‹ Nouvelle biographie universelle depuis les temps les plus reculés jusqu'a nos jours, avec les renseignements bibliographiques et l'indication des sources a consulter; (volume 2)Chapitre 152 sur 180 · GG · texte numérisé non relu

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question, dans les conseils d'Emmanuel, de diriger une flotte vers la presqu'île de Malacca, afin d'y établir des relations tout au moins favorables' au commerce, que l'on prétendait étendre. Un brave marin, Diogo Lopez Sequeira, avait appris à ses dépens ce que vaut la foi malaie soutenue de l'astuce des Maures, comme on appelait alorei les musulmans de ces parages : une trentaine de Portugais avaient perdu leur liberté dans cette expédition malheureuse. Les choses en étaient à ce point, et le vainqueur de Goa hésitait encore s'U devait s'emparer d'Aden ou venger ses concitoyens, lorsqu'un changement de mousson le dé- 1 cida, dit-on, tout à coup. A la tête de dix-neuf bâtiments deguerreet de quatorze cents homme.s,i; parmi lesquels on comptait seulement huit cents; Portugais , il fit voile un jour vers une cité qui i ne comptait pas alors moins de cent mille liabi- f tants. Nous ne dirons ici ni le voyage, ni les corn- 1 bats terribles qui le suivirent, ni les prodiges d( j valeur d'Albuquerque lui-môme. Le 11 aoftt 1511 [i la ville de Malacca tombait au pouvoir des Por jij tugais ; c'était une grande victoire pour ces har k dis soldats, une grande conquête en même temp; | pour la science. D'innombrables régions incon [ nues jusqu'alors entrèrent pour la première foi: en communication avec l'Europe; l'homme quj assignait pour la première fois le rang occupi par le sanskrit dans les littératures orientales comprenait aussi comment on doit entrer en com j merce avec des peuples ignorés. 11 choisissait de interprètes habiles , des observateurs pleins d sagacité, et leur donnait la mission d'accomp?] gner les ambassadeurs qu'il expédiait dans l'ex trênie Orient. La grande île de Java se trouv pour la première fois alors en rapport avec le Portugais. Ce fut après que Duarte Fernande eut été envoyé en ambassade au roi de Siam, qu l'on eut sur ce pays et sur l'empire du Pég quelques notions raisonnables. Le récit du voyag fut rédigé par un Portugais; et dès l'année 1512 au temps même où Garcia de Noronha asservis sait Mozambique , l'Europe reçut enfin les prt mières lumières qui lui firent connaître ces ré gions ignorées. Galvâo , gouverneur de Ternat© auquel on doit un si beau livre sur les ancienne navigations; Serrâo, qui précéda aux Moluque l'immortel Magellan ; Duarte Barbosa, qui devai faire connaître son étonnant voyage , tous ce hommes d'action et de pensée datent de la mêm époque, et complètent ce grand enseignement. Ei l'année même où il avait fondé la forteresse d Malacca et assuré la puissance portugaise dan ces parages , Albuquerque remit à la voile pou la côte du Malabar. Ce fut dans cette traversé que périt le vaisseau si célèbre dans les mers d l'Inde sous le nom de Flor de la Mar. Avec lu s'engouffrèrent dans l'Océan les plus grandes ri chesses que l'on eût encore importées des terre de l'Orient , et ces lions de fer que le conquérjin avait arrachés à la sépulture des rois de Malacca et qu'il réservait pour sa tombe , se contenfa»

(le ce lier butin, nous disenf avec un uoble orgueil les commentaires.

Albuquerque était allé frapper àtoutesles portes du monde , comme disaient les Orientaux : trois d'entre elles s'étaient ouvertes, et avaient laissé passer ses flottes victorieuses ; il avait Goa, Diù, Malacca. Il fallait encore essayer de se rendre maître d'Aden, à l'entrée du golfe Persique; et ce fut ce qu'il osa entreprendre , à l'époque même où Schek-Ismaël , le fondateur de la dynastie des Sophis, espérait soumettre à ses armes toute cette partie de l'Orient. Mais avant de tenter cette dernière partie d'une tâche qu'il ne devait jamais accomplir, que d'obstacles lui restent à surmonter ! Il faut d'abord qu'il délivre les abords de Goa de ces troupes musulmanes que l'on voit se succéder sans relàclie ; il faut qu'il assure la tranquillité de la capitale des Indes en chassant les Turcs du fort de Banesterim. Il faut plus encore ! Ses rivaux ont affirmé au roi Emmanuel que la nouvelle conquête est une charge pour la couronne, qu'Adliel-Khan n'en laissera jamais la possession paisible aux Portugais , et que l'insalubrité du territoire n'est comparable qu'à sa coûteuse inutilité : Albuquerque se verra contraint fie réfuter un à un ces misérables sophismes de quekpies hommes intéressés; et lorsqu'il aura convaincu le roi, par une lettre admirable, de la valeur de sa conquête, il pourra répéter avec imertiuiie, comme il le faisait tant de fois : « Je lois savoir bien plus de gré au roi D. Manoel l'avoir défendu Goa contre les Portugais, que je lie m'en dois savoir à moi-même de l'avoir conquis deux fois. »

Rien ne sera fait, selon ce gi-and cœur, tant que I la puissance du soudan d'Egypte qui ruine sourliement la puissance des Portugais ne sera pas jibattue. Il s'est entretenu avec cet ambassadeur l'Abyssinie, qu'il a expédié déjà depuis plusieurs Iraois en Portugal; il a vu plusieurs habitants des ten-es du Prestre-Iehan. Il roule dans sa tête un j projet plus vaste encore que ses conquêtes : il I demande des pionniers de Madère, accoutumés à jbriser les rochers gigantesques de leur île; il i veut aplanir une moatagne de l'Abyssinie, et Idétourner le Kil de son cours, pour détruire la i fertilité de l'Egypte et affamer le Caire. Avant 'le réaliser ce projet, que la science moderne n'a 'pas craiîitde discuter, il fera ses efforts pour eni lever au soudan son commerce, et partira pour Aden.

Après avoir réglé l'administration de la nouvelle capitale des Indes , l'infatigable capitaine met en effet à la voile pour gagner la mer Rouge le 7 février 1613; il emmène cette fois dix-sept cents Portugais et huit cents soldats du Walabar lou du .pays de Canara, et, après une navigation qui ne présente aucun incident remarquable, il anive avec sa Hotte devant Aden. Là cette petite i armée fait des prodiges de valeur; mais l'insufjfisance du matériel est pour ainsi dire l'unique i cause qui fasse échouer ropération. Toutes les

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échelles d'escalade se brisent; et si quelques soldats pleins de valeur vont porter l'épouvante dans le centre de la \ille, ils sont bientôt contramts à se retirer. Après quinze jours de bombardement et d'attaques partielles, Albuquerque se retire. Il a bientôt acquis la certitude que si le courage de ses chevaliers , comme il aimait à appeler familièrement ses matelots , ne recule devant aucun obstacle , les forces de sa flottille sont insuffisantes pour devenir maître de la cité guerrière qui commande au golfe Persique. Il visite cependant plusieurs îles de ces régions encore peu explorées , il se présente surtout devant Camaram ; puis avant de retourner aux Indes il mouille de nouveau devant Aden, bombarde la ville, brûle les vaisseaux de commerce qui sont ancrés dans son port, et retourne enfin sur la côte de Malabar avant de venir se fixer un moment à Goa, pour aviser encore aux affaires des Indes. Ce fut durant cette période si active de sa vie, après les deux expéditions dont nous avons rappelé succinctement les résultats , c'est-à-dire en 1514 , que ce grand homme fit à la cour de Lisbonne une démarche fatale pour son repos, et de nature à donner raison aux propos hostiles qui circulaient déjà. Un poëte dramatique que l'on ne consulte point hors de la Péninsule, et que le fameux Érasme regardait comme le Plante de son temps, Gil Vicente, ne craignait pas, au début du siècle, de s'attaquer à l'illustre gouverneur des Indes : il le représente comme voulant marcher de pair avec les potentats les plus puissants , et il lui lance , dans une de ses pièces satirique s, ce trait, qui dut être accueilli certainement avec xuie joie maUgne par la plupart des courtisans :

Affnnso d'Albuquerque irmâo Que foi ao imperador, Que sino tara por senhor.

Un liistorien portugais que l'on pourrait presque confondre avec les auteurs dramatiques du seizième siècle , Pedro de Mariz , nous a mis au fait, dans ses dialogues, de la circonstance qui dut accréditer les prétentions d'indépendance que l'on prêtait au gouverneur des Indes. Il nous apprend qu'à cette époque de prospérité celui-ci écrivit à D. Manoel pour lui demander le titre de duc de Goa, parce que, disait-il, il voulait finir ses jours dans cette briflante métropole , dont on savait qu'il avait assuré désormais la prospérité. Lorsque l'on se rappelle par quels titres furent récompensés plus tard Fernand Cortez et Pizarre, les prétentions d'Albuquerque, appartenant, par la ligne paternelle , à la famille royale , n'avaient à coup sûr rien d'exorbitant. Il n'en fut pas jugé ainsi à Lisbonne , et le grand homme put croire bientôt à quelque chose de plus dur qu'à un simple déni de justice : U se crut, dans les dei"nières années de sa vie, victime d'une trame odieuse. Cela ne l'empêcha point cependant de pourvoir, avec une admirable activité, à la sûreté de toutes ses conquêtes, d'expédier au nom d'Era-

manuel des ambassades dans les régions les plus reculées, et, en mettant à profit jusques aux querelles religieuses des musulmans , de s'allier au puissant fondateur de la dynastie des Sophi, contre le Caire et Constantinople. Chose bien remarquable en ce temps! Miguel Ferreira, expédié comme ambassadevu" du gouverneur des Indes à Tauris auprès d'Ismaël , est reçu avant les envoyés d'Adel-Khan , qui réclament la préséance. Ce seul fait , qu'on pourrait joindre à une foule d'autres , suffirait pour prouver à quel degré de puissance s'était élevé le nom d'Albuquerque parmi les potentats de l'Orient.

Pour consolider cette prépondérance acquise par tant d'efforts, il lui fallait achever ce qu'il avait commencé plus de six ans auparavant : Ormuz devait reconnaître définitivement la suzeraineté d'Emmanuel , et bâtir le fort d'où ses garnisons pourraient sortir pour protéger les flottes commerçantes de l'Inde. — Albuquerque médita à loisir cette grande expédition; il laissa croire longtemps que ses préparatifs étaient destinés pour une nouvelle expédition contre Malacca; puis, admirablement renseigné par Miguel Ferreira et par son cousin Pero d'Albuquerque, qu'il avait plusieurs mois auparavant expédié vers Ormuz, il s'embarqua, le 20 fé^Tier 1515, sur le Nazareth , commandant une flotte de vingt-six ToDes, et, après avoir relâché à Mascate, mouilla au bout de quelques jours devant le port d'Ormuz, non conune un conquérant, mais comme l'envoyé d'un roi puissant , qui venait réclamer l'exécution d'anciens traités.

Les choses étaient bien changées à Ormuz depuis le premier voyage d'Albuquerque. Le souverain qui l'avait accueilli avait péri par le poison ; Nour-ed-din, qui lui avait succédé à la suite d'un crime ourdi habilement, n'avait que l'ombre du pouvoir, tout entier aux mains d'un homme énergique , qui ne cachait ni sa haine ni son mépris pour l'être faible qu'il gouvernait. En quelques mois Ras-Ahmed , le gouverneur effectif d'Ormuz, est exécuté devant Albuquerque luimême dans le palais de Nour-ed-din ; la forteresse portugaise s'élève près de la résidence du souverain; la ville est désarmée, l'artillerie des forts est livrée aux chrétiens ; et lorsque ces succès inespérés, obtenus pour ainsi dire sans coup férir, effrayent les petits princes confédérés , qui recevaient au nom d'Ismaël un tribut d'Ormuz, Albuquerque leur adresse cette réponse connue du monde entier, mais que les commentaires eux seuls racontent avec l'admirable simplicité qui fait sa grandeur : « Il fit apporter des navires , force boulets de bombardes , arbalètes et mousquets , ainsi que bombes à feu ; et il fit dire au roi qu'il envoyât tout cela au capitaine du scheik Ismaël, parce que c'était la monnaie avec laquelle le roi de Portugal voulait que l'on payât le tribut. »

Lorsqu'il parlait ainsi , Albuquerque était bien près de sa fin. Avait-il déjà reçu les nouvelles

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qui devaient lui apprendre le triomphé momentané de ses ennemis ? Les efforts prodigieux qu'il n'avait pas craint de multiplier par un soleil ardent pour assurer le succès de son entreprise , avaient-ils miné sa vigoureuse constitution? On n'a pas de détails suffisants sur tontes les questions que nous posons ici ; mais on sait que, durant les derniers temps de son séjour à Ormuz, il se retirait , contre sa coutume , dans ses appartements, où il n'était visité que de ses affidés; que déjà il était en proie à un affaiblissement graduel , et que le bniit de sa maladie s'étant répandu parmi le peuple, il fut obligé de surmonter son extrême faiblesse pour se montrer à cheval dans la ville et rassurer les siens. C'était une fièvre dyssentérique produite peut-être par le climat délétère de cette contrée , qui le dévorait lentement. Il mit de côté alors seulement ses projets contre Aden, et fit dire au roi Nour-ed-din que, comptant désormais sur sa foi, il retournait vers la côte du Malabar, dont il espérait que le climat lui serait plus favorable. Après avoir confié le commandement de la nouvelle forteresse à Pero d'Albuquerque son neveu, il s'embarqua en effet le 8 novembre 1515, et alla mettre enpanne à une lieue de la ville, pour attendre ses navires et recevoir aussi peut-êti"e les derniers hommages du roi , qu'U n'était point allé visiter. Il mit enfm à la voile ; et ce fut en dehors du détroit d'Ormuz, par quelques Maures qui avaient quitté récemment le port de Diii , qu'il apprit les changements apportés dans le gouvernement des Indes. Accablé par la maladie, et ayant déjà de la peine à parler, il avait fait jurer à son interprète Alexandre d'Ataïde , de ne lui rien cacher de ce qu'il allait apprendre. Ce fut ainsi qu'il sut une nouvelle que l'extrême faiblesse dans laquelle il était plongé eût dû faire tenir secrète, mais que l'on n'osa point celer à un homme qui regardait la sincérité, en de telles circonstances, comme un acte de religion. Lopo Soarez d'Albergaria le remplaçait dans le gouvernement de Goa, et Diogo Mendez était investi du commandement de la lorteresse de Cochin. Que ne recevait-il en même temps cette fameuse lettre qui a été découverte depuis peu, et qui, dans certaines limites, absout Emmanuel du crime d'ingratitude, puisqu'elle confère au grand capitaine le gouvernement d'Aden, d'Onnuz, de Calayate et des vastesl régions convoitées plus directement par le soudan d'Egypte, ou même parle sophi! Il n'en fut rien : cette lettre d'ailleurs est datée du !1 mars 1 5 1 6, et si elle indique un remords de conscience, elle ne saurait attester une gratitude prévoyante, n faut se rappeler que Soarez d'Albergaria et Diogo Mendez avaient été l'objet de la sévérité d'Albuquerque , et s'étaient déclarés publiquement ses ennemis. Albuquerque reçut la nouvelle de leur élévation avec un sentiment de résignation sublime, qui le grandit encore aux yeux de l'historien. Après avoir recueilli les paroles d'Alexandre d'Ataïde, il joignit les mains, et s'é-

cria : « Voici : je suis mal a-vec le roi pour l'a- <c mour des hoiïimes, mal avec les hommes pour « l'amour du roi ; vieillard , tourne tes yeux vers « l'Église, achève de mom'ir . . . Car il importe à ton « honneur que tu meures, et jamais tu n'as mante que de faire ce qui importait à ton honneur. » La Floresta de Bernardes nous a transmis ces magnifiques adieux au monde. Dans les Commentaires les paroles sont plus brèves , mais aussi touchantes. Le grand homme écrivit ensuite au roi , et nous possédons même le codicQle qui précéda ce dernier acte. Sa lettre, altérée à dessein, a été reproduite par maint historien. Nous avons été guidé jadis nous-même par un texte tronqué. Nous la donnons dans son intégrité, et elle paraît ici en français pour la première fois :

« Seigneur, je n'écris pas à Votre Altesse de ma propre main, parce que, lorsque je le veux faire, je sens un grand tremblement , signe que je vais mourir. Seigneur, je laisse là-bas un fils qui transmettra ma mémoire, auquel je lègue tout mon bien , ce qui est assez peu de chose; mais je lui laisse l'obligation qu'imposent mes services, et qui est bien grande. En ce qui concerne les choses fie l'Inde , elles parleront pour moi et pour lui. Je laisse l'Inde, les principales têtes subjuguées, en votre pouvoir, sans qu'il y ait d'autre obligation que de bien fermer la porte du détroit. Cela, c'est ce que Votre Altesse m'a recommandé. Moi, seigneur, je vous ai donné comme conseil, et pour assurer la possession des Indes, de vous tirer des dépenses. Je demande à Votre Altesse, pour récompense, qu'elle se souvienne de tout cela, et qu'elle fasse mon tils grand, lui donnant satisfaction de mes services. Toutes mes espérances, je les ai mises entre vos mains et celles de la reine. Je me recommande à tous les deux , pour qu'ils fassent grand ce qui vient de moi, puisque je finis en des choses qui concernent votre service, et qu'elles me doivent mériter cela de vous, et qu'il en soit de même à l'égard de mes pensions, que j'ai acquises la plus grande partie, comme le sait Votre Altesse. Je baise vos mains; posez-les sur mon fils. — Écrit en mer, le sixième jour de décembre 1515.

« AFFONSO DALBOQUEBQUE. )i

Ce précieux monument, altéré même par l'exact Damiâo de Goès, et, ce qui est plus étrange encore, par les Commentaires, existe à la Ton-e do Tombo, où il a été exhumé en 1842 seulement par M. J.-M. da Fonseca ; il précède la mort du grand homme de dix jours; et si le langage en est moins grandiose que celui qui nous a été transmis par la tradition, il est à coup sûr plus naturel et plus touchant; il peint bien d'ailleurs l'admirable fermeté d'âme du noble vieillard qui achevait de mourir.

Au moment suprême, ses dernières pensives furent pour Dieu et pour son pays ; et ici il faut laisser parler religieusement les Commentaires ; « Et en ce temps il était déjà si faible qu'il ne pouvait plus se tenir debout, et il demandait toujours ta Notre-Seigneur qu'il le conduisît jusques à Goa, et qu'ensuite il fît de lui selon sa volonté. Or, se trouvant à trois ou quatre lieues de la barre, il ordonna qu'on allât lui chercher

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Frey Domingos, ficaire général, etmesti-e Afonso le médecin; et comme de faiblesse extrême il ne mangeait rien, il voulut qu'on lui apportât un peu de vin rouge, de celui qui était venu cette année du Portugal. Le brigantin une fois parti pour Goa, le navire alla surgir au delà de la barre, la nuit, un samedi, le 15 du mois de décembre ; et lorsqu'on dit à Affonso d'Albuquerque où il était , il éleva les mains et rendit des grâces infinies à Notre-Seigneur, de lui avoir fait cette faveur qu'il avait tant souhaitée; et il fut là toute cette nuit avec le vicaire général, qui était venu de terre, et Pero d'Alpoem, secrétaire des Indes, qu'il laissa pour son exécuteur testamentaire. Or, tenant le crucifix embrassé et toujours parlant, il dit au vicaire général, son confesseur, delui réciter la passion de Notre-Seigneur faite par saint Jean, qu'il avait toujours eue en grande dévotion , parce nue dans ce passage et dans cette croix, qui était Ja semblance de celle sm* laquelle Notre-Seigneur avait souffert , et encore dans les saintes plaies , il plaçait tout son espoir de salut. Il voulut qu'on lui mît l'habit de Santiago, dont il était commandeur, pour mourir ; et le dimanche, une heure avant le iour, il rendit l'âme à Dieu , et ainsi finirent tous ses travaux, sans qu'ils lui eussent apporté jamais aucime satisfaction. «

Barbosa Machado , auquel on doit des documents biograpliiques en général si exacts, s'exprime ainsi sur les obsèques que l'on fit au grand homme : «■ Il fut enseveli dans le manteau de l'ordre militaire dont il était commandeur; et lorsque le cadavre arriva sur le quai de Goa, il sortit du peuple une clameur si funèbre, que les prêtres interrompirent les chants ecclésiastiques, pour ne plus laisser entendre que larmes et soupirs. Les gentils, étonnés à la vue de la longue barbe du gouverneur, et en remarquant que ses yeux étaient presque ouverts, affirmaient dans leur crédulité naïve que certainement il n'était point moi-t ; mais que Dieu l'avait appelé à lui pour qu'il devînt général de ses armées. Abrité par un pallium porté sur le dos des principaux de Goa, il fut enseveli dans l'église de Nossa-Senhora-da-Serra, qu'il avait jadis édifiée en reconnaissance de l'heureuse conquête de Malacca. » Albuquerque avait demandé par son testament à être transporté en Europe. Emmanuel était convaincu que sa mémoire conservait les Indes au Portugal. Enfin, le 19 mai 15G6, ses os furent transportés dans le couvent de Nossa-Senhora-da-Graça, des religieux Augustins de Lisbonne.

Les Commentaires nous ont laissé des traits du grand capitaine cette esquisse un peu trop brève : Il était, disent-ils, de moyenne stature, avec le visage long et coloré, le nez un peu grandi. Son portrait, exécuté au seizième siècle, esta Pangim, et a été reproduit dans le beau manuscrit de Barreto de P.ezende , que possède la Bibliothècpic nationale. Il existe sans doute un autre portrait

dans le trésor des rois de Perse ; car nous savons qu'un envoyé d'Ismaël en fit faire un d'après nature, et l'envoya au Soplii. Sur celui que nous possédons à Paris , la barbe a atteint des dimensions vraiment extraordinaires : elle descend jusqu'à la ceinture, et est nouée par un ruban. Ferdinand Denis.

JoSo de 'Harros , Decada seninda da India. — Maffei, Historia indica, lib. V. — Faria y Souza , //sia portugueza, t. 1 , part II , cap. x, n° 8. — Feniao Lopez de Caslanlieda , IJistoria do deanibrimento da India, I. III, cap. Ci.v. — F.-Anfonio de S. Roiiiâo , Hlstoria gênerai de la India oriental. — Pedro de Mariz, Dialofjo de varia historia. — Barbuda, Empresas militares de l.usitano.t, fol. 136. — André Tlievet, f ie des hommes il- Ivstres. — l.e P. l.afiteaii. Histoire des descoiwertes et conqnestes des Portnyais — Francisco de Santa-Maria, Celo aberto na terra, liv. III, cap. lxvii. — Lequien de la Npiifville, Histoire nénerale de Portugal. — Lacléde, Histoire de Portugal. — Tcilez, Historia da Ethiopia. — Sclipffer, Histoire de Portugal (en allemand); la deiixk'iiip partie de la traduction françai.se, outragcu.sement tronquée, ne renfenne que quelque; phrase.» inexactes, que l'on nepeulnullement aitribiier à l'excellent historien. — O Panorama , Jornal litterario p instrurtivo da Socieriade propugadora dns conhecimentos uleis; Lisboa , 1837 1842, 8 vol. grand in-8° à deux eoiDnnes, avec fig. — Ferdinand Denis, Portugal; Paris ( Firniin Didot'-, 1846, in- 8°. On a reproduit le portrait d'Albuquerque dans cet ouvrage, d'après la peinture du manuscrit suivant, qui renferme anssi des peintures représentant les forteresses des Indes et de l'Afrique, telles qu'elles étaient au seizième siècle : Breue tratudo ov epilogo de todos os rizorreys que tem hauidn no Estado da India ; svccessos que tiverào nn tempo de sens govemos armadas de Navios , e Caloes que do Bei/no de Portugal forâo ao dito Ef'ado; E do que succedeo em pariinilar a algiiàs deltas nas viagens que fizerào; feito por Pedro Barreto de Rezende, secrelario do senhor conde rie IJnliares, vizorrey do Estado da India nn anno de 1633, in-fol. niax. Il existe à la Bibliothèque nationale une seconde copie in-i" de ce précieux ouvrage.

Albuoueroce ( Affonso Braz d' ), fils du précédent , né comme son père dans une maison de campagne voisine de Alhandra, sur les bords du Tage, en (500, mort à Lisbonne en 1580. Ce fils naturel du célèbre conquérant des Indes porta d'abord le nom de Braz , et les biograplies portugais se taisent sur le nom de sa mère. Ce fut Emmanuel qui l'engagea à prendre le nom d'Affonso , voulant sans doute ainsi rendre hommage au héros qu'il regrettait. Le jeune Alphonse d'Albuquerque occupa d'abord un certain rang dans la marine, et fut nommé capitaine de l'un des navires qui accompagnaient en Savoie l'infortunée Béatriz, à laquelle se rattachent tant de touchantes traditions. Cette princesse lui fit épouser une des femmes les plus recommandables de la coar; et dona Maria de Noronha, fille du premier comte de Linhares, s'unit au fils du capitaine général des Indes, et lui apporta en mariage une dot considérable. C'était un homme instruit , que ses propres qualités rendaient recommandable ; et lorsqu'il eut quitté la première carrière qu'il avait embrassée, le roi Joâo III le nomma inspecteur de ses finances. Il montra, dit-on, dans ces fonctions nouvelles du zèle et du désintéressement. Il déploya même, en 15G9, le zèle le plus noble, alors qu'il présidait la municipalité de Lisbomie pour obvier aux désastres

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incalculables que causait la peste ; et si ses biographes n'ont pas mis d'exagération dans lein-s récits , ce serait à ses sages précautions , à sou incessante vigilance, que l'on aurait dû la fin d'un horrible fléau. On voyait encore, au dix-huitième siècle, les vestiges d'un magnifique établissement fondé par lui à Azeitâo, et qui, placé dans les conditions hygiéniques les plus favorables, devait servir à l'extinction de cette cruelle maladie. Il mourut environné de la considération publique, mais en lui s'éteignit le grand nom qu'Emmanuel avait espéré perpétuer ; il n'eut qu'une fille de son mariage , et elle s'unit elle-même à l'une des plus grandes familles du Portugal.

Albuquerque n'avait pas connu pour ainsi dire son père ; il voua sa vie au culte de ce grand homme, et publia l'ouvrage suivant, comme le plus beau monument qu'on pût élever à sa mémoire: Commentarios de Afonso Dalboquerque , ca~ pitâo gérai e gouernador da India, collegidos por seu filho Afonso Dalboquerque das j proprias carias que elle escreiiia do muyto poderoso rey dô Manuel o primeyro destenome, em ciijo tempo gouernou a India, vam repartidos em quatro partes segudo os tempos de sens trabalhos. Le frontispice offre une gravure en bois, et au-dessus du titre on remarque les armes de la famille d'Albuquerque ; à la fin de l'ouvrage on lit : Foram impressos estes commentarios Dafonso Dalboquerque, capitam gérai et gouernador da India na cidade de Hxboa, por Joam de Barreyra, impressor del rey nosso senhor. Acabaram se de imprimir vespera de Sam sebastid, dezanove dias do mes laneyro da era de mil et quinhentos et cincoenta e sete annos, em cujo dia o principe dô Bastiam nosso senhor, a quem esta obra vay offerecida,fez très annos. Sol. Ce livi-eest prodigieusement rare. M. George-César de Figanière fait observer qu'il en existe un exemplaire dans la bibliothèque royale de Lisbonne, et deux autres dans celles du conseiller Macédo et de don Francisco de Mello Manuel. La seconde édition a paru en 1576 ; elle existe à la Bibliothèque nationale de Paris ; on préfère celle qui a été publiée à l'imprimerie royale de Lisbonne, 1774, 4 vol. in-S". Ce beau livre, au dire de quelques critiques, serait dû complètement au conquérant'i des Indes, dont l'instniction peu commune nous est depuis longtemps révélée. Barbosa Machado' n'admet pas qu'il ait été composé par celui dont il raconte les exploits. Selon nous, le titre étendu des Commentaires dit parfaitement comment le livi'é a été composé. Il faut de toute nécessité admettre la coopération du fils ; mais lorsqu'on a lu les Commentaires dans leur étendue (ce qui par malheur a été fait trop rarement), on demeure convaincu qu'il n'existe dans ce grand ou vrage qu'un nombre fort limité d'interpolations dues complètement à l'ancien magistrat de la ville de Lisbonne. Le zèle un peu trop empressé du iils n'a presque jamais laissé passer le nom

d'Affonso d'Alboquerque sans y accoler le surnom de Grand; mais en nombre d'endroits la personnalité de l'écrivain reparaît, à tel point qu'il ne manque pas de s'exprimer à la première personne. Rien n'était plus fiéquent du reste, au seizième siècle, que ces sortes de supercheries historiques, auxquelles on n'attachait pas d'ailleurs une grande importance. Ferd. Denis.

Barboi:,! Macharlo, fSiblinthec'i Lnsitana , h vol. in-fol., t. I. — Léon V\af\\n, Bibliothvca oriental y occidental, 3 vol, in-fol., 2^ édition revue par Barcia.

*ALBU0UERQCE {Cocllo Antoine), gouverneur portugais de la ville de Macao vers le commencement du dix-huitième siècle. L'un de ses officiers, Jean Tavares de Vêliez Guerreira , rédigea une histoire du voyage d'Albiiquerque depuis Goa jusqu'à Madras, et de Madras à Macao, sous ce titre : Jornada que Antonio de Albuqïiergue Coelho fez de Goaaté cheffor a dita cidate de Macao, no anno de 1718 ; Lisboa occidental, 1742, in-8°. E. D.

Calalojîiie inédit de la Bibliothèque nationale.

*ALBrQUE5i<}iTE { Diinrte Coelho de), gouverneur portugais de San-Salvador, mort à Madrid en 1658. Marquis de Basto et comte de Pernambuco au Brésil , il fit sa première expédition au Brésil sous son oncle Matthias de Albuquerque. En 1638 , il défendit la ville de San- Salvador assiégée par les Hollandais. Après la révolution qui amena la séparation de la couronne du Portugal de celle de l'Espagne, Albuquerque se retira à Madrid , où Philippe IV le nomma gentilhomme de sa chambre. 11 a écrit la guerre du Brésil avec la Hollande, de 1620 à 1639, sous le titre : Memorias dïarias de la (juerra del Brazil par Discurso de mievo nnos empezando desde et MDCXXX; Madrid, 1654, in-4".

-Sontliey, Histnry of Brazil, t. I, p. 447.

*ALEUQUERQïTE { MattMos de), général portugais, mort à Lisbonne en 1646. Il fut nommé en 1 628 gouverneur de la province de Fernambuco , et se distingua dans la guerre du Brésil contre les Hollandais. Rappelé en Europe en 1635, il prit une part active à la révolution qui eutpour suite la séparation des couronnes du Portugal et de l'Espagne. Il succéda au comte d'Obidos dans le commandement d'une division de l'armée portugaise , et se signala par la prise d'Almendral , d'Alconchel , de Villanueva del Fresno , et d'autres places fortes de l'Estrémadure. En lOVi, il remporta, à Campo Mayor, une victoire 'Iccisive sur les Espagnols sous les ordres de ïorrecusa. En récompense de ce service, Jean IV itïnomma comte d'Allegreteet gi'and de Portugal.

^onyUcy ^ Hlstory nf Brazil , t. I, 440.

Ai.Buxirs (Titus-Cahis), surnommé Silus, célèbre rhéteur et orateur romain , naquit à Novare, ville de Lombard ie, sous l'empire d'Auguste, où il exerça les fonctions d'édile. Dans une révolte populaire il fut arraché de son triibunal et livré aux injures publiques. Albutius

ALBUQUERQUE - ALCAC0B4

ne s'en vengea tpi'en sortant de la ville , et en allant à Rome briller sur un plus grand tliéâtre. IJ fut ami de Munatius Plancus , orateur également distingué au barreau. Jamais on ne vit plus d'affluence au Forum que lorsqu'il s'y fit entendre. Dans sa vieillesse, tourmenté d'un abcès dans la poitrine, Albutius se détermina à retourner dans son pays natal. Là il fit assembler les Novariens, pour leur annoncer que, pour s'affranchir des maux qu'il souffrait, il allait se donner la mort; et il exécuta ce dessein en se privant de tout aliment. Suétone dans son Traité des orateurs célèbres , chap. vi , Eromuziani dans V Histoire des s^iicides remarquables , ont fait mention d'Albutius. Cet orateur avait publié un Traité sur la Rhétorique, dont Quintilien a fait l'éloge, Instit., c. v.

Suétone , De claris rhetoribus. — Sénéque , Controters., lib. III. — Quiiitilien.

ALBiTTîus (Titus), philosophe épicurien, vivait à Rome au commencement du premier siècle de notre ère. Il s'attacha tellement aux manières grecques dans un voyage qu'il fit à Athènes, qu'il ne voulut plus passer pour Romain. Scévola, pour se moquer de ce ridicule, ne le saluait qu'en grec. Albutius fut propréteur en Sardaigne; il chassa les brigands de cette île. Le sénat cependant le bannit comme concussionnaire. Albutius se retira à Athènes, où l'on croit qu'il mourut. — Varron (De rerustica, III, 2) parie. d'un Lucius Albutius , écrivain satirique, que plusieurs critiques supposaient être le même personnage que le philosophe Titus Albutius.

Cicéron , in Britto, c. xxvi et xxxv. — Erne.sti, C/avis Ciceroniana. — ^.. Orelli, Onoinusticon Tullianum.

* AiXAÇOBA ou ALCAzovA ( Sotomaijor, Simon ), navigateur portugais, mort en 1535. Ou ignore l'histoire de sa jeunesse. On sait seulement qu'il s'acquit de bonne heure la réputation d'un habile géographe et marin, et qu'il entra en 1522 au service de l'empereur Charles-Quint, qui équipait alors une flotte, sur le rapport qu'on lui avait fait de plusieurs navires français expédiés dans les Indes occidentales. Alcaçoba reçut le commandement d'un navire, avec un traitement annuel de cinquante mille maravédis. En 1524 il ftit au nombre des arbitres nommés pour fixer la ligne de démarcation entre les possessions coloniales de l'Espagne et le Portugal. Nommé par le souverain de l'Espagne, il fut récusé par la partie adverse comme sujet portugais, et ayant quitté sans autorisation le service du roi de Portugal.

Les îles Moluques furent cédées, en 1529, par l'Espagne au Portugal. Depuis cette époque Alcaçoba figura dans plusieurs plans d'entreprises qui ne se réalisèrent point. Enfin , après plusieurs essais infructueux , il s'engagea en 1534 à faire, à ses propres frais , un voyage de découvertes. Le 8 octobre 1534, il partit de Gomera avec deux, navires bien équipés, portant deux cent cinquante marins, et atteignit, le 17 janvier 1535,

la côte de la Patagonie. Arrêté par le mauvais temps pendant son passage dans le déti'oit de Magellan, il revint en arrière, et débarqua son monde à Puerto de Lobés. Après s'être avancé dans l'intérieur du pays , il tomba malade", ce qui l'obligea de remettre le commandement à son lieutenant Rodrigo de Isla, et de retourner à bord des navires. Les troupes , sous les ordres de Rodrigo , se soulevèrent , et revinrent massacrer Alcaçoba, le pilote, et trois autres, dont ils jetèrent les corps à la mer. Un fils d' Alcaçoba échappa avec peine au massacre. Rodrigo, après que son autorité fut reconnue , punit les meurtriers, et, abandonnant l'entreprise, fit voile vers les colonies septentrionales de l'Espagne.

Antonio de Herrera, Historia gênerai de los Heckos de los Castellanos en las islas y tierra firme del mar Oceano ; Madrid , 1730, in-Iol.

ALCAÇOVA {dom Pedro d'), homme d'État portugais, du seizième siècle. H eut, pendant l'expédition du roi Sébastien en Afrique, 1576, la régence du Portugal conjointement avec George d'Almada, archevêque de Lisbonne, François de Sada et Juan Mascaregnas. Il entretenait une correspondance secrète avec Philippe II, roi d'Espagne , et lui facilita les moyens de s'emparer du Portugal. Il mourut conseiller et ministre.

Mariana, Histoire de l'Espagne-

ALCADiNCS, médecin italien , né à Syracuse vers 1170, mort vers 1234. Fils de Gersinus, il étudia la philosophie et la médecine à Salerne , où il enseigna plus tard lui-même ces sciences. H fut médecin de l'empereur Henri YI et de son successeur Frédéric H, pendant leur séjour en Italie. — Outre des écrits sur les triomphes de Henri YI et les actions de Frédéric H , on a de lui un traité en vers élégiaques sur les bains de Pouzzoles, de Balneis Puteolanis, imprimé dans un recueil intitulé De balneis omnibus qux extant apud Grascos et Arabes, Yenise, 1553, in-fol., et Naples, 1591, in-8°, et dans Graevius, Thésaurus antiquit. et hist. Italise. Dans deux manuscrits du Vatican, cet ouvrage est attribué à Eustathius.

Clioulant, Handbucli der Bûcher kunde fiir die altère Medicin; Leipzig, 1841.

*ALCADR1N ou ALKANDUM, nOlïl COlTOmpU

de quelque écrivain arabe, dont l'ouvrage sur l'astrologie, De veritatibus et prœdictionibus astrologicis, a été publié en latin par R. Rousset; Paris, 1542. Il en existe aussi plusieurs traductions françaises.

Lalande, Bibliothèque astronomique.

* XLCXFORXDÂ. (Mar ianna), femme célèbre par ses lettres, née d'une famille illustre du Portugal dans la seconde moitié du dix-septième siècle, morte dans le dix-septième ou le commencement du dix-huitième. Cette jeune femme, dont les lettres sont encore si vivement admirées, est plus généralement connue sous la dénomination bien vague d'une religieuse portugaise. On sait aujourd'hui qu'elle faisait sa

ALCAÇOBA — ALCAFORADA

résidence à Beja, cette jolie ville de la province d'Alem-Tejo, où l'on voit encore de si curieuses antiquités, et où repose l'Infant, père du fameux Emmanuel. C'est à un savant helléniste auquel la littérature portugaise est encore redevable d'un précieux ti'avaii, à M. Boissonade,.que l'on est redevable de ce document ; mais là s'arrêtent ses indications. La famille d'Alcaforada était, dit-on, tombée dans l'indigence à la suite d'une terrible catastrophe arrivée en 1512, et elle vivait en 1663 dans l'Alcm-Tejo. Une des filles de cette maison embrassa la vie religieuse, et fit profession dans un des trois couvents de femmes que la ville possédait alors , et qui se sont perpétués jusqu'à ces derniers temps , c'està-dire jusqu'à l'extinction des communautés en Portugal. Selon quelques probabilités , la jeune Marianne habitait le plus riche couvent de Beja, c'est-à-dire celui qui était désigné sous le nom de Conceiçâo das Franciscanas , dans la chapelle duquel reposait le prince dont nous avons parlé, et qui, ayant été fort largement doté, nourrissait un grand nombre de femmes affectées au service des religieuses. Elle eut occasion de voir le chevalier de Chamilly vers l'année 1662, et conçut pour lui une passion violente. Il est difficile de comprendre comment un homme que l'on nous représente comme rempli d'honneur eut l'odieuse vanité de livrer au public le secret d'un de ces amours qui éternisent la mémoire de celle qui le ressent, en flétrissant quelquefois celui qui l'a inspiié. Il paraît certain aujourd'hui que Bouton de Chamilly, qui portait le nom de comte Saint-Léger en Portugal, et qui plus tard fut chevalier des Ordres et maréchal de France, livra les lettres de Marianne Alcaforada à un certain avocat Suhligny, pour les traduire et les publier. Ce personnage, fort digne à coup sûr de remplir la mission qu'on lui avait donnée, s'acquitta de la pi-omesse qu'il avait faite : il édita chez Barbin , en 1669, les fameuses Lettres Portugaises ; mais il se garda bien d'en conserver les textes; et quoiqu'il eût eu des succès au théâtre, puisque ce fut lui qui fit jouer la Fausse Querelle, il est fort peu sûr qu'il en fût le traducteur. Selon d'autres autorités, le travail se serait partagé entre Suhligny et M. de Guilleragues, d'abord président à la cour des aides de Bordeaux, et plus tard ambassadeur à Constantinople; l'autre aurait fait les réponses de Chamilly : quelques personnes font môme à Guilleragues les honneurs de la traduction. On ignore aujourd'hui en quelle année précise parut la première édition des Lettres Portugaises; mais on sait que Claude Barbin publia la sienne en janvier 1G69, et que dans la même année il réimprima celte seconde édition, en y ajoutant une deuxième partie attribuée à une femme du monde. Le recueil, augmenté dès lors de sept lettres nouvelles, fut réimprimé nombre de fois, et consacra bientôt une erreur qui ne peut pas supporter

ALCAFORADA — ALCAFORADO

cependant l'examen d'une critique attentive. Les éditeurs subséquents, renversant l'ordre rationnel des lettres, firent précéder celles de la religieuse par celles d'une femme du monde, en les confondant sous la même dénomination.

Deux bibliographes éminents, l'abbé de Saint- Léger et M. Barbier, ne s'étaient pas aperçus de cette étrange erreur, lorsque le célèbre éditeur de Canioens, D. Jozé-Maria de Souza, voulant rendre à son pays un de ces monuments qui peuvent être l'envie de toutes les nations et de toutes les époques, découvrit, avec l'instinct national qui ne pouvait le tromper, cette supercherie involontaire, amenée par la légèreté des éditeurs bien plus que par la mauvaise foi. Il tenta de prouver, et, selon nous, il prouva sans réplique, que les cinq lettres publiées par Barbin en 1669 à Paris, et, ce qui est la même chose, à Cologne chez Pierre Marteau, devaient seules éti'e attribuées à la religieuse portugaise. Il fit plus ; il traduisit en portugais la prose présumée de Subligny , et donna la preuve qu'on retrouvait sous ce style, parfois un peu négligé, mais empreint d'une naïveté sincère, les témoignages assurés d'une incontestable origine : les sept lettres ajoutées portent, au contraire, et dans leur contexture même, d'incontestables indications qui font reconnaître le pastiche maladroit. La seconde réimpression de 1669 ne peut tromper d'ailleurs le public : l'éditeur y annonce positivement qu'elles sont d'une femme du monde qui écrit d''un style différent de celuy d'une religieuse, et que c'est en raison même de cette différence, qu'il suppose devoir plaire, qu'on les trouve dans son recueil. Il résulte clairement pour nous, de l'examen de ces faits, que la seule réimpression qui fasse connaître les admirables lettres dues à Marianne Alcaforada, est celle qui porte le titre suivant : Lettres Portugaises , nouvelle édition conforme à la première ( Paris, Cl. Barbin), avec ime notice bibliographique sur ces lettres; Paris, Firmin Didot, 1824 , in-12. Dans cette réimpression, où la traduction portugaise n'est pas mentionnée, la notice bibliographique porte seulement les initiales D. J. M. S., sous lesquelles on reconnaît sans peine le célèbre éditeur de Camoens.

La notice de M. de Souza ne renfenne malheureusement que de bien faibles renseignements biograpliiques sur la religieuse, et sur le jeune capitaine français qu'elle aima avec tant de passion, et qui devait devenir maréchal de France ( voy. Chamilly [Bouton de] ). Nous n'ajouterons qu'un mot à ces documents : c'est que la ti-adition de l'amour malheureux de Marianne Alcaforada s'est pei-pétuée dans sa famille : un Portugais qui occupe aujourd'hui un rang distingué dans la diplomatie, et qui est allié aux Alcaforada, nous l'a jadis affirmé. Ferdinand Denis.

Journal de l'Empire du S janvier 1810, article de M. Boissonade au sujet du Manuel du libraire , par M. Brunet. — Notice de l'abbé Mercier de Saint-Léijer, en tète de l'cdit. des Lettres Portugaises publ. par De-

lance, imp.-lib.; Paris, 1796, et i>aris, i9,(s%, — Mémoires de Saint-Simon.

*ALCAFORAI>OOUALCOFORADO(lH^OWio),

gentilhomme portugais, né vers la fin du quinzième siècle, mort le 2 novembre 1512. Ce jeune paige,moço fidalgo, duducdeBraganceD. Jayme, était fils d'Affonso Pires Alcaforado, faisant égalementpartie de la maison du duc. Lejeune Antonio, qui ne portait pas encore l'épée, avait été particulièrement attaché au service de la duchesse dona Leonor deMendoça. D. Jayme crut remarquer une coupable intelligence entre sa femme et le jeune page; il se constitua leur juge de sa propre autorité , et fit exécuter par un nègre Alcaforado , se réservant à lui-même l'affreux privilège d'assassiner à coups de poignard l'infortunée D. Léonor, sans que rien toutefois , dit-on , attestât le crime qu'il leur imputait à tous deux. Après cette sanglante exécution, D. Jayme manda un ouvidor et le juge ordinaire de Villa-Vicosa , où il faisait sa résidence, et fit dresser procès- ver bal, en sa présence, de l'événement tragique qui venait d'avoir lieu. Cet acte, écrit aux flambeaux deux heures avant l'aurore, en présence des deux cadavres , nous a été conservé et existe encore aux archives de la Torre do Tombo, d'où il a été exhumé récemment.

Les détails de ce drame saisissant ont été donnés du reste, avec une certaine étendue, par D. Antonio Caetano de Souza , dans le vaste recueil que ce savant a consacré à ['Histoire généalogique de la maison de Bragance, et où il s'efforce de justifier complètement la duchesse. Si l'on s'en rapporte aux bruits traditionnels, le jeune Antonio Alcaforado aurait été vivement épris de l'une des dames de dona Léonor, et se serait confié à la duchesse elle-même, pour qu'elle voulût bien favoriser ses amours et obtenir de ses parents la main de la jeune fille. La nuit fatale du 2 novembre 1512 avait amené une enti'evue où les souhaits du jeune page devaient être exaucés, et où il trouva la mort la plus cruelle, puisque son bourreau lui trancha la tête avec un couperet. Au bruit que faisait cette horrible exécution, la duchesse se serait réfugiée dans une chambre voisine près de ses enfants, et là une explication terrible aurait eu lieu entre elle et le duc, qui aurait renoncé, dit-on, à son fatal projet, mais qui, sur les observations de son vedor, aurait envoyé un confesseur à la duchesse , et, malgré les dénégations constantes de la victime, l'aurait frappée de plusieurs coups de dague, de manière à lui ouvrir la tête. La salle du palais de Eeguengo, où s'est passé ce fatal événement, existe encore, et garde, dit-on, les traces du crime ; car l'on n'y entre que dans de rares occasions. Après ce meurtre, D. Jayme de Bragance, dévoré de remords, se vêtit du cilice et s'imposa les plus dures pénitences; on dit même qu'il se retirait habituellement dans une citerne du château, d'où l'on entendait sortir ses longs gémissements, La duchesse étaitl d'une

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rare beauté; elle descendait de la noble maison des Guzman, et ne s'était alliée aux Bragances que pour obéir à des raisons politiques. Le jeune Alcaforado avait un frère , en qui s'est pei-pétué la famille, et dont le dernier rejeton est aujourd'hui le baron de Villapouca.

Ferdinand Denis.

D. Antonio-Caetano de Souza, Historia çienealooica lia Casa real, t. V. — Ignacio Pizjrro de M. Sanijeiito, o Romanceiro portvguez, ou colteccao de romances de historia portugueza ; Lisljoa, 1841. — O Panorama 8 vol. grand in-S".

* ALCAFORADO (François), voyageur portugais, vivait vers la fin du quatorzième et au commencement du quinzième siècle. Écuyer de l'infant dom Henri, il fit partie d'une de ces expéditions qui préludèrent à la découA^erte de l'Amérique. Il se trouva sur le navire qui découvrit en 1420 l'île de Madère, et en donna luimême le récit en portugais. Ce récit a été traduit en français sous le titre de Relation historique de la découverte de l'isle de Madère , Paris, 1671, in-12; cette traduction est presque aussi rare que l'original. Encouragé par Jean Gonsalve Zarco, qui avait découvert dès l'an t418 l'île de Porto-Santo en cherchant le cap Bojador, et sur les rapports assez romanesques de quelques esclaves chrétiens longtemps détenus au Maroc, i)articulièrement de Jean de Morales, dom Henri fit équiper une tlottille pour aller à la recherche des îles de l'Occident, dont les anciens paraissent déjà avoir eu quelque connaissance. Cette petite flotte, commandée par J. Gonsalve Zarco, se composait de deux navires, et mit à la voile au commencement de juin de Vannée 1420. Le sujet est assez important pour que nous reproduisions ici en partie les détails textuels, d'après la traduction française (nous n'avons pu nous procurer l'original portugais) (1).

« Il courait un bruit parmi les Portugais qui habitaient l'île de Porto-Santo, dont Gonsalve prenait alors la route, qu'il paraissait en mer, au nord-est de cette île, une obscurité continue et serrée, depuis la mer jusqu'au ciel, qui ne diminuait jamais, et qui paraissait naturellement comme gardée d'un bruit étrange qui s'entendait quelquefois de Porto-Santo même; et parce qu'en ce temps-là on ne naviguait qu'à vue de terre, faute d'astrolabe et d'autres instruments inventés depuis, l'on jugeait impossible ou mil'aculeux d'y retourner, lorsqu'on l'avait perdue de vue. Cette ignorance de la mer et de ses secrets était cause que la situation de cette obs-

(r) Quelques bibliograplies doutent même de l'existence de i'tdiljon porlngaise de ce livre rarissime. Cependant le traducteur dit positiv- ment qu'il a eu entre les mains ce livre imprime, et non pas seulement le manuscrit « Dom François ÏManueî en gaide l*oiiginal manuscrit avec beaucoup de soin j c'est à lui que nous avons l'obligation d'en avoir fait part au public en sa langue, et c'est sur l'impression po'tugaise que j'ai fait cette traduction. »( Préface du, traducteur. ) Une remarque générale, c'est que les livres de découvertes géographiques, portugais et espagnols, du seiziéni'- siècle et même du <lix-seplieme,sont pour la pliipai t si rares, qu'on est avec quelque raison tente de croire qu'ils ont été détruits par un calcul égoïste. HeureuieniiMit les autres niitions . et pai tiruliei emept les Français, avaient en soin de Ir.idiiire ces livres des leur apparition, ei d'eu prévenir ainsi la perte irrépaiable.

curité était généralement jugée et appelée un abîme ; les autres jugements confus et incertain."; que l'on faisait de cette ombre éloignée étaient , que c'était la bouche de l'enfer; ceux qui tenaient cette opinion s'appuyaient sur quelques théologiens qui, aussi simples que timides, s'efforçaient de prouver, par des arguments et par des autorités, que la chose pouvait être. Les historiens, qui se prétendaient plus savants, estimaient que c'était l'île ancienne de Cipango, que Dieu tenait mystérieusement couverte, où l'on croyait que les évêques et les chrétiens espagnols et portugais s'étaient retirés lors de l'oppression des Mores et des Sarrasins; (jue ce serait pécher ouvertement contre la Providence divine, que de chercher éclaircissement de celte vérité, et qu'il ne lui plaisait pas encore de manifester ce secret par les signes qui devaient précéder cette découverte, et qui se trouvent indiqués dans les anciennes prophéties qui parlent de cette merveille. Gonsalve cependant était doucement porté vers l'île de Porto-Santo par un calme propre à la saison, et commode pour .son dessein ; mais, de peur que pendant l'obscurité de la nuit il ne passât quelques terres sans les voir, il fai.sait, la nuit, amener toutes ses voiles, pour ne faire pas plus de chemin qu'il avait vu de terre le jour. Avec tout cela, il ne laissa pas d'arriver en peu de temps à Porto-Santo, d'où il observait, avec ceux de l'île, cette ombre épouvantable, que Jean de Morales jugeait être le commencement de la terre qu'ils cherchaient. On tint conseil là-dessus, et il fut résolu (|ue l'on demeurerait dans cette île durant tout le quartier de la lune pré.sente, afin de prendre garde si cette ombre changeait de lieu ou diminuait avec la lune. Mais elle leur parut toujours en un même endroit et de la même grandeur, ce qui leur causa beaucoup plus de crainte que d'espérance.

« Le pilote Jean deMoralès, constant en ses opinions, assurait que la terre couverte ne pouvait pas être loin, certifiant à Gonsalve que les rayons du soleil n'y essuyaient jamais la terre, à cause de la hauteur et de l'épaisseur des arbres ; qu'il procédait de là une grande humidité, qm' causait les vapeurs dont le ciel était couvert, et que c'était la grande obscurité qu'ils voyaient. Qu'il jugeait à propos qu'on allât droit à ce gros nuage , et qu'il tenait pour assuré qu'on trouverait au-dessous la terre qu'ils cherchaient, ou pour le moins des marques assurées de n'en être pas loin. Tous étaient d'avis contraire à celui de Rloralès, et disaient tumultuairement que, comme Castillan, et par conséquente ennemi des Portugais, il prenait plaisir à les exposer à un péril évident; que les hommes feraient assez (le combattre contre d'autres hommes, sans se commetti'e avec les éléments; qu'il n'appartenait qu'aux profanes et aux infidèles, de vouloir pénétrer dans les secrets de Dieu; qu'on ne devait espérer autre chose de

ALCAFORADO

cette ombre que la mort, et que ce serait tenter Dieu que de s'avancer pour la chercher sans autre espérance ; que l'infant serait mal servi, si l'on exposait ainsi la vie de ses serviteurs, et le roi encore plus mal, à l'égard de celle de ses sujets, qui se pouvait épargner pour de plus belles entreprises. Toutes ces crieries ne firent pas démordre le capitaine de sa résolution ; il les écouta paisiblement; et, comme il avait lui seul plus de courage que tous les autres ensemble, il se détermina en lui-même de surmonter toutes sortes de périls et de difficultés, dont la plus grande était, à son avis , la volonté de ses soldats, qu'il expérimentait si contraire à la sienne. Après donc les avoir écoutés , il les paya des meilleures raisons qu'il put ; et, sans communiquer son dessein qu'à Jean de Morales, il se remit un matin à la voile, et, laissant l'ile de Porto- Santo, tourna la proue de son vaisseau vers l'endroit où il voyait cette grande ombre, et allait à toutes voiles , afin de ne pas manquer de jour, pour reconnaître tout ce qu'il pourrait de la terre, qu'il espérait de trouver facilement. L'approche de l'obscurité augmentait la peur de tous, parce que, plus on s'avançait, et plus elle paraissait haute et épaisse, jusqu'à ce qu'elle devint tout à fait horrible. Sur le midi, on entendit d'épouvantables mugissements de la mer, qui retentissaient sur tout l'horizon ; on ne voyait aucun signe de terre, parce que le gros nuage dans lequel ils éta-ent entrés couvrait la mer et le ciel. La vue d'une si étrange confusion, et voisinage d'un si grand péril , fit crier tout le monde ; et ils prièrent instamment Gonsalve qu'il fit amener les voiles, et qu'il ne se chargeât pas de la perte de tant de gens. Mais le capitaine tint bon , et voulut s'assurer à quel ennemi il avait affaire.

«Le temps était calme, et la mer si rapide, que, de peur que le courant n'emportât les vaisseaux, Gonsalve fit armer deux chaloupes pour les remorquer, et en commit le soin à Antoine Gago et à Gonsalve Louis, gens de valeur et d'expérience connue, sous la conduite desquels on courut tout le long du nuage ; le bruit de la mer leur servait de bornes, duquel ils s'approchaient ou se reculaient, selon qu'il était moindre ou plus grand. Le voyage se continua toujours ainsi; et le nuage paraissait avoir moins d'étendue, et il était en effet moins épais du côté du levant; mais les ondes mugissaient toujours épouvantahlement, lorsqu'au travers de l'obscurité l'on entrevit quelque chose encore de plus noir qu'elle. L'éloignement empêchait de discerner ce que c'était : quelques-uns affirmaient avoir vu des géants armés, d'une grandeur prodigieuse; mais l'on reconnut depuis que les rochers dont les plages de ces terres sont couvertes, leur donnaient ces imaginations. Déjà la mer paraissait plus claire et l'eau plus battue, indice véritable de la côte, que peu de temps après ils découvrirent distinctement, avec une

surprise d'autant plus agréable, qu'ils s'y attendaient moins. La première chose qui se présenta à leur vue fut une pointe de terre peu élevée, à laquelle Gonsalve donna aussitôt le nom de Pointe de Saint-Laurent. Après avoir doublé cette pointe, ils découvrirent du côté du sud une terre élevée, peuplée d'un bois très-épais, qui s'étendit depuis l'éminence des montagnes jusqu'au bord de la plage. Le nuage était en cet endroit un peu retiré, de sorte qu'il ne faisait plus que couronner les montagnes. Ce fut ici que le plaisir s'empara tout à fait de l'esprit de nos voyageurs, et que ceux qui avaient le plus craint les périls les estimaient le moins. Leur appréhension et leur méfiance furent entièrement bannies, reconnaissant que ce qu'ils voyaient était une terre véritable et effective. Ils s'embrassèrent les uns les autres de joie, et rendirent grâces premièrement à Dieu, puis à leur capitaine, de ce qu'il les avait encouragés pour pai-venir à une si glorieuse fin, et même au pilote qui les y avait si iieureuseinent conduits.

« Après avoir fait faii'e quelques reconnaissances, Jean Gonsalve débarqua avec toute la solennité possible , prenant possession de ce lieu pour et au nom du roi dom Jean de Portugal et de l'infant dom Henri, ordre, maîtrise et chevalerie de Christ. L'eau fut bénite par deux religieux, et avec elle l'air et la terre purifiés par l'invocation du nom de Dieu. On dressa ensuite un autiîl au propre lieu où Robert et Anne en avaient ci-devant élevé un (f), et la cérémonie en fut faite le jour de Sainte-Klisaheth. Et comme Gonsalve ne voulait rien néi^liger de tout ce (jui lui pouvait donner une parfaite connaissance de ce lieu, il commamla que l'on Itt le tour de tout ce qui avait été découvert, et qu'on suivit tous les chemins et tous les sentiers que l'on trouverait, pour voir si l'on rencontrerait quelque habitation, ou quehiucs traces d'Iiommes ou de bétail, avec ordre, si l'on découvrait quelqu'un, de l'amener vif ou moit. Mais ceux qui allèrent à la découverte ne trouvèrent chose du monde, que plusieurs oiseaux de différentes espèces et différentes couleurs, qui se laissèrent prendre à la main, sans qu'on y employât ni peine ni adresse. Jean Gonsalve, riche de ce qui lui semblait une proie facile, s'en retourna à son bord, où, ayant appelé au conseil les plus notables de ses gens, il fut résolu qu'on ne partirait pas de là sans avoir plus particulièrement examiné cette terre, puisqu'on en avait le loisir, et parce que le rivage de la mer était plein de rochers. Jean de Morales jugea qu'il y en pou-

(i) On roruntp qu'avant cette expédition, l'île de Mndeirr avilit été déjà découverte par un gentilhomme nnijl 'is, noinniÉ Robert Marliin, qui , iipies avoir inievé Anne d'Aifel , s'enfuit avec- elle de Bristol sur un navire, et alteignii, au bout de treize jours de navigation, à l'ouest du Mi.roc, une ilc rouverte de bois (d'où le nom de MadeirCy du poriugais mctdeiro, bois). Anne y mourut quelque temps .iprès , et son auianl la suivit bientôt au tombeau. Leur navire vint échouer sur la côle du Maior , et leuis compagnons fuient emmenés esilaves à l'"ez. C'est là que Jean de Morilles, également en cselaviige, apprit d'eu» les renseignements qui eng:igèrent le roi de l'oitugal» entreprendre cette mémorable expédition de dérouvertes.

Tait autant avoir de cachés sous l'eau : c'est pourquoi il crut à propos de continuer leur découverte dans des chaloupes, comme ils l'avaient conunencée, plutôt que dans des vaisseaux, afin d'éviter les brisants et les courants qui se pourraient rencontrer sur cette côte inconnue; ce qui tut exécuté. Jean Gonsalve prenant la chaloupe de son vaisseau pour lui et pour sa compagnie, et laissant la charge de l'autre au capit;vne Alvare Alphonse, ils passèrent en cet ordre une pointe qui était vers le couchant, et virent quatre belles rivières qui entraient ensemble dans la mer, et dont l'eau était très-pure : Gonsalve en fit emplir quelques bouteilles, pour les porter à l'infant.

« Avançant encore davantage, ils découvrirent ime vallée qu'une autre rivière fendait agréablement, qu'ils envoyèrent reconnaître par quelques soldats, qui ne la trouvèrent abondante qu'en fontaines. On en suivit ime auhe couverte d'arbres , et l'on en trouva en quelques endi-oits quantité d'abattus , dont le capitaine fit prendre quelques-uns et en élever une croix, de laquelle cet endroit prit le nom de Sainte-Croix. Suivant toujours la côte , il sortit, d'une langue de terre mil s'avançait en mer plus que les autres, une si grande quantité de geais , que les gens des chaloupes ne se crurent pas en sûreté de leur faim et de leur multitude ; ce qui fut cause que cette pointe reçut alors le nom de Punta dos Gralhos, qu'elle garde encore jusqu'à présent. On en remarqua aussitôt une autre, environ deux lieues plus loin, qui , avec celle qu'on laissait, faisait un fort beau golfe, environnée d'une terre moins élevée qne le reste, à laquelle un bois d'égale hautem' servait de couronne , pardessus laquelle s'élevaient des cèdres fort hauts. Ils passèrent de ce golfe des Cèdres à une autre vallée, de laquelle venait une espèce de lac qui, entrant dans la mer, formait un fort grand bassin, extrêmement propre au débarquement. La beauté convia Gonsalve d'y faire descendre Gonsalve Ayrez avec bon nombre de soldats, pour pénétrer encore plus avant dans les terres que l'on n'avait fait, et pour en rapporter toute l'mstruction possible. Mais il retourna bientôt, sans autre nouvelle information que celle d'avoir vu que la mer environnait toute cette terre, d'où l'on acheva de connaître que c'était une île et non une partie du continent d'Afrique, ainsi que quelques-uns l'avaient cru jusqu'alors. Le capitaine ne fut pas encore satisfait, s'imaginant qu'il pourrait y avoir quelque habitation dans les lieux écartés. C'est pom'quoi, allant toujours terre à terre, il découvrit un grand terrain, débarrassé des arbres qui se trouvaient partout ailleurs, tout couvert d'un très-beau fenouil ( en portugais appelé funcho), de l'abondance duquel la ville qu'on y a bâtie ensuite a pris le nom de Funchal, métropolitaine quant au temporel, et jadis de tout l'Occident pour le spirituel. Les Portugais, sans se piquer, comme les autres

ALCAFORÂDO GS8

nations qui ont fait des découvertes, de donner ' de grands noms à leurs colonies , se sont contentés de conserver ceux qu'elles avaient, ou de leur imposer ceux que la nature leur offrait, lorsqu'ils en manquaient. Trois grosses rivières, sortant de cette vallée du Funchal, s'assemblaient en entrant dans la mer, et faisaient deux petites îles, qu'il semblait que la nature eut placées là pour servir de môle à un lieu si agréable. Ce fut en ces îles que Gonsalve mit ses navires à couvert, et qu'il y fit du bois et de l'eau qui lui manquaient. Ce capitaine ne souffrit jamais, nonobstant toute la tranquillité et la sécuiité qui paraissait, que pas un de ces gens couchât en terre avant qu'elle eût été parfaitement reconnue. Le jour d'après, comme il suivait la même route, il arriva à cette même i)ointe qu'il avait vue du côté du sud, et y fit arborer une grande croix.

« Ayant doublé cette pointe, il vit une plage qu'il appela Praija Hermosa, ou Belle Plage, à cause de ses grandes et de ses belles eaux, dont les vagues se rompaient doucement contre son rivage. Passant plus haut, ils rencontrèrent entre deux pointes im furieux torrent, mais dont les eaux étaient si claires, qu'elles obligèrent la curiosité de quelques-uns à demander congé de les aller voir de plus près : le capitaine l'accorda à deux soldats de Lagos qu'il estimait beaucoup, lesquels, méprisant légué et leur vie encore plus, voulurent passer ce torrent à la nage ; mais, comme s'irritant de leur témérité, il les emporta avec tant de rapidité, que d'abord ils en perdirent connaissance, et ils y seraient péris, s'ils n'eussent été promptement secourus par leurs compagnons. Cette aventure donna à ce torrent le nom dos Soccorridos, plus heureusement que celui dos Agravados, à un autre de la mer d'Arabie, dont nos historiens font mention. On voyait un peu plus avant une roche pointue qui s'élevait par-dessus les autres, et qui était entourée d'un bras de mer qui faisait, entre ce i"ncher et mie terre voisine, une espèce de jjort où Gonsalve entra avec ses chaloupes, s'imaginant que ce lieu pourrait leur découvrir de plus grands secrets que les autres, parce qu'ils vkeut tout le rivage couvert de traces d'animaux, ce qu'ils n'avaient rencontré en pas un autre endroit; mais ils furent bientôt détrompés lorsqu'ils virent rentrer en mer, avec un fort grand bruit , une grande troupe de loups marins qui sortirent tout à coup d'une caverne qui se trouvait ci-eusée au pied de la montagne par l'eau de la mer, et qui paraissait une manière de grande chambre où ces animaux se venaient retirer, de laquelle chambre aux loups, ou Camara dos Lobos , Gonsalve prit ensuite le nom, comme les Scipions et Germanicus, des provinces qu'ils conquirent à l'empire romain ; et il transmit ce même nom à sa famille. Le nuage commençait en cet endroit à se sen-ei- si fort avec la mer, les rochers s'élevaient si haut, et le

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t)rtiit des eaux croissait de telle sorte, qu'ils crurent que ce serait une témérité plus grande que !.es précédentes , que de s'exposer à perdre par m mauvais succès tous les bons qu'ils avaient ;us ce jour-là. C'est pourquoi le capitaine, ayant Dris sa résolution et connaissant tout ce que l'île x)ntenait, se retira aux.petites îles, où il avait aissé ses vaisseaux ; et ayant en peu de jours )réparé de l'eau, du bois, desoiseaux, des herbes, les plantes de la terre, et tout ce qu'il crut deroir être le plus agréable à l'infant , il embarqua eûtes ces choses , et reprit la route de Portu- ;al , où il arriva heureusement à la fin du mois l'août de la même année 1420 ; apprenant que infant l'attendait à la cour, il prit, sans sé^ jurner aux Algarves, le chemm de Lisbonne, lans le port de laquelle il entra, sans avoir erdu un seul homme en tout son voyage; mais, u contraire, ayant gagné à ce royaume la meilîui'e Oe de tout l'Océan occidental. »

Telle est, en partie, la relation extrêmement îre qu'Alcaforado a donnée de la découverte de île de Madère, qui précéda de soÎTcante-douze as celle de l'Amérique. On n'a pas d'autre délil de la vie de ce voyagem-, qui mérite d'être ré de l'oubli.

Alcaforado, Relation historique de la découverte de le de Madère. — M. Ferd. Denis, le Portugal, dans la )Uection de V Univers.

ALCALA (Fray Pedro de), religieux espalol, fut, en 1491, envoyé à Grenade par Ferdi- 1 ind et Isabelle , pour travailler à la conversion is, Maures. On a de lui une grammaire arabe )us le titre : Artepara saber la linguaaraviga, vocabulista aravigo en lettra castellana; renade, 1505, in-4''. Livre extrêmement rare.

David Clément, Bibliothéqve curieuse, l. I. — Sclinurr, Bibl. arab., p. 16. — Nicolas Antonio, Bibliotheca ispana nova.

ALCALA Y HERRERA, appelé par erreur i7e-

arcs (Alfonso ), poète portugais, né à Lisbonne ; 12 septeinbre 1599, mort vers le milieu du ix-septième siècle. H était originaire de Tolède, ; paraît avoir été marchand avant de cultiver :s muses. On a de lui : Jardin anagramatico e divinas flores lusitanas, espanholas e lanus, em 0 quai se contào 683 anagramas, sels liymnos chronologicos ; Lisbonne, 1654, 1-4" ; — Corona y ramillete déflores salutiivas, antkloto delalma, etc.; Lisbonne, 1677, 1-8" ; — Novo modo curioso , tratado e articio de escrivir, assiin ao divino como ao hulano , etc.; Lisbonne, 1679, in-8°; — Meditaoens de santa Brigida, traduzidas de latin mporf'ugez; Lisbonne, 1678, in-4°. L'ouvrage ui a fait surtout la réputation de l'auteur a car titre : Varios effectos de amor, en cinco noelas exemplares y nuevo artificio para esrivir prosa y verso sin una de las letras voales; Lisbonne, 1641, in-8°. La première nouelle, los dos Soles de Toledo, est écrite sans a; 1 seconde, la Carroça de las damas, sans e; ï troisième, la Perla de Portugal, sans i, etc.

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