‹ Nouvelle biographie universelle depuis les temps les plus reculés jusqu'a nos jours, avec les renseignements bibliographiques et l'indication des sources a consulter; (volume 2)Chapitre 33 sur 180 · ABOU-BEKR — ABOU · texte numérisé non relu

ABOU-BEKR — ABOU

Ce fut alors qu'Abou-Bekr, en apprenant combien de compagnons du prophète étaient restés sur le champ de bataille , prévit que tous ceux qui avaient eu le bonheur d'entendre Mahomet allaient bientôt disparaître, emportant avec eux la tradition véritable des doctrines révélées par le législateur. Il ordonna aussitôt, dit Aboulféda, qu'on recueillît de la bouche des compagnons de Mahomet toutes les paroles qu'il avait prononcées du haut de la chaire , et qu'on y joignît ceux des chapitres du Koran qui avaient été transcrits par ses secrétaires sur des feuilles de palmier ou des peaux de brebis. Le recueil de ces précieux documents fut déposé chez Hafsa, fille d'Omar, qui avait été l'une des fenunes du prophète ; et ce fut là que plus tard on alla chercher le texte véritable du code des Arabes, lorsque des dissensions commencèrent à s'élever sur les différentes leçons qui devaient être adoptées par les vrais croyants. Abou-Bekr acheva ensuite , mais par ses lieutenants , la conquête de l'Arabie. El-Ala s'empara du Bahréïn ; Acrama, fils d'Abou-Djahl , battit les rebelles de l'Oman et du Mahra. Quant au Yémen , il était resté en partie fidèle à l'islamisme. Nedjran, Sanâ et les autres villes principales avaient reconnu sans opposition l'élection d'Abou-Bekr : à Nedjran la population était moitié chrétienne , moitié musulmane ; les chrétiens qui avaient conclu un pacte avec Mahomet quelques mois avant sa mort, pacte par lequel ils s'étaient soumis au ti-ibut , sous la condition d'exercer librement leur religion , obtinrent du khalife le renouvellement de ce traité , bien que Mahomet, au lit de mort, eût prescrit à ses successeurs de ne pas souffrir en Arabie d'autre religion que l'islamisme. Cette infraction aux dernières volontés du prophète, si respectées d'ailleurs par Abou-Bekr, venaient de la position difficile où il se trouvait dans un moment où les tribus semblaient de toutes parts vouloir rompre le hen qui les attachait à leur nouvelle croyance. Au Yémen , les villes seules s'étaient montrées fidèles , et encore Sanâ futelle bientôt au pouvoir des révoltés. A cette nouvelle , Abou-Bekr fit partir El-Mahadjir avec ce qu'il put rassembler d'hommes en état de porter les armes à la Mecque, à Taief et dans tout le Téhama, d'où il se dirigea vers les rebelles, qui ne purent tenir contre lui et complétèrent , par leur soumission , la conquête de l'Arabie.

N'ayant plus d'opposition intérieure à craindre, Abou-Bekr résolut de reprendre les projets de conquête que le prophète se préparait à mettre à exécution quand la mort l'avait arrêté. Il dirigea Khaled , fils de Walid , contre l'Irak persan , qui fut conquis en une seule campagne ; et ce général, envoyé au secours d'un autre Khaled , fils de Saïd, et d'Abou-Obaïda, qui avaient été chargés de combattre les Grecs en Syrie , les battit à Yannouk , et s'empara de Damas le jour même où Abou-Bekr mourait à Médine. « Les historiens , dit Aboulféda , diffèrent sur la cause de sa

mort. Les ims prétendent qu'il fut empoisomié par les Juifs ; les autres , s'appuyant sur une tradition qui remonte à sa fille Aïescha, attribuent sa mort à un bain qu'il aurait pris un jour où le froid était très-vif. Celte imprudence lui occasioima une fièvre violente, à laquelle il succomba le 22 de djoumadi second, dans la treizième année de l'hégire ( 23 août 634) , après quinze jours de maladie. Dès le jour où il ne put faire la prière ;iu peuple, il désigna Omar pour remplir ces augustes fonctions, montrant ainsi qu'il le choisissait pour lui succéder dans les honneurs du klialifat. Il avait alors soixante-trois ans, et avait régix; pendant deux ans trois mois et dix jours. Sa femme Asima, fille de Omaïça, lava son corps ; on le porta ensuite sur le même lit qui avait ser\ i au prophète, et il fut enterré près dehù, sa tôt.' placée à la hauteur des épaules de l'apôtre de, l'islamisme. »

Les traditions s'accordent pour l'epréscnter Abou-Bekr comme un de ces hommes d'une foi vive et d'ime profonde moralité, dont l'entiiousiasme ne fait que rendre les vertus plus saillantes. Laissé par le sort dans un rang obscur, il aurait été un de ces Arabes des anciens jours dont la parole était sacrée, dont la tente devenait l'asile inviolable de l'ennemi qui venait s'y asseoir. Parvenu au rang suprême , s'il ne déploya pas de grands talents comme général ou législateui', il montra pourtant beaucoup de fermeté, de Véquité , de la clémence , et justifia ces paroles de Mahomet : « II n'y a pas dans tout mon peuple un homme plus charitable qu'Abou-Bekr. » Pendant les six premiers mois qui avaient suivi son avènement , il avait continué de se livrer au commerce ; mais, s'apercevant bientôt que les soins du khalifat exigeaient l'emploi de tous ses moments, ii prit dans le trésor public six mille diriiems par an , et cette somme , si petite pour une si haute dignité, non-seulement défrayait toute sa maison, mais lui permettait encore de faire des aumônes. Quelques instants avant de mourir, il fit faire le calcul de ce qu'il avait coûté à l'État depuis qu'il était parvenu au rang suprême ; et comme il se trouva que pour lui et les siens il avait pris dans le trésor public huit mille diriiems , il légua ses terres aux musulmans commeindenmité. En sorte que l'habit qu'il portait, le chameau dont il se servait, l'esclave qui en prenait soin, voilà tout ce qu'il laissa à ses héritiers naturels. 11 leur laissa aussi l'exemple des vertus qui avaient fait dire à Mahomet : « Celui qui ressuscitera le pre mier , au jour de la résurrection , c'est Abou Bekr. » Il avait eu , de plusieurs femmes , des filles, au nombre desquelles était Aiescha, la fermue que le prophète avait le plus aimée, et des fils, dont le plus connu est Abd-er-Rahman , qui se trouvait alors à l'armée de Syrie.

Aboultéda , Annales Moslemici, t. F.— M. Caussin de Perceval, £ssai sur V Histoire des Arabes; Paris, 1847. — L'Univers, Histoire de l'Arabie; Paris, Kiriniii DiJot, 184G.

NOEL DES VEI'.GliKS.

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