‹ Nouvelle biographie universelle depuis les temps les plus reculés jusqu'a nos jours, avec les renseignements bibliographiques et l'indication des sources a consulter; (volume 2)Chapitre 17 sur 180 · ABD-ER-RAHMAN · texte numérisé non relu

ABD-ER-RAHMAN

onné un nouveau maître à l'Orient , faisaient regretter la domination plus ferme des Omeyyades, dont eux-mêmes étaient les délégués ou les créatures. Une seule circonstance semblait promettre quelque chance de succès à cette tentative audacieuse : c'était la lutte engagée entre loussouf-el-Fehry , émir d'Espagne , et l'émir de la mer, Ahmer-ben-Amrliam. Mais le premier, vainqueur de son rival , le traînait captif à sa suite avec son fils en rentrant dans Cordoue, au moment où, à la tête d'une poignée de Zénètes, sa seule escorte, le jeune Abd-er-Ralunan aborda à Abmunecar (août 755 ). Il y était attendu par environ vingt mille hommes ; et à Séville il fut accueilli en souverain. En peu de temps il y reçut la soumission et le serment d'obéissance de toutes les places voisines ; et, marchant contre Cordoue, il défait d'abord le fils de loussouf , envoyé pour lui disputer le passage; et dans les champs de Musarâh il se trouve en présence de l'armée quatre fois plus nombreuse de l'émir lui-même , qu'il taille en pièces malgré sa résistance assez vive, et qu'il force enfin à se replier en déroute sur l'Algarve. Cordoue ouvrit ses portes au vainqueur, à qui une série d'autres victoires assura décidément la possession de l'Espagne. Secondé par la bravoure et l'habileté des lieutenants qu'U avait su choisir, Abd-er-Rahman réduisit totalement les restes du parti de loussouf.

Pendant qu'au milieu de ses incroyables succès s'établissait la puissance des Omeyyades en Espagne , les Arabes perdirent avec Narbonne tout espoir d'établissement au delà des Pyrénées (143 de l'hégire, 760 de J.-C). Cependant la cour d'Orient , qu'occupaient incessamment les révoltes des scheiks , ne laissa pas de faire quelques tentatives pour briser la puissance indépendante qui s'était fonnée en Espagne. Les anathèmes religieux avaient été sans effet. On fit partir successivement d'Afrique deux expéditions précédées de manifestes où Abd-er-Rahman était traité de rebelle, de proscrit, d'aldaJthel (intrus). Ces armées africaines furent battues et dispersées : la seule réponse que Y Aldakhel'vonlnt faire aux invectives dont il était l'objet, fut d'envoyer la tête du chef d'une de ces expéditions à Kaïrouan, où ses émissaires la clouèrent de nuit à une colonne , avec cette inscription : « C'est « ainsi qu'Abd-er-Ralmian , le successeur des « Omeyyades, traite les téméraires et les super- « bes. « Cependant le parti fanatique ou ambitieux , qui luttait en Espagne contre l'autorité d'Abd-er-Rahman en faveur de la suprématie du khalife d'Orient , continua d'agiter plusieurs provinces ; mais il paraît qu'une paix profonde s'établit enfin dans le royaume de Cordoue à l'époque où Charlemagne s'avançait en vainqueur jusqu'aux rives de l'Èbre. Quatre ans après cette invasion extraordinaire, et pendant que l'aigle d'Occident était à Roncevaux aux prises avec les Kavarrois et les Basques, les dernières traces des

conquêtes de Charlemagiie en Espagne disparurent par le rétablissement de l'autorité d'Abder-Rahman dans Saragosse ( 162 de l'hégire, 778 de J.-C. ). Cinq ans plus tard, le feu de la révolte fut rallumé dans les Alpuxarras. Bien du sang coula encore dans cette guerre civile, mais non sans produire en même temps un heureux l'ésultat en purgeant le pays des bandits dont il était infesté. Le calme enfin se rétablit, et Abd-er-Rahman s'occupa activement du soin d'améliorer l'organisation intérieure de l'État, dont il avait déjà embelli les principales cités. Sa situation à l'égard du khalife d'Orient lui imposait l'obligation de faire régner la justice et la tolérance. Il encourageait et donnait lui-même l'exemple d'une haute estime pour les travaux de l'esprit, en s"entourant de savants et en cultivant la poésie. Il avait fondé en Espagne un nombre considérable de mosquées, dont la plus belle est celle de Cordoue : il en avait lui-même fourni le plan, et il y travaillait de ses mains une heure chaque jour jusqu'à l'achèvement de cet édifice. Il n'est peut-être pas sans intérêt de remarquer que ce fut lui qui planta, dans ses magnifiques jardins de Cordoue, le premier palmier que vit le sol espagnol; et c'est delà que viennent, dit-on, tous les palmiers de l'Espagne. Quelque temps avant sa mort, Abd-er-Rahman , justement surnommé le Sage , avait associé à sa couronne son plus jeune fils Hakem-al-Rh^di , qui lui succéda à l'exclusion de ses aînés Suleiman et Abdallah. Abd-er-Rahmân l'affectionnait pour ses précieuses qualités , et parce qu'il l'avait eu de la sultane Hovara , dont toute sa vie il avait été l'amant idolâtre. Son autorité passa sans obstacle à son fils Hakem. [Enc. des g. du m,]

Marlana, Hist. de reb. Hisp. — Marmol, lib. II, c. xx. — Roderic de Tolède, Historia Arabum. — Conde, Histoire de la domination des Arabes en Espagne, t. II. — Casiri, Bibl. arab. hisp. esc, vol. III, p. 30, 198. — Al- Homaydi, manusc. de la biblioth. Bodléienne, n" 464. — M. Reinaud , Invasion des Sarrasins en France, etc.

ABD-ER-RAHMAN II {El-Mouzaffer), quati'ième émir omeyyade de Cordoue, fils et successeur d'Alhakem F'', né en 788, mort en 852, monta sur le trône à l'âge de trente-quatre ans, l'an 206 de l'hégire ( 822 de J.-C). Des guerres continuelles, tant étrangères qu'intestines, agitèrent son règne. Souverain d'un peuple remuant que des membres de sa propre famille excitaient à la révolte, et entouré de voisins avides de conquêtes, Abd-er-Rahman eut beaucoup de peine à résister aux tentatives des uns et des autres. H fit successivement et quelquefois simultanément la guerre aux Asturiens, aux Français conduits par le fils de Charlemagne, et au khalife de Bagdad. Cependant lés sujets d'Abder-Rahman furent moins malheureux qu'ils auraient pu l'être sous un autre prince. Celui-ci se montra empressé de soulager la misère du peuple; il favorisa l'industrie, le commerce, les sciences et les arts ; ses efforts furent constamment dirigés vers des objets d'utilité publique.

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Aussi, lorsqu'il mourut, après treate années d'un règne plus brillant qu'heureux, ses sujets le regrettèrent comme le meilleur des pères. Pour continuer ses bienfaits après lui, il s'était attaché à faire donner à son fils aîné , qui lui succéda sous le nom de Mohammed P'', une excellente éducation, et ce prince honora la couronne par ses grandes qualités. Il avait de ses différentes femmes quarante-cinq fils et quarante et une filles. Abd-er-Ralmian a composé eu arabe des Annales de l'Espagne. Il faisait traduire en arabe les ouvrages des philosophes grecs, qu'il avait fait acheter à grands frais en Orient. Sa cour de Cordoue était la plus brillantede l'Europe, et le rendez-vous des poètes et des savants de tout l'Orient. Ce prince si éclairé, et de mœurs si douces, avait cependant permis aux musulmans, par un édit, de tuer sur-le-champ tout chrétien qui parlei'ait mal du Koran et de Mahomet.

Conde, Histoire de la domination des Arabes, t. I. — Casiri, Blbl. arab. hisp. esc, vol. II, p. 199. — M. Reinaud, Invasion des Sarrasins en France, etc.

ABD-EK-RAHMAN lu { Émir - Al-Moume- «?/n , c'est-à-dire prince des croyants), surnommé An-JS'asslr-Ledyn-Allah ( protecteur du culte de Dieu), huitième roi omeyyade de Cordoue, et le premier qui porte le titre de khalife en Espagne, naquit en 891 , et mourut en 9C1. Il succéda , en 912 de notre ère (300 de l'hégire), à son grand-père Abclallah-ben-Mohammed, qui l'avait fait reconnaître valï alhadi, à l'exclusion de son fils Almudafar. Abd-er-Rahman avait vingt et un ans lorsqu'il ceignit le baudrier royal. La douceur et l'aménité de son caractère, autant cfue l'agrément de son esprit et les avantages extérieurs dont la nature l'avait doué , lui conquirent de bonne heure l'affection des grands et la prédilection de son aïeul. Après avoir donné ses soins à assurer la tranquillité dans Cordoue, il s'apprêta à combattre le rebelle Kalib-ben- Hassûn, qui, usurpateur de la moitié du royaume des premiers khalifes d'Espagne, régnait à Tolède. S'avançant contre lui à la tête de quarante mille soldats d'élite, il le joignit aux environs de Cuença, et remporta sur lui ime victoire longtemps disputée, mais décisive ( 301 de l'hégire, 913 de J.-C). Les rebelles laissèrent sept mille morts sur le champ de bataille ; il y en eut trois mille du côté d' Abd-er-Rahman. Enpeu de temps deux cents villes ou villages fortifiés se soumirent au jeune roi. De t'etour dans sa capitale, Abd-er-Rahman fit équiper, avec une incroyable diligence, une flotte destinée à protéger les côtes du royaume contre les corsaires africains et arabes qui infestaient la Méditerranée, et venaient exercer d'horribles ravages en Sicile et en Calabre ; puis il acheva de soumettre Kalib, et réprima l'insurrection qui éclata en même temps dans les Alpuxaras. H surprit les rebelles et les dispersa.

Cependant Djaffar, l'un des fils de Kalib, était allé mendier cliez les chrétiens des se-

cours contre le khalife de Cordoue; et à son instigation le jeune roi de Léon, Ramire n, avait franchi le Duéro à la tête d'une armée nombreuse, saccagé la province de Tolède , et pris Talaveyra. Pour punir cette agression téméraire, Abd-er-Rahman fit envahir à son tour la Galice par le prince Almudafar, qui extermina l'armée de Ramire (an de l'iiég. 318, de J.-C. 930 ). C'est à cette même époque qu'Abd-er- Ralunan, sollicité par les scheiks zénètes, envoya rme armée en Afrique pour disputer la suzeraineté de Fez au fondateur de la dynastie des Fatimites, à Obéid-Allah-al-Mahdy , qui avait mis fin au règne des Édrisites. Le massacre de sept mille Fatimites marqua le premier établissement de la puissance d' Abd-er-Rahman , dont le nom fut , dès ce moment , proclamé dans les mosquées de Fez. Mais, moins d'un an après, cette ville fut reprise par le général fatimite Maïssoud, qui exerça de sanglantes représailles sur les soldats d'Abd-er-Rahman.

Tandis que l'Afrique dévorait ses trésors et ses meilleurs soldats, Abd-er-Rahman fit face à une nouvelle agression de Ramire dans la Lusitanie. A la vérité, ce prince fut encore repoussé par le brave Almudafar ; mais ce fut au prix de sacrifices que. l'épuisement du royaume ne permettait pas de continuer. Rassemblant une armée de cent mille hommes , Abd-er-Rahman franchit le Duéro , et vint mettre le siège devant Zamora. Sous les murs de cette ville , il s'engagea , entre Abd-er-Rahman et Ramire, une bataUle des plus meurtrières. Ramire effectua sa reti'aite sans avoir pu secourir Zamora, que les Arabes prirent d'assaut. Abd-er-Rahman voulait alors tenter de nouveaux efforts pour établi)* plus solidement sa domination en Afrique, quand on vint lui dénoncer un complot que son propre fils avait tramé contre son pouvoir à Cordoue. Abd-er- Rahman, sacrifiant au repos de ses peuples lui fils dont les qualités éminentes avaient mérité sa tendresse, fit saisir Abdallah, et le condamna au supplice de la corde au palais de Medina-Azhara. Mais ce meurtre empoisonna la vie du père. La gloire et la magnificence dont il était entouré allégeaient peu le poids des chagrins du khalife; toutefois sa force d'âme ne se trahit jamais , et dans maintes occasions on eût pu croire que son cœur n'était agité que par ce qui touchait aux intéi'êts de sa puissance. C'est ainsi qu'à l'occasion de l'ambassade qu'il reçut la même année de l'empereur d'Orient Constantin Porphyrogénète, il s'entoura dans son palais de Medina- Azhara d'une pompe capable d'éblouir les envoyés grecs, et de faire envier à leur maître la splendeur d'un trône que couvi'ait pourtant le deuil le plus profond. La paix dont jouit Cordoue pendant les dernières années d'Abd-er-Rahman ne fut guère troublée que par une courte révolution qui éclata en Afrique : le succès inopiné d'une expédition qu'avait envoyée le Soudan d'Egypte pour en faire la conquête, enleva un

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