. Tel est l'homme qui attend sa liberté de la générosité de la France.

annales Algériennes, par le général Pelissier. — Galerie des contemporains illustres. — Algérie, dans la Collection de l'Univers.

Ann-Er^KADiR-BEN-MOHAMMED, écrivain arabe , originaire de Médma, et natif de la ville de Djézireh sur les bords du Tigre, Hérissait vers la fin du dixième siècle de l'hégire (seizième siècle de J.-C. ). H a composé, en arabe, un traité sur le café, dont Silvestre de Sacy a pu-

(i) a Notre zm.ila n l-At rftliiite par la mort, rt par quelques évacuations sur l'Algcric, à soixante-ilix personnes, savoir, y compris l'émir, vingt-trois liommes, vingt-trois femmes et vingtquatre enfants, » {Note 'le M. le commandant Jioissonnel, )

- ABD-EL-]\IÉLEK 82

blié un extrait curieux dans sa Chresiomathie arabe, vol. I.

Condc, Histoire de la domination des Arabes en Espagne. — Casiri, Biblioth. arab. hisp. escurial-. II, lOo, 204, 323.

*ABD-EL-KAmR-GHlLAJVI, docteur musul-

■ man , natif de Ghilan en Perse , mort à Bagdad en 1165. Il composa les statuts de la secte des Sufites, sous le titre de Malfuzat i Kadiri, livre trouvé dans la bibliothèque de Tipou-Saïb.

Stewart, Descriptive catalogue of Tipu's Libranj.

* ABD-EL-MÉLEK, sultan du Maroc, mort en 1578. Il usurpa le trône au préjudice de son neveu Mouley-Mahomed , qui vint à Lisbonne implorer le secours du roi de Portugal. Il périt , ainsi que son adversaire don Sébastien, dans la fameuse bataille d'Alcassar, li^Tée le 4 août 1578. Voyez SÉBASTIEN (Don).

Cliénier, Recherches historiques sur les Maures; Taris, vol. Ut, p. 329. — Graberg de Heraso , Specchio geografico è statistico delV imperio di Maroco; Gènes, 1834^, vol. in-S», p. 263. — Mcsa, Jornada de don Sebastien em Africa. — K. Hoefer, Histoire du Maroc (dans la Collection de l'Univers).

ABD-EL-MÉLEK I", fils de Nouh, cincpiième prince de la dynastie des Samanides, monta sur le trône du Khoraçan en 343 de l'hégire (954 de J.-C), et mourut d'une chute de cheval, au bout de sept ans de règne, pendant lesquels il eut à combattre le prince bouide Rokn-Eddaulah , qu'il força enfin à la paix. Son équité , son énergie et l'art de bien gouverner l'ont distingué des autres princes de sa maison.

D'Herbelot , Bibliothèque orientale. — Aboulféda , Annal. Moslem., II.

ABD-EL-MÉLEK II, sultan du Khoraçau, fils de Nouh , neuvième et dernier prince de la dynastie des Samanides, succéda, en 389 de l'hégire ( 998 de J.-C. ), à son frère Mansour II. Élevé sur le trône par la faction de Bektouzoun et de Faïc, il n'eut que l'ombre d'un pouvoir qui était dans les mains de ces deux rebelles. C'est par leurs instances, et malgré l'opposition vive de Mahmoud legaznevite, qu'Eylek-Khan , roi du Turkestan, fut appelé sous prétexte de secourir Abd-el- Mélek , mais en réalité pour le faire prisonnier et s'emparer de Bokhara. Le jeune prince fut enfermé dans xme forteresse après un règne de huit mois dix-sept jours , et Eylek-Khan fit son entrée à Bokhara le 10 de dzoulcaadah 389 de l'hégire (24 octobre 999 de J.-C).

Aboulféda, Annal. Mosltsm., II, 603, - Wcil, Geschichle dcr Khalifen.

ABD-EL-MÉLEK BEN - RlÉROUAN , cinquième khalife omeyyade de Damas, surnommé VÉcorcheur de pierres à cause de son avarice, succéda à MérouanF"', son père, l'an C5 de l'hégire ( G85 de J.-C. ). 11 fit la guerre à Abdallahben-Zobaïr, maître de l'Arabie , qui troublait les pèlerinages de la Mecque. En 691, il défit Mossab , frère d'Abdallah , sur les bords du Tigre, et s'empara de tout l'Irac. Mais il ne fut pas aussi heureux contre l'empereur Justinien D, Celui-ci crut devoir profiter des dissensions des

Page 1