‹ Nouvelle biographie universelle depuis les temps les plus reculés jusqu'a nos jours, avec les renseignements bibliographiques et l'indication des sources a consulter; (volume 2)Chapitre 141 sur 180 · IV. Albert de Hollande · texte numérisé non relu

IV. Albert de Hollande

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Adélaïde de Ploëlgeest, sa maîtresse, souleva la plupart des Hollandais , et surtout les Hoekins, qui la massacrèrent dans son palais le 22 septembre 1392. Albert, furieux de cet attentat, prit aussitôt les armes pom- en tirer vengeauce. Guillaume, comte d'Ostrevant, son fils, était à la fête des factieux. Il fut obligé de l'exiler après avoir été défait, et ne revint cpi'en 1394. Ce jeune prince, dans la suite, effaça la tache de sa révolte par de belles actions. En 1396, invité par Jean de Bourgogne, comte de Nevers, son beau-frère , à l'accompagner en Hongrie , où il allait faire la guerre à Bajazet, il en fait la proposition à son père. « Guillaume, lui dit Albert, puisque tu veux aller en Hongrie et Turquie contre gens qui jamais ne vous forfirent, nul titre de raison tu n'as que pour la vaine gloiie de ce monde. Laisse Jean de Bourgogne et nos cousins de France faire leur entreprise , et lais la tienne : va plutôt en Frise conquérir notre héritage. « Guillaume suivit le conseil de son père. Ayant fait alliance avec les comtes de Côrnouailles, de Namur et de Saint-Pol , il réunit une armée fornaidable, avec laquelle il battit plusieurs fois les Frisons, et les contraignit à lui rendre hommage le 14 août 1398. Mais ces peuples s'étant révoltés de nouveau , le mauvais état des finances d'Albert l'obligea de conclure, le 1^'' octobre 1401 , une trêve pour six ans. — Albert fmit ses jours à la Haye, âgé de soixantesept ans. Il mourut insolvable. Par sentence du juge, conforme aux lois du pays, sa veuve parut devant le convoi avec des habits empruntés, une paille à la main, qu'elle jeta dans le cercueil pour montrer qu'elle renonçait à la succession.

C'est sous Albert qu'on rencontre, pourla première fois, le titre de stadhouder, dexena depuis si honorable et si important. La fonction de ceux qui en étaient revêtus était de représenter le prince, suivant l'acception du nom, de sladehouder (lieutenant). Il paraît qu'Albert , prince lâche et indolent , leur laissa prendre l'autorité de premiers ministres et de maires du palais.

Jrt de vérifier les dates, t. XV.

ALBERT B)E BOLLSTADT, dit LK GRA5I>,

en latin Alberttis Teutonicus , f rater Alberttis, de Colonia, Albertus Ralisbonensis, Albertus Grotus, A Ibertus Magyius ; fameux philosophe et théologien, né en 1193 (1), mort le 14 novembre 1280. Ce maître de saint Thomas d'Aquin occupe le premier rang parmi les philosophes , les physiciens et les théologiens du moyen âge : magnus in magia naturali, major in phïlasophia, ma,ximus in theologia. Ces paroles de J.nih.àm{ Annales Eirsaug., 1. 1, 1690, p. 592) résument toute la vie d'Albert le Grand. Ce vaste génie peut , avec raison , être considéré comme l'expression la plus puissante des efforts intellectuels de son époque. Albert le Grand,

ALBERT, comte de Hollande, mort à la Haye \ , (') Selon quelques auteurs, il naquit en r2o5; mais cette

' . ' 1 ( <la'« ^s' évidemment erronée, car Albert avait plus de seize

le 13 décembre 1404. Sa passion aveugle pour [ ans quand n entra, en 1222, dans rordre Ue Saint-Dominique.

l de la famille des comtes de BoUstadt , naquit ' à Lauingen, sur le Danube (en Souabe), quel- ' ques années avant Roger Bacon. Il fit ses premières études à Padoue, où il se lia d'amitié avec Jordanus, qui le fit, en 1222, entrer dans l'ordre de Saint-Dominique (1). Dans son Commentaire sur les météores d'Aristote, il fait allusion à sou séjom- à Padoue, et, dans son traité de Natura locorum , il représente cette ville comme célèbre par les lettres , et il parle d'une excursion qu'il fit, dans sa jeunesse, à Venise. Depuis ce moment jusqu'à son arrivée à Paris , on n'a que des données incertaines sur Albert. Toute la vie de cet homme extraordinaire est entourée de merveilleux , selon la coutiune du temps. L'apparition de la sainte Yierge l'encouragea, dit-on, dans la carrière qu'il faillit abandonner, et lui annonça qu'il serait un jour mie des plus grandes lumières de l'Église. Après avoir fait ses études de théologie et de pliUosophie , il enseigna successivement dans les écoles de son ordre à Ratisbonne, à Strasbourg, à Fribourg enBrisgau, à Hildesheim, et à Cologne. Dans cette dernière Mile, il eut pour auditeurs saint Thomas de Cantiraprato (de 1232 à 1236) et saint Thomas d'Aquin (depuis 1244).

En 1245, il fut envoyé à Paris par le chapitre de son ordre , afin d'y obtenir le grade de magïster. A cet effet, le candidat devait enseigner pendant trois ans dans les écoles de ceux qui conféraient ce grade. Albert y passa le temps requis, attirant à ses leçons im grand nombre d'élèves qui le suivaient, pour la plupart, dans ses pérégrinations. Cette vie errante des maîtres et des disciples est un des principaux caractères du moyen âge, comme nous l'avons déjà dit à l'article Abajlard. L'université de Paris était alors la plus fréquentée de l'Europe. Albert y commenta la physique d'Aristote : la salle destinée aux cours ne put, dit-on , contenir la foule d'auditeurs ; de sorte qu'il fut obligé de professer en plein air, sur une place qui, de son nom, porte encore aujourd'hui celui de place Maubert, de Ma ( abréviation de magnus ou magister ) et Albert ( Aubert). Une rue voisine de cette place s'appelle maintenant rue de Maître- Albert.

Une si grande aftluence de disciples s'explique moins peut-être par le talent du professeur que \ parce que les doctrines d'Aristote venaient d'être , prohibées par une bulle papale. Chacun aime i le fruit défendu ; le mot d'Horace , Rulmus I per vetïtum nef as , est vrai en tout temps. \ Après trois ans de séjour à Paris (de 1245 ; à 1248 ), Albert retourna à Cologne, ville qu'il : avait toujours beaucoup affectionnée. Avant I son départ, il assista à une assemblée de prélats et de docteurs qui , sous la direction du cardinal-légat Otton , condamna au bûcher les

(i) Jordanus , quand il se rendit en 1286 à la terre sainte,

1 délégua, pendant son absence, à Albert les pouvoiis de gc-

! néral île l'ordre des Ooininirains, et le délègue garda ce poste

] jusqu'il IV-liclion de Hugo de Sainte-Cloire, en 1238. Mais ce

reuscigocment est fort incertain.

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écrits des rabbins thalinudistes. A son arrivée à Cologne en 1248, il fut nommé régent de l'école des dominicains. L'année suivante, il accompagna à Utrecht l'empereur Guillaume de Hollande, qui venait d'être couronné à Aix-la-Chapelle. Dans un chapitre tenu à Worms en 1254 , il fut nommé provincial de son ordre. Il administra sa provmce avec zèle, faisant ses visites à pied dans toute l'étendue de sa juridiction, comprenant l'Autriche, la Souabe, la Bavière, l'Alsace, la Saxe, le Palatinat, le Brabant, la Hollande, et les places maritimes jusqu'à Lubeck. C'est à Cologne qu'il fabriqua , dit-on , ce fameux automate androgyne , à tête d'airain et à parole humaine, qui tourmentait par son babil le Docteur angélique : saint Thomas d'Aqum le brisa à coups de bâton , dans la croyance que c'était mi agent du diable.

La réputation justement méritée d'Albert se répandit dans tous les pays. En 1255, il fut appelé à Rome par le pape Alexandre IV, pom- défendre les privilèges de l'ordre de Saint-Dominique, qui venaient d'être attaqués par Guillaume de Saint- Amour et par l'université de Paris, jaloux de l'extension de l'enseignement propagé par l'ordi-e des mendiants. Sa défense, appuyée par saint Thomas d'Aquin, obtint un plein succès. Pendant son séjour à Rome, Albert remplit l'office de lecteur du pape , et fit des leçons sur l'évangile de saint Jean et les Épitres canoniques. En 1259, il assista à un concUe général de son ordre à Valenciennes, et y résigna la dignité de provincial. L'année suivante, il fut nommé évêque de Ratisbonne ; mais ces fonctions , à la fois paisibles et guerrières, ne convenant pas à une vie studieuse, Albert les résigna au bout de trois ans , et se retira à l'école de Cologne, où il continua d'enseigner jusqu'à trois ans avant sa mort. L'archevêque de Cologne, les évêques de Strasbourg et de Bâle lui déléguèrent leurs pouvoiis dans plusieurs circonstances. Enfin, sur l'invitation d'Urbain TV, U prêcha la croisade en Allemagne et en Bohême, : t assista en 1274 , en qualité de général de l'ordre des Dominicains , et délégué de l'empereur Rodolphe I, au second concile général de Lyon ; mais ce fait , vaguement indiqué dans la Summa Theologix , est fort douteux. Albert mourut à l'âge de quatre-vingt-sept ans, et fut enterré au milieu du chœur de l'église des Dominicains, à Cologne. Sa mémoire se consei-va longtemps parmi les frères prêcheurs de Cologne. Son tombeau a passé pour opérer des guérisons miraculeuses; en 1483, il fut ouvert en présence du général des dominicains : « Il en sortit une très-agréable odeur; le corps fut trouvé la crosse en main, l'anneau de cuivre au doigt, les patins aux pieds, la mitre pontificale sur la tête : le tout dans une si parfaite intégrité, que les os étaient encore unis aux ligaments , et que la plus grande partie n'était point dénuée des chairs (1). » On distribua ces restes

(i) rie d'Albert le Grand, iG8a, in-ia.

comme des reliques : Sixte lY donna le bras droit au couvent de Bologne en Italie, et, en 1619,1e prince-évêque de Ratisbonne reçut le bras gauche. Ce n'est qu'en 1637, le 29 septembre, qu'eut lieu la béatification d'Albert , sous le pontificat d'Urbain VllI. Il n'a jamais pu obtenir les honneurs de la canonisation.

Albert le Grand est , pour le répéter, un des hommes les plus extraordinaires du moyen âge. Doué d'un savoir universel , il ne pouvait alors échapper à l'accusation de magicien. Il ne faut donc pas s'étonner si, après sa mort, il fut décrié comme ayant entretenu un commerce illicite avec le démon. On se rappelle sans doute ce conte, digne des Mille et une Nuits , d'après lequel le prétendu magicien aurait procuré à Guillaume de Hollande le plaisir de jouir, pendant un repas splendide, de tous les charmes du printemps au milieu de la saison d'hiver. (^Annales Hirsaug., t. I , p. 592 ; Historia univertatis Parisiens., t. in, p. 213). On ne se contentait pas seulement d'inventer des contes ridicules ; on allait jusqu'à supposer à Albert le Grand des écrits tels que les Secrets du Petit Albert, les Secrets du Grand Albert, De secretis mulïenim et natwse , 1655 , in-fol., que l'on croit de Henri de Saxe, un de ses disciples. Ces écrits , tant par la forme que par le fond, répugnent totalement à l'esprit des œuvres authentiques d'Albert le Grand.

Il n'y a peut-êti'e pas d'homme qui ait plus écrit qu'Albert le Grand. Ses ouvrages ne forment pas moins de vingt et un volumes in-fol. Si l'auteur avait été condamné au bûcher, on aurait pu brûler son corps avec ses seuls écrits. Ils ont été publiés sous le titre Beati Alberti Magni, episcopi Ratisbonnensis , opéra omnia, XXI vol. in-fol.; Lugduni, 1651. Ce recueil a été fait par le dominicain Pierre Jammy. On trouve une liste détaillée des nombreux traités qui le composent , dans Quétif et Échard, Scriptores ordinis Prsedicatorum , tom. I, p. 171, supposé toutefois qu'ils soient tous authentiques. Il est très-difficile de classer les écrits d'Albert méthodiquement. Cette difficulté tient à la nature même de ses écrits, dont le fil conducteur échappe, et qui semblent même quelquefois impliquer contradiction. Chaque traité forme, en général, un tout complet, sans connexion avec ce qui précède ni avec ce qui suit, et il n'y manque pas de répétitions.

En philosophie , Albert admet trois branches fondamentales de la science des réalités : la physique, la métaphysique et les mathématiques : elles sont indépendantes de la volonté de l'homme. Il en distingue la science étliique ou morale, parce qu'elle repose sur les actes de l'homme, et non sur ceux de la nature. La logique est, selon lui, la méthode de toutes les sciences. Il y ajoute la théologie de l'Église , qu'il distingue de la métaphysique , à laquelle il donne aussi quelquefois le nom de théologie. C'est avec

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Albert que commencent les subtiles discussions sur la matière et la forme, l'essence et l'être (essentia ou quidditas et existentia, d'où plus tard la distinction de Yesse essentix et de Vexistentia). Lapsychologie rationnelle et la théologie lui sont redevables de plusieurs aperçus remarquables ; il traite cette dernière science dans sa Summa Theologiœ , autant d'après ses propres idées que d'après celles de Pierre Lombard. En psychologie, il considère l'âme comme un totum potestativum ; en théologie, il s'attache à fixer et à limiter notre connaissance rationnelle de Dieu, de laquelle il exclut la doctrine de la Trinité; il développe l'idée métaphysique de la Divinité comme être nécessaire, en qui l'essence et l'être sont identiques, et il en déduit les attributs. A ces recherches se mêlent souvent des questions subtiles et un fatras dialectique, sous lequel est enveloppée plus d'une inconséquence ; par exemple , lorsqu'il explique la création par l'émancipation {causatio univoca), et que cependant il nie l'émanation des âmes : ailleurs il soutient, d'un côté, l'intervention universelle de Dieu dans la nature; de l'autre, les causes naturelles déterminant et limitant la causalité de Dieu. Albert regarde la conscience comme la loi première de la raison ; en conséquence, il distingue la disposition variable {synteresis ou auvtyjpviCTt;) et le témoignage habituel (conscientia). La vertu théologique , la seule agréable à Dieu, est versée par Dieu même dans les âmes {virtus infusa). Ses disciples s'appelèrent les albertistes.

La physique est expliquée en huit livres. Il y a, en outre , quatre livres sur le monde et le ciel, deux sur la génération et la corruption, quatre sur les météores, cinq sur les minéraux (dans le deuxième volume); un sur la nature des lieux ; sept sur les végétaux ( dans le cinquième volume ), et trente-six sur les animaux (sixième volume ). Albert entend par physique la connaissance des substances, en opposition, d'im côté, avec la métaphysique ou la doctrine des idées abstraites , de l'autre , avec les mathématiques ou la doctrine des formes abstraites. Elle comprend l'histoire naturelle et la science expérimentale des modernes. L'auteur suit Aristote; mais il se permet quelques digressions, qui sont précisément la partie la plus neuve et la plus intéressante. Les observations sur l'arc-en-ciel , sur la coloration des nuages et sur les climats , sont les plus remarquables. Il parle aussi des pierres tombées du ciel , et n'élève aucun doute sur la réalité de ce phénomène. Il recherche quelles sont les causes auxquelles on peut l'attribuer, et passe en revue toutes les explications qui ont été reproduites depuis pour en rendre raison : il examine si oa peut admettre que ces pierres ont été lancées par les volcans qui brûlent sur le globe, ou si elles ont été formées dans les hautes régions, ou bien encoresi elles ne seraient pas tombées de la lune.

Ce qu'Albert a écrit sur les animaux est en

grande partie emprunté à Aristote, et sm-tout à Avicenne {Voy. Buhle, Befontibus ubi Albertus Magnus in libris suis de animalibus hauserit, dans le t. XII des Mém. de la Soc. des sciences de Gœttingue). Il y joint les connaissances communiquées par les Arabes et celles que le commerce des pelleteries, qui se faisait avec les peuples de la Russie et de la Tartane, par l'intermédiaire de l'Allemagne, avait procurées aux Européens sur les animaux du Nord. Les Grecs et les Romains n'avaient pas eu occasion de se livrer à ce commerce, leur climat étant trop chaud pour qu'ils eussent besoin de fourrures. Albert parle de la fauconnerie suivant l'ouvrage de Frédéric n, et il donne des détails alors nouveaux sur les poissons de la mer du Nord, particulièrement sur les baleines et les harengs. Il nous aparend que l'on salait de son temps les harengs; :e qui réfute l'opinion accréditée que la salaison le date que du quatorzième siècle.

Ceux qui n'ont lu que les ouvrages théolo- ;iques, philosophiques et d'histoire naturelle l'Albert, s'en font, en général, une idée as- ;ez peu favorable : Fleury , Tennemann ( Hisoire de la philosophie ), et Cuvier {Leçons ur l'histoire des sciences naturelles ) , sont lans ce cas. « Je laisse, dit Fleuiy, à ceux qui nt lu plus exactement cet auteur, à nous monrer ce qui lui a fait mériter le nom de Grand. ''oici le peu que j'y ai remarqué : Dans les trois oluraes de physique, il cite toujours Aristote, t les Arabes qui l'ont commenté ; il s'arrête aux nciens physiciens , qu'Aristote a combattus , ont les écrits sont perdus et les opinions ouliées. Il suppose toujours les quatre éléments t les quatre qualités, le chaud, le froid, le 3c et l'humide ; et met souvent pour principe es propositions qui ne sont ni évidentes par Iles-mêmes , ni prouvées d'ailleurs. Parlant du iel , il fait voir peu de connaissance de l'astroomie ; il suppose les influences des astres , et arle de l'astrologie judiciaire comme d'une vraie cience, sans la blâmer; d'ailleurs même il la lêle à la politique. A l'occasion des météores ,

fait voir son peu de connaissance dans la géoraphie; encore ailleurs il met Byzance en Italie, vec Tarente. Parlant des minéraux , il attribue ux pierres des vertus semblables à celles de aimant , se fondant sur des expériences qu'il e prouve point, et cherche ensuite les causes e ces vertus. Il donne souvent des étymoloies absurdes , voulant expliquer les mots grecs ms savoir la langue , ce qui lui est commun vec la plupart des docteurs du même temps. es ouvrages sont de longs Commentaires de Tint Denys l'Aréopagite, et sar le Maître des "Menées, dans lesquelles il peut y avoir quelque tiose de bon : mais quel homme aurait le courage e lire vingt et un volumes in-fol., pour ne re- ,iieillir que quelques pensées justes, noyées dans n fatras de raisonnements alambiqués et revois d'un latin grossier.» Albert était recornman-

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dable comme religieux et comme évêque ; il ne l'est guère comme auteur. H étendit la logique au delà de ses bornes, en y mêlant mille subtilités barbares et beaucoup de choses étrangères. Au lieu de la regarder conune la porte de la philosophie , il en flt un vaste labyrinthe, où un homme errerait toute sa vie sans trouver une issue. » ( Fleury, Hist. ecclésiastique. )

C'est par une lecture attentive des ouvrages cMmiques d'Albert, que nous sommes arrivé à rendre à cet écrivain, à la fois si fécond et si éminent, sa véritable valeur. Voici quelques fragments de l'analyse que nous en avons donnée dans notre Histoire de la chimie.

Dans son traité de Alchimia , Albert commence par déclarer qu'il est impossible de tirer quelque lumière de la lecture des livres qui ont été publiés sur l'alcliimie ; car ils se conti-edisent, et ne tiennent jamais ce que leurs titres promettent ; en un mot, ils sont vides de spns et ne renferment rien qui vaille. « J'ai connu , dit-il , de riches savants , des abbés , des directeurs , des chanoines , des physiciens et des illettrés , qui avaient perdu leur argent et leur temps dans les recherches de cet art. Néanmoins cet exemple ne m'a pas découragé. Je travaillais sans relâche. Je voyageais de pays en pays , en me demandant : Si la chose est, comment est-elle.» et si elle n'est pas , comment ne l'est-elle pas ? Enfin j'ai persévéré, jusqu'à ce que je fusse arrivé à reconnaître que la transmutation des métaux en or et en argent est possible. »

En lisant ces paroles si simples et si éloignées de toute espèce de préjugés, on est, malgré soi, porté à croire que la transmutation des métaux est chose possible. Il n'est donc pas étonnant qu'il y ait encore aujourd'hui en France ^ et surtout en Allemagne , des alchimistes, parmi lesquels on compte même des hommes de mérite.

L'auteur invoque en faveur de la possibilité de la transmutation les raisons suivantes , qui jouissaient, auprès des alchimistes, d'une grande autorité : « Les métaux sont tous identiques dans leur essence ; ils ne diffèrent les uns des autres que par leur forme. Or la forme relève des causes accidentelles , que l'artiste doit autant que possible chercher à décomTir et à éloigner. Ce sont des causes accidentelles qui entravent la combinaison régulière du soufre et du mercure ; car tout métal est une combinaison de soufre et de mercure. Une matrice malade peut donner naissance à un enfant infirme et lépreux , bien que la semence ait été bonne ; il en est de môme des métaux qui s'engendrent au sein de la terre, qui leur sert de matrice : une cause quelconque , ou une maladie locale, peut produire un métal imparfait. Lorsque le soufre pur rencontre du mercure pur, il se fait de l'or au bout d'un temps plus ou moins long , et par l'action permanente de la nature. Les espèces sont immuables, et ne peuvent à aucune condition être transformées

les unes dans les auti'es ; mais le plomb, le cuivre, le fer, l'argent, etc., ne sont pas des espèces; c'est une même essence, dont les formes diverses nous semblent des espèces. "

Ces arguments paraissaient péremptoires au beau temps du nominalisme , du réalisme , et du conceptualisme ; ils tenaient alors lieu de ces lois physiques qui ne nous sont aujourd'hui suggérées que par l'expérience. Aucim alclùmiste n'aurait jamais songé à les réfuter. — C'est dans le même traité de Alchimia qu'on trouve signalé l'emploi du minium ( oxyde rouge de plomb ) pour la préparation du vernis de la poterie.

Dans son traité de Rébus metallicis et mineralibus libri V, l'auteur attache une grande imiwrtance aux propriétés physiques des métaux , et particuUèrement à leur couleur : «■ La couleur blanche provient , dit-il , du principe humide , «Iiii est le mercure. Le soufre est le principe de la coloration jaune des métaux. C'est encore la substance du soufre qui leur donne de l'odeur ( habent odorem, propter sulfuream substantiam). )) — Faut-il s'étonner que les chimistes célèbres de nos jours aient compris parmi les métaux des corps tels que le silicium, le titane , le tellure, le zirconium, etc. , uniquement parce qu'Us sont susceptibles de prendre par le frottement un certain éclat métallique?

Bien qu'Albert accorde beaucoup d'importance à l'aspect extérieur des corps, il croit cependant, avec Aristote , que les espèces ne peuvent point être transmutées. Le minéral qu'il désigne par le nom de marcasslte ne paraît être autre chose qu'une pyrite zincifère ou arsénifère. Il en indique en quelque sorte la composition , en faisant observer que , par l'application de la chaleur, il se produit du soufre et une chaux métallique. H savait que le cuivre blanc était, non pas du cuivre transformé en argent , mais un alliage qui , étant chauffé , dégage de l'arsenic , et reprend l'aspect primitif du cuivre. Albert s'est un des premiers ser^a du mot affinité dans le sens qu'on y attache aujourd'hui : « Le soufre , dit-il , noircit l'argent et brille en général les métaux, par l'affinité qu'il a pour ces coi-ps {propter affinitatem naturx metalla adurit ). «

Dans le même traité de Rébus metallicis, se renconti'e aussi pour la première fois le mot vitreoliim , appliqué à l'atrament vert ( sulfate de fer).

Son petit traité Compositium de compositis abonde en idées intéressantes et neuves pour les contemporains d'Albert. L'auteur démontre le premier, par la synthèse , que le cinabre ( lapis riibeus ) qui se rencontre dans les mines, et dont on retire le vif-argent , est un composé de soufre et de mercure ; car il remarque qu'en sublimant le mercure avec le soufre , on produit du cinabre sous forme d'une poudre rouge brillante ( argentum vivum cum sulfure sublimatum convertitur in pulverem rubeum splendentem ).

n signale aussi l'état gommeux par lequel passe

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le soufre avant de se réduire en vapeur , et il n'oublie pas l'efficacité du soufre dans le traitement de la gale (valet contra scabiem). La préparation de la potasse caustique (à la chaux ), décrite par Albert , est encore employée aujourd'hui. Il appelle la potasse alcali, et conseille de la conserver dans un lieu sec, et à l'abri du contact de l'air. D faut, dit-il, employer de préférence les cendres de chêne pourri. La préparation de l'azur ( azurium ) est indiquée de la façon suivante : « Broyez ensemble deux parties de mercure, une partie de soufre et une partie de sel ammoniac. Calcinez ce mélange dans un creuset; et lorsque vous verrez une fumée bleue , vous arrêterez l'opération. En brisant le creuset, vous y ti'ouverez le noble azur (frange vas et invenies azurium nobile ). »

Dans le même traité , Albert le Grand décrit avec beaucoup d'exactitude la préparation de l'acide nitrique, qu'il appelle eau prime, ou l'eau philosophique au premier degré de perfection ; ii en indique les principales propriétés , et surtout celle de séparer l'argent de l'or et d'oxyder le? métaux. Il remarque aussi que la dissolution d'argent dans cette eau prime communiq'je à la peau une couleur noire qui s'enlève très-diffici lement ( tingit cutem hominis nigro colore ei difficulter mobili ) ; c'était le nitrate d'argent. Veau seconde était une espèce d'eau régale, faite en mêlant quatre parties d'eau prime avet une partie de sel ammoniac ; elle était destinée j dissoudre l'or. Veau tierce se préparait en traitant, avec une chaleur tempérée, le merciirt blanc (chlomre de mercure) avec l'eau seconde. « L'eau tierce est la mère de l'eau-de-vie, qui réduit tous les corps en leur matière première. »

Dans un petit traité de Mirabilibus mundi., attribué à Albert le Grand , il est parlé, d'uni manière équivoque, de la composition de la pou dre à canon. Voici ce passage :

« Prenez une livre de soufre, deux livres d( charbons de saule, six livres de salpêtre; réduisez ces matières en une poudre ti'ès-fine danj un mortier de marbre. Pour produire du bruit . on remplit (à moitié) de cette poudre un tuyau de papier com't et épais (pétard) : pour que ce tuyau vole en l'air, il faut qu'il soit, au contraire, long, grêle, et parfaitement plein ( fusée ). "

H est facile de remarquer la ressemblance frappante qui existe entre ce passage et un autre de Marcus Graecus. C'est très-probablement h cette dernière source epi'avait puisé l'auteur de? Merveilles du monde.

Quant aux ouvrages Semita semitœ; — Opu& optimum et verissimum de secretis philosophorum; — Semita recta; — Tramita ; — In arborem Aristotelis ; — Ars alchimix ; — De sigillis lapidum; — De gcneratione lapi-, dum), que J.-B. Nazariet P. J5orel mettent sur le compte d'Albert le Grand, ils paraissent être pour la plupart apocryphes. F. H.

Bullart, Académie des sciences, t. Il, p. ivs. — Jean-

i Matthieu de Luna , De rerum inventoribus, cbap. xii, 'p 10. — Théophile Raynaud, Hoploth., sect. 11 , c. x, ■p. 361. — Bzovius , Annales, t. I. — Vossius , De scient, l fîatkemat., p. 362. — Petrus dePryissiù, Fita J Iberti Mai//ni, c. xiviii. — Naudé, Apologie des grands hoinmes, |p. 524. — Mayer, Symbole de la table d'Or, 1. VI. — François Pic, liv. III, De auro. — Guihert, Alchymiaimpvfjnata, I. Il, c. vn. — Tritheim , De scriptor. ecclesicistic., p. 195. — Martin Delrlo, etc., Prasnot., I. VU, c. vu. — Bellarmin ; Sixte de Sienne; Antoine de Sienne; Henri de Gand , Devir. illust., cap. lxiii. — Échard, Scriptores ordinis Prasdicatorum ; Lutetiae Parisiorum, 1719-1721, in-fol., c. 162-183. — ViOuUy , Historia uuiversitatis Parislensis, 1665-1673, in-fol. — Thomas Cantira- Dratensis, Miracitlorum et exemplorum memorabilium nii temporis, libri duo; Douai, 1605, in-S". — Rudolpliiis N-oviomagensis, De vita Jlberli Magni, libri III, Col. \gr.. 1499., in-fol. — Bernardinus GansUnus, B. AWertitts ylagnus , gente Tentonicus , natione Suevus , patria •Laiiingensis, episcopus Matisbonœ , ex fam. prœd., reens hiudibus illustratus; Venet., 1630, in-8°. — Raffaele îadi. Ristretto délia prodigiosa vita del B.Alberto Manio; Fireoze, 1680-1688 , 2 vol. in-S". — Ludwig Chouant, Albertus Magnus in seier Bedeuntung fur die Naurwissenscfiaften , historisch und blibliographisch largcstellt. — Hoefer, Uist. de la Chimie, t. I.

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