‹ Nouvelle biographie universelle depuis les temps les plus reculés jusqu'a nos jours, avec les renseignements bibliographiques et l'indication des sources a consulter; (volume 3)Chapitre 252 sur 276 · BURIDAN — BURIGNY · texte numérisé non relu

BURIDAN — BURIGNY

Cette version se rapportait à la tradition qui, selon Aventinus, rapporte que Buridan fut chassé de France comme disciple d'Ockam, et forcé de se retirer en Autriche, où il ouvrit une école, et fonda même, ajoute-t-on, l'université de Vienne (voy. Aventinus, liv. Vil, p. 629, et J. Thomasius, discours Xn, p. 274); mais comme l'université de Vienne avait été fondée en 1237 par l'empereur Frédéric II, cette seule remarque suffit pour renverser l'opinion de l'exil prétendu de Buridan. Il est probable qu'elle n'a pour fondement qu'une ordonnance rendue en 1414 par Louis XI, c'est-à-dire plus d'un demi-siècle après la mort du philosophe nominaliste : cette ordonnance, en approuvant les doctrines d'Aristote, d'Albert le Grand, d'Averroës et de saint Thomas d'Aquin, condamnait celles d'Ockam et de ses disciples, parmi lesquels Buridan était désigné.

Le sophisme connu sous le nom de l'âne de Buridan a été longtemps célèbre dans l'école. Le philosophe supposait, dit-on, un âne pressé par la faim entre deux mesures d'avoine, et demeurant immobile, sollicité qu'il était de chaque côté par desforces qùil'attiraientégalement. Mourant de faim dans cette indécision, il se tourne d'un côté plutôt que de l'autre, ayant alors|son libre arbitre. Bayle, qui consacre plusieurs colonnes de son Dictionnake ( au mot Buridan) à l'examen de ce sophisme, demande d'abord s'il n'y aurait pas eu une équivoque entre un âne , nom d'animal , et l'adverbe an , synonyme du fameux utritm des philosophes? Cet argument de l'âne de Buridan serait alors le même que celui qu'on a nommé le pont aux ânes, mentionné par Rabelais (livre n, ch. 28) , lorsque, incertain s'il doit décrire ou non le combat de Pantagruel et des Géants, il invoque CalUope et Thalie, en les priant de le tirer de ce mauvais pas. Le pon t aux ânes signifierait donc, suivant Bayle, tantôt une mer de ces an et de ces utrum , avec les moyens de les résoudre (pont aux ânes )',; tantôt la marche que l'on doit suivre pour passer par-dessus, ce qui ne serait pas trop mal représenté par ces ânes passant en tremblant sur un pont dont les ais mal joints laissent entrevoir l'eau qui passe en dessous (pont aux ânes). Tout cela peut paraître ingénieux, mais ne s'appUque nullement à Buridan. Nous savons qu'il avait examiné avec beaucoup de sagacité la question de savoir si l'homme, placé entre deux motifs opposés, peut se décider indifféremment pour fun ou pour l'autre. Or, comme il s'agit, pour le philosophe nominaliste, de la hberté humaine et non de celle des animaux, il est fort' possible, a;omme l'a pensé Tennemann (Hlst. de la philosophie, t. VIII, 2*= partie), que l'argument auquel a été attaché le nom de Buridan n'ait été qu'im moyen imaginé par ses adversaires pour tourner en ridicule son opinion sur la hberté d'indifférence. Quant à cette locution de pont aux ânes, dont Bayle a emprunté aux lettres de

Nicolas Clément la smgulière exphcation que nous avons rapportée plus haut, on pourrait l'appliquer à Buridan, dans le sens qu'on lui donne le plus ordinairement. Ce philosophe s'était appliqué, surtout dans la logique, à rassembler un certain nombre de règles à l'aide desquelles on devait trouver des termes moyens pour toute espèce de syllogismes : c'était réduire la pensée à une opération presque mécanique , que l'on a pu appeler par dérision le pont aux ânes. Quoi qu'il en soit , les œuvres de Buridan prouvent qu'il possédait une intelhgence exercée aux subtilités philosophiques, et qu'il était habile dans tous les exercices de cette sorte d'escrime qui s'appelait alors la dialectique. Ses ouvrages sont : Summula Bialectica, in-fol.; Paris, 1487; — Compendium loglC3e,va.-ïo\.; Venise, 1489, et in-4°, Oxford, 1637; — Quxstiones in VIII libros Politicorum Aristotelis, in-4°; Paris, 1500, et Oxford, 1640; — Quœstiones in VIII libros Physicorum Aristotelis, in libros de Anima et Parva Naturalia ; Paris, 1 51 6 ; — In Aristotelis Metaphysica ; ibid., 1518; — Sophismata, in-4°. Hippeau.

Histoire de la Philosophie de Tiedeman et de Tennemann. —, Dictionnaire des Sciences philosophiques^ Paris, Hachette, 18*4, in-4°, t. I, 2« livraison, p. 413. —Va 1ère André, Bibl. Belg. — Du Boulay, Histoire Univers, de Paris. — Bayle, Blet. hist. — Crévler, Hist de l'Université.

BiJRiD.\N ( Jean-Baptiste) , jurisconsulte français, natif de Guise, mort en 1633. Il vint s'établir à Reims, où il professa longtemps. Son fils a publié deux ouvrages de ce jurisconsulte : Commentaire sur la coutume de Vermandois; Rehns, 1631; réimprimé en 1728, in-4''; — Commentaire sur la coutume de Reims ; Reims et Paris, 1663, in-8°.

Bouclier d'Argis, Mém. Mss. — Morérii Dictionnaire historique.

BURiGNir (Jean Lévesqde de), historien' français, né à Reims en 1692 , mort à Paris k 8 octobre 1785. Il S'ouvrit par son savoir les portes de l'Académie des inscriptions et belles-lettres en 1756. Le recueil de cette Académie contient trente-quatre Mémoires ou Dissertations d( lui sur différents sujets. Il a laissé en outre : Traité de l'autorité du pape, 1720,4 vol in-12, ouvrage peu estimé; — Histoire de la philosopMepaïenne;\AJia.ye, 1724,2 vol. in-12, réimprimée sous le titre de Théologie païenne, Paris, 1754, livre fort intéressant. Des douzf volumes qui composent la pubUcation périodique de l'Europe savante , de 1718 à 1720, près dt six ont été composés par lui. On a encore de Burigny une Histoire générale de Sicile; la Haye, 1746, 2 vol. in-4° : le style de cet ouvi'ag6 laisse beaucoup à désirer, mais les faits y soni exactement rapportés ; — Histoire des Révolutions de l'empire de Constantinople ; la Haye; 1750, 1 vol. in-4°, ou 3 vol. in-12, 1750; — Traité de Porphyre touchant l'abstinence de la chair, avec la Vie de Plotin , traduit dm grec; 1740, in-12; — Vie de Grotius; Amster-

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