BOURSAULT
Étant receveur des tailles à Montluçon, il apprit que Boileau , qui était venu à Bourbonne pour sa santé, se trouvait, par le manque imprévu d'argent, dans le plus grand embarras. Il accourut aussitôt, quoique Boileau l'eût maltraité dans ses satires , et lui offrit sa bourse avec une générosité si franche, qu'il lui fit accepter un prêt de deux cents louis. A une grande vivacité d'esprit, Boursault joignait une indépendance de caractère et d'opinions qui nuisit quelquefois à sa fortune. Dans sa jeunesse, une gazette qu'il rédigeait, et qui lui avait valu d'abord une pension de deux mille francs, fut supprimée, à cause de la liberté avec laquelle il y attaquait plusieurs personnages de cour, et entre autres le confesseur de la reine. Le hardi journaliste n'échappa même à la Bastille que par la protection du grand Condé. Plus heureux au théâtre , il vit représenter quatre-vingts fois de suite le Mercure galant, pièce dont le fond est très-léger, mais où l'on trouve ce qui, au défaut de caractères et en l'absence d'un plan et d'une action , peut faire vivre un ouvrage au théâtre : de la gaieté. Dans les détails Boursault a une gaieté si aisée, si naturelle, qu'il approche souvent du vrai comique, et que quelques endroits de son dialogue rappellent le style de Molière. Son ilfercMre ir'estqu''unc pièce à tiroir ; mais des scènes telles que celle des procureurs, et cette autre où un soldat ivre s'irrite des solécismes qu'une irrégularité de la langue lui fait commettre, -attestent un génie vif, enjoué, facile. Les mêmes qualités se retrouvent, quoique à im degré inférieur, dans les deux comédies A' Ésope à la ville et Ôl' Ésope à la cour. La dernière ne fut jouée qu'après la mort de Boursault, et l'on en supprima à la représentation quelques vers qui parurent une allusion maligne à Louis XIV. A la ville et à la cour, Ésope est un homme d'esprit, un moraliste aimable; mais à la ville il a le tort de débiter des fables composées pour la plupart sur des sujets déjà traités par la Fontaine, et, à la cour, le tort bien plus grand encore d'être ce que ne sont point ordinairement les bossus ni les sages , c'est-à-dire amoureux. Témoins de ses succès, les amis de Boursault lui proposèrent de le présenter aux suffrages de l'Académie. Il refusa , disant qu'il n'était point assez instruit. 11 est vrai qu'il ne savait ni le latin ni le grec ; mais la manière dont il écrivait le français le rendait digne du fauteuil, et son refus d'y prétendre est un trait de modestie qui le fait aimer.
Du reste , les seuls titres de Boursault étaient ses comédies. 11 ne fit dans la tragédie que des essais malheureux. Marie Stuart et Germanicu^ eurent peu de succès , et on ne se souvient aujourd'hui de la dernière de ces deux pièces qu'à cause de la querelle qu'elle excita entre Corneille et Racine. Corneille, parlant du Germanicus à l'Académie , en fit l'éloge , et all^i jusqu'à dire qu'il ne manquait à l'ouvrage que le nom de Racine. Le comphment n'était flatteur
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que pour Boursault : aussi Racine le prit-il fort mal , et les deux grands hommes en vinrent à des paroles piquantes , dont ils gardèrent l'impression, et qui augmentèrent encore leur éloignement l'un pour l'autre. Le souvenir du dédain que Racine avait montré pour le Germanicus a sans doute influé sur le jugement que Boursault a fait de Britannicus dans la préface de son roman A'Artémise et Polianthe. II y a bien de la légèreté ou de l'injustice dans la manière dont il parle de ce chef-d'œuvre. Malgré ce tort , Boursault est un de ces rares hommes de lettres dont on aime à garder le souvenir. On a encore de lui la Satire des Satires, en un acte : c'est cette pièce dont Boileau , contre lequel elle était dirigée , fit défendre la représentation. — Le Théâtre de Boursault a été imprimé à Paris en 1725 et 1746, 3 vol. in-12 : cette dernière édition , augmentée de plusieurs pièces, contient une Lettre à Boursault sur les spectacles, par le P. Caffaro, théatin. Enfin Boursault a laissé : Lettres de respect, d'obligation et d'amour, connues sous le nom de Lettres à Bàbet, 1666, in-12; — le Marquis de Chavigny, 1670, in-12; — Ne pas croire ce que Von voit; histoire espagnole , 1670, réimprimée sous ce titre : les Apparences trompeuses, ou Ne pas croire, etc. ; Amsterdam, 1718, in-12 ; — le Prince de Condé ( Louis F'', frère d'Antoine, roi de Navarre); Paris, 1675, in-12 (anonyme) ;ibid., 1691;ibid., P. Didot, 1792, 2 vol. in-12; — Artémise et Polianthe, 1670, in-12; Paris, 1739, même format; — Lettres nouvelles, accompagnées défaites, de contes, d'épigrammes, de remarques et de bons mots ; Paris, 1697 ; 3* édition revue, ibid., 1709, 3 vol. in-12.
Kicéron , Mémoires, t. XIV. — Gouget, Bibliothèque française. — Le Bas, Dict. encyc. de la France.
* BOURSAULT ( Pierrc-Flamin ), poète latin moderne, né à Loudun vers le commencement du seizième siècle, mort en 1550. Il était beaufrère de Salmon Macrin , surnommé dans son temps l'Horace français, et eut pour précepteur l'humaniste Savier. On n'a pas conservé ses poésies , de sorte qu'il est difiicile de savoir si les éloges qu'en font Macrin et Jacques Goupil sont mérités. J. B.
Salmon Macrin, Carminum libri If^ ; Paris, Simon de Collnes, 1530, p. 47. — Dreux du Radier, Biblioth. fiistor. et crit du Poitou, t. II, p. 169 à 172.
BOURSAUiiT ( Jean-François ), conventionnel, né à Paris en 1752, mort à Paris le 25 avril 1842. Il se livra d'abord à la carrière dramatique, et fut nommé directeur du théâtre de Marseille. En 1790 il revint à Paris, et construisit, rue Saint-Martin, la salle Molière, oh il fit jouer différentes pièces. Parmi ceux de ses ouvrages dont le succès fut incontesté , on peut citer : l'École des épouses, comédie en trois actes et en vers; — les Solitaires anglais, drame en cinq actes et en prose; — le bon Tourangeau, vaudeville d'un comique excellent. Le théâtre