ADANSON
il se livra aux recherches de tout genre avec une ardeur si persévérante , qu'il recueillit des richesses immenses dans les trois règnes de la nature. Les décrire et les conserver eût été pour tout autre une tâche assez difficile; mais il alla beaucoup plus loin : il découvrit, par son expérience journalière, les défauts et l'insuffisance des méthodes employées jusqu'alors pour classer les êtres natm-els , et les faire reconnaître à ceux qui les voient pour la première fois. Tournefort et Linné l'avaient exposé à des méprises. Voyant que les défauts de la méthode de ces gi'ands botanistes tenaient à ce qu'ils avaient fondé leurs classifications sur un trop petit nombre de caractères, il créa le système naturel, établi sur l'ensemble des organes. Ce fut d'abord aux plantes qu'il en fit l'application ; mais il reconnut bientôt qu'elle devait s'ét'endre à tous les êtres , et, suivant son expression , à toutes les existences. Il adressa plusieurs lettres à son maître Bernard de Jussieu , pour lui faire part de ses idées, n fit aussi, pendant son séjour au Sénégal et durant sa traversée, des observations météorologiques suivies jour par jour, et il leva des plans très-détaillés des contrées qu'il parcourut, d'après lesquels il dressa une carte du cours du fleuve du Sénégal, à une assez grande distance. Il recueillit en outre des vocabulaires des langues des diverses peuplades nègi'es qu'il avait pu fréquenter.
Ce fut avec toutes ces richesses qu'Adanson revint dans sa patrie le 18 février 1754, après cinq ans de séjour dans un climat brûlant et malsain : elles le dédommageaient de ses fatigues et de ses dangers; mais il serait difficilement parvenu à les faire connaître, s'il n'eût trouvé de puissantes ressources dans la fortune et l'amitié de M. de Bombarde, amateur zélé des sciences. Stimulé par ses conseils et aidé de ses secours, il fit paraître en 1757 son Histoire naturelle du Sénégal, 1 vol. in-4'' , avec une carte. Jamais on n'avait fait connaître avec autant de détaUs un pays éloigné ; et ce n'était cependant qu'une petite partie des matériaux recueillis par l'auteur. Cet ouvrage se termine par une nouvelle classification des testacés ou animaux à coquilles. Jusqu'à ce moment les enveloppes brillantes de ces animaux avaient seules occupé les naturalistes , qui les regardaient plutôt comme une décoration des cabinets que comme un sujet d'étude. Adanson fit connaître pour la première fois les animaux qui les formaient, et les rangea suivant sa méthode universelle. Il se borna cependant à leurs formes extérieures, les seules qu'il eût étudiées. Adanson saisit encore cette occasion pour faire un autre essai, celui d'une nouvelle nomenclature qui consiste à désigner chaque être, regarde comme espèce, par un nom primitif ne tenant à aucune langue , et exclusivement affecté à cette désignation. En 1750, il lut à l'Académie des sciences, dont il avait été nommé coiTespondant en 1750, un
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mémoire sur le baobab , qui fut inséré d'abord 5 7iaturelle. Quatrième
dans les Mémoires des Savants étrangers, et ensuite dans ceux de l'Académie pour l'année 1761. Avant cette époque, on ne connaissait ce végétal que par le rapport de quelques voyageurs , et on était tenté de mettre au rang des fables îa grosseur (de 29 à 30 pieds de diamètre ) qu'ils lui domiaient. Adanson non-seulement confirma leur récit, mais il fit connaître l'accrois sèment progressif de cet arbre extraordinaire , dont il signala le premier l'analogie avec les malvacées. Ce fut d'après les mêmes principes qu'il publia dans les Mémoires de l'Académie V histoire des arbres qui produisent la gomme dite d'Arabie, l'un des principaux objets de commerce du Sénégal {Mém. de l'Acad., 1773 et 1779).
Ces ouvrages méritèrent à Adanson, en 1759, la place d'académicien titulaire; mais il aurait peut-être été forcé de s'en tenir à ces essais , si M. de Bombarde, par ses sollicitations et pai les secours généreux qu'il lui fournit, ne l'eût déterminé à publier ses Familles des Plantes, 2 vol. in-8°; elles parurent en 1763. Adanson a rassemblé dans ces deux volumes de riches documents , et cet ouvrage aurait fait prendre une nouvelle face à la botanique , en la débarrassant à jamais des liens systématiques et la ram.enant à l'étude des rapports naturels , si Linné , qui soutenait l'opinion contraire , n'eût pris un tel ascendant sur son siècle , qu'Adan- .son ne put le surmonter. On profita de quelques détails qui donnaient prise à la critique, telle que la tentative d'une nouvelle orthographe ; et bientôt cette réforme toinba dans l'oubli. Cependant elle ne fut pas négligée par tout le monde; car, depuis sa publication , on a présenté comme des découvertes des faits qui s'y trouvent énoncés. L'auteur ne tarda pas à reconnaître luimême les taches ou, pour mieux dire, les bizarreries qu'on lui avait reprochées ; et il résolut de donner, cinq ans après , une nouvelle édition de ses Familles des Plantes, où il y avait fait les ciiangements nécessaires et des additions nombreuses ; c'est ce qui lui fit concevoir le plan d'une encyclopédie complète. On lui avait fait espérer que Louis XV favoriserait cette entreprise. Bercé par cette espérance , il ne s'occupa ([u'à en rassembler les matériaux. En peu de temps ils devinrent immenses, et en 1774 illes soumit à l'Académie, sons ce titre : Plan et Tableau de mes ouvrages manuscrits et avec figures, depuis l'année 1771 jusqu'en 1775, distribués suivant une méthode naturelle découverte au Sénégal en 1749. Premier ouvrage : Ordre universel de In nature, ou Méthode -naturelle comprenant tous les êtres conmcs, leurs qualités matérielles et leurs facultés spirituelles, suivant leur série naturelle, indiqués par l'ensemble de leurs rapports, 27 vol. in-8°. Deuxième :' Histoire naturelle du Sénégal, 8 vol. ln-8". Troisième : Cours d'histoire
Vocabulaire universel d'histoire naturelle, servant de table à l'Ordre universel, 1 vol. in-fol. de 1000 pages. Cinquième : Dictionnaire d'histoire naturelle. Sixième : quarante mille figures de quarante mille espèces d'êtres connus. Septième : Collection de trente-quatre mille espèces d'êtres conservés dans mon cabinet ( Voyez Journal de Physique, mars 1775). On ne saurait imaginer l'étonnement que pi'oduisit une telle annonce. Les commissaires, noimnés sur sa demande pour examiner son plan , trouvèrent ce travail prodigieux; mais il ne leur parut pas également avancé dans toutes les parties ; par exemple , les quai'ante mille figures n'étaient autre chose que la collection de toutes celles qui avaient été publiées jusqu'alors. Cet examen donnait une haute idée des connaissances et de l'activité d'Adanson, mais il n'eut pas le résultat que cet infatigable savant en attendait.
On s'accoutum.a dès lors à le regarder comiïie livré à la poursuite d'un projet chimérique. Le tort d'Adanson n'était pas de tenir à ce plan, mais de croire qu'il pouvait l'exécuter à la fois et d'un setil jet : s'il eût voulu le publier par parties, successivement, on ne pouvait douter qu'il ne fût parvenu à le réaliser. La seconde édition des Familles était réellement l'encyclopédie de la botanique. Sa classification des cociuilles du Sénégal démontre qu'Adanson était en état de traiter tout le règn(; animal d'une manière aussi complète. Quant aux. autres sciences , il est certain que, malgré l'étendue de ses connaissances , il y ain-ait eu de la témérité de sa part de prétendre les tirer de son propre fonds ; aussi l'état de ses manuscrits prouve-t-il que telle n'était pas son intention. C'étaient des cadres dans lesquels il voulait enchâsser les matériaux pris ailleurs. 11 ne fut pas découragé par ce défaut de succès , et il continua à augmenter ses matériaux. Chaque année, il croyait atteindre au terme; cependant il ne pu blia plus aucun ouvrage considérable. Il se born? à communiquer à l'Académie des sciences un petit nombre de mémoires , dont rimportancc et le méritfi font regretter ce qu'il ne publia pas. C'est ainsi qu'en 1766 ( Mém. de l'Acad. ) il traita la grande c[uestion de savoir si les espèces des plantes changent par le mélange des poussières des étamines, ou si elles sont invariables. Il fit beaucoup d'expérience sur les céréales, et avait obtenu deux variétés d'orge ; mais elles ne se sont pas propagées longtemps, ce qui fit voir que ces prétendues espèces nouvelles n'étaient que des monstiTJOsités infécondes. Il avait, d'après Linné, adopté la première opinion dans ses Familles des Plantes; mais de nombreuses observations lui prouvèrent le contraire.
En 17G7 il avait obsené des plantes aq^^atiquc?, auxquelles il donna le nom de tremella, et qui paraissent avoir des mouvements spontanés {Mém. de l'Académie, année 1767). Cessubstan ces fibreuses, vertes, vivant a'i fond des eaux, et
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qu'Adaiisoii croyait être des plantes , sont , suivant Vauciier, des zoophytes. Ce naturaKste leur domia le nom cVoscillatoria Adansonii. il publia, en 1767 , des observations sur les ravages de l'hiver précédent; par là il fit connaître avec ua peu de détail sa manière d'observer les phénomènes météorologiques. Enfin, en 1773, il fut ciiai'gé de faire les articles de botanique concernant les végétaux exotiques , pour le Supplément de Y Encyclopédie. La botanique avait été jusqu'alors extrêmement négUgée dans cet ouvrage : chacun des articles d'Adanson fut un traité complet de la plante qui en est le sujet. 11 donna ainsi l'idée de' la manière dont il voulait traiter l'universalité des plantes; mais celte extension était inconciliable avec les limites dans lesquelles il fallait se renfermer, et les éditeurs l'arrêtèrent à la quatrième lettre. Dans cpielques autres mémoires , Adanson fit coimaître l'étendue et la variété de ses connaissances , d'abord en faisant riiistoire du taret, coquillage bivalve qui ronge les vaisseaux et les pieux, et qui a menacé l'existence même de la Hollande ( M6m. de l'Acad. , année 1759) ; ensuite, en indiquant l'électricité comme la cause de la commotion que font sentir certains poissons : il avait fait ses expériences sur le silure trembleur ( Voyage au Sénégal, p. 134). Il fut aussi le premier qui aimonça la propriété de la toui-maline , dans une lettre adressée à Buffon sous le nom supposé de B.uga Carqfa, publiée in-4° en 1759 (Voy. le Joyand, Notice sur Adanson, p. 12). H avait, en 175.3, fourni à l'administration de la compagnie des Indes un vaste plan pour former sur la côte d'Afrique une colonie où l'on pourrait cultiver toutes les plantes qui produisent les denrées coloniales, sans vouer les nègres à l'esclavage. Ce plan, qui pouvait conduire sans troubles à l'abolition de la traite, fut mieux apprécié par les étrangers que par les Français. Les Anglais surtout, qui s'étaient emparés du Sénégal en 1760, lui firent les propositions les plus avantageuses pour l'engager à communiquer ce plan , ainsi que les renseignements qu'il avait rapportés sur ce pays ; mais il s'y refusa, par un sentiment de patriotisme qu'il portait jusqu'à l'exaltation. Ce fut avec le môme désintéressement qu' Adanson , vraiment pliiiosophe , rejeta les offres brillantes qui lui fui-ent faites en 1760 par l'empereur d'Autriche, en 1766 par Catherine n, et enfin par le roi d'Espagne , pour venir se fixer dans leurs États.
Malgré ses nombreux travaux , Adanson fit aussi plusieurs voyages dans les différentes parties de la France. Il visita les côtes de l'Océan et celles de la Méditerranée. En Provence, il découvrit l'araignée si célèbre sous le nom de tarentule , qui passait autrefois pour être si venimeuse dans le royaume de Naples ; elle existe vraisemblablement de toute antiquité en Provence, sans s'être jamais fait remarquer par l'effet de son venin. Adanson avait été nommé censeur royal en 1759 : le traitement de cette place, celui d'académicien, et les
pensions qu'il avait obtenues successivement, lui procurèrent une aisance qui aurait été fort au delà de ses désirs ; mais, toujours dominé par l'idée qu'il pourrait un jour réaliser le vaste plan ■qu'il avait conçu , il sacrifiait tous ses moyens pour eu accélérer l'exécution. Mais la révolution de 93 les lui enleva. La perte à laquelle il fut le pi s sensible fut celle d'un jardin dans lequel il suivait depuis plusieurs années des expériences multipliées sur la végétation. Il y avait particulièrement réuni un grand nombre de variétés de mûriers, et il eut la douleur de le voir ravager en sa présence. Il continua néanmoins ses tra- ^aux, malgré le dénûment auquel il était réduit. On l'eût peut-être longtemps ignoré, si l'Institut, lors de sa création, ne l'eût invité à venir prendre place parmi ses membres. II répondit qu'il ne pouvait se rendre à cette invitation , parce qu'il n'avait pas de souliers. Le ministre de l'intérieur lui fit accorder une pension. Il avait acquis, des débris de sa fortune, une maison petite , incommode et malsaine , avec un jardin , dont le peu d'étendue ne lui avait permis do réunir, pour ainsi dire, que des représentants de chacune de ses familles.
Adanson avait reçu de la nature un tempérament robuste; mais l'excès du trs^^ail, et surtout un long séjour dans le Sénégal , Pavaient altéré. Il était très-sensible au froid , et il lui était survenu des douleurs rhumatismales; il se plaignait (jue le siège de son mal était dans les os. Un jour, en allant de son lit à un fauteuil, il sent fléchir une cuisse ; il s'écrie qu'elle est cassée, ce qui se trouva vrai. Reporté sur son lit, il y languit encore six mois, pendant lesquels il conserva toutes ses facultés morales. Il s'entretenait de son grand ouvrage , qu'il se flattait de faire imprimer dès qu'il serait rétabli. — Il mourut à l'âge de soixante-dix-neuf ans. Un petit nombre d'ouvrages imprimés a marqué sa carrière littéraire; mais il a laissé une immense quantité de manuscrits. Pour juger de leur mérite , il faudrait que son chef-d'œuvi-e, les Familles des plantes, reparût dans une deuxième édition, avec les changements et les additions qu'il voulait y faire. Buffon a fait connaître , d'après Adanson , plusieurs quadrupèdes et plusieurs oiseaux d'Afrique. Geoffroy Sainî- Hilaire a décrit le galago, espèce fort singulière de la famille des quadrumanes , d'après l'exemplaire que possédait Adanson. Selon G. C'uvier, il avait connu le sanglier d'Ethiopie bien avant qu'Allamand et Pallas l'eussent décrit.
Adanson attachait trop peu d'importance aux agréments extérieurs, et aux ménagements qu'exige la société : aussi n'a-t-il pas joui de ses avantages. Pournepas dérober un instant à ses études, il se séquestra tout à fait du monde ; il prit siu' son sommeil et sur le temps de ses repas. Lorsque quelque hasard permettait de pénétrer jusqu'à lui, on le trouvait couché au milieu de papiers innombrables qui couvraient son lit et le plancher. Des
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marques non équi vocpies d'impatience engageaient l'imprudent visiteur âne pas l'interrompre. H s'emportait et se calmait facilement, et dans toutes les occasions il manifestait avec excès la vivacité et la franchise de son caractère. Son amourpropre était extrême; mais la bonhomie et la naïveté avec lesquelles il l'exprimait le faisaient excuser, et n'offensaient personne. Si on lui témoignait de l'intérêt, il était susceptible de la plus vive reconnaissance. On l'a vu, peu de jours avant sa mort , occupé à faire des vers latins adressés à l'empereur Napoléon et à M. de Champagny, alors ministre de l'intérieur, pour les remercier d'un bienfait qu'il venait de recevoir.
Adanson était petit de taille, mais bien proportionné et très-adroit ; ses cheveux étaient roux ; sa figure ne plaisait pas au premier abord ; mais quand il parlait, sa physionomie s'animait par degrés , et ses yeux étincelaient. Le buste qu'on a fait d' Adanson est très-ressemblant. Une gravure nous donne aussi son portrait dans le n° Xin des Annales des Voyages. Bernard de Jussieu , frappé des connaissances qu'annonçait Adanson par son mémoire sur le baobab, avait nommé adansonia le genre de ce végétal. Mais Adanson a constamment refusé cet honneur, à cause de la différence de son opinion sur la nomenclature. Linné ne voulait admettre que les noms grecs ou latins, et, à leur défaut, ceux qui proviennent des botanistes ; Adanson, au contraire, voulait conserver avant tout les noms de pays. — (c Tant qu'il put , dit Cuvier, méditer et écrire , il ne perdit rien de sa sérénité. C'était une chose touchante de voir ce pauvre vieillard courbé près de son feu, s'éclairant à la lueur d'un tison, cherchant d'une main faible à tracer encore quelques caractères, et oubliant toutes les peines de la vie pour peu qu'une idée nouvelle, comme une fée douce et bienfaisante , vînt sourire à son imagination.il demanda, dans son testament , qu'une guirlande de fleurs prises dans les cinquante-huit familles qu'il avait étabUes , fût la seule décoration de son cercueil : passagère mais touchante image des monuments plus durables qu'il s'est érigés lui-même ! »
Voici le jugement émis par ce même savant sur l'idée mère des travaux d' Adanson : « Les livres de Linnseus , renfermant sous un petit volume ime immense série d'êtres de toutes classes, étaient le manuel des savants; ceux de Buffon, offrant dans une suite de portraits enchanteurs un choix des êtres les plus intéressants, faisaient le charme des gens du monde : mais tous les deux, presque exclusivement li^Tés à leurs idées particulières, avaient trop négligé un point de vue essentiel , l'étude de ces rapports multipliés des êtres , d'où résulte leurs divisions en familles fondées sur leur propre nature ; et c'était précisément là ce qui avait fait le principal sujet des méditations d'Adanson. 11 vanta d'abord une méthode que l'on peut appeler empirique, celle de la comparaison effective dea
espèces; et il imagina poUrl'applitiuer un moyen qui lui est propre, et qu'on ne peut s'empêcher de regarder comme infiniment ingénieux. Considérant chaque organe isolément, il forma de ses différentes modifications un système de division dans lequel il rangea tous les êtres connus. Répétant la même opération par rapport à beaucoup d'organes, il construisit ainsi un nombre de systèmes tous artificiels, et fondés chacun sur un seul organe arbitrah-ement choisi. Il est évident que les êtres qu'aucun de ces systèmes ne séparait seraient infiniment voisins , puisqu'ils se ressemblaient par tous leurs organes ; la parenté serait un peu moindre dans ceux que quelques systèmes ne rassembleraient pas dans les mêmes classes ; enfin , les plus éloignés de tous seraient ceux qui ne se rapprocheraient dans aucun système. Cette méthode donnerait donc une estimation précise du degré d'affinité des êtres indépendants de la connaissance rationnelle et physiologique de l'influence de leurs organes; mais eUe a le défaut de supposer une autre connaissance qui, pour être simplement historique, n'en est pas moins étendue ni moins difficile à acquérir, céUe de toutes les espèces et de tous les organes de chacune. Un seul de ceux-ci négligé peut conduire aux rapports les plus faux; et Adanson lui-même, malgré le nombre immense de ses observations, en fournit quelques exemples. C'est là ce qu'il appelait sa méthode universelle , et c'est aussi l'idée nière qui domine dans tous ses grands ouvrages imprimés ou manuscrits. «
DupetU-Tliouars. dans la Biographie universelle. — Cuvier, Éloge d'Adanson. — Joyand, Notice sur la vie d'Adanson. — Smith, Correspondance of Linnœus,
ADASCHÉFFou ADASCHEU (Alexi.s), homme d'État russe , ministre d'Iwan IV au seizième siècle. 11 fit promulguer une sorte de code approuvé par le' clergé, et appela à Moscou un grand nombre d'artistes et de savants allemands vers 1552. Il accompagna son maître dans l'expédition de Casan, conclut des traités de commerce avantageux, et incorpora la Livonie à l'empire russe. Malgré ces services éminents , Adascheff tomba en disgrâce, et tei-mina ses jours dans une prison, à Dorpat.
Son frère, Daniel Adascheff, se distingua dans une expédition contre les Tatares de la Tauride, qui furent entièrement défaits.
TurReniev. Historica Russiee monumenta. — Karamzin, Histoire de l'empire de Russie.
*AD-DEMiRi {Mohamed-îbn-Moura), surnommé Kemalou'ddin (Complément de la foi), connu aussi sous le nom A'Abou'l-Baka, naturaliste arabe, natif de Démir, près de Damiette en Egypte , mort en 1406 de J.-C. II composa plusieurs ouvrages d'iùstoire naturelle, dont le principal est un dictionnaire intitulé Haijatoul-haijotian (les Vies des créatures animées). On en trouve des copies dans les bibliothèques d'Oxford, de Leyde, de Paris et de Rome. Cet ouvrage est plus estimé pour les notices liisto-
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riques et biographiques que pour les notions scientifiques qu'il renferme. Il est souvent cité par Bochart dans son Hierozoïcon. Tychsen en a publié quelques extraits à la fin de sa Grammaire arabe, et Silvestre de Sacy, dans la traduction française d'Oppien (Cynegetica) par Belin de Ballu.
Hadji Klialfah, Dictionn. encyclopédique (arabe), au mot Hayat. — D'Herbelot, Bibliothèque orientale.
ADDiNGTON {Antoine), médecin anglais, né vers 1718, mort en 1790. Il étudia au collège de la Trinité à Oxford, où il fut reçu maître es arts en 1740, et docteur en 1744. Ses connaissances le firent admettre, en 1756, au collège des médecins de Londres. Il fut lié intimement avec lord Chatham ; et lorsque celui-ci se retira des affaires après la paix de 1762, Addington fut choisi par lord Bute pour négocier sa rentrée au ministère. On a de lui : 1° Essai sur le scorbut, suivi d'une Méthode pour conserver l'eau douce en mer; 1 vol. in-8°, 1735. L'auteur recommande l'emploi d'une demi-once d'acide chlorhydrique pour empêcher la putréfraction d'un tonneau d'eau ; — 2° Essai sur la mort des bestiaux, in-8°; — 3° Sur une négociation entre lord Chatham et lord Bute , broch. in-8°. Ses connaissances médicales ne lui furent pas inutiles, quand George III tomba en démence. Antoine Addington, qui s'était spécialement occupé du traitement des maladies mentales , déclara solennellement dans la chambre des pairs, où il avait été appelé, « que le roi recouvrerait bientôt la santé, et que l'accès devait être passager chez un honome qui n'avait jamais été iiltacjuéde mélancolie. » Cette déclaration, contredite par l'événement, ne nuisit pas au jeune Pitt : ses doctrines politiques conamencèrent alors à raffermir en même temps que son autorité. Le fils d'Addington profita habilement du savoir de son {.ère, comme on en pourra juger par l'article suivant.
Gentleman's Magazine, vol. XLVIII, p. WS ; et vol. LX,
ADDINGTON (Henri), lord Sidmouth, né en 1755, mort le 15 février 1844. Fils du médecin Ant. Addington, il joignit àl'ètudedela profession de son père un goût décidé pour la science politique. D fut élevé avec le fils de lord Chatham , "William Pitt. La rapide et brillante carrière de son ami lui ouvrit bientôt à lui-même le chemin des honneurs et des dignités. H entra, en 1782, à la chambre des communes, où il appuya constamment Pitt dans sa lutte contre Fox. Nommé, en 1789, orateur de cette chambre, il conserva ce poste honorable après la convocation du nouveau parlement. Toujours fidèle au parti de Pitt, il ne cessa de voter avec lui que lorsqu'en 1792 Wilbcrforce proposa la suppression de la traite des nègres. Addington opinait pour la suppression graduelle, et il obtint que l'époque en fût reculée jusqu'en 1800; mais cette différence accidentelle entre leurs opinions n'altéra ni leur
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intimité, ni l'accord habituel de leur système politique. Le 16 mars 1801, Pitt résigna la dignité de chancelier de l'échiquier en faveur de son ami : ce fut en cette qualité qu' Addington fit sur les finances de l'Angleterre plusieurs rapports où l'on remarque le talent d'embellir un sujet aussi ai-ide par une élocution shnple, noble et élégante. Il contribua activement à la conclusion du traité de paix d'Amiens (mars 1802 ); mais il essuya bientôt, à cause de quelques clauses de ce traité, l'opposition la plus violente tant de la part de ses anciens adversaires que de quelques nouveaux, tels que Windham et Grenville. Cependant aussitôt qu'une rupture de la paix fut jugée nécessaire, il fut le premier à réclamer des mesures hostiles : vers la fin de 1803, il fit un appel général aux armes, et ordonna la défense des côtes. Mais il avait trop peu d'énergie et d'audace pour rassurer la nation et inspirer de la confiance aux partis. Il avait, de plus, un adversaire puissant et acharné dans le prmce de Galles , depuis George IV, qu'il avait traité avec dureté pour complaire à son père, George III. La maladie du roi, dans les premiers mois de 1804 , lui causa de vives inquiétudes : ses ennemis voulurent profiter de cette ch-constance pour le renverser ; mais le prompt rétablissement du monarque déconcerta leurs projets. Néanmoins de nouvelles attaques dont il fut l'objet le forcèrent enfin à quitter le ministère; et le 15 mai il remit les sceaux de l'État entre les mains de Pitt, qui s'était lui-même rangé depuis un an dans l'oppositioiL Le roi , qui aimait Addington, l'éleva à la pairie avec le titre de vicomte (viscotmt) Sidmouth; il l'admit dans son conseil privé , et le combla de tant de faveur que les ministres en furent vivement blessés. Pitt parvint à le faire sortir du conseil privé à l'occasion du procès de lord Melville ( Dundas ) , accusé de malversation , procès que Sidmouth avait fait reprendre avec un zèle imprudent. Après la mort de Pitt , Sidmouth forma en janvier 1806, avec Fox et Grenville, un nouveau ministère qui se disloqua quelques mois après, à la mort de Fox. — Lorsqu'en 1812 lord Liverpool remplaça conune premier lord de la trésorerie le malheiireuxPerceval qui venait d'être assassiné, lord Sidmouth rentra encore une fois dans le cabinet de Saint-James comme ministre secrétaire d'État de l'intérieur; mais en 1822, à la mort de lord Castelreagh, il se retira tout à fait des affaires, et M. Peel fut son successeur. Addington mourut dans la retraite à l'âge de quatre-vingt-neuf ans. [ Conversations-Lexicon. ]
ADDisaN {Joseph), célèbre poète anglais, né le 1" mai 1672 à Milston dans le Wiltshire, mort le 17 juin 1719. Il fit ses premières études dans le lieu de sa naissance, et les acheva à Lichtfield, où son père avait été nommé doyen. A quinze ans, il fut envoyé à l'université d'Oxlbrd, où il s'appliqua plus particulièrement à la poésie