BOURGOIN — BOURGOING
consacrant à l'emploi des soubrettes, elle aurait pu doter la scène française d'une seconde Dangevilie. Appelée en Russie par le directeur des théâtres impériaux, M""^ Bourgoin y fit, en 1809, un voyage très-utile à sa fortune. Après plusieurs mois de représentations à Saint-Pétersbourg, elle revint en France, chargée de nombreux et riches témoignages de la satisfaction et de la munificence de l'empereur Alexandre et de sa cour. De retour à Paris, elle se livra avec plus d'ardeur aux études qui pouvaient la perfectionner dans son art. Talma, qui savait l'apprécier, lui prodigua ses conseils, ses leçons, et le public ne tarda pas à s'en apercevoir ; car les progrès de M"" Bourgoin furent sensibles , surtout dans les rôles d'Electre, de Clytemnestre et d'Andromaque, sous le rapport de la chaleur et de la sensibilité. La mort de ce grand acteur fut doublement fatale à M"'= Bourgoin : elle perdait en lui un maître habile et un protecteur dévoué. Bientôt après l'introduction au Théâtre-Français d'un nouveau genre pour lequel, ainsi que plusieurs de ses camarades, elle manifestait une aversion prononcée, et de plus, dit-on, quelques intrigues de coulisse, l'obligèrent à demander sa retraite. Mais elle en conçut un perpétuel chagrin qui s'aggrava ; il produisit peut-être la douloureuse maladie qui la conduisit au tombeau. « Ma retraite m'a tuée, » disait-elle le jour de sa mort précoce.
M"*' Bourgoin avait un esprit naturel aussi vif qu'original : quoique son éducation eût été négligée, elle savait dans une grande réunion montrer le meilleur ton, se servir des expressions les mieux choisies ; mais au théâtre et dans l'intimité , c'était Sophie Arnould avec toute sa verve satirique ou graveleuse. Beaucoup de ses mots ont circulé dans le monde, et sont restés dans la mémoire des amateurs; on sent que ce n'est pas la seule raison qui nous empêche de les citer ici. [ Enc. des g. du m. ]
Biographie des Contemporains.
■ BOURGOING {François), écrivain français , natif de Bourges, vivait dans la première moitié du dix-septième siècle. Il entra dans la congrégation de l'Oratoire, d'où son inconduite le fit exclure. On a de lui : Brevis psalmodias ratio, etc.; Paris, 1634, in-8°; — le David français; Paris, 1641, in-8°; — Traité sur l'état laïque et politique de l'Église, 1643, in-8°.
Lelong, Biblioth. hist. de la France, édit. Fontette.
BOCRGOING (famille de). Cette famille, originaire du Nivernais, a fourni, depuis le seizième siècle, plusieurs pei'sonnages distingués , dont voici les principaux dans leur ordre de filiation.
I. BOURGOING (iVoëZ), jurisconsulte français, vivait dans la première moitié du seizième siècle. Il était abbé de Bouras, trésorier du chapitre de Nevers, et président de la cour des comptes de cette ville, d'où il passa, comme conseiller, au parlement de Paris. En 1534, il fut le prin-
cipal rédacteur de la coutume de Nivernais , et la publia, l'année suivante, avec une préface de sa composition.
Moréri, Dictionnaire historique.
n. BOURGOING (Jean), jurisconsulte français , vivait à la fin du seizième et au commencement du dix-septième siècle. Il a laissé : la Chasse aux larrons; Paris, 1" part., 1618, in-8°; — 2* part., 1625, in-8°; — Offres et Propositions au roi, 1623, in-S"; — le Pressoir des éponges du roi, 1623, in-8°; — le Désir du peuple français, 1625,in-8° ; — Requête touchant la chambre de justice; Paris, 1629. — Sainte-Marie lui attribue une Ifw^oire de Louis de Gonzague, duc de Nevers.
Lelong, Bibliothèque historique de la France, cdit. Fontette, t. II.
III. BOURGOING (François), célèbre théologien français, né à Paris le 18 mars 1585, mort le 22 octobre 1662. Reçu docteur en Sorbonne après de brillantes études, il fut nommé à la cure de Clichy près de Paris. En 1611, il résigna ce modeste bénéfice en faveur de saint Vincent de Paul, pour s'adjoindre , lui quatrième, au cardinal de Bérulle, qui fondait en ce moment l'ordre de l'Oratoire. Dès lors il fut activement employé à l'établissement de la nouvelle congrégation à Nantes, à Dieppe, à Rouen, et surtout dans les Pays-Bas. En 1641,1e P. Bourgoing, dont la piété et le savoir étaient depuis longtemps connus, fut élu supérieur général à la place du P. Condren, qui lui-même avait succédé au cardinal de Bérulle. Dans cette haute position il se fit remarquer par son zèle ardent, et il promulgua de nombreux règlements destinés à mainlenir la disciphne dans l'ordre, et aussi à y augmenter le pouvoir du général; mais cette vigilance minutieuse qu'il apportait dans l'exercice de son autorité finit par lui susciter de nombreux ennemis, et il eut à se défendre contre les contradictions très-vives de la part de ses re Ugieux. Fatigué par la lutte, accablé par les ans et les infirmités, le P. Bourgoing se démit de son grade en 1661, et mourut l'année suivante. Il avait été longtemps confesseur de Gaston, duc d'Orléans. Son oraison funèbre fut prononcée par Bossuet, et se trouve au dix-septième volume des oeuvres de ce grand évêqiic. Le P. Bourgoing est l'auteur de nombreux ouvrages de piété et de discipline ecclésiastique, dont voici les titres : Lignum Crucis, deux éd. manusc, 1629; Paris, 1630; — Ratio studiorum; Paris, 1645, in-16; — Directoire des missions; Paris, 1646; — Veritates et sublimes excellentise Verbi incarnati; Anvers, 1630, 2 vol. in-8° : cet ouvrage, traduit en français sous le titre de Vérités et excellences de J.-C. dlsj)osées par méditations, et publié on 6 vol. in-12 à Paris, 1636, a eu jusqu'à trente éditions du vivant de l'auteur; — Institutio spiritualis ordinandorum, 1639 ; — Méditations sur les divers états de J.~C.; Paris, 1648,