‹ Nouvelle biographie universelle depuis les temps les plus reculés jusqu'a nos jours, avec les renseignements bibliographiques et l'indication des sources a consulter; (volume 2)Chapitre 71 sur 180 · ADDISON 2G · texte numérisé non relu

ADDISON 2G

s'est élevé au degré de supériorité qui distingueles génies du premier ordi'e, mais dans tous il s'est placé fort au-dessus de la médiocrité, et dans quelques-uns il a montré une réunion d'esprit et de raison , de bon goût et de bonne plaisanterie , aussi rare que ce qu'on appelle le génie. Comme poète , il a commencé par des poèmes latins fort admirés dans le temps, mais qu'on ne connaît guère hors des Iles Britanniques, où vraisemblablement ils sont même peu lus aujourd'hui. Il a composé en anglais un assez grand nombre de pièces de vers sur différents sujets, dont la plupart sont des traductions ou imitations de Virgile, d'Horace et d'Ovide. Le plus considérable comme le plus célèbre de ses poèmes est celui qu'il a composé sur la bataille de Blenheim , et qu'il a intitulé la Campagne [the Campaign). La victoire qu'il a célébrée a donné plus d'éclat au poème qu'elle n'en a reçu. Addison est regardé par les gens de goût , en Angleterre , comme un poète ingénieux et sage, toujours élégant et harmonieux, mais jamais original ni sublime. Ou le place généralement au-dessous de Dryden et de Pope; des critiques éclairés lui préfèrent même Gray et Cooper, qui sont venus après lui. Comme poète tragique , il n'occupe qu'un rang très-inférieur. Sans parler de Shakspeare , à qui les Anglais ne comparent rien, les bonnes tragédies d'Otway, de Rowe, et beaucoup d'autres dont les auteurs sont moins célèbres, mais qu'on joue tous les jours avec succès, sont préférées avec raison au Caton , qui a des beautés supérieures , mais qu'on ne peut plus mettre au théâtre. « Dans « cette tragédie d'un patriote et d'un philosophe, « a dit Voltaire , le rôle de Caton me paraît sur- « tout un des plus beaux personnages qui soient « sur aucun théâtre. Il est bien triste que quel- « que chose de si beau ne soit pas une belle tra- « gédie : des scènes décousues qui laissent soute vent le théâtre vide ; des aparté trop longs ci « sans art; des amours froids et insipides; une « conspiration inutile à la pièce ; un certain Sem- « promus déguisé et tué sur le théâtre, tout « cela fait, de la fameuse tragédie de Caton, « une pièce que nos comédiens n'oseraient ja- « mais jouer, quand même nous penserions à la « romaine ou à l'anglaise. La barbarie et l'irré- « gularité du théâtre de Londres ont percé juste que dans la sagesse d' Addison. D me semble « que je vois le czar Pierre, qui, en réformant « les Russes, tenait encore quelque chose de son « éducation et des mœurs de son pays. » Parmi ses ouvrages en prose on remarque, outre son voyage en Italie, 1° un Dialogue sur les Mé-i dailles ; — 2° l'ébauche d'une Dépense de la religion chrétienne, qu'il n'a pas eu le temps d'achever; — 3° un grand nombre d'essais sur la littérature, la morale et la politique, insérés dans le Tatler, le Spectator, le Guardian (le Tuteur ), le Free-Holder ( le Franc-Tenancier ) et le Whig-Examiner {Y Examinateur- Whig).

C'est dans ces essais , surtout dans ceux du

Spectateur, qu'Addison se montre tour à tour sage moraliste et écrivain pur, clair, élégant. « Tout écrivain, dit Johnson, qui voudra se for- « mer un style véritablement anglais, familier sans « trivialité , noble sans enflure et élégant sans « affectation, doit étudier jour et nuit les ou- « vrages d'Addison. -» Dans la critique littéraire , Addison a montré un goût sain plutôt qu'étendu, et iiu esprit sage, sans originalité ni profondeur dans les vues. Addison a eu une conduite constamment irréprochable du côté des mœurs ; il était sincèrement attaché à la religion, mais sans austérité et sans superstition; grave et réservé dans son maintien , timide et même embarrassé dans la société, il parlait peu devant les personnes qu'il ne connaissait grère, « Je n'ai jamais vu, disait « lord Chesterfield , un homme plus modeste et « plus gauche. » Cependant, lorsqu'il était avec ses amis particuliers, et que surtout le plaisir de la table et un peu de vin animaient son imagination, U parlait avec beaucoup d'intérêt et de grâce, et sa conversation charmait tous ceux qui l'entendaient. Son caractère n'a pas été à l'abri de tout reproche. On l'a accusé d'être jaloux des talents et des succès des autres , et les mémoires du temps ont conservé quelques anecdotes qui semblent autoriser cette imputation. Il suffit de rappeler, à ce sujet, les vers aussi mordants que spirituels que Pope a insérés dans son Épître à Arhuthnot, et que Delille a rendus en français. On peut les appliquer encore aujourd'hui à ces trois littérateurs :

Mais représentez-vous un écrivain vanté, Plein de grâce et d'esprit, sachant penser et vivre, Charmant dans ses discours, sublime dans un livre; Partisan du bon goût, amoureux de l'honneur; Fait pour un nom célèbre, et né pour le bonheur; Mais qui, comrae ces rois que l'Orient révère, Pense ne bien régner qu'en étranglant son frère; Concurrent dédaigneux, et cependant'jaloux. Qui, devant tout aux arts, les persécute en vous; Blâmant d'un air poli, louant d'un ton perfide; Cherchant à vous blesser, mais d'une main timide; Flatté par mille sots, et redoutant leurs traits; Tellement obligeant, qu'il n'oblige jamais; Dont la haine caresse et le souris menace; Bel esprit à la cour, et ministre au Parnasse;

Parle, qui ne rirait de ce portrait sans nom ? Mais qui ne pleurerait, si c'était Addison?

Addison avait été longtemps tourmenté d'un asthme dont les accès étaient fréquents. L'hydropisie s'y étant jointe sans que l'art pût y apporter aucun secours , il mourut âgé seulement de quarante-huit ans. On a une belle édition des œuvres d'Addison {Addison' s Works); Birmingham (Baskerville), 1761, 4 vol. in-4°. LeSpectator a été réimprimé en 1797 , 8 vol. in-8°.; le Guardian, 1797, 2 vol. in-8° : les morceaux qui dans ces deux derniers sont signés du mot Clio, sont d'Addison; le Tatler, il^l, 4 vol. in-8°. Les traductions françaises sont : 1° Remarques sur divers lieux d'Italie faites en 1701, 1702, 1703, formant le 4^ tome du Voyage de Misson; Utrccht, 1723, in-12; — 2° le Babillard, traduit par Armand de la Chapelle, 1734-1735, 2 vol.

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