‹ Nouvelle biographie universelle depuis les temps les plus reculés jusqu'a nos jours, avec les renseignements bibliographiques et l'indication des sources a consulter; (volume 3)Chapitre 12 sur 276 · BOURCIER · texte numérisé non relu

BOURCIER

près la cour souveraine de Lorraine. C'était une entreprise difficUe que de rétablir le règne de la justice dans une contrée devenue depuis soixante ans la proie des conquérants , et livrée à tous les désordres qu'entraînent les envahissements de l'étranger. Léonard Bourcier seconda les vues réparatrices du prince, et fut, sous ce rapport, son agent le plus éclairé. Il fit plus, il devint législateur, comme il l'avait été dans le duché de Luxembourg. C'est à ses sages méditations que la Lorraine dut en 1701 la publication de nouveaux règlements pour l'administration de la justice, lesquels ont retenu le nom de code Léopold, et qui embrassaient, dans leur ensemble la procédure civile , l'insti'uction criminelle et la police des eaux et forêts. Ce code obtint l'assentiment général ; mais alors le siège de Toul était occupé par un prélat turbulentet tracassier, Thiard ^e Bissy, qui crut apercevoir dans ces lois des atteintes portées à l'autorité ecclésiastique en ce qui concernait les matières bénéficiâtes et le prêt à intérêt, qu'il qualifiait d'usure, et les monitoires. Dans son zèle vrai ou faux , il déféra le code entier au pape Clément XI, qui, par un bref pontifical, censurâtes articles incrimiaés. Le procureur général, rédacteur principal de la loi et chargé de la faire exécuter, ne pouvait garder le silence devant de pareilles attaques. Il fit paraître et enregistrer au parlement un Acte d'appel, i7iterjeté par lui, de l'exécution du bref contre Vordonnance de Son Altesse Royale, du mois de juillet 1701, de Notre Saint Père le pape Clément XI, mal informé, à nôtredit saint père le Pape, lorsqu'il sera mieux in/orme (Nancy, 1703,in-4°, de 18 pag.). Cette pièce , respectueuse dans sa forme , est une énergique et éloquente protestation contre les empiétements de la puissance sacerdotale. Mais la cour de Rome , qui est constante dans ses desseins, condamna aussi l'acte d'appel (février 1704). Après des négociations tentées vainement en Lorraine et encore plus vainement à Rome, le duc Léopold, dont l'esprit était naturellement conciliant , et puis peut-être encore par des intérêts de famille , finit par céder, et publia en 1707 une nouvelle édition de son code, dans lacpielle les articles censurés n'avaient pas été reproduits ; mais , s'il faut s'en rapporter au comte de Foucauld, qui a écrit VHistcàrede Léopold (Bruxelles, 1791, in-8°, p. 78), « là jurisprudence lorraine ayant adopté les " lois telles qu'elles avaient d'abord été dictées, '< les cours en maintinrent l'esprit. » A ses fonctions de procureur général Bourcier avait vu ajouter le titre de conseiller d'État. En 171 1, il se rendit au congrès d'Utrecht en qualité d'envoyé du duc de Lorraine; il y resta jusqu'en 1713, et se fit estimer de tous les ministres des puissances do premier et de second ordre, par le caractère de loyauté et de modération avec lequel il défendit les intérêts du prince, qu'il représentait ainsi plus djgneinejit (jue par son faste. Il

n'est guère d'occasions importantes où le duc Léopold ne l'ait consulté, et n'ait eu recours à sa plume habile et exercée, toutes les fois qu'il fallait soutenir les droits de la souveraineté. C'est ainsi qu'il rédigea deux mémoires pour établir les droits de Son Altesse à la principauté d'Arches et de Charleville, et sur le duché de Montferrat (Nancy, Cusson, 2 vol. in- f'). Tant de gages de dévouement ne devaient pas rester sans récompense : il fut orée baron, et, seul des hommes de robe, il fut admis à la table du prince, qui établit exprès pour lui la charge de premier président de la cour souveraine. Mais, préférant les douceurs d'une retraite studieuse aux devoirs d'apparat que cette nouvelle dignité devait lui imposer, il déclina d'abord un tel honneur : néanmoins il fallut céder à la volonté persistante de Léopold. Bourcier était alors plus que septuagénaire. Ce changement de position, qui l'astreignait à des devoirs nouveaux , influa sur sa santé d'une manière fâcheuse. Il essuya plusieurs maladies, dont la dernière le força de s'abstenir de paraître au palais : il se dédommageait de cette privation pénible pour lui dans le silence du cabinet, en achevant divers travaux historiques et législatifs qu'il avait été obligé d'interrompre. C'est ainsi qu'il finit une carrière si bien remplie, à l'âge de soixante-dix-sept ans. On trouvera dans la Bibliothèque lorraine de dom Calmet la liste complète des ouvrages qu'il a mis au jour. Outre ceux que nous avons déjà mentionnés, nous citerons encore une Dissei'tation sur Forigine et la nature du duché de Lorraine; Nancy, Cusson, 1721 , in-4° : c'est la seconde édition d'un écrit qui avait pour but d'établir la masculinité du duché de Lorraine, Droit de la maison de Lorraine sur le royaume de Sicile, in-4° ; — Arrêts de la cour souveraine de Lorraine; Nancy, Cusson, 1707-1722, 2 vol. in-4°. On attribue à Bourcier une espèce de satire qui parut d'abord manuscrite, sous le titre de Catholicon de l'officiaUté de Toul, et qui a été imprimée à petit nombre d'exemplaires , in-8°. Il est bon d'observer à ce sujet que, malgré ses démêlés avec l'évêque et l'officialité de Toul, il ne cessa pas d'être profondément religieux dans ses principes et dans la pratique.

J. Lamoureux; Dom Calmet, Bibliothèque de la Lorraine.— Foucauld, Histoire de Léopold. — Étude sur le président Bourcier, par M. Salmon ; Toul, 1846 , in-S". — Digot, Éloge historique de Bourcier.

BOURCIER (Jean-Louis , comte de Montu- REcx), fils du précédent, magistrat et négociateur, né à Luxembourg le 12 mai 1687, et mort à Nancy le 14 mars 1737, marcha, quoique de loin, sur les traces de son père. A vingt-trois ans il fut appelé à remplir les fonctions d'avocat général, et deux ans après il obtint la survivance de la charge de procureur général près la cour souveraine de Lorraine qu'occupait Jean Léonard Bourcier, et le remplaça en 1724. Nommé conseiller d'État, il fut chargé par le duc Léopold

BOURCIER — BOURDAISIÈRE

«l'une mission délicate et importante près la cour de Rome, qu'il réussit à mener à bonne fin, et ensuite près celle de Turin. Le duc François, successeur de Léopold, qui venait d'épouser l'archiduchesse Marie-Thérèse, le fit venir à Vienne pour l'aider de ses conseils. On croit qu'il ne fut pas étranger à la longue résistance que manifesta ce prince à accéder au traité de Vienne , qui le dépouillait de la Lorraine; sacrifice auquel il finit par se résigner pour contribuer par là au maintien de la paix de l'Europe, et qui lui valut, par la suite, la souveraineté du grand-duché de Toscane , avant que le décès de Charles vn le fît monter sur le trône impérial. Bourcier avait fait de tous ces événements et de la politique suivie par le duc François le sujet d'im mémoire intéressant, dont le manuscrit autographe, communiqué aux éditeurs du Conservateur, fut inséré dans ce journal (mars 1758, p. 166-198). Bourcier, après avoir rempli, à la satisfaction dé son ancien maître, la mission de confiance qu'il en avait reçue, revint en Lorraine, où il continua d'exercer jusqu'à sa mort les fonctions de procureur général , sans avoir profité des lettres de survivance de la charge de premier président , qui lui avaient été accordées par le duc Léopold. On lui doit la publication d'un ouvrage important pour l'histoire de la législation en Lorraine; c'est le Recueil des Édits, Ordonnances, Déclarations, Traités et Concordats du règne de Léopold; Nancy, Cusson, 1733-1734, 4vol. in-4<'. Il fit imprimer en 1748 la suite de ce recueil , tant pour le règne du duc François que pour celui du roi de Pologne Stanislas ; cette collection a été continuée depuis lors, et portée jusqu'à quinze volumes in-4°. Les autres ouvrages que Bourcier a [lubliés sont : Lettres touchant l'importance et la dignité du cardinal, trad. de l'italien; Nancy, 1725, in-8"; — Histoire de Jean Léonard, baron de Bourcier; Nancy, Chariot, 1740, in-8° de 416 p., imprimé à ti'èspetit nombre d'exemplaires ; — Instruction pour mon fils aîné, qui prend le parti de la guerre; Nancy, 1740, in-fol. Le malin Chévrier lui reproche d'avoir « trop couru après l'esprit dans ses discours publics, « et il cite à ce propos plusieurs traits de mauvais goût, où l'on trouve moins d'excès d'esprit que peu de rectitude dans le jugement. J. Lamoureux.

Dom Calmet , Bibliothèque Lorraine. — Chévrier, Mémoires pour servir d l'Histoire des hommes illustres de Lorraine.

BOURDAiLLE (Michel), docteur de Sorbonne, mort le 26 mars 1694. Il fut successivement théologal , aumônier et grand vicaire de la Rochelle, et publia : Défense de la foi de l'Église touchant l'Eucharistie, 1676, in-12; — Défense de la doctrine de l'Église touchant le Culte des Saints, 1677, in-i2; — Explication du Cantique des Cantiques, 1689, in-12; — Théologie morale de l'Évangile, 1691, in-12 ; — De la part que Dieu a dans la conduite des hom-

mes; ouvrage inséré dans le t. II du Traité de la Grâce générale de Nicole; — Théologie morale de saint Augustin, 1687, in-12 : cet ouvrage attira à son auteur une réfutation de la part d'Antoine Arnauld, qui, dans deux lettres adressées à Le Féron , s'attacha à démontrer l'erreur où Bourdaille était tombé en écrivant dans son livre la proposition suivante : « Ceux « qui ne se laisseraient aller à quelques grands « désordres qu'avec une extrême répugnance et « comme malgré eux , ou forcés par la crainte (c d'un grand mal, ou cédant à la violence d'une « passion qui les emporterait, de sorte qu'ils eus- « sent un extrême déplaisir tout aussitôt qu'ils « seraient hors de ces fâcheuses conjonctures, on « ne pourrait pas dire assurément qu'ils auraient <c perdu la grâce et qu'ils auraient encouru la « damnation; car, encore que la cupidité ait do- « miné en ce moment, ce ne peut avoir été qu'une « domination passagère, qui ne change point ab- « solument le fond et la disposition du cœur. » Richard et Giraud, Bibliothèque sacrée.

BOURDAISIÈRE (Jean Babou, seigneur de la), homme d'État français, vivait dans la dernière moitié du seizième siècle. Il était fils de PhiUbert Babou de la Bourdaisière et de Marie Gandin, fille d'un maire de Tours et célèbre par sa beauté. C'est à elle que Léon X, dans son entrevue à Bologne avec François F'', donna un joyau de grand prix , appelé le diamant Gaudin, et soigneusement conservé dans la maison de Sourdis. Dans l'éghse collégiale de Notre-Damede-Bon-désir, entre Tours et Amboise, il existe un sépulcre en pierre où l'on a représenté les trois Marie , pour lesquelles les trois sœurs de Jean de la Bourdaisière ont servi de modèles ; et c'est d'après Marie Gaudin qu'a été faite la statue de la Vierge, mère de Jésus-Christ.

BOURDAISIÈRE (Jean Babou DE la), son fils, mort en 1589, était capitaine de cent gentilshommes de la maison du roi, et gouverneur de Brest. Il se déclara en faveur de la Ligue, se battit en duel avec Cicé, qu'il tua aux états de Blois en 1588, et périt lui-même , l'année suivante, à la bataille d'Arqués. Deux poèmes élégiaques furent composés au sujet de sa mort : l'un est intitulé Soupirs lamentables de la France; l'autre a pour titre : Lamentables regrets de la France sur le trépas de trez-hault et trez valeureux seigneur monseigneur le comte de Sagonne, etc.

Françoise Babou de la Bourdaisière, fille aînée de Jean Babou de la Bourdaisière, et mariée à Antoine d'Estrées , seigneur de Couvréz-lez- Soissons, donna le jour à la belle Gabrielle, maîtresse de Henri IV, et fut tuée avec le marquis d'Allègre, son amant, dans une sédition qui éclata contre eux à Issoire.

Isabelle Babou de la Bourdaisière, sœur puînée de la précédente et femme de François d'Escoubleau , marquis de Sourdis , fut publiquement la maîtresse du chancelier de Chi-

verny. Elle dut à sa nièce Gabrielle d'Estrées le gouvernement de Chartres, donné à son mari, et l'élévation de ses deux fils, le cardinal de Sourdis et Henri, archevêque de Bordeaux. Ce dernier mérita le surnom d'Amiral pour les services qu'il rendit dans l'expédition par mer contre la Rochelle, et par sa participation à la conquête des îles Sainte-Marguerite.

Marie Babou de la Bourdaisière , sœur cadette des deux précédentes, et|femme de Claude de Beauvilliers, comte de Saint-Aignan , gouverneur d'Anjou, eut de son mariage Anne, épouse de Pierre Forget, seigneur de Fresne, secrétaire d'État, et Marie de Beauvilliers, abbesse de Montmartre, dont Henri IV s'éprit momentanément pendant le siège de Paris. Le maréchal de Bassompierre dit qu'une demoiselle de la Bourdaisière, fille d'honneur de la reine Louise, veuve de Henri m, fut aimée de Henri IV, et mariée en 1602 au vicomte d'Étanges. Cmq généraux du nom de la Bourdaisière combattirent à la tête des armées vénitiennes.

Moréri, Dictionnaire historique. — Anselme, Histoire généal. de la maison de France.

BOURDALOUE (Louis), célèbre prédicateur français, né à Bourges le 20 août 1632, mort le 13 mai 1704. Son père avait d'abord hésité à lui permetti'e d'embrasser l'état ecclésiastique, parce qu'il se souvenait que lui-même avait eu cette pensée, et l'avait abandonnée; aussi voulut-il éprouver la vocation de son fils avant de la croire invincible. Mais, quand il la vit bien décidée, il l'autorisa à quitter la maison paternelle pour le noviciat des jésuites, où le jeune Bourdaloue mûrit par de fortes études un esprit qui jusqu'alors n'avait été que vif et brillant. Ses supérieurs firent de lui successivement un professeur d'hmnanités , de rhétorique , de philosophie et de théologie morale ; il ne commença à prêcher qu'après s'y être préparé par dix-huit ans de travaux. Ses premiers sermons, prononcés en province, y excitèrent une admiration dont le signal fut donné par la petite-fille de Henri IV, la grande Mademoiselle, laquelle s'en souvint plus tard, et.fit appeler leur auteur auprès d'elle quand elle se sentit sur le point de mourir. Envoyé à Paris en 1669, c'est-à-dire au moment le plus beau du règne de Louis XIV, Bourdaloue prêcha à la cour avec un succès inouï, qui s'expUqua à la fois par le mauvais goût de ses prédécesseurs et par les lumières de son temps , mais qu'il dut avant tout à son talent, qui était prodigieux, et à sa réputation de vertu, qui protégeait sa parole. Le grand objet qu'il se proposa, ce fut de convaincre : son arme fut le raisonnement, et il soumit ce raisonnement à toute la rigueur de la logique. Sans renoncer à émouvoir, il n'attachait pourtant aux moyens de pathétique qu'une impoi-tance secondaire : pourquoi ? parce que, suivant lui, il faut être convaincu pour être vivement touché. 11 voulait de la chaleur ; mais il

demandait cette chaleur à la lumière, en cher-

BOURDAISIÈRE — BOURDALOUE

chant, comme saint Paul, à rendre la /oiraisoMnable; il s'imposait, il est vrai, l'obligation difficile à remplir de démontrer les vérités qu'il prêchait ; mais aussi, ces vérités une fois démontrées, il se trouvait en droit d'en commander souverainement le respect. De là vient ce caractère dominateur qui est le propre de son éloquence comme de celle de Démosthène, et que Maury, d'après Quintilien, appelle : imperatoria virtus. L'art de la composition est chez lui achevé : non moins habile à tracer que fidèle à suivre le plan d'un discours , il le fait comprendre sans peine, et par là écouter avec plus déplaisir; toutes ses preuves se tiennent, et, en même temps qu'elles se fortifient par leur liaison, elles répondent par leur gradation au besoin qu'éprouvent toujours les auditeurs de recevoir des impressions de plus en plus vives. Rien de plus solide d'ailleurs que ces preuves puisées aux sources véritables, c'est-à-dire dans la Bible, dans Isaïe, qu'il semble avoir distingué des autres prophètes , dans saint Paul , dont il a fait son maîti-e, et enfin dans les Pères de l'Église, parmi lesquels saint Augustin est celui qu'il cite de préférence.

Son style est grave sans être pesant, et dans son élévation il n'y a ni emphase ni obscurité; i' monte sans effort, et sans jamais se perdredansles nuages ; sa pai'ole est vraiment la parole de Dieu. Aussi fut-il goûté des grands comme des petits, des habitants des campagnes comme des gens instruits ; aussi le lit-on aujourd'hui avec la même admiration qu'on l'écoutait pendant sa vie. Il est de ces hommes qui vivent , par l'influence de leurs écrits, au delà du tombeau, qui se font lire partout où ont pénétré les lettres françaises, et qui à travers les siècles continueront leur mission apostolique : on peut dire que, tout mort qu'il est, Bourdaloue prêche encore par ses propres sermons et par ceux des prédica • teurs auxquels il a fourni des moyens de succès. Envisagé même au seul point de vue philosophique , Bourdaloue est un homme hors ligne, un dialecticien aussi subtil que vigoureux, et qui a fait école.

C'est là un hommage que lui rendit Boileau,dont l'autorité était si grande parmi les gens de lettres. Madame de Sévigné, qui avait un esprit aussi gracieux que celui deBoileau était sévère, partagea l'enthousiasme du célèbre critique pour le nouveau prédicateur. « Jamais, écrit-elle à sa « fille, on n'a entendu rien de plus beau, de pino « noble, de plus étonnant. » Louis xrv voulut qu'il prêchât devant lui durant dix carêmes. « J'aime mieux ses redites, disait-il, que les « choses nouvelles des autres. »

Quand après la révocation de l'édit de Nantes on songea à ramener par la persuasion des esprits que la violence avait aigris , Bourdaloue fut envoyé dans le Languedoc : là il se montra aussi humain qu'éloquent, et le succès de sa mission fut immense.

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