‹ Nouvelle biographie universelle depuis les temps les plus reculés jusqu'a nos jours, avec les renseignements bibliographiques et l'indication des sources a consulter; (volume 2)Chapitre 14 sur 180 · ABD-SL-MÉLIK-BEN-OMAR · texte numérisé non relu

ABD-SL-MÉLIK-BEN-OMAR

portes de la ville ( an de l'hégire 142 ; de J.-C. 759 ). L'année suivante , Abd-el-Mélik concourut à réprimer les révoltes fomentées sur divers points par les fils de loussoufou les scheiks de lem' parti; , deux ans après , il eut également une part glorieuse à la défaite des Africains qui abordèrent en Espagne avec le dessein d'y rétablir l'autorité spirituelle du khalife d'Orient, et de détruire la puissance du sage et vaillant Ai)d-er-Rahman I^''. Lorsque après la dispersion de ces Africains leur auxiliaire , le chef des bandits d'Espagne armés pour la même cause religieuse, osa tenter un coup de main sur Séville , Abd-el-Mélik fondit sur lui , tailla en pièces sa troupe , et, l'ayant fait prisonnier, lui fit trancher la tête avec quelques autres chefs rebelles. Bientôt Abd-er-Rahman eut à combattre un nouveau rival dans Abd-el-Ghafy , gouverneur de Mequinez , qui se disait issu de Fatimé, fille du prophète. Abd-el-Mélik envoie contre lui son plus jeune fils Kliosym à la tète d'un simple détachement. Peu habitué encore aux dangers de la guerre , le jeune homme se replie sans coup férir sur la ville , où il pai'ait devant son père dans une agitation telle , que celui-ci croit y voir T;in indice de lâche épouvante. A cette vue , Abd-el-Mélik n'est plus maître de luimême : « Meurs, lâche, lui crie-t-il en le frappant au cœur avec sa lance ; tu n'es pas mon fils , tu n'es pas de la noble race de Mérouâu ! » Un poignant remords succéda bientôt à cet accès de frénésie. Abd-el-Mélik chercha plutôt à mourir qu'à vaincre pour le combat qui allait s'engager. L'action fut vive et le succès douteux ; elle recommença le lendemain, et continua avec le même acharnement, jusqu'à ce qu 'Abd-el-Mélik ayant été atteint d'une grave blessure , l'ennemi prit le dessus et enti'a vainquexu- dans la place , d'où néanmoins il fut délogé la nuit d'après. Dans les mœurs chevaleresques et barbares de cette épocpae, la conduite d'Ab-el-Méhk n'excita que de l'admiration : s'il s'y mêlait quelque commisération , le père en était seul l'objet. Le roi lui donna le gouvernement de Saragosse et de toute l'Espagne orientale (156de l'hégire; de J.-C. 772). C'est dans cette charge éminente. qu'Abdel-Mélik passa le reste de sa vie. H l'occupait encore à l'époque de l'invasion de l'Espagne par Charlemagne. [£nc. des g. du m.]

Conde, Histoire de la domination des Arabes en Espagne.— M. Reinaud, Invasion des Sarrasins en France et dans les contrées voisines, \t>\. ln-8°; Paris, 1836.

ABD-EL-MOTTALiB, grand-père et tuteur de Mahomet, né vers l'an de J.-C. 497 , mort à la Mecque vers l'an 579. Abd^lmottalib , fils de Haschem, poitait primitivement le nom d'Amer, ou, selon d'autres auteurs, de Scheyba. Son l)ère , qui s'était marié , à Yathreb , avec Salma, fille d'Amer de la tribu des Benou-Nadjar, étant mort dans un voyage qu'il fit à Ghazza, Amer resta près de sa mère à Yathreb, où ils vivaient tous deux dans un état voisin de l'indigence. Motlalii;, frère de Haschem et par conséquent

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oncle paternel d'Amer , résidait à la Mecque, Ayant appris la triste position à laquelle son neveu était réduit, il résolut de l'élever près de lui , alla le prendre à Yathreb, et le ramena en croupe sur son cheval. Comme il rentrait dans sa maison, quelques Koréïschites lui demandèrent quel était cet enfant qu'il avait avec lui. Honteux du costume misérable d'Amer, il n'osa pas répondre. C'est mon neveu ; il dit : C'est mon esclave. A dater de ce moment. Amer ne fut plus connu que sous le nom d'esclave de Mottalib (Abdelmottalib). Ainsi élevé près de son oncle, Abdelmottaliblui succéda vers l'âge de vingt-trois ans dans les charges importantes de sicdya et de rifâda, charges qui consistaient à distribuer des vivres aux pèlerins pendant l'époque du pèlerinage, et à veiller à l'administration des eaux. Dès le début de ses fonctions, il rendit un grand service aux Koréïschites en leur faisant retrouver plusieurs objets sacrés qui servaient au culte des dieux dans la Caaba , et qui avaient été enfouis par les Djorhomites à l'époque où ces Arabes avaient été dépossédés de la garde du temple par la tribu de Kozaa. Ces objets se trouvaient cachés au fond du puits de Zemzem qui avait été comblé, et dont on ne reconnaissait plus l'emplacement; en sorte que la découverte d'Abdelmottahb eut le double avantage de rendre à la Mecque des trésors qu'elle crovait perdus, et de faire jaillir de nouveau une source dont la perte était restée irréparable. Ce fut l'honneur que valut à Abdelmottalib cet heureux événement, qui lui attira la jalousie de plusieurs de ses concitoyens, et occasionna la querelle dans laquelle, à l'occasion du reproche qu'on lui adressa de n'avoir qu'un seul fils , il dévoua l'un de ses enfants à la mort, dans le cas où Dieu, le regardant favorablement, lui accorderait enfin une nombreuse progéniture ( Voy. Abdallah - BEN- Abdelmottalib ).

Nous avons dit dans quelles angoisses ce vœu fatal jeta Abdelmottalib, et comment son fils Abdallah, qui devait être le père de Mahomet, échappa au sort qui le menaçait. Vers l'époque où ces faits venaient de s'accomplir, la Mecque et son temple se virent menacés d'mie complète destruction par l'approche du roi abyssin Abraha et de son armée. Sans entrer dans les détails de cette célèbre expédition, connue chez les Arabes sous le nom de Guerre de l'Éléphant , nous dirons seulement qu'à cette époque Abdelmottalib, devenu le véritable chef de la Mecque par l'importance de ses charges , ses richesses , ses talents, son influence, se rendit auprès du monarque abyssin, qui le traita avec la plus grande considération , lui fit rendre tout ce qui lui appartenait en propre dans le butin pris par ses soldats , mais refusa de se désister de ses projets violents contre la Caaba. Lorsque le ciel , d'après les traditions arabes, eut sauvé la Caaba par un miracle, ou plutôt lorsqu'une épidémie eut anéanti l'armée abyssine, Abdelmot-

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talib, qui avait abandonné la ville à la tête de la population pour se retirer sur les montagnes voisines, songea à réparer les dégâts causés par l'ennemi, et envoya, pour chercher des provisions à Yathreb, son fds Abdallah, qui mourut dans le voyage. Peu de mois après, Arnina, femme d'Abdallah , mit au monde un fils auquel Abdelmottalib donna le nom de Mohammed ou Mahomet , en déclarant aux. principaux chefs koréïschites, rassemblés à cet effet, qu'il n'avait choisi pour son petit-fds aucun des noms usités dans la tribu , mais qu'il l'avait appelé Mohamed ou le Glorifié, afin qu'il fût glorifié par Dieu dans le ciel et par les créatures de Dieu sur la terre. A la mort d'Amina , qui laissait son fils âgé de six ans complètement orphehn, Mahomet fut recueilli par son aïeul Abdelmottalib, qui avait pour lui la plus vive affection. Ainsi, lorsque le vieillard , entouré de sa nombreuse famille , venait s'asseoir auprès de la Caaba , il laissait son petit-fils venir familièrement se mettre à côté de lui sur le tapis réservé à son seul usage ; et quand les oncles du jeune enfant , choqués de sa hardiesse , voulaient le faire retirer : « Laissez-le, leur répondait Abdelmottalib ; car il aie pressentiment de sa grandeur future. » Abdelmottalib, déjà très-âgé, fut envoyé par ses compatriotes pour féliciter Madicârib, roi duYémen, quand la puissance des Abyssins eut été renversée dans ce pays : ce fut lui qui porta la parole. Telle était la considération dont il jouissait, que le prince ayant donné à chacun des envoyés de riches présents , en décupla la valeur pour offrir à Abdelmottalib un don qui fût digne de lui. Ce fut trois ans après cette ambassade qu'Abdelmottalib mourut à la Mecque, à l'âge de plus de quatre-vingts ans. Il avait eu de son union avec Samrâ, fille de Djondab, son fils aîné Harith, qui fut longtemps son unique enfant. De Lombna , de la tribu des Kosaïtes, il eut Aboulahab; de Fatima, fille d'Amer, de la tribu de Makhzoum, il eut Aboutaleb, qui devint père d'Ali ; Zobéïr, Abdallah, père de Mahomet, et cinqfilles. Woteyla, fiUè de Djanâb, lui donna Dhiràr et Abbâs, dont les Abbassides tirèrent leur origine; de Hâla, fille d'Ohayb, il avait euMoucawwim, Djahl, Hamsa, et une fille nommée Safiya. Si l'on joint à cette postérité deux fils dont les noms sont restés incertains , on trouvera que cet homme , qui avait craint si longtemps de n'être pas représenté par uii assez grand nombre de descendants, a eu, de cinq femmes, treize fils et six filles, dont les enfants devaient jeter sur l'Orient le plus grand éclat. Noël des Vergers.

Aboulfcda, j4nnaL Moslem. — M. Noël des Vergers, Histoire de l'Arabie { dans la Collection de l'Univers). M. Caussin de Perceval , Essai sur l'histoire des Arabes, 3 vol. in-S" ; Paris, 1849.

ABD-EL-MOUMEN (Abou-Mohcimined) , né en 495 de l'hégire ( IfOl de J.-C. ) , mort le 8 djoumadj , an 558 (de J.-C. f 163), premier khalife et deuxième imam de la secte et dynastie africaine desAl-Movahédoîînonnniiaires, commu-

nément dits Almohadcs. Il avait été le disciple et le compagnon du fameux Mahdy-bcn-Toumért, auquel il succéda l'an de l'hégire 524 ( 1130 de J.-C. ) , après l'avoir aidé à fonder sa puissance. Fils d'un potier de terre , Abdelmoumen se distinguait déjà par son savoir et ses talents, lorsque , à peine âgé de dix-huit ans , il devint le confident des projets de son maître , qu'il suivit à Fez et à Maroc. Leurs audacieuses prédications les ayant fait proscrire de ces villas , les deux novateurs se réfugièrent à Tinmâl, sur les confins du Sahara : c'est là que , par la provocation d'Abdelraoumen , les adhérents de la nouvelle secte proclamèrent en qualité de viahdy ou messie, et d'imam ( grand prêtre ) , Ben-Toumcrt, qui aussitôt nomma l'adroit séide son hadib ou lieutenant. Abdelmoumen mérita par son intrépidité et par sa pradence d'enchaîner la victoire à ses drapeaux : chaque jour il obtint un nouveau triomphe contre les troupes du roi almoravide Ali-Aboul-Hacem. Cependant un seul échec que les Almohades essuyèrent devant Maroc ( 1125 de J.-C. ) mit leur parJi dans le pins grand péril ; mais, par la bravoure et l'habileté qu'il déploya pour en sauver les débris , Abdelmoumen justifia l'exclamation prophétique de son maître : «Notre empire est sauvé , puisque Abdelmoumen vit encore! «En effet, une diversion causée au profit du prince almoravide par l'expédition d'Alphonse le Batailleur sur l'Andalousie, laissa aux Almohades le temps de réparer leurs pertes. En 1130, une armée de 30,000 hommes bien exercés sortit de Tinmâl sous les ordres d'Abdelmoumen , alors imam ; et, non loin d'Aghmat, une déroute complète des Almoravides vengea la défaite des Almohades à Maroc. Ils se seraient alors emparés de cette place, si d'autres vues n'avaient pas rappelé Abdelmoumen àTinmâl. BientôtlemahdyBen-Toumert qui sentait approcher sa fin , abdiqua l'autorité suprême. Les scheiksprirentl'avisdu peuple dans une assemblée générale de ses représentants, et Abdelmoumen fut proclamé sans opposition khalife des Almohades. En moins de cinq années il avait soumis à sa loi toutes les tribus, guerrières des montagnes de Darah jusqu'à Saléh , tout le pays de Fez et celui de Teza ; à l'intérieur, des lois nouvelles avaient réglé les formes et l'action du pouvoir administratif. Mettant à profit les embarras toujours plus pressants qui entouraient le trône de Maroc, Abdelmoumen vint menacer à la fois Fez et Tlemsen. Alors s'engagea aux environs de Tlemsen une action générale qui décida du sort des Almoravides. L'imam almohade, dont les forces étaient inférieures en nombre à celles de son adversaire, l'avait emporté sur lui par l'habileté des manœuvres. A cette occasion Abdelmoumen employa des moyens de tactique dont l'application est généralement regardée comme Une découverte moderne : nous voulons parler de la disposition des troupes en carré. Le premier rang de cha-

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cuue des lignes présentait un front hérissé de lances; le second se composait d'hommes armés d'épées et de boucliers ; et derrière ce rempart virant se tenaient sur deux rangs des arbalétriers et des frondeurs ; enfin, à un signal donné, les quatre angles présentaient, à la cavalerie que renfermait cette vaste enceinte, des issues pour opérer ses charges. Ce combat fut suivi de la prise d'Oran , et bientôt après de celles de Tlemscn et de Fez : cent mille personnes périrent , dit-on , dans le massacre des habitants de cette dernière ville. La nouvelle de ces événements porta les gouverneurs des provinces musulmanes d'Espagne à embrasser les doctrines religieuses du mahdy , et à se détacher par conséquent de l'obéissance du jeune Ibrahim, nouveau roi de Maroc , dont l'empire se trouva réduit à l'enceinte de cette cité. Pendant qu'Abdelmomiien en faisait le siège, ses lieutenants préludèrent à la conquête de la Péninsule par l'occupation d'Algésiras et de Gibraltar. Proclamé roi de Maroc dès que le sort des armes l'eut rendu maître d'Ibrahim et de la ville fidèle, qui pour sa défense avait supporté les horreurs d'une famine affreuse, le farouche Almohade en acheva la dévastation : enfin ce vaste tombeau , purifié selon le rit du mahdy , fut repeuplé par des nomades appelés du désert. Ce fut par de semblables cruautés qu'il soumit, en .assez peu de temps, Saléh, Ceuta, Segilmesse, les pays de Zanhaga et de Doukela, Kaïrouan et Tunis , et enfin toute la Mauritanie jusqu'au désert de Barcah. Cependant, déjà maîtres de Séville et de Cordoue, les Almohades pressaient dans Grenade les derniers soutiens du parti Almoravide. Alarmé de leurs succès, Alphonse de Léon vint leur faire la guerre. Elle traîna en longueur, jusqu'au moment où Abdelmoumen se décida à s'embarquer lui-même pour Gibraltar. La mort d'Alphonse de Léon avait apporté de grands changements dans la politique des princes chrétiens , qui alors étaient entièrement divisés de vues et d'intérêts. Rappelé à Maroc par les soins de l'administration, Abdelmoumen ne songeait qu'au moyen d'achever par un coup de main la conquête de la péninsule hispanique ; mais au moment même où le djéhad ou pubhcation de la guerre sainte rassemblait sous ses drapeaux une armée que l'on évalue à cent mille fantassins et trois cent mille chevaux, il mourut subitement dans la soixante-troisième année de son ùge et la trente-quatrième de son règne. Ainsi qu'il l'avait ordonné, Abdelmoumen fut enseveli dans le même tombeau que le mahdy , à Tinmâl , lieu qui était pour sa secte un objet de vénération. Quoique constamment occupé des soins de la guerre, Abdelmoumen n'avait pas entièrement négligé ce qui pouvait concourir au bien-être de ses sujets. Il encouragea la publication des ouvi'ages littéraires, précédemment prohibés par les austères Almora- \ides. C'eût été à la véi'ité ne faire que peu de

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