‹ Nouvelle biographie universelle depuis les temps les plus reculés jusqu'a nos jours, avec les renseignements bibliographiques et l'indication des sources a consulter; (volume 2)Chapitre 116 sur 180 · AIGUILLON · texte numérisé non relu

AIGUILLON

spontané que méritait bien l'illustre exilé de Chanteloup. Lorsque d'Aiguillon fut présenté à la cour du monarque, madam.e de Châteauroux, alors maîtresse de ce dernier, le remarqua et le prit en affection; par son entremise, il obtint de l'emploi à l'armée d'Italie. Protégé ensuite par madame Dubarry, il parcourut longtemps une alternative de faveurs, de protections et de disgrâces, jusqu'au moment où, après la chute du duc de Choiseul, il entra au ministère avec Maupeou et l'abbé Terray , dont il partagea la juste impopularité. La conduite du duc d'Aiguillon, tandis qu'il commandait en Bretagne, lui avait attiré le mépris public. On assurait qu'au moment où l'on repoussait les Anglais débarqués à Saint-Cast, il s'était réfugié dans un moulin : ce qui fit dire au conseiller la Chalotais que le commandant s'était couvert, non pas de gloire, mais de farine. De là l'acharnement de d'Aiguillon contre ce magistrat. Pendant le déplorable mhiistère du duc d'Aiguillon, la France déchut de son rang. On lui imputa aussi la révolution de Suède, arrivée en 1772; il se vantait du moins de l'avoir préparée. A l'avènement de Louis XVI au trône, il fut éloigné du ministère , remplacé par le comte de Vergennesen 1774, et relégué dans le gouvernement de Bretagne. Il mourut dans l'exil, oublié et méprisé. [ Bnc. des g. du m. ]

Mémoires du duc d'Jiguillon. — Larretelle, Hist du dix-huiticme siècle. — Condorcet, Fie de Turgot. — Mémoires sur les finances. — Politique de tous les cabinets. — Mémoires de Bertrand de Molleville.

AiGVii,i,OTS{A7-manddeVignerot-I)uplessis- Richelieu, ducu' ), fils du précédent, né vers le milieu du dix-huitième siècle, mort en 1800. Il embrassa avec chaleur la cause de la révolution, de la philosopliie, et des réformes politiques.^ Membre de l'assemblée constituante, il siégea constamment au côté gauche avec la minorité de la noblesse ; il renonça à ses titres et à ses privilèges, et parla souvent avec talent et franchise sur les plus importantes questions de finances, d'administration et de pohtique. Lié d'amitié avec le duc d'Orléans , à qui l'on attribuait les fimestes événements des 5 et 6 octobre, il fut lui-même accusé d'y avoir pris part; on prétendit même l'avoir reconnu, déguisé en femme de la halle, sur la place d'armes de Versailles et dans les cours du château ; mais rien n'a justifié cette accusation. L'exaltation de son attachement aux idées nouvelles ne l'empêcha pas de défendre avec chaleur la mémoire de son père, vivement accusé à la tiùbune par Cazalès, au sujet des événements de la Bretagne : on applaudit à la piété filiale du duc d'Aiguillon. Après l'assemblée constituante , tous les militaires qui avaient pris part à ses travaux voulurent aussi en soutenir les principes par les armes, après que la guerre eut été déclarée à l'Autriche, en prenant rang dans les armées commandées par la Fayette, Luckner et Rochambeau. La retraite de ce dernier ayant fait donner à Luckner le corn-

AIGUILLON — AILLAUD

mandement de l'armée du Nord, Custine prit celui de l'armée du Rhin, et fut remplacé par le duc d'Aiguillon dans le commandement des troupes employées dans les gorges de Porentruy. C'est là qu'il fut instruit de la révolution du 10 août. Une lettre qu'il écrivit à son malheureux collègue Barnave, alors à Grenoble, lettre qui fut interceptée, et dans laquelle il accusait l'assemblée lég slative d'usurpation, le fit décréter d'accusation par le parti triomphant : il n'eut que le temps de fuir, et de se rendra à Londres. Là il fut fort mal reçu par les anciens émigrés. En même temps il apprit la perte de sa fortune dans les colonies. Pendant tout le temps qu'il passa à l'étranger, il resta fidèle au parti constitutionnel. Le premier consul, en 1800, s'empressa de le rayer de la liste des émigrés. D'Aiguillon en reçut la nouvelle à Hambourg , et il était sur le point de s'embarquer pour revoir sa patrie, lorsque la mort le sui-prit. [Enc. des g. du m. ]

Moniteur, 17R9-90. — Toulongeon , Histoire de la révolution française. — Ttiiers, Hist. de la révolution française. — Mémoires de Bailly.

AiRiN {John), littérateur anglais, né le 15 janvier 1747, mort le 7 décembre 1822. H exerça vers 1 790 la médecine à Yarmouth, et s'y fit moins connaître par des succès dans sa profession que par ses opinions politiques , favorables au mouvement imprimé par la révolution française. La notoriété de ses opinions ayant compromis son repos, il crut devoir, en 1792, transférer sa résidence à Londres ; et comme sa pratique médicale n'y fut guère plus étendue, il eut le loisir de cultiver des parties très-variées de la littérature, faisant preuve d'un jugement sûr et d'un goût exercé. On cite parmi ses amis intimes Priestley, Roscoe, et le vertueux Howard, dont i! est devenu le biographe. J. Aikin était frère de mistriss Barbauld , et donna le jour à plusieurs enfants qui se sont aussi distingués dans les lettres, notamment à miss Lucy Aikin, à laquelle on doit des mémoires sur la vie de son père, et des mémoires sur la cour d'Elisabeth. Voici les titres de plusieurs des écrits sortis de la plume d'Aikin : Observations sur les hôpitaux, traduites en français par Verlac, 1787, in-12 ; — Mémoires biographiques sur les médecins de la Grande-Bretagne , 1780, in-8°; — \&s Soirées au logis, 1793-1795, 6 vol. ; 1827, W édition, 4 vol., trad. enfrançais sur la 12'"; — Essai sur l'application de l'histoire naturelle à la poésie, vol. in-12 ; — England delineated, 2 vol. in-8°, espèce de géographie de l'Angleterre, très-estimée ; — Poésies, in-12 ; — Lettres sur la poésie anglaise, in-12; — Vue du caractère et des services publics de J. Howard, traduit en français par Boulard , in-12 ; — Lettres d'un père à son fils, 2 vol., 1793-1799 ;— Biographie générale, 10 vol. 10-4°, de 1799 à 1815, en société avec d'autres écrivains ; — Annales du règne de George III, traduit en français par

M. Eyriès, 3 vol. in-8°. Il a dirigé le Monthlij Magazine de 1796 à 1806. [Enc. des g. du m.]

*AIKIN {C.-R. ), médecin anglais, membre du collège royal des chirurgiens de Londres, vers la fin du dix-huitième siècle. On. a de lui une Histoire abrégée de la vaccine. Cet ouvrage, traduit de l'anglais par B... des C. en 1801, et attribué à tort à John Aikin, est intitulé A concise View of ail the most important facts which hâve hitherto appeared concerning the Cow-Pox; 2« édition, London, 1801, in-12.

Catalogue inédit de la Bibliotlièquc nationale.

AIKMÂN {Guillaume), peintre écossais, né en 1682 , mort en 1731. Après avoir étudié ti'ois ans en Italie, il passa en Turquie et ensuite en Angleterre , où il ti'ouva un généreux protecteur dans le duc d'Argyll. Il excellait à peindre le portrait.

Walpole, Anecdotes of paintinrj, etc. — Tilkinglon , Dictionary ofpainters-

ASLHACi) {Jean-Gaspard) , médecin , né, à la fin du dix-septième siècle, à Lonrmian,village de Provence , mort en 1756. Il ne doit sa célébrité qu'à sa poudre purgative (poudre d'Ailhaud), dont la scammonée est la base. II fit répandre son remède par la voie des journaux, et usa de ces moyens de charlatanerie dont il semble avoir légué la recette à certains médecins de nos jours. Il publia un petit Traité de l'origine des maladies , où il essayait de prouver que toutes les affections ont la même source, et peuvent être guéries par un seul remède. Ce remède était, bien entendu , la poudre d'Ailhaud. Suivant l'usage des charlatans, il fit imprimer à la suite de son petit traité , qui décèle une ignorance profonde de la science médicale, un grand nombre de lettres vraies ou supposées de ses malades, où il se fait appeler le nouveau Salomon , sauveur des hommes , le premier des médecins, etc. Ailhaud gagna ainsi des sommes immenses , avec lesquelles il acheta des terres considérables , la baronnie de Pellet , et devint un des principaux propriétaires de la Provence. — Son fils, baron de la Pellet, continua la vente de la poudre Ailhaud et la distribution des prospectus à l'appui. Il acheta une charge de secrétaire du roi , et mourut en 1800.

Biographie médicale, l, 79, — Quérard , la France littéraire, I, 19.

AiLLAro ( Pierre-Toussaint ) , littérateut français, né à Montpellier le l*^'' novembre 1759, mort à Montauban en 1826. Il suivit la carrière ecclésiastique, et fut d'abord professeur au collège de Montauban, puis bibliothécaire de cette ville. Il a composé : 1° V Égyptiade , poëme héroïque en douze chants; Toulouse, 1802, in-S": le sujet est l'expédition française en Egypte ; — 2° Apothéose de Thérésine , poëme élégiaquc en cinq chants; Montauban, 1802 ; — 3° Cléopdtrc à Auguste ,'hév&\à(d , in-8°; Montauban, 1802. — ik" le Nouveau Lutrin, ou les Banquettes,

AILLAUD — AILLY

poëme héroï-comique eu huit chants ; ibid., 1803, in-S°; — 5° le Triomphe de la révélation, poënie en quatre chants; ibid., 1815, in-8°; — 6° les Argonautes de l'humanité, en deux chants; ibid., 1817, în-8° ; 7° Jean-Jacques Rousseau dévoilé; ibid., 1817, in-S° ; — 8° Tableau politique, moral et littéraire de la France, depuis le règne de Louis le Grand iusqu'en 1815, etc. ; Montauban et Paris , 1823, in-8°; — 9° la Nouvelle Henriade, poëme héroïque en douze chants; Montauban, 1826, in-8° de 36 pages.

Biograpltie des Contemporains, V, 7. — Quérard, la France littéraire,

AILLY {Pierre d') {Petrus de Alliaco), prélat et théologien français , né à Compiègne en 1350, mort en 1420 ou 1425, surnommé le Marteau des hérétiques, et l'Aigle des docteurs de France. Issu d'une famille obscure, il ne dut qu'à son mérite la carrière qu'il a parcourue. Au temps où il achevait ses études à Paris comme élève du collège de Navarre , les disputes entre les nominalistes et les réalistes n'avaient pas encore cessé : considérant avec raison les termes généraux et certaines idées philosopiiiques comme des abstractions auxquelles rien de réel ne répondait dans la nature, d'Ailly embrassa le parti des premiers, et, parla subtilité de son esprit, donna un grand intérêt aux discussions philosophiques dont les fameuses sentences de Pierre le Lombard tonnaient encore souvent la matière. Des thèses soutenues par lui en public , et le talent qu'il développa comme prédicateur, lui firent bientôt une brillante réputation. A l'âge de ti'ente ans il fut nommé docteur en Sorbonne , et avait déjà publié des traités de philosophie remarquables par une grande sagacité. En 1380, il devint grand maître de ce même collège de Navarre où il avait étudié , et où il était destiné à former des théologiens du premier ordre, tels que Gerson. Comme professeur en Sorbonne, d'Ailly rendit de grands services aux études , et son enseignement lui valut une grande renommée, qui, jointe au succès et au talent avec lesquels il plaida devant le pape Clément Vil la cause de l'université de Paris, qui défendait, contre Jean de Moatson, le dogme de l'immaculée conception de la Vierge , le fit nommer en 1389 chancelier de cette célèbre école, et, ([uelques années après, confesseur du roi. Charles VI l'envoya auprès de Pierre de Lune pour engager cet antipape à abdiquer la tiare qu'U disputait à Boniface IX; mais le rusé pontife sut attirer d'Ailly dans ses intérêts , et celui-ci le fit reconnaître par le conseil du roi comme pape légitime , prolongant ainsi le schisme, au grand scandale de la chrétienté.

Successivement promu aux évôchés du Puy et de Cambrai , d'Ailly n'accepta que ce dernier en 1398, et se démit en même temps des fonctions de chancelier, qui passèrent entre les mains de son disciple Gerson. Benoit XTII, pour reconnaître le

service signalé que d'Ailly lui avait rendu, et pour honorer l'immense talent de ce prélat, institua la fête de la Trinité, sur laquelle d'Ailly avait prêché devant lui avec une chaleur entraînante. Cependant le schisme continuant à affliger l'Église , d'Ailly reconnut, avec tous les hommes éclairés de son temps, qu'un concile général pouvait seul y remédier, et qu'U était urgent de profiter de cette occasion pour réformer l'Église dans son chef et dans ses membres. Il assista en 1409 au synode de Pise, en devint en quelque sorte l'âme, et fit prononcer la destitution des papes entre lesquels l'Église s'était jusqu'alors divisée. Alexandre V fut nommé à leur place, mais mourut peu de temps après. Son successeur, Jean XXm, éleva d'Ailly à la dignité de cardinal , et le nornma son légat en Allemagne. C'est en cette qualité que d'Ailly parut au concile de Constance , où la paix devait être définitivement rendue à l'Église , toujours agitée par les antipapes autant que par les hérésies. Le cardinal d'Ailly y joua un rôle éclatant , soutint avec énergie la supériorité des conciles sur le pape, et insista de nouveau sur la nécessité de réformer la discipline de l'Église. Mais en même temps il se déclara ha.tement contre les doctrines de Jean Huss , et eut une grande part à la sentence qui condamna au bûcher ce précurseur de Luther. Après la fuite de Jean XXIH et la retraite des cardinaux de son parti , de nombreuses protestations s'élevèrent contre la validité des actes du concile : d'Ailly soutint que les pouvoirs de ce concile n'étaient pas expirés, et son opinion prévalut. Malheureusement tous ses efforts n'aboutirent à rien d'important : le nouveau pape Martin V n'épargna pas les promesses ; mais, de retour à Rome, il les eut bientôt oubliées; et la France, occupée alors de guerres longues et sanglantes, se vit hors d'état d'appuyer les réclamations de son cardinal. Dès 1411, celui-ci s'était démis de son évêché ; Mart'n V le nomma son légat à Avignon, où il resta jusqu'à sa mort, arri véeen 1420, ou, suivant d'autres, en 1425. Ce fut un prélat d'une haute érudition, ei d'une éloquence remarquable ; mais il paya son tribut aux erreurs particulières à son siècle, en rapportant tout aux astres, soutenant qu'à l'aide de l'astrologie on aurait pu prédire le déluge, la naissance de J.-C, et tant d'autres événements qui ont fait époque dans l'histoire. Ses lumières en philosophie ne lui firent point illusion sur les bornes tracées à cette science. Ses ouvrages sont nombreux : quelques-uns ont été publiés séparément et à plusieurs reprises ; d'autres se trouvent réunis dans la collection des œuvi'es de Gerson, et dans Hardouin , Concil. Const. Nous en citerons les suivants : les Météores , ^Strasbourg, 1504, et Vienne, 1509; Concordantia astronoifiix ctim theologia , etc.; Vienne, 1490, et Venise, 1594; De anima, 1492; De vifa Christi , 1483; De correctione calendarii, sans date; Traités et sermons ,

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