ABOU-BEKR
celui d'Abdallah ou serviteur de Dieu ; car ce ne fut qu'après que le prophète eut épousé sa jeune fille Aïescha qu'il fut appelé Abou-Behr, le père de la vierge, nom sous lequel nous le désignerons cependant dès à présent. Employant son crédit et son inlluence à faire de nouveaux prosélytes à la religion qu'U venait d'embrasser, Abou-Bekr amena à Mahomet plusieurs disciples, personnages importants chez lesKoréïschites, tels que Otlunan , devenu plus tard le troisième des khalifes ; Abd-er-Rahman, fils d'Auf; Zobayr,père d'Abdallah , qui fut khaUfe de la Mecque, et d'auti-es encore. Mais bientôt les succès mêmes de Mahomet attirèrent sur lui la persécution , et Abou-Bekr, que son rang et la considération dont il jouissait mettait à l'abri des mauvaisti'aitements dont on accablait les nouveaux convertis , prit constamment leur défense , tantôt s'exposant de sa personne pour défendre Mahomet de toute violence , tantôt rachetant de ses deniers les esclaves qui avaient embrassé l'islamisme pour les rendre à la liberté. Sa foi était si profonde , que seul, pai-mi tous les disciples du prophète, il ne douta pas du récit que Mahomet se mit à faire de son merveilleux voyage au ciel ; et cette confiance parfaitelui valut lesurnomd'£'?-SirfrfiA;,ourhomme à la foi sincère. Aussi , lorsque Mahomet se vit contraint de quitter la Mecque , ses premiers pas se tournèrent vers la demeure de son fidèle Abou-Bekr : il lui fit connaître que Dieu avait ordomié sa fuite : « Vous accompagnerai-je? lui dit Abou-Bekr. — Vous m'accompagnerez, 5) répondit Mahomet; et le disciple pleura de joie. Dès lors il ne quittait plus le prophète. Il était près de lui dans la caverne où pendant trois jours ils se dérobèrent aux poursuites des Koréïschites ; près de lui au combat de Bedr, où , retirés tous deux sous ime cabane de branchages, Abou-Bekr semblait être pour Mahomet invoquant le secours du ciel , ce qu'Aaron avait été pour Moïse : au combat d'Ohod, il était blessé à ses côtés ; à Khaïbar, c'était lui qui le premier commandait l'assaut ; il entrait en vainqueur à la Mecque , marchant à la di'oite du prophète; et lorsqu'il s'agit de porter la guerre jusque dans la contrée de Balcâ, il fit l'abandon de tous ses biens pour les frais de l'expédition.
Un dévouement si complet, un zèle qui ne s'était jamais démenti méritaient la plus haute récompense : Mahomet la lui accorda ; et lorsque la maladie qui devait l'enlever l'eut mis dans l'impossibilité de faire la prière au peuple , ce fut Abou-Bekr qu'il chargea de ce sacerdoce , le désignant ainsi comme son successeur. Abou-Bekr fut élu dès le. soir du jour où le prophète était mort. Le lendemain il monta dans la chaire d'où Mahomet parlait au peuple , et, après avoir reçu le serment de fidéfité des musulmans, il leur dit : « Me voici chargé du soin de vous conduire ; si je reste dans la bonne voie , suivez-moi ; si je m'en écarte, redressez-moi. Être sincère pour celui qui gouverne, c'est le servir ; le flatter, c'est r*oiiv. Bioon. UMvnns. — t. i. »
le trahir. A mes yeux le faible et le puissant seront égaux; justice pour tous sera ma devise. » A peine Abou-Bekr était-il en possession de l'autorité souveraine, .qu'il eut à réprùner parmi les tribus du Hedjaz et du Nedjd une insurrection pour ainsi dire générale, les uns abjurant l'islamisme, les autres se refusant à payer l'impôt , tandis que des imposteurs , séduits par l'exemple de Mahomet, élevaient autel contre autel, et cherchaient à se faire passer pour des envoyés du Seigneur. Bien que l'esprit de révolte gagnât de proche en proche, et que Médine elle-même fût bientôt menacée, AlDOu-Bekr, plein de respect pour la volonté du prophète, fit partir pour le Balcâ l'armée destinée par Mahomet à cette expédition; et comme Omar faisait observer au khalife que les musulmans auraient désiré un chef moins jeune qu'Oçama-ben-Zeïd qui les commandait, Abou-Bekr, sortant du caractère de douceur qui lui était naturel , le saisit par la barbe , le secoua fortement, et lui dit : « Quoi donc ! fils de Khattab , faut-il que je souhaite la mort du fils de ta mère? Oses-tu bien me proposer d'ôter le commandement à celui que le prophète lui-même a placé à la tête de ses armées .? » Tel était alors le respect qu'inspirait le nom de Mahomet, qu'Omar, malgré son humeur violente, reçut sans murmurer cette dm'e réprimande.
A peine l'armée était-elle partie, que les Benou- Ghatafan et les Benou-Kenana , se flattant d'un pillage facile, vinrent attaquer Médine; mais le khalife , privé de ses troupes , fit armer tout ce qui se trouvait en état de combattre , sortit audevant de l'ennemi , l'assaillit pendant la nuit , le surprit et le mit dans une déroute complète. Cependant l'armée commandée par Oçama revint bientôt chargée de butin , et le khalife put diriger contre les rebelles du Nedjd et du Yemâma des forces considérables , à la tête desquelles il mit Khaled, fils de Walid. Ce chef, qui fut appelé plus tard l'Épée de Dieu , Seïf-Allah , soumit les Benou-Açad, les Ghatafan, les Hawazin, les Soulaym , les Handhala ; mais la victoire la plus profitable à l'islamisme fut celle qu'il remporta sur un imposteur nommé Moçaïlama, qui, séduit par la facilité avec laquelle les hommes doués de quelque talent pouvaient alors jouer le rôle de prophète, avait profité de l'agitation qui régnait dans les esprits pour prendre à son tour le titre d'Envoyé du Seigneur, et étendre son influence dans le Yemâma tout entier. Le lieutenant d'Abou-Bekrlecombattitdansun heu nommé Acraba, près du Hedjr, où Moçaïlama avait concentré toutes ses forces. Au premier choc les musulmans furent repoussés , et peut-être, sans la valeur de Khaled , Moçaïlama devenait-il le législateur des Arabes; mais le général de l'islam ranima le courage de ses soldats , les ramena sur le champ de bataille , et par sa valeur personnelle changea la face du confiât. Les hérétiques plièrent à leur tour, l'imposteur fut tué dans la déroute, et le Yemâma fut soumis.