ALCMAN — ALCMÉON
l'oreille; car on Im attribue, entre autres, la découverte du limaçon, partie essentielle de l'oreille interne. Selon les doctrines de ce disciple de Pythagore, il attribuait l'odorat à la respiration, et le goût à la température de la langue ; il soutenait que la première partie qui se formait dans l'embryon était la tête , comme siège de la raison, et que le fœtus , au sein de la mère , ne se nourrit ni par la bouche ni par le cordon ombilical , mais, comme une éponge, par une sorte d'imbibition de toute la surface du corps ( ôt' ô>.ou ToO crwjAaTOç Tpéçs'JÔai, ... (ïnTuep aTtOYyîav ). II plaçait le siège de l'âme dans le cerveau ; il regardait la semence comme une portion du cerveau (syxEtpàXoj tJ,Époç) (1); que la santé dépend d'un mélange bien proportionné de chaleur, de sécheresse, de froid, d'humidité, etc.; et que la maladie provient de ce que l'un de ces agents prédomine sur l'autre. AIcméon a aussi le premier donné du sommeil la théorie que voici : <( On s'endort lorsque le sang se retire dans les gros vaisseaux, et on se réveille quand ce fluide se répand de nouveau dans tout le corps ; la mort s'établit quand le sang est dans un état de stagnation complète. « — Quant à la philosophie pure, AIcméon paraît avoir le premier formulé ce dualisme antagoniste entre le bien et le mal , la lumière et les ténèbres , le fini et l'infini, dualisme qui depuis a défrayé tant de systèmes. (Aristote, Metaphys., I. ) — Les doctrines astronomiques qu'on lui attribue sont celles de Pythagore et de tous les pythagoriciens. ( Voy. Pythagore. )
n ne nous reste des ouvragés d'AïcméOri que les titres de quelques-uns. Diogène Laërce ( VUI, 5 ) l'appelle le premier écrivain de philosophie naturelle ( (putnxô; Xôyoî ) ; et, selon saint Isidore d'Espagne {Orig., I, 39), il avait aussi écrit des fables. F. D.
Aristote. — Diogène Laërce, 11b. VIII. — Cicéron, De natura deoriim, l. 40. — Saint Clément d'Alexandrie, Stromat., I. — Le Clerc, Histoire de la médecine. — Fabricius, Bibliotheca grxca, Xlil, 48. — Goulin , Metnoires littéraires , critiques, pour servir à l'Histoire de la médecine , année 177S. —Sprengel, Hist. de la incdecine. — C.-G. Kiilm, De pliilosoph. cmte Hippocrat. médicinal cultor., dans Aokermann, Opuscida ad historiœ medicinse pertinentia, Norimb., 1797, in-8° ; et dans Kiilin , Opuscula academica médica et philologica, Lips., 1827, 1828. 2 vol. in-8».
ALCMÉON , fils de Mégaclès , de la famille des Alcméonides , vivait à Athènes vers la fin du sixième siècle avant J.-C, au milieu des factions qui divisaient la république. Il était à la tête de ceux qui ne voulaient aucun changem ent dans le gouvernement ; ce qui le mit en butte aux deux autres partis , qui vinrent à bout de le faire exiler, sous prétexte que son père s'était souille?, des meurtres de Cylon et de ses partisans. Cet exil ne fut pas de longue durée. AIcméon revint lorsque Solon eut rétabU l'ordre, et obtint le conmiandemcnt des troupes que les Athéniens envoyèrent au secours des amphictyons , dans la guerre de Cirrha, vers l'an 592 avant J.-C,
(1) Plutarque, De placit., V, 3-
ALCMEON
et se retira à Delphes avec ses fils. Il rendit quelques Services aux Lydiens que Crésus avait envoyés consulter l'oracle; et ce prince, l'ayant fait venir à sa cour, le renvoya comblé de présents. Alcméon moumt peu de temps après, dans un âge avancé, laissant un fils nommé Mégaclès.
Hérodote, VI, 125. — Pausanias, II, 18.
*ALCO OU ALCON, sculptcuT, dont la vie est inconnue. Quelques antiquaires le placent dans le huitième siècle avant J.-C. Il paraît avoir le premier fait des statues en fonte. Il fit pour la ville de Thèbes un Hercule en fer.
Pline, Hist. nat., XXXIV, 14.
*ALC0ÇER {Pierre de), archéologue espagnol , vivait à Tolède vers le milieu du seizième siècle. H était surtout versé dans les antiquités de l'Espagne. On a de lui : Historia o descripcion de la impérial ciodad de Toledo • Tolède (Juan Ferrer), 1554, in-fol., que Thomas Tamaio, dans ses Novedades antiguas, attribue à Jean Vergara, chanoine de l'église de Tolède.
Catalogue inédit de la Bibliothèque nationale.
ALCOCK ( Jean ) , savant prélat anglais , né, vei's le mUieu du quinzième siècle , à Beverley , dans le comté d'York, mort vers le 1"'' octobre 1500, à Wisbeach. Il étudia à CamiDridge, et fut nommé successivement évéque de Rochester, de Worcester et d'Ély , ambassadeur près du roi de Castille , et grand chancelier. A ses connaissances littéraires et politiques il joignait un talent distingué en arcliitecture , attesté par plusieurs beaux édifices élevés sur ses dessins. Ce talent lui valut la surintendance des bâtiments royaux. C'est à lui qu'on doit la fondation du collège de Jésus à Cambridge ; il obtint du roi Henri VH la permission de l'étabUr dans un couvent alors habité par des religieuses si connues par leurs mœurs dissolues, qu'on appelait leur communauté spiritualium meretricum cœnobium. Parmi les écrits qui restent de lui, on remarque les suivants . 1° Mons perfectionis ad Carthusianos ; Londres, 1501, in-4°; — 2° Gain cantus ad confratres suos Curatos in synodo apud Barnv:ell, 25 septembre 1498; Londres, 1498, in-4°; — 3° Abbatia Spiritus Sancti inpura conscientia, fujidata ; Londres, 1531, in-4° ; — 4° les Psaumes de la pénitence, en vers anglais ; — 5° ffomelias vulgares; — 6° Meditationes pise ; — 7" Spousage of a Virgin to Christ (le Mariage d'une Vierge avec Jésus-Christ) ; 1486 , in-4''.
Tlossi, Historia regum Jngliœ, édit. deHearne, p. 212, 217, etc. — Thomas Abingdon, Jntiquities of IF'orcester cathedral. — Warlon , Anglia sacra. — Newcoiirt, B.epertorium Londinense. — Godwin , De PrœsuUbus. — .Suard, dans la Biogr. univ.
ALCOCK ( Jean ) , musicien anglais , né à Londres le 11 avril 1715, mort en mars 1806. Depuis 1749 jusqu'à sa mort, il occupa la place d'organiste de la cathédrale de Lichtfield. Il a mis en musique un grarid nombre d'airs, d'hymnes, d'antiennes et de psaumes dont les collections
[ ont été publiées sous le titre de Harmonia festi et Harmony of Sion.
Les catalofrues de Treston et de Caliusac. — Bingley, Musical Bio'jrapky.
*ALCOK (Thomas), chirurgien anglais , né à Rothbury dans le Northumberland en 1784, mort en 1833. Il étudia à Londres, et s'y acquit plus tard la réputation d'un habile praticien. Parmi ses ouvrages on remarque : Essaij on the Use of the Chlorurets of oxide of sodium in the treatment of hospitalgangrene, etc.; Londres, 1827; — Lectures on practical and médical surgery; Lond., 1830, in-8°; — et un grand nonïbre d'articles dans le London Médical and Physical journal, et dans le Médical Intelligencer.
Biographlcal dictionary.
ALCCDiA. Voy. GoDOY {Manuel).
ALCUIN, ALcwiN OU ALCHWiN, cn latin Albinus, surnommé Flaccus, restaurateur des lettres à l'époque de Charlemagne, né à York (Angleterre) en 735 (1), mort le 19 mai 804. Issu d'une ancienne famille anglo-saxonne , il fut élevé à l'école claustrale de l'archevêque d'York, et eut pour maître Egbert ou Albert (Albert). Il accompagna ce dernier dans un voyage à Rome pour y acheter des livres ; et, après la nomination de son maître au siège d'York en 766, il fut chargé de la direction de l'école jusqu'en 780. Les écoles de l'Angleterre étaient alors supérieures à celles du continent. Alcuin nous informe lui-même de l'objet de l'enseignement du monastère d'York. Yoici ce qu'il en dit dans son poème Des pontifes et des saints de l'église d'York : « Le docte Albert abreuvait , aux sources d'études et de sciences diverses, les esprits altérés : aux uns , il s'empressait de communiquer l'art et les règles de la grammaire ; pour les autres, il faisait couler les flots de la rhétorique : il savait exercer ceux-ci aux combats de la jurisprudence, et ceux-là aux chants d'Aonie; quelques-uns apprenaient de lui à faire résonner les pipeaux de CastaUe, et frapper d'un pied lyrique les sommets du Parnasse ; à d'autres, il faisait connaître l'harmonie du ciel, les t-avaux du soleil et de la lune , les zones du monde , les sept étoiles eiTantes , les lois du cours des astres , leur apparition et leur déclin , les mouvements de la mer, la nature des hommes , du bétail , des oiseaux et des habitants des bois ; il enseignait à calculer avec certitude le retour solennel de la Pâque ; et surtout il expliquait les mystères de la sainte Écriture. » C'était là tout l'enseignement du trivium et du quadravium. A la mort de l'archevêque Albert, Alcuin se rendit, en 781, à Rome, pour y chercher le pallium destiné à Éanbald, successeur d'Albert. Ce fut pendant ce nouveau voyage qu'il rencontra à Parme l'empereur Charlemagne , qui l'invita à se fixer dans ses États. Alcuiu ac-
(1) Si cette date est exacte , Alcuin ne pouvait pas C-trc, comme on l'a dit , l'élève de Bède , qui mourut vers 735.
cepta l'offre, et, après avoir accompli sa mission, il vint en 782 à la cour impériale, où il resta jusqu'au moment de sa retraite (en 796). Charlemagne, avec cet esprit de discernement qui caractérise tous les grands hommes , se l'attacha d'amitié. Il lui donna successivement les abbayes de Ferrières dans le diocèse de Sens, de Saint-Loup à Troyes, de Saint-Jossa dans le comté de Ponthieu , et de Saint-Martin à Tours. Suivant Éginhard, Charlemagne étudia , sous Alcuin, la rhétorique, la dialectique et l'astronomie. L'exemple du maître fut suivi par les courtisans , et bientôt le palais impérial se transforma en une sorte d'école ou d'académie, dont le savant anglais était naturellement le chef. Les fils (Charles, Pépin, Louis), les sœurs ( Gisla , Richtrude ) , la fille ( Gundra ) , les conseillers habituels (Eginhard, Angilbeii, Amalaric, etc.) de Charlemagne étaient les membres les plus assidus de cette académie. Chacun s'y donnait un surnom antique, coutume qui fut depuis souvent renouvelée : Charlemagne s'appelait David, Alcuin Flaccus, Angilbert Homère, Amalaric Symphorius , Gisla Lucie, Gundra Eulalie, etc. Cette académie domestique fut l'origine de ces fameuses écoles palatines établies dans les palais des princes , et qui rivalisèrent longtemps avec les écoles claustrales établies dans les palais des évéques ; mais cette première école palatiale ou palatine ne pouvait fonctionner que dans les rares moments de répit que laissaient à l'empereur la guerre avec les Saxons , et tant d'autres occupations. C'était surtout pendant les longues journées d'hiver que Charlemagne, qui se faisait dans toutes les campagnes suivre par son précepteur, se livrait à l'étude pacifiquedes lettres. Il nous reste de cet enseignement de l'école du palais un singulier échantillon : c'est un colloque, intitulé Disputatio, entre Alcuin et Pépin, second fils de Charlemagne , qui avait peut-être alors quinze à seize ans. En voici quelques exti-aits : Pépin interroge et Alcuin répond. « Qu'estce que l'écriture ? La gardienne de l'histoire. — Qu'est-ce que la parole ? L'interprète de l'âme.
— Qu'est-ce que la langue? Le fouet de l'air. — Qu'esf-ce que l'air? La conservation de la vie.
— Qu'est-ce que la vie? Une puissance pour les heureux , une douleur pour les misérables , l'attente de la mort. — Qu'est-ce que la mort ? Un événement inévitable , un voyage incertain , un sujet de plus pour les vivants , la confirmation des testaments, le larron des hommes. — Qu'estce que l'homme? L'esclave de la mort, un voyageur passager , l'hôte de sa demeure. — Comment l'homme est-il placé? Comme une lanterne exposée au vent. — Où est-il placé ? Entre six parois. — Lesquelles ? Le dessus , le dessous, le devant, le derrière, la droite, la gauche. — Qu'est-ce que la liberté de l'homme? L'innocence. — Qu'est-ce que le jour ? Une provocation au travail. — Qu'est-ce que le soleil? La grâce de la nature, le distributeur des heures.
— Qu'est-ce que la terre ? Le grenier de la vie, le gouffre qui découvre tout. — Qu'est-ce tpie la mer ? Le chemin des audacieux , la frontière de la terre , l'hôtellerie des fleuves , la source des pluies. — Qu'est-ce que l'herbe ? Le vêtement de la terre. — Qu'est-ce que les légumes ? Les amis des médecins , la gloire des cuisiniers. — Quel est le sommeil de ceux qui sont éveillés ? L'espérance. — Qu'est-ce que l'amitié? La similitude des âmes. » — C'est par ce mélange primitif de poésie et de science que se manifeste l'esprit humain , quand il s'applique pour la première fois, naturellement, sans système, à l'étude du monde.
Alcuin revit en 790 son pays natal; mais il revint de nouveau en France pour ne plus la quitter. Vers ce temps Alcuin s'engagea dans une conti'overse religieuse avec Félix , évêque d'Urgel, et Elipand , évêque de Tolède, qui soutenaient que Jésus-Christ, comme homme, n'est que le fils adoptif ou nuncupatif de Dieu. Il fit convoquer en 794 un concile à Francfort-sur-le- Mein , où cette hérésie , qui reçut le nom à'adoptianisme , fut réfutée par des passages tirés de la sainte Écriture. (Duchesne, Histor. Francor. script., t. II, p. 207; Fragm. vet. script, de gestis Caroli Magni.) Alcuin était lié avec Félix , et avait essayé de le ramener à l'orthodoxie par un écrit intitulé Liber Albini contra hseresim Felicis ( imprimé dans les oeuvres d'Alcuin, édition de Froben), qui ne renferme que des citations des Pères de l'Église. Vers 796 , Alcuin se retira à l'abbaye de Saint-lMartin à Tours. Sa retraite était magnifique : il avait, dans les domaines des abbayes qu'il possédait, plus de vingt mille colons ou serfs ; et la correspondance qu'il continuait d'entretenir avec Charlemagne animait sa vie, sans l'accabler. Il ne resta point oisif dans sa nouvelle situation ; il remit la règle et l'ordre dans le monastère, il y fonda une bibliothèque avec un grand nombre de copies de livres qu'il avait fait venir de l'Angleterre, et bientôt l'école de son abbaye devint le rendez-vous de toute la jeunesse studieuse; ce qui fit dire à un vieux chroniqueur : « que les Francs étaient alors comme les émules des Grecs et des Romains. » Cette école conserva sa célébrité pendant presque tout le moyen âge : Raban Maur , Hatton , Sigulf, et d'autres, en sont sortis. Sous le poids de l'âge et des infirmités , Alcuin ne quitta plus son abbaye de Saint-Martin de Tours , et , dans une de ses lettres , il s'excuse d'une manière touchante de n'avoù" pu assister, en 800, au couronnement de « son cher élève » à Rome (1). Il
(1) « C'est une honte, lui écrivait Cliarltraagnc, de préférer les toits enfumés des gens de Tours aux palais dorés des Romains. » Alcuin répondit : « Je ne crois pas que mon corps frolc, et brisé par les douleurs quotidiennes, puisse supporter ce voyage. Je l'aurais bien désiré, si je l'avais pu. Comment me contraindre à combattre de nouveau et à suer sous le poids des armes , moi que mes infirmités laissent à peineenelatdc les soulever de terre?... te vous supplie de me laisser achever ma carrière auprès
mourut à l'âge de soixante-neuf ans, et fut enterré dans l'église de Saint-Martin. Il avait lui-même fait son épitaphe en vers latins. Peu de temps avant sa mort , les moines de l'abbaye de Saint- Slai-tin encoururent ledéplaisirdel'empereur, qui, dans une lettre qui nous a été conservée {Œuvres cVAlcuïn, t. I, p. 174, édit. Froben), les traita durement pour avoir donné asile à un ecclésiastique condamné à l'emprisonnement par Théodo! f, évêque d'Orléans. Théodolf avait obtenu de l'empereur un arrêt de saisie ; mais les moines avaient ameuté le peuple pour arracher le délinquant des mains de l'autorité. Dans la lettre citée, Charlemagne appelle ces moines « des milustres du diable, » et les cite devant son tribunal pour expier leur crime.
Pour bien connaître Alcuin, il faut l'étudier dans ses ouvrages , qui furent d'abord recueillis par André Duchesne, de Tours ( Quercetanus), sous le titre : Alchuini abbatis opéra, quai hactenus reperiri potuerunt , omnia; Lutet. Parisior., 1617, in-fol. ; mais cette édition est inférieure à celle que Froben, prince-abbé de Saint- Emmeran, a publiée à Ratisbonne : Beati Flacci Alblni seu Alcuini opéra post primam editionem de novo collecta , multis locis emendata, et opusculis prïmum repertis plurimtim aucta, variisque modis illustrata; Ratisbonœ, 1777, 2 vol. in-fol. Dans cette édition, les lettres d' Alcuin sont au nombre de 232 ; on y trouve aussi quelques lettres de Charlemagne en réponse à Alcuin ; elles sont précédées d'un sommah'e ( synopsis epïstolarum ) , et vont depuis l'an 787 jusqu'au commencement du neuvième siècle. Cependant cette collection n'est pas complète; car Pertz a récemment découvert d'autres lettres inédites. La correspondance <rAlcuin concerne particulièrement des affaires ecclésiastiques , et ne prend jamais le caractère d'une discussion philosophique. Les lettres sont, pour la plupart, adressées aux papes Adrien V' et Léon m, à Offa, roi des Merciens, et à plusieurs évêques. Dans une lettre à Adrien F'' , il reconnaît le pape comme le vicaire de saint Pierre et l'héritier de son pouvoir. Les lettres adressées à Charlemagne sont au nombre de trente ; ce sont les plus intéressantes : elles sont empreintes de l'attachement le plus sincère et d'un grand esprit de tolérance (1) ; Alcuin y désigna
de saint Martin. Toute l'énergie , toute la dignité de mon corps s'est évanouie , j'en conviens , et s'évanouit de jour en jour; et je ne la retrouverai pas en ce monde. J'avais désiré et espéré, dans ces derniers temps, voir encore une fois la face de Voire Béatitude; mais le déplorable progrès de mes infirmités me prouve qu'il y faut renoncer. J'en conjure donc votre inépuisable bonté : que cet esprit si saint, cette volonté si bienveillante qui sont en vous, ne s'irritent point contre ma faiblesse; permettez, avec une pieuse compassion , qu'un liomme fatigué se repose , qu'il prie pour vous dans ses oraisons , et qu'il se prépare , dans la confession et les jeiines, à paraître devant le Juge éternel. »
(1) « On peut, dit-il ( episf. LXXX), être attiré ù la foi, non y être forcé. Être contraint au baptême ne profite pas à la foi. » Alcuin attribue (epist. XXXVII ) aux
quelquefois son illustre élève par dilectissimus David, son très-cher David. Ces lettres, bien qu'elles ne soient pas exemptes de certaines locutions barbares, sont écrites dans un style coulant, et sont mises au nombre des modèles de la meilleure latinité au moyen âge.
Les ouvrages théologiques d'Alcuin portent sur l'exégèse, les dogmes et la polémique. L'auteur a suivi fidèlement les traces de Bède. Ses Quxstiunculse in Genesin comprennent deux cent quatre-vingts questions et réponses sur différents points de la Genèse ; elles ont été traduites en anglo-saxon. — h'Enchiridion seu expositio pia ac brevis in Psabnos pœnitentiales , fut composé à la requête d'Arnou ou d'Aquila, archevêque de Salzbourg : c'est un commentaire littéral des Psaumes , d'après la méthode de saint Ambroise, de saint Jérôme et de saint Augustin. — Ses Commentaria in sancti Joannis Evangelium , écrits sur la demande de Gisia , sœur du roi Charles, et de son amie Rechtiude, témoignent de la même déférence pour les saints Pères et Fautorité de FÉglise. — Son traité De flde sanctœ et individuœ Trinîtatis, avec une lettre à Charlemagne, a été composé avant 803 , c'est-à-dire un an avant sa mort.
Parmi ses ouvrages littéraires, nous mentionnerons un Traité sur les gi'ammaires, espèce de syllabake ; un Traité sur l'orthographe , des dialogues sur la rhétorique et sur la dialectique entre l'auteur et Charlemagne. II y définit la dialectique « le mode rationnel et efficace de distinguer la vérité de l'erreur. » — On attribue l\ Alcuin : De cursu et saltu ac bissexlo , ti'aité sur la marche de la lune , et la manière de calculer les fêtes de l'Église. On a vonlu conclure d'une lettre à Charlemagne , qu'Alcuin connaissait la forme sphérique de la terre ; mais comme il était versé dans la lecture des Grecs et des Romains , il pouvait tenir d'eux cette connaissance. — On lui attribue encore : Disputatio puerorum per interrogationes et responsiones, espèce de catéchisme ( tirée principalement des Origines d'Isidore), et imprimée pou i la première fois dans l'édition de Fabbé Froben.
Alcuin n'a pas laissé d'ouvrages historiques, et même ses vies de saints ne sont que dehomélies ou des panégyriques dont voici les titres : Scriptum de vita sancti Martini; — Vita sancti Vedasti , episcopi Atrebatensis ; — Vita sancti Rlchierii ; — De vita sancti Willibrodi, apôtre des Frisons , premier évêque d'Ûtrecht. Les poésies latines d'AIcnin, d'un style assez correct, se composent de sentences morales, d'épitaphes , d'épigrammes , etc. On cite particulièrement : De rerum humanarum vicissitudine et clade Lindisfarnensis monasteri ,
dîmes le renversement de la foi des Saxons. II voudrait qu'on se bornAt à leur annoncer le joug doux et léger (lu Christ. Les mauvais traitements qu'on leur fait subir l'affligent, et il écrit à Charlemagne pour les réprouver. ( M. V. Hebert-Duperron, Quelques aperçus sur Jlcuin, p. 23.)
poëme élégiaque adressé aux moiues de Lindisfarne à l'occasion de l'invasion des Danois en 793 ; — Poema de pontificibiis et sanctis Ecdesix Eboracensis , histoire poétique des évoques et des saints de l'église d'York du temps d'Alcuin , écrite vers l'an 785. Le poëme De Carolo magno rege etLeonis papas ad eiindem adventu est d'une authenticité très-contestable. On peut en dire autant des Libri CaroU quatuor, dirigés conti'e les décrets du concile de Nicée, touchant le culte des images.
AlcuiQ , par son savoir , n'a point devancé son époque ; ce qui ne l'empêcha point d'être plus instruit qu'aucun de ses contemporains. La théologie orthodoxe formait le fond de ses connaissances, qui n'excluaient point la philosophie. Mais sa véritable gloire est d'avoir, comme ministre intellectuel de Charlemagne , exercé une influence marquée sur son époque : il a corrigé et restitué les manuscrits de l'ancienne littérature ; il a enfin restauré les écoles et ranimé les études par son propre enseignement (1). « Al-
(1) Daus ce travail de régénération, Alcuin était puissamment secondé par Charlemagne. Les deux ordonnances suivantes, qu'on lit dans les tapitulaires, ensontla preuve:
1. « Charles, avec l'aide de Dieu, roi des Francs et des Lombards, etpatriee des Romains, aux lecteurs religieux soumis à notre domination.... Ayant à cœur que l'état de nos églises s'améliore de plus en plus, et voulant relever par un soin assidu la culture des lettres, qui a presque entièrement péri par l'inertie de nos ancêtres, nous excitons , par notre exemple même , à l'étude des arts libéraux tous ceux que nous y pouvons attirer. Aussi avonsnous déjà, avec le constant secours de Dieu, exactement corrigé les livres de l'ancienne et de la nouvelle alliance, corrompus par l'ignorance des copistes.... Nous ne pouvons souffrir que, dans les lectures divines, au milieu lies offices sacrés, 11 se glisse de discordants solccismes, et nous avons dessein de réformer lesditcs leclnres. Nous avons chargé de ce travail le diacre Paul, votre client familier. Nous lui avons enjoint de parcourir avec soin les écrits des Pères catholiques; de choisir dans ces fertiles prairies quelques fleurs, et de former pour ainsi dire des plus utiles une senle guirlande. Empressé d'obéir à Notre Altesse, il a relu les traités et les discours des divers Pères catholiques ; et, choisissant les meilleurs, il nous a offert, en deux volumes, les lectures, pures de fautes, convenablement adaptées à chaque fête, et qui suffiront à toute l'année. Nous avons examiné le texte de ces volumes avec notre sagacité, nous les avons décrétés de notre autorité, et nous les transmettons à votre religion pour les faire lire dans les églises du Christ. »
2. « Charles, avec l'aide de Dieu, etc., à Banguif, abbé, et à toute la congrégation... salut! Que votre dévotion à Bien Sctclie que , de concert avec nos fidèles, nous avons jugé utile que, dans les épiscopats et dans les monastères confiés, par la faveur du Christ, à votre gouvernement, on prit soin non-seulement de vivre régulièrement et selon notre sainte religion, mais encore d'instruire dans la science des lettres, et selon la capacité de chacun, ceux qui peuvent apprendre avec l'aide de Dieu.... Car, quoiqu'il soit mieux de bien faire que de savoir, il faut savoir avant de faire... Or plusieurs monastères nous ayant , dans ces dernières années, adressé des écrits dans lesquels on nous annonçait que les frères priaient pour nous dans les saintes cérémonies et leurs pieuses oralsons, nous avons remarqué que, dans la plupart de ces écrits, les sentiments étaient bons et les paroles grossièrement incultes; car ce qu'une pieuse dévotion inspirait bien au dedans, une langue malhabile, et qu'on avait négligé d'instruire, ne pouvait l'exprimer sans faute. Nous avons dès lors commencé à craindre que , de même qu'il y avait peu d'habileté à écrire, de même l'intelligence des saintes Écritures ne fut beaucoup moindre qu'elle ne '
ALDANA 72G
cuin , dit M. Guizot , est théologien de profession; mais l'esprit théologique ne règne point seul en lui; c'est aussi vers la philosophie, vers la littérature ancienne que tendent ses travaux et ses pensées : c'est là ce qu'il se plaît aussi à étudier, à enseigner, ce qu'il voudrait faire revivre. Saint Jérôme et saint Augustin lui sont très -familiers; mais Pythagore, Aristote , Aristippe , Diogène , Platon, Homère , Virgile , Sénèque , Pline , reviennent aussi dans sa mémoire. La plupart de ses écrits sont théologiques ; mais les mathématiques , l'astronomie , la dialectique , la rhétorique , le préoccupent habituellement. C'est un moine, un diacre, la lumière de l'Église contemporaine ; mais c'est en même temps un érudit , un lettré classique. En lui commence enfin l'alliance de ces deux éléments dont l'esprit moderne a si longtemps porté l'incohérente empreinte, l'antiquité et l'Église, l'admiration, le goût, dirai-je le regret de la littérature païenne et la sincérité de la foi chrétienne , l'ardeur à sonder ses mystères et défendre son pouvoh". » {Histoire de la civilisation, etc., t. n, p. 208; Paris, 1840.)
Nous n'avons d'autres sources sur Alcuin que ses œuvres et sa vie, en latin, par un anonyme qui cite Sigulfe , élève d'Alcuin et son successeur à l'abbaye de Ferrières , et qui parait avoir écrit vers l'an 829.
Histoire littéraire de la France, t. IV, p. 293. — Dona Ceillier, Histoire des auteurs sacrés et ecclésiastiques, t. XVIII. — Bioçjrapkia Britannica litteraria,- London, 1842. — Bahr, Gescliichte der Rômischen literatur im Karolingischen Zeitalter ( Histoire de la littérature romaine à l'époque des Carlovingiens). — F. Loreuz, Fie d'/ilcuin (en allemand); Halle, 1829. — Xmp ère, Histoire littéraire de la France avant le douzième siècle, t. III. — Guizot, Histoire de la civilisation un France, t. U. — L'abbé Hébert Duperron, Quelques aperças sur Alcwm, br. in-8° (de 42 pages); Valogne, 1850.
ALCYONics. Vorj. Alcionius.
*ALDABi, rabbin espagnol , vivait dans la seconde moitié du quatorzième siècle. Il est l'auteur du Shevile Emuna (les Sentiers de la foi)^ ouvrage célèbre parmi les théologiens juifs. Cet ouvrage a été imprimé en caractères hébreux carrés à Trente, 1559, in-4°, à Amsterdam, 1627, in-4°, et ibid., 1708, in-8\
Bartoloccl , Bibliotheca magna rabbinica , t. IV, p. IS. — Wolf, Bibliotheca hebr., I, 745. — De Rossi, Dizionurio storico degli autori ebrei , 1 , 4S. — Imbonatus , Adventus Messies, p. 46.
* ALDANA (Camé), écrivain italien, d'origine espagnole, vivait au seizième siècle. Il a laissé un
devait être... Nous vous exhortons donc non-sculeraent à ne pas négliger l'étude des lettres, mais à travailler d'un cœur humble et agréable à Dieu, pour être en état de pénétrer facilement et sûrement les mystères des saintes Écritures. Or il est certain que, comme il y a dans les saintes Écritures des allégories, des figures et autres choses semblables, celui-là les comprendra plus facilement, et dans leur vrai sens .spirituel , qui sera bien instruit dans la science des lettres. Qu'on choisisse donc pour cette œuvre des hommes qui aient la volonté et la possibilité d'apprendre, et l'art d'instruire les autres... Ne manque pas , si tu veux obtenir notre faveur, d'envoyer un exemplaire de cette lettre à tous les évoques suffragants et à tous les monastères. » (Baluze, t. I.col. 201. )
opuscule posthume sur les en-eurs du vulgaire :
Viscorto contra il volgo, in cui con biione ragtoni si reprovnno moite sue /aise opinioni; Fiorenza, Giorg. Marescotti, 1578,iii-8", publié par Alex. Puccinelli , ami de l'auteur. E. D.
Catalogae inédit de la Bibliothèque nationale.
*ALDE (Henri Van), peintre et graveur hollandais, vivait à Amsterdam vers le milieu du dix-septième siècle. Parmi ses tableaux les plus estimés , on cite les portraits des amiraux Ruyter et de Witte.
ïle\neken , Dictionnaire des artistes dont nous avons des estampes.
ALDE (Jean-Baptiste), jésuite, né à Paris le 1" février 1674, mort le 18 août 1743. Il fut secrétaire du P. le Tellier, et directeur de la Congrégation des Artisans. Ses œuvres principales sont : une Description de la Chine et de la Tartarie chinoise, 4 vol. in-fol., et quelques lettres dans le recueil des Lettres édifiantes.
ALDE MANCCE. Voy. MaNUCE.
ALDEBERT OU ADALBERT, hérésiarque, vivait au milieu du huitième siècle chez les Francs. H affecta une dévotion austère , prit les ordres et devint évêque, mais sans diocèse fixe. Ses doctrines se rapprochent singulièrement de celles du protestantisme. Il se fit remarquer par l'opposition qu'il montra le premier à l'introduction des maximes et des coutumes de l'Église romaine en Allemagne. Il signala comme superflue la multiplication trop grande des saints. n regarda comme inutiles certaines pratiques rehgieuses, telle que la confession auriculaire, etc. Pour donner plus de poids à ses doctrines , il se disait possesseur d'une lettre écrite par J.-C. lui-même et tombée du ciel à Jérusalem , d'où elle lui avait été apportée par l'archange saint Michel (1). Il se disait aussi possesseur de reliques d'une, vertu admirable , qu'il distribuait au peuple , avec des mèches de ses cheveux et des rognures de ses ongles ; il remettait les péchés sans confessions , se moquait des pèlerinages , faisait bâtir des oratoires dans des lieux déserts, et élevait des croix au bord des fontaines et dans les bois. Enfin il se fit, dit-on, invoquer lui-même comme une divinité. Aussi l'archevêque Boniface, apôtre des Allemands , l'accusa-t-il de détestable hérésie , et d'une présomption qui l'aurait porté à se mettre au-dessus des apôtres et des martyrs. H le fit condamner au concile de Soissons , assemblé par Pépin, duc des Francs, en 744. Deux années après, dans un concile convoqué à Rome par le pape Zacharie , Aldebert fut condamné à la détention, et ses écrits brûlés. Il parvint à s'échapper de sa prison; mais il fut assommé par une troupe de bergers sur les rives de la Fulde. Cette dernière partie de l'histoire d'Aldebert est incertaine. On trouve quelques fragments des écrits de cet hérésiarque dans l'appendice
(1) Cette lettre a été imprimée, sur un manuscrit de Tarragone, par Baluze, Capitular., t II, p. 1396-1399. On n'y trouve rien de contraire à la religion. L'auteur insiste surtout sur la sanctification du dimanche.
ALDANA — ALDÉGONDE
des Capitulaires de l'édition de Baluze, dans les Lettres de saint Boniface et dans les Actes du concile romain.
E. Alex. Vinvitwevix,Epistolx sanctiBonifacii, cwn notis, etc.; Mayence, 1789. — Serrarius, Hist. Mogunt. — Histoire littéraire de la France, t. IV, p. 82.
ALDEGATi ( Marc- Antoine) , poète italien, natif de Mantoue, était professeur de poésie latine à Ravenne en 1483. Il a laissé plusieurs poésies inédites. On cite de lui , entre autres, un poëme latin en douze bwes, intitulé Gigantomachia, conservé à Mantoue dans la famille des Aldegati, et le commencement d'un autre poëme intitulé Herculaïs , à la louange du duc de Ferrare Hercule ¥% dont le manuscrit est à Modène, dans une bibliothèque particulière. Enfin , la bibliothèque Laurentienne , à Florence, possède de lui quatre livres d'élégies, dont Bandini a donné une notice exacte, avec quelques extraits, dans son Catalogue des manuscrits de cette bibliothèque (Catalogus codicum latinorum bibliothecee Mediceœ Laurentianse , vol. HT, p. 829.)
Tiraboschi, Storia délia letteratura italiana, t. VI.
ALDÉGONDE (sainte), née en 630 à Cousobre dans le Hainaut, morte le 30 janvier 680, selon d'autres en 684 ou 689. Son père Walbert était allié aux rois de France, et sa nièce Bertille descendait des rois de Thuringe. Après la mort de ses parents, Aldégonde se rendit à l'abbaye d'Hautmont , et prit le voile des mains de saint Amand, évêque de Maestricht. Elle consacra sa fortune à faire élever, dans un lieu sauvage baigné par la Sambre, un monastère de religieuses, qui est l'origine du célèbre chapitre des chanoinesses de Mauberge. Son corps a été inhumé dans la maison qu'elle avait fondée. La fête de cette sainte est très-ancienne dans le Hainaut, car elle est déjà mentionnée dans les calendriers du temps de Louis le Débonnaire et dans le martyrologe d'Usard. La vie de cette sainte a été publiée par André Triquet, sous le titre : Sommaire de la vie admirable de la très-illustre princesse sainte Aldégonde, miroir des vertus, patrone de Maubeuge ; Liège, 1625. On la trouve aussi, avec des conunentaires , dans"^cto sanctorum Belgii ; in-4°, Bruxelles , 1783-1789.
André Triquet, Vie admirable de la très-illustre sainte Aldégonde, etc.; Maub., 1637, in-12.
ALDEGONDE (Philippe Van Marnix), seigneur de Mont-Saint-), célèbre httérateur et diplomate, né à Bruxelles l'an 1548, mort à Leyde en 1598. Il a publié plusieurs écrits sur la théologie , et a traduit les Psaumes de David, de l'hébreu, en vers hollandais. Il étudia à Genève, où Calvin lui inspira un attachement inaltérable à la religion réformée. De retour dans sa patrie, les persécutions que les réformés y essuyèrent le déterminèrent bientôt à chercher ailleurs un asile. On dit que c'est par lui que fut rédigé le célèbre pacte des nobles, pour les libertés de croyance, de culte et de conscience,
ALDEGONDE — ALDENBRUCK
remis à la gouvernante des Pays-Bas l'an 1566. Son nom , du moins , figure parmi les signataires de cet acte. Depuis, il semblait s'être voué entièrement au service de ces pays opprimés et de Guillaume l", prince d'Orange , qui le députa en 1572 à la première assemblée des états de Hollande à Dordrecht, pour y soutenir par son éloquence la cause de la liberté; puis à Harlem, pour y faire quelques changements importants dans les lois. Nommé ensuite commandant militaire de plusieurs places, il tomba entre les mains de l'ennemi, qui l'emmena prisonnier à Utrecht. Dans le temps de sa captivité , des négociations de paix furent entamées avec l'Espagne : Aldegonde fut mis en liberté sous caution , et envoyé au prince d'Orange pour le sonder. Ces négociations n'eurent point de suite : Aldegonde retourna en prison, et ne recouvra sa liberté qu'en 1574. Mais les négociations pour conclure la paix avec le roi d'Espagne ayant été reprises à Breda, Aldegonde fut un des ministres qui furent choisis pour défendre les intérêts du pays. Ensuite les états l'envoyèrent successivement en ambassade près des cours de Paris et de Londres , et de là, en 1577, à la diète de Worms, où , dans un discours très-éloquent , il dépeignit avec les plus vives couleurs la tyrannie espagnole. Ce discours a été publié et même traduit en vers hollandais. Après que les Provinces-Unies se furent déclarées indépendantes , les états envoyèrent une ambassade solennelle au duc d'Anjou, pour lui déférer le protectorat : Aldegonde en fut un des plénipotentiaires. L'an 1584, il fut nommé par le prince bourgmestre d'Anvers, qui, la même année, fut assiégée parle prince de Parme, et défendue pendant quelque temps par le bourgmestre. La reddition de cette ville lui suscita un procès. Les états généraux, qui eurent à juger sa conduite, le renvoyèrent absous. Cependant il se retira des affaires, et ce n'est qu'en 1590 qu'on le voit de nouveau revêtu de la dignité d'ambassadenr des états généraux à la cour de France. H servit encore le prince Maurice en plusieurs missions plus ou mois importantes, et en 1594 il entreprit de traduire la Bible, de l'hébreu en hollandais , par ordre des états ; mais la mort le surprit avant l'achèvement de ce travail. [Enc. des g. du m.]
De Thou, Hist., lib. 9. 66, 71, 77 et 80. — Strada, De bello Belg. — Meursius, Mhen.Batav., lib. H. — Melcliior Adam, m yit. germ. Jurisc.
ALDEGRAEF OU ALDEGREVER {Henri),
peintre et graveur allemand, né à Soest en Westphalie, en 1502, mort vers 1562. Élève d'Albert Durer, il se distingua par la correction du pinceau, la légèreté du burin. Son dessin cependant présente beaucoup de sécheresse, et tient un peu de la manière gothique. Ses gravures sont toutes exécutées dans le style gothique ; les plus recherchées sont Y Histoire de Susanne ; phtsieurs sujets de l'histoire romaine; les Travaux d'Hercule; les Danseurs ; les quati'e Évanrjé-
listes , Ib. Lucrèce, \ts> Portraits de Jean de Leyde,Yoi des anabaptistes, de Luther, d c Mélanchthon, de KnipperdolUng , etc. Aldegrever fut classé parmi les graveurs appelés^e/fi?5 maîtres, à cause de l'extrême finesse de leur burin et de la petitesse de leurs gravures. Son œuvre se compose d'environ trois cent cinquante pièces : il gravait aussi tiès-bien sur bois. On a de lui en ce genre une Résurrection , datée de 1512, et fort estimée. Cet artiste mourut pauvi-e, dans le lieu de sa naissance, dont il avait pris le nom ; car on l'appelait aussi Albert de Westphalie. Son monogramme est un H et un A , fondus en un seul caractère, et avec un G entre les jambages.
Sandrat, Acad. pict. chart., part. 2, lib. III. — Heinecken , Dictionnaire des artistes. — Nagler, Neues Allg. KUnstler-Lexicon.
*ALDEGirELA ( foseph-Martin de), architecte espagnol , né à Menzaneda en 1730 , mort à Malaga en 1802. H était élève de Joseph Corbinos, de Valence. H a construit ou réparé plusieurs églises et couvents à Ternel et à Cuença. Mais l'ouvrage qui lui fait le plus d'honneur est le nouvel aqueduc de Malaga, qui amène l'eau à cette ville de deux lieues de distance.
Bermudez, en appendice à Laguno, Noticias de los arquitectos y arquitectura de Espafla,
l AI.DÉGUIE.R {Flavien d'), officier supérieur de cavalerie, administrateur actuel des hospices civils de Toulouse , membre de la Société d'agi'iculture de la Haute-Garonne , a jusqu'ici publié les ouvrages suivants : Livre des commandements ; Toulouse, 1830, in-8°; — Des principes qui servent de base à l'instruction et à la tactique de la cavalerie; ibid., 1843; — Éloge historique du lieutenant général , pair de France, Jean-Gérard de Lacuée, comte de Cessac; ibid., 1845 ; — Éloge historique de M. le baron de Malaret , pair de France , ancien maire de Toulouse ; ibid., 1846 ; — Notices historiques sur les lieutenants généraux comtes de la Perrière et Compans , sur le maréchal de camp baron Lejeune, etc.; ibid., 1848 ; — Étude historique sur la vie privée et militaire de Joseph-Maximilien de Caffarelli du Falgar, général de division du génie , etc.; Toulouse (Jougle), 1849; in-8''. ' E. D.
*ALDEi\BERGER {Jean), écrivain allemand, né à Kitzingen (Bavière) en 1561. A l'âge de vingt-trois ans il fut nommé pasteur de l'église de Markt-Bijrgel. Il s'est fait connaître par un ouvrage curieux intitulé Fewerspiegel ( Miroir de feu); Nuremberg (LeopoldFuhrmann), 1611, in-8°. C'est l'histoire des plus terribles incendies qui eurent lieu dans l'Allemagne et les provinces voisines, depuis la naissance du Christ jusqu'au commencement du dix-septième siècle.
Adelung, Suppl. au Lex. de Jôclier.
*ALDEIVBRUCR {Augustin), archéologue et jésuite allemand , vivait dans la première moitié du dix-huitième siècle. Il s'est occupé de recherches intéressantes sur les monuments , le
731 ALDENBRUCK
culfe , les monnaies, les coutumes et les cérémonies des Ubiens, ancien peuple de la basse Germanie , et a publié le résultat de ses travaux dans un mémoire intitulé De religione antiquomm Vbiorum dissertatio historico-mythologica; editio altéra, Cologne ( Henr. Noethen), 1749, in-4°. E. D.
Catalogue de la Bibliothèque nationale.
*At,DERETE {Diego Garcian de), helléniste espagnol, vivait dans le seizième siècle. Il étudia à Louvain sous le célèbre Louis Vives , et devint très-versé dans la littérature ancienne. D fut l'un des secrétaires de Charles-Quint, et conserva les mêmes fonctions sous Pliilippe II. On a de lui des traductions espagnoles de Xénophon ( Salamanque, 1552, in-fol. ), de Thucydide ( ibid., 1564, in-fol. ), des Œuvres morales de Plutarque ( Alcala, 1542, et Salamanque, 1571, in-fol. ), d'Isocrate, de Dion, et d'auteurs latins et français.
Nie. Antonio , Biblîoth. hisp. nova, 1. 1, p. 286.
ALDERETE OU ALDERÈDE (Joseph et Bernard ), deux, frères, nés àMalaga vers le mUieu du seizième siècle (Joseph naquit en 1560, et mourut en 1616). Ils embrassèrent tous deux l'état ecclésiastique, et se distinguèrent également dans l'étude des lettres. Us se ressemblaient tellement au physique, que le célèbre Gongora les appelait les burettes, ajoutant que, pour les distinguer, il fallait les flairer : il faisait par là allusion à l'haleine forte de l'un d'eux. Joseph se démit d'un canonicat de Cordoue en faveur de Bernard pour entrer dans la Société des jésuites, et devint recteur du collège de Grenade. On a de lui un traité De religiosa disciplina tuenda, Séville, in-4°, 1615, et un écrit sur l'Exemption des ordres réguliers, Séville, 1605. Bernard, très-versé dans les langues orientales, étaitmi des hommes les plus estimés de son temps pour son savoir et ses qualités personnelles. Outre quelques ouvrages inédits , on a de lui : 1° Origine y principio délia lingua castellana; Roma, 1606 et 1674; réimprimé à Madrid, 1682, in-fol.; — T Varias antiguëdades de Espafia, Africa y otras provincias; Anvers, 1614 , in-4°; — 3° une collection de lettres sur l'^î^c/iaris^ie;— 4° une lettre au pape Urbain Yin sur les reliques de quelques martyrs, sous le titre : <I>atv6[j.eva, sive corruscaniia Lumina, etc.; Cordoue, 1630, in-fol.
Nicolas Antonio , Bibliotheca hispana nova. — Aiig. Pleiffer, De lingua protoplastoriim.
ALDEKisio ( Albert ), jurisconsulte italien, né à Morcone dans le royaume de Naples, vivait dans la seconde moitié du dix-septième siècle. On a de lui : De assistentia ad germamim intellcctum regise pragmaticœ ; Naples, 1671, in-fol. ; — Tractatus de symbolicis contractibus ; ibid., 1675 , in-fol. — De hseredibus iWsque diversis tractatus singularis; Naples, 1683, in-fol.; — Dehsereditariisactïonibus;'^di])\&?,, 1^86 in-fol. i Mazzuclielli, Scrittori d'Italla.
— ALDHELM
ALDEROTi ( Taddée ), célèbre médecin praticien, né à Florence en 1215, mort en 1295. Il ternit un peu sa renommée en demandant 10,000 écus d'or au pape Honorius iV, pour l'avoii- guéri d'une maladie dangereuse. Dante, dont il M l'ami , le nomme fils d'Hippocrate.
Villani, rie d'Aldevoti. — Hommes illustra de \a Toscana, tome l^f, édition de 1771.
ALDERSON ( Jean ), médecin anglais, né à Lowestoft en 1758, mort en 1829. Il exerça longtemps la médecine à Hull et à Whitby. On a de lui : An essay on the nature and origin ofthecontagioncffevers;BuW, 1788, in-8°; — An essay on rhus toxicodendron ; Hull, 1794, in-8"; — An essay on apparitions; Lond., 1823, in-8°.
BiograpJiical Dictionary.
ALDESTAX ou ADELSTAN. FOJ/. AtHELSTAN.
ALDHELDi OU ADELM (saint), moine cl évêque anglais , né dans le Wiltshire vers 030 , mort à Dulting le 25 mai 709. 11 fut élevé en France et en Italie. De retour dans son pays , il embrassa l'état ecclésiastique , et fonda un monastère dont il fut le premier abbé. Lorsque U royaume des Saxons occidentaux fut partagé er deux diocèses , Winchester et Sherborn , Aldhelm fut nommé par le roi Tna à ce deiniei évêché. Il alla se faire sacrer à Rome par le papi Sergius F'", avec qui il vivait, dit-on, assez familièrement pour lui reprocher un jour son incontinence. Aldbelm composa plusieurs ouvrages entre autres un livre en prose et en vers à h louange de lavirgmité, Liber de virginilale dont la meilleure édition se trouve à la fin di celle de H. Warthon des oeuvres de Bède, Lon dres, 1693, in-4°. Il fut le premier Anglais qn écrivit en latin , et introduisit la poésie latin< chez ses compatriotes. Il paraît avoir eu con naissance des principaux classiques de la Grec» et de Rome. Il avait composé plusieur.s chansons populaires, qu'on chantait encore du temp; de Cambden. Yoici comment s'exprime à c( sujet Guillaume de Malmsbury : » 11 est pro « bable que cet homme illustre s'occupait (l( <c ces bagatelles, parce que le peuple, alors ; « demi barbare, était peu attentif à rinstruclior « divine : il avait l'habitude de .sortir de l'églisi >t aussitôt que la messe était chantée. Le saini « prélat, se plaçant sur un pont qui conduisail « de la ville à la campagne , engageait souvcnl « les passants à s'arrêter , en se disant habik <c chanteur. Par cet artifice il obtenait la faveur "■ des gens qui l'environnaient, et, en leur ad tes « sant par occasion des discours sur les saintes^ « ÉcritureSjparvenaitàproduired'heureux clian- « gementsdans les mœurs de ses compatriotes; « ce qu'il eût tenté vainement par une comluile n plus sévère. » Aldbelm fut rais au nombre des saints après sa mort. Il eut pendant sa vie la réputation d'un orateur éloquent, d'un grand poète et d'un excellent théologien, ce qui lui valut le titre de Doctor egregiiis. Il a écrit sui'
ALDHELM — ALDJAYHANY
la nature des êtres insensiLles , sur l'arithmétique, sur l'astrologie, la discipline des philosophes , et sur les huit vices principaux. Dalrio fit imprimer à Mayence, en 1601, ses traités De Imide vlrginum, De vi7^ginitate,- De celebratione Paschatis, etc. Sa vie, écrite par Guillaume de Malmsbury , se trouve dans les Acûa Sanct. ordinïs S. Benedicti. Une partie de ses écrits a été insérée dans la Bibliothèque des Pères.
Uède, Hist. Jngl., liv. VIII, c. 19. — Leyser, Hisloria poetarum ynedii sévi, p. 198. — Wright, Biographia Britannica Uteraria, vol. I. — Fabricius, Biblioth.latina in/, etmed. set., vol. I, p. 142.
ALDiNi {Antoine, comte), homme d'État, né en 1756 à Bologne, mort le 5 octobre 1826. Il étudia le droit dans sa ville natale, et continua ses études à Rome ; plus tard il devint professeur de jurisprudence à Bologne , et fiit envoyé à Paris par ses concitoyens à l'époque de la révolution , lorsque sa patrie se sépara des États romains. Ami de Bonaparte, il entra au conseil des anciens de la république cisalpine. En 1801, il fut membre de la consulte de Lyon , puis président du conseil d'État. H perdit bientôt cette place par l'influence du vice-président, comte de Melzi. En 1 805, Napoléon le nomma comte, et secrétaire d'État au ministère d'Italie. Après la chute de l'empereur, Aldini sut se ménager la confiance du ' gouvernement autrichien , et vécut paisiblement à Milan. Il mourut à Pavie, après avoir reçu peu ; auparavant les adieux de Napoléon, que ce grand \ homme lui avait adressés à Sainte-Hélène, et que ■ M. Antommarchi lui transmit. Le magnifique château de Montmorency près Paris, dont il était devenu propriétaire, et qu'il avait fait, avec beaucoup de goût , décorer par des artistes italiens , fut en partie démoli par les alliés en 1815 , et vendu à la bande noire.
Elideo, Memorie intorno alla vita di Ant. Aldini; Pavie, 1835, in-16. — Conversations-Lexicon.
* ALDINI (Jean), physicien italien, né à Bologne le 10 avril 1762 , mort le 17 janvier 1834. Neveu du célèbre Galvani , il montra de bonne heure un goût marqué pour les sciences physiques. En 1798, il succéda à son maître, Canteraani , dans la chaire de physique à l'université de Bologne, et fut un des premiers membres del'Institut national d'Italie, à la fondation duquel il avait contribué. Il légua une sonune considérable pour la fondation d'une école de physique et de chimie à Bologne, destinée ti l'instruction des ouvriers.
Aldini possédait plusieurs langues , et toutes les facultés nécessaires à vulgariser la science. Il s'était surtout occupé de questions éminemment pratiques , telles que l'application du galvanisme à ia médecine , l'éclairage au gaz , l'appareil de sauvetage à l'épreuve du feu , etc. Ses ouvi'ages , publiés en français, en italien et en anglais, ont pour titre : Précis d'expériences galvaniques; Paris, 1803, in-8°; — Essai théorique et expérimental sur le galvanisme, avec une
série d'expériences; Paris, 1804, in-4°; — Osservazioni sulflusso del mare; Milan, in-8°; — Sperienze sulla leva idratilica; Milan, 1811, in-S"; — Saggio esperimentale suW esterna applicazione del vapore ail' acqiia dei bagni, etc.; MUan, 1818,in-8°; — General views on the application of galvanisme ta médical purposes , principallij in cases qf suspended animation ; honàoïv , 1819, in-8°; ouvrage dédié à la Société royale de Londres ; — Saggio di osservazioni sut mezzi atti a migliorare la costruzione e illuminazione dei fari; Milan, 1823, in-8°; — l'Art de se préserver de l'action de la flamme; Paris, 1830, in-8° ; — A short account of experiments mode in Italy and recently repeated in Geneva and Paris , for preserving human Ufe and abjects of value from destruction bijfire; London, 1830, in-8°; — Expériences faites à Londres , eic. ', Paris, 1830, in-8°. Ces expériences avaient été faites avec un appareil de sauvetage en asbeste, matière minérale qui résiste au feu, et que l'on peut tisser comme du lin.
Jipàldo , Biografta degli Italiani illustri, etc., IV, p. 287. — Henrion, Anmiaire biographique, I, lo.
ALDINI (Tobie), de Césène , médecin du cardinal Edouard Farnèse, dans le dix-septième siècle. Ce cardinal le nomma en même temps directeur de son jardin botanique à Rome. Aldini publia la description des plantes les plus rares de ce jardin , sous le titre : Exactissima descriptio rariorum quarundam plantarum qu3e continentur Romse in horto Farnesiano; Romse, 1625, petit in-fol., cum tabul. XXVIII. On a dit qu'Aldini n'était que le prête-nom du livre, et que le véritable auteur était Pierre Castelli , médecin de Rome ; mais Bertholin , ami de Castelli , dit positivement que ce dernier n'a fait qu'aider Aldini. Ce hvre renferme entre autres la première description exacte et savante d'une espèce nouvelle d'acacia ou mimosa, qui a conservé le nom spécifique de Famesianu. Jôcher, AUgem. Gelehrt. Lexicon, avec le supplément d'Adelung. — Erscli and Gruber, AUgem. Encyc.
ALD.ÎAYHAKY ( Ben-Ahmed-Aboti-Abd-Allah- Mohammed) , géographe arabe, originaire de la ville de Djayhan (dans le Khorassan), né dans la seconde moitié du neuvième siècle do J.-C, mort vers le milieu du dixième siècle. Il entra au service du prince Ismaël , fils d'Ahmed, de la dynastie des Samanides, dans le Khorassan et la Transoxiane. Il conserva ses fonctions sous Ahmed , fils d'Ismaël , et devint, en 913, gouverneur de province. Celui-ci ayant été tué par ses serviteurs , le vizir fut chargé du gouvernement au nom de son fils Aboul-Hassan-Nasr. 11 profita de sa position pour se procurer divers renseignements géographiques, notamment sur les contrées voisines du Khorassan. n avait coutume de réunir auprès de lui lesvoya geurs et les étrangers , et il les questionnait pour comparer leur récit avec les relations les plus
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estimées. L'ouvrage qui fat rédigé par ses ordres portait le titre de Livre des votes pour connaître les royaumes, et se distinguait par l'abondance des détails précieux sur la vallée de rindus et la presqu'île de l'Inde. C'est probablement dans cet ouvrage qu'Édrisi a puisé beaucoup de remarques. La presqu'île de l'Inde, la vallée de l'Indus , la chaîne de l'Indoukousch et la plus grande partie de l'Afghanistan actuel étaient alors occupées par des populations qui professaient le bralunanisme et le boudhisme. Aldjayhâny, sectateur zélé de l'islamisme, était impatient de soumettre ces vastes régions aux lois du Coran, et de faire ce que les princes gaznévides exécutèrent près d'un siècle après : voilà pourquoi il avait eu soin d'indiquer les ressources propres à chaque pays. La mort l'ayant atteint avant qu'il terminât son travail , l'ouvi-age fut refondu et abrégé par Abou-Bekr- Ahmed, ffls de Mohammed, originaire de la ville d'Hamadan, et plus connu sous le surnom 'de fils du Fakyr. Aldjayhâny croyait à l'astrologie; et, d'après une idée empruntée aux Grecs, idée qui fut adoptée par plusieurs géographes postérieurs, il avait placé chaque climat sous l'influence de l'une des sept planètes.
M. Reinaud, Géographie d'Aboulféda, Introduction, tom. 1.
ALDOBRANDiNi, famille célèbre de la Toscane, originaire du village de Lasciano près de Pistoia, et établie à Florence depuis le douzième siècle. Elle s'éteignit en 1681 dans Octavie, fille de Jean-George Aldobrandini , prince de Rossano, et ses biens passèrent entre les mains des Borghèse et des Pamfili. La villa Aldobrandini, sur le mont Quirinal, à Rome, contenait autrefois la célèbre fresque trouvée dans les thermes de Titus, et connue sous le nom de Noces Aldobrandines : ce monument de l'art antique se trouve aujourd'hui au Vatican. Les Aldobrandini favorisaient , au moyen âge , les Guelphes , et ont fourni plusieurs hommes célèbres , dont voici les principaux dans l'ordre chronologique :
Silvestre aldobrandini , jurisconsulte , né àFlorence le 23 novembre 1499, mort à Rome le 6 janvier 1558. H professa quelque temps le droit à Pise. De retour dans sa patrie, il fut impUqué dans des luttes politiques : ayant pris parti contre les Médicis, il fut exilé et privé de tous ses biens. Paul EU l'accueillit à Rome, et le nomma avocat du fisc et de la chambre apostolique. Parmi ses divers ouvrages de jurisprudence, dont Mazzuchelli a donné la liste , on remarque : Consilia;De usuris; Comment. in llb. I Instituti Justiniani, etc. Aldobrandini eut trois fils, dont Tun, Hippolyte, devint pape sous lenom de Clément VIII {voy. ce nom), et ime fille, qui devint mère du cardinal Cinzio-Passero Aldobrandini.
Mazzuchelli, Scrittori d'Italia, tom. I , part. 2.
Jean aldobrandini , cardinal , né vers l'525, mort à Rome en 1573, fils de Silvestre
ALDOBRANDINO 736
Aldobrandini, fut d'abord auditeur délia rota, puis évêque d'Imola; enfin, en 1570, il reçut la pourpre des mains de Pie V. Il fut employé dans différentes missions auprès de plusieurs souverains , pour les engager à former une ligue contre les Turcs. H a été enterré à Rome dans l'église de Sainte-Marie, où l'on voit sa statue en marbre.
Biagio Adimarl, Memorie istoricke di diverse f amiglie nobili. — Mecatti , Storia genealogica délia nobiltà e cittadinanza di Firenze.
Thomas aldobrandini , le plus jeune des trois fils de Sylvestre, né à Rome vers 1540, mort au commencement du dix-septième siècle. H fut nommé secrétaire des brefs après la mort de Pogge, en 1 568. On ignore les détails de sa vie ; on sait seulement qu'il était frère du pape Clément Vm, et qu'il mourut à la fleur de l'âge, en laissant une traduction des Vies des philosophes, de Diogène Laërce, avec des notes publiées à Rome en 1594, in-fôl., par les soms de son neveu le cardinal Pierre Aldobrandini, archevêque de Ravenne (né le 31 mars 1571, mort le 10 février 1621), qui avait lui-même composé : Apophthegmata de perfecto principe, Francf., 1608, in-8"; et Aphorismi politici, ibid., 1614, m-S". On cite encore de Thomas Aldobrandini un commentaire sur le livre d'Aristote. De physico auditu. Ces ouvrages ont été loués par Vettori Buonamici et Casaubon.
Mazzuchelli, Scrittori d'Italia.
Cinzio-Passero aldobrandini, cardinal , mort vers le commencement du dix-septième siècle. Fils d'un bourgeois de Senigaglia et d'une sœur de Clément Vin , il prit le nom de son oncle, et fut nommé cardinal en 1593, sous le titre de Saint-George. C'était un grand ami du Tasse, qui lui dédia sa Gerusalemme conquistata. Son frère Pierre, de vingt ans plus jeune, également cardinal, fut légat en France, 'et termina les différends qui existaient entre Henri IV et le duc de Savoie en 1601.
n avait encore un autre frère, Jean-François Aldobrandini, qui embrassa l'état militaire. D fit les campagnes de la Turquie sous l'empereur Rodolphe H, et mourut à Waradin en 1601. Son fils Silvestre devint cardinal , et son neveu Jean-George , prince de Rossano, dans le royaume de Naples.
aldobrandini ( Joseph ) , musicien italien, florissait à la fin du dix-septième et au commencement du dix-huitième siècle à Bologne. Il avait appris les principes de son art de Jacques Parti, et devint, en 1695, membre de l'Académie des philharmoniques, qu'il présidalongtemps. Le duc de Mantoue le nomma maître de musique de sa chapelle. On a de lui divers morceaux de musique pubhés en 1701, 1703 et 1706, qui ont,été recueiUis et gravés à Amsterdam.
Fanluzzl, ^'otices sur les écrivains de Bologne (en italien); Bologne, 1781.
ALDOBRANDINO ( Florentin ) , par abréviation i)mo , médecin italien, né vers le milieu
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du ti-eizième siècle , mort à Florence le 30 septembre 1327. n étudia la médecine à Bologne, et il y professa ensuite cette science; mais, pour prévenir les effets de la jalousie de ses confrères, il alla s'établir à Sienne. On lui doit des notes sur Avicenne et Galien , sur le traité d'Hippocrate , Le la nature du fœtus. Il a laissé aussi un commentaire de la célèbre chanson de Guy Cal- Talanti.
Éloges des illustres Toscans, t. I; Lucques,i77i.
*ALDRED , surnommé le Glossateur ou Presbyter , écrivain anglo-saxon , vivait vers le commencement du neuvième siècle. On a de lui une glose ou interprétation interlinéaire des quatre Évangiles latins , connus sous le nom de Livre de Durham ( manuscrit précieux et unique de la bibliothèque Cottonienne). Cette glose est le seul monument complet qui nous reste du dialecte anglo-saxon , mêlé de beaucoup de formes danoises. Elle est tracée en beaux caractères très-lisibles , et l'auteur signe Aldred Presbyter, indirjnus et miserrimus.
Selden, Historien anglicanse scriptores X ; Lond., 1652, préface, p. xxv. — H. Wanley, Librorumveterum septentrionalium Catalogus ( formant le tome II du Thésaurus d'Hickes ) ; Oxon., 1703, in-fol., p. 250.
ALDRED, ALRED OU EALRED, archevêque d'York , né vers le commencement du onzième siècle , mort en 1069. D'abord moine de "Winchester, puis abbé de Tavistock, il devint en 1046 évêque de Worcester. D fut le premier des évêques de son pays qui entreprit, en 105a, le voyage de Jérusalem, en traversant la Hongrie. Edouard le Confesseur lui confia ensuite une ambassade importante auprès de l'empereur Henri H. Aldred resta un an en Allemagne , et revint dans son pays , où il possédait de riches îénéfices. H administra quelques années le siège le Hereford et celui de Wilton , pendant l'absence de l'évêque Hermann, et obtint en 1060 l'ar- ;hevêché d'York , avec la permission de conserf'er, comme commendataire , l'évêché de Wor- ;ester. Le pape Nicolas II lui refusa d'abord le )anium, pour cause de simonie. Aldred ne l'obint qu'après avoir résigné le siège de Worcester, lont il retint cependant douze manoirs ou illages sous son autorité. La conduite politique le l'archevêque Aldred ne fut pas exempte de eproches ; et la versatilité de ses principes parut lairement dans la dernière- partie de sa vie. A leine Edouard fut-il mort, qu'Aldred appuya es prétentions de Harold à la couronne. Après î victoire remportée sur ce prince par Guilîurne de Normandie à la fameuse journée d'Hasings, Stigand, archevêque de Canterbury , reisa de couronner le vainqueur; mais Aldred se hargea de cette cérémonie. Lorsque les habiints d'York et des comtés du nord, appuyés 'm corps de Danois, se déclarèrent en faveui 'Edouard Atheling, Aldred , soit par chagrin, oit par crainte , tomba malade, et mourut. On iconte que ce prélat , qui avait lui-même con- :icré les prétentions de Guillaume, eut aussi
KOUV, BIOGU. UNIVERS. — T, 1,
le courage de lui adresser de violents reproches lorsque ce prince abusa de son pouvoir. Aldred avait fait restaurer, en 1058, l'église de Saint- Pierre à Gloucester.
W. Malmsbury, De Jnilidelmo primo, lib. III.— Stubbs, Jeta Ebor acensium episcoporum, co\. 1701 et seq. — Wharton , Anglia sacra. — Leiand, CoUectanea.
— .rolin Hay wood , Lives of the three Norman Kings .- I.ondon, 1613. - Godwin , De PrsesuUbus. — Chronicon Jngliœ, per Johannem, abbalem bnrgi Sancti Pétri.
ALDRETE. Voy. AldERETE.
ALDREWALD , religieux de l'abbaye de Fleury, naquit vers l'an 818 dans le voisinage de cette abbaye, et mourut en 890. Nous avons de lui: i° Histoire des miracles opérés par saint Benoît, depuis qu'il avait été transféré du. mont Cassm à l'abbaye de Fleury. Il commence son récit en rapportant la destruction du mont Cassin. Aldrewald acheva, vers l'an 876 , cette histoire, qui a été imprimée dans la Bibliothèque de Fleury et dans la collection des Bollandistes ;
— 2° un traité où il établit contre Jean Scot la présence réelle de Jésus-Christ dans l'eucharistie, par l'autorité des Pères : d'Achéry a publié ce traité dans son Spicilegium, t. XH ; — 3° Vie de saint Aygulphe, abbé de Lérins et martyr. Mabillon l'a rééditée d'après un manuscrit authentique de l'abbaye de Fleury , dans ses Acta Sanct. ord. Sancti Benedicti, t. XI; Aldrewald y dit que les prières adressées à Dieu pour les âmes des damnés peuvent leur procurer quelques adoucissements. Les autres ouvrages que Trithème attribue à Aldrewald ne sont point venus jusqu'à nous.
Histoire littéraire de la France, t. V, p. sis. ALDRIC (saiw^), prélat français, originaire d'une famille allemande, mort le 7 janvier 856. n passa ses premières années à la cour de Charlemagne; il suivit la carrière ecclésiastique, devint chapelain et confesseur de l'empereur, et fut nommé en 832 évêque du Mans. Chassé de son évêché par Lothaire, il y fut rétabli par Charles H. Il assista, en 846, au concile de Paris, et, en 849, à celui de Tours. Il avait composé un Recueil de canons, tirés des conciles et des décrétales des papes. On regrette la perte de cette compilation curieuse , connue sous le nom de Capitulaires d'Aldric. Il nous reste de ce saint évêque trois Testaments et un règlement pour le service divin , dans les Analectes de Mabillon et dans les Miscellanea de Baluze. Dans ce règlement, il avait ordonné que son église du Mans fût, dans les grandes solennités, Dluminée au moins par cent quatre-vingt-dix lampes etpar dix cierges. Ce n'est point, comme on l'a prétendu , du temps de saint AIdric que l'usage des orgues fut introduit; et il est faux qu'U en ait établi le pi-emier dans son église. Cet instrument, décrit par Cassiodore, est d'une origine plus ancienne. Constantin Copronyme en donna un à Pépin en 757 ; ce fut là le premier connu en France.
Jeta Sanctorum. - ^almc , Miscellanea, t. III, In-S"
ALDRIC — ALDROVANDE
1680. —Jean Bondonnet, Des évêques du Mans. — Baillet, Fie des Saints. — Histoire littéraire de la France, TOI. V, 1740, p. 141-lW.
ALDRiCH {Henri), théologien et musicien anglais, né à Westminster en 1647, mort à Oxford le 14 décembre 1710. Il enti'a fort jeime dans les ordres, devint professeur du collège d'Oxford, chanoine de l'église du Christ, et docteur en théologie. Il consacra une grande partie de sa vie à l'instruction de la jeunesse. Il était très-versé dans les langues anciennes et modernes, et passait en même temps pour un bon musicien et un habile architecte. La place de Peckwater à Oxford , la chapelle du collège de la Trmité et l'égUse de Tous-les-Saints ont été bâties sur ses plans. Il a composé, pour le service de l'église , plusieurs morceaux de musique et beaucoup de motets. Dans le Pleasant musical companion, imprimé en 1726, on trouve deux morceaux de sa composition : le Ma7'k the honny Christ-church-bells, et A smoking Cateh, ce dernier destiné à être chanté par quatre hommes fumant leur pipe. Ses principaux ouvi'ages ont pour titre : 1° Artis lorjicœ compendium ; — 2° Éléments d'architecture (en latin) ; — 3° deux poèmes latins , l'un sur l'avènement de Guillaume ni, l'autre sur la mort du duc de Glocester , insérés dans Musx Anglicanas ; — 4° deux ti'aitès sur V Adoration de Jésus-Christ dans V Eucharistie. Burney cite d'Aldrich un grand nombre de dissertations musicales manuscrites , déposées à la bibliothèque de collège du Christ à Oxford. Aldrich fut chargé , avec l'évêque Sprat , de la révision de l'histoire de la révolution de lord Clarendon.
Biographia britannica. — Hawlcins, History ofmusic.
ALDRICH (Robert), prélat anglais, né à Burnham , dans le comté de Buckingham , vers la fin du quinzième siècle , mort à Horncastle le 5 mars 1555. Il fut aumônier de la reine Jeanne Seymour, et occupa le siège épiscopal de Carliste , sous les règnes de Henri vm , d'Edouard VI et de la reine Marie; circonstance qui suffit pour faii'e connaître son caractère, en démontrant la flexibilité de ses opinions , selon le temps et les intéi'êts. Il est auteur de divers écrits (inédits ) , parmi lesquels on distingue les suivants : 1° Epistola ad Gulielmum Herman- 7mm ; — 2° Epigrammata varia ; — 3" Bécisio7is diverses sur les sacrements ; — 4° Réponses à quelques plaintes concernant les abus de la messe. Aldrich avait , dans sa jeunesse , aidé le célèbre Érasme dans la collation de divers manuscrits.
' Wood, Athense Oxonienses. — Tanner, Bibliotheca Britannica hibernica. — Baie , Scriptores Britanniœ i)/ ajo7"is. — Leiand, Illustrium. virorum Encomia.
*ALDRiGaETTi (Aldrigeùto de), médecin italien, né à Padoue le 3 féviier 1573 , mort à Padoue en 1631. Il étudia à Bologne et à Padoue , oiiil eut pour maître Jérôme Fabricius. Il fut attaché comme médecin à l'ambassade de Venise en France et en Allemagne. Il fut même
quelque temps médecin de l'empereur Rodolplie U. De retour en Italie, il obtint une chaiic à l'université de Padoue, où il mourut du choléra, alors généralement désigné sous le nom de peste. Outre quelques écrits inédits, on a de lui : Herculis Saxoniac Tractatus perfecdssimus de morbo gallico, seu lue venerea ;Francf., 1600, in-S" : c'est la publication des leçons d'Hercule Saxonia, professeur de médecine à Padoue ; — Oratio qua ill. ac rev. Petro Valerio, Pataviam accedenti, gratzdabatitr ;V3ita., 1663, in-4°.
Son fils Louis-Antoine Addrighetti, jurisconsulte à Padoue, s'est fait connaître par plusieurs écrits, parmi lesquels on remarque : De absoluta philosophix cognitione; Padoue, 1619, in-4°; — Ragguaglio di Parnasso ira la musica e la poesia, Padoue, 1620, in-4°.
Tomasini, Bibliotheca Patavina. — Mazzuchelli, Scrittori d'Italia. — Papadopoli, Historia gymnasii PatavinU
ALDRINGER {Jean), feld-maréchal autrichien, mort en 1634, sous le règne de l'empereur Ferdinand II. Issu d'une famillepauvre du Luxembourg, il fut quelque temps domestique à Paris ; il s'engagea comme volontaire à Inspruck dans un régiment d'Impériaux. Il parvint par sa bravoure et ses talents jusqu'au grade le plus élevé. En 1625 , il fut créé seigneur de Roschitz, et nommé commissaire général auprès de l'armée de "Wallenstein ; en 1629 , il prit part aux négociations deLubeck. En 1629, il fit la guerre en Italie , et prit la ville de Mantoue. De retour er Allemagne ( 1631 ) il envahit la Bavière, emporte d'assaut les villes de Landsberg et Gunzbourg: mais il échoua devant Landshut, et se noya dani risar.
Puffendorf , Rerum Suecicar., VI, p. 157. — Jean CIuver, Epit. hist., XI. — Le comte Galeazzo Priorato , His^ toire des guerres d'Allemagne , liv. XI. — Leblanc , His taire de Bavière , VI , p. 374 et 436.
ALDROVANDE, en italien Aldrovaindi, ei latin Aldrovandus ( Ulysse ) , célèbre nata rahste, né à Bologne le 11 septembre 1522 mort le 10 novembre 1607. A l'âge de six an il perdit son père , et fut placé comme page dan: la famille d'un riche évêque. Il n'y resta qu( peu de temps ; à douze ans , sa mère l'envoya ci apprentissage chez im marchand à Bresce. Là il se fit remarquer par son aptitude pour les af faires commerciales et par son talent pour 1 calcul. Cependant il se dégoûta bientôt de la vi mercantile, et quitta la maison pour accompagne un Sicilien qui se rendait en pèlerinage à Saint Jacques de Compostelle. Il visita ainsi un partie de l'Espagne ; et , après une absence d plusieurs mois , il revint à Bologne, où sa môi' l'avait depuis longtemps pleuré comme mort. se mit ensuite à étudier le droit , d'abord dan sa ville natale, puis à Padoue. Ce fut dans cefi dernière ville qu'il suivit en même temps quel qucs cours de médecine. En 1549, il retourna Bologne. Il n'y demeura pas longtemps : suspec1j| de luthéranisme , il fut arrêté , mis en prison (1
ALDROVANDË
transporté à Rome, où il fut conditionnellement relâché par l'inquisition. Après sa mise en liberté , il revint dans sa ville natale , où il se livra avec ardeur à l'étude des plantes sous Lucas Ghino, qui occupait alors la chaire de botanique à Bologne. De là il se rendit de nouveau à Padoue , où il poursuivit ses études scientifiques sous le célèbre FaUope. De Padoue, il fit une excursion botanique à Ancône ; à son retour, il passa par Rome , et revint à Bologne , chargé d'un riche herbier. Ce fut probablement à cette occasion qu'il visita Rome en détail, et qu'il réunit les matériaux d'un ouvrage qui fut publié par Lucius Maunis sous le titre : le Antichità délia citfà di Roma, Venise, 1556, in-12, où Aldrovande donne la description de plusieurs statues antiques. D'autres éditions parurent à Venise , 1558 et 1562 ; il en existe aussi une traduction latine, Rcsme, 1741. Ce fut là, selon toute apparence , son premier ouvrage.
En 1553 , Aldrovande obtint le grade de docteur en médecine , et, en 1 560 , il fut nommé professeur d'histoire naturelle à Bologne; il joignit, dit-on, à cette chaire celle de la logique. En 1568, il détermina le sénat de Bologne à créer un jardin botanique, dont il eut la direction. En même temps , il fut chargé de l'inspection des drogues et des pharmacies. Ces fonctions délicates lui attirèrent beaucoup de désagréments. Les apothicaires lui reprochaient d'empiéter sur leurs droits en cultivant, dans le jardin iîotanique, des plantes pour la composition de la thériaque ; ils se hguèrent contre lui avec plusieurs membres du collège des médecins. Aldrovande s'adressa au pape Grégoire XIII, qui, dans une lettre en date de 1576, loua sa conduite, et le confu'ma dans sa place d'inspecteur des pharmacies. Ce fut vers cette époque qu'Aldi'ovande écrivit Antidotarii Bononiensis epitome, Bologne, 1574, in -8". Ce livre est intéressant, eu ce qu'il a servi de modèle à toutes les pharmacopées publiées depuis lors. On y trouve mie liste de médicaments, avec leur préparation et leur usage.
Ses fonctions publiques n'empêchèrent pas Aldrovande de poursuivre avec un zèle rare ses études d'histoire naturelle. L'objet principal de sa vie était la connaissance du monde animé ; c'est à cela qu'il consacra son temps , son talent et sa fortune. D fit de nombreux voyages , et n'épargna aucune dépense pour augmenter ses collections. Il parvint ainsi à former le musée que l'on montre encore aujourd'hui à Bologne comme un monument de l'activité de ce grand naturaliste. Son herbier se compose de soixante gros volumes. Pendant trente ans il entretint à ses frais plusieurs peintres et graveurs. Parmi ces artistes, dont quelques-uns recevaient deux cent couronnes par an ( somme énorme pour ce temps), on cite, comme les plus célèbres , Lorenzo Bennino de Florence , Cornélius Swintus de Francfort, et Christophe Coriolan de Nuremberg, C'est ainsi qu'il se pré-
para à la tâche gigantesque d'historien et S!illustrator de la nature, titre qu'il se plaisait à se donner.
Malgré une vie si prodigieusement active» Aldi'ovande parvint à un âge très-avancé : il mourut à quatre-vingt-cinq ans. Presque tous les biographes le font mourir à l'hôpital , « réduit , disent-ils, à la misère par les dépenses auxquelles il n'avait pu suffire. » Mais cette assertion est fausse ; car, selon Fantuzzi, qui a consulté à ce sujet les archives de Bologne, le sénat vint, de la manière la plus libérale, en aide à Aldrovande : il doubla son traitement de professeur, et le lui continua jusqu'à ce que l'âge ne lui permît plus d'enseigner. Enfin, à diverses reprises, l'illustre savant avait reçu plus de quarante mille couronnes „ comme indenmité pour ses travaux. Il comptait parmi ses amis FaUope , Lucas Ghmo , Pinelli , Campeggio , Mathiole , et parmi ses protecteurs,, Grégoire XIII, Sixte-Quint , le cardinal Montalto et Ferdinand I*^"^, coname le montre sa correspondance, publiée à Venise en 1636.
Aldrovande fut enterré avec pompe , aux frais de l'État, dans l'église de Saint-Étienne à Bologne. Le cardinal Barberini , qui devint pape sous le nom d'Urbain YDI , lui fit l'épitaphe suivante : ;
Multipliées rerum formas , (juas pontus et œther
ExLibet, et quidquid promit et addit humus , Mens haurit, spectant oculi , dura cuncta sagaci,
Aldrovande, tuus digerit arte liber, Miratur proprios solers industria fœtus,
Quamqae tulit molis se negat esse parem. Obstupet ipsa simul rerum fœcunda creatrix ,
Et cupit esse suum quod videt artis opus.
Les ouvrages posthumes d' Aldrovande furent publiés sous la direction et aux frais du sénat bolonais. On voit dans la bibliothèque publique de Bologne un nombre immense de manuscrits d'Aldrovande , beaucoup plus considérable que celui qui a été imprimé (Fantuzzi en estime le nombre de deux à trois cents). Ce zélé naturaliste était parvenu à former jusqu'à vingt volumes in-fol. de figures d'animaux, toutes peintes en couleur par des artistes habiles. Ces vingt volumes de peintures sont conservés à l'institut de Bologne. Pendant la révolution, ils avaient été transportés à Paris , au Muséum d'histou-e naturelle; ils y ont été repris en 1815. Ce sont les originaux des gravures de son ouvrage; les planches sont gravées sur bois , mais si grossièrement qu'on est obligé de remonter aux figures originales pour savoir ce qu'on a voulu y représenter.
Aldrovande n'a publié lui-même que quatre volumes du grand ouvrage qui porte son nom. Douze sont consacrés à la zoologie , un aux minéraux, et un autre aux arbres ; en sorte que le tout forme quatorze volumes in-folio. Les trois premiers qui parurent en 1599, 1600 et 1603, traitent de l'ornithologie ; le quatrième, publié ea 1602 , est relatif aux insectes. Tous les autres ont paru après la mort de l'auteur. Sa veuve publia » on 1006, le cinquième volume, qui traite des mol-