ADDISON
latine. H y composa plusieurs poëmes ( Mlsctllany poems ) qui excitèrent l'admiration de ses maîtres , et furent publiés dans un recueil intitulé Musarum anglicarum analecta, vol. H, an. 1699. Il avait vingt-deux ans lorsqu'il commença à écrire dans sa langue , en prose et en vers. Son premier essai fut une traduction en vers de la plus grande partie du 4^ livre des Géorgïques de Virgile. Sa réputation naissante lui fit trouver en lord Somers et lord Montague, chancelier de l'échiquier, et depuis lord Halifax , des protecteurs puissants. En 1695, il adressa un poëme au roi Guillaume ni, qui n'avait aucun goût pour la littérature, mais qui, sur la foi de ses ministres , plus éclairés que lui, n'eut pas de peine à accorder quelque encouragement à un jeune homme d'une si grande espérance. Addison témoigna le désir de voyager, et il obtint , pour cet objet, une pension de 300 livres sterling. Il passa en France , et s'arrêta une année entière à Blois. De là U se rendit en Italie , but principal de son voyage. Dans un court séjour qu'il fit à Paris , il vit Boileau , à qui il présenta un exemplau"e de ses poésies latines. On prétend que Boileau , après les avoir lues , dit à l'auteur que , s'il les avait connues plus tôt , il n'aurait pas écrit contre Perrault , parce qu'il les trouvait dignes d'être comparées aux plus beaux ouvrages de l'antiquité. Cette anecdote a peu de vraisemblance. Addison vit l'Italie plus en poëte qu'en observateur politique ou moral , si l'on en j uge par la relation de son voyage , où il rappelle avec complaisance tous les passages des auteurs classiques qui peuvent s'appliquer aux lieux qu'il parcourt et aux objets qui le frappent; mais , sous ce rapport même, son voyage est particulièrement intéressant et instructif : on en a fait plusieurs édi- Sions en Angleterre, et il a été traduit en français. Pendant son absence, il s'était faitde grands changements dans le ministère ; ses protecteurs, Montague et Somers , avaient perdu leurs places. Sa pension ne lui étant plus payée en Italie , il fut réduit, pour être en état de continuer son voyage, à se charger de ramener en Angleterre un jeune Anglais qui avait perdu son gouverneur en Italie. De retour à Londres , il se trouva dans un état de dénûment assez pénible, mais qui ne fut pas de longue durée. La bataille de Blenheim ■sint enivrer de joie la nation, en 1704. Les poètes médiocres s'empressèrent à l'envi, comme c'est l'usage, de célébrer cette victoire. Lord Godolphin se plaignit un jour à lord Halifax de ce que ce glorieux événement n'était pas célébré comme il devait l'être , et témoigna le désir qu'une si noble tâche fût confiée à quelque grand poëte. Halifax lui répondit que le génie ne trouvait pas d'encouragements, tandis qu'on prodiguait le revenu public à des hommes sans mérite, en négligeant ceux dont les talents pouvaient être employés d'une manière honorable pour leur pays. Godolphin convint du fait, et prom't des récompenses distinguées pour le poëte qui chanterait plus digne-
ment le triomphe national à Blenheim. Halifax nomma alors Addison, mais exigea en même temps que Godolphin vît lui-même cet écrivain, et lui proposât le travail dont il voulait le charger. Cela fut exécuté ; et Addison n'avait pas encore achevé son poëmc, que, pour récompense de son zèle, il obtint la place de commissaire des appels, que quittait le célèbre Locke. P2n 1705, il accompagna lord Halifax à Hanovre ; l'année suivante , il fut nommé sous-secrétaire d'État.
Un opéra italien qui s'établit alors à Londres excita une grande division dans toutes les classes de la société. Cette nouvelle musique était encouragée dans le grand monde, par esprit de mode plus encore que par goût; mais elle déplaisait aux oreilles qui n'y étaient point accoutumées, et choquait surtout les préventions naturelles du peuple anglais contre tout ce qui est étranger. Au milieu de cette effervescence des esprits, Addison tenta de faire entendre un drame musical en langue anglaise. Il composa, en 1707, l'opérade Ko5(7?no?2(/e, sagement conduit et élégamment écrit ; mais, soit que la musique en fût mauvaise ou que l'action manquât d'intérêt, l'opéra n'eut aucun succès an théâtre. L'auteur, persuadé que l'ouvrage serait mieux jugé à la lecture, le fit imprimer et ledérlia à la duchesse de Marlborough, femme intrigante, généralement haïe, qui n'avait aucun goût pour la littérature, et n'en avait pas même la prétention. Cette dédicace fitpeu d'honneur au caractèn; d' Addison. — Le marquis de Warton ayant été nommé vice-roi d'Irlande, Addison le suivit comme secrétaire du gouvernement , et fut en même j temps nommé garde des archives de la tour de ' Birmingham, place à peu près sans fonctions, avec un traitement de 300 livres sterling par an. C'était ! un contraste assez bizarre que l'association de t deux caractères aussi différents que ceux de Warton et d'Addison : le premier était un jeune hoinmc impie, débauché, non-seulement dépourvu de toute vertu, mais même affichant ouvertement tous les vices; Addison, au contraire, montrait dans toute sa conduite un grand respect pour la religion et pour la morale : mais ils étaient l'un et l'autre des agents du même parti , et, à celle époque, l'esprit de parti était en Angleterre à son plus haut degré d'effervescence. C'est pendant son séjour en Irlande que Steele, avec qui il était uni d'amitié dès l'enfance, conçut le projet d'uni; feuille périodique d'un genre nouveau, à laquelle il donna le titre de Tatler (le Babillard). 11 n'avait point conomuniqué son secret à Addison, qui cependant ne tarda pas à reconnaître l'auteur, et s'associa bientôt à l'entreprise. Le premier numéro parut à Londres le 12 avril 1709. Le Dubillard nefutcontinué que quelques mois, et futrenv placé par un autre ouvrage du même genre, raajs conçu sur un plan plus étendu ; plus particulier! ment consacré à la peinture des mœurs et à l'a| plication des principes de la morale aux devoii habituels de la vie sociale. U eut pour titre 1^ Spectator (Spectateur), ouvrage périodique dout