DE
BOVRBON{Charles de), comte de Montpensier et de la Marche, dauphin d'Auvergne, né le 17 février 1490, mort le 6 mai 1527. Il échpsa tous les princes français ses contemporains, comme politique et homme de guerre. Ses mœurs austères, ses habitudes silencieuses contrastèrent avec les mœurs bruyantes et licencieuses de la cour de François I^"^, tandis que son amabilité le rendait l'idole du soldat. Victime des persécutions de la reine-mère, il devint le fléau de sou pays, après en avoir été la gloire. Second fils du comte de Montpensier, il réunit successivement, par la mort de son frère aîné , puis par son mariage avec Suzanne de Bourbon , les vastes possessions des deux branches de cette famille ( les duchés de Bourbonnais et d'Auvergne, les comtés de Forez , de la Marche , de Montpensier, etc.). Quand un fils lui naquit en 1517, il invita François I^"" à en être le parrain, le reçut avec sa cour à Moulms , et « fit servir par cinq cents gentilshommes en habits de velours, portant des chaînes d'or qui faisoient trois tours autour de leur cou. » (Brantôme.) A dix-huit ans, la guerre lui donna l'occasion de faire ses premières armes à côté de Bayard; et à vingt, il décida la victoire d'Agnadel par son intiépidité froide et réfléchie. A vingt-trois , la voix publique le désignait déjà pour le commandement général. Il en avait vingt-six quand François P% montant sur le trône, lui donna l'épée de connétable, et partit avec lui pour la conquête du Milanez. La discipline étabhe dans l'armée , les Alpes traversées par des chemins qu'on croyait impraticables , le général ennemi surpris dans son lit, la bataille de Marignaa
( 1515 ) gagnée contre l'indomptable furie des Suisses, puis, vingt jours après, les clefs de la citadelle de Milan avec la Lombardie remises par lui aux mains du roi , mirent le comble à sa réputation.
Des nuages ne tardèrent pas à s'élever contre lui à la cour, où il avait fait une impression profonde sur Louise (de Savoie), mère du roi, qui lui offrit sa main. Bourbon était veuf alors; mais il répondit à ces avances que jamais il n'épouserait une femme sans pudeur; et Tavannes raconte que François V leva la main pour lui donner un soufflet. Dès ce moment tous les moyens furent employés pour faire casser la donation que sa femme et sa belle-mère lui avaient faite de leurs biens , ou amener leur réversion à la couronne. Un premier arrêt du parlement adjugea le comté de la Marche au roi, qui en fit aussitôt don à sa mère. Tous les traitements du connétable étaient suspendus , sous prétexte des besoins de l'État.
Bourbon , profondément ulcéré ^ ne songea plus qu'à la vengeance, et s'engagea dans un traité avec Charles-Quint et Henri VIQ. La sœur du premier, Éléonore, douairière de Portugal , devait lui être donnée en mariage, avec la Provence et leDauphiné, qui, joints au Bourbonnais et à l'Auvergne, son apanage, seraient érigés en royaume indépendant. Le reste de la France était livié à ses deux alliés. Il était convenu d'enlever le roi lors de son passage dans ses gouvernements, ou, s'il n'y pouvait réussir, de se joindre aux troupes de l'empereur en Franche- Comté , afin de fenner le retour à François Fr dès qu'il aurait passé les Alpes. Celui-ci , déjà en marche pour l'Italie , quand il eut connaissance de ce complot ralentit sa marche , la réglant sur celle de ses ti'oupes, par lesqueUes il fit occuper Moulins. Bourbon était au lit, malade ou feignant de l'être. François I*"^ alla dans sa chambre, et lui dit « qu'il savait les menées des ennemis pour l'attirer à leur service ; qu'il ne pensait pas qu'il y fût entré ; que toutefois la crainte de perdre son État pouvait avoir troublé sa bonne amitié : qu'il eût à se rassurer, car, s'il perdait son procès conti'e lui ou sa mère , il lui restituerait tous ses biens. » Bourbon, sans se laisser prendre à ces promesses d'im roi offensé, dissimula, et promit de rejoindre l'armée. Mais, se sentant siu'veillé, il se réfugia dans son château de Chantelle, d'où il envoya promettre sa soumission, à condition que tous ses biens lui seraient rendus. Sur le point d'être investi par des forces très-supérieures, il se déguisa en valet, et, accompagné d'un seul gentilhomme , traversa les chemins détournés de l'Auvergne , du Forez, du Dauphiné, trouva la Savoie pleine des troupes du roi , et se jeta dans la Franche- Comté, où il arriva le neuvième jour (1523). Ne voulant pas paraître en fugitif à l'armée d'Espagne, qui l'attendait dans la Lombardie, il trouva moyen de lever 6,000 lansquenets en Allemagne,
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et eut bientôt gagné leur affection. Ce fut avec eux qu'il poursuivit l'armée française, en retraite sur Ivrée et le Saint-Bernard. Bayard, soutenant le choc à l 'arrière-garde, venait de tomber mortellement blessé, quand Charles de Bourbon arriva : « Ne me plaignez pas, lui dit le loyal chevalier; je meurs sans avoir servi contre ma patrie, mon roi, et mon serment. » (1524)
Bourbon voulait pénétrer par Lyon dans le centre de la France, où la population , disait-il , se rangerait sous ses drapeaux. Charles-Quint, n'osant aventurer son armée sur les promesses suspectes d'un émigré, ne consentit qu'à l'invasion de la Provence, et lui adjoignit le marquis de Pescaii'e, qui prit à tâche de le contrarier et de l'humilier. Au siège de Marseille, un boulet ayant tué l'aumônier qui officiait dans sa tente , Pescaire envoya ce boulet à Bourbon, en lui faisant dire : « Voilà les clefs que les bourgeois de Marseille vous présentent. » L'approche de François ï" avec une armée leur fit repasser les Alpes. Quelque temps, après il prenait sa revanche à la bataille de Pavie, où François F' fut fait prisonnier (24 février 1525). Bourbon n'eut pas à se louer de la reconnaissance de Charles- Quint : renvoyé d'Espagne en Lombardie, sans argent, avec des troupes toujours prêtes à se mutiner pour la solde , il songeait à se rendre indépendant en Italie, et peut-être à renouer avec la ï'rance aux dépens des Espagnols. Bientôt des séditions éclatent ; on tue des officiers, on pille les équipage : Bourbon fuit pour échapper à la mort , mais reparaît toujours avec son ascendant sur ces bandes indisciplinées, que lui seul peut conduire. Rome, que menaçait l'orage, fait en vain une trêve avec Charles-Quint. Bourbon refuse de l'observer ; ses soldats veulent mettre en pièces l'envoyé qui en apportait l'ordre. Le chef des lansquenets avait fait faire une belle chaîne d'or exprès pour pendre et étrangler le pape de sa main. Le 6 mai 1527, cette armée sans canons était sous les murs de la ville sainte. Bourbon est décidé à l'emporter, ou à périr ; et, voyant quelque hésitation dans ses troupes, il saisit une échelle, qu'il applique contre une brèche laissée à la muraille* Il commençait à monter, quand une balle de mousquet lui traversa les reins, le flanc et la cuisse. Se sentant mortellement blessé , il ordonna qu'on le couvrît d'un manteau, et que sa mort fût cachée aux assaillants. En sortant de Rome, livrée pendant deux mois à leurs pillages , ses soldats ne voulurent pas quitter son corps, et l'emportèrent à Gaëte, où un tombeau lui fut élevé. Pendant que son armée lui consacrait cette épitaphe célèbre.
AUOTO IMPERIO